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mardi 10 février 2009

Vendredi 6 février 23h20

Marion et Jérôme sont venus à Carolles ce week-end. Je suis parti au premier train du matin avec Jérôme. Amélie et Marion nous ont rejoint avec celui de la fin d'après-midi. Jérôme était resté ici quatre jours en novembre 2007. La maison était alors éventrée de travaux. Les chambres envahies de cartons pas déballés. Le soir de son arrivée, deux canalisations d’eau s’étaient même rompues dans le chantier de la salle de bains. Il avait fallu appeler le plombier à minuit. Mais c’est à peine s’il s’en souvenait. Dans les parenthèses de notre voyage un peu somnolent, il m’a raconté son séjour comme une succession de balades ensoleillées et de plateaux de fruits de mer. Moi j’en gardais en mémoire un temps pluvieux et des nuits glacées. Chauffage indigent et draps humides. Comme quoi… Après deux grands cafés au Pirate nous sommes allés faire les courses. Tu vois qu’il fait beau ! Irréductible optimiste… Le ciel nuageux laissait au loin une minuscule bande d’éclaircie. J’ai fait le tour du jardin. Tout a beau être encore brûlé d’hiver, au sol, marron de feuilles, les premières jonquilles pointent sous le frêne. Le camélia est déjà en boutons. J’avais envie de dire merci. Nous avons déjeuné de quelques praires sautées et d’un petit bar au four. Au soir, côté météo, rien ne s’était dégagé. Le coucher de soleil s’est empâté de gris sombre. A quatre, près du feu, nous avons parié sur demain autour d’une poelée de saint-jacques aux pleurotes. Allez, on y croit. Ce sera froid sec et grand bleu…

lundi 9 février 2009

Jeudi 5 février. 23h10

J'ai enregistré avec Jean-Claude une courte rencontre autour de La mort de ma mère pour le site de Buchet. J'ai eu encore l'impression de ressasser. Je me répète sans cesse. Encore quelque chose que je n'écouterai pas. Ca a duré un quart d'heure. Nous sommes allés déjeuner ensemble ensuite. Jean-Claude voulait absolument aller chez Positano, rue Guisarde. Il en garde d'émouvants souvenirs des pizzas. Bah. Nous nous sommes retrouvés au coude à coude avec les tables d'à côté. Cliquetis de fourchettes et conversations énervées. Côté assiette, rien d'exceptionnel. Mais lui, ne tarissait pas d'éloges sur sa quatre-saisons dégoulinante de fromage. J'ai chipoté dans la parme et roquette. Deux cafés, l'addition. Je suis parti directement à l'enregistrement de Jeux d'Epreuves. J'avais amené Les cosmonautes au paradis de Tom McCarthy. Une aventure assez folle, à Prague, dans les années suivant la révolution de velours. Je n'aurais jamais lu cet auteur anglais si le site d'Hachette ne m'avait pas commandé une interview de lui le mois dernier. McCarthy a écrit une Tangled tale à la Lewis Carroll. C'est brillant, cultivé, drôle. Je vais faire un papier dans Le Monde. Dans le studio, j'étais avec Sabine, Alexis et Sébastien. Bonne compagnie. Nous nous sommes très courtoisement écoutés. A quelques détails près, nous étions d'accord. Retour chez Buchet. Amélie est passé me prendre pour aller au cocktail des 100 ans de La NRF. Beaucoup de beau linge littéraire rue Sébastien-Bottin. Beaucoup de gens connus, de connaissances et d'amis. Et beaucoup d'embrassades. Nous nous sommes échappés tôt. Amélie m'invitait à dîner pour la sortie en librairie de mon livre. J'avais choisi Le grand Venise, rue de la Convention. Un restaurant aux hauts rideaux toujours tirés, Mystérieux, intriguant, et où j'avais toujours eu envie d'aller depuis les années soixante-dix. Immenses bouquets de fleurs, décoration surchargée, personnel obséquieux. La clientèle était moyen-orientale et ostensiblement richissime. Etoles de vison, chevalières et grosses montres dorées. Des Mercedes noires avec chauffeur attendaient à l'extérieur. Que faisaient tous ces gens dans ce coin perdu du XVe? Nous avons passé une soirée surréaliste et drôle, toute en chuchotis et en coups de coude. Nous sommes rentrés à pied, égrenant les (jeunes) souvenirs de nos années ensemble et devant la mairie, nous nous sommes embrassés.

