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lundi 9 juin 2008

Vendredi 6 juin. 23h00

La peintre a fini la grande pièce. Collé sur un mur le papier peint que nous avions choisi en bas de l'avenue du Maine, il y a plus d'un an. M. Mitaillé est venu tailler les haies, tondre la pelouse. J'ai rangé vite fait. Mis au frais le champagne acheté chez Charuel et je suis parti chercher Amélie au train de Paris. Une halte à la plage. Nous avons dîné sous le sapin. La fraîcheur de la nuit nous a fait rentrer tôt. La maison toujours inachevée s'est renfermée doucement sur nous. Nous avons vite sombré dans la fatigue des retrouvailles.

jeudi 5 juin 2008

Jeudi 5 juin. 22h10

Le menuisier installe des tiroirs. La peintre peint. J'ai fermé la porte de mon bureau. Je bats en retraite. J'ai fini une série de petits papiers pour Le Pèlerin. Retranscrit la moitié des entretiens que j'ai réalisés pour leur série d'été. J'ai du retard, mais ça avance. Je me fais compte à rebours. J'ai hâte que tout cela soit fini. Je me suis payé le luxe, au téléphone, de répondre que je n'étais pas à Paris et que, non, je ne pourrai pas aller à cette réunion, ni à ce déjeuner. Dix minutes à la plage tout à l'heure. La marée descendait. J'ai relaché le galet d'habitude que je traînais dans la poche depuis deux semaines. Il était devenu tout terne. Il s'est mis à briller comme une opale noire lorsque je l'ai rendu aux ridelles du jusant.

mercredi 4 juin 2008

Mercredi 4 juin. 22h30

On s'est embrassés avec Amélie sur le quai de Montparnasse. J'ai eu l'impression que je n'avais jamais joué cette scène-là. Jamais. Le trajet m'a paru interminable. Les courses à Granville. J'ai retrouvé la maison dans les travaux, le jardin comme une jungle. Je pose mes affaires. Il fera clair demain.

Mercredi 4 juin. 0h30

Déménagement chez Buchet ce matin. J'ai un bureau, un vrai, que je n'ai plus besoin de partager avec personne. J’ai fêté ça en déjeunant tout seul à L’Acropole, le grec de la rue de L’Ecole-de-Médecine. Je l’ai toujours connu ce restaurant avec son décor en formica façon bois, ses compositions « helléniques » au mur et ses tables agencées comme à la cantine. Le retsina n’était pas terrible. En fait, il n’est plus vraiment buvable nulle part. A chaque fois, il ressemble à un blanc éventé. Je partage avec Pascale la nostalgie de ces vins forts aux relents de térébenthine. Elle en trouve encore, dit-elle, quand elle va dans les îles. Elle part bientôt pour les Cyclades. Elle y reste un mois. Nous nous sommes dit au revoir pour de bon cette fois.

Je retrouvais Christine au Sauvignon pour les dernières commandes de papiers au Monde. Josyane est passée en coup de vent. Elle a juste trempé ses lèvres dans son verre avant de filer. Amélie nous a rejoints. Nous sommes allés dîner tous les trois chez Moissonnier rue des Fossés-Saint-Victor. Je me sens à l'aise là-bas. On est comme en province, il y a très longtemps. A la fin du repas (à cause du brouilly frais), je me suis énervé, sans qu’on me dise rien, à propos d’un auteur aux livres imbéciles. Cela ne valait pas la peine. Non, vraiment pas du tout. Il y a tant d’autres gens dont on peut dire du bien.

mardi 3 juin 2008

Lundi 2 juin. 23h40

J'aimerais bien oublier cette journée qui s'est emberlificotée toute seule. Incidents, petits drames et rendez-vous manqués. Le temps perdu ne se rattrape jamais était-il écrit en grosses lettres au dessus du crucifix au mur de l'étude. Dîner chez Dominique et Frédéric rue Saint-Charles. Onglet aux échalotes et patates sautées. Parler littérature sans avoir trop peur de dire des bêtises. Laisser filer le temps. Enfin souffler un peu.

