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mardi 15 juillet 2008

Lundi 14 juillet. 22h00

J’ai reçu des nouvelles de Bombay. Le bidonville de Malad où vit Anita et sa famille va être rasé par les autorités de la ville. La destruction a déjà commencé. Beaucoup sont déjà sans abri et sous la pluie car, depuis début juin, la mousson est là. J’ai envoyé un mail à l’association pour demander ce que je pouvais faire pour ma filleule de là-bas. La réponse de Pierre Péan est arrivée assez vague. Une partie de la population de Malad est relogée a Chandivali, ou le sera dans un an, mais beaucoup d'habitants n'auront pas cette possibilité. Où iront-ils quand ils seront définitivement chassés ? Anita est toujours là et continue à aller à l'école sans problème financier car, grâce a vous, son compte est toujours bien approvisionné. J’ai peur de l’embêter car j’imagine qu’il doit faire face à énormément de choses. Mais ma question reste en suspens. Je vais la lui reposer. Que puis-je faire ?

lundi 14 juillet 2008

Dimanche 13 juillet. 22h50

Annabelle est venue nous rendre visite en fin d’après midi. Elle était flanquée de son petit frère et de ses deux cousines, Lucile et Angèle. Nous leur avons servi des sodas au jardin. Annabelle devait avoir six ou sept ans quand nous avons fait connaissance tous les deux un été à Carolles. Thierry, son père était tout seul pour deux semaines avec ses trois enfants. Il y avait en plus la fille de Mathias, Amandine, qui avait à peu près le même âge. Je me suis occupé chaque jour des deux gamines. Les baignades et les eskimos. Le jeu des sept familles et les gâteaux du goûter. J’en garde un souvenir vraiment heureux. Marie était adolescente. Je retrouvais là, différentes, contrastées, des émotions de son enfance à elle. Tout s'est ainsi lié. C’est venu comme ça. Je me suis tout doucement attaché à Annabelle. On s’est écrit de loin en loin, fidèlement. J’attendais ses lettres, ses dessins. Je la revoyais l’été. Je ne suis pas très famille. J’éviterai même plutôt. Mais cette petite-petite-cousine m’a fait renouer avec un sentiment appartenance. Je lui en sais gré. Infiniment. Je lui ai dédié le 16 rue d’Avelghem, car je me suis aperçu, une fois le livre achevé, que je l’avais écrit un peu à cause d’elle. Un peu grâce à elle. Après, bien sûr, c’est tout ce qu’on s’invente. Ce n’est pas mal non plus. Faire des nattes au temps. Maintenant Annabelle a quinze ans. Elle revient d’un séjour linguistique en Angleterre. Et elle est passée pour dire qu’elle était amoureuse.

dimanche 13 juillet 2008

Samedi 12 juillet. 23h40

Nous avons fait une tranquille promenade au couchant. La route de la Croix-Paquerey, le sentier des douaniers le long de la falaise et retour vers le bourg avant le port du Lude. Sur la mer le ciel était comme lavé. Le regard portait loin. La Bretagne, les îles, apparaissaient nettes, précises, découpées au ciseau pointu. Et on distinguait même Jersey, au nord-ouest, en fin trait de crayon bleu. Nous n’avons croisé personne. Tout cela était à nous.

