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dimanche 26 avril 2009

Samedi 25 avril. 22h40

Nous sommes arrivés passé minuit. Décharger vite fait la voiture. Nous n'avons découvert la maison qu'au matin. Les travaux de menuiserie sont presque finis. La peinture aussi. Mais la verrière du koesch n'est pas commencée. J'ai eu des problèmes de galvanisation, plaide le ferronnier. Dernier espoir, mardi. Sinon, ce sera pour... plus tard. Marché à Granville. Amélie est passé voir Georgette pendant que je m'attelais à la suite du défrichage du potager. Nous avons travaillé ensemble tout l'après-midi. Planté les tomates, les aubergines, les concombres, les melons, les courges. Nous n'avons quitté les Fontenelles qu'au dernier soleil rasant.

Vendredi 24 avril. 18h10

Amélie a quitté L'Olivier en fin de matinée. Encore des bouquets. Encore des embrassades. Je comprends tellement. Comment peut-on avoir envie de la laisser partir ? Nous nous sommes retrouvés pour déjeuner ensemble en terrasse au J'Go. Je suis passé chercher les gravures des anneaux chez le bijoutier de la rue de Sèvres. L'alliance de mon père, l'alliance de ma mère. Au regard de leur date, 12 avril 1946, il y a maintenant la nôtre : 2 mai 2009. Un café avec Geneviève. Mazeltov, a-t-elle dit en nous embrassant. Nous sommes allés chercher la voiture de location. Il y a tant à emporter. Les livres, le vin, les vêtements d'hiver, les habits pour la noce, les semis de tomate, de piment, de potiron, qui ont germé depuis des mois sur la commode. Ce soir, tard, nous serons à Carolles.

Jeudi 23 avril. 23h50

J'ai réglé quelques détails pour le mariage. Les derniers faire-part, l'annonce dans Le Monde, la liste au BHV. Pour le reste, nous verrons la semaine prochaine à Carolles. Je suis allé à pied jusqu'à la maison de la Radio. Le printemps bascule. Déjà les fleurs sur les thyrses des marronniers commencent à tomber. Aurais-je le temps d'aller à Senlis voir les arbres sur le Cours ? Chaque année, je me fais déborder par les saisons. Je n'en retiens pas assez. L'enregistrement de Jeux d'Epreuves a été un peu bousculé. Des histoires d'horaire. Il a fallu se dépêcher. Du coup, j'ai dû parler à toute vitesse du livre de Fiona et j'ai eu le sentiment de l'avoir gâché. Je ne sais pas ce que cela donnera à l'antenne. Portrait de l'artiste en hors-la-loi est un texte rare sur les femmes et leur liberté. Sur la création aussi. J'ai rejoint Amélie aux Editeurs où elle prenait un verre avec Véronique. Ce jeudi a été son dernier jour de travail à L'Olivier. Celle qu'elle remplaçait est venue reprendre son poste. Demain ne compte pas, elle ne fera qu'y passer. Nous étions invités chez Gwenaëlle et Jean-Baptiste. Nous y avons retrouvé Nathalie et Anne que je n'avais pas revue depuis qu'elle avait quitté les éditions du Seuil. Nous avons croisé quelques baluchons de souvenirs. Le dîner était délicieux. Gigot d'agneau servi avec un peu de mint jelly. Stilton et vieux porto. Nostalgie d'Angleterre... La fenêtre de la salle de séjour donnait sur le labyrinthe du jardin des plantes. On aurait dit un tableau XVIIIe s'enfonçant dans le sombre.

