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mercredi 19 avril 2017

Jeudi 6 avril 2017. 22h20.

Antonie est venue, de retour de Bretagne, passer quelques jours à la maison avec Louise et Suzanne (qui vient juste d’avoir quatre ans). Un « spécial filles », puisque leur frère Basile était invité chez un copain et que Vincent repartait pour Paris tout de suite après avoir déposé sa petite famille. La météo s’annonçait optimiste. Déjeuners dans le jardin, balades, jeux de plage. La seule ombre qui se dessinait au tableau était que Suzanne avait décidé qu’elle avait peur des chiens. Dès qu’elle voyait La Harpe, elle cherchait désespérément à se hisser dans les bras de sa mère en poussant de petits cris ou s’enfuyait en courant. La chienne qui imaginait que tout cela était un jeu, s’approchait d’autant plus, frétillante. Nous sommes partis faire un tour sur la falaise. Sur les sentiers, la situation a presque viré au drame, burlesque d’ailleurs, car Suzanne tout en galopant pour se mettre à l’abri, au point que j’ai cru qu’elle allait se flanquer dans les ajoncs, hurlait des J’ai très peur ! qui se terminaient par grands éclats de rire. N’empêche, ça s’annonçait compliqué… Louise m’a accompagné chercher Amélie à la gare et nous avons embarqué la chienne avec nous, histoire de laisser souffler tout le monde. A notre retour, de fait, l’affaire a commencé à mieux se présenter. Amélie ayant pris les choses en main (elle sait bien allier fermeté et douceur), Suzanne a largement abandonné sa frousse. Tout juste, pendant le repas, jetait-elle de temps en temps un regard inquiet sous la table pour s’assurer que La Harpe restait tranquille. Son grand soulagement a été d’apprendre que celle-ci était interdite de séjour dans le couloir et dans les chambres. Tu vois, lui a-t-elle dit au moment d’aller se coucher, tu n’as pas le droit de venir. Et d’ajouter : Mais bonne nuit quand même !

Mercredi 5 avril 2017. 18h45.

J’ai « récupéré » pour Le Monde mon papier sur Mon étrange sœur de Marie Le Gall qui n’était pas passé dans Elle. J’avais lu le livre pendant notre séjour au Mexique à la fin de l’année. C’est, je crois, un grand texte, douloureux, beau, et presque suffocant, par moments, tant il exprime une émotion inouïe. Il raconte l’histoire au long cours d’une petite fille avec son unique très grande soeur (elle ont dix-neuf ans d’écart). Mais il n’y a pas que l’âge qui sépare les deux filles. L’aînée est différente, restée depuis sa naissance dans son monde, celui d’une innocence sauvage. D’où la relation toute particulière qui les unit, ambivalente, dévorée, dévorante, aimante, difficile, tragique. Impossible de ne pas être secoué, remué tout à l’intérieur, par ce récit qui parle d’enfance, de folie, d’enfermement et de regard des autres. J’aurais dû le mettre sur ma liste du prix de printemps de Saint-Louis.

mercredi 5 avril 2017

Mardi 4 avril 2017. 20h30.

J’ai rédigé un (long) communiqué de presse pour la sortie de l’album, dernier volume de l’Oeuvre complète de Bruno Durocher. Appelé la responsable de la bibliothèque de Saint-Louis pour avoir des détails sur l’organisation du festival où je dois y animer des débats mi-mai. J’avais espéré un moment avoir le temps, là-bas, de me rendre à nouveau sur la tombe de mon grand-oncle Henri au cimetière militaire de Morvillars, mais mon emploi du temps risque d’être trop serré. Je n’ai toujours rien pu faire au jardin. Il a plu sans arrêt. Il fait froid.

Lundi 3 avril 2017. 23h40.