Mercredi 4 février. 22h20

Encore plus d'étudiants dans mon premier groupe. Je suis en retard pour le corrigé de leurs travaux. Allez, ça ira. Je dois juste m'organiser un peu. Fin d'après-midi chez Buchet. Quelques envois. J'ai commencé à travailler à la chronologie d'Anna de Noailles. La semaine prochaine je vais commencer à m'occuper de Gustave Lerouge. Je sens l'année tourner. Le temps passe vite à partir de février. J'ai retrouvé Nadine, Ariane et Frédérique au Sauvignon. Amélie nous a rejoint. Les bavardages se sont envahis de fatigue. Changement de saison. Dommage. Nous aurions bien fait durer la soirée.

Mercredi 4 février. 0h45

J'ai préparé rapidement mes cours pour les étudiants. Questionnaire d'actualité avec Libération, correction des travaux. J'en ai un impressionnant paquet à leur rendre. J'avais rendez-vous place Saint-Sulpice avec M. Martin, le conseiller bancaire qui s'occupe du peu d'argent que j'ai pu placer de mes indemnités de licenciement de Point de Vue en 2005. Je crois qu'il voulait que je transforme une partie de la somme en plan d'épargne retraite ou quelque chose du genre. Mon seul souci est de garder ces trois sous disponibles. Je ne sais tellement pas de quoi l'avenir proche sera fait... Il a eu beau s'efforcer d'être le plus pédagogue possible, comme d'habitude, je n'ai rien compris à ce qu'il m'a raconté. Je crois que je le sidère d'être si obtus. Bon, je lui fait confiance. Il va m'envoyer des papiers à signer. Comment vont les livres?, m'a-t-il dit. Chez Buchet, j'ai refait une nouvelle fois ma liste de préfaciers pour le Anna de Noailles. Je devais retrouver Marguerite au Sauvignon. C'était la première fois que je la revoyais depuis son départ pour Grasset. Au moment où elle avait quitté son poste d'assistante d'édition j'avais réalisé quel était son nom de famille (de Bengy). Je m'étais alors souvenu que j'étais avec un de Bengy au collège Saint-Vincent. Comme j'essaie en ce moment de me remettre au livre que j'avais abandonné à la mort de ma mère et qui évoque en partie ces années-là, j'avais plein de questions à lui poser. Nous avons aussi parlé d'autres choses. En fait, elle m'a surtout écouté. Amélie est passée me chercher. Nous étions invités à l'anniversaire de Jean-Claude. Petit groupe d'amis, beau paysage de nuit du haut de son pigeonnier aux Halles. Au fait, quel âge a-t-il?