Mercredi 22 avril. 23h00

Marie-Joséphine Strich m'a fait parvenir une nouvelle version de sa préface des Innocentes. Ne restera plus que la chronologie et la bibliographie et le volume sera bouclé. Josyane m'a donné son accord pour l'avant-propos. Je trouve ce texte extraordinaire sur les rapports entre les hommes et les femmes, m'a-t-elle écrit. Ce sera une belle réédition, près de quatre-vint-dix ans après... Croisé Jean-Claude chez Actes Sud. J'y avais rendez-vous avec Emmanuelle. Elle m'a emmené déjeuner à L'Epigramme rue de l'Éperon. Nous avons retrouvé Jean-Claude justement, installé deux tables plus loin avec Aurélie. Puis Régine est arrivée. On s'est fait de petits signes. C'est un peu la cantine de la maison d'édition. Nous avons parlé du Portrait de l'artiste en hors-la-loi de Fiona Capp que je présente demain à Jeux d'Epreuves, puis de Firmin de Sam Savage, un premier roman américain que Florence m'a demandé de regarder pour Le Monde. Je ne l'ai pas encore ouvert. Cette fable sur la lecture est en passe de devenir un très grand succès de librairie. Chez Buchet, Pascale m'a montré la maquette de la réédition du 16 rue d'Avelghem. Sur la couverture on voit, enfants, ma mère, Georgette, Paul, Henri, Jean, Thérèse... Tous sont de trois-quart se tenant par les épaules. Derrière eux on devine une cour en brique, une silhouette (Albert?). C'est Coline qui a monté la couverture. Elle est parvenue, de manière étonnante à faire vivre ce cliché ancien. J'ai appelé Georgette pour lui dire qu'en attendant le livre, Je lui en envoyais un tirage. Justement j'étais en train de le relire. Tu sais, je voulais te le dire : tout est un peu mélangé dans ce que tu racontes...

vendredi 24 avril 2009

Mardi 21 avril. 23h15

J'ai déjeuné avec François Broche chez Fernand, rue Guisarde. Je l'avais contacté au moment de l'édition d'Escales en Méditerranée d'Henri de Régnier en 2007, car il avait édité ses Cahiers. Un formidable travail d'érudit et de lecteur sensible. Il m'avait donné des conseils, débrouillé un peu la chronologie. Je voulais lui confier la préface des Innocentes mais pour tout un tas de raisons « diplomatiques » avec certains membres du Cercle Anna de Noailles, j'ai dû y renoncer. Je souhaitais aussi, et surtout, le rencontrer car car j'avais compris à ce moment-là qu'il était le fils d'un compagnon d'armes de mon père, le lieutenant-colonel Félix Broche, tué à Bir-Hakeim le 9 juin 1942. Papa gardait le souvenir d'une amitié profonde, enracinée dans l'engagement et les grands élans d'espoir de l'époque. Cette amitié était devenue mythique depuis sa mort au combat. Je connais mal l'histoire du bataillon du Pacifique. Je connais mal la vie de mon père en Nouvelle-Calédonie et dans les îles. Je connais mal la vie de mon père, tout simplement... Avoir fait la connaissance de François Broche tient encore de ces hasards, tellement nécessaires, qui jalonnent, qui balisent mes années. Nous avons parlé littérature, projets d'édition. Evoqué juste un instant nos deux pères. Je suis certain que nous y reviendrons. J'ai fini la journée chez Buchet à travailler aux Innocentes. Josyane doit me donner bientôt sa réponse pour l'avant-propos. J'ai vraiment l'espoir que ce texte la touche. J'ai retrouvé Amélie au Sauvignon. Nous avions rendez-vous avec Mathias. Nous sommes restés en terrasse dans le semi fredo du printemps. Quelques verres de quincy. Miriam qui remontait la rue de Sèvres s'est jointe à nous. Petite litanie des lectures et des publications. C'était si interminablement plaisant que Mathias en a laissé filer l'heure du dîner où il était invité.

Lundi 20 avril. 22h00

La journée a filé, molle et ensommeillée à cause de notre réveil aux aurores. Nous avons pris le premier train. Petite panique à cinq heures et quelques dans le jardin : la voiture ne démarrait pas. Je crois qu'il est temps de la porter à la révision pour s'éviter à l'avenir ce genre de frayeurs. Mais, comme j'ai de plus en plus de mal à m'arracher à la maison, je ne peux pas m'empêcher de voir dans les hoquets de la Twingo le prolongement mécanique de mon refus de partir.

lundi 20 avril 2009

Dimanche 19 avril. 22h30

J’ai encore repoussé le départ à demain matin. Juste voir la nuit tomber, ici, sur le jardin. La journée a été calme. Un verre au casino de Jullouville pour réserver le déjeuner du lendemain du mariage. Promenade sur la grève. Amélie a teint des tissus. Mis de l’ordre dans nos affaires. J’ai coupé du bois et rangé le vin dans la resserre.

