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lundi 5 janvier 2009

Mardi 30 décembre. 22h00

Courses à Granville. Le thermomètre est largement descendu en dessous de zéro. Les routes sont verglacées. Georgette, en plus de son épicerie et de ses légumes, nous a demandé de lui trouver des aliments « qui font grossir ». Elle a perdu plus de trois kilos la semaine dernière. Nous sommes revenus avec des escalopes de foie gras frais, de la crème de marrons, des avocats, du saumon fumé… J’ai trouvé aussi une grosse poule qui lui fera quelques litres de bouillon. Je ne saurai jamais manger tout ça, dit-elle en riant. J’ai fait le tour du jardin. Ce n’est pas l’ouvrage qui manque : nettoyer les plates-bandes, les pailler. Elaguer un peu la charmille. Ramasser les débris végétaux. Couvrir le pied des rhododendrons. Soigner le buis de l’entrée attaqué par un champignon qui cuivre tout son feuillage. Fabien m’a prêté sa tronçonneuse et son taille-haies. Amélie a pris froid. Elle est restée l’après-midi, bûche à bûche, à faire rouler un feu d’enfer. Sans pourtant cesser de grelotter.

mardi 30 décembre 2008

Lundi 29 décembre. 23h00

Les oiseaux sont arrivés intacts. Nous les avons installés sur la commode. Reste maintenant les identifier. Plumages bleus, jaunes, verts. Têtes rouges, plastrons blancs. Ca ne va pas être simple. Je n'y connais rien en oiseaux exotiques. Le jardin est en repos, bordé de froid. Nous sommes allés jusqu'au port du Lude. Tout a gelé. L'herbe est blanche de givre. Des blocs de glace restent pris aux rochers du ruisseau. L'anse, au début du couchant était toute pour nous. Nous sommes passés aux Fontenelles. Fauché la roquette montée en hautes tiges pour en faire une soupe d'herbe amère. Georgette nous attendait chez elle, toujours un peu lasse, douloureuse et fragile. On lui fera ses courses. Fabien est venu dîner. Il a passé son Noël à Agon. Il nous a donné des nouvelles d'Emmanuelle et des enfants.

Dimanche 28 décembre 23h50

Claire m’a fait un cadeau. Une photo, encore. Elle a été prise en septembre 1983 au chemin de Feïsoulade, sur les hauteurs de Grasse, près du Pilon, une grande maison de famille qui appartient maintenant à un des oncles d’Amélie. C’est elle, Amélie, justement, que l’on voit sur ce cliché en noir et blanc. Debout, arrêtée dans sa promenade sur un sentier bordé de chênes verts. Elle a le visage tourné vers l’objectif. Rieuse dans l’esquisse. Un rien gênée, à peine, comme si elle ne savait pas très bien quelle attitude adopter. On lui a dit : Regarde-moi, fais un sourire. Elle se tient les épaules en arrière, les bras ballants. Au poignet droit, elle porte une montre genre Swatch, à l’autre un petit bracelet plat en métal. Elle est chaussée de tennis en toile, probablement bleu marine, à semelle de caoutchouc blanc et à lacets de coton, les chaussettes roulées sur les chevilles. Elle porte un assez large bermuda de toile tenu par une ceinture de tissu tressé. Un sweat shirt, enfin, qu’on imagine dans les orange avec des inscriptions sportives. Elle a les cheveux ramenés vers l’arrière en une grosse queue de cheval. Elle a les yeux très vifs. Elle est très jolie. Elle est une petite fille. Elle a presque douze ans. J’ai glissé l’épreuve dans mon agenda. Passé, présent, futur : je m’emmaillote dans les temps. Le ciel était tout bleu sur les collines. Nous sommes allés chez le boulanger avec Marion et Jérôme. Du pain au levain, des gressins, une pissaladière. Après le déjeuner, nous avons pris le café sur la terrasse. Véronique et François sont passés dire bonjour. Nous, nous bouclions les bagages. Nous avons enveloppé les oiseaux et leur globe de verre dans des mètres et des mètres de papier bulle. Installé le tout dans une gigantesque valise. Ne pas la heurter. Ne pas la coucher. Le voyage dans le train du retour jusqu’à Paris a été un peu inquiet. Pas de casse… Demain il faudra renouveler l’opération jusqu’à Carolles.

