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mardi 2 décembre 2008

Samedi 29 novembre. 23h20

Petite balade dans Besançon sous le soleil. Quelques courses aussi : du fromage, de la saucisse de Morteau, du vin blanc du Jura. De la cancoillotte à l'absinthe pour Marie. Nous avons retrouvé les organisateurs du festival dans un restaurant de la rue Rivotte, avec les auteurs qui devaient participer avec moi à la lecture-débat prévue dans l'après-midi au musée des Beaux-Arts. En attendant l'heure, nous avons joué les touristes. Nous sommes montés à la Citadelle, visité la cathédrale Saint-Jean, vu La Vierge aux Saints de Fra Bartolomeo. Les rencontres avaient lieu dans la salle où se trouve une grande toile de Courbet aux allures de chromo : L'Hallali du cerf. Je lui préfère de loin, sur le mur d'en face, La leçon de cathéchisme, une peinture fin XIXème de Jules-Alexis Muenier. Un vieux curé dans son jardin, où poussent éparses des roses trémières, écoute, grave, quelques écolières et écoliers. J'avais tout suite repéré ce tableau la première fois que j'étais venu ici avec Marie en 2006. Quand elle est devenue conférencière au musée pendant ses études, elle m'en avait fait découvrir un autre, pour le coup très différent. Il représente deux phoques sur une grève. Une drôle de scène, si je m'en souviens bien. Il va falloir que je le retrouve. Dominique animait les rencontres. Philippe de la Genardière et moi, pour commencer. Catherine Lovey et Alain Monnier ensuite. Pendant le pot qui a suivi, Alain m'a donné des nouvelles de Catherine de Saint-Phalle qui avait publié il y a quatre ans chez Buchet Nous sommes tous des Carthaginois, un très beau roman sur la solitude et l'enfance. Nous avions sympathisé, échangé des lettres. Elle vit maintenant en Australie. J'ai appris qu'elle venait au printemps en France. J'espère que nous nous verrons. Dîner d'adieu. Nous nous sommes échangé les adresses. Rentrés directement à l'hôtel.Trop fatigués pour aller faire un tour aux Passagers du zinc (le PDZ), un bar de nuit qu'affectionnait particulièrement Marie et où elle m'avait fait promettre d'essayer de passer.

Samedi 29 novembre. 0h45

J’ai grillé une cigarette sur le trottoir de la rue Moncey en attendant l’arrivée de Pascaline qui doit m’accompagner pour une intervention auprès des élèves d’un lycée de Haute-Saône. Il était à peine 8h30 et ce n’était pas la première. Je fume comme un sapeur depuis que je suis arrivé à Besançon. Déjà trois paquets de Gold leaf. Sans doute une manière d’embrumer les intervalles ou les entre-deux. Brouillard et petite pluie fine. Nous sommes arrivés à Gray vingt minutes en avance. Juste le temps de prendre un café. Le lycée est installé dans une ancienne caserne. Un régiment de cavalerie puis des gendarmes. Maintenant, on forme des garagistes, des conducteurs de poids lourds... J’ai raconté mes livres face à une classe de seconde qui suit des cours de mécanique moto. Une vingtaine de garçons et une seule fille. J’ai retenu son prénom, Mégane. Et une question qu’elle m’a posé aussi : A quoi ça vous sert d’écrire ? Pas moyen d’éluder. D’ailleurs à ces « Petites fugues » je suis partout tenu de m’expliquer. En tout cas, depuis deux jours, je m’y efforce. A quelques mois de la sortie de La mort de ma mère, l’invitation à ce festival tombe plutôt bien. Ca me remet en place. Moi et mes vieilles idées… Nous sommes rentrés à Besançon. Je voulais travailler, mais je me suis laissé envahir par la torpeur. J’ai allumé la télévision dans la chambre d’hôtel. Regardé Persepolis le dessin animé de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud. J’ai pleuré vers la fin. Je dois être fatigué. Au soir Pascaline est venue me chercher à nouveau. J’étais attendu dans une compagnie théâtrale de Lons-le-Saunier. Là encore long trajet, nuit tombée. Une rue à droite après l’usine de la Vache qui rit, toute illuminée. A gauche. Et encore à droite. L’Atelier de l’exil occupe un pavillon des anciens abattoirs. Pas mal de monde avait pris place dans la salle autour de petits guéridons. Face à des spectateurs attentifs, Françoise, la comédienne a lu de longs extraits de mes textes. Nous avons bavardé ensuite. J’ai signé quelques exemplaires. Nous étions conviés ensuite au dîner que Françoise avait préparé pour une dizaine de « proches ». Soupe au potiron, profusion de petits plats délicieux et conversation animée. Seule ombre à cette soirée, j'ai perdu mes lunettes. Les neuves. Du coup j'ai envahi toute la conversation du retour en voiture avec cette histoire. Pascaline m'a écouté plus d'une heure avec une angélique patience parler des lutins voleurs et de saint Antoine-de-Padoue. Amélie m'attendait à l'hôtel. Demain, c'est grasse matinée.