Samedi 18 avril. 23h00

J’en ai vu des gens... Journée remplie. Carolles le matin : des habitants du village et puis des Parisiens, mes cousins, quelques élus aussi et la presse locale. Les uns parlaient de ma mère, d’autres de l’air du temps, racontaient leurs histoires. La famille, les enfants. Les livres, les coins de pêche, les balades. Cécile avait aperçu un renard en promenant son chien vers le Lude, Madeleine guettait la floraison des genêts sur la falaise, Philippe trouvait des mots simples pour les couchers de soleil. J’étais bien avec eux. Trois fois rien. Et puis tout. Amélie est venue me chercher. Elle avait apporté une bouteille de bourgueil rosé. Nous avons trinqué avec Nellie et Charles. Déjeuner rapide avec Georgette à la maison. Virginie, la tapissière, est passée prendre les mesures pour des rideaux. Enceinte et radieuse. Ce devrait être un garçon... J’étais à Granville vers quinze heures pour la suite des signatures. A L’encre bleue de Bruno Séron, j’ai fait aussi de belles rencontres. Raccrocher doucement le bord de mer, les oiseaux, les étoiles, le nom des plantes des chemins, les pays lointains et la littérature. L’après-midi a passé comme un souffle. J’étais sur le petit nuage de ma célébrité.

Vendredi 17 avril. 23h15

Trajet maussade à travers une campagne envahie de brouillard. A l’arrivée, le ciel était propre et clair. Je suis d’abord passé par le village. Le pain. Deux bifsteacks chez Bisson. Des huîtres, une barquette de garriguettes chez Charuel. Vous avez vu ? m’a dit Jocelyne. - Non, j’arrive juste. Je suis dans le journal. Il y a ma photo dans La Manche libre. Dans Ouest-France aussi. Je signe demain matin à la librairie-journaux de Nellie et Charles Lequertier et l’après-midi chez Bruno Séron à Granville. Pourvu qu’il y ait un peu de passage. A la maison, j’ai retrouvé M. Giffard qui finissait de poser les étagères dans la chambre. Encore des livres ! Il rigole. Il lui reste encore un placard d’angle à finir. Ca va être juste… L’électricien a posé les prises, installé une dernière applique dans la salle de bains. Au jardin, les narcisses plantés pour le mariage ont déjà fané. La clématite rose est en fleurs sur l’arceau. J’ai desherbé, ratissé les allées, enfoui de l’engrais, arrangé les hortensias, attaché les rosiers grimpants. Le frais tombait avec le soir. Je suis passé voir Georgette. Elle rentrait juste. Josette l’avait accompagnée à une consultation chez un spécialiste à Avranches. Plusieurs heures d’attente dans le cabinet. Avec toute la délicatesse dont ces gens-là sont capables, il lui a diagnostiqué une récidive d’un cancer très ancien. Un soi-disant cancer, dit-elle. Mais le médecin a insisté : il faudrait une petite intervention. Des rayons. Elle s’insurge : A mon âge! Et puis je n’ai pas mal. Elle a quand même accepté de faire une échographie. Que veux-tu ? De toutes façons… Je suis parti chercher Amélie à la gare. Nous avons dîné chez Noëlle. Elle aussi avait fait du jardinage toute la journée.