dimanche 28 décembre 2008

Samedi 27 décembre. 23h00

Toujours les photos... Amélie a extrait du bas de l’armoire de la chambre un grand carton usé empli de tirages noir et blanc en vrac, d’albums dépareillés aux feuillets volants. Qui c’est ? Et là, qui c’est ? Là encore, revenait toujours la même question. Avec toujours aussi ce même attachement curieux, cette excitation de la confrontation à un passé que l’on peut encore nommer. Que l’on peut reconnaître. Amélie en a mis un petit paquet de côté. Elles iront à Carolles rejoindre celles que j’ai déjà accrochées dans l’entrée. Affaire d’union et d’alliance. Partis faire le tour des brocantes du coin pour leur trouver des cadres, nous sommes revenus avec une extravagante composition Napoléon III d’oiseaux exotiques empaillés, installée sous un grand verre à pendule. Amélie m’avait fait signe dans la boutique. Nous avons été séduits tout de suite. L’ensemble est magnifique. Reste à savoir comment nous allons transporter ce très fragile et encombrant colis, à Paris, puis à Carolles… J'ai apporté mon livre à Jean-Paul, le libraire de Pré-du-lac. Beaucoup de monde chez lui. Nous avons discuté un tout petit moment. Il me fera signe quand il m'aura lu. Je pourrai peut-être faire une signature début mars. Nous verrons. Jérôme est allé chercher Marion à la gare de Cannes. Ils sont arrivés tous les deux peu de temps avant Patou, l’oncle d’Amélie, grande gueule et grand cœur, toujours un peu ogresquement désespéré. Nous avons dîné d’huîtres et d’omelette dans une bonne humeur qui ressemble beaucoup… au bonheur.

Vendredi 26 décembre. 22H45

Amélie a traîné une espèce de lent vague au cœur. Elle est restée au lit une bonne partie de la journée. Pas trop en forme. J’ai feuilleté quelques livres pour les papiers de rentrée. Rêvassé. Le vent qu’on avait entendu fort pendant la nuit s’était doucement essoufflé. Je suis sorti voir le citronnier que nous avions ramené de la cour de l’immeuble pour le planter ici il y a deux ans. Le parigocitrus, comme l’appelle Emmanuel. C’est maintenant un bel arbuste qui feuille tant qu’il peut. Autre réunion de famille au soir. Chez Milène, une des sœurs d’Emmanuel et son mari Xavier. La maison, une bastide profonde, enfouie sous la verdure s’appelle Malbosc. Nous y avons retrouvé certains de ceux que nous avions croisé hier. Et d’autres aussi. Revu Laure et Benoît, leur petite fille Noémi, seize mois déjà, que nous avions découverte tout bébé en août à leur retour d’Anjouan. Florian, le mari d’Anne-Sophie, la sœur de Laure, est photographe. Il s’est attelé, depuis 2006, à un travail considérable. Extrêmement émouvant surtout. Il s’agit de numériser, d’ordonner, de mettre en relation et en perspective plusieurs milliers de plaques photographiques réalisées au tournant des XIXe et du XXe siècles par Antoine Maure, un (très) arrière-arrière-grand-oncle. Le tout était encore, il y a peu, oublié dans un grenier. Ce sont des portraits intimes, de petits reportages locaux, des clichés exotiques de voyages lointains. Quel gigantesque puzzle sensible. Cela me fascine parce qu’une foule de visages reviennent de l’oubli avec, souvent, leur nom. Et parce qu'enfin cette galerie épouse très tendrement l’époque. La rendant accessible. Proche. Vivante. Oui, vivante.

