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mardi 24 juin 2008

Mardi 24 juin. 20h30

Journée grise, intérieure, enfermée dans une laborieuse écriture. Il faisait beau pourtant. Je me suis échappé vers les onze heures pour aller voir le terrain des Fontenelles. M. Mitaillé a fauché toute l'herbe. Dégagé les allées. Cela paraît immense à présent.

Lundi 23 juin. 22h20

Albert Cossery est mort hier dans sa chambre de l'hôtel Louisiane. Il avait 94 ans. Je n'ai appris la nouvelle que ce matin. Je l'avais rencontré à la fin de l'année 2005 pour un long papier dans Le Monde. J'étais impressionné. J'avais lu très tôt Mendiants et orgueilleux. Sur les pages de garde de mes cahiers, de mes livres scolaires, j'avais noté cette phrase de Gohar, son drôle de héros déchu : Je refuse tout simplement de collaborer à cette immense duperie. C'est ce qu'il avait fait, lui. Avec une étonnante constance du retrait. La vie est belle, m'avait-il dit dans ce souffle fibreux qui était devenu sa voix après son opération du larynx. J'ai téléphoné à Christine. Je pensais qu'on allait me confier la nécro, mais on l'avait déjà donnée à Marion Van Renterghem. Elle lui avait consacré plusieurs papiers à la fin des années 1990, dont un vraiment très beau qui s'appelait justement, je crois, Le mendiant orgueilleux. J'aurais bien aimé m'en occuper mais je ne vais pas me plaindre : cela n'interrompt pas mon travail. Enfin, ce que je parviens péniblement à faire. J'avance à tâtons dans le livre. Je bute sur le moindre mot. Je retricote sans cesse. Je bloque. Je bloque encore. Alors je vais faire un tour, je reviens avec mauvaise conscience. Et puis je continue. Ca ira mieux demain?

lundi 23 juin 2008

Dimanche 22 juin. 21h30

Jérôme m'a téléphoné assez tard hier soir. Son amie vient de le quitter. Il est triste et angoissé. Il a le sentiment que le temps s'est vidé. Il se perd, s'interroge. Je voudrais savoir la vérité, répète-t-il sans cesse. Comment lui expliquer qu'il n'y en a jamais. La faute à qui? Pourquoi? Il n'y a plus rien à dire quand tout est terminé. Il va reprendre souffle. Je vais lui retrouver ce poème de Plisnier : Ainsi/ il suffisait de rentrer dans toi-même...

Amélie a raté son train pour Paris. Entre les voitures des premiers estivants et la déviation infernale qu'il faut suivre en ce moment pour rejoindre la gare, nous sommes arrivés juste pour le voir partir. On s'est trouvé un peu déconcertés. Il faudra se lever vers quatre heures et demie. Mais, en silence, je n'étais pas mécontent.

Samedi 21 juin. 23h30

Il est déjà trop loin en saison pour trouver un cotoneaster lactea. Il faudra attendre l'automne. J'aurais bien voulu en planter un dès maintenant. Celui qui entoure la porte commence à donner des signes de vieillesse. Une partie de ses feuilles jaunit. Des branches se dessèchent. Je le surveille. Je le taille. J'ai peur de le voir emporté d'un coup par le feu bactérien. Au marché de Granville, nous avons acheté quelques plants de romaine et de chicorée frisée. Je les ai installés l'après-midi même aux Fontenelles. Nous nous sommes fourbus des heures de défrichage et de plantations. Georgette, à tout petits pas, est venue nous rendre visite. Assise à l'ombre, près du puits, elle donnait son avis, commentait le moindre de nos gestes. Pas comme ça... Oh, non, il ne faut surtout pas arroser! Pour de temps en temps, nous gratifier quand même d'un C'est bien. Là, oui, c'est bien. Il faut dire qu'elle a toujours aimé le jardin. Une vraie échappée belle. Rue d'Avelghem, à Roubaix, elle semait, repiquait, bouturait, s'occupait des légumes, installait les massifs. Chez elle, les fenêtres, le balcon, étaient envahis de plantes en pot. Et lorsqu'elle est venue vivre ici, à L'Humelière, elle passait ses journées à bichonner ses fleurs. Il y a deux ans, son propriétaire a vendu. On a construit à la place de sa minuscule villa, un de ces pavillons hideux. Tout le terrain a été nivelé au bulldozer. Un crève-coeur. La semaine précédente, ma cousine et moi avions été sauver ce que nous pouvions de rosiers, de vivaces. J'ai embarqué toutes les pivoines. Elles commencent seulement à s'acclimater. Georgette habite aujourd'hui dans deux pièces au rez-de-chaussée d'une courette goudronnée. Dieu sait si je les écoute, ses conseils...