Jeudi 16 avril. 22h15

J’ai appelé Nadine à l’hôpital. Mardi, elle a fait une chute dans son escalier et s’est fracturé la jambe près de la cheville. Je n’ose même pas imaginer la douleur. Au téléphone pourtant, elle était « comme d’habitude », tonique, râleuse, inquiète pour son travail, pleine d’humour et de générosité. Il faudra venir dîner à la maison, mais c’est vous qui ferez la cuisine ! Les médecins la font déjà sortir demain. Elle en a pour plus d’un mois sans pouvoir poser le pied par terre. Ca ira bien tu sais. – Quand même… - Promis, je te dirai comment tu peux m’aider. Je devais voir Pascale chez Buchet. J’ai dû annuler le rendez-vous : trop de travail en retard. C’était pourtant important. On réimprime le 16 rue d’Avelghem pour la troisième fois. Et elle a accepté le principe d’une couverture illustrée. J’avais déposé sur son bureau hier une enveloppe avec des photos. Joseph et Angèle dans le jardin. Joseph et ses poules. Angèle et son linge. Des groupes posant endimanchés. Des enfants en ribambelle. On s’est envoyé des mails. J’ai rédigé un nouveau texte de quatrième. Tout cela m’a l’air assez bien parti. J’ai préparé Jeux d’Epreuves. L’enregistrement avait lieu un peu plus tard que d’habitude. Joseph enchaînait deux émissions à la suite. Je n’ai pas été très suivi sur La vie amoureuse des fleurs dont on fait les parfums de Jean-Pierre Otte. Seul Baptiste a abondé dans mon sens. Il faut dire qu’il avait été en reportage chez Otte, à Larnagol dans le Lot, il y a quelques années et qu’il était revenu sous le charme du bonhomme. A la décharge de Jean-François, virulent contradicteur, et de Nathalie, un peu plus que réservée, je dois reconnaître que ce titre n’est pas son meilleur. Il est cependant le dernier d’un cycle (L’Amour au naturel) de neuf livres tous aussi réjouissants les uns que les autres, commencé en 1995 avec L’amour au jardin chez Phébus et continué chez Julliard avec L’amour en eaux dormantes, La sexualité d’un plateau de fruits de mer, j’en passe. Tout récemment : Les amours de Sailor le chien. C’est à cette petite somme épicurienne, pleine d’humour et de tendresse que je voulais rendre hommage. J’espère avoir été un peu convaincant. Avec Nathalie et Baptiste, nous avons pris un verre aux Ondes à sortie du studio. Nelly nous a rejoint avant d’enchaîner sur Le Masque et la plume. En les quittant, j’ai traversé le pont de Grenelle à pied. Je me suis arrêté au milieu pour regarder couler la Seine à la pointe de l’île aux Cygnes. Sur la rive droite du fleuve, tout près, j’ai vu l’immeuble du quai Louis-Blériot où une amie de ma mère lui avait prêté un appartement juste après ma naissance. Où était Amélie ? Elle sortait juste de L’Olivier. Je l’ai retrouvée pour faire deux ou trois courses au Monoprix de La Motte-Picquet. Coppa, roquette, artichauts grillés. Puis nous sommes vite rentrés.

Mercredi 15 avril. 23h20

J’ai enfin reçu la préface des Innocentes. Enfin, une esquisse plutôt que j’ai passé une partie de la matinée à travailler. N’empêche, je suis soulagé. Cela commençait vraiment à traîner. J’ai appelé Josyane pour lui demander si elle accepterait de signer l’avant-propos. Comment n’avais-je pas pensé plus tôt à elle ? Je crois que je me suis pas mal pris les pieds dans la construction de ce volume. Mais il faut dire que je suis resté dans le flou bien longtemps et que l’avenir de la collection continue à se jouer titre à titre. J’avais rendez-vous au Seuil avec Ying Chen, venue du Canada pour quelques jours. Elle publie son dixième livre, Un enfant à ma porte. Nouveau texte d’un cycle de maintenant cinq titres, commencé en 1998 avec Immobile, et qu’habite un étrange personnage, « la femme de A. » , figure folle d’un temps qui passe et qui revient en boucles et en noeuds. Pas facile de dénouer l’écheveau. Le soir, nous dînions chez Brigitte et Jean-Luc, rue Rambuteau. Nous y avons retrouvé Alix et Jean-François, leur fille Marine, son ami Olivier. Photos, voyages, littérature, médecine chinoise et spiritisme. Nous n’avons pas vu le temps passer. Brigitte et Jean-Luc ont un bobtail de trois mois, un chiot tout gentil et pataud avec qui j’aurais bien joué. Mais il paraît qu’il faut qu’il apprenne à être sage.