Jeudi 25 décembre. 23h30

Emmanuel m’a réparé le manche d’une spatule de cuisine en acier inoxydable. Un peu de mastic beige clair. Un moment sous les serre-joints. Elle était comme neuve. Ou presque... Cet ustensile fait partie de mon panthéon domestique, de mes minuscules divinités d’enfance. Ma mère s’en servait pour décoller le bord des crêpes, pour retourner dans la poêle les steaks, les galettes de pommes de terres, pour glisser les œufs sur le plat dans l’assiette. Je l’avais emportée avec moi quand j’avais monté mon ménage d’étudiant à Paris. La petite pelle à tout faire ne m’a jamais quitté. Elle accompagne ma vie depuis plus de quarante ans. L’efficace sauvetage d’Emmanuel me la garde encore. Révérence aux objets. Il y en a tant d’autres qui font part de moi-même. Ridicule ? Allons, je ne cherche même plus à m’en défendre. Nous avons passé une journée de Noël douce et un peu cotonneuse. Près de la cheminée. Dehors, il tombait une pluie verticale et glacée qui n’a cessé qu’avec la nuit. Nous étions invités pour un verre à Grasse chez Christian et Mino. Plein de cousines et de cousins. Ca ne m’effraie plus vraiment. J’ai rattrapé les noms au vol avec mes souvenirs des précédentes rencontres. Au-dessus de la cheminée était installé un trumeau début XIXe. Sur fond de paysage montagneux, la peinture représentait les adieux d’une mère et de son fils. Le tout jeune garçon, sur le seuil de la maison, une lourde besace à l’épaule, s’arrachait doucement à l’étreinte. Il y avait quelque chose de bizarrement touchant qui se dégageait de la scène et qui tenait sans doute à la maladresse du trait et à la posture trop rigide, un peu outrée des deux personnages. Nous en avons parlé un moment avec Jérôme. Lui voyait dans la représentation quelque chose de beaucoup plus équivoque et même de franchement leste. Ca ne m’avait vraiment pas effleuré. Comme quoi…

vendredi 26 décembre 2008

Jeudi 25 décembre. 1h30

Rangé un peu et bouclé les valises. Amélie guettait le taxi boulevard Saint-Germain. Il nous a déposé en avance gare de Lyon. Le chauffeur aussi avait hâte d'être en famille. il téléphonait chez lui : Dis à Maman que j'arrive. Je passe tout de suite chercher Papy et Mamy à Montparnasse. Et à nous : Ca vous embête si je vous laisse juste au dépose-minute du sous-sol? J'avais fait quelques courses. Nous nous sommes improvisés un pique-nique au champagne dans le train bondé des départs de fêtes. Tellement contents de partir. Nous avons lu. Somnolé. Dehors la campagne était envahie de lourdes brumes. Il faisait nuit à l'arrivée à Marseille. Jérôme nous a rejoints pendant le trajet de correspondance. A Cannes, Emmanuel attendait. Une petite demi-heure après nous pouvions embrasser Claire.

mardi 23 décembre 2008

Mardi 23 décembre. 22h30

J'ai rassemblé un paquet de notes éparses. J'ai fait la liste des gens à voir. J'aurai pas mal de journées aussi à passer à Senlis. Sacré programme. Je vais y aller doucement pour ce prochain livre. Il faut déjà que je chasse complètement de ma mémoire ce que j'avais commencé à imaginer et à écrire. Mais je m'y mets, je m'y mets... J'ai passé un peu plus de la matinée à ordonner ce projet qui ressemble encore à une bonne résolution de fin d'année. Je suis allé chez Buchet. J'ai envoyé des cartes de voeux, répondu au courrier. J'ai retrouvé Amélie au Sauvignon. Nous partons demain à Grasse. Comme d'habitude, j'emporte tout un baluchon de travail à faire. Mais j'aimerais aussi aller me balader un peu. Aller voir le musée Chagall à Nice et puis, juste être ensemble. Là où on se sent bien.

