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vendredi 23 janvier 2009

Dimanche 18 janvier. 23h50

Nous étions invités à déjeuner par Josette et Jean-Claude à Marcey-les-Grèves, avec Georgette. Pour son anniversaire. Nous n'étions jamais allés chez eux depuis leur déménagement de Champeaux. Ils habitent un pavillon dans un lotissement des années soixante-dix, près de la route de la baie. On voit le lycée d'Avranches à flanc de coteau et, en bas les herbus à perte de vue. La Sélune coule tout près. Le paysage est beau. Un rien triste. On sent qu'ils ont fait un achat raisonnable. Jean-Claude le dit d'ailleurs. On vieillit, il faut l'admettre. Nous avions besoin d'une maison confortable. Il nous a emmené voir son potager près de la rivière. Rangées de poireaux. Rangs de choux de Bruxelles. C'est la morne saison. Petit tour à son atelier installé au sous-sol. Il y répare ses trouvailles de brocantes. Il dérouille, dégrippe, recolle, réassemble et revend ses bricoles dans les vide-greniers ou par petites annonces. Josette avait fait du lapin à la bière. Fanny devait passer avec ses filles. Nous avons attendu un moment. Amélie avait des livres pour les petites. Nous ne nous sommes décidés à partir qu'en fin d'après midi. Pour ne pas rater le train.

Samedi 17 janvier. 23h40

Nous avons été studieux. J'ai écrit mon papier pour Le Monde. Amélie a lu des épreuves, préparé des listes de presse. Le feu ronflait. Dehors, le redoux d'hiver tombait en rideau de pluie froide. Je suis sorti en hâte refaire la provision de bois sous l'auvent. Le tas est déjà très entamé. Il faut commander une nouvelle corde. J'allais téléphoner quand M. Jouenne qui nous fournit en bûches a sonné à la porte. Il avait dû faire un saut à sa maison de Saint-Pair pour je ne sais quelle histoire de toiture. Il était accompagné de sa femme. Nous avons pris le café. Ca ne faisait pas un grand détour de voir si vous étiez là. Je m'étais dit qu'avec le froid passé vous aviez peut-être beaucoup brûlé. J'aime bien ces petits hasards. Nous serons livrés la semaine prochaine. Le maçon aussi s'est manifesté. La dalle du garage sera coulée avant la fin du mois. Il l'a promis en tout cas.

mercredi 21 janvier 2009

Vendredi 16 janvier 22h30

Je suis passé voir Georgette en arrivant à Carolles. J'avais acheté près de la gare un petit bouquet de roses. C'était son anniversaire. Quatre-vingt huit ans. L'âge de ma mère quand elle est partie. Elle est désormais l'aînée de cette famille où il y avait quinze enfants. Elle était née la quatrième après les deux premiers de l'autre mariage de mon grand-père Joseph. Restent avec elle maintenant mon oncle Henri, quatre-vingt six ans bientôt, et qui ne va pas très bien. Mon oncle René, mon parrain, qui aura ses quatre-vingt ans fin 2009. Georges enfin, mon oncle prêtre qui aura célébré les enterrements de beaucoup de ses frères et soeurs et qui va très bientôt sur ses soixante-dix-huit ans. Ici la terre est molle de dégel. Les ornières se creusent. J'ai nettoyé un peu le jardin. Fait du feu. Téléphoné longuement à Richard Morgiève pour le papier que je dois rendre sur son roman ce week-end au Monde. Amélie est arrivée par le train de neuf heures moins le quart. Je garde toujours une inquiétude diffuse avant de la voir apparaître sur le quai. Mais elle était parmi les premiers à descendre.

