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lundi 10 novembre 2008

Lundi 10 novembre. 22h30

On nous a livré du bois. Une demie corde pour commencer. Il était temps. Il restait juste six ou sept bûches. C’est du châtaignier d’une coupe de trois ans qui claque sur les braises. On dirait que la chaleur en est plus joyeuse. Différente. Habitée. Nous avons fait des confitures avec les tomates vertes achetées à Granville samedi. Toujours pas passé au potager des Fontenelles. Le vent souffle. Au jardin, j'ai profité d'une accalmie pour rabattre les tiges des dahlias et des phlox. Arranger un peu la plate-bande sur le côté de la maison. J'ai planté les cinquante oignons de narcisse reçus il y a quinze jours. Des totus albus, tout blancs et parfumés. Mais je me suis aperçu très vite qu'il n'y en avait pas assez. Il seraient vraiment trop clairsemés. Du coup, nous en avons recommandé en catastrophe. Les mêmes et aussi des Poéticus actea, avec un discret coeur jaune. Georgette, à qui nous racontions cela, nous a sorti les photos de son jardin de l'Humelière. Les miens étaient magnifiques, regardez... Elle a fini par appeler le médecin. Elle avait refusé qu’on le fasse les jours derniers. Pas la peine. Pas la peine. De toute façon ce sera un remplaçant. Il lui a prescrit des anti-inflammatoires. Je les prendrai plus tard… Elle a mangé de meilleur appétit et nous a poussés doucement vers la porte. Je crois que notre sollicitude commence un peu à lui peser. C’est signe qu’elle renvique. On se verra demain. Aujourd'hui, le Goncourt a été décerné à Atiq Rahimi, le Renaudot à Tierno Monénembo pour Le Roi de Kahel. Si nous étions à Paris, nous serions allés fêter ça au New Morning avec POL. Et passés embrasser Géraldine au Seuil. Christine a téléphoné pour savoir si nous étions en route. Ca va? Oui, ici ça va mieux. Je respire.

Lundi 10 novembre. 1h50

Georgette a téléphoné vers les 9 heures. Venez, s'il vous plaît. Elle nous a demandé de l’aider à préparer son café. J’ai passé une bonne nuit, mais là, maintenant, je suis épuisée. Nous sommes restés avec elle le temps de son petit déjeuner. En fait de café, c'est du Ricorée. Elle a grignoté un morceau de pain mou. Nous avons rassemblé son linge sale. Mis une machine à tourner. Au soir, elle semblait plus reposée. Moins anxieuse. Elle avait eu de la visite. Sa voisine du dessus qui s’inquiétait de ne plus la voir sortir. Mademoiselle Verdé aussi. Ca fait du bien de se sentir entourée… Les mêmes mots que ma mère avait dit si faiblement. J’ai vite chassé l’idée. J’ai passé la soirée à rédiger mon papier sur Le Couteau de Jenůfa de Xavier Hanotte pour Le Monde. 4500 signes pour raconter aussi les méandres d’une œuvre touffue, envahissante. Je me retrouve en connivence mélancolique avec Hanotte, dans cette obsession de la perte, de la disparition. Avec cette quête permanente d’identité qu’il incarne, lui, pour l’essentiel, dans le souvenir perpétué et permanent de Wifred Owen, jeune poète britannique tué à vingt-cinq ans, à Ors, dans le Nord, quelques jours seulement avant l’Armistice de 1918. Je ne souviens que de bribes. Il me manque quelques vers. Quels cierges portera-t-on pour leur dernier voyage ? (…)/ Le front pâle des filles sera leur linceul/ Les fleurs, la tendresse d’âmes patientes/ Et chaque lent crépuscule, un volet qui se ferme. Mon Dieu, comme toutes les histoires se rejoignent.