Lundi 22 décembre 23h00

J'ai déjeuné avec Marie rue Maleville. Elle travaillait ce lundi. Sa galerie fait l'inventaire. Elle aura quelques jours pour elle début janvier. Pas sûr que nous la verrons à Carolles comme prévu. De soirées en retrouvailles, son emploi du temps se complique. Qu'elle ne l'encombre pas avec un voyage supplémentaire, j'aime bien mieux la savoir contente avec ses amis. Le restaurant avait déployé son menu de fêtes. Impossible de l'éviter. Du coup nous nous sommes offert un petit Noël. Au moment du café, Marie m'a demandé quelque chose : elle ne veut plus apparaître dans mon journal. J'ai compris que le peu que j'avais raconté de nos rencontres l'avait mise mal à l'aise, quelquefois, avec certains. Et puis aussi, ça l'embête, voilà tout. Promis? - Promis. Nous sommes juste convenus de rapporter cette « dernière » conversation. Elle a repris son travail un rien en retard. A bientôt ma chérie... J'ai erré à pied autour de Saint-Augustin en la quittant. J'étais assez déboussolé. Je tiens la chronique de mes journées, en ligne, depuis le printemps dernier. Mon éditeur m'avait demandé à l'époque ce que je voulais « faire » sur le site de la maison. Je ne me voyais pas lire de vieux textes. J'ai eu cette idée. Cela faisait des années et des années que je griffonnais des carnets que je finissait toujours par jeter. Des confidences illisibles, inégales, espacées, et souvent exagérément désespérées. Pourquoi ne pas essayer d'y mettre un peu de rigueur. De devoir s'y astreindre. D'y être tenu surtout. L'exercice m'a permis de raccrocher l'écriture au moment où je pensais vraiment l'avoir perdue. Cette écriture des petits faits et des instants qui est la mienne, assurément. Sans le journal, il n'y aurait probablement pas eu ce livre qui sort en février. Raison pourquoi je continue... J'ai remonté le boulevard Malesherbes. Me suis arrêté acheter du thé chez Betjeman & Barton. Toujours le même mélange : 2/3 d'Assam Greenwood, 1/3 de thé aromatisé à l'orange amère. Je l'aime infusé noir avec un fond de lait dans la tasse. Je connais cette boutique depuis 1980, quand je travaillais rue de Lisbonne. Je crois que je n'y retournerai plus. Je me contenterai de leur système de vente sur internet. Depuis la dernière fois que je suis passé, tout a été sottement mis au goût du jour. Peinture grise sur les boiseries de chêne et aluminium finement rayé pour les grandes boites à thé autrefois rouges et vertes. Plus aucun charme. Les imbéciles...

lundi 22 décembre 2008

Dimanche 21 décembre. 22h30

J’ai rabattu les fuschias. Mis en tas les branchages. Passé l'inspection des rosiers. Les Albéric Barbier d'il y a quinze jours ont l'air de se plaire. Les tiges commencent à s'effleurer de minuscules boutons roses. Le problème se situe d'ailleurs là. Après juste quelques jours de froid vif, une grande vague tiède s'est installée comme une folie douce. Tout se croit au début du printemps. Les narcisses, les iris, les rhododendrons. Il ne leur faudrait pas grand chose... Au Placin, il y a même un camélia rose entièrement fleuri. Si la gelée vient, ce sera la catastrophe. Voilà que j'espère le retour d'un froid lent.

J'ai occupé l'après-midi à fouiller dans les vieilles photos. Celles récupérées chez ma grand-mère à Roubaix. Celles des boîtes de mon père aussi. Il en a annoté quelques unes au dos. Mon trisaïeul. Ma tante. Mon cousin Max... Je ne fais pas le lien. Je ne connais pas sa généalogie, sa parentèle, ses fratries. Mais j'ai déniché des cadres et j'ai habillé tout un pan de mur de l'entrée avec une bonne trentaine de ces portraits. Les versants paternel et maternel mêlés. J'ai dit les prénoms à haute voix. Angèle, Joseph, François, Jeanne, Blanche, Marie, Emile, Fernande, Louis, André, Clémence, Agnès. Ce sont des enfants, de très jeunes filles, des hommes dans la force de l'âge, des vieillards fatigués. Ils sont ma famille. Et mon éternité fragile. Nous sommes passés dire revoir à Georgette. Elle était en plein bavardage avec Mlle Verdé. Nous la dérangions un peu. Bon Noël, bon Noël. Elle va être seule cette année le soir du 24. Ca m'est égal, je vous assure. On se revoit dans une semaine. Déchirant imperceptible. Si Dieu le veut, bien sûr. Nous avons dîné avec Fabien. Lui ira chez Emmanuelle et Dominique à Agon. Et peut-être viendront-ils à Carolles avec Iris et Mika aux premiers jours de l'année.

Samedi 20 décembre. 23h00

Nous avons dormi, dormi. Une vraie grasse matinée comme il y avait longtemps que nous n’en avions pas faite. Nous avons fait durer le réveil, traîné notre petit déjeuner jusqu’à midi passé. Toute la journée est restée douce et paresseuse. Au chaud de la maison. Nous avons décoré des branches de sapin, fabriqué des couronnes à accrocher aux portes. Georgette est venue fêter Noël avec nous avant l’heure. Un peu de champagne. Quelques huîtres. Oui, elle est mieux, c’est certain.