samedi 12 juillet 2008

Vendredi 11 juillet. 23h00

En relisant une partie des lettres de condoléances reçues après le mort de ma mère, je suis retombé sur ce courrier d’une lectrice du Monde qui m’avait écrit après la parution de mon papier sur L’eau rouge de Pascale Roze. J’avais fini le livre dans le train qui m’emmenait à Granville. J’allais retrouver ma mère pour la voir me quitter. Le texte de la quatrième de couverture, extrait des vingt premières pages, m’avait profondément troublé. Au cap Saint-Jacques, elle quitta le Pasteur qui continuait vers la baie d’Along et embarqua sur un bâtiment de transport de troupes pour remonter la rivière de Saigon. Ma mère avait fait le même voyage sur L’Eridan. Laurence Bertilleux, le personnage principal du roman mourait, vieille, murée dans le refus et la solitude intérieure. Pascale Roze remontait son passé d’engagée volontaire en Indochine. Il y avait tant en commun. Il y avait tant de proche. Je retrouvais ces lieux dont me parlait ma mère. Cette atmosphère si particulière, ce sentiment de gratitude et d’anxiété mêlées. Histoires filigranes. J’avais commencé à rédiger pendant le voyage. Nous étions samedi. Je devais rendre mon texte à Christine le lundi. Aux toutes petites heures du dimanche, après que ma mère s’était éteinte à l’hôpital, j’ai terminé l'article. Il est sorti dans le même numéro que celui ou je faisais paraître l’annonce du décès. Je reste hanté par ces coïncidences. Ma lectrice du Monde avait acheté le livre. Elle me racontait combien elle avait été touchée, combien elle y retrouvait les moments de sa propre existence. Je lui ai répondu, lui confiant dans quelle proximité et dans quelles circonstances j’avais écrit le papier. Et, mon Dieu..., en retour, elle me renvoyait un mot où j’apprenais qu’elle avait été là-bas sous les ordres de ma mère. Elle égrenait les souvenirs. Retrouvait tellement, tellement d’instants vivants. J’ai croisé souvent Pascale Roze. J’ai eu, à chaque fois, l’envie de lui expliquer tout cela et de lui dire merci. Mais je n’ai jamais osé. Cette bousculade de hasards et de signes, je n’arriverai pas non plus à l’inclure dans mon récit qui traîne. Si vrai et si invraisemblable. Trop extérieur, d’un coup. Et pourtant...

vendredi 11 juillet 2008

Jeudi 10 juillet. 22h15

J’ai avancé un peu. Mais tout reste laborieux. Mot à mot. Phrase à phrase.

Au soir, en allant faire mon tour aux Fontenelles, j’ai découvert un nid d’abeilles tout au fond de l’allée. Juste un petit cratère dans le sol percé de galeries d’où s’échappaient des allers-retours bourdonnants. Après avoir observé longtemps le ballet, j’ai fini par appeler un apiculteur d’Avranches dont le numéro de téléphone était affiché à la mairie. Il s’est fait rassurant. Il est très rare que les essaims soient enfouis, m’a-t-il dit. Ce doit être des bourdons... Des bourdons, sûrement pas. Je n’étais pas convaincu. Avec précaution, j’ai capturé une ouvrière. Appuyé délicatement sur l’abdomen, pour lui faire sortir son dard. Il était sans barbillons. Celui d’apis mellifica, l’abeille domestique, ressemble en effet à un petit harpon qui reste planté dans la peau après la piqûre. Quand l’insecte s’arrache, il meurt. Le bonhomme avait donc raison, mais de quoi s’agissait-il ? J’ai emmené ma prisonnière à la maison. Après examen et recherches, je crois que je suis parvenu à l’identifier. Ces nouveaux locataires des Fontenelles sont des abeilles « solitaires ». Probablement des collètes (colletes) ou des andrènes (andrena). Il y en a d’infinies variétés. Elles ne sont pas dangereuses. Pas du tout agressives. Je peux les laisser en paix polliniser le jardin.

Amélie me rejoint enfin pour quelques jours. Elle a pu prendre le dernier train. Je pars la chercher à Granville…

jeudi 10 juillet 2008

Mercredi 9 juillet. 23h00

On aurait pu presque voir l’herbe pousser sous la pluie. Elle est tombée en rideau tiède sans discontinuer aujourd’hui. Le jardin s’agite, s’ébroue, s’étend, se liane dans cette humidité.

Le livre ne bouge pas. J’ai retrouvé des lettres de ma mère. Elle m’écrivait en 1989 : Je me suis parfois demandé avec angoisse si j’avais pris la bonne route, j’ai souffert de cette angoisse moralement et aussi physiquement. Si j’essaie de retrouver des images, en même temps que le souvenir, l’angoisse remonte à la surface. Oh, c’est tellement au creux de ce que j’essaie de faire...

J’attendais Noëlle pour dîner. Nous nous sommes racontés un peu nos histoires. La soirée se filait un rien mélancolique. Nous l’avons rebrodée avec des noms de roses anciennes, des projets de boutures, des tailles d’hortensias. Je lui ai donné toutes les aiguilles à tricoter de ma mère. Ici, personne ne sait s’en servir. Je crois qu’elle ne pouvaient pas passer dans de meilleures mains.

mardi 8 juillet 2008

Mardi 8 juillet. 21h50

J’ai reçu au courrier le formulaire de demande de bourse à envoyer au Centre national du livre. Il faut que je remplisse tout ça. Je n’aime pas demander, mais je n’ai pas le choix. Les temps qui viennent vont être difficiles. J’ai beau faire des piges, donner des cours, écrire quelques préfaces, animer des débats, je n’arrive pas à boucler un seul mois raisonnable. Tous mes fers sont au feu et l’avenir se consume. Je me sens fatigué ce soir. Et Amélie me manque.