J’ai essayé de travailler un peu au jardin, mais à peine je m’y mets qu’une averse me chasse. Au bout d’un moment, c’est impossible de continuer tant les feuillages sont trempés. Je me suis vengé en commandant quatre rosiers à planter derrière la maison. Queen of Denmark, Ispahan et deux Mary rose. Yann est venu prendre un verre à la maison en fin de journée. Il était seul (c’est le soir où Brigitte va à son club de bridge). Je n’avais rien pour le garder à dîner. Nous nous sommes mis en quête d’un restaurant, mais tous étaient fermés. Nous avons échoué au Pont Bleu à Kairon. Pris le menu du jour « tout poisson » : maquereau grillé en entrée et filet de merlan à la crème. C’était plus que correct. Une adresse à noter d’autant qu’ils servent le lundi. Je l’ai déposé chez lui après notre soirée de vieux garçons. Brigitte venait juste de rentrer.

mardi 4 avril 2017

Dimanche 2 avril 2017. 21h50.

J’étais persuadé que c’était les Rameaux. Je suis allé jusqu’à l’abbaye de la Lucerne pour la messe de 11h00 et je me suis cassé le nez. Drôle d’acte manqué. Je dois être bien pressé de finir ce Carême dans lequel je trébuche sans arrêt. J’ai fait du courrier toute la journée. Attendu l’heure de l’arrivée du train d’Amélie gare de Lyon. Tu dois être épuisée. Allez, on se couche. Chacun de notre côté.

Samedi 1er avril 2017. 19H00.

Les rosiers commencent à être malades. C’est cette alternance de pluie et de soleil qui favorise l’apparition de champignons sur les feuilles. Pas moyen de traiter avant que le temps soit un peu fixé au beau. J’ai coupé les branches désordonnées du figuier, arraché les ronces et les mauvaises herbes. Mais je m’y suis pris un peu tard : il en a poussé partout dans les plates-bandes. J’ai été promener la chienne sur la plage. Marée basse. Elle galope sur l’estran et je finis par la perdre de vue. Et puis, elle réapparaît d’un coup, traversant le paysage comme par magie.

Vendredi 31 mars 2017. 20h45.

Amélie a pris un train tôt pour Lyon. Elle y reste trois jours pour le festival Quai du polar où elle accompagne Qiu Xiaolong, son auteur chinois, à qui l’on doit la série de L’inspecteur Chen, une dizaine de romans mettant en scène un policier de Shanghai, cadre du parti communiste, et poète. Je ne la verrai pas avant la fin de la semaine prochaine. Patrick m'avait décroché un rendez-vous avec lui à son cabinet à Petit-Quevilly. J'ai embarqué la chienne sur la banquette arrière. Deux bonnes heures de voiture. Je voulais profiter d'être là-bas pour voir la maison natale de mon père. La famille de ma grand-mère Marie y était installée depuis des générations. J'avais noté l'adresse sur un document d'Etat-civil : 183, route de Caen. Mais il y a longtemps que Petit-Quevilly ne ressemble plus à une bourgade normande. Il y a eu les bombardements de 1944 et les reconstructions anarchiques. Aujourd'hui, la ville est traversée de routes à quatre voies débouchant sur d'immenses ronds-points. Supermarchés, fast-food, boucheries hallal, magasins d'accessoires automobiles, solderies. Tout est laid et triste. La route de Caen n'existe plus. Est-elle devenue l'avenue Jean-Jaurès ? Je ne le saurai jamais et je n'ai pas envie de le savoir. Je me suis un peu égaré et j'ai fini par me retrouver sur une petite place « de campagne », un îlot posé dans la zone industrielle. Au centre une église (du XVIe ?) de style gothique avec sa flèche polygonale typique de la région. Je suis entré. Je me suis plu à penser que mon père avait peut-être été baptisé là. Côté dentiste (j'étais venu pour ça), Patrick m'a réparé ma molaire et remonté le moral. Mais non, tes dents ne sont pas pourries, elles ont juste ton âge, et pour ton âge, elles sont parfaites ! Il prend sa retraite à la fin de l'année. Ils réfléchissent avec Laurence à s'installer au Portugal. Il faut dire que ce que j'ai vu de la banlieue de Rouen ne donne pas envie d'y passer ses vieux jours. On vous attend à Carolles ! Dans la soirée, j’ai terminé les corrections du manuscrit de Yann. La balle est dans son camp. Nous ferons une dernière relecture quand il aura pris le temps de regarder tout ça. Je vais pouvoir me remettre à mon livre. J’ai toujours des problèmes de plan que je ne parviens pas à dépasser…

Jeudi 30 mars 2017. 16h20.