Samedi 20 décembre. 1h15

J’ai arrangé un peu le désordre des haies. Ramassé les dernières feuilles mortes. Rempli les mangeoires des oiseaux. Aux Fontenelles, le potager est envahi d’une friche rase d’hiver. Reste quelques chicorées rouges, de la mâche, des poireaux. Le maçon est passé en fin d’après-midi. Il doit couler une dalle de béton avant que nous commencions les travaux d’aménagement d’une nouvelle chambre. Pas avant mars, et encore… J’ai peur que cela dure à nouveau une éternité. Nous attendons des devis qui n’arrivent pas. Mes coups de téléphone au menuisier, au ferronnier, restent sans effet. Il va falloir mettre en place un vrai plan de bataille si nous voulons que tout soit fini au printemps. J’ai fait un peu de cuisine. Ouvert des coques au beurre pour en jeter une poignée, décortiquées, dans le soupe au potiron. Mis la table. Le train d’Amélie, le dernier, est arrivé très en retard. Moi, j'étais parti très en avance. Je n’en pouvais plus d’attendre.

Vendredi 19 décembre. 12h30

J’ai pris le premier train pour Granville. Le jour ne s’est levé qu'un peu après L’Aigle. A partir de là, j’ai passé le trajet le nez collé à la vitre. Il faisait un soleil radieux. Il me semblait que cela faisait une éternité que je n’avais pas traversé le bocage. En arrivant à Carolles, je suis tout de suite passé voir Georgette. Elle va nettement mieux. Elle trottine chez elle. Se risque même dehors pour une minuscule promenade. Je reprends goût aux choses. Elle a lu tous les livres que nous lui avons passé. Comme le murmure d'un ruisseau de François Gantheret, Cœur cousu de Carole Martinez, Le dernier frère de Nathacha Appanah. Celui-là c’est vraiment une merveille... Nathacha s’est envolée jeudi pour Mayotte. J’ai pu l’avoir au téléphone avant son départ. J’ai baragouiné quelques maladresses affectueuses. Je vais lui écrire dès aujourd’hui. Les vœux de nouvelle année feront le prétexte de cette première lettre. Deux courses dans le village, j’ai enfin ouvert la maison.

Jeudi 18 décembre. 22h45

Dernier enregistrement de Jeux d’épreuves de l’année. Il sera diffusé le 10 janvier, je crois. Nathalie défendait Ramon, le livre que Dominique Fernandez a écrit sur son père. J’étais très jeune lorsque j’ai découvert L’arbre jusqu’aux racines. Pas tout à fait dix-sept ans. J'étais bien loin d'avoir tout compris à cet essai vers lequel j'étais allé à cause du titre. Mais j'y avais trouvé comme un assentiment, une confortation à mon introspections permanentes, à l'épluchage inquiet de mes origines. Fernandez depuis ne m’a plus quitté. Avec des engouements divers suivant les textes, mais à chaque fois, quand même, j'étais séduit par ses allers-retours, sa manière de rouvrir sans cesse les cicatrices. La vivacité contenue en éclatante sourdine. Avec ce Ramon qu'il publie à presque quatre-vingts ans, je retrouve tout, ensemble. Tout ce qui le gêne, le libère et le blesse. Et je comprends vraiment, j'allais dire : enfin, ce qui a fait de lui un écrivain. C'est peut être naïf ou ridicule, mais j'ai eu le sentiment d'être confronté à une intensité inouïe de cette vérité, absolue, personnelle, qui fait et qui fonde, pour moi la littérature. Les pères sont des traîtres à qui il faut pardonner. Je vois poindre le moment où il me faudra me pencher sur la biographie du mien. D'une manière ou d'une autre. Jusqu'ici, j’ai éludé sa vie, n’en gardant que les moments qui ne me dérangeaient pas. Juste un gué d’existence pour parvenir à franchir son absence. Je n’ai pas posé de questions non plus pendant les douze ans où je l’avais retrouvé. Aurait-il répondu d’ailleurs ?