vendredi 6 février 2009

Lundi 2 février. 21h45

Il a neigé sur Paris. Au réveil, la grande cour entre les immeubles était entièrement blanche. Les jardinières des fenêtres recouvertes. Dans la rue froide, la chaussée était déjà transformée en bouillasse glissante. Piétons piétinants dans le sorbet gris des trottoirs. J'avais rendez-vous avec Serge chez Zulma pour reparler un peu de mon portrait de Pascal Garnier et me mettre sur les rangs pour la venue prochaine à Paris de David Toscana. Je vais m'occuper en effet d'une partie des papiers Mexique au Monde. D'une double page au Pèlerin aussi. J'ai fait pas mal de propositions aux uns et aux autres, mais El ultimo lector, le roman de Toscana, auteur traduit pour la première fois en France, est un texte très à part, très étrange et magnifique sur les lisières des lectures. Je suis repassé par chez Buchet. J'ai envoyé mon livre à ceux qui y étaient cités. Par ordre d'entrée en scène... A Carolles : Mme Bassard, Mlle Verdé, M. Beltoise. A Granville : Isabelle, M. Guérin... Et puis à Georgette, à Anne-Christine et Francis, à Georges, à Annabelle. Reste René, mon parrain et Henri. Je vais devoir racheter à nouveau des exemplaires. Je n'en ai plus, ayant utilisé la grande part de ceux qui m'avaient été octroyés à des envois de politesse et de proximité, oh combien nécessaires. J'ai retrouvé Amélie tôt à la maison. Nous avons fait une dînette d'oeufs à la coque et nous nous sommes couchés tout épuisés d'hiver.

Dimanche 1er février 23h50

Amélie est rentrée transie de notre balade le long de la grève. Le vent coupant emportait ensemble le sable et la pluie fine. Nous nous sommes retrouvés trempés. La maison nous a semblé délicieusement chaude. Il restait de belles braises dans le feu. Nous avons rajouté des bûches. D’un bois de pommier dont M. Jouenne nous avait livré une corde le matin.

Samedi 31 janvier 2009. 22h45

Le maçon est venu dans la matinée prendre les mesures de la pièce dont il doit monter les cloisons. Coffrage, pose du parquet, il a promis que tout serait terminé en avril. Le ferronnier aussi a fait plein de promesses. La petite serre du koetsch sera finie au début du printemps. Restera l’électricité, la peinture. Après, la maison sera vraiment transformée. Nous sommes passés voir Georgette. Ses douleurs des mois derniers semblent oubliées. Pour son anniversaire, elle s’est offert un fauteuil bourré d’électronique, dont le dossier, les accoudoirs, l’assise sont modulables. Une occasion en or que Jean-Claude lui a déniché sur internet. Nous l’avons surprise sa télécommande à la main en pleine séance de monte et baisse.

Vendredi 30 janvier. 23h00

Georgette m’a appelé dans le train pour me confier tout un tas de courses d’épicerie au supermarché. J’ai fait le plein pour nous aussi. Les placards et le frigo sont vides. J’ai acheté un gros carrelet, des langoustines… Ciel clair, temps froid. Près des buis les perce-neige que j’ai plantés en novembre sont déjà sortis de terre. Tout le reste du jardin attend. J’ai ouvert le courrier. Déballé les caisses de viognier arrivées dans la semaine. Le maçon a coulé la dalle dans le garage. C’est la première chose que j’ai dite à Amélie en l’accueillant à la gare le soir.

