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lundi 2 février 2009

Lundi 26 janvier. 22h30

J’ai passé la journée à relire les romans de Pascal Garnier que m’a fait porter Serge ce matin. L'A26, La solution esquimau, La théorie du panda et le dernier Lune captive dans un oeil mort. Je dois le rencontrer mercredi pour un portrait dans Le Monde. J’ai beaucoup d’affection pour son écriture. Affection, c’est le mot. Je me sens bien dans son univers tendrement noir, désabusé sans secousses. J’ai eu du mal à m’en extirper pour aller à Censier. Mes cours là-bas reprennent mercredi. Il s’y tenait une réunion genre bilan et perspectives pour les ateliers d’écriture. C’était pas mal sérieux, mais ça n’a pas duré trop longtemps. J’ai surtout hâte de retrouver les étudiants.

Dimanche 25 janvier. 22h00

Nous avons passé la journée avec Géraldine, la filleule d’Amélie. Elle va avoir douze ans la semaine prochaine. Nous avions prévu de l’emmener au théâtre, mais elle devait être de retour à Issy-les-Moulineaux en milieu d’après-midi. Des kilos de devoirs. Des maths et du latin et puis d’autres matières. Il faut qu’elle s’avance. Elle est en cinquième. Je ne garde pas un très bon souvenir de cette classe-là. Ni de la sixième d’ailleurs. Ni de la quatrième non plus. Comment dit-on déjà ? Premier cycle du secondaire. Tout ce qu’on vous y fait faire… Elle a beau bonne élève, Géraldine, je crois que ça l’ennuie. Qu’elle s’en ennuie plutôt. Nous avons essayé de faire glisser un peu cette angoisse du dimanche, cette angoisse familière. Amélie lui a donné ses cadeaux, un petit sac confectionné par la couturière de Carolles. Un pull Saint James tout rose et des livres à la pelle. Nous avons déjeuné dans une pizzeria du VIe et faute de théâtre nous avons décidé de faire un tour à la ménagerie du Jardin des plantes. Je n’y avais pas mis les pieds depuis l’enfance de Marie. Plus de lions et plus d’ours. Pas bien vu les girafes. Mais c’est bien les mêmes crocos et les mêmes boas. Les mêmes vautours en cage, le même dromadaire. J’adore les animaux. Géraldine rêve de chats, de chiens, monte à cheval et veut devenir vétérinaire. Brève visite à la Grande galerie de l’évolution. C'est un endroit magique. Je ne m'en lasse pas. Il y aurait là près de sept mille spécimens. Géraldine commençait à craindre d'être en retard. Mais elle était impressionnée par la longue caravane des animaux : les éléphants, les girafes, les gnous, les buffles, les antilopes, les zèbres. Et les lions, les guépards, les panthères. J’ai traîné tout le monde à l’avant dernier étage voir la salle des espèces disparues. Derrière les vitrines on aperçoit d'étranges fantômes d'animaux qui n'existent plus. Je serais resté longtemps, longtemps à regarder l'oeuf d'aepyornis, un gigantesque oiseau, disparu de Madagascar au XVIIIe siècle et dont il ne reste rien d'autre au monde que ce vestige, tellement symbolique. Qui était au commencement ? Vieux débat toujours recommencé. Quatre heures et demie passées. On a pris un taxi pour rentrer. Au revoir. Merci. Elle a foncé à ses devoirs. Oh, que je n’aimerais pas me trouver à sa place.

Samedi 24 janvier. 23h45

Carine avait organisé un « petit déjeuner littéraire » à la bibliothèque. Je présentais les auteurs. Mais pas vraiment comme à Chambéry. Presque huit mois avaient passé et je tenais à mettre un très léger bémol à la prestation. Expliquer qu’il s’agissait maintenant de « vieux » premiers romanciers. Et que leur livre pouvait leur paraître bien loin. Nous avons donc parlé projets. J’attends surtout, après Le cœur cousu, le prochain roman de Carole. Je sais qu’elle va prendre son temps. Tant pis pour mon impatience. Pour le repas, Yves et Carine avaient emmené tout le monde dans une ferme-auberge près d’Herseaux. On a ri. Ca sentait le départ et le revenez-y. Carine sera à Paris pour le Salon du livre en mars. On se reverra bientôt.