Jean-Pascal est venu passer la journée à Carolles, pour travailler dans son jardin. Ce week-end, il reste à Caen. Martine est retenue là-bas pour des histoires de boulot. Nous sommes allés déjeuner à l’auberge. Menu simple, très bon. Des asperges sauce crème, du magret de canard, parfaitement cuit. La salle était pour nous (il y avait juste deux autres clients qui sont partis assez vite). Nous nous sommes un peu attardés.

Mercredi 29 mars 2017. 19h40.

Long appel téléphonique de Sylvie. L’homme de sa vie est mort il y a une semaine. Ils étaient ensemble depuis trente-et-un ans. Mais elle était l’illégitime, la femme d’à-côté. La famille a été très désagréable. Elle me raconte son chagrin, le vide. Le froid qui la saisit. J’ai peur d’être maladroit. Nous parlons d’oiseaux, de rêves. Je ne sais pas comment la consoler.

Mardi 28 mars 2017. 22h50.

Pourquoi n'appelles-tu pas Patrick ?, m'a dit Amélie. Patrick, c'est le mari de Laurence, sa cousine. Je les aime bien. Ils habitent près de Rouen. Il est dentiste et a son cabinet à Petit-Quevilly. En attendant, j'ai été chez le coiffeur. Il était temps d'ailleurs. J’ai bouclé ma valise en rentrant à l'appartement. Embarqué pas mal de livres. Déjeuner à la Petite Bretagne avant de prendre le train. Temps gris à l’arrivée à Granville. A la maison, Mme Bassard avait posé le courrier sur la table. J’avais six cartes de Mexico. Victoria me raconte qu’elle vient de finir d’apprendre les verbes irréguliers anglais. Un vrai cauchemar !!!, écrit-elle. Et elle se lance aussi dans toute une déclaration de tendresse qui me fait venir une minuscule brume de larmes douces : Je n’arrête pas de penser à toi. Je pense hyper méga FORT à toi. Je t’aime très fort. Apolline m’a dessiné des bonshommes rigolards avec des fleurs et des soleils. Je suis gâté. Chez Brigitte et Yann, la chienne m’a fait la fête. Ils m’ont gardé à dîner.

Lundi 27 mars 2017. 22h00.

Dernière soirée avec Amélie. Je rentre demain à Carolles. Nous sommes retournés à la Cantine du troquet, histoire de boucler ce court séjour comme nous l’avions commencé. Pas envie de la quitter. Du tout. Du tout.

Lundi 27 mars 2017. 16h50.

J’ai déjeuné avec Marie ce midi. Je l’ai attendue à sa galerie et nous sommes allés à l’Un des sens, un très bon bistrot du boulevard Hausmann (il ne faut pas s’arrêter au prétentieux jeu de mots de son nom). Bavardé de tout, de rien, très agréablement. De son boulot, de sa passion pour les jeux de rôle. De Julie, sa copine de crêche (elles ne se sont jamais perdues de vue) qui a le même âge, à deux semaines près, et qui part s’installer à Saint-Malo. Je ne sais pas qui sont aujourd’hui les amis de ma fille, c’est pourquoi je me raccroche à ceux de son enfance. Ceux que je connais. Julie, bien sûr, qui était de bien des mercredis, et des week-ends et des vacances, mais aussi Fabienne, Sarah. Toutes des jeunes femmes maintenant. Le temps a filé à toute vitesse et nous nous sommes rendus compte que nous avions passé près de deux heures ensemble. Je me sauve ! Je vais être en retard à la galerie. J'ai marché un peu dans le quartier, dans ce VIIe arrondissement de Saint-Augustin où j'ai travaillé si longtemps. Au service de santé mentale, rue de Lisbonne, d'abord. A Point de Vue, une dizaine d'années plus tard, rue Chauveau-Lagarde. Je rêvassais quand j'ai senti quelque chose de bizarre dans ma bouche, comme un petit caillou. C'était un bout de dent qui s'était détaché, laissant un vilain creux dans une molaire. Quelle horreur. Je m'en vais en morceaux. La même mésaventure m'était arrivée il y a longtemps (j'avais une trentaine d'années). Je me souviens juste de la panique qui s'était emparée de moi à l'époque. J'avais compris que je vieillissais. Aujourd'hui, j'ai simplement téléphoné au dentiste. Mais bien évidemment il ne pouvait pas me recevoir. Ni aujourd'hui, ni demain. Ni aucun jour de la semaine d'ailleurs. Il va falloir que je trouve une solution.