samedi 21 juin 2008

Vendredi 20 juin. 22h00

Je n’avais pas enregistré depuis le début mai. C’était ma reprise à Jeux d’épreuves. Ca a ressemblé à un vrai retour au front. Je présentais Placement d’Eric Rondepierre. Le livre a reçu une bordée de critiques que j’ai paré comme j’ai pu. J’ai du mal à comprendre que ce texte puisse susciter du rejet. Sans doute parce que c’est l’histoire d’une terrible injustice faite à l’enfance. Mais pas seulement. La démarche me paraît d’une grande pureté, nécessaire dans ses allers-retours, dans sa lente construction. Pourvu qu’on ait entendu un peu ma voix…

J’ai cavalé pour récupérer la valise et retrouver Amélie à la gare. Retour. Ca va être une vraie semaine et j’en ai besoin. Une soupe de légumes au jardin. Un verre de rasteau ou deux. On se couche, il fait encore jour. C'est bien.

vendredi 20 juin 2008

Jeudi 19 juin. 23h50

J'ai travaillé la journée entière chez Buchet sur ce prochain volume de « Domaine Public » dont je ne vois toujours pas la fin. Il y a comme une malédiction. Une partie des fichiers a sauté. Toute la chronologie et la bibliographie sont à refaire. Je m'y remets la semaine prochaine. C'était la première journée du Marché de la poésie, place Saint-Sulpice. Le ciel était gris d'avant pluie. Peu de monde. Tout faisait un peu triste. Je suis passé embrasser Jeannine sur son stand de la Fondation Maurice Carême. Petite souris grise. Elle a maintenant quatre-vingt-deux ou quatre-vingt-trois ans. Je l'avais rencontrée en 1999 pour le supplément belge de Point de Vue. Il s'était passé quelque chose d'immédiat et d'assez troublant. Nous avions parlé longtemps, longtemps. Elle m'avait raconté, presque au jour le jour, son aventure amoureuse avec Maurice. Elle l'avait rencontré quand elle avait seize ans... Les voyages, les poèmes. Elle avait sorti les albums de photos et les lettres. Carême avait beau être mort en 1978, il était là pourtant, incroyablement présent. Je n'avais pas du tout envie de quitter le salon de cette petite maison blanche d'Anderlecht. Au jardin, j'avais chipé deux brins de sedum sur la rocaille. Ils couvrent plus d'un mètre à Carolles aujourd'hui. Essaye de repasser avec Amélie, sinon embrasse-la pour moi. Et elle a ajouté comme à chaque fois : Ca ne te coûtera pas beaucoup! J'ai filé. J'ai bavardé un moment, au Castor Astral, avec Bénédicte. On se voit pas souvent. Cette fois-ci, c'est promis, nous déjeunons à la rentrée.

J’avais réservé au soir une table chez Moissonnier pour fêter l’embauche de Marie. Nous avons trinqué à son avenir tout neuf avec du mâcon frais.

jeudi 19 juin 2008

Jeudi 19 juin. 1h00

J'ai trouvé qu'il y avait trop de monde rue de Chateaudun. Les éditeurs, les attachés de presse, les auteurs, les journalistes. Je me sentais comme il y a des années. Un peu sot, étranger. Provincial, pour le dire vraiment. C'est que je crois que je suis encore quelque part à Carolles. Je repars vendredi. D'une certaine manière, je suis content de ne pas avoir le temps de renouer mes fils d'habitude. Amélie était très belle au milieu de tous ces gens. Nous avons filé au dîner du « Club » de Nadine, chez Jean-Claude et Nicky Fasquelle. Une petite maison au fond d'une impasse. La table était dressée au jardin. Ca m'a rassuré, ce lieu entre parenthèses. Il y avait Christine, Nathalie... Etre en bonne compagnie. Pas moyen de dire autrement. Nous sommes rentrés à pied par la rue Péclet. Un peu fatigués. Contents. Trois jours qu'on ne s'était pas vus.

Mercredi 18 juin. 19h00

Retour vers Paris, j'ai relu dans le train ce que j'avais écrit hier. Avancé un peu. corrigé déjà surtout. J'avais rendez-vous avec Nicole, rue de l'Arbalète. Nous avons parlé longuement de l'avenir de sa maison. Ce n'est pas qu'elle s'inquiète, ni qu'elle se décourage, bien au contraire, mais il lui faut toujours des perspectives fraîches. Elle va publier de magnifiques textes. Son catalogue est impressionnant. Qu'est-ce que je peux faire pour elle? Quelques idées, quelques contacts. C'est tout pour l'instant. Je n'ai ni les moyens, ni les jours, de travailler bénévolement. Pourtant, je suis si attaché à Caractères... Je vais réfléchir au comment. Ce n'est pas une dette que j'ai là. C'est un devoir de temps. Je n'avais pas seize ans quand j'ai poussé la porte de Bruno Durocher, par hasard, rue Sainte-Marthe. Il a publié mes poèmes. Il m'a laissé ce sentiment que c'était possible, tout simplement.