A cette émission, j’avais amené une autre histoire de filiation, plus foldingue celle-là. Cheval de Richard Morgiève raconte les exubérantes aventures d’un père et son fils, forains et ferrailleurs dans les années soixante. Des affreux et des sales. Surtout pas des méchants. Ecriture de latex et de fil de fer souple. Ca se tord en tous sens, juste parce que c'est tendre. J’ai rencontré Richard en septembre 2005. Un portrait pour Le Monde. Depuis, on s’est revus. Nous sommes allés plusieurs fois dîner avec Alice et lui dans leur drôle de maison du XIe. Ce qui nous rapproche c’est qu’on écrit finalement chacun des livres de petits garçons. Je suis passé prendre Amélie pour le pot de fin d’année de chez Robert Laffont. Embrassé. Serré des mains. Bu du champagne. Cette soirée est, à chaque fois, très amicale, très bon enfant. Nous avons revu plein de gens. Parlé projets aussi. Le temps s’en va devant...

vendredi 19 décembre 2008

Mercredi 17 décembre. 23h30

C'était cocktail de Noël chez Buchet. Je n'ai pas pu y aller, j'étais à Censier pour mon dernier cours du semestre. Enfin, pas tout à fait le dernier. Il y a encore une séance début janvier. On y fera le bilan et j'essaierai de les embarquer vers autre chose. Cela m'apparaît nécessaire. Voilà fait un moment qu'ils ont la tête ailleurs. Ils passent des partiels, s'inquiètent pour leurs notes. Petite comptabilité étudiante. Je comprends qu'ils en soient préoccupés. Pourtant ce n'est vraiment pas ça qui m'intéresse avec eux. Ca tient à trois fois rien en ce qui me concerne. Deux mots. Un nom d'auteur. Une attention au monde. Le reste... Vivement qu'ils en aient fini. Je suis revenu rue des Canettes comme le traiteur remballait ses affaires. Pris rendez-vous pour la rentrée de janvier pour savoir si je peux avancer dans les changements que j'ai prévus pour « Domaine Public ». J'ai rejoint Amélie au Sauvignon où elle prenait un verre avec Olivier et Pierre. Nous avons bavardé en terrasse, coincés entre le froid de la rue et les grille-pains du chauffage extérieur. Conversation semi fredo sur les dernières parutions. Olivier ne partage pas mon enthousiasme à propos du Jérôme de Martinet. Trop noir? J'avoue ne pas avoir bien compris ce qui l'arrête. Nous sommes tombés assez d'accord sur la suite. Parlé du Monde aussi, de Sud-Ouest... Nadine est arrivée avec Frédérique et Nickie. Jérôme est venu nous rejoindre... Nous étions invités à dîner avec lui chez Dominique et Frédérique rue Saint-Charles. Nous y avons retrouvé Marianne et puis de drôles de gens dont je ne me souviens plus du nom. Petites histoires en aparté autour de la table. Marianne attend une réponse pour un boulot. Elle m'a offert les Lettres inédites à Mabel Amy Burton & à ses parents de Lewis Carroll chez Michel de Maule. J'ai pour Carroll depuis l'adolescence toujours la même vénération. Elle ne pouvait pas me faire plus plaisir. La soirée s'est déroulée bizarre. Dominique et Frédérique ne parlaient pas vraiment de leur voyage de trois mois aux Etats-Unis. Chacun racontait, à côté, des histoires sans importance. Il est des moments où l'on se trouve étonnamment séparés et où tout fait maladresses. Mais ce doit être moi. Pas grave. Nous avons pris le dernier métro avec Jérôme. On s'est embrassés dans la rame. Il rentre à Hyères la semaine prochaine. On se verra pour Noël à Grasse. Chez Claire et Emmanuel.

Mardi 16 décembre. 22h45

J'ai déjeuné avec Béatrice dans un petit restaurant italien de la rue de Nevers. Nous y sommes : j'essaie de parler de mon livre aux libraires. Mais je ne sais pas très bien quoi en dire, si ce n'est de répéter cette absolue conviction que si je ne l'avais pas écrit c'en aurait été fini pour moi de la littérature. Bon... Ca a beau être vrai, je trouve que cela sonne faux. C'est toujours ce pas de côté, cet encore à côté, ce manque de confiance. Incapable d'aller au-delà, de répondre aux questions. J'ai vite jeté le gant avec Béatrice, glissant tout doucement vers d'autres sujets. La rentrée de janvier, les épreuves que j'ai lues, les nouvelles des uns et des autres. Je m'en sors. J'en sors. Tant pis. J'ai renouvelé l'exercice avec Karine, le soir devant un verre dans un café bruyant de la rue de Bretagne. Pas beaucoup mieux...