Lundi 7 juillet. 22h30

Je rêvasse, je ressasse, mes pensées s’effilochent. Incapable d’aller vraiment au bout des phrases. Tout reste en suspens. C’est si lent… Au soir, je suis sorti couper les branches du thuya qui barraient l’allée des Fontenelles. Rue Jacques-Simon, Noëlle était sur le pas de sa porte. Elle est arrivée samedi. Toujours dans les travaux, les rangements sans fin depuis la mort de sa mère. Les cloisons sont posées à l’étage. Elle a maintenant deux petites chambres. Un nouveau territoire qu’elle a arraché au gigantesque désordre de meubles, de tableaux, de livres, de linge qui l’envahit. Je comprends si bien la difficulté douloureuse qu’elle a à déplacer le moindre objet. A chaque fois, c’est un nouveau tabou à transgresser. Un nouveau sacrilège. Sa mère a vécu là si longtemps dans l’ombre de son propre père. Gardienne fidèle de sa mémoire. Le grand-père peintre, la mère dont on voit le portrait à tous âges sur les toiles et tous ces sédiments de la vie vieillissante… Il faut un grand ménage. Nous avons pris un verre. Elle viendra dîner à la maison après-demain.

lundi 7 juillet 2008

Dimanche 6 juillet. 22h00

J’ai eu Marie longuement au téléphone. Intarissable. Elle est en ce moment débordée d’activités, de projets. Elle balade dans Paris des groupes d’adolescents étrangers pour le compte d’une fondation. Elle continue son travail de documentaliste dans un lycée. Et cherche un appartement aussi. Je la sens dans un mélange de fébrilité heureuse et d’excitante inquiétude. Elle me demande de ne plus lui verser d’argent tous les mois, de cesser de payer son téléphone portable. Encore une étape. Une saison j’allais dire. Son printemps continue. De jour en jour, il change. Je la revois toute petite sur le chemin de l’école quand elle voulait que je lui lâche la main pour finir toute seule les derniers cinquante mètres qui lui restaient à faire. On se dit au revoir là. D’accord ? Elle filait, le cœur gonflé de liberté. Aujourd’hui, elle prend des nouvelles. Y-a-t-il déjà des figues au jardin ? Du soleil ? Du monde à la plage ? Je crois qu’elle a envie de vacances avant son boulot en septembre. Son boulot : le vrai. Le premier...

J’ai récuré la bassine en cuivre qu’elle m’avait offert pour un de mes anniversaires. J’y ai fait la confiture avec le cassis des Fontenelles. Nous l’avons mise en pots. Cinq tout juste. Il restait à peine deux cuillères. Une pour Amélie. Une pour moi.

Samedi 5 juillet. 22h50

En même pas deux semaines l’herbe aux Fontenelles avait incroyablement repoussé. Nous nous sommes décidés. Ce matin, nous avons acheté une tondeuse à moteur. L’après midi s’est passé là-bas. Pendant que je quadrillais le terrain avec l’engin, Amélie cueillait les baies de cassis. A la maison, nous avons fastidieusement égrené toute la récolte : deux kilos ! Demain nous en ferons des confitures.

Vendredi 4 juillet. 23h40

C’était mon dernier Jeux d’Epreuves avant la rentrée. J’avais amené Le Tutu de Princesse Sapho qui vient d’être réimprimé. Cet écrit anonyme fin XIXe découvert par Pascal Pia dans les années soixante et publié pour la première fois (en dehors des rares exemplaires de l’édition originale) chez Tristram en 1991 est un véritable feu d’artifice de nonsense et de délirante étrangeté. Ca m’a permis un joli bouquet final. J’étais venu dans le studio avec ma valise. Il semble que, désormais, elle ne me quitte plus quand je suis à Paris... Josyane m’a ramené en voiture jusqu’à la gare Montparnasse. Nous avons parlé du Monde, de la rentrée aussi. Point de côté, le livre où elle a rassemblé ses souvenirs sort en octobre. La narration commence en 2005 quand on l’a obligée à quitter la direction du supplément. Je me souviens de ce moment. Je venais de perdre mon travail à Point de Vue. J’avais envoyé des lettres, aux uns, aux autres. Passé des coups de fil. Pas la moindre réponse. J’étais assez désespéré. Josyane m’avait invité à déjeuner alors même qu’elle était en plein marasme. Elle m’avait présenté Christine. Quelques mois plus tard, mon premier papier sortait. Je sais ce que je lui dois. C’est tout.