Samedi 8 Novembre. 23h20

Nous avons fait le marché à Granville sous une pluie fine en bourrasques. Acheté des moules et des coquilles saint-jacques. Un beau saumon. Une poule un peu grasse pour faire du bouillon. Plein de légumes. Carottes, poireaux, salsifis, cèleri. Amélie a cuisiné tout l’après-midi pour Georgette. Elle lui a préparé plein de petits repas. Pour plusieurs jours. C’est qu’elle n'est pas beaucoup mieux. Ca la tire violemment dans les côtes. Elle peine. Elle s’étouffe. Ne vous en faites pas. S’il je me sens vraiment mal je vous appellerai.

Vendredi 7 novembre. 22h00

Chaque semaine je rentre dans un jardin d’après déluge. L’ornière de l’entrée se creuse un peu plus à chaque fois. L’herbe est trempée. Les feuilles tombées font une drôle de tisane dans le tonneau de récupération d’eau. Plein à ras bord. J’attendais le ferronnier qui doit prendre les mesures du cadre qui soutiendra les grandes portes de serre que François nous a données l’an dernier et qu’Emmanuel a réussi, non sans mal, à nous faire parvenir cet l’été. Il a fait deux trois croquis. J’attends le devis. Je n’avais pas appelé Georgette à cause du rendez-vous. Je lui ai téléphoné en fin de journée. Pas réponse. J’ai réessayé à la nuit tombée. Ca continuait de sonner dans le vide. Je suis passé tout de suite, vaguement inquiet. Elle ne va pas bien du tout ma vieille marraine. Elle peut à peine bouger. Son dos est bloqué. Le moindre mouvement la fait gémir. Le médecin est passé hier. Il pense qu’il s’agit d’une vertèbre déplacée. Il a donné des calmants. Ca passera, ça passera, répète-t-elle. Elle m’avait préparé toute une liste de courses. Je t’attendais pour aller coucher, m’a-t-elle dit. Je lui ai installé une planche sous son matelas. Je dormirai mieux sur du dur. Ne t’inquiète pas, ça va aller. Je l’ai quittée plutôt inquiet. Elle est si fragile. Comme prête à casser. Les traits tirés de fatigue et de douleur. Je suis parti chercher Amélie à la gare. Elle sera bien là demain ?, m’avait demandé Georgette. Dîner rapide. Dehors le vent sifflait dans les branches du figuier.

vendredi 7 novembre 2008

Vendredi 7 novembre. 2h15

Jeux d’Epreuves à nouveau cette semaine. Je me fais la rengaine du « L’ai-je bien défendu ? ». Là, c’était Noces de Chêne de Régine Detambel. Je suis accroché à ses livres depuis que j’ai lu La quatrième orange en 1992. En moins de vingt ans (elle a publié pour la première fois chez Julliard en 1990), elle a bâti une œuvre inouïe qui parle du corps, de la peau, des émotions vivaces. Dix-sept ou dix-huit romans, au moins six « textes brefs », cinq essais, deux recueils de poèmes, plus la jeunesse, plus les ouvrages collectifs, les préfaces, les critiques d’art, les articles. Je suis, à chaque fois, ébloui par son écriture. Elle l’envahit de plaies, de rage, de lancinances. De nature brute. Foisonnante. Instinctive. Noces de chêne est un très beau texte sur la vieillesse, sur la permanence du désir. Sur la fidélité en amour. J’ai foncé à la maison juste après l’émission. Je devais avoir Xavier Hanotte au téléphone. Le Monde m’a passé commande d'un « atelier d’écriture » sur son dernier titre, Le couteau de Jenufa. A rendre lundi. Je venais à peine de raccrocher quand Marie a sonné. Nous sommes partis ensemble rejoindre Amélie rue Saint-Charles pour notre dernier dîner là-bas. Nous devons rendre en effet l’appartement plus tôt que prévu. De la famille de Dominique et Frédéric doit y loger. Nous n’aurons pas vraiment habité cet endroit. En fait, nous commencions juste à l’apprivoiser. Nous avons passé cette soirée de clôture avec Agnès et Laurent, Anne-Gaëlle et... Laurent. Nous avons fini le poulet rôti, les frites, la glace à la mangue, celle au tiramisu, le pouilly, le bourgueil, les discussions sur les livres, les livres, les livres. Il était tard. Tout le monde est rentré chez soi. Nous avons rangé. Amélie a passé une serpillère sur le sol. J'ai fait le tour des pièces. Dans la chambre, j'ai raccroché au-dessus du lit le portrait du petit Grégory.