mardi 20 janvier 2009

Vendredi 16 janvier 1h10

J’ai pris le train de 7h30 pour Paris. Je n'aurai rien vu de Nantes. Je serais bien allé faire un tour au passage Pommeraye, d'autant que Claire et Emmanuel m'ont offert à Noël l'intégrale des films de Jacques Demy. Le passage, je l'avais juste traversé en coup de vent il y a maintenant six ans quand j'avais été invité dans la région par Catherine Graal, la fille du poète, pour parler du 16 rue d'Avelghem. Je reviendrai. J’ai passé le trajet à relire les livres pour Jeux d’Epreuves. J’ai continué dans l’après-midi jusqu’à l’heure de l’émission. Il y avait Josyane, Nathalie et Frédéric. C’était lui qui était censé défendre le dernier Paul Auster, Seul dans le noir, chez Actes Sud. Il s’y est essayé sans grand enthousiasme. A sa décharge, il faut dire qu’il n’y avait vraiment pas grand chose à en dire. J'avais amené En voie de disparition de Daniel Depland chez Denoël, un troublant exercice d’outre-tombe (le narrateur est censé être mort), poétique, entêtant. Josyane m’a raccompagné à la maison en voiture. Il me restait juste deux heures pour écrire le texte que je devais lire à la fête organisée autour du dernier roman de Richard Morgiève. Nous devions être une quinzaine d’auteurs à décliner le titre : Cheval. J'ai pensé à mes heures d’équitation au manège de la caserne à Senlis. Pas vraiment des bons souvenirs. Je les ai livrés en vrac. Peut-être un peu trop bruyamment. Enervé sans aucun doute. La soirée avait lieu dans un théâtre, rue Rochechouart. Nous étions pas mal de monde. Retrouvé Marie-Rose, Florence. Nicolas, Régis, Christelle. Une valse de gens. Richard était content. Alice aussi, je crois. Amélie et moi avons filé au milieu du champagne. Trop fatigués. Surtout moi. Pardon.

lundi 19 janvier 2009

Mercredi 14 janvier 23h50

J’étais à Nantes en fin d’après-midi. Thérèse est venue me chercher à la gare. Nous avons retrouvé Régine Detambel à l’hôtel et nous sommes partis tout de suite rejoindre « le lieu unique », l’ancienne biscuiterie LU devenue centre culturel et scène nationale depuis 2000. Ambiance grand loft là-bas. Béton gris et poutrelles. J’avais une heure et demie de rencontre prévue avec elle et je dois dire que j’appréhendais un peu. On se parle depuis trop longtemps sans trop bien se connaître. Une interview au téléphone, une conversation dans un café. On s’était même vus une fois chez elle à Juvignac il y a une dizaine d’années. J’étais à Point de Vue alors. J’avais arraché un portrait… Elle est un écrivain qui me correspond. Difficile de le dire autrement. J’approche dans ses livres le plus petit commun multiple de mes préoccupations. De mes émotions essentielles. J’ai compris, je crois, où cela s’accrochait. Dans l’enfance, dans la peur. La lucidité douce. Et dans les mots bien sûr en ce qu’ils refont la vie. Son œuvre a croisé tant de moments précis. Je me sens avec elle comme en correspondances. Voilà ce que je ne voulais pas rater ce soir. L’échange a duré un peu plus longtemps que prévu et tout s’est bien passé, du moins je le crois. Pas mal de questions du public. On s’est quittés après dîner. Chacun de son Merci, à très bientôt... Et je lui ai donné mon livre.

jeudi 15 janvier 2009

Mardi 13 janvier 23h00

Je déjeunais avec Emmanuelle et Elisabeth rue des Canettes quand Raphaëlle m’a appelé sur le chemin de l’aéroport. Elle me confie le papier sur Cheval de Morgiève pour Le Monde. Je suis content même si cela va être un peu acrobatique. Je dois en effet aussi rendre lundi à Florence, toujours pour Le Monde, 3000 signes sur Les cosmonautes au paradis de McCarthy. Chez Buchet, j’ai envoyé une dernière salve de services de presse. Mon livre sort dans un peu plus de vingt jours. Je me sens étonnamment détaché. Je suis rentré tôt pour préparer ma rencontre avec Régine Detambel à Nantes. J’ai assez hâte de la revoir. Juste regarder comme elle est devenue. Avec Noces de chêne chez Gallimard, elle vient de publier son dix-septième roman, plus les textes « brefs », les essais, la poésie, la littérature jeunesse, et le reste… Je grandirai tellement que les pièces de la maison ne seront plus à proportion de mon envergure, écrivait-elle déjà en 1993 dans Le vélin.