Dimanche 1er juin. 22h50

J'avais des tas de questions à poser sur tabou et douleur, tabou et souffrance, mais le débat est parti autrement et, surtout, il fallait laisser parler le public. J'espère que ça allait. C'est passé maintenant... Nous avons déjeuné avec Evelyn, Colette et Emmanuel Venet. Il part à l'automne en résidence d'écrivain à Montréal pour terminer son prochain livre. Jean-Pierre y vit depuis maintenant pas mal de temps. Il fait du design graphique, je crois, à Outremont. On s'était revus par hasard près des Deux Magots, il y a cinq ou six ans. Nous avons partagé ce temps où l'enfance bascule. Senlis et le collège. Rue du Moulin-Saint-Rieul. Rue du Moulin-du-Gué-de-Pont. Nous avons en commun une cartographie intime. Des repères, des amers, des fourches, dont je sais maintenant que je ne sortirai pas.

Je me suis senti épuisé cet après-midi de dimanche. Barre aux reins, tête lourde. Amélie était un peu vague aussi. Nous nous sommes forcés à marcher jusqu'à la place des Terreaux. Le bruit de l'eau sur les chevaux de Bartholdi. Devant nos cafés en terrasse, je crois que nous avons dormi un peu.

dimanche 1 juin 2008

Samedi 31 mai. 23h40

Les corps viennent de Chine. Il paraît que ces gens les auraient offerts à la science. Qu’est-ce qui m’a pris d’entraîner Amélie voir cette exposition à la Sucrière.... On y voit des cadavres, des écorchés comme ceux de Fragonard, mais bien réels, des êtres « plastinés », les muscles détachés et les os apparents, les viscères à l’air. D’autres coupés en tranches. En longueur, en largeur. Des poumons, des foies, des couilles. Dans les allées, les gens se promènent en famille et avec leurs enfants. La justification de tout cela ? La pédagogie… Tu parles, c’est l’horreur médicale, le mépris carabin. Enfin juste et surtout une affaire d’argent. Cet odieux barnum a déjà tourné dans pas mal de pays du monde. Je suis étonné d’être aussi choqué, moi qui traîne aux cimetières, qui vais aux catacombes, qui rêve aux momies, aux reliques de saints. Vraiment pas la même chose. Quand je pense que j’anime demain « Tabou et transgression »….

Côté tables rondes, Jean-Yves Cendrey participait à elle intitulée « Invention/ Intervention ». Il est intervenu avec une sincérité rageuse qui fait du bien. Revenant à plusieurs reprises sur la compassion et lui tordant violemment le cou. J'ai eu peur sur le moment d'avoir écrit le mot dans mon papier du Monde. Mais je me suis souvenu que, précisément, je l'avais enlevé. Ouf... Nous avons pris un verre ensemble après les débats et parlé jardinage. La maison du Sud-Ouest qu'il a gardé malgré son départ à Berlin est aussi envahie d'herbes folles. Bosquets d'orties. Jets de sureaux.

Nous sommes rentrés à l'hôtel sous la pluie. C'est un vieil établissement 1900 près de la place de la République. Refait en faux plafonds brillants. Les fauteuils recouverts de velours de nylon et la moquette à fleurs. Il reste la cage d’ascenseur monumentale, un peu de stuc et des colonnes, les vitraux de l’entrée. Le charme est toujours en sursis.

Vendredi 30 mai. 22h15

J'ai relu, encore une fois, les livres pour le débat de dimanche matin aux Assises du roman de Lyon. Gribouillages sur les fiches. Quelques phrases, quelques derniers détails pour la présentation des auteurs. Je notais : Upamanyu Chatterjee habite à Dehli, mais il travaille toute la semaine à Bombay. Bombay... J'avais presque oublié. J'en avais caché les souvenirs sous des vieilleries sans importance. Temps passé. Page tournée. J'y étais allé pour une semaine de reportage au bidonville de Malad fin 2002. Pas grand chose à en raconter que des pérégrinations d'Occidental rose, ventru et mal à l'aise au milieu cette incessante et assaillante misère. Le village était comme en pilotis sur les ordures. Pierre Péan, le fondateur de l'association qui venait en aide aux habitants, nous baladait de taudis en taudis. Le deuxième jour, une fillette de quatre ou cinq ans, s'était postée à l'entrée de l'enclos qui marquait la frontière avec le quartier. C'était moi qu'elle attendait, inexplicablement décidée. Je n'ai jamais su pourquoi. Mais c'était son idée. Chaque fois, elle me guettait. Elle courait vers moi. Elle m'attrapait la main et ne la lâchait plus, à tel point qu'au moment des départs, il fallait lui détacher de force les doigts, un à un. A ces instants de séparation, pas un mot, pas une plainte, juste un regard éteint. Le regard de l'envers de journées à sourire où elle me poursuivait d'un incompréhensible babil, où je lui répondais des mots qui ne lui disaient rien. J'ai parrainé Anita. Quelques roupies pour acheter des fournitures scolaires. Un imperméable pour la mousson. Une paire de sandalettes. Ici, avait expliqué Péan, dans l’ordre, il vaut mieux naître garçon, puis chien, puis fille… Avec son école installée dans un vieil autobus, il tentait d’offrir un peu d’éducation aux gamines.