Mercredi 5 novembre. 16h10

J’ai passé une demi-heure au téléphone avec Erik Orsenna. Une courte interview pour le site d’Hachette. J’ai rédigé le papier dans la foulée et je l’ai envoyé. La remise du Médicis avait lieu à 13h00 à l’hôtel Lutétia. J’y suis parti un peu à reculons. La perspective d’avoir à écrire en deux heures un pseudo portrait du lauréat attendu ne m’enchantait pas vraiment. J’étais encore dans le métro quand Amélie a appelé : Je viens de l’apprendre… Le prix va à Blas de Roblès. J’ai été envahi par une belle bouffée de contentement où se mêlaient la satisfaction que ce fantastique bouquin auquel Laure Leroy et Serge Safran ont cru avec tant d’enthousiasme soit à nouveau distingué (il a déjà obtenu le prix Fnac, le prix Giono, il reste sur la dernière liste du Goncourt). Celle aussi que le travail qu’ils accomplissent chez Zulma soit ainsi reconnu et salué. Celle enfin de n’avoir pas à faire mon pensum sur le livre de l’auteur « concurrent ». En plus, comme Isabelle avait déjà rencontré Blas de Roblès, c’est elle allait se charger de l’article. J’allais avoir ainsi un après-midi plutôt tranquille. Dans les salons du Lutétia, peu savaient déjà. J’ai passé discrètement un coup de fil à Christine, au Monde, pour l’avertir et savouré ensuite un peu sournoisement le privilège d’être de ceux qui avaient la primeur du résultat. Rien que quelques minutes avant, mais avant les autres… Anne Wiazemski a dévoilé le palmarès. Là où les tigres sont chez eux n’est passé qu’au quatrième tour et grâce à sa double voix de présidente. Le Médicis récompense aussi Cécile Guilbert pour son essai Warhol spirit. Je suis allé l’embrasser. A la sortie, Géraldine et Marie Lagouanelle m’ont gentiment agrégé à leur déjeuner. Nous sommes allés chez Enzo, un italien de la rue du Dragon. Les pâtes y étaient relevées, piquantes. Mais j’en voulais davantage. Il fallait que ça arrache. J’ai pensé à cette phrase de Ferré : Le piment, le vrai, c’est celui qu’on rajoute. Et c’est ce que j’ai fait.

jeudi 6 novembre 2008

Mardi 4 novembre. 23h20

J'ai déjeuné avec Marie-Françoise chez Moissonnier. Elle revient de Saint-Nazaire. Intarissable sur le port, les plages. Elle éprouve une passion littorale de la mer du Nord à l'Atlantique. Je me souviens encore de son retour de Gdansk, enfin de Dantzig, la ville de Günter Grass. Elle racontait ses balades sur la grève, le long de la Baltique, à chercher des galets d'ambre rejetés par la mer. Elle portait justement aujourd'hui un collier d'ambre bizarrement tressé qu'elle avait acheté là-bas, il me semble. Nous avons parlé du livre de Sylvie Weil qui va sortir chez Buchet, évocation intime d'André son père et de Simone, sa tante. J'avais noté en garde d'un carnet cette phrase tranchante extraite d'une de ses dernières correspondances : Je suis prête à mourir pour l'Eglise plutôt qu'à y entrer. Car mourir ne comporte aucun mensonge... Deux tables derrière nous, Pascal Quignard était installé, en famille. Je n'ai pas voulu le déranger, mais j'ai éprouvé de la satisfaction à le croiser ici. J'aime décidément beaucoup ce restaurant. Il me plaît, il me rassure, il m'enveloppe de confort lointain. Nous sommes rentrés ensemble rue des Canettes. J'ai passé l'après-midi à imaginer des montages financiers, titre à titre, pour « Domaine Public ». Ah, si tout ça pouvait fonctionner... Amélie est venue me chercher pour aller à la remise du prix du meilleur roman étranger dans un hôtel du boulevard Malesherbes. C'est Melnitz de Charles Lewinsky chez Grasset qui l'a obtenu. A peine vu Nathalie qui faisait partie du jury. Entr'aperçu Diane qui doit penser que je lui fais la tête tant je réponds pas à ses messages. Salué les uns, les autres. Bu un peu de champagne, ouvert des parenthèses. Nous avons marché jusqu'au métro Concorde. Dans la rue Royale, toutes les boutiques de luxe étaient déjà décorées pour Noël. C'était indécent jusqu'au malaise.