Lundi 12 janvier. 23h00

La journée à lire. J’ai retrouvé Amélie au cinéma Action de la rue des Ecoles. On y projetait avant son passage sur Arte Romans made in New York, le documentaire de Nelly Kaprielian sur la nouvelle génération des écrivains New Yorkais. Je suis peu versé dans la littérature américaine contemporaine. Je connais quelques noms, j’ai lu quelques livres, mais je m’y suis peu arrêté. C’était donc pour moi une vraie découverte que d’écouter ces auteurs, chez eux, aborder la création, les doutes, les filiations littéraires et d'essayer de définir leur désir d’écriture et leur place. Tous ne m'ont pas séduit, loin de là, mais Jonathan Franzen a parlé assez drôlement de New York capitale de la folie, douce ou pas... Ca m’a donné plutôt envie d’y retourner. Nous avons marché un peu en sortant. Dîné dans un vietnamien près de Maubert. Nous y avons croisé Raphaëlle. Il faut qu’on se parle. Elle, c’est demain qu’elle part à New York.

Dimanche 11 janvier. 23h50

Quelques pas sur la grève. La mer était laiteuse sous un ciel vraiment bleu. On a de la chance, non ?, a dit Amélie, les yeux brillants et les joues toutes rouges de vent. Oh oui, tellement... A chaque fois, mon regard va du large au trait fin de Cancale puis à la pointe de Carolles. A chaque fois je frissonne étrangement de ce paysage inchangé. Mon grand-père François qui repose depuis 1921 au cimetière le voyait pareil. Je me sens d’ici. Et plus encore avec Amélie maintenant à mes côtés. J’avais un petit papier à écrire pour Le Monde sur A contretemps, le dernier roman de Jean-Philippe Blondel chez Laffont. Une jolie déclinaison sur les livres, sur l’envahissante lecture. Jean-Philippe, je l’ai rencontré la première fois au festival du premier roman de Chambéry en 2004. Nous nous sommes peu revus depuis. Je pense souvent à lui mais je ne fais guère d’efforts pour le joindre. Je laisse l’amitié aller à vau-l’eau. Le courrier en retard et les coups de fil sans réponse.

Samedi 10 janvier. 22h30

A Granville, les carrefours, les places, s’engouffrent de courants d’air. Je n’ai pas le souvenir d’autant d’hiver ici. Nous avons fait le marché au pas de charge. Des praires, des encornets. Des pommes de terre, deux batavias maigrichonnes aussi : il n’y a plus rien au potager. J’avais promis de rapporter à Pascale de la soupe d’étrilles. Mais nous n’avons pas eu le courage de remonter la rue Le Campion et de pousser jusqu’au port. Il doit me rester encore quelques bocaux à la maison… Sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés chez un tout petit brocanteur, route d’Avranches, pour acheter des cadres pour installer nos photos. L’après-midi, j’ai rédigé l’interview de Tom McCarthy pour le site d’Hachette à l’occasion de la sortie de son livre Les cosmonautes au paradis. Drôle de fable métaphorico-métaphysique qui se passe à Prague au moment de la Révolution de velours. C’est mélancolique et farfelu. McCarthy a écrit deux ou trois ans plus tôt un Tintin et le secret de la littérature. Je vais aller voir de quoi il s’agit.

Vendredi 9 janvier. 23h15

Grand froid toujours à Carolles. De la glace dans les ornières des chemins, du givre sur les talus. Georgette sort vaillamment une petite demi-heure chaque jour. Le temps polaire lui fait du bien. Moi, je suis resté à la maison, à m’efforcer de faire doucement grimper la température pour l’arrivée d’Amélie. Mais il faisait à peine seize dans la chambre quand nous nous sommes couchés.