jeudi 5 février 2009

Jeudi 29 janvier. 22h40

C'était la grève aujourd'hui. Les métros, les bus, tout devait être bloqué. Je devais aller en début d'après-midi quai André Citroën pour l'enregistrement de La grande librairie, l'émission de François Busnel sur France 5. Je suis parti très avant l'heure. En fait, les transports fonctionnaient sans problèmes et je me suis retrouvé sur place vraiment en avance. Je n'étais pas le seul. J'ai pris un café « en coulisses » avec Philippe Djian qui était invité pour Impardonnables chez Gallimard. Pascale, son attachée de presse, était avec lui. Il y avait aussi Simonetta Gregio dont le roman Les mains nues sort chez Stock en février, venue avec son éditrice, Capucine Ruat. Gwenaëlle accompagnait Chloé Delaume qui publie au Seuil Dans ma maison sous terre. Chloé Delaume, je l'avais découverte comme beaucoup en 2001 avec Le cri du sablier, ce livre terrible qui vous arrache l'enfance comme on enlève d'un coup la peau des lapins. J'ai toujours été troublé, à chaque texte, à chaque fois. C'est fascinant. C'est magnifique. Roman après roman, elle tient l'écriture de ses lambeaux, de ses désastres. J'étais vraiment ému de la rencontrer. Sur le plateau, tout s’est bien passé, du moins je crois. Télé, radio, interviews, quand il s’agit de moi, je suis frappé d’amnésie. Impossible de me souvenir des questions qu’on m’a posées. De ce que j’ai répondu. J'ai juste retenu que Joseph, interviewé dans le petit portrait qui m'était consacré, avait dit des choses bien élogieuses. La diffusion est prévue le jeudi 5 février, puis le dimanche suivant. Je regarderai. Je regarderai… Nous avons pris un verre avec l’équipe après le tournage. J’ai essayé de dire merci le moins maladroitement possible. Tous avaient été attentifs, présents, gentils... J’ai échangé quelques mots avec Chloé Delaune. Nous avons décidé de nous revoir. Pour parler de cette littérature de soi qui nous occupe tous les deux tellement. Et tellement différemment. Chez Buchet, les bureaux étaient presque déserts à cause de la grève. Claire m’a fait raconter l’après-midi. Du fond de son bureau Pascale m’a demandé : Ca allait ? - Oui, oui. J’ai fini d’annoter Les Innocentes, ou la Sagesse des femmes d’Anna de Noailles. Amélie a téléphoné. Nous nous sommes retrouvés au Sauvignon et nous avons mélangé nos deux journées.

lundi 2 février 2009

Mercredi 28 janvier. 23h00

Rentrée à Censier aujourd’hui. Les étudiants m’ont manqué. Un mois, haché d’une seule séance début janvier. Je les ai retrouvés bien plus nombreux qu’au précédent semestre. Comment vais-je me débrouiller avec eux ? J’avais prévu de les faire travailler en conférence de rédaction, mais dans mon premier groupe, ils dépassent la trentaine… N’empêche, comment dire ? Je suis assez content. Je leur ai fait rédiger un petit bilan de l'actu 2008 sur le mode de Je me souviens de Georges Perec. Perec? L'écrasante majorité d'entre eux ne savent pas qui il est. Deux, trois ont pu en dire quelque chose. Une seule a évoqué ses livres. W ou le souvenir d'enfance. La disparition... Mais de Je me souviens, pas un mot. Comme à chaque fois que cela m'arrive avec eux, j'ai l'impression de rater une marche. Badaboum. Comment les références, la culture, peuvent-elles bouger à ce point? A qui la faute? Tout le monde s'en fout, je crois. Mais je sens comme de mon devoir de, vite, jeter des ponts au dessus de ces fossés idiots. De réveiller la curiosité qu'on leur a fait laisser de côté. Il est tant et tant de textes qui peuvent enrichir leur imagination, leur émotion... Ce qu'ils m'ont rendu est d'ailleurs touchant et sincère. Sauront-ils se servir de leur sensibilité comme d'un outil? Au delà des techniques et des phrases apprises? Comment leur être utile? Oui, comment les aider? Ribambelle de points d'interrogation. Je reprendrai tout cela doucement la semaine prochaine. Je devais rejoindre Pascal Garnier au Lutétia. J'étais en avance. Gilles et ses barmen m'ont serré la main. Comment ça va M. Houssin? Ils se souviennent de mon nom avec constance. Ca fait plaisir. Il est loin loin pourtant le temps de ma superbe où, d'un rendez-vous à l'autre, je venais ici presque tous les soirs. Nous nous sommes installés, Pascal Garnier et moi, à une petite table à l'abri du bar. Lagavulin sans glace. Un verre d'eau à côté. Je l'ai embêté pas mal sur ses premières années, ses amours, le pourquoi de l'écriture. Quel écheveau embrouillé et quelle belle aventure. Toujours au bord de l'ennui, à réinventer sa vie. Nous nous sommes quittés un peu émus. Lui, de la crainte d'en avoir trop dit. Moi de celle d'avoir mal su l'écouter. J'espère que le portrait sera à la hauteur de la rencontre.