mardi 4 novembre 2008

Lundi 3 novembre. 22h45

Le train de 6h04. Amélie s'est emmitouflée dans son manteau et s'est mis sur les yeux un des ces masques de coton qu'on distribue pour la nuit sur les vols long courrier. Pendant ma solitude du trajet, j'ai relu les livres sélectionnés pour le Médicis que Catherine m'avait demandé de regarder pour Le Pèlerin. Les jeux sont faits paraît-il. Je vais donc avoir un papier à écrire mercredi.

J'avais rendez-vous en début d'après-midi dans le Marais pour des photos avec John Foley. C'est lui qui avait fait mes premiers portraits à l'agence Opale pour La Ballade de Lola. A l'époque, il était venu à la maison dans le XIVe. Je dois avoir encore un tirage où je suis à mon bureau, Kitty, la chatte noire, sur mes genoux. Elle est partie dans la nuit des chats, Kitty. Deux semaines après la mort de ma mère. Je l'ai enterrée sous le saule marsault. J'ai mis à l'emplacement un chat de tôle aux yeux en callots. Un de ceux qu'on plantait autrefois dans les potagers pour effrayer les oiseaux. Ca s'appelait, je crois, « le chat Taigne ». John m'a baladé dans tout le quartier. Halte devant une porte rouge, une devanture jaune. Un porche vert avec des têtes de lions. On va essayer ça. Et puis là aussi. Regarde-moi. Fais pas la gueule. Oui, les yeux un peu à droite. Garde cette expression. Pardon, pardon, ça doit se voir que je n'aime pas ça. Ou plutôt que je ne sais pas aimer ça. Je suis mal à l'aise et il le sait bien John. La différence, c'est qu'avec lui j'ai confiance. Après la séance, nous nous sommes installés dans un bar à vins à l'angle de la rue Charlot. Parler des projets et du temps qui passe. Nous avons le même âge tous les deux et nous étions contents de nous revoir. J'ai rejoint Amélie assez tard au Mercure rue de Condé pour fêter le Femina-essai de Denis Podalydès. Des retrouvailles, des embrassades. Nous y avons traîné un moment avant d'aller dîner au J'go avec Pascale. Et puis, vite filer se coucher. Trop tard pour travailler. Bien trop fatigués.

lundi 3 novembre 2008

Dimanche 2 novembre. 23h10

Nous n’avons pas eu le courage de pousser jusqu’au Fontenelles. Nous savons trop ce qui nous y attend : une prairie trempée où les bottes s’enfoncent. Cette semaine, je ne serai toujours pas parvenu à travailler au jardin. Je dois pourtant tailler les rosiers, élaguer le figuier et le frêne, diviser les phlox, rabattre les pivoines, et surtout planter les oignons des narcisses blancs pour nos plates-bandes de mai. Avant le déjeuner, Noëlle est passée prendre un verre avec Pierre. Je l’ai sentie très lasse. Plus que deux ans, je compte les jours, a-t-elle laissé échapper. Dans deux ans, elle pourra prendre sa retraite. Peut-être s’installer ici. A Paris, elle est cernée de soucis. Son métier d’institutrice a fini par lui peser. Elle a juste besoin de penser un peu à elle. On s’est dit que nous nous reverrions bientôt. Pourquoi pas à un des derniers dîners de la rue Saint-Charles ? Dominique et Fréderic rentrent le 20 des Etats-Unis…