Jeudi 8 janvier. 23h40

Je suis resté hanté par les lambeaux d’un rêve que j’ai fait cette nuit. Enfin, un rêve… Une vision plutôt. Et c’est loin d’être la première fois qu’elle m’advient. Je me suis retrouvé à Senlis dans la propriété de Mme Bouvier. Quand ma mère travaillait, elle me confiait à Mr et Mme Descroix, les concierges de cette grosse maison XVIIIe. J’étais très petit… Cela a duré de nombreuses années. Il y avait d’autres enfants parfois. Mais le plus souvent j’étais tout seul. Au perron de la maison, s’ouvrait une cour pavée, puis un jardin à la française. A l’arrière, un grand parc avec en contrebas un potager. J’ai passé là-bas pas mal d’années d’enfance à m’y balader. Le parc avait une grande pelouse avec au centre un cèdre, le reste était occupé par un bois que traversaient quelques chemins. En lisière, se dressait une espèce de bosquet surélevé, où se trouvait, il me semble, un piédestal de statue ou une balustrade. Un banc, en bas, permettait plus ou moins d’y grimper. C’est à cet endroit précis que se situe mon songe. Il n’y a pas d’histoire. Et rien à raconter. Juste un sentiment d’angoisse et de malaise. Je suis sûr qu’il s’est passé là un événement terrible. Qu’au propre, comme au figuré, quelque chose y est enterré. Dans une semi veille, j’essaie de réfléchir, de rappeler des souvenirs. Rien à faire. La seule certitude est que le lieu est abominable. Voilà… J’en ai été enveloppé toute la journée. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? C’était Jeux d’Epreuves en fin d’après-midi. Et le dernier roman de Fabienne Juhel, A l’angle du renard, au Rouergue, le livre dont je parlais justement, n’est que secrets enfouis et cadavres cachés. Drôle de coïncidence. Amélie rentrait tard. Un auteur à accompagner encore. Je suis passé à la mairie du IXe où était organisée une exposition des œuvres de Bolek à l’occasion de la sortie de son livre, Je voulais pas crever. Il s'agit du récit du parcours de galère de ce marginal dont la peinture a transformé la vie. Je ne suis pas très lecteur de ce genre d’histoires. Pourtant tout cela tient. C’est que le texte de ce témoignage a été entièrement écrit par Laurent qui est parvenu à y faire passer une belle émotion et une grande humanité… Nous ne nous étions pas vus depuis le mois de novembre quand il était venu dîner avec Anne-Gaëlle à l’appartement de la rue Saint-Charles. Beaucoup de monde. Nous avons juste pu nous serrer la main. Bu un verre avec Marianne. Embrassé Anne-Gaëlle. J’ai filé. A la maison, Amélie venait de rentrer.

mercredi 7 janvier 2009

Mercredi 7 janvier. 23h30

J'ai bu un café place Saint-Sulpice avec Pascale. Du comment vas-tu et bonne année... Nous nous sommes juste dit deux mots sur les funérailles de Michel au Père-Lachaise le 2 janvier. Les gens de l'édition, les amis... Elle y avait assisté. Amélie et moi étions à Carolles à ce moment-là. Michel est mort le 23 décembre. Il avait soixante-et-un ans. Pas grand chose ajouter. Nous avons partagé ce sentiment de solitude contagieuse. Je vais appeler Joëlle, vite, mais je ne veux pas faire du canif dans son chagrin. La semaine prochaine?

J'ai retrouvé les étudiants à Censier. Un petit noyau d'irréductibles en ces temps de partiels et de révisions. Est-ce dû aux quatre heures passées avec eux ? Je vais mieux, je me sens mieux. Je n'ai plus de fièvre, plus rien qu'un halo de malaise qui se dissipe doucement. Je suis passé chez Buchet mettre au net et au propre les propositions 2009/2010 pour « Domaine Public » . Amélie est venue me rejoindre assez tard. Le frigo était vide à la maison. Nous avons dîné au couscous de l'avenue Emile Zola. J'ai dévoré. Oui, ça va vraiment mieux.