Mardi 27 janvier. 23h00

J’ai déjeuné avec Sabine à la Marlotte. Je ne suis plus très sûr d’aimer cet endroit. J’étais un habitué au temps où je travaillais à Point de Vue. Nous venions presque tous les jours avec Alain. Lucie, la patronne m’avait pris vraiment en affection. J’y adorais tout. La cuisine abondante et délicieuse : œufs cocotte, petit salé-lentilles, cervelles meunières. Le décor avec les portraits XVIII et XIXemes, les murs envahis de miroirs de toute taille, les banquettes profondes, les nappes un peu saumon. Je me souviens des prénoms des serveuses : Annie, Christelle… Lucie a vendu en 2002, je crois. Un premier repreneur a sinistré l’affaire. L’endroit a été repris par Gilles, le chef de la Bastide Odéon. C’est bien, c’est vraiment bien, mais j’attache ici trop de souvenirs douillets pour que la comparaison tienne. Jamais. C'est tant pis. Je n’ai pas embêté Sabine avec ces vieilles histoires. Nous avons parlé longuement du dernier roman de Serge Rezvani, Le dresseur, dont elle s'occupe au Cherche-Midi. Une histoire de domination trouble. Vraiment en rupture avec son œuvre. Je vais le lire vite. Dès aujourd'hui.

Lundi 26 janvier. 22h30

J’ai passé la journée à relire les romans de Pascal Garnier que m’a fait porter Serge ce matin. L'A26, La solution esquimau, La théorie du panda et le dernier Lune captive dans un oeil mort. Je dois le rencontrer mercredi pour un portrait dans Le Monde. J’ai beaucoup d’affection pour son écriture. Affection, c’est le mot. Je me sens bien dans son univers tendrement noir, désabusé sans secousses. J’ai eu du mal à m’en extirper pour aller à Censier. Mes cours là-bas reprennent mercredi. Il s’y tenait une réunion genre bilan et perspectives pour les ateliers d’écriture. C’était pas mal sérieux, mais ça n’a pas duré trop longtemps. J’ai surtout hâte de retrouver les étudiants.

Dimanche 25 janvier. 22h00

Nous avons passé la journée avec Géraldine, la filleule d’Amélie. Elle va avoir douze ans la semaine prochaine. Nous avions prévu de l’emmener au théâtre, mais elle devait être de retour à Issy-les-Moulineaux en milieu d’après-midi. Des kilos de devoirs. Des maths et du latin et puis d’autres matières. Il faut qu’elle s’avance. Elle est en cinquième. Je ne garde pas un très bon souvenir de cette classe-là. Ni de la sixième d’ailleurs. Ni de la quatrième non plus. Comment dit-on déjà ? Premier cycle du secondaire. Tout ce qu’on vous y fait faire… Elle a beau bonne élève, Géraldine, je crois que ça l’ennuie. Qu’elle s’en ennuie plutôt. Nous avons essayé de faire glisser un peu cette angoisse du dimanche, cette angoisse familière. Amélie lui a donné ses cadeaux, un petit sac confectionné par la couturière de Carolles. Un pull Saint James tout rose et des livres à la pelle. Nous avons déjeuné dans une pizzeria du VIe et faute de théâtre nous avons décidé de faire un tour à la ménagerie du Jardin des plantes. Je n’y avais pas mis les pieds depuis l’enfance de Marie. Plus de lions et plus d’ours. Pas bien vu les girafes. Mais c’est bien les mêmes crocos et les mêmes boas. Les mêmes vautours en cage, le même dromadaire. J’adore les animaux. Géraldine rêve de chats, de chiens, monte à cheval et veut devenir vétérinaire. Brève visite à la Grande galerie de l’évolution. C'est un endroit magique. Je ne m'en lasse pas. Il y aurait là près de sept mille spécimens. Géraldine commençait à craindre d'être en retard. Mais elle était impressionnée par la longue caravane des animaux : les éléphants, les girafes, les gnous, les buffles, les antilopes, les zèbres. Et les lions, les guépards, les panthères. J’ai traîné tout le monde à l’avant dernier étage voir la salle des espèces disparues. Derrière les vitrines on aperçoit d'étranges fantômes d'animaux qui n'existent plus. Je serais resté longtemps, longtemps à regarder l'oeuf d'aepyornis, un gigantesque oiseau, disparu de Madagascar au XVIIIe siècle et dont il ne reste rien d'autre au monde que ce vestige, tellement symbolique. Qui était au commencement ? Vieux débat toujours recommencé. Quatre heures et demie passées. On a pris un taxi pour rentrer. Au revoir. Merci. Elle a foncé à ses devoirs. Oh, que je n’aimerais pas me trouver à sa place.