Marie a appelé en fin d'après-midi. Grande nouvelle. Elle commence en septembre dans sa galerie d'art. Je suis soulagé. Heureux pour elle. Georgette priait saint Joseph. Je croisais les doigts. J'y pensais sans cesse. Je pars rejoindre Amélie au prix des lecteurs de L'Express. C'est Nathacha qui l'a obtenu et là aussi, je suis content.

mardi 17 juin 2008

mardi 17 juin. 23h15

J'ai commencé ce matin. Je vais juste m'en taire. Je m'acharne jusqu'au bout. J'avance dans mes comptes, jour à jour, ligne à ligne, dans ma propre boutique. Silence, silence, silence. C'est tellement difficile et impossible à dire. Je ne réponds de rien.

La journée était douce à travers la fenêtre. Fabien est passé au soir avec la jante rouillée que je lui avais demandée pour enrouler le tuyau d'arrosage. Nous avons dîné du reste de gigot de dimanche. Pomerol et moutarde. Je rentre demain à Paris pour deux jours. Je n'en ai pas envie, vraiment pas. S'il n'y avait Amélie.

Lundi 16 juin. 23h00

Marie a pris le train pour Paris un peu passé midi. Je suis allé me baigner en rentrant. Personne sur la plage. L'eau était froide et bleue. J'ai rangé quelques affaires. Rêvassé et traîné. J'ai relu les pages du Journal intime de Loti qui parlent de la mort de sa mère. Il est temps que je travaille. Demain matin j'irai au cimetière porter quelques branches de rosier. Des Cecile Brunner. Toutes petites, rose pâle, parfumées.

lundi 16 juin 2008

Dimanche 15 juin. 23h45

La marée a emporté la pluie de la matinée. La chaleur est montée. Un court instant de brume. Aux Fontenelles la terre était toute amollie et tiède. Nous avons continué à nettoyer la friche. Marie a dégagé le tour du puits et y a palissé les framboisiers. J'arrachais les touffes d'orties, les renoncules, les bouillons blancs, les lampsanes, les trèfles, les caille-lait, les laiterons.... Amélie embarquait le tout dans la brouette et allait le jeter au fond du terrain, là où il se fait prairie d'avoines et de vulpins. Elle s'est cueilli des roses jaunes pour Paris. Nous l'avons accompagnée au 19h45. Marie m'a offert une bière en terrasse sur le port. C'était la fête des pères...

Samedi 14 juin. 23h00

Nous avons dormi tard. Traîné au petit déjeuner. Pain grillé et confiture d'oranges. Amélie a fait au grand jour le tour des travaux. Je pensais : Nous sommes chez nous. Et je me répétais Chez nous comme une rassurante ritournelle. Ce sentiment que le temps se rattrape. Marie a émergé vers midi et demi. Cela faisait comme des vacances. Tout s'est écoulé doucement. Rangements. Nous avons fini la journée tous les trois aux Fontenelles. Un bouquet de roses. Les trois premières framboises. Une grosse botte de radis...

Samedi 14 juin. 00h40

Le train d'Amélie avait du retard. J'attendais avec la voiture garée en haut de l'escalier de l'avenue du Maréchal-Leclerc. Nous nous sommes arrêtés regarder la mer à Carolles. Le ciel s'enfonçait de bleu sombre. Juste une pause. Nous sommes vite allés retrouver ensemble la maison.

dimanche 15 juin 2008

Vendredi 13 juin. 20h00

Marie est arrivée dans l'après midi. J'étais quelques minutes en retard à l'arrivée de son train. Tout le quartier de la gare est en travaux et il faut faire un grand détour par Donville. Elle m'a fait de grands signes. Elle avait avec elle tout un petit barda. Et son arc et ses flèches... Je ne sais pas si elle aura l'occasion de s'en servir ici. Le jardin est vraiment trop petit. Elle devrait aller sur la plage mais cela risque d'être un peu compliqué : il commence à y avoir du monde. Les baignous sont de retour, disait mon père.

vendredi 13 juin 2008

Jeudi 12 juin. 19h00

De la fenêtre du bureau je regarde les étourneaux s'en donner à coeur joie dans le figuier. Les fruits ne sont pas encore mûrs qu'ils les becquettent déjà. Les feuilles sont secouées comme par un vent intérieur. Combien sont-ils? Une bonne dizaine. Et ils font un raffut... Dans la maison, par contre c'est le silence. Les étagères sont posées. Le menuisier est parti ce midi. Il ne reviendra que pour des bricoles dans une dizaine de jours. Cela fait bizarre. Une étrange absence. Je m'étais habitué. Je finis les papiers. Amélie et Marie arrivent demain.