mardi 6 janvier 2009

Mardi 6 janvier. 22h30

Je me suis extirpé avec peine de ma gangue douloureuse. Les muscles, les os. C'est si bête de se sentir vaincu à ce point. Un bon quart d'heure sous la douche brûlante. J'ai travaillé à ma dernière intervention du semestre à Censier. Corrigé les travaux des étudiants. Je leur ai préparé un long questionnaire d'actualité sur l'année 2008. Drôle de regard en arrière de journaux en dépêches. Tant d'événements oubliés et cette répétition folle des mêmes moments d'horreur. Le 14 janvier, il y aura un an dans quelques jours, l'armée israélienne débute une nouvelle semaine de raids pour répondre aux tirs de roquettes artisanales visant des civils israëliens en provenance du territoire de la Bande de Gaza. Et début mars : De nouveaux raids israéliens et une opération terrestre contre la Bande de Gaza. 63 Palestiniens tués, dont des femmes et des enfants, 150 autres sont blessés, lors des raids et d'une opération terrestre. Deux soldats israéliens sont tués. J'avais l'impression de lire sur du papier en cendres. Je me suis harnaché (trois pulls) pour aller chez Buchet. Là-bas mon rendez-vous a confirmé ce que je pressentais. On continue la collection mais sans en changer le format, ni la présentation. Pour le moment... Question de coût. La vraie bonne nouvelle reste qu'elle continue et que je peux avancer davantage de titres dans l'année. Tout sera prêt à temps.

lundi 5 janvier 2009

Lundi 5 janvier. 22h00

J'ai dormi toute la journée. Amélie est passée vers midi, mais je n'ai gardé qu'une impression floue de sa visite. Comme écrasé de fièvre molle.

Dimanche 4 janvier. 23h50

C’est à mon tour de ne pas me sentir bien. Je paie mon jardinage de vendredi dans le froid. Pas assez couvert. J’ai toussé, mouché, craché, dès le réveil. J’ai dû me recoucher. De la fièvre, des courbatures. Ca tombe mal. J’ai une semaine de rentrée assez compliquée. Nous avons pris le train plus tôt. Trajet vaporeux. Arrivée cotonneuse. Je me suis couché à peine arrivé à la maison.

Samedi 3 janvier. 22h10

Depuis hier soir, nous n’avions plus de téléphone. Plus de réseau internet non plus. J’ai compris pourquoi. Qu’est-ce que c’est que ce fil qui traîne dans le jardin ? Aïe… En raccourcissant au taille-haie le sommet du cotoneaster, j’ai tranché net l’alimentation. Heureusement, Franck, l’électricien-plombier est venu réparer. On lui doit ainsi une multitude de petits sauvetages essentiels. C’est grâce à lui, surtout, que la maison a changé. Que nous sommes parvenus à l’habiter vraiment. Je crois, encore plus aujourd’hui, que je ne serais jamais parvenu à mener à bien seul la moindre rénovation. L’incident m’a fait prendre une résolution de début d’année : je vais rappeler tous les artisans qui doivent travailler à l’aménagement de la chambre dans l’ancien garage. En mai, nous avons une échéance…

Vendredi 2 janvier. 22h45

J’ai travaillé au jardin toute la journée. J’ai terminé avec une coupe légère à la charmille, aux lauriers et au cotoneaster. Je finirai l’opération après les grands froids. Reste encore à délimiter les contours des pelouses devant la maison. Nous sommes allés jusqu’aux Fontenelles. La mâche est toute flétrie. Impossible d’arracher les poireaux au sol gelé. Chez Georgette, nous avons retrouvé Josette et Jean-Claude qui rentraient juste de Roubaix. Henri est sorti d’affaire. Mais Josette peut à peine en parler tant elle est encore sous le coup de l’émotion. Là-bas, elle était dans l’action, l’ambulance, les médecins, la chambre d’hôpital. Le long trajet du retour lui a fait prendre vraiment conscience de ce qui a failli se passer. Je comprends tellement son désarroi et son angoisse. Elle se retient pour ne pas pleurer, ne pas se mettre en colère. C’est qu’il n’est tellement pas raisonnable Papa, dit-elle en écho à Georgette. Buvons à la nouvelle année, a tranché Amélie. Elle est partie chercher une bouteille de champagne chez Charuel. Et nous avons trinqué à toutes les santés et aux bonheurs à prendre.