Dimanche 26 mars 2017. 22h20.

Nous avons attrapé une messe à Saint-Jacques-du-Haut pas. Ambiance guitare et renouveau charismatique. Pas tout à fait mon genre. Mais nous voulions assister à un office. Prier pour la maman de Sixtine qui se trouve à l’hôpital Saint-Antoine. Les chirugiens se sont contentés d’ouvrir et de refermer. Elle va quand même démarrer une chimiothérapie. Un verre au Rostand. En sortant, j’ai croisé Mme Lefrère. J’ai été en analyse avec elle pendant plus de dix ans (je me perds dans les dates). On s’est souri. Je lui dois beaucoup. Vraiment beaucoup. Il faudrait que je lui dise à quel point. Un jour... Dîner au Saïgon d’antan rue Monsieur-le-Prince (les meilleurs rouleaux de printemps que j’ai jamais mangés). Amélie y a ses habitudes. Nous sommes rentrés doucement à pied.

Dimanche 26 mars 2017. 19h40.

Nous avons déjeuné avec Louise. On s’écrit depuis des semaines. De longues lettres. Elle me raconte sa vie, ses envies, ses histoires de classe. Je ne sais pas combien de temps durera cette correspondance, mais j’en savoure le bonheur. Nous sommes allés la chercher chez elle à deux pas du marché aux livres (j’ai fait un tour mais je n’ai rien trouvé d’intéressant) et nous l’avons emmenée au Coffee Parisien, rue Princesse. Vrais hamburgers, galettes de pommes de terre, coleslaw, cocktails de jus de fruits : l’idée que je me fais d’un restaurant qui peut séduire une jeune personne de douze ans qui doit bientôt partir en voyage linguistique aux Etats-Unis. Elle a embarqué un sous-verre, le set de table avec les portraits des présidents américains. Je crois qu’elle était contente. Il faisait très beau. Promenade place des Vosges, visite rapide de la maison de Hugo. Parlé avec elle de Léopoldine et de l’exil à Jersey et Guernesey. Nous l’avions embarqué par là parce que tous les magasins sont ouverts rue des Francs-Bourgeois et que j’avais dans l’idée de lui offrir une montre (elle avait fait sa profession de foi la veille). Mais une fois chez Swatch, je ne la sentais pas vraiment emballée. Sauvageonne. Mais bien sûr, c’était ça. Je me suis souvenu qu’il y avait une coutellerie rue du Pas-de-la-Mule. Un couteau suisse avec plein de lames, ça te ferait plaisir ? Drôle de cadeau pour une communiante, mais là, j’avais tapé juste.

Samedi 25 mars 2017. 21h45.