Le groupe d’auteurs s’est délité au départ de Lille au gré de ses réservations dans le train. Marion et Jérôme venaient dîner à la maison. A l’arrivée, pas vraiment le temps de faire les courses. Amélie est allée commander au Café du commerce une demi-grosse d’huîtres (six douzaines…). Tu n’as pas peur que ça fasse beaucoup. – Mais non, mais non. Jérôme s’est laissé pousser la barbe. Juste pour voir… Il cherche du travail dans l’édition. Il a confiance. On sent Marion un rien inquiète. Sans plus. La soirée a filé très vite loin de tout cela. Avec le touraine blanc, nous sommes même venus à bout des huîtres. Dernier métro. Déjà ? Ils viendront passer le week-end avec nous à Carolles dans quinze jours.

dimanche 1 février 2009

Samedi 24 janvier. 1h40

J'étais tôt gare du Nord. Fatigué de la veille. Un rien énervé. J'ai fait le trajet du mauvais côté. Siège dans la rangée droite : impossible de voir la flèche de la cathédrale de Senlis. J'ai fini par me lever pour regarder par la portière. Mais il était déjà trop tard, nous étions loin déjà dans le Valois. A Lille, un bénévole de la bibliothèque de Mouscron est venu me chercher. C'était le week-end du partenariat avec le festival du premier roman de Chambéry. Discussions, tables rondes avec les auteurs. J'ai retrouvé Mouscron avec bonheur, malgré le temps gris et glacial. J'ai posé ma valise et je suis allé boire une Chimay à La Paix. Personne ou presque dans cette belle brasserie de la Grand-Place. J'ai passé un coup de fil à Alexandre pour le remercier de son papier dans les avant-premières de Livres Hebdo sur La mort de ma mère. Alexandre vient d'être papa d'une petite Irène. Quand je l'ai appris, j'ai tout de suite pensé à cette dernière pièce de Voltaire, publiée quelques mois avant sa mort en 1778. Il y a de très belles pages de La Harpe sur la venue du vieux philosophe à Paris pour les représentations. J'étais attendu vers midi pour déjeuner dans un restaurant à deux pas. Tout le monde était là : Carine, bien sûr, mais aussi Carole, Wilfried, Jeanne... Et Claude et Jacqueline, venus de Savoie. Nous avons passé un bon moment d’affectueuses retrouvailles. Je n'avais pas vu la plupart d'entre eux depuis mai à Chambéry. On s’est donné des nouvelles. Parlé des prochains textes. Il drachait ferme à la sortie. De grosses gouttes gonflées par le vent. Je me suis réfugié à l'hôtel pour préparer ma « rencontre des jeunes lecteurs », le soir, avec Richard Andrieux, Solenn Colleter et Jennifer D. Richard. Nous avons attendu un moment que le public arrive. Au bout du compte, il n’y avait pas grand monde. Amélie devait arriver vers 20h30. Je n'ai pas cessé de regarder l'heure au milieu des questions et des commentaires. J'attendais. J’attendais. Carine m'a accompagné la chercher en voiture. Après dîner, elle a traîné toute sa petite bande d’auteurs dans un bar de la périphérie de la ville où sa fille Cassandre (dix-huit ou dix-neuf ans) accrochait ses toiles. Verres de bière et... cigarettes. En Belgique, en effet, on peut encore fumer. Décidemment, c’est un bien beau pays.

Jeudi 22 janvier. 23h00

J'enregistrais en début d'après-midi à France Culture avec Alain Veinstein pour Du jour au lendemain. J'y avais été invité, il y a quatre ans, pour Le premier pas suffit. Il a tout de suite fait la boucle avec La mort de ma mère. M'interrogeant sur cette phrase du livre : J’ai envie de te dire. De remonter les pas. Comme la dernière fois avec lui, j'ai eu l'impression de répondre à côté. De n'être pas à la hauteur. De ne savoir qu'acquiescer. J'ai de l'admiration pour Veinstein. Il m'impressionne. Il comprend tout. Le réalisateur m'a gentiment donné le disque de l'entretien comme je partais. Je ne crois pas que je vais l'écouter. La diffusion est prévue le 5 février, le jour de la sortie du livre. L'émission est diffusée à 23h30. Je serai sans doute couché.