J’ai eu du mal à trouver des places dans le train. C’était les départs en vacances. Amélie est arrivée à peine deux minutes avant le coup de sifflet. Ouf ! J’ai bien cru que j’allais faire le voyage tout seul.

vendredi 4 juillet 2008

Jeudi 3 juillet. 23h00

Je suis arrivé à Paris par le premier train. Pas le temps de passer à l’appartement poser la valise, je suis allé directement chez Buchet où m’attendait la suite de la chronologie de Marguerite Audoux. Je n’en vois pas le bout. Toujours de dates à reprendre. Des événements à éclaircir. En fourrageant dans la biographie que lui a consacré Bernard-Marie Garreau, j’ai découvert qu’elle avait séjourné à Saint-Pair-sur-Mer. Je vais lui demander s’il a des précisions sur cette villégiature. A-t-elle écrit là-bas ? Y a-t-il des lettres ? J’irai bien voir la maison où elle logeait. Drôle de penser qu’elle a partagé la même grève, qu’elle regardait les îles, qu’elle a dû guetter au soir les phares ou attendre, dans la fin du couchant, l’improbable moment du rayon vert. J’aime ce clin d’œil alors que l’édition du livre se termine. Enfin, se termine presque... J’ai envoyé mes choix de rentrée pour Le Monde à Christine. A Florence aussi pour la littérature étrangère. Jeanne Benameur, Véronique Bergen, Cécile Wajsbrot, Emmanuelle Pagano, Céline Minard, Fabienne Swiatly… Et puis Julia Leigh aussi. Cette jeune femme australienne publie Ailleurs, son deuxième roman, aux éditions Bourgois. Le premier, Le Chasseur, paru début 2001 chez Actes Sud, m’avait incroyablement envahi. Je l’avais rencontrée à Paris à l’ambassade d’Australie lors d’une réception pour le livre. Tout là-bas m'était encore présent. Adélaïde, Melbourne, Sydney. Nous avions bavardé un moment. Echangé nos adresses, mais nous ne nous sommes jamais écrit. Aujourd'hui, j’ai très hâte de lire.

mercredi 2 juillet 2008

Mercredi 2 juillet. 20h10

Il a plu presque toute la journée. De quoi remplir les tonneaux, ici et aux Fontenelles. Je suis passé au potager. J'ai profité pour y aller d'une éclaircie chaude, un de ces moments où la terre sent si bon qu'on s'arrête en chemin pour respirer lentement. Le foin, l'humus sucré, les fleurs humides. Là-bas, il faudrait nettoyer un peu les planches. Je n'ai pas le temps. Au fond, les cassis ploient sous les fruits. Ils ne sont pas encore tout à fait mûrs. Nous les cueillerons samedi. J'ai mangé une dizaine de framboises tièdes. Des Loganberries plutôt. Une grosse bouffée d'enfance. Comme tout se mélange, se retient, se rejoint. Les jardins et ce livre qui si lentement avance.

mardi 1 juillet 2008

Mardi 1er juillet. 23h10

J'ai envoyé les papiers à la préfecture pour changer la carte grise de la voiture. Deux ans que je devais le faire, mais je ne me résolvais pas à ce qu'elle soit à mon nom. Je ne sais pas ce qui m'a poussé. Peut-être un sursaut de réalisme. La validité du contrôle technique, et tout ça. J'ai retrouvé le certificat d'hérédité : Laisse pour recueillir sa succession son fils unique, Monsieur Xavier, Marie, Jacques, Angelo, Houssin, journaliste... J'ai mis sous enveloppe ce qu'ils m'avaient demandé. Posté le tout à la préfecture de Saint-Lô. C'est fait.