Le dernier jour du reportage, l’association avait organisé une sortie à la plage. Nous sommes partis avec une vingtaine d'enfants. Anita, comme à l’habitude, ne m’a pas quitté d’un pas. Les autres se baignaient en sari à quelques mètres du rivage. Ma petite s’est avancée vers l’eau sans me quitter la main. Elle a poussé un cri de passereau quand la première vaguelette est venue l'attraper aux chevilles. Un pas encore. De l’eau jusqu’au mollets. Elle regardait au loin. En se tournant vers moi, elle s’est mise à rire. Elle voyait la mer pour la première fois.

J’ai versé de l’argent. J’ai eu quelques nouvelles. Sa famille ne voulait pas qu’elle continue l’école. Ce que vous avez donné suffira pour longtemps. Qu’est-ce j’imaginais ? Changer son existence ? Juste avec des sous… Quel inconscient mépris. Elle est toujours là-bas. Réponses à mes questions... Elle grandit à Malad. Elle va avoir onze ans.

vendredi 30 mai 2008

Jeudi 29 mai. 23h50

J'ai retrouvé Nathalie et Josyane en fin d'après-midi au Café Beaubourg où nous avions rendez-vous avec la responsable d'un cycle de débats littéraires organisé par la bibliothèque du Centre Pompidou. Nous avons choisi des auteurs et avancé dans la programmation, pour la rentrée et jusqu'au début du printemps. Il devrait y avoir quelques très belles rencontres.

Je ne vais presque jamais dans ce quartier. J'y ressens une étrangeté du décor. Une distance permanente d'avec la réalité. L'impression qu'ici tout peut s'effacer en un instant. Disparaître. Sombrer. Je revois les palissades de la rue Saint-Martin au début des années soixante-dix. Celles de la rue Saint-Denis. Les immeubles effondrés. Les trous béants. Avant? Je ne sais plus... Josyane m'a raccompagné en voiture jusque chez Buchet. J'ai rejoint Pascale dans un bar derrière le marché Saint-Germain. Je multiplie les au revoir avec elle tant j'ai peur de ne pas pouvoir l'embrasser avant mon départ. Je pense que je la verrai encore lundi.

Mercredi 28 mai. 22h40

Plus s'approche le moment de ma petite retraite d'écriture, plus je m'enfonce dans une étrange mollesse. Un étrange renoncement. Comme si je m'acclimatais à ne pas savoir, à ne pas parvenir, à ne pas faire. D'avance, je me heurte aux contours, aux rebords, aux marques. D'avance, j'abandonne. A quoi bon? Mes paniques de rédaction ne sont finalement que celles des devoirs sur table d'il y a bien longtemps. Je me souviens tellement de ces copies à rendre... Ce sont aujourd'hui les papiers dans la presse, les morceaux de préface, les argumentaires. Comment ne pas confondre? Quelle est la différence? Je mélange les mots et leur destination. Tout me paraît sans fin, sans but, sans horizon. J'attends les réponses de Fred Vargas à quelques questions sur son dernier livre. Je les ai tordues comme si je les posais à moi-même. Je guette ce qu'elle va dire. Avec une infinie, infinie attention.