vendredi 28 novembre 2008

Jeudi 27 novembre. 23h05

J'étais levé tôt ce matin. J'ai fait un tour dans les rues. Je me suis installé au café du Commerce, sous les dorures et les grands lustres, pour faire un peu de courrier. Je suis rentré sans me hâter. Dominique m'attendait dans le hall de l'hôtel. Direction Montbéliard où je rencontrais deux classes d'un lycée professionnel. Trajet sous le soleil, ciel tout bleu. La ville était envahie par les préparatifs des fêtes de fin d'année. Une patinoire, des sapins, de gigantesques décorations, des cahutes en bois pour le marché de Noël. Ca ne me réjouit vraiment plus. Drôle de saison. Nous avons déjeuné dans un restaurant du centre. Dominique avait commandé une bouteille de poulsard, ce vin du Jura couleur de cuivre rouge. Il en restait deux, du même, à Carolles. Nous les avons bues l'an dernier. Le débat avec les élèves (je ne sais vraiment pas ce qu'ils retiennent de cela), quelques mots avec les enseignants, un gobelet de café brûlant. Nous avons filé. Route à la nuit tombée jusqu'à Pont-de-Roide. Michèle, la bibliothécaire m'avait envoyé un petit mot chez Buchet : On vous attend. Et, de fait, on m'attendait. J'ai dû beaucoup (trop) parler, mais je m'y sentais incité, en confiance et en connivence. Ce qui m'a touché, troublé, ému, c'est ce que ces gens que je ne connaissais pas ont dit, m'ont dit, sur Le premier pas suffit. Ce livre m'est en effet le plus proche, le plus intime. J'ai senti qu'ils l'avaient compris. Il faut y croire, non? J'ai noté quelques adresses. Il en est certains là-bas à qui il faut que je dise merci.

jeudi 27 novembre 2008

Mercredi 26 novembre. 23h50

Le TGV jusqu'à Dijon, un vieux tortillard ensuite jusqu'à Besançon. J'étais attendu à la gare. L'hôtel, rue Moncey, puis une heure de battement. J'en ai profité pour acheter des affaires de toilette. Je m'étais aperçu en déballant la valise que j'avais oublié ma trousse en partant. Ca m'a fait tout drôle d'être ici. Je n'y étais pas revenu depuis que Marie était rentrée habiter Paris. Elle a passé deux ans à Besançon. J'ai remonté la rue des Granges jusqu'à l'immeuble où elle avait sa maisonnette de fond de cour. Deux pièces perchées en haut d'un escalier étroit. Impossible d'entrer : le code avait changé. Je me suis baladé dans le quartier. Attrapé quelques souvenirs au vol. Mais pas assez pour être nostalgique. Corine, mon accompagnatrice m'avait donné rendez-vous pour une première intervention à la médiathèque de Delle, une petite ville du Territoire de Belfort. Nous avons roulé une bonne heure en voiture. Juste le temps de faire connaissance et de se trouver, en éclats biographiques, quelques points communs. Le travail social, Senlis, les oiseaux, le goût de l'archive. Le débat, animé par Anne-Claude et Christelle, les deux bibliothécaires a été intime. Bienveillant. Très bienveillant. J'appréhendais vraiment de reparler de mes livres. et puis c'est venu, tout doucement. J'ai toute une poche de chagrin à crever en racontant autre chose. Le comment j'ai écrit, les lieux et les moments. Elles m'ont demandé de lire des passages. J'ai senti que ma voix se cassait un peu sur la Rue d'Avelghem. Peut-être parce que j'avais reçu trois minutes avant de commencer un coup de fil étonnamment à propos. La mairie de Roubaix m'appelait au sujet du certificat de décès de ma tante Agnès. Pourquoi demandez-vous ce document ? J'ai expliqué à l'employé que ma tante détenait la concession de mes grands-parents, Angèle et Joseph, au cimetière et que je voulais la reprendre. A mon nom. Oui, j'ai senti que j'éraillais, un peu, en disant devant les gens : Tant que je serai vivant, personne ne touchera à leur tombe.