Lundi 30 juin. 22h00

Le premier train. Les courses. J'étais à Carolles vers midi. Jean-Claude est venu me rejoindre comme prévu à 13h. J'attendais en effet le passage du transporteur qui amenait les portes de serre depuis Grasse. Elles forment un double battant en fer, début XXe, encadrant deux tiers de verre épais. Elles rouillaient dans un coin chez François, l'oncle d'Amélie, qui nous les a gentiment données. Le chauffeur du camion ne voulait pas s'engager dans le chemin. Avec son transpalette, nous avons tiré, poussé la longue caisse, en cahotant dans les cailloux jusqu'à la maison. Ca devait bien faire dans les deux cents kilos. Sacrée caisse. Emmanuel à dû passer beaucoup de temps à la construire mais le résultat est là : serrés dans ce gros puzzle de bois, les vantaux sont arrivés intacts.

lundi 30 juin 2008

Dimanche 29 juin. 20h30

Courte nuit à la maison d'hôtes où nous étions logés. Nous sommes partis de bonne heure pour pouvoir visiter, avant le retour à Paris, la maison de Pierre Loti à Rochefort. Depuis Le roman d’un enfant que j’ai lu vers treize ans, je nourris pour lui une immense affection, confortée à chaque livre, à chaque relecture. Toujours ce sentiment que j’ai de mailler les vies et les affinités littéraires. Il y a tant qui me lie. La mère et l’outremer… Il m’était, en plus, revenu récemment avec Escales en Méditerranée, que j’avais publié dans « Domaine Public ». Henri de Régnier y raconte en effet leur rencontre à Constantinople et les quelques jours passés ensemble. Pierre Loti et et ses yeux magnifiques, nostalgiquement désespérés, des yeux qui ont l’air de supplier la vie de ne pas passer si vite. J’avais très hâte de voir la maison. Mais quelle immense déconvenue. Quelle atroce déception. L’entrée du musée se fait en annexe dans un bâtiment rénové qui ressemble à un hall de clinique. Là derrière son guichet, un employé envahissant comme un vendeur d'aspirateurs vous fait décliner votre code postal, vous demande les raisons de votre visite et vous fourgue des bons de réduction pour les autres musées et les attractions culturelles de la région. Le pire est à venir. Pas moyen d’entrer seul. Toutes les visites sont guidées. Et sous la houlette d’un escogriffe mal attifé qui ânonne un texte consternant. Vous voici dans la maison de Julien Viaud. Oh, n’ayez pas peur, vous ne vous êtes pas trompés. Ah, ah, ah, Pierre Loti était son nom de plume… Et de répéter toutes les deux phrases comme si nous étions à Eurodisney : Nous allons bientôt commencer notre merveilleux voyage ! Amélie et Marianne ont fait quelques pas vers la pièce à côté. Non Mesdames, revenez. Pour des raisons de sécurité, il est important de rester groupés. Nous nous sommes enfuis, prétextant le train à prendre. Rien à faire pour négocier juste une simple traversée, rapide, de la maison. J’en aurais pleuré de rage. Me revenait cette phrase du Journal : C'est ici qu'est mon logis fixe, mon vrai logis, celui où je suis né, celui où de temps en temps, je reviens me poser… A la Rochelle, avant de rejoindre la gare, nous nous sommes arrêtés à la terrasse d’un bistrot sur le vieux port. Histoire de se venger un peu, nous avons commandé des huîtres avec du muscadet.

dimanche 29 juin 2008

Dimanche 29 juin. 3h15

Nous rentrons juste de la fête du mariage de Catou et Jocelyn. Cela se passait près de Royan dans une de ces belles propriétés construites au XVIIIe par les négociants en cognac. La tente blanche de la réception était dressée à l’entrée du parc, juste après un cèdre immense qui devait avoir au moins trois cents ans. Un peu plus loin un chêne vert, un if... Au loin, à la lisière de la prairie, tout un rideau de frênes. Marianne avait fait le trajet avec Amélie et moi depuis Paris. Toutes deux travaillaient avec Catou du temps de Droit d’auteurs, il y a maintenant une dizaine d’années. Amélie a, en amitié, une constance douce. Moi, je n’avais vu Catou et Jocelyn qu’une fois, à un dîner chez eux, dans leur petite maison de Romainville. Ils ont décidé de passer devant le maire après trois enfants et dix-neuf années de vie commune. Cela donnait à ces réjouissances une résonance particulière, une note d’infinie tendresse et d’émotion discrète, enveloppante. De la famille, des amis proches, avec chacun un lien particulier, des gens de son émission de TV. Des enfants petits aussi. Un heureux mélange des genres. Nous étions installés à la table des mariés. Tout était très vrai, très simple, très gai. Quand nous sommes partis, Catou en nous embrassant nous a demandé : Et vous, c’est quand ?