jeudi 12 juin 2008

Mercredi 11 juin. 22h00

Le mois avance. J'ai été pris de panique tout à l'heure. Il me reste deux papiers à rédiger, j'ai deux émissions de radio à préparer, deux éditions à terminer, une préface. Je ne sais vraiment pas comment faire avec le temps. Je sens bien que j'ai besoin d'une vraie parenthèse d'écriture mais je n'arrive pas à l'ouvrir. A l'entamer. Mes livres se dessèchent doucement en moi. Deux ans sans d'autres lignes que des brouillons. Comment font les autres? Peut-être évitent-ils simplement de se poser des questions...

mardi 10 juin 2008

Mardi 10 juin. 23h10

Je garde mes boules Quies en permanence. Je n'entends plus le téléphone mais je perçois encore dans un lointain trop distinct les stridences de la scie électrique dans le jardin. Le menuisier découpe et installe les étagères. Quand il lâche sa scie c'est pour prendre la perceuse ou le marteau. J'ai achevé mon papier sur Balzac dans ce vacarme ouaté par les bouchons d'oreille. Quand il est parti vers les cinq heures, je suis allé souffler un peu aux Fontenelles. Cueilli quelques roses pour Georgette. Gratté la terre entre les rangs de légumes. Les cardes s'étoffent. Les tomates fleurissent timidement. Les radis ne sont encore pas bien gros. J'espère qu'ils auront atteint une taille raisonnable quand Amélie viendra vendredi. Au fond du terrain, les framboisiers, les cassis, les groseilliers ont déjà leurs fruits formés. Ca devrait être finalement une assez jolie récolte. La première. La toute première sur cette petite bande de terre recouverte d'herbes folles que nous avons louée ensemble en janvier.

Lundi 9 juin. 23h00

je vis au rythme des travaux. Dernières journées de chantier. L'électricien est venu poser les radiateurs, tirer des câbles, installer des éclairages. Il revient demain. J'essaye de mon côté d'être efficace, mais je prends du retard. J'ai le tort de ne pas laisser le rythme s'installer tout seul. Toujours mauvaise conscience de quelque chose. Je devrais avoir terminé tous les papiers jeudi.

lundi 9 juin 2008

Dimanche 8 juin. 22h00

Amélie a pris le Granville-Paris de 19h45. Portières automatiques. Nous nous sommes sentis un peu bêtes de notre émotion. Et puis tant pis. Surtout tant mieux. J'ai attendu de voir le train disparaître au bout de la voie, dans le virage vers Saint-Jean-des-Champs, avant de faire demi-tour sur le quai. Sur la route, je me suis arrêté au bord de mer avant Kairon. Deux types qui avaient ratissé le sable avec des détecteurs de métaux se partageaient un maigre butin : quelques piécettes, un baladeur hors d'usage et une chaînette dorée.

Samedi 7 juin. 23h50

Nous rentrons de Nantes. Le but premier de ce périple était d'aller chez Ikea (c'est le seul dans la région...) afin acheter d'absolues indispensables bricoles pour la maison. La vraie raison consistait surtout à rendre visite à Sixtine et Edouard qui se sont installés là-bas depuis un an et demi. J'avais fait leur connaissance à cette époque. Ils reprenaient leur train à Montparnasse après je ne sais quel voyage. Nous étions allés dîner aux abords de la gare dans un très très mauvais restaurant et cela n'avait eu pourtant aucune importance. Amélie et Sixtine se connaissent depuis longtemps. Elles ont beau ne se voir que de loin en loin, elles continuent de partager une complicité qui m'étonne. Moi, mes retrouvailles tardives avec des amis d'enfance ou de jeunesse, m'ont toujours effrayé du peu que nous avions à nous dire. Quel malaise. Quelle profonde tristesse. En désespoir de cause, on s'acharne à tirer sur la corde usée de la nostalgie. Il ne vient pas grand chose... Sixtine et Edouard habitent une maison des années cinquante, toute en étages, plongeant sur un minuscule jardin moussu. Ils ont trois petits garçons. Pierre, 7 ans, Ferdinand, 5 ans et Victor, un an. Le cadet est rêveur, faussement hardi, on le sent le coeur bousculé d'affection. J'avais en commun avec lui, enfant, cette passion profonde pour les bonbons qui ne se réduit pas à de la gourmandise. C'est se raconter des histoires la bouche pleine. Ca ne s'explique pas : ça se reconnaît. A table nous avons parlé catholicisme et bord de mer, justice immanente et foires aux vins. Sans effort, d'un verre de chateau gloria l'autre, nous avons étiré le déjeuner jusqu'à cinq heures.

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