Mercredi 21 janvier. 23h50

J'ai envoyé le papier sur Bolek à Catherine. Je lui ai proposé de prendre en charge le « dossier » Mexique pour le Salon du livre. Depuis ma rencontre avec Sergio Pitol à Mexico à l'été 2007, j'ai développé mon goût pour la littérature de ce pays. Florence m'a proposé de faire quelques papiers aussi pour Le Monde. Deux, trois rendez-vous dans l'après-midi. Un préfacier compliqué pour un volume de « Domaine Public », une universitaire qui me proposait des textes, toujours pour la collection... Je suis rentré de bonne heure faire un peu de rangement à la maison. Les poussières aussi. Passer l'aspirateur. Nous attendions Marianne à dîner. Amélie était allé acheter le repas chez le traiteur grec de la rue Lecourbe. Mezedes et moussaka avec du retzina. Malheureux vin de plus en plus éventé : on ne goûte plus jamais son étonnant parfum de térébenthine. Nous avons passé une jolie soirée tous les trois. Mais on se cogne aux murs de l'appartement. Je crois que je préfère recevoir les gens à Carolles. Et Marianne y est plus que bienvenue..

samedi 31 janvier 2009

Mardi 20 janvier. 22h30

J’ai pris un verre Marché Saint-Germain avec Pascale. Pas eu le temps de se dire grand chose, elle filait à un rendez-vous. Je la sens emberlificotée dans ses histoires de famille pas drôles. Je me trouve inutile. Ne trouve pas grand chose à faire pour l’aider. D’autant que je ne trouve pas les mots justes en ce moment. Pire, ils m’échappent. Je tiens à peine l'écrit. Je l’ai vérifié encore, après qu'elle soit partie. Amélie m'avait rejoint avec Delphine. Elle ne va pas trop bien. Marie-Sophie et elle ont rompu. Comment, pourquoi, quelle importance... Mais elle était si désemparée dans son courage crâne. Narines pincées et douceur triste. Je sais bien, il fallait répondre, pourtant je n'y arrivais pas. J'avais envie de la serrer dans mes bras et de lui murmurer des Ne t'en fais pas. Ca ira, je te jure. La petite litanie consolante des moments d'abandon. Amélie a parlé pour nous... Delphine part bientôt en Inde. Ce suspend lui fera du bien. Je vais lui envoyer une lettre avant. Avec ces vers de Liliane Wouters : Tu restes toi, je reste moi./ Sauf que, parfois./ Parfois. Je tiens un peu de sa peine dans ma main comme un rien de sel fin. Tout se dissipe. Nous n'avions pas envie de rentrer à la maison. Nous sommes allés dîner au Perron.

Mardi 20 janvier. 15h30

Tout va mieux. Tout va bien. C’est incroyable et même inquiétant qu’une petite pilule ait autant d’efficacité en si peu de temps. Beatriz qui tient le standard chez Buchet m’avait vu partir hier soir clopin clopant. Elle m’a regardé avec étonnement. Eh oui, je marche, je trotte. J’ai fait avec Nadine, chez Claude Saintlouis, mon déjeuner de miraculé. Amélie est venue nous rejoindre pour le café. Elle voulait me montrer dans une boutique de la rue Bonaparte un ensemble rouge qu’elle avait envie de porter pour le 2 mai. Il restait juste un modèle à sa taille. Nous l’avons emporté après l’essayage. Elle était trop jolie.