Vendredi 27 juin. 23h45

Cela faisait plus d’une semaine qu’Amélie avait réservé les places. Nous allions voir Figaro divorce d’Horváth au Théâtre français. Arrivés dans la loge quelques minutes avant le lever de rideau, nous y avons retrouvé par hasard Jean-Michel Ulmann d’Impact médecin. Cela faisait longtemps qu’on ne s’était pas croisés. Je ne sais pas pourquoi mais cela m’a semblé de bon augure. J’ai serré doucement le bras d’Amélie. J’ai vécu, enfant, dans cette salle ma toute première émotion théâtrale. C’était Cyrano de Rostand avec Jean Piat. Je devais avoir huit ou neuf ans. Cela m’avait transporté. J’avais appris par cœur les tirades, les scènes. Je les sais encore. Quand je laisse ici aller mon regard sur les velours, sur les dorures, il me revient toujours quelque chose de ce frisson-là. Mais nous ne sommes pas restés. A l’entracte, nous avons juste échangé un regard. Vous en pensez quoi ?, nous a demandé Jean-Michel avec une moue dubitative. Lui aussi était déçu. Nous avons filé. La mise en scène recouvrait le texte de quelque chose de lourd, de trop parfait, de trop léché. Tant pis pour la suite… Nous avons marché un peu, libérés et légers. Fini par pousser la porte de l’un des nombreux restaurants japonais de la rue Sainte-Anne où nous avons poursuivi notre petit moment d’étrangeté complice. Drôle de soirée. En rentrant, comme c’était tout près, nous avons fait un crochet par la rue Thérèse. Là où la Harpe habitait à son retour d’exil et là où il est mort. Je pensais à sa Réponse aux observations pour les comédiens français qu’il avait écrite vers 1795 avec Mercier, Champfort, Sedaime et… Beaumarchais : Nous soutenons et nous avons prouvé que ces pièces étaient devenues votre proie et ne sont pas votre propriété…

vendredi 27 juin 2008

Jeudi 26 juin. 23h30

Nous sommes allés prendre un verre chez Nathacha et Bernard. Ils habitent cette enclave étrange du VIIe arrondissement entre la rue de Babylone et la rue de Sèvres qu'on dirait, à n'importe quelle heure, vidée de ses habitants comme dans un mois d'août permanent. Ils occupent un appartement discret au premier étage, dans le fond d'une cour à la végétation grasse. C'était la première fois que nous allions chez eux. On s'est quitté après quelques coupes et un peu de bavardage tranquille. Nathacha était fatiguée. Leur bébé doit naître dans trois mois. Moi, je devais relire les livres pour l'enregistrement de Jeux d'Epreuves le lendemain. Il était presque un peu tard. Amélie m'a emmené dîner à deux pas chez Guiseppe, rue Pierre Leroux. Nous n'étions pas attablés depuis cinq minutes qu'ils entraient à leur tour dans le restaurant. Eux aussi y ont leurs habitudes. Du coup nous avons passé ensemble une assez jolie soirée. Ca me convenait bien, ce moment en deux temps. Bernard travaille pour RFO. Nous avons parlé des îles, des départements et des territoires d'outremer. De la Nouvelle-Calédonie... J'ai évoqué pour la première fois depuis très longtemps le parcours de mon père qui avait rejoint la France libre depuis Noumea. Je sais que j'ai quelque chose à faire avec cette histoire et sa suite. Bernard est visiblement très documenté autour de ces événements. Il a là-bas des contacts qui pourraient m'être utiles. Il m'a proposé de m'aider. Cette continuité des rencontres et des coïncidences me trouble et me ravit. Quelques portes s'ouvrent, au loin, c'est le cas de le dire...

mercredi 25 juin 2008

Mercredi 25 juin. 23h00

Cessé de travailler vers 16h00. Sans commentaire... J'ai essayé de classer les livres dans la bibliothèque mais j'ai vite filé au jardin. Semé sans grand espoir les graines de potirons (Giant pumpkin) d'un vieux paquet retrouvé par hasard. Le survivant de tout un lot acheté avec Victor-Antoine dans un petit supermarché à quelques kilomètres de son monastère de l'Etat de New York. Etrange moine, Américain d'origine béarnaise, rédacteur de livres de cuisine. On s'était rencontrés autour de recettes de soupes et de la dévotion à la Vierge de la Chapelle de la médaille miraculeuse. Je l'ai publié chez Buchet. Cela fait longtemps qu'on ne s'est pas donné de nouvelles. Si les potirons géants pointent leur nez, je l'appelle. Promis. Demain, je rentre à Paris.

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