mercredi 28 mai 2008

Mercredi 28 mai. 1h10

Marie Sizun a obtenu le prix des lectrices de Elle pour La femme de l'Allemand. Il était remis au musée d'Orsay. Entre les Rude, les Carrier-Belleuse et les Clésinger, nous étions nombreux dans la grande salle, pour les discours et les commentaires. A l'étage aussi, dans les salons, pour le cocktail... Je l'ai cherchée. Je voulais la féliciter. J'avais tellement aimé son livre. Je l’avais défendu, au printemps de l’année dernière, dans Le Monde puis à France Culture. On s'était adressé chacun un petit mot. C'était la première fois que nous nous voyions. Nous aurions dû juste nous congratuler chaleureusement. Merci. - Non c'est moi. Question de lieu et de moment. Mais cela ne s'est pas passé comme ça. Ce que j’ai appris d'elle ce soir nous lie assez étrangement. Marie Sizun m’a raconté qu’il y a maintenant longtemps, elle était professeur de français à Tourcoing dans l’institution religieuse où mon oncle, l’abbé Georges Lapierre, enseignait les lettres classiques. Là, il s’était tissé entre eux une sorte d’amitié qui, après son départ du Nord s’était poursuivie dans une correspondance, plutôt fidèle malgré les longues années. En 2005, très émue, elle lui adressait son premier roman, Le père de la petite. La réponse était arrivée tard. Trop intime, avait fini par lâcher Georges. Cela me fait penser à ce qu’écrit mon neveu…

mardi 27 mai 2008

Lundi 26 mai. 23h40

Amelie est partie à Lyon ce matin. Elle accompagne les débats de ses auteurs à la villa Gillet. Elle rentre demain. Nous y retournons ensemble en fin de semaine. J'anime une table ronde le dimanche avec Nelly Arcan,Thomas Jonigk et Upamanyu Chatterjee sur le thème « Tabou et transgression ». Vaste questionnement... L'endroit est impressionnant, d'intelligence, d'échanges. Cela m'avait saisi l'an dernier dans un mélange d'inquiétude et de contentement. Je ne vais pas souvent à Lyon. Au fond, je n'ai jamais eu grand chose à y faire. Il y a eu ce voyage de presse qu'avait organisé Brigitte début 2002 pour l'exposition Peinture et Poésie. Quelques haltes aussi sur la route du midi. Nous nous y sommes arrêtés Amélie et moi en descendant en voiture chez ses parents, Claire et Emmanuel, à Grasse. Voilà tout. Lyon avait été le point ultime de la courte fugue que j'avais faite à quinze ans avec Philippe. Nous étions à l'époque envahis de Kerouac, d'envie de Larzac, et de communautés hippies. Nous nous sommes arrêtés à Tassin-la-Demi-Lune après avoir traîné une journée dans Fourvières. Retour à la maison... Ma mère était dévorée d'inquiétude.

J'ai dîné avec Marie après une journée passée chez Buchet. Ses perspectives de boulot se précisent. Mais nous attendons de connaître la décision finale pour en parler vraiment. Motus et fer à cheval. Trèfle à quatre feuilles, patte de lapin et bouche cousue pour le moment.

Lundi 26 mai. 2h10

J'ai fini le papier sur le Jean-Yves Cendrey pour Le Monde. Je l'envoie à Christine. Je ne sais pas s'il passera. J'ai mis tant de temps à parvenir à l'écrire. Connaissance de la douleur. Pas la même et pourtant. Il est des complicités noires...

lundi 26 mai 2008

Dimanche 25 mai. 23h50

Je craignais le pire. Je voyais déjà le potager envahi d'herbes folles. Mais les carrés ont plutôt bien tenu. A peine se sont-ils recouverts d'un duvet vert qu'il a été facile d'éliminer au sarcloir. Les feuillages des pommes de terre ont déjà dix bons centimètres de haut. Les oignons sortent de terre. Les plants de tomates se sont redressés. Les rosiers anciens récupérés de l'ancien jardin de Georgette à L'Humelière sont couverts de fleurs lourdes et parfumées. J'ai d'ailleurs encore oublié en lui en apportant un bouquet de lui en demander le nom. A la maison, nos variétés s'appellent Caura, Cecile Brunner, Etoile de Hollande, Tess d'Arbanville, Generous gardener... J'en oublie. Je vais attacher des étiquettes aux tiges. Aux Fontenelles, nous avons bien travaillé. Amélie a arraché les orties, éclairci les radis. J'ai dégagé une nouvelle bande nette et étroite pour trois pieds de potirons. La friche est entamée. L'honneur est sauf... Emmanuelle qui raccompagnait son frère Fabien à Carolles est venue nous rejoindre. Il y a à peine plus d'un an qu'elle a quitté définitivement Paris pour s'installer à Agon. Elle travaille à distance. Fait des dossiers de presse, gère des manifestations. Et à la moindre occasion s'en va faire un tour sur la plage. Elle a l'air si bien de ce changement que cela fait, à la voir, un immense plaisir et qu'on a envie simplement de rester à la regarder, heureuse. J'ai cueilli pour elle quelques boutures d'hydrangea grimpant, petiolaris, chez Perron. Ce n'est pas le moment, mais avec un peu de chance... J'ai téléphoné à Marie en fin de journée. Dans le bac, sous la gouttière, ses deux poissons sont morts. Apollon, le cyprin jaune d'or a disparu, probablement emporté par un oiseau. Arès, le voilier tacheté de blanc et de rouge a agonisé, ventre en l'air, tétant l'eau pendant des heures. J'ai jeté son petit cadavre dans la haie des clématites et des chèvrefeuilles.