mercredi 15 avril 2009

Mercredi 15 avril. 1h15

Le réveil a sonné à quatre heures et demie du matin. Je me suis levé étonnement en forme. Pied de nez à ma déprime d'hier sans doute. Dans le train, Amélie s'est emberlificotée dans les manteaux et les écharpes et s'est endormie profondément aux premiers tours de roue. Elle a filé à L'Olivier dès l'arrivée à Vaugirard. J'ai retrouvé l'appartement encombré des paquets que la concierge avait déposés pendant le week-end. J'ai déballé les livres. Commencé à lire ceux reçus pour l'enregistrement de Jeux d'Epreuves jeudi. Le remède et le poison de Dirk Wittenborn dont parlera Nathalie, Résidence des étoiles d'Angelo Rinaldi. J'avais déjà les épreuves des Onze, un très beau texte de Pierre Michon sur ce que l’histoire donne à voir, sur ce qu’on imagine... Je déjeunais avec Francine du côté de la Bourse. Elle est rédactrice à Challenge et a été une de mes enseignantes en journalisme au CPJ à la fin des années 1980. Elle m'a appris beaucoup. Je lui dois le peu de rigueur que j'ai. Nous nous sommes raconté nos histoires de boulot, nos histoires de famille. Avec la sincérité de ceux qui se ne voient pas souvent. Cela faisait au moins trois ans. A quand la prochaine fois d’ailleurs ? J'ai remonté jusqu'aux Grands boulevards par les passages. La galerie Feydeau, la galerie des Variétés, les Panoramas. Dans le métro, j'ai croisé Sabine. Elle revenait du Figaro et était montée dans le même wagon que moi. Nous avons fait un bout de souterrain ensemble. A la maison, j'ai continué mes lectures puis je suis parti un peu avant 19h00 retrouver Amélie à L'Olivier. On y fêtait son départ. Elle s’en va en effet à la fin de la semaine prochaine : la personne qu’elle remplaçait reprend son poste. Je sais qu’elle a le cœur gros. Quelques coupes de champagne à la maison d’édition, puis Olivier Cohen a emmené dîner une petite troupe de fidèles marché Saint-Germain. Geneviève, Camille, Pierre, Alix, Violaine, Laurence. Nathalie et Nathalie... Il y avait ceux que je connaissais bien, ceux que je connaissais moins et ceux dont j’avais juste entendu parler. Le repas a été affectueux, drôle, très simple et doucement nâvré. Amélie a reçu plein de cadeaux. Une fois de plus, dans tout ce que les uns et les autres manifestaient, j’ai vu, à quel point elle était rare et précieuse. Une fois de plus, j’ai mesuré ma chance et je me suis senti sottement fier. Infiniment reconnaissant.

mardi 14 avril 2009

Lundi 13 avril 2009. 21h00

Fabien est venu prendre un café avec nous ce matin. Il partait à une brocante à Sartilly. Vous venez ? Pas le temps. Je voulais profiter de cette journée pour nettoyer le jardin, attacher les rosiers, planter les derniers hortensias. Il fallait aussi débarrasser le koetsch pour que ferronnier pose les portes et les châssis de la serre. Nous avons déjeuné sur la terrasse. Sommes retournés aux Fontenelles encore arracher un peu de cruau et passer la tondeuse dans l'allée. Comme il faisait beau. Dans le milieu de l'après-midi, l'heure du train approchant et les valises à faire, tout s'est assombri d'un coup malgré le ciel bleu et j'ai ressenti, venue de très loin, une angoisse de fin de dimanche et de retour à la pension. Je me suis assis sur le banc près du frêne, les yeux un peu perdus dans la haie. Pas envie de bouger. Pas envie du tout. Amélie s'est approchée. Ne t'inquiète pas, m'a-t-elle dit. Tu sais, on peut rentrer demain.