mercredi 26 novembre 2008

Mardi 25 novembre. 23h00

Mes projets chez Buchet patinent. C'est la crise... J'avoue que je suis un peu découragé. J'en ai plus qu'assez d'être dispersé en petits morceaux de ressources et d'activités. Peur de ne plus avoir l'énergie pour me garder à flot. Juste pour me garder à flot. Ca va passer. Je dois rendre ma liste de propositions à Raphaëlle pour la rentrée de janvier. J'ai quelques papiers à écrire et à tenter d'imposer. Je vais surtout m'occuper de mon livre et tenter de réfléchir au suivant. Demain, je pars à Besançon pour les rencontres littéraires des Petites fugues. Quatre jours où je suis attendu pour parler de mes textes. J'aimerais bien que cela me conforte, me rende un peu de confiance pour continuer. Pascale en revient. Nous avons pris un verre Marché Saint-Germain. Elle traîne de lourds soucis avec sa mère, vieillissante, égarée. Partout, sans cesse, quelque chose se brise. Se fane, se dessèche, pourrit. Nous sommes des orphelins en quête de sursis. J'ai retrouvé Amélie au Sauvignon. Nous nous sommes attablés avec Nadine et Frédérique. Malgré le froid humide qui tombait sur la terrasse (il faut grelotter pour pouvoir fumer...) nous sommes restés un moment. En rentrant au chaud de la maison, je me suis senti apaisé.

mardi 25 novembre 2008

Lundi 24 novembre. 22h30

Après deux jours d’averses et de ciel gris, la matinée s’est trouée de bleu. Juste le temps de passer aux Fontenelles ramasser de minuscules carottes, de la roquette, des pousses de betterave, quelques rosettes de mâche. Un tour à la plage. Puis le temps est parti en pente douce. Comme souvent, nous nous sommes retrouvés un peu les bras ballants dans les heures qui précédaient le départ. Une étrange gaucherie. Nous avons dit au revoir à Georgette, installée, percluse, devant la télévision. Je vais lui écrire. Je ne trouve pas sur le moment les mots à lui dire. Il y en a trop. De trop loin. Nous sommes là dans quinze jours. Courage. Banalités... Nous avons chargé les valises. A Granville, la gare était déserte. Le train était annulé pour cause de grève. Chacun a passé ses coups de fil pour les rendez-vous du lendemain matin. Nous sommes rentrés à Carolles tous les trois, moitié agacés, moitié contents. Au fond, c’est une soirée de gagnée.

Dimanche 23 novembre. 23h10

Marianne a ramassé les feuilles au jardin (on n’en voit décidemment pas la fin), Amélie a rangé les placards. J’ai fini les plantations de narcisses. J’ai mis presque trois cents oignons en terre dans la plate-bande. Des Totus albus, des Poéticus actea. S’ils veulent bien pousser ensemble, nous aurons un printemps tout fleuri de blanc. Nous avions rendez-vous vers midi à Jullouville pour payer le loyer annuel des Fontenelles. Politesses, biscuits salés et verre de Byhrr avec les propriétaires. Amélie a laissé entendre que nous serions intéressés à acheter le terrain. Les autres n’ont pas opposé de fin de non recevoir. Quand nous vendrons, nous vous le proposerons en priorité. Nous avons une petite chance que cela se fasse. Ils viennent de se défaire d’une maison à Carolles. Pourquoi pas du potager ? Cela dit, je n’ai pas la moindre idée du prix qu’ils peuvent demander. Mais ce serait bien. Si bien.

Samedi 22 novembre. 23h30

Nous nous sommes attaqués au garage de bonne heure. Il était rempli du sol au plafond. Les malles, les cartons, les sacs. Les petits meubles envahis de boîtes ficelées, les tiroirs débordants. Et les conserves, le vin, les légumes, les pommes dans les clayettes. Les outils du jardin, la tondeuse électrique, la débroussailleuse. Marianne nous a aidé à jeter tout un nouveau fatras d’inutile. Couvertures trouées, vieilles armatures, ustensiles rouillés. Tu veux vraiment garder ça ? Besoin que quelqu’un d’autre décide. Nous avons déjà tellement trié, trié. Amélie a fait trois voyages en voiture jusqu’à la décharge de Montviron. Nous avons empilé le reste dans la remise des Fontenelles en d’incessants allers et retours. La pluie nous a heureusement à peu près laissés tranquilles. En fin d’après-midi tout était terminé. Place nette. Il ne reste plus qu’à mettre de l’ordre dans la maison. Surtout dans les placards invraisemblablement encombrés. Visite à Georgette. Elle toujours aussi dolente et fatiguée. Elle ne sait plus quoi dire entre se plaindre et rassurer. Elle réclame à lire, mais ne trouve pas son bonheur dans ce que nous lui rapportons. Clavel est Démodé et trop triste, Claudie Gallay Pas si bien écrit que ça. Je vais lui passer Le cœur cousu de Carole Martinez. Nous sommes allés dîner chez François à Genêts. Un restaurant discret dans une ruelle du village. Dans la nuit un peu brumeuse, j’ai eu du mal à retrouver l’endroit. Tout ici est simple et chaleureux. Nous avons dignement fêté au cheverny notre grand débarras. Le patron fait ses grillades dans la cheminée, porc, bœuf, agneau, et parle littérature culinaire avec un enthousiasme intarissable. Amélie a pris date avec lui pour mai. C’est que nous allons avoir quelques belles tablées pour le mariage.