Samedi 1er novembre. 22h20

La pluie est revenue. Un vrai temps de Toussaint. Nous avons tenté une petite balade qui s’est résolue par un tour du bourg. Vite rentrer. Nous avons passé l’après-midi au chaud. Amélie a lu ses épreuves. J’ai sorti des cartons les vieilles photographies. Je les ai installées dans des cadres au murs de l’entrée. Les premiers portraits datent de la fin du XIXe. Il y a là ceux dont je connais juste les noms. La tante Blanche, l’oncle Emile et la tante Alphonsine, leur fille Fernande… Il y a aussi ceux dont je ne sais rien du tout. Comme la sœur de mon grand-père François, taille serrée et robe à panier, accoudée, la pose rêveuse à une drôle de balustrade. Comme cet aïeul aussi. L’arrière-grand-père de Papa. Je n’ai pas la passion généalogique. J’aime juste qu’ils soient là. En décembre, nous rapporterons de chez les parents d’Amélie à Grasse d’autres clichés anciens. Afin de mêler nos histoires de famille. Fabien est venu dîner. J’avais acheté un gros bar de ligne.

Vendredi 31 octobre. 23h00

J’ai dormi dans le train. Je me suis réveillé au dernier tiers du voyage. A Vire, le ciel était tout bleu. Lavé. J’ai appelé Georgette de la gare de Granville. Cette semaine, pris par tout et n’importe quoi, nous ne lui avons pas téléphoné. Quand nous y pensions, c’était encore trop tôt ou déjà trop tard. Elle n’a rien dit, mais j’ai compris qu’elle s’était sentie un peu délaissée. Est-ce pour cela qu’elle qui n’a jamais besoin de rien voulait que je lui achète un tas de choses ? De l’huile d’olive, du vin rosé, du beurre, des asperges vertes en bocal, de l’eau d’Evian, des raviolis en boîte, une brioche… Je n’avais pas de stylo pour noter. Et elle qui insistait : N’oublie rien ! Sur le chemin du supermarché, je me répétais la liste de courses en litanie. Sous le soleil, j’ai trouvé le jardin luisant d’eau. La maison glaciale. J’ai fait du feu. Allumé en grand les radiateurs. Il faisait à peine tiède pour l’arrivée d’Amélie.

Vendredi 31 octobre. 3h00

Jeux d’Epreuves avec Dernières lueurs de Christina Mirjol au Mercure. J’ai défendu ce livre du plus que j’ai pu. Sans rencontrer d’ailleurs de vrais contradicteurs. Tout au plus ai-je perçu un rien d’indifférence que j’ai du mal à comprendre. Car, moi, je sais pourquoi ce texte me touche. Il accroche ma plainte. Il va à l’unisson. Dernières lueurs parle de la journée d’une vieille dame dont on sait qu’elle va mourir. Entre la visite au tout petit matin du médecin « urgentiste » et la venue du SAMU en fin d’après-midi. Entre un voyage au Pôle Nord dont elle a rêvé et son dernier voyage. C’est écrit en échos de voix, en suspension triste. Quand parviendrai-je à recoudre mon déchirement orphelin ? A la sortie du studio, j’ai bu un verre au bar des Ondes avec Nathalie et Baptiste. Nathalie avait présenté la correspondance entre Georges Perros et Gérard, puis Anne Philippe. J’éprouve de la résistance au genre. J’ai toujours un sentiment de malaise dans l’effraction de lire le courrier qui ne m’est pas adressé. Pourtant je dois reconnaître que je me suis fait happer par ces lettres. Comme souvent, l’air de ne pas y toucher, Nathalie offre à l’émission des découvertes littéraires infiniment sensibles.