Lundi 15 décembre. 22h30

Un café dans un gobelet de carton à un vague comptoir, sur le quai, gare de l’Est. Tout a changé ici encore. La salle des pas perdus est devenue un hall de boutiques, de vêtements, d'épicerie fine, de gadgets. Je ne reconnais rien. Nous allions à Metz, au grand séminaire pour voir l'abbé Dukiel qui doit nous bénir cet été. Nous avions parlé avec lui en juillet dans l'après-midi de la fête des dix ans de mariage de Marcus et Virginie au château de Menton. Il gelait à pierre fendre dans la cour où il est venu nous chercher. De longs corridors, des portes, du parquet ciré, du silence. Il nous a reçu dans son appartement tout au bout d'une aile du vieux bâtiment. Depuis combien de temps n'étais-je pas allé voir un prêtre chez lui? Ca m'est revenu en vagues. Des souvenirs de collège. Cette atmosphère close et douce. J'ai retrouvé d'un coup l'abandon, la confiance. Quel temps ai-je à rattraper? Nous avons parlé de nous, chacun et puis ensemble. Evoquer les coïncidences, les signes. Reconnaître la Grâce. Ceux qui veillent sur moi au delà des années. Nous avons déjeuné dans une petite salle à manger aux murs tendus de jaune. Rapide tour en ville. André Dukiel nous a emmené visiter la cathédrale Saint-Etienne. Fascinant. C'est, nous a-t-il expliqué, le sanctuaire qui possède les plus hautes verrières gothique d'Europe. Des vitraux du XIIe, du XVIe et puis ceux de Chagall, de Villon, de Bissière... J'ai pensé à ces vers de Jean Cayrol : Je sens déjà sur moi l'éclatante rosée/ une sorte de nacre se dépose sur nos joues/ Ecoutez, c'est le vent qui va nous délivrer./ Nous passons le détroit et puis après c'est Vous/ Mon Dieu... Dans le train du retour où Amélie dormait, paisible et épuisée, ils me revenaient comme une ritournelle. Nous avons dîné avec Jérôme et Marion. Elle habite un grand studio rue du Faubourg-saint-Honoré. Curieux quartier, tout en façades et en idées qu'on s'en fait. J'y ai travaillé vingt ans presque. Assistant social dans le service de psychiatrie de secteur d'abord, puis à Point de Vue, les premières années, avant que le journal déménage rue du Bac. Visites à domicile dans les loges de concierge et les sixièmes étages. Rendez-vous policés avec ceux de la Haute. Marion est juste en face du Cercle Interalliée. Vous n'avez pas de cravate Monsieur? On peut vous en prêter... Nous avons passé une jolie soirée. Après le choc de sa mise à pied, il souffle juste un peu. Il se sent en vacances. Et Marion est charmante.

mercredi 17 décembre 2008

Dimanche 14 décembre. 22h15

J'ai rédigé le portrait d'Emmauelle Pagano pour Le Monde. Décrypter les notes, relire encore les textes. Se souvenir tout simplement. J'aime assez ce temps de la reprise, de la remise en face, même si cela prend bien des heures. Je suis lent. Si lent. Amélie faisait des rangements dans l'appartement. Ces tas de choses toujours remises au lendemain. Elle est juste sortie pour aller chez l'écailler vers midi acheter des huîtres. Elle est revenue rose de froid avec un plateau gigantesque. Elles viennent de Bréville, a-t-elle dit. Nous étions là dans ce dimanche un peu flottant, au milieu des papiers épars et des livres ouverts. Petite musique de soi. Je me suis remis au travail. J'ai fini tard. Je n'ai pas vu tout ce jour passer. D'un seul coup, il avait fait nuit.