Samedi 22 novembre. 1h50

Le train de 10h30 est encore parti avec du retard. Cette fois-ci, c’était les feux de la motrice qui ne fonctionnaient plus. Tout le monde se tassait sur le quai de départ. Les employés de la gare étaient simplement odieux. J’allais dire, question d’habitude. Fichue ligne Paris-Granville. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas… Marianne faisait le voyage avec moi. Amélie l’avait « embauchée » pour nous aider à débarrasser tout le garage. Le maçon doit y couler une chape de béton avant que nous n’en utilisions une partie pour faire une chambre. C’est qu’on s’agrandit. Nous avons fait les courses ensemble à l’arrivée. Du bar, des tourteaux, des saint-jacques, des coquillages, de grosses huîtres pied-de-cheval. Georgette m’avait réclamé au téléphone quelques commissions que nous lui avons portées avant même d’ouvrir la maison. Elle a les traits tirés de fatigue et de douleur. Ca ne va pas, ça ne va pas, ça ne va pas. Rien ne la soulage. Quand arrive Amélie ? – Ce soir, comme d’habitude. Là, le train était à l’heure. Amélie a découvert le fauteuil club refait à neuf en toile rouge, les nouveaux rideaux aux fenêtres. La tapissière avait tout installé samedi dernier. Nous avons soupé tous les trois jusque tard. La pluie battait violemment aux carreaux. Pourvu que demain la journée nous garde quelques éclaircies.

lundi 24 novembre 2008

Samedi 22 novembre. 1h50

Le train de 10h30 est encore parti avec du retard. Cette fois-ci, c’était les feux de la motrice qui ne fonctionnaient plus. Tout le monde se tassait sur le quai de départ. Les employés de la gare étaient simplement odieux. J’allais dire, question d’habitude. Fichue ligne Paris-Granville. Il y a toujours quelque chose qui ne va pas… Marianne faisait le voyage avec moi. Amélie l’avait « embauchée » pour nous aider à débarrasser tout le garage. Le maçon doit y couler une chape de béton avant que nous n’en utilisions une partie pour faire une chambre. C’est qu’on s’agrandit. Nous avons fait les courses ensemble à l’arrivée. Du bar, des tourteaux, des saint-jacques, des coquillages, de grosses huîtres pied-de-cheval. Georgette m’avait réclamé au téléphone quelques commissions que nous lui avons portées avant même d’ouvrir la maison. Elle a les traits tirés de fatigue et de douleur. Ca ne va pas, ça ne va pas, ça ne va pas. Rien ne la soulage. Quand arrive Amélie ? – Ce soir, comme d’habitude. Là, le train est arrivé à l’heure. Amélie a découvert le fauteuil club refait à neuf en toile rouge, les nouveaux rideaux aux fenêtres. La tapissière avait tout installé samedi dernier. Nous avons soupé tous les trois jusque tard. La pluie battait violemment aux carreaux. Pourvu que demain la journée nous garde quelques éclaircies.

Jeudi 20 novembre. 22h50

J’ai signé des exemplaires pour les libraires une bonne partie de la journée. Cela fait étrange d’adresser les livres si tôt. Je n’ai pas pu m’empêcher de l’écrire d’ailleurs dans la dédicace. Un peu plus de deux mois et demi avant… J’espère que cela ne fait pas trop prétentieux. C’est un drôle d’exercice que ces envois en garde. Jusqu’ici, ça va, je connais ceux pour qui je trace deux ou trois phrases. Juste dédier ce petit texte de chagrin. Déjeuner avec Nadine chez Claude Saintlouis. Deux bonnes semaines qu’on ne s’était vus. Elle me manque vite Nadine. J’avais l’impression que cela faisait une éternité. Les programmes de rentrée de Denoël (il y a un deuxième roman de Sophie Bassignac), les histoires des uns et des autres. Nous avons trempé nos lèvres dans le beaujolais nouveau histoire de goûter. Je crois que je n’aime plus vraiment ça, mais je reste attaché à cette « tradition » qui rassemble encore les gens. Lorsque j’étais à Point de Vue, nous organisions des pots homériques avec Alain. Nous nous entendions bien tous les deux. Toujours ensemble à se raconter le monde tel qu’il pourrait être. Des discussions presque adolescentes. En tout cas, à n’en plus finir. Alain a été flanqué à la porte en 2002, je crois. Il a pris sa retraite à Concarneau. J'ai été viré deux ans après. Nous nous sommes éloignés à cause d’un livre de souvenirs qu’il avait écrit et sur lequel je n’ai pas su dire sans doute ce qu’il fallait. Je m’en suis souvenu de tout cela en prenant le chemin du retour vers chez Buchet, et, du coup, j’ai acheté deux bouteilles pour offrir un coup à boire là-bas. Quand je les ai sorties en fin de journée, nous n’étions plus très nombreux pour trinquer. Suffisamment quand même… J’ai retrouvé Amélie. Elle avait réservé deux places au Vieux colombier pour Le voyage de M. Perrichon avec Pierre Vial et Madeleine Marion. Que l'homme est petit quand on le contemple du haut de la mère de Glace ! Bon, la mise en scène était, pour mon goût, un peu trop « intelligente » Mais je n’ai pas boudé mon plaisir du tout. J’avais une dizaine d’années quand j’ai découvert Embrassons-nous Folleville!. Et si on allait revoir du Labiche ?