Samedi 24 janvier. 23h45

Carine avait organisé un « petit déjeuner littéraire » à la bibliothèque. Je présentais les auteurs. Mais pas vraiment comme à Chambéry. Presque huit mois avaient passé et je tenais à mettre un très léger bémol à la prestation. Expliquer qu’il s’agissait maintenant de « vieux » premiers romanciers. Et que leur livre pouvait leur paraître bien loin. Nous avons donc parlé projets. J’attends surtout, après Le cœur cousu, le prochain roman de Carole. Je sais qu’elle va prendre son temps. Tant pis pour mon impatience. Pour le repas, Yves et Carine avaient emmené tout le monde dans une ferme-auberge près d’Herseaux. On a ri. Ca sentait le départ et le revenez-y. Carine sera à Paris pour le Salon du livre en mars. On se reverra bientôt.

Le groupe d’auteurs s’est délité au départ de Lille au gré de ses réservations dans le train. Marion et Jérôme venaient dîner à la maison. A l’arrivée, pas vraiment le temps de faire les courses. Amélie est allée commander au Café du commerce une demi-grosse d’huîtres (six douzaines…). Tu n’as pas peur que ça fasse beaucoup. – Mais non, mais non. Jérôme s’est laissé pousser la barbe. Juste pour voir… Il cherche du travail dans l’édition. Il a confiance. On sent Marion un rien inquiète. Sans plus. La soirée a filé très vite loin de tout cela. Avec le touraine blanc, nous sommes même venus à bout des huîtres. Dernier métro. Déjà ? Ils viendront passer le week-end avec nous à Carolles dans quinze jours.

dimanche 1 février 2009

Samedi 24 janvier. 1h40

J'étais tôt gare du Nord. Fatigué de la veille. Un rien énervé. J'ai fait le trajet du mauvais côté. Siège dans la rangée droite : impossible de voir la flèche de la cathédrale de Senlis. J'ai fini par me lever pour regarder par la portière. Mais il était déjà trop tard, nous étions loin déjà dans le Valois. A Lille, un bénévole de la bibliothèque de Mouscron est venu me chercher. C'était le week-end du partenariat avec le festival du premier roman de Chambéry. Discussions, tables rondes avec les auteurs. J'ai retrouvé Mouscron avec bonheur, malgré le temps gris et glacial. J'ai posé ma valise et je suis allé boire une Chimay à La Paix. Personne ou presque dans cette belle brasserie de la Grand-Place. J'ai passé un coup de fil à Alexandre pour le remercier de son papier dans les avant-premières de Livres Hebdo sur La mort de ma mère. Alexandre vient d'être papa d'une petite Irène. Quand je l'ai appris, j'ai tout de suite pensé à cette dernière pièce de Voltaire, publiée quelques mois avant sa mort en 1778. Il y a de très belles pages de La Harpe sur la venue du vieux philosophe à Paris pour les représentations. J'étais attendu vers midi pour déjeuner dans un restaurant à deux pas. Tout le monde était là : Carine, bien sûr, mais aussi Carole, Wilfried, Jeanne... Et Claude et Jacqueline, venus de Savoie. Nous avons passé un bon moment d’affectueuses retrouvailles. Je n'avais pas vu la plupart d'entre eux depuis mai à Chambéry. On s’est donné des nouvelles. Parlé des prochains textes. Il drachait ferme à la sortie. De grosses gouttes gonflées par le vent. Je me suis réfugié à l'hôtel pour préparer ma « rencontre des jeunes lecteurs », le soir, avec Richard Andrieux, Solenn Colleter et Jennifer D. Richard. Nous avons attendu un moment que le public arrive. Au bout du compte, il n’y avait pas grand monde. Amélie devait arriver vers 20h30. Je n'ai pas cessé de regarder l'heure au milieu des questions et des commentaires. J'attendais. J’attendais. Carine m'a accompagné la chercher en voiture. Après dîner, elle a traîné toute sa petite bande d’auteurs dans un bar de la périphérie de la ville où sa fille Cassandre (dix-huit ou dix-neuf ans) accrochait ses toiles. Verres de bière et... cigarettes. En Belgique, en effet, on peut encore fumer. Décidemment, c’est un bien beau pays.