dimanche 25 mai 2008

Samedi 24 mai. 23h05

Il a plu sans discontinuer. La cour détrempée. Les ornières et les flaques. J'ai planté sous l'averse les pervenches de Jean-Jacques Rousseau devant la maison. Longue conversation avec la peintre, qu'à force de harcèlements j'ai fini par avoir au téléphone. Je n'arrive pas à hausser le ton. Ce serait sans doute utile. Encore quinze jours de délai, annonce-t-elle. Et ce n'est pas tout. Nous voilà partis aussi pour un tas de tergiversations au sujet des finitions. Je sens que vais être là en juin tout autant pour faire le chef de chantier que pour écrire. Ca me désespère. Je ne suis pas très doué pour l'exercice du Je veux et j'exige. Plus d'un an maintenant que cette maison est en travaux. Que la poussière de bois et de plâtre s'insinue partout. Que tout est enfermé dans des malles, des cartons. Que les armoires sont pleines. Que les livres ne sont toujours pas classés. Du coup, je me suis lancé dans le rangement de la cuisine. J'ai mis de l'ordre dans les placards, dans le vaisselier. Fait de nouveau cartons surtout que j'ai mis au garage. Je devrais jeter. Je n'y arrive pas. Je ne peux pas mettre à la poubelle les couverts dépareillés, les cuillères en bois usées et les vieilles casseroles qui viennent de Senlis. Je garde la bouilloire percée, pleine de vert de gris de ma grand-mère Angèle. Les canifs rouillés de Joseph. Le plateau en métal piqué, la salière ébréchée, les sous-verres défraîchis et toutes ces babioles que maman ramenait à chacun de nos voyages d'été en Angleterre. Abandonner les objets? Plus tard. Encore un peu... Bric-à-brac de brocante. Le passé m'envahit comme le lierre et les ronces.

samedi 24 mai 2008

Samedi 24 mai. 1h15

Des bataillons de limaces ont dévoré les capucines. Les tiges des fuschias, celles des rosiers sont envahis de crachats de coucous. J'ai passé plus d'une heure à y écraser délicatement entre les doigts les larves des cicadelles. Je crois qu'il s'agit de cercopis puisque j'en ai vu un qui se détachait bien avec ses élytres oranges et noires sur le mur jaune du couloir. La peintre traîne, ne répond pas au téléphone. Le menuisier attend. Le chantier poussiéreux continue. C'est pourtant dans une semaine que j'ai décidé de venir travailler ici... J'ai peur que rien ne soit prêt. Amélie est arrivée par le dernier train. Nous avons dîné sur la terrasse. Un ragoût d'artichauts, quelques tranches de jambon cru. Le ciel a retenu la pluie jusqu'au bout. Douceur frémissante d'avant orage. Avec le vent tiède, comme un avant-goût des draps de la nuit.

vendredi 23 mai 2008

Jeudi 22 mai. 22h45

J’ai enfin envoyé le papier sur Atelier 62, le récit de Martine Sonnet au Temps qu’il fait. Depuis que j’ai lu son livre, il y a un peu plus de trois mois, je pense beaucoup à Amand, son père, le forgeron de Renault. Il m’accompagne silencieusement. Dans le Paris-Granville que je prends si souvent maintenant, je guette toujours l’arrivée du paysage. Les champs libres passé Dreux et un peu avant L’Aigle, enfin, le premier vrai bocage. Quand il rentrait chez lui chaque fin de semaine, il descendait à Flers. Correspondance pour Domfront jusqu’à Ceaucé son village. Moi, je continue la ligne. A Flers, elle se brise en descente comme l’après-midi du dimanche. On dirait que le train se dépêche. C’est qu’il est temps d’arriver.