Mercredi 10 novembre. 23h00

Les étudiants ont tiré au sort leurs sujets de reportage. Une boutique, un café, un bout de rue, un pan de quartier près de Censier. La semaine prochaine ils partent « sur le terrain ». Dans l’après-midi, j’ai continué à envoyer mon livre aux libraires. Pour une histoire d’adresse dont je n’étais pas sûr, j’ai appelé Annabelle à L’Arbre à lettres. Nous ne nous étions pas parlé depuis bientôt deux ans. Elle m’a appris que Virginie avait démissionné de Page et qu’elle travaillait à présent à la Maison des écrivains. Je lui ai téléphoné tout de suite pour la féliciter. Heureuse est elle de s’être sauvée de ce guêpier. Là aussi, cela faisait combien de temps qu'on ne s'était vus ? Je l’ai retrouvée le soir avec Claire pour un verre rue Monsieur-le-Prince. L'heure, et largement plus, a filé vite avec elles. Il faut vraiment cultiver les affections, l’amitié. Amélie m’attendait plus tard à La bastide Odéon. Un dîner décidé à la dernière minute pour fêter encore un jour ensemble. Gilles avait cuisiné son lièvre à la royale. La fameuse recette du sénateur Couteaux, où tout finit en compotée exquise. Après des heures et des heures de cuisson.

Mardi 18 novembre. 22h30

J’ai déjeuné aux Editeurs avec Hélène. Je ne me sens pas vraiment à l’aise dans cet endroit. Une espèce de décor qui n’est que du décor. Je repense toujours à la taverne alsacienne qu’il y avait ici avant. Des brasseries alsaciennes, d’ailleurs, il n’y en a plus guère à Paris, en tout cas plus du tout entre Montparnasse et quartier latin. L’Alsace à Paris avec ses serveurs et ses serveuses en costume a cédé place début 1980 à un prétentieux restaurant de chaîne. Chez Hansi au bout de la rue de Rennes est devenu une monstrueuse boutique de vêtements. Qu’ont-ils fait des fresques qui décoraient la salle ? Hélène voulait me parler du Dictionnaire des papes, pour Le Pèlerin. Notre conversation a glissé assez vite sur le pape d’aujourd’hui, puis sur la morale et la foi. Terrain difficile. J’ai du mal, de plus en plus, à entendre les morales et je me sens en même temps porté par la foi. Comme je peux. Comme je suis. Je connais Hélène depuis longtemps. Elle possède une rare délicatesse d’âme qui me fait tout lui céder. Alors, nous avons glissé sur nos (lourdes) divergences…

Lundi 17 novembre 2008. 23h40

J’ai lu, une fois encore, La domination d’Anna de Noailles. Je pense qu’il va être difficile de republier ce texte. Le titre sonnait trop prometteur. Nous sommes ici dans la curiosité littéraire, bien plus que dans la littérature. Il me reste pour la collection, un recueil de nouvelles, pour le coup toujours accessibles. Et encore pleines de surprises, de nouveauté. Je vais regarder également La nouvelle espérance. Si je me fiais au titre là aussi… J’ai déjeuné avec Paul. Nous avons regardé ensemble les premières listes d'envoi aux libraires pour La mort de ma mère. J’ai téléphoné l’après-midi à Senlis à la librairie Henri IV, celle que tenait Madame Fiévet quand j’étais petit. J’ai parlé d’elle avec la nouvelle propriétaire. Je la revois, tirée à quatre épingles, avec ses cols claudine, son rang de perles au cou. Dans sa boutique, il flottait une odeur de papier, de bois ciré, de colle. D’encre neuve. De plastique d’intercalaires et de protège-cahiers. Quelque chose de fade, relevé, en recoins, de vagues d’âcre et d’acide. Je m’y sentais chez moi, un peu. Vraiment. Madame Fiévet doit être âgée maintenant. Irais-je à Senlis au moment de la sortie du livre ? J’ai peur de m’y engloutir dans les souvenirs insidieux et la nostalgie. On verra. Marie est venue dîner à la maison au soir. Elle avait laissé Beuys chez elle. Beuys, c’est son chat. Un tout jeune matou au pelage blanc et roux qu’un ami lui a apporté la semaine dernière. Elle est ravie. Souvenir de ses années aux Beaux-Arts, elle lui a donné le nom de ce plasticien allemand dont une part de l’œuvre a consisté dans des enveloppements de feutre. Aviateur abattu pendant la seconde guerre mondiale, gravement brûlé, il avait été, nous a-t-elle raconté (je n’en savais rien), sauvé par des nomades qui l’avaient enduit de graisse avant de le rouler dans des couvertures… de feutre.