mardi 16 décembre 2008

Samedi 13 décembre. 23h00

Deux ans ou plus que nous n’avions pas revu Maureen et Thibaud. La dernière fois, c’était à Roubaix, dans cette grande brasserie de la place de la Liberté, L'impératrice Eugénie. Nous avions mangé des croquettes, du potchevlech. J’avais montré la ville à Amélie. Drôle de balade. La rue d’Avelghem, la tombe de mes grands-parents au cimetière, le canal, l'abattoir, la Grande-rue. J’avais du mal à reconnaître. Il fallait tout réinventer. Déjà, quand j’y étais venu pour des signatures en librairie, l’itinéraire était difficile. Maureen et Thibaud sont de là-bas. Ca avait facilité cette première rencontre. Maureen est une amie d’Amélie. Elles se sont connues à Abidjan au collège et ne se sont jamais perdues de vue. C'est une de ces amitiés adolescentes que j’ai égarées, moi, faute de les cultiver dans la peur de ne plus (ou, au contraire, de trop) s'y reconnaître. Elle a maintenant trois enfants. J’avais juste vu les deux derniers à l'époque. Raphaëlle était une minuscule petite fille qui pleurait dans sa poussette. Gustave, un coquin de trois ans dévorant ses frites avec de la mayonnaise. Nous avons passé la journée avec eux en Touraine. Maureen est venue nous chercher à la gare de Saint-Pierre-des-Corps en fin de matinée. Ils habitent dans une des dépendances d'une ferme isolée, près d'un étang à Souvigné, pas très loin de Château-la-Vallière. Ciel bas et pluie fine. Après déjeuner, nous sommes restés à l'intérieur à faire des jeux de société avec les enfants. Amélie s'est embarquée dans plusieurs parties de Scrabble avec Gabrielle, l'aînée, pas encore quatorze ans. Déclinaison du calme. A la première éclaircie, nous sommes allés faire une promenade en forêt. Cent mètres de chemin jusqu'à l'orée. Nous avons marché un long moment dans les allées cavalières recouvertes des feuilles des chênes et des châtaigniers. Il faisait hiver. Nous sommes rentrés à chien-loup. Une tasse de thé près de la cheminée avant de repartir à Paris. Tout cela était très simple, très clos, très douillet. Si bien.

lundi 15 décembre 2008

Vendredi 12 décembre. 23h50

J'ai toussé toute la matinée. J'ai bu du Pulmosérum à pleines lampées. Je ne connais pas de sirop aussi répugnant à avaler. C'est mauvais, mais c'est efficace. J'étais transi aussi. Je me suis recouché tout habillé pour relire Jérôme de Jean-Pierre Martinet avant Jeux d'épreuves. Je dois à Sorin d'avoir découvert il y a quelques mois ce livre noir, si noir, désespérant comme jamais. L'histoire d'une errance épouvantablement triste. Ca commence mal. Ca finit mal. Le livre enroule le dégoût en écoeurant plaisir. Quelle incroyable expérience de lecture. Il a été publié la première fois en 1978. Martinet est mort à quarante-neuf ans en 1993. Je ne connais rien de cette époque qui ait cette force lourde, ce poids absolu. Avant? C'est une autre histoire... Pas de bus place Charles-Michel. Je me suis traîné à pieds jusqu'à Radio France dans un froid glacé. Retrouvé Nathalie aux Ondes quelques minutes avant le début de l'émission. A peine le temps de se réchauffer avec un café. Mais dans le studio, j'ai savouré le bonheur d'apporter un grand texte. Chacun était vraiment impressionné. Oh, ce sentiment de faire oeuvre utile. Quel dommage qu'au Monde personne ne semble décidé de me laisser publier le papier. En sortant, je suis passé à la quincaillerie acheter une mèche à métaux pour la perceuse de Marie. Je lui avais promis de régler son compte à la serrure de boîte aux lettres dont elle n'avait pas la clé. Depuis plusieurs mois, elle tentait de d'occuper celle de son voisin. Sans succès. Son nom était arraché tous les deux jours et le courrier repartait « Inconnu à l'adresse ». Elle m'attendait derrière son porche avec tout un attirail de cambrioleur au petit pied. Le petit verrou n'a pas résisté longtemps. Je lui ai installé une étiquette neuve, bricolé un peu la fermeture. Elle va enfin pouvoir recevoir ses lettres.

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