jeudi 29 janvier 2009

Lundi 19 Janvier. 22h30

Je me suis réveillé avec un mal de chien au pied. Pas moyen de le poser par terre. C’était comme une entorse incompréhensible. J'ai entortillé ma cheville dans une bande, serré fort mes chaussures montantes, avalé une aspirine et tenté d’apprivoiser cette fichue douleur. J'avais rendez-vous à midi chez Savy, rue Bayard pour un portrait au Pèlerin de Bolek, le kiosquier-peintre, à l’occasion de la sortie de Je voulais pas crever, le récit de sa vie en dents de scie. Il était invité à RTL. Laurent et Joëlle l’accompagnaient. Je suis arrivé quelques minutes en retard à cause de ma patte folle. Drôle de repas. Notre artiste était pas mal euphorique, un peu confus. J’ai laissé mes questions de côté. On a causé comme on a pu. Trinqué au bordeaux. Quelle belle journée, répétait-il. Il a demandé du rab de frites, un café liégeois avec plein de chantilly. J'ai griffonné trois notes. Tout a passé vite. Nous sommes allés prendre un café ensuite Laurent et moi. Ce livre, c’est lui qui l'a sorti, tout seul, seul d'une gangue de logorrhée lasse et d'anecdotes brisées. Sans lui, qu’en serait-il resté ? Beau travail d’écrivain. J’ai encore en mémoire Cathar 6 qu’il avait publié fin 1990 au Fleuve Noir. Est-ce qu'il a écrit d'autres bouquins ? Je ne sais pas... Je vais essayer de les retrouver.

J'ai fini par aller chez le médecin. J’avais trop mal. Trois quarts d’heures à feuilleter avec ennui de vieux Paris-Match dans la salle d’attente d’un généraliste de l'avenue Emile Zola qu’Amélie était allé consulter l’automne dernier. Un bonhomme sympathique et foutraque. Une espèce de Cosinus jeune tenant cabinet au milieu d’un épouvantable désordre. Des piles de revues. Des monceaux de papier. Ca ne vous effraie pas ? A vrai dire, ce foutoir aurait plutôt tendance à me rassurer. Rien de grave, m’a-t-il dit d’ailleurs. C'est la gaine des muscles. Je n’ai pas vraiment compris, ni écouté. Je suis reparti avec une ordonnance d’anti-inflammatoires. Je me suis traîné jusque chez Buchet. Répondu au courrier. Envoyé quelques exemplaires de mon livre. Amélie est passé me chercher. Nous avons pris un taxi pour rentrer. Je marchais comme un vieillard.

vendredi 23 janvier 2009

Dimanche 18 janvier. 23h50

Nous étions invités à déjeuner par Josette et Jean-Claude à Marcey-les-Grèves, avec Georgette. Pour son anniversaire. Nous n'étions jamais allés chez eux depuis leur déménagement de Champeaux. Ils habitent un pavillon dans un lotissement des années soixante-dix, près de la route de la baie. On voit le lycée d'Avranches à flanc de coteau et, en bas les herbus à perte de vue. La Sélune coule tout près. Le paysage est beau. Un rien triste. On sent qu'ils ont fait un achat raisonnable. Jean-Claude le dit d'ailleurs. On vieillit, il faut l'admettre. Nous avions besoin d'une maison confortable. Il nous a emmené voir son potager près de la rivière. Rangées de poireaux. Rangs de choux de Bruxelles. C'est la morne saison. Petit tour à son atelier installé au sous-sol. Il y répare ses trouvailles de brocantes. Il dérouille, dégrippe, recolle, réassemble et revend ses bricoles dans les vide-greniers ou par petites annonces. Josette avait fait du lapin à la bière. Fanny devait passer avec ses filles. Nous avons attendu un moment. Amélie avait des livres pour les petites. Nous ne nous sommes décidés à partir qu'en fin d'après midi. Pour ne pas rater le train.

Samedi 17 janvier. 23h40

Nous avons été studieux. J'ai écrit mon papier pour Le Monde. Amélie a lu des épreuves, préparé des listes de presse. Le feu ronflait. Dehors, le redoux d'hiver tombait en rideau de pluie froide. Je suis sorti en hâte refaire la provision de bois sous l'auvent. Le tas est déjà très entamé. Il faut commander une nouvelle corde. J'allais téléphoner quand M. Jouenne qui nous fournit en bûches a sonné à la porte. Il avait dû faire un saut à sa maison de Saint-Pair pour je ne sais quelle histoire de toiture. Il était accompagné de sa femme. Nous avons pris le café. Ca ne faisait pas un grand détour de voir si vous étiez là. Je m'étais dit qu'avec le froid passé vous aviez peut-être beaucoup brûlé. J'aime bien ces petits hasards. Nous serons livrés la semaine prochaine. Le maçon aussi s'est manifesté. La dalle du garage sera coulée avant la fin du mois. Il l'a promis en tout cas.