mardi 18 novembre 2008

Dimanche 16 novembre. 22h00

Jeannine est partie sans même rien avaler à part une dosette de médicament homéopathique. A peine une minute d'au revoir. Un signe de la main. Sa voiture a filé dans le matin encore noir vers le bas de l'avenue. Elle est pressée. Ce festival de Tournai, c'est un nouveau rendez-vous avec son Maurice. Elle n'en cède pas un seul. Etonnante amoureuse. C'est ce qui la fait vivre. C'est tout ce qui la tient. Nous avons rassemblé nos affaires, rabattu le canapé, effacé le désordre de nos deux nuits dans le salon-musée. Echangé nos adresses avec Marina et bu avec elle le café. Le taxi attendait. On s'écrira, promis. Les bagages déposées à la consigne, nous avons flâné au marché de la gare du Midi. Rien à acheter ici puisque Jérôme et Marion rentrent trop tard de leur séjour à l'Ile d'Yeu pour passer comme prévu ce soir à la maison. Nous sommes remontés en tram jusqu'à la place Sainte-Catherine. Déjeuné lentement. Ecrit des cartes postales. Fait le retour à pied tout doucement vers la gare. La dernière Chimay bleue. Minuscule déprime comme en fin de vacances. Ca passe. C'était bien ce séjour... Retour à la maison. On y est bien aussi.

lundi 17 novembre 2008

Dimanche 16 novembre. 2h00

Notre nuit à nous n’a pas été très longue non plus. Etouffée de volets hermétiquement clos, de figures de musée et d’étrangeté sensible. Nous avons fait chacun des rêves agités. Petit déjeuner avec Marina qui termine son deuxième séjour ici. Cela doit être vraiment une curieuse expérience que de partager ce « tous les jours Carême » de Jeannine pendant des semaines. Se lever avec lui, vivre chaque instant dans sa présence et son ombre. Veiller avec lui. se coucher avec lui. Parler de lui, le faire parler, en récitant sans cesse ses poèmes. Raconter ce qu'il a fait et ceux qu'ils l'ont connu. Les bons amis, les admirateurs et les envieux aussi. Chaque instant est envahi. C'est beau, tendre et terrible. Dans la maison, dans le minuscule jardin, j'avais ses vers en ritournelle. Impossible de les chasser... Ma main tenait la main du temps,/ Moi aussi, j'étais éternel./Dès que j'ouvrais les bras au vent,/ Mes yeux se remplissaient de ciel.

Nous avons pris le métro jusqu'au centre. Toujours cette même grisaille humide. Nous nous sommes réfugiés au palais des Beaux-Arts où nous avons passé une bonne partie de la journée. Longue déambulation à travers l'exposition CoBrA et les oeuvres de Dotremont, Asger Jorn, Karel Appel. Mais je voulais également revoir les collections XIXe et montrer à Amélie les toiles de Khnopff et surtout celle qui représente Marguerite, sa soeur, debout dans l'encadrement d'une porte, un bras accrochant l'autre, le regard à côté, toute de blanc vêtue. Les portraits d'Evenepoel, les paysages de Vogels et de Boulenger. Ensor... Nous sommes repartis tout flottants d'impalpable vertige. Au soir nous étions invités à Ixelles. Un dîner chez Fanny la soeur de Martin qui était venu à Bruxelles avec Catherine et Simon. Simon, nous ne l'avions pas vu depuis le printemps dernier. Il a grandi, bien sûr, et attrappé une bonne bouille de petit garçon. Il y avait la mère de Martin, Pierre son père dont nous avions fait la connaissance en septembre au cocktail de rentrée de la délégation générale Wallonie-Bruxelles à Paris. Nicolas aussi, sa femme Marie et leur fils Aurélien qui du haut de ses neuf mois lançait à Amélie des yeux enjoleurs. Le repas a été gai. Familial. Fraternel en un mot. Martin nous a raccompagnés bien tard à Anderlecht. Nous avions la clé. Jeannine nous attendait discrètement. J'avais peur de ne pas vous voir avant de partir pour Tournai. Nous avons mis le réveil pour nous lever avec elle...