Je suis arrivé très en avance à Saint-Denis. Il fallait prendre un bus là-bas, je ne savais pas combien de temps durait le trajet, j’avais peur de me perdre, enfin mes habituelles angoisses de Lapin blanc accroché à sa montre. J’ai traîné dans le seul café ouvert (vraiment pas terrible) avant de me retrouver, toujours bien avant l’heure, dans les parages de la bibliothèque. Il faisait beau, j’ai marché au hasard cherchant, sans succès, un autre bistrot au milieu des barres d’immeubles et des pavillons de banlieue. Même avec le soleil, c’était assez déprimant. Mais à la bibliothèque, il y avait tout un petit groupe de dames joyeuses, énergiques, qui s’intéressaient depuis un moment à la littérature antillaise et pour qui la venue d’un auteur haïtien était un événement. J’espère qu’elles en ont eu pour leur attente. Le débat avec Néhémy Pierre-Dahomey a, en tout cas, été chaleureux. Son roman, Rapatriés, déroule la vie difficile de Belliqueuse Louissaint, une femme haïtienne qui se laisse convaincre de faire adopter ses deux derniers enfants, après que la mort et la délinquance lui aient arrachés les aînés. Pierre-Dahomey fait le portrait de tout un peuple à travers son héroïne tragique. J’ai dû rentrer à Paris pour pouvoir repartir à Aulnay-sous-bois l’après-midi (un vrai casse-tête de le tenter au départ de Saint-Denis). Déjeuner sans intérêt au Terminus Nord qui est devenu une brasserie vraiment très médiocre. J’étais à Aulnay, cette fois pile à l’heure. Content de retrouver Véronique Ovaldé et de parler avec elle de son dernier livre, A cause de la vie. Un « roman graphique » si l’on veut, grand format avec des dessins de Sfar. L’histoire d’une fillette de douze ans qui vit seule avec sa mère dans un immeuble parisien et qui attend le prince charmant (le chevalier, le super-héros, le gentleman) qui va l’emporter loin d’un quotidien qui l’ennuie et qui l’attriste. Son libérateur sera en fait le petit garçon du sixième, venu demander à travers la porte si on ne peut pas lui prêter une pompe à vélo. Histoire d’amour de deux enfants qui ne veulent pas encore grandir. Pour Nathalie, Eugène va accomplir toute une série d’étranges épreuves. Il y a du Marcel et Isabelle du Temps des secrets de Pagnol dans cette jolie aventure. Pas grand monde malheureusement pour la rencontre. RER bondé par contre pour le retour. Le wagon ne s’est vidé qu’après Châtelet. Amélie m’attendait à la gare de Denfert. Elle revenait du Salon du livre. Je suis épuisée. - Moi aussi.

dimanche 2 avril 2017

Vendredi 24 mars 2017. 22h05.

J’ai préparé mes rencontres de demain pour le festival Hors limites. J’en anime une le matin à Saint-Denis avec Néhémy Pierre-Dahomey pour son premier roman, Rapatriés, au Seuil et l’après-midi, je suis à Aulnay-sous-bois avec Véronique Ovaldé. Amélie a passé la journée au Salon à rencontrer des producteurs de cinéma pour les livres de ses auteurs. Je l’ai récupérée fatiguée. Triste aussi, car elle avait appris que la mère de son amie Sixtine venait d’être diagnostiquée, à quatre-vingt ans, d’un très vilain cancer, et tout de suite hospitalisée. Dîner à la Forchetta à parler de cette dame que je ne connais pas et qu’Amélie aime beaucoup. Et de son mari Eric, qui ne sait plus rien faire d’autre que pleurer.

Jeudi 23 mars 2017. 23h10.

J’avais rendez-vous avec Raphaëlle dans un café près du Monde. J’en suis parti avec une vraie liste de commandes à égrainer jusqu’à l’été. Bonheur. Clotilde Escale et son si beau Mangés par la terre au Sonneur, Mal parti de Monique Jouvancy chez Buchet, Hautes solitudes de Anne Valleys à la Table Ronde, et Desbiolles, Costermans, Airodi, Leroy. A cause de la vie, aussi, ce texte si touchant d’Ovaldé sur la fin de l’enfance et le tout petit inédit de Pierre Sansot, Marginalité urbaine. Je suis très attaché à Sansot, disparu il y aura douze ans bientôt. Philosophe, mais aussi anthropologue, sociologue, écrivain, il était un observateur délicat de la vie sociale, laissant libre cours à son imagination, maître d’un véritable « réalisme » poétique, touchant et troublant. Je l’avais découvert avec Cahiers d’enfrance en 1989. Il a écrit une quinzaine de livres que j’ai tous lu, presque en connivence. Je voulais passer à Caractères. J’ai téléphoné avant. Bien m’en a pris. Nicole était restée chez elle. Epuisée. Minée de soucis. L’argent, le bail, la diffusion. Je prends des forces pour le Salon du livre ce soir. On s’y retrouve ? Peut-être. Je suis venu un peu à Paris pour cette soirée d’inauguration, mais je ne suis plus très sûr de vouloir m’y rendre. Trop de monde et de politesses. De Tu vas bien ?, de A bientôt ? sans lendemain. Pas envie de juste croiser dans la foule les gens que j’aime bien. Pas envie de parler de mes projets qui piétinent. Peur de me sentir triste. Ou aigre. Je le suis déjà assez. J’ai déjeuné avec Floryse pour ébaucher avec elle une toute première liste pour le prix Pagnol. Drôle d’année pour ce prix. Jacqueline décédée, la délibération ne se tiendra dans la maison du square de l’avenue Foch. Qui va être vendue, je pense. Et la remise ne pourra pas avoir lieu au Fouquet’s de l’avenue des Champs-Elysées, dans cette salle du premier étage où l’écrivain avait pris ses habitudes, il est en travaux. Il va falloir aller au Fouquet’s Enghien. J’ai fait la grimace. Un endroit magnifique, entièrement refait, au bord du lac, a tenté Floryse pour me dérider. N’empêche, c’est à plus de dix kilomètres de Paris. Le bout du monde, quoi. J’ai pris un taxi pour aller chez Pascale. Je m’inquiétais de son silence. Elle avait fini par appeler. Elle a trébuché dans la rue l’autre jour. Fait une mauvaise chute. Et s’est fracturé le poignet. Elle ne peut plus écrire et va être handicapée un bon moment. Nous avons bavardé une heure. Elle plaisante mais le cœur n’y est pas. Tu sais, le côté positif de cette histoire, c’est que, du coup, je ne vais pas aller à la soirée du Salon du livre. Nous avons ri. Ca a forcé ma décision : je n’irai pas non plus. J’ai retrouvé Amélie rue Daguerre pour prendre un verre et puis, nous sommes allés dîner à la Cantine du troquet. Œuf mayonnaise et onglet marchand de vin. Avec du « Rouge cerise » du domaine de la Croix-Gratiot. Le vin de chez Elisabeth et Yves, chez qui nous nous étions arrêtés, l’été 2015, près de Pézenas. Du coup nous leur avons envoyé un petit message.