mercredi 21 janvier 2009

Vendredi 16 janvier 22h30

Je suis passé voir Georgette en arrivant à Carolles. J'avais acheté près de la gare un petit bouquet de roses. C'était son anniversaire. Quatre-vingt huit ans. L'âge de ma mère quand elle est partie. Elle est désormais l'aînée de cette famille où il y avait quinze enfants. Elle était née la quatrième après les deux premiers de l'autre mariage de mon grand-père Joseph. Restent avec elle maintenant mon oncle Henri, quatre-vingt six ans bientôt, et qui ne va pas très bien. Mon oncle René, mon parrain, qui aura ses quatre-vingt ans fin 2009. Georges enfin, mon oncle prêtre qui aura célébré les enterrements de beaucoup de ses frères et soeurs et qui va très bientôt sur ses soixante-dix-huit ans. Ici la terre est molle de dégel. Les ornières se creusent. J'ai nettoyé un peu le jardin. Fait du feu. Téléphoné longuement à Richard Morgiève pour le papier que je dois rendre sur son roman ce week-end au Monde. Amélie est arrivée par le train de neuf heures moins le quart. Je garde toujours une inquiétude diffuse avant de la voir apparaître sur le quai. Mais elle était parmi les premiers à descendre.

mardi 20 janvier 2009

Vendredi 16 janvier 1h10

J’ai pris le train de 7h30 pour Paris. Je n'aurai rien vu de Nantes. Je serais bien allé faire un tour au passage Pommeraye, d'autant que Claire et Emmanuel m'ont offert à Noël l'intégrale des films de Jacques Demy. Le passage, je l'avais juste traversé en coup de vent il y a maintenant six ans quand j'avais été invité dans la région par Catherine Graal, la fille du poète, pour parler du 16 rue d'Avelghem. Je reviendrai. J’ai passé le trajet à relire les livres pour Jeux d’Epreuves. J’ai continué dans l’après-midi jusqu’à l’heure de l’émission. Il y avait Josyane, Nathalie et Frédéric. C’était lui qui était censé défendre le dernier Paul Auster, Seul dans le noir, chez Actes Sud. Il s’y est essayé sans grand enthousiasme. A sa décharge, il faut dire qu’il n’y avait vraiment pas grand chose à en dire. J'avais amené En voie de disparition de Daniel Depland chez Denoël, un troublant exercice d’outre-tombe (le narrateur est censé être mort), poétique, entêtant. Josyane m’a raccompagné à la maison en voiture. Il me restait juste deux heures pour écrire le texte que je devais lire à la fête organisée autour du dernier roman de Richard Morgiève. Nous devions être une quinzaine d’auteurs à décliner le titre : Cheval. J'ai pensé à mes heures d’équitation au manège de la caserne à Senlis. Pas vraiment des bons souvenirs. Je les ai livrés en vrac. Peut-être un peu trop bruyamment. Enervé sans aucun doute. La soirée avait lieu dans un théâtre, rue Rochechouart. Nous étions pas mal de monde. Retrouvé Marie-Rose, Florence. Nicolas, Régis, Christelle. Une valse de gens. Richard était content. Alice aussi, je crois. Amélie et moi avons filé au milieu du champagne. Trop fatigués. Surtout moi. Pardon.