Vendredi 14 novembre. 23h10

Il tombait une petite bruine grise et désespérante à Mouscron. C'était ce ciel si gris qu’un canal s’est pendu, comme chantait Brel. Pourtant j’aime infiniment ce temps qui enveloppe en large froidure. Ce vent de mer, du bout de la mer, sans autres obstacles que les villes qu'il noie en lents tourbillons. J’aime tout cela, tout. Oui, tout... Et d’une province l’autre, d’une langue à l’autre, même. Zonder liefde warme liefde/ Waait de wind de stomme wind/ Zonder liefde warme liefde/ Weent de zee de grijze zee/ Zonder liefde warme liefde/ Lijdt het licht het donk're licht/ En schuurt het zand over mijn land/ Mijn platte land mijn Vlaanderland. Le presque par cœur hésitant qu’on ne comprend pas en entier. Oui, je suis ici en connaissance et en reconnaissance. Nous avons pris le train pour Bruxelles en fin de matinée. Un peu moins d’une heure de trajet. Tournai, Ath, Enghien, Halle. Amélie lisait, j’étais perdu dans la brume du paysage. De la gare du Midi, nous avons pris le taxi jusqu’à la place aux herbes et sommes allés déjeuner à la Taverne du passage, au bout de la Galerie de la Reine. Des croquettes de crevettes, du civet de lièvre, quelques verres de Mousel. Un repas bruxellois tel que je me l’imagine. Nous avons tiré notre valise à roulettes dans le quartier de la Grand-Place. Fait des achats de touristes : chocolat, spéculoos et cartes postales. Des roses aussi pour Jeannine. C’est elle qui nous héberge ces deux jours dans sa maison d’Anderlecht. Dans la maison de Maurice Carême plutôt… Maîtresse du poète au long cours, aux présents différents et au très loin des loins, elle règne aujourd’hui sur l’œuvre, les livres, les lieux et les objets. Carême est mort il y a trente ans, il n’a jamais été aussi vivant pour elle. Elle nous attendait les bras ouverts. Embrassades, champagne, charmant et interminable dîner. Elle loge en ce moment Marina Tickhanova, une jeune universitaire russe qui prépare une thèse à Smolensk sur la poésie de l’enfance en France. Marina occupait la chambre à l’étage, nous avons installé notre couchage dans le lourd canapé pliant du salon au milieu des bustes, des portraits, des souvenirs. Jeannine, à quatre-vingt-trois ans, passait, elle, la nuit sur un lit de camp dans son bureau. Courte nuit d’ailleurs. Elle partait aux aurores pour installer son stand Maurice Carême à la foire du livre de Tournai.

Jeudi 13 novembre. 23h50

J’étais à Mouscron sur le coup de midi. Quelqu’un était venu me chercher en voiture à la gare de Lille. Un quart d’heure de voiture. Roubaix, Wattrelos… La frontière belge qu’on franchit sans s’en apercevoir. Itinéraire connu. Je n’ai pas osé demander à passer par la rue d’Avelghem. Les pudeurs sont idiotes… La bibliothèque de Mouscron est en partenariat avec le festival du premier roman de Chambéry. Je devais présenter les auteurs que j’avais déjà vus là-bas et qui viendront en Belgique en janvier prochain. Une première séance avec des lecteurs au bar de la bibliothèque (un vrai bar dans une bibliothèque, un bonheur !), une dernière en début de soirée avec des enseignants et des professionnels du livre. Entre les deux, j’ai eu le temps de traîner un peu en ville. Ce n’est pas que ce soit beau ici, mais j’y suis bien. Je suis considérablement attaché à cette petite ville. C’était, lorsque j’étais enfant, LA destination. Un Eldorado frontalier où mes oncles s’approvisionnaient en bière et en cigarettes, réputé pour ses restaurants copieux, gastronomiques et bon marché. Il y avait surtout La Cloche, un estaminet sardanapalesque où venait mon oncle Henri au moins deux fois par an. J’avais été une fois invité aux agapes semestrielles. Je devais avoir dix ans. Grande émotion de filet américain, de frites et de lèvres trempées dans un verre de Chimay bleue. A la tienne, mon oncle… Je m’en suis éclusé deux, tout seul, au Werkers Kring (au cercle) rue du Beau-Chêne, en mettant une dernière main aux fiches de mon débat du soir. A Mouscron, j’ai retrouvé Carinne, la directrice de la bibliothèque, avec un immense plaisir. On avait fait connaissance à Chambéry en 2004. Voici quelqu’un qui ne se prend pas au sérieux et qui ne fait pourtant que des choses essentielles. Dévorée, très simplement, de littérature et d’amitié. Amélie avait raté la correspondance du car à Lille. Elle est arrivée tard mais a quand même pu encore se faire servir une plantureuse assiettes de crevettes grises à la tomate. Nous, nous étions attablés depuis un bon moment. Avec Yves, le compagnon de Carinne et Mabrouk Rachedi, un auteur chez Lattès en résidence ici. La table avait été réservée… à La Cloche…