Nous avions un nouveau dîner rue Saint-Charles. Géraldine et Vincent. Dany aussi que Marie n’avait pas vu depuis vraiment longtemps. Il me semble qu’elle avait une dizaine d’années quand elle l’avait rencontrée la première fois au Salon du livre. Elles s’étaient bien plu, je crois. Quand Marie a dû présenter le latin en session de rattrapage du bac, Dany nous a fourni en urgence une cargaison de textes de Cicéron en édition bilingue. Marie a passé l’épreuve haut la main… Connivence et reconnaissance. J’ai raccompagné Dany à la station de taxi vers minuit. Géraldine et Vincent sont restés. La soirée s’est étirée fort tard. En fait, personne n’avait vraiment envie de se quitter.

vendredi 31 octobre 2008

Mercredi 29 octobre. 22h30

J’ai envoyé à nouveau un dossier pour le prix Hennessy. L’an dernier, j’avais été finaliste. J’aimerais bien avoir ce prix... Je dois dire qu’au delà de la satisfaction narcissique d’être désigné comme le meilleur journaliste littéraire (excusez du peu), le montant du chèque ne me laisse vraiment pas indifférent. Et comme je pressens 2009 plutôt précaire… Je suis passé chez Buchet en revenant de la fac. Le temps de faire deux trois envois et de prendre rendez-vous avec Paul pour « le plan libraires » du livre. J’ai rejoint Amélie au Sauvignon. Nous y avons retrouvé Jaunay qui voulait fêter avec nous la sortie de son livre Nostoc, 13 h 58 chez L’Harmattan. Nous nous sommes enrhumés tous les trois doucement en terrasse. Sans vraiment voir le temps passer.

Mercredi 29 octobre 2008. 1h10

Encore un débat. Cette fois-ci c’était « autour de la nouvelle » au Centre Wallonie-Bruxelles. Il y avait Michel Lambert, Georges-Olivier Châteaureynaud. Gabrielle Rolin. Et surtout Roger Grenier. « Autour »… C’est curieux cet enveloppement sémantique, comme si on ne voulait pas entrer dans le sujet. Comme si on voulait se garder une distance, comme si on ne s’en tenait qu’aux marges, on ne s’intéressait qu’au décor. Ca m’avait déjà frappé avec cet autre débat du début du mois en Poitou-Charentes, « autour de l’œuvre de Robert Marteau ». De la même manière qu’ « espace » a tout colonisé, la locution a dû se glisser pratique, fourre-tout et insidieuse. La discussion a abordé bien sûr la place de la nouvelle dans le paysage littéraire contemporain. Désintérêt pour la nouvelle ou au contraire regain ? Les points de vue coexistaient étrangement. Indissociables et étonnamment complémentaires. C’est difficile de parler littérature en ne s’attachant qu’aux genres. Chloé Réjon a lu les extraits que j’avais choisis dans les textes des quatre auteurs présents. Notamment Rappels à l’ordre de Gabrielle Rolin, magnifique divagation sur la perte des objets, des souvenirs et des gens. J’ai récupéré Amélie dans le public. Nous avons bavardé un moment avec Roger Grenier pendant le pot qui suivait la rencontre. Je suis vraiment admiratif de son parcours. Journaliste à Combat, au France Soir de Lazareff, homme de radio, conseiller littéraire chez Gallimard et auteur fécond. Nous avons parlé de Marie de Régnier, de Pascal Pia. Le directeur du centre et Pierre Vanderstappen nous tous ont emmené dîner au Taxi jaune, un restaurant de la rue Chapon. En entrée, il y avait du carpaccio de tête de veau. Belle idée en vérité…