Jeudi 1er janvier. 22h15

Amélie a voulu sortir. Trop de ciel bleu pour rester enfermée. Je t’assure que je vais très bien. Nous sommes allés ramasser des feuilles mortes aux Châteliers. Du chêne, du châtaignier. Trois allers-retours en voiture, banquettes repliées et coffre plein. Je les ai étendues sur les massifs. Il était temps. Le froid coupant s’est installé et les narcisses, au dernier redoux, avaient commencé à sortir de terre. Cela protègera aussi les pivoines, les fuschias. Un rouge-gorge s’est précipité dans l’épais matelas sec. Il a picoré longtemps sans se soucier de moi. Premier oiseau de l’année. Et vraiment pas farouche…

Mercredi 31 décembre. 23h45

Amélie est restée au lit une bonne partie de la journée. Tisane de thym. Aspirine. Son coup de froid a cédé avec le repos. Au soir, elle était nettement plus vaillante. Moi, j’ai tronçonné du bois sans arrêt. Du « bois à clous » que nous gardions sous l’auvent depuis des mois : palettes de récupération, planches de chantier… J’ai fini par en amonceler un assez beau tas. Il ne fera pas long feu. Tout cela va brûler comme des allumettes. Je suis passé chercher Georgette. Je l’ai trouvée soucieuse. Henri, son frère a dû être hospitalisé. Il était tombé chez lui et ne parvenait plus à se relever. Aux urgences, ils ont diagnostiqué une bronchite grave. C’aurait pu être fatal. Mais comprends bien, il n’est pas raisonnable. Il ne voulait pas appeler le médecin. Elle a fini par accepter de venir quand même boire un peu de champagne, d’avaler quelques canapés. Oh, je ne reste pas longtemps. Elle est finalement partie bien plus tard que prévu. Nous avons regardé d’anciennes photos de famille. Décidemment, de Grasse à ici, la fin d’année est placée sous ce signe. Je notais au dos les noms, les indications qu’elle me donnait. Tout à coup, elle est tombée en arrêt devant un minuscule cliché. C’est la rue Pujet ! Jusqu’en 1935, mes grands parents avaient habité cette maison. Georgette était bouleversée. Vous savez, c’est là que j’ai grandi. - Tu pourrais la refaire ? Je l’accrocherais près de mon lit. En nous quittant, elle a offert à Amélie, une petite huile sur bois fin XIXe représentant un bouquet de giroflées dans un vase de cuivre. J’ai acheté ce tableau au marché aux puces de Roubaix juste après guerre, lui a-t-elle raconté. Depuis, il a toujours été chez moi. Je pense aujourd’hui qu’il est mieux ici. Je l’ai raccompagnée sans mot dire. Juste : A demain, bonne nuit. Nous nous sommes couchés juste avant le passage de l’année.

Mardi 30 décembre. 22h00

Courses à Granville. Le thermomètre est largement descendu en dessous de zéro. Les routes sont verglacées. Georgette, en plus de son épicerie et de ses légumes, nous a demandé de lui trouver des aliments « qui font grossir ». Elle a perdu plus de trois kilos la semaine dernière. Nous sommes revenus avec des escalopes de foie gras frais, de la crème de marrons, des avocats, du saumon fumé… J’ai trouvé aussi une grosse poule qui lui fera quelques litres de bouillon. Je ne saurai jamais manger tout ça, dit-elle en riant. J’ai fait le tour du jardin. Ce n’est pas l’ouvrage qui manque : nettoyer les plates-bandes, les pailler. Elaguer un peu la charmille. Ramasser les débris végétaux. Couvrir le pied des rhododendrons. Soigner le buis de l’entrée attaqué par un champignon qui cuivre tout son feuillage. Fabien m’a prêté sa tronçonneuse et son taille-haies. Amélie a pris froid. Elle est restée l’après-midi, bûche à bûche, à faire rouler un feu d’enfer. Sans pourtant cesser de grelotter.

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