Jeudi 13 novembre. 1h10

J’avais tout oublié pour mes cours aujourd’hui. Les travaux à rendre, les feuilles de présence, de notation. Ca ne fait pas très sérieux. Tant pis. Le semestre n’avance pas si mal. Les étudiants parviennent maintenant à faire des revues de presse de bonne qualité. Je les sens plutôt contents, assez mordus par l’actualité. Des retards de trains jusqu’à l’arrivée des « anarchistes », nous avons débattu de l’étonnant traitement de l’information à propos des sabotages sur les caténaires de la SNCF. Je vais pouvoir les envoyer bientôt faire de petits reportages… Je suis repassé en vitesse chez Buchet. Sur mon bureau m’attendaient mes exemplaires de La mort de ma mère. Deux mois et demi avant la sortie en librairie, il faut commencer à penser aux envois. Raphaël m’a gentiment demandé de lui en dédicacer un. Il a été très enthousiaste pour mon texte dont il avait lu les épreuves il y a un mois ou deux. Pour moi, c’est étrange. Je regarde la couverture bizarrement. Je n’ose pas l’ouvrir. Je ne sais pas quoi en penser. Je suis allé prendre un café avec Raphaël. D’une certaine manière, je voulais qu’on change de conversation... Nous avions prévu d'ailleurs qu’il me raconte sa rencontre avec Jean-Pierre Martinet du temps où il avait édité Jérôme au Sagittaire. Des bribes de vies, là, se dessinent peu à peu. Je vais téléphoner à Alfred Eibel pour en connaître encore. Je reste très impressionné, très remué, par ce livre, Jérôme. Si tout va bien j’écris le papier pour Le Monde dans le courant de la semaine prochaine. Des gens du Monde, il y en avait pas mal à la librairie Compagnie où j’ai retrouvé Amélie en début de soirée. C’était pour la sortie des Actes des assises internationales du roman chez Bourgois. Nous sommes restés un moment avant de nous rendre avec Joëlle chez Hélène et Bertrand, boulevard Beaumarchais. Ce sont eux qui auraient dû venir dîner rue Saint-Charles, mais rendre l’appartement plus tôt que prévu a interrompu brutalement nos invitations. Je partage avec Bertrand les années des petites classes au collège Saint-Vincent. Nous avons découvert cela par hasard l’an dernier. Il est mon aîné de peu et nous nous y sommes probablement croisés. Nous avons des souvenirs proches. Des instants, des visages. Surtout, nous en parlons avec le même malaise sourd. Le même sentiment de révolte. Le même écoeurement. J’ai besoin que nous en parlions ensemble vraiment si je veux recommencer le livre que j’avais déjà bien commencé puis jeté quand ma mère est morte…

Mardi 11 novembre. 22h45

Cérémonie du souvenir. Nous allions dire au revoir à Georgette en fin de matinée quand nous avons aperçu le rassemblement près de l’église. Rien n’avait encore commencé. Nous avons salué d’un signe de tête les uns et les autres. Ecouté les discours. Celui du président des anciens combattants, celui du maire aussi qui s’est juste contenté de lire le communiqué officiel. Dommage. Au fur et à mesure que les années passent, il me semble en effet que l’événement devrait occuper davantage d’importance. Toujours cette idée de ne pas oublier. N’était-ce pas cette année la première commémoration de l’Armistice qui se fait sans un survivant français de la Grande guerre? Il y avait parmi l’assistance le petit-fils d’un des soldats dont le nom était inscrit au monument aux morts de Carolles. Il avait fait le trajet de Bretagne pour l’occasion. Ca n’aurait pas été plus mal qu’on en dise quelque chose. Enfin… La cérémonie s’est achevée de manière touchante : Joêle a fait chanter La Marseillaise aux petits de l’école. Quelques couacs et beaucoup de bon cœur. Nous avons enfin pris date pour un déjeuner en décembre avec elle et Philippe. C’est lui qui nous marie en mai. Deux mots avec les élus de l’opposition municipale. Trois avec Mlle Verdé. Comment va votre tante ? – Nous y allions justement... Georgette était à table. Un peu de la poule au pot que nous lui avions amené. Un domino de fromage. Ce n’est quand même pas la grande forme. Je me suis laissé à nouveau entraîner malgré moi dans mes réminiscences et dans mes craintes. La mort de ma mère. Verra-t-elle la sortie du livre en février ? Nous sommes repartis par le train de 18h30. J’ai travaillé à mes fiches pour mes interventions de jeudi à la bibliothèque de Mouscron. Nous nous sommes couchés, vaincus par le désordre de l’appartement, à peine la valise déballée…

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