Mardi 28 octobre 2008. 16h00

Le hasard a plutôt bien fait les choses. Le déjeuner que devait avoir Amélie avec je ne sais qui a été annulé. Du coup, elle est rentrée à la maison. Nous avons bu du champagne et j’ai pu lui offrir ses cadeaux d’anniversaire que j’avais dissimulé, sans grande difficulté, dans le désordre et le bric-à-brac de nos affaires. Le matin nous avions vu Jérôme pour un café avant qu’il ne reprenne le train pour Hyères. Je l’ai trouvé étonnamment serein moins d’une semaine après sa mise à pied. Un peu trop même. Il semble avoir délibérément tourné la page. Reste qu’il doit encore avoir un entretien avec son patron. Il serait bien à cette occasion qu’il puisse donner un nom d’avocat. L’important dans ces moments est de partir la tête haute et l’honneur lavé.

mardi 28 octobre 2008

Lundi 27 octobre. 23h00

Tant pis pour la pluie. J’ai replacé les lettres de cuivre sur la barrière repeinte de neuf. D A K A O. Le nom qu’avait choisi ma mère pour la maison. Le nom d’un quartier de Saigon où ses souvenirs étaient aussi ceux de mon père. Que s’est-il passé là-bas. Je ne peux qu’imaginer. Jamais je n’ai osé poser la question. C’est trop tard maintenant. J’ai ramassé les feuilles mortes. Je les ai entassées en paillis sur les pivoines, au pied des rhododendrons. J’étais trempé. Nous sommes allés dire au revoir à Georgette. Vous revenez quand ? – Vendredi. Elle se perd un peu dans nos allers et venues. Amélie lui a laissé un ramequin de saint-jacques, un peu de bouillon de bœuf, de la soupe et du gratin de son potiron vert. Nous sommes descendus à la plage. Nous avons marché un moment sur la grève. L’estran était recouvert de galets fins, brillants. Nous nous sommes embrassés dans les rafales mouillées. Oui, tant pis pour la pluie. A Paris le courrier attendait. Un gros sac de livres déposé par la concierge. Nous avons dépiauté les paquets. Parmi eux le Sermon de Saint François d’Assise aux oiseaux et aux fusées de Sébastien Lapaque. Par le rêve et la nuit, le chagrin qu’on oublie : Je vous salue Marie.

lundi 27 octobre 2008

Dimanche 26 octobre. 23h10

Nous avons déjeuné au restaurant du Casino de Jullouville. Une petite table avec vue sur la mer. Amélie aura trente-sept ans dans quelques jours. Nous avons trinqué au seul moment présent. Pour le reste, simplement que l’avenir nous préserve… Quelques pas sur la digue. L’horizon était dur, découpé au couteau. Les roches déchirées des îles, du grouin de Cancale. Et puis le soleil a dissipé la brume. Juste pour que s’adoucissent en bleu flou les contours et que nous repartions le cœur sans inquiétude.

Samedi 24 octobre. 21h10

Réveil sous la pluie. L’eau coule en vive rigole dans le chemin, emportant la pauvre terre de ma petite plate-bande, dénudant mes iris. Un tour aux Fontenelles, au creux d’une éclaircie. Tout est trempé. Nous ne pourrons rien faire cette fois-ci. Il va falloir remettre à plus sec nos travaux potagers. Amélie est passé prendre Georgette chez elle. Elle nous a apporté l’espèce de potiron qui avait poussé au hasard de sa cour. Une graine venue d’on ne sait où. Peau verte et côtes bien marquées. Qu’est-ce que ça peut bien être ? Nous avons cherché dans les livres de jardinage. Il s’agit d’une courge musquée de Provence. Nous l’avons ouverte. La chair est orange vif, parfumée et sucrée comme un melon. Amélie en a fait du gratin, de la soupe. Nous nous sommes couchés avec le sombre. Dehors la pluie continuait de tomber.