lundi 19 janvier 2009

Mercredi 14 janvier 23h50

J’étais à Nantes en fin d’après-midi. Thérèse est venue me chercher à la gare. Nous avons retrouvé Régine Detambel à l’hôtel et nous sommes partis tout de suite rejoindre « le lieu unique », l’ancienne biscuiterie LU devenue centre culturel et scène nationale depuis 2000. Ambiance grand loft là-bas. Béton gris et poutrelles. J’avais une heure et demie de rencontre prévue avec elle et je dois dire que j’appréhendais un peu. On se parle depuis trop longtemps sans trop bien se connaître. Une interview au téléphone, une conversation dans un café. On s’était même vus une fois chez elle à Juvignac il y a une dizaine d’années. J’étais à Point de Vue alors. J’avais arraché un portrait… Elle est un écrivain qui me correspond. Difficile de le dire autrement. J’approche dans ses livres le plus petit commun multiple de mes préoccupations. De mes émotions essentielles. J’ai compris, je crois, où cela s’accrochait. Dans l’enfance, dans la peur. La lucidité douce. Et dans les mots bien sûr en ce qu’ils refont la vie. Son œuvre a croisé tant de moments précis. Je me sens avec elle comme en correspondances. Voilà ce que je ne voulais pas rater ce soir. L’échange a duré un peu plus longtemps que prévu et tout s’est bien passé, du moins je le crois. Pas mal de questions du public. On s’est quittés après dîner. Chacun de son Merci, à très bientôt... Et je lui ai donné mon livre.

jeudi 15 janvier 2009

Mardi 13 janvier 23h00

Je déjeunais avec Emmanuelle et Elisabeth rue des Canettes quand Raphaëlle m’a appelé sur le chemin de l’aéroport. Elle me confie le papier sur Cheval de Morgiève pour Le Monde. Je suis content même si cela va être un peu acrobatique. Je dois en effet aussi rendre lundi à Florence, toujours pour Le Monde, 3000 signes sur Les cosmonautes au paradis de McCarthy. Chez Buchet, j’ai envoyé une dernière salve de services de presse. Mon livre sort dans un peu plus de vingt jours. Je me sens étonnamment détaché. Je suis rentré tôt pour préparer ma rencontre avec Régine Detambel à Nantes. J’ai assez hâte de la revoir. Juste regarder comme elle est devenue. Avec Noces de chêne chez Gallimard, elle vient de publier son dix-septième roman, plus les textes « brefs », les essais, la poésie, la littérature jeunesse, et le reste… Je grandirai tellement que les pièces de la maison ne seront plus à proportion de mon envergure, écrivait-elle déjà en 1993 dans Le vélin.

Lundi 12 janvier. 23h00

La journée à lire. J’ai retrouvé Amélie au cinéma Action de la rue des Ecoles. On y projetait avant son passage sur Arte Romans made in New York, le documentaire de Nelly Kaprielian sur la nouvelle génération des écrivains New Yorkais. Je suis peu versé dans la littérature américaine contemporaine. Je connais quelques noms, j’ai lu quelques livres, mais je m’y suis peu arrêté. C’était donc pour moi une vraie découverte que d’écouter ces auteurs, chez eux, aborder la création, les doutes, les filiations littéraires et d'essayer de définir leur désir d’écriture et leur place. Tous ne m'ont pas séduit, loin de là, mais Jonathan Franzen a parlé assez drôlement de New York capitale de la folie, douce ou pas... Ca m’a donné plutôt envie d’y retourner. Nous avons marché un peu en sortant. Dîné dans un vietnamien près de Maubert. Nous y avons croisé Raphaëlle. Il faut qu’on se parle. Elle, c’est demain qu’elle part à New York.

Dimanche 11 janvier. 23h50

Quelques pas sur la grève. La mer était laiteuse sous un ciel vraiment bleu. On a de la chance, non ?, a dit Amélie, les yeux brillants et les joues toutes rouges de vent. Oh oui, tellement... A chaque fois, mon regard va du large au trait fin de Cancale puis à la pointe de Carolles. A chaque fois je frissonne étrangement de ce paysage inchangé. Mon grand-père François qui repose depuis 1921 au cimetière le voyait pareil. Je me sens d’ici. Et plus encore avec Amélie maintenant à mes côtés. J’avais un petit papier à écrire pour Le Monde sur A contretemps, le dernier roman de Jean-Philippe Blondel chez Laffont. Une jolie déclinaison sur les livres, sur l’envahissante lecture. Jean-Philippe, je l’ai rencontré la première fois au festival du premier roman de Chambéry en 2004. Nous nous sommes peu revus depuis. Je pense souvent à lui mais je ne fais guère d’efforts pour le joindre. Je laisse l’amitié aller à vau-l’eau. Le courrier en retard et les coups de fil sans réponse.