jeudi 22 mai 2008

Jeudi 21 mai. 1h10

J'ai passé la journée à rater des rendez-vous. Je suis arrivé en retard à un premier. J'ai décommandé mon déjeuner parce que je pensais en avoir avoir un autre en tout début d'après-midi pour m'apercevoir une heure plus tard que c'était la semaine prochaine. Plus moyen de faire marche arrière. Nadine m'a appelé pour me parler de sa rentrée chez Denoël et, comme, du coup, j'étais libre, nous nous sommes retrouvés à La Cigale, rue Récamier. Là j'ai croisé Elodie que j'avais oublié de rappeler au sujet de L'archer du Pont de l'Alma de Hervé Algalarrondo et de Crépuscule ville de Lolita Pille. Le temps a filé. J'ai laissé passer l'heure du point que je devais faire avec Paul sur l'état des ventes de « Domaine public ». Je ne me sens pas très fier de cette succession de pieds pris dans le tapis. Je mélange tout. Il est plus que temps que je remette de l'ordre. A Carolles, je n'aurai que le livre en tête. Mais cela fait si longtemps. Je suis un peu inquiet. Marie-Sophie et Delphine sont venues dîner à la maison. Elle ont amené une bouteille de chateau chasse spleen. Ca ne pouvait pas mieux tomber.

mercredi 21 mai 2008

Mardi 20 mai. 20h45

L'avant-propos du volume Marguerite Audoux n'arrivera que courant juin. Plus d'un mois de retard. La publication du titre va en être repoussée. Je devrais être en colère, mais sais que cela ne sert à rien. Je vais profiter du délai pour mieux préparer les suivants. « L'année nécrologique » 1938 me pose des problèmes et c'est bien là toute la difficulté de cette collection. Mon idée de prendre les auteurs qui viennent juste de tomber dans le domaine public se heurte à un sacré principe de réalité : tous les textes ne sont pas dignes d'intérêt, loin de là. N'empêche, ça a permis de belles (re)découvertes. Exhumator, m'appelle Raphaël Sorin chez Buchet. Je ne crois pourtant pas lui avoir raconté que, lorsque j'étais petit, je voulais être conducteur de corbillard. Tout cela parce que j'avais vu passer à Senlis sous les arbres du cours, direction le cimetière, un superbe fourgon noir, brillant comme une laque chinoise. Il débordait de fleurs. A l'arrière une couronne barrée d'un gros ruban violet. Sous sa casquette, dans son uniforme à boutons d'argent, le chauffeur m'était apparu superbe. J'ai fini par travailler aux pompes funèbres, après le service militaire. Mais pas très longtemps. Exhumator? Il a raison, Sorin. Je vais creuser l'idée.

mardi 20 mai 2008

Lundi 19 mai. 22h00

J'ai encore oublié de demander à Carole Martinez de mettre un mot sur mon exemplaire du Coeur cousu. En voilà un livre de boucles souterraines et de connivences. Un livre qui est venu me chercher et que je n'ai pas quitté. Je n'avais pu écrire à l'époque qu'un tout petit papier dans Le Monde. Avec Carole, on ne s'est pas beaucoup parlé pendant ces quelques jours à Chambéry. Guère plus qu'à Laval, en mars, où elle était aussi invitée et où je faisais déjà le Monsieur Loyal. C'est ce décalage des questionnements publics, des débats. Je reformule, pour les autres, ce que j'ai ressenti. J'écoute des réponses dont je ne sais pas bien à qui elles sont destinées. Après on ne se dit rien, comme si on s'était déjà tout raconté. Débrouille-toi avec ça. Fichu bouquin. Je le traîne en séquences, en bribes vivantes. Il m'a brûlé de soleil, fait des griffures de ronces, des morsures d'insectes. J'en suis meurtri, énervé et joyeux. Littérature... Quand pourrais-je lui en parler?

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