Dimanche 12 avril. 22h10

Enfin un peu de soleil. Nous avons retrouvé Georgette à la sortie de la messe de Pâques. Tiens, justement, je ne vous ai pas donné vos œufs. Les poules de Marie-Thérèse pondent à nouveau. Elles s’étaient arrêtées presque tout l’hiver. Un verre de vin blanc avec du cassis ? Juste un alors. Noëlle va passer à la maison prendre l’apéritif avant d’aller déjeuner chez des cousins. Elle est à Carolles depuis une semaine et y reste jusqu’à la fin des vacances. Elle range, elle jardine, part de balader le long du sentier des douaniers. Nous avons, chacun de notre côté, des activités qui se ressemblent. Les journées sont si simples ici. Nous avons passé l’après-midi aux Fontenelles. C’est le printemps aussi pour les plantes adventices. La terre labourée fin février s’est déjà recouverte de pousses serrées de chiendent (elytrigia repens), de plantain (plantain major), de véronique (veronica persica), de trèfle (trifolium repens) et d'orties (urtica dioica et urtica urens). Au diable la botanique. Passer le croc, le rateau, le racloir. Arracher les grosses touffes à la main. Saleté d'orties. En quatre heures, nous ne sommes parvenus à nettoyer qu’un tiers du potager. On s'est regardés. Je n’en peux plus. J’ai fait mes plantations. Amélie a cueilli des salades et nous sommes rentrés couverts de terre et fatigués.

Samedi 11 avril. 22h50

Marché tôt à Granville. Sale temps. Les rues étaient humides et glacées comme en novembre. Froid aux mains, froid aux pieds. Nous sommes passés voir Bruno Séron à L’Encre bleue. Je signe mon livre chez lui la semaine prochaine. J'espère qu'un peu de monde viendra et qu'il ne sera pas déçu. Un café au Pirate. Nous avons acheté des praires, deux petits saint-pierre, des pieds de cheval. Un gros bouquet de fleurs de jardin pour offrir aussi. Nous étions invités à déjeuner chez Jean-Manuel et Hélène Bourgois. Enfin pas exactement chez eux. Des amis leur avaient prêté une grosse maison dix-sept ou dix-huitième du côté de Saint-Lô. Granit et vieilles poutres. Nous avons fait ensemble un repas quasi familial, car Amélie leur est liée par un jeu subtil d’alliances du côté de son grand-père. C’était plutôt gai. Il y avait là Eve, leur fille qui attend un bébé, Cesare, son compagnon, les deux fils des propriétaires des lieux, arrivant juste des Etats-Unis, la sœur d'Hélène… En repassant par Granville, nous avons acheté un lit pour la nouvelle chambre, des flûtes à champagne pour le mariage, du rosé de loire pour l’été, des groseillers, des artichauts et des salades pour le potager.

Vendredi 10 avril. 23h00

Le temps s’est gâté passé L’Aigle. Les gros nuages noirs qui accompagnaient le train ont fini par crever sur le bocage. Sur les vitres, avec la vitesse, les goutellettes faisaient une course de petits serpents transparents. Se poursuivant, s’avalant, grossissant jusqu’à disparaître. A Granville, il tombait un crachin portuaire et trempé. La voiture n’a pas démarré. Plus de batterie. Les gens de chez Avis m’ont dépanné. J’ai pu ainsi aller jusqu’au garage pour la faire remplacer. J’avais perdu ma matinée. A la maison, la peintre passait une dernière couche à la porte du garage. En quelques semaines, comme tout a changé... Le couvreur a terminé le toit du garage, le parquet est posé dans la nouvelle chambre, les étagères fixées. Le ferronnier a même embarqué les portes de serre pour les décaper. Au jardin, M. Mitaillé a taillé les haies, tondu la pelouse, installé un arceau pour la glycine, étalé partout au sol du sable de granit. Les narcisses sont en fleurs. La plate-bande est toute blanche. Quelle pitié qu’il pleuve. Je suis allé voir Georgette. Elle m’attendait. Quinze jours que nous n’étions pas venus. Comme elle me donnait des nouvelles des uns et des autres, elle a pris brusquement un air grave. Il faut que je te dise… La dernière pousse de l’impatiens ramenée du Mexique en 2007 est très mal en point. De minuscules insectes ont colonisé les feuilles qui grisent et se désèchent. J’ai mis du produit, mais je crois que c’était trop tard. La plante n’a pas très belle allure en effet. Elle l’a installée dans sa chambre, à mi-ombre. Je la soigne, dit-elle. Il faut garder espoir. Quelques courses. Je me suis dépéché de rentrer. J’attendais un journaliste de Tendance Ouest, une station de radio locale, qui devait m’interviewer. Nous avons passé un long moment ensemble. Après l’enregistrement, nous avons bavardé. Jean-luc Lefrançois a, comme il dit, une autre casquette. Il est prêtre à Donville... J’ai rangé, trié interminablement les vieux papiers. La pluie avait cessé. Parfum de terre mouillée. J’ai ouvert les huîtres achetées chez Charuel et j’ai été chercher Amélie à la gare.