Samedi 10 janvier. 22h30

A Granville, les carrefours, les places, s’engouffrent de courants d’air. Je n’ai pas le souvenir d’autant d’hiver ici. Nous avons fait le marché au pas de charge. Des praires, des encornets. Des pommes de terre, deux batavias maigrichonnes aussi : il n’y a plus rien au potager. J’avais promis de rapporter à Pascale de la soupe d’étrilles. Mais nous n’avons pas eu le courage de remonter la rue Le Campion et de pousser jusqu’au port. Il doit me rester encore quelques bocaux à la maison… Sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés chez un tout petit brocanteur, route d’Avranches, pour acheter des cadres pour installer nos photos. L’après-midi, j’ai rédigé l’interview de Tom McCarthy pour le site d’Hachette à l’occasion de la sortie de son livre Les cosmonautes au paradis. Drôle de fable métaphorico-métaphysique qui se passe à Prague au moment de la Révolution de velours. C’est mélancolique et farfelu. McCarthy a écrit deux ou trois ans plus tôt un Tintin et le secret de la littérature. Je vais aller voir de quoi il s’agit.

Vendredi 9 janvier. 23h15

Grand froid toujours à Carolles. De la glace dans les ornières des chemins, du givre sur les talus. Georgette sort vaillamment une petite demi-heure chaque jour. Le temps polaire lui fait du bien. Moi, je suis resté à la maison, à m’efforcer de faire doucement grimper la température pour l’arrivée d’Amélie. Mais il faisait à peine seize dans la chambre quand nous nous sommes couchés.

Jeudi 8 janvier. 23h40

Je suis resté hanté par les lambeaux d’un rêve que j’ai fait cette nuit. Enfin, un rêve… Une vision plutôt. Et c’est loin d’être la première fois qu’elle m’advient. Je me suis retrouvé à Senlis dans la propriété de Mme Bouvier. Quand ma mère travaillait, elle me confiait à Mr et Mme Descroix, les concierges de cette grosse maison XVIIIe. J’étais très petit… Cela a duré de nombreuses années. Il y avait d’autres enfants parfois. Mais le plus souvent j’étais tout seul. Au perron de la maison, s’ouvrait une cour pavée, puis un jardin à la française. A l’arrière, un grand parc avec en contrebas un potager. J’ai passé là-bas pas mal d’années d’enfance à m’y balader. Le parc avait une grande pelouse avec au centre un cèdre, le reste était occupé par un bois que traversaient quelques chemins. En lisière, se dressait une espèce de bosquet surélevé, où se trouvait, il me semble, un piédestal de statue ou une balustrade. Un banc, en bas, permettait plus ou moins d’y grimper. C’est à cet endroit précis que se situe mon songe. Il n’y a pas d’histoire. Et rien à raconter. Juste un sentiment d’angoisse et de malaise. Je suis sûr qu’il s’est passé là un événement terrible. Qu’au propre, comme au figuré, quelque chose y est enterré. Dans une semi veille, j’essaie de réfléchir, de rappeler des souvenirs. Rien à faire. La seule certitude est que le lieu est abominable. Voilà… J’en ai été enveloppé toute la journée. Mais qu’est-ce que cela veut dire ? C’était Jeux d’Epreuves en fin d’après-midi. Et le dernier roman de Fabienne Juhel, A l’angle du renard, au Rouergue, le livre dont je parlais justement, n’est que secrets enfouis et cadavres cachés. Drôle de coïncidence. Amélie rentrait tard. Un auteur à accompagner encore. Je suis passé à la mairie du IXe où était organisée une exposition des œuvres de Bolek à l’occasion de la sortie de son livre, Je voulais pas crever. Il s'agit du récit du parcours de galère de ce marginal dont la peinture a transformé la vie. Je ne suis pas très lecteur de ce genre d’histoires. Pourtant tout cela tient. C’est que le texte de ce témoignage a été entièrement écrit par Laurent qui est parvenu à y faire passer une belle émotion et une grande humanité… Nous ne nous étions pas vus depuis le mois de novembre quand il était venu dîner avec Anne-Gaëlle à l’appartement de la rue Saint-Charles. Beaucoup de monde. Nous avons juste pu nous serrer la main. Bu un verre avec Marianne. Embrassé Anne-Gaëlle. J’ai filé. A la maison, Amélie venait de rentrer.

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