Vendredi 24 octobre. 22h30

Nous avons pris le premier train. Une demi-heure de retard. Un contrôleur malade. Des portes bloquées en gare de Surdon. J’ai bien cru que n’allions jamais arriver. Trois semaines qu’Amélie n’était pas revenue. En gare de Granville, nous avons été saisis par une bouffée de bruine de mer. Vilain temps. Il a dû beaucoup pleuvoir cette semaine. A la maison, le jardin était sous les flaques. La terrasse luisante de feuilles mouillées. L’averse a commencé comme nous allions sortir. Drue, pénétrante. Nous avons battu retraite et sommes restés au chaud de la cheminée à continuer les rangements sans fin. Une visite à Georgette en début de soirée. Nous l’avons invitée à déjeuner pour le lendemain.

Jeudi 23 octobre. 23h50

J’ai déjeuné avec Anne au Perron. Mon papier sur le Céline Minard n’est toujours pas sorti. J’avais été le premier à chroniquer Le dernier monde en 2007, je serai probablement le dernier pour Bastard Battle. Une poêlée de palourdes, des pâtes à la poutargue. Nous avons glissé rapidement sur le sujet. Elle m’avait apporté une biographie d’Hélène Bessette. Je l’avais découverte il y a à peine plus d’un an, quand Léo Scheer, déjà, avait édité d’elle un inédit, Le bonheur de la nuit. Rien lu avant. J’avais trouvé au hasard, un peu plus tard, chez un libraire d’occasion, La route bleue et N’avez-vous pas froid. J’en suis là. Je sais très peu de choses d’elle. Je ne suis que dans le pressentiment et le désir d’aller plus loin. Elle a été un temps institutrice à Roubaix. J’aimerais bien trouver dans ce prétexte quelques fils à nouer. J’ai rejoint Agnès au Rostand vers 16h00. La semaine dernière après un rendez-vous raté, elle m’avait fait passer la dernière version du manuscrit que nous avions travaillé et retravaillé ensemble pendant des mois. Aujourd’hui, il ressemble vraiment à ce qu’elle voulait faire. Reste à le titrer, à le séquencer, à l’ordonner un peu. Trouverons-nous quelqu’un chez qui le publier ? Je suis rentré chez Buchet en traversant le Luxembourg. C’est le vilain automne. Les tas des feuilles sales de la pluie d’hier étaient alignés, rassemblés au râteau, grumeleux de marrons racornis. Au troisième, je n’ai pas résisté : j’ai flanqué un grand coup de pied dedans.

Rue des Canettes, mes correspondants du cercle Anna de Noailles m’attendaient. Ils avaient avec eux la copie du livre que j’espérais : La Domination, un texte de 1905, racontant à mots couverts la relation de la belle comtesse avec Barrès. Il ne me manque plus grand chose pour proposer un choix. Je suis reparti vite. J’étais attendu aux studios Harcourt pour la remise du prix Carrefour du premier roman. Katherine Pancol m’avait demandé cet été de faire partie du jury (des « professionnels » et des lecteurs). Comme je ne pouvais pas participer au déjeuner de délibération du début octobre, je lui avais fait parvenir dans un long mail mes remarques sur les livres en concurrence. Etrange liste. Quelques titres commerciaux et bâclés et deux autres textes, pour le coup, littéraires. Ce sont eux qui se sont retrouvés finalistes. Comme quoi il ne faut jamais tout à fait désespérer. J’avais donné ma voix au Passé devant soi de Gilbert Gatoré, la majorité est allée aux Constellations du hasard de Valérie Boronad. Rien à dire : le pire avait été évité… Mais, sans doute était-ce lié aux mésaventures de Jérôme avec son enseigne, j’ai trouvé la soirée fausse, clinquante. Le directeur des hypermarchés pérorait sur quelque chose comme Carrefour, première librairie de France. J’avais beau me forcer, je ne me sentais pas à ma place. Une erreur de casting. Heureusement, Amélie était là. Nous avons bavardé avec Cyrielle, dépêchée par Phébus pour représenter Gatoré. Anny aussi, qui entourait la lauréate avec Geneviève Perrin, son éditrice chez Belfond. Demain, c’est Carolles. Nous sommes vite rentrés.

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