mardi 28 mars 2017

Mercredi 22 mars 2017. 20h00.

J’ai prévenu Mme Bassard de mon départ, déposé La Harpe chez Brigitte et Yann. La chienne a compris que je partais pour un moment quand elle m’a vu embarquer dans la voiture son panier et son sac de croquettes. Un rien inquiète. Mais sa réserve interrogative a fait place à une joyeuse excitation dès qu’elle s’est rendu compte de la destination. Il faut dire que là-bas, pour elle, c’est le paradis domestique. Toute la maison lui appartient. Pas une pièce où elle ne puisse aller fourrer son museau. Elle n’essuie jamais la moindre remontrance. Yann la balade deux fois par jour, lui refile des tartines beurrées sous la table. Bref, il la caresse dans le sens du poil. A côté, je suis un tortionnaire. Déjeuné (mal, mais c’était sans surprise) au café de la gare à Granville. J’ai lu dans le train Outre-Terre de Jean-Paul Kauffman, son voyage en Russie, en 2007, sur le site de la bataille d’Eylau. Il aime, dit-il, aller voir quand il n’y a rien à voir. Comment mieux exprimer qu’il s’agit de la meilleure manière pour tout découvrir… Trajet à pied jusqu’à l’appartement. Les tilleuls de la rue Froidevaux étaient verts d’une multitude de bourgeons.

Mardi 21 mars 2017. 19h45

.J’ai repris le fichier du livre de souvenirs de Yann. Je crois avoir compris la raison de cette anarchique succession d’espaces dans ses pages. Le plus simple est sans doute que je m’occupe seul des corrections et que nous relisions le tout ensuite. Mais je ne peux pas m'en charger avant le semaine prochaine. Je pars à Paris demain.

Lundi 20 mars 2017. 20h50.

J’ai reçu un coup de fil de quelqu’un de Manche nature, l’association qui défend (très fermement) l’environnement dans le département. Ils remettaient aujourd’hui leurs conclusions au dernier jour de l’enquête publique ouverte au sujet du plan local d’urbanisme de Carolles. Sur les constructions, les parkings, la protection de la biodiversité et les paysages, je les rejoins totalement. Je crois que je vais adhérer. D’une manière ou d’une autre, il faut bien s’engager. La pétition initiée par les riverains de la route de la Croix-Paquerey a recueilli plus de cent-cinquante signatures et mon courrier d’alerte a beaucoup circulé. J’espère que cela permettra de mettre un peu en sourdine les malheureux projets. Tout est si fragile.

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