Jeudi 22 janvier. 23h00

J'enregistrais en début d'après-midi à France Culture avec Alain Veinstein pour Du jour au lendemain. J'y avais été invité, il y a quatre ans, pour Le premier pas suffit. Il a tout de suite fait la boucle avec La mort de ma mère. M'interrogeant sur cette phrase du livre : J’ai envie de te dire. De remonter les pas. Comme la dernière fois avec lui, j'ai eu l'impression de répondre à côté. De n'être pas à la hauteur. De ne savoir qu'acquiescer. J'ai de l'admiration pour Veinstein. Il m'impressionne. Il comprend tout. Le réalisateur m'a gentiment donné le disque de l'entretien comme je partais. Je ne crois pas que je vais l'écouter. La diffusion est prévue le 5 février, le jour de la sortie du livre. L'émission est diffusée à 23h30. Je serai sans doute couché.

Mercredi 21 janvier. 23h50

J'ai envoyé le papier sur Bolek à Catherine. Je lui ai proposé de prendre en charge le « dossier » Mexique pour le Salon du livre. Depuis ma rencontre avec Sergio Pitol à Mexico à l'été 2007, j'ai développé mon goût pour la littérature de ce pays. Florence m'a proposé de faire quelques papiers aussi pour Le Monde. Deux, trois rendez-vous dans l'après-midi. Un préfacier compliqué pour un volume de « Domaine Public », une universitaire qui me proposait des textes, toujours pour la collection... Je suis rentré de bonne heure faire un peu de rangement à la maison. Les poussières aussi. Passer l'aspirateur. Nous attendions Marianne à dîner. Amélie était allé acheter le repas chez le traiteur grec de la rue Lecourbe. Mezedes et moussaka avec du retzina. Malheureux vin de plus en plus éventé : on ne goûte plus jamais son étonnant parfum de térébenthine. Nous avons passé une jolie soirée tous les trois. Mais on se cogne aux murs de l'appartement. Je crois que je préfère recevoir les gens à Carolles. Et Marianne y est plus que bienvenue..

samedi 31 janvier 2009

Mardi 20 janvier. 22h30

J’ai pris un verre Marché Saint-Germain avec Pascale. Pas eu le temps de se dire grand chose, elle filait à un rendez-vous. Je la sens emberlificotée dans ses histoires de famille pas drôles. Je me trouve inutile. Ne trouve pas grand chose à faire pour l’aider. D’autant que je ne trouve pas les mots justes en ce moment. Pire, ils m’échappent. Je tiens à peine l'écrit. Je l’ai vérifié encore, après qu'elle soit partie. Amélie m'avait rejoint avec Delphine. Elle ne va pas trop bien. Marie-Sophie et elle ont rompu. Comment, pourquoi, quelle importance... Mais elle était si désemparée dans son courage crâne. Narines pincées et douceur triste. Je sais bien, il fallait répondre, pourtant je n'y arrivais pas. J'avais envie de la serrer dans mes bras et de lui murmurer des Ne t'en fais pas. Ca ira, je te jure. La petite litanie consolante des moments d'abandon. Amélie a parlé pour nous... Delphine part bientôt en Inde. Ce suspend lui fera du bien. Je vais lui envoyer une lettre avant. Avec ces vers de Liliane Wouters : Tu restes toi, je reste moi./ Sauf que, parfois./ Parfois. Je tiens un peu de sa peine dans ma main comme un rien de sel fin. Tout se dissipe. Nous n'avions pas envie de rentrer à la maison. Nous sommes allés dîner au Perron.