lundi 13 avril 2009

Jeudi 9 avril. 23h40

En un rien tout est allé très vite. Au début de la semaine, les bourgeons des marronniers étaient juste distendus, laissant échapper au sommet une minuscule pointe verte. Je n'ai pas vu passer les jours. Aujourd'hui, une éclosion de petites feuilles a partout envahi les branches. J'ai fait le tour de la place Saint-Sulpice nez en l'air et je suis remonté par la rue Férou jusqu'au Luxembourg pour continuer à me laisser envahir de premières ramures. Amélie est rentrée de bonne heure. Nous avons rangé l'appartement toute la soirée. Préparé des sacs, des paquets. Demain, je pars à Carolles. Chargé comme un baudet.

Mercredi 8 avril. 22h00

Toujours pas de cours à Censier. Les prochaines semaines, ce seront les vacances. Je ne reverrai les étudiants que fin avril. J'en ai profité pour terminer le dossier de subvention du CNL pour mon Anna de Noailles. Il faut que je trouve encore un préfacier. Je cherche aussi quelqu'un pour rédiger un court avant-propos. Un point de vue de lecteur. J'ai téléphoné à Annie Ernaux. Dans Les années, elle avait cité deux vers de L'offrande à la nature, un des poèmes du Coeur innombrable : Je me suis appuyée à la beauté du monde / Et j'ai tenu l'odeur des saisons dans mes mains. Pas sûr qu'elle accepte. Je crois que je ne suis pas très sensible à ses textes en prose... Je lui ai quand même adressé une copie des Innocentes. J'ai déjeuné chez Fernand avec Pascale et Christine. Mes deux témoins pour le mariage... Au soir, j'ai retrouvé Jaunay au Sauvignon. Après Milosz et Nostoc, 13 h 58, elle est en pleine écriture de son troisième roman. Les premiers sont parus chez L'Harmattan, ce serait bien qu'elle trouve un autre éditeur. Nous avons bavardé d'un verre à l'autre. Amélie nous a rejoint. Et la nuit nous a ramenés tous les deux à la maison.

Mardi 7 avril. 16h00

Le dentiste a fait la moue. Visite de contrôle. Tout va bien. Pas de caries, mes quelques plombages tiennent bon mais mes dents sont usées à force de serrer, de grincer, de mâchouiller les stylos. Elles ont de l'avance sur vous... Drôle de perspective. Je suis sorti du cabinet un peu bizarre. J'ai inauguré mon détartrage en déjeunant avec Hélène à la Boissonerie.

dimanche 12 avril 2009

Lundi 6 avril. 23h00

J'étais encore dans le métro, en route pour Censier. Annie m'a appelé. Il y a encore des problèmes à la fac. Pour l'instant les portes sont fermées. Mais je te ferai entrer. Je devais participer à une réunion d'information professionnelle avec les étudiants. Raconter sa vie, son travail. Les appariteurs m'ont laissé franchir les portes. Qu'est-ce qu'on fait ? Très vite, j'ai compris qu'il n'y avait aucune chance pour que les salles soient accessibles. Je rentrais un peu agacé du temps perdu quand j'ai reçu un coup de fil d'une étudiante. Nous sommes cinq, vous voulez bien qu'on se voie un peu ? Et me voilà un quart d'heure après installé à la terrasse d'un café à parler formation et filières. Vocation et désir. Ce que l'on veut vraiment, vous savez, je suis certain qu'on peut l'obtenir. Méthode Coué ? Pas tant que cela. Mais le problème est de « vouloir vraiment » ...

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