Mardi 20 janvier. 15h30

Tout va mieux. Tout va bien. C’est incroyable et même inquiétant qu’une petite pilule ait autant d’efficacité en si peu de temps. Beatriz qui tient le standard chez Buchet m’avait vu partir hier soir clopin clopant. Elle m’a regardé avec étonnement. Eh oui, je marche, je trotte. J’ai fait avec Nadine, chez Claude Saintlouis, mon déjeuner de miraculé. Amélie est venue nous rejoindre pour le café. Elle voulait me montrer dans une boutique de la rue Bonaparte un ensemble rouge qu’elle avait envie de porter pour le 2 mai. Il restait juste un modèle à sa taille. Nous l’avons emporté après l’essayage. Elle était trop jolie.

jeudi 29 janvier 2009

Lundi 19 Janvier. 22h30

Je me suis réveillé avec un mal de chien au pied. Pas moyen de le poser par terre. C’était comme une entorse incompréhensible. J'ai entortillé ma cheville dans une bande, serré fort mes chaussures montantes, avalé une aspirine et tenté d’apprivoiser cette fichue douleur. J'avais rendez-vous à midi chez Savy, rue Bayard pour un portrait au Pèlerin de Bolek, le kiosquier-peintre, à l’occasion de la sortie de Je voulais pas crever, le récit de sa vie en dents de scie. Il était invité à RTL. Laurent et Joëlle l’accompagnaient. Je suis arrivé quelques minutes en retard à cause de ma patte folle. Drôle de repas. Notre artiste était pas mal euphorique, un peu confus. J’ai laissé mes questions de côté. On a causé comme on a pu. Trinqué au bordeaux. Quelle belle journée, répétait-il. Il a demandé du rab de frites, un café liégeois avec plein de chantilly. J'ai griffonné trois notes. Tout a passé vite. Nous sommes allés prendre un café ensuite Laurent et moi. Ce livre, c’est lui qui l'a sorti, tout seul, seul d'une gangue de logorrhée lasse et d'anecdotes brisées. Sans lui, qu’en serait-il resté ? Beau travail d’écrivain. J’ai encore en mémoire Cathar 6 qu’il avait publié fin 1990 au Fleuve Noir. Est-ce qu'il a écrit d'autres bouquins ? Je ne sais pas... Je vais essayer de les retrouver.

J'ai fini par aller chez le médecin. J’avais trop mal. Trois quarts d’heures à feuilleter avec ennui de vieux Paris-Match dans la salle d’attente d’un généraliste de l'avenue Emile Zola qu’Amélie était allé consulter l’automne dernier. Un bonhomme sympathique et foutraque. Une espèce de Cosinus jeune tenant cabinet au milieu d’un épouvantable désordre. Des piles de revues. Des monceaux de papier. Ca ne vous effraie pas ? A vrai dire, ce foutoir aurait plutôt tendance à me rassurer. Rien de grave, m’a-t-il dit d’ailleurs. C'est la gaine des muscles. Je n’ai pas vraiment compris, ni écouté. Je suis reparti avec une ordonnance d’anti-inflammatoires. Je me suis traîné jusque chez Buchet. Répondu au courrier. Envoyé quelques exemplaires de mon livre. Amélie est passé me chercher. Nous avons pris un taxi pour rentrer. Je marchais comme un vieillard.

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