Le réveil a sonné à quatre heures et demie du matin. Je me suis levé étonnement en forme. Pied de nez à ma déprime d'hier sans doute. Dans le train, Amélie s'est emberlificotée dans les manteaux et les écharpes et s'est endormie profondément aux premiers tours de roue. Elle a filé à L'Olivier dès l'arrivée à Vaugirard. J'ai retrouvé l'appartement encombré des paquets que la concierge avait déposés pendant le week-end. J'ai déballé les livres. Commencé à lire ceux reçus pour l'enregistrement de Jeux d'Epreuves jeudi. Le remède et le poison de Dirk Wittenborn dont parlera Nathalie, Résidence des étoiles d'Angelo Rinaldi. J'avais déjà les épreuves des Onze, un très beau texte de Pierre Michon sur ce que l’histoire donne à voir, sur ce qu’on imagine... Je déjeunais avec Francine du côté de la Bourse. Elle est rédactrice à Challenge et a été une de mes enseignantes en journalisme au CPJ à la fin des années 1980. Elle m'a appris beaucoup. Je lui dois le peu de rigueur que j'ai. Nous nous sommes raconté nos histoires de boulot, nos histoires de famille. Avec la sincérité de ceux qui se ne voient pas souvent. Cela faisait au moins trois ans. A quand la prochaine fois d’ailleurs ? J'ai remonté jusqu'aux Grands boulevards par les passages. La galerie Feydeau, la galerie des Variétés, les Panoramas. Dans le métro, j'ai croisé Sabine. Elle revenait du Figaro et était montée dans le même wagon que moi. Nous avons fait un bout de souterrain ensemble. A la maison, j'ai continué mes lectures puis je suis parti un peu avant 19h00 retrouver Amélie à L'Olivier. On y fêtait son départ. Elle s’en va en effet à la fin de la semaine prochaine : la personne qu’elle remplaçait reprend son poste. Je sais qu’elle a le cœur gros. Quelques coupes de champagne à la maison d’édition, puis Olivier Cohen a emmené dîner une petite troupe de fidèles marché Saint-Germain. Geneviève, Camille, Pierre, Alix, Violaine, Laurence. Nathalie et Nathalie... Il y avait ceux que je connaissais bien, ceux que je connaissais moins et ceux dont j’avais juste entendu parler. Le repas a été affectueux, drôle, très simple et doucement nâvré. Amélie a reçu plein de cadeaux. Une fois de plus, dans tout ce que les uns et les autres manifestaient, j’ai vu, à quel point elle était rare et précieuse. Une fois de plus, j’ai mesuré ma chance et je me suis senti sottement fier. Infiniment reconnaissant.
mardi 14 avril 2009
Lundi 13 avril 2009. 21h00
Par Xavier Houssin le mardi 14 avril 2009, 11:56
Fabien est venu prendre un café avec nous ce matin. Il partait à une brocante à Sartilly. Vous venez ? Pas le temps. Je voulais profiter de cette journée pour nettoyer le jardin, attacher les rosiers, planter les derniers hortensias. Il fallait aussi débarrasser le koetsch pour que ferronnier pose les portes et les châssis de la serre. Nous avons déjeuné sur la terrasse. Sommes retournés aux Fontenelles encore arracher un peu de cruau et passer la tondeuse dans l'allée. Comme il faisait beau. Dans le milieu de l'après-midi, l'heure du train approchant et les valises à faire, tout s'est assombri d'un coup malgré le ciel bleu et j'ai ressenti, venue de très loin, une angoisse de fin de dimanche et de retour à la pension. Je me suis assis sur le banc près du frêne, les yeux un peu perdus dans la haie. Pas envie de bouger. Pas envie du tout. Amélie s'est approchée. Ne t'inquiète pas, m'a-t-elle dit. Tu sais, on peut rentrer demain.
Dimanche 12 avril. 22h10
Par Xavier Houssin le mardi 14 avril 2009, 10:46
Enfin un peu de soleil. Nous avons retrouvé Georgette à la sortie de la messe de Pâques. Tiens, justement, je ne vous ai pas donné vos œufs. Les poules de Marie-Thérèse pondent à nouveau. Elles s’étaient arrêtées presque tout l’hiver. Un verre de vin blanc avec du cassis ? Juste un alors. Noëlle va passer à la maison prendre l’apéritif avant d’aller déjeuner chez des cousins. Elle est à Carolles depuis une semaine et y reste jusqu’à la fin des vacances. Elle range, elle jardine, part de balader le long du sentier des douaniers. Nous avons, chacun de notre côté, des activités qui se ressemblent. Les journées sont si simples ici. Nous avons passé l’après-midi aux Fontenelles. C’est le printemps aussi pour les plantes adventices. La terre labourée fin février s’est déjà recouverte de pousses serrées de chiendent (elytrigia repens), de plantain (plantain major), de véronique (veronica persica), de trèfle (trifolium repens) et d'orties (urtica dioica et urtica urens). Au diable la botanique. Passer le croc, le rateau, le racloir. Arracher les grosses touffes à la main. Saleté d'orties. En quatre heures, nous ne sommes parvenus à nettoyer qu’un tiers du potager. On s'est regardés. Je n’en peux plus. J’ai fait mes plantations. Amélie a cueilli des salades et nous sommes rentrés couverts de terre et fatigués.
Samedi 11 avril. 22h50
Par Xavier Houssin le mardi 14 avril 2009, 10:46
Marché tôt à Granville. Sale temps. Les rues étaient humides et glacées comme en novembre. Froid aux mains, froid aux pieds. Nous sommes passés voir Bruno Séron à L’Encre bleue. Je signe mon livre chez lui la semaine prochaine. J'espère qu'un peu de monde viendra et qu'il ne sera pas déçu. Un café au Pirate. Nous avons acheté des praires, deux petits saint-pierre, des pieds de cheval. Un gros bouquet de fleurs de jardin pour offrir aussi. Nous étions invités à déjeuner chez Jean-Manuel et Hélène Bourgois. Enfin pas exactement chez eux. Des amis leur avaient prêté une grosse maison dix-sept ou dix-huitième du côté de Saint-Lô. Granit et vieilles poutres. Nous avons fait ensemble un repas quasi familial, car Amélie leur est liée par un jeu subtil d’alliances du côté de son grand-père. C’était plutôt gai. Il y avait là Eve, leur fille qui attend un bébé, Cesare, son compagnon, les deux fils des propriétaires des lieux, arrivant juste des Etats-Unis, la sœur d'Hélène… En repassant par Granville, nous avons acheté un lit pour la nouvelle chambre, des flûtes à champagne pour le mariage, du rosé de loire pour l’été, des groseillers, des artichauts et des salades pour le potager.
Vendredi 10 avril. 23h00
Par Xavier Houssin le mardi 14 avril 2009, 10:44
Le temps s’est gâté passé L’Aigle. Les gros nuages noirs qui accompagnaient le train ont fini par crever sur le bocage. Sur les vitres, avec la vitesse, les goutellettes faisaient une course de petits serpents transparents. Se poursuivant, s’avalant, grossissant jusqu’à disparaître. A Granville, il tombait un crachin portuaire et trempé. La voiture n’a pas démarré. Plus de batterie. Les gens de chez Avis m’ont dépanné. J’ai pu ainsi aller jusqu’au garage pour la faire remplacer. J’avais perdu ma matinée. A la maison, la peintre passait une dernière couche à la porte du garage. En quelques semaines, comme tout a changé... Le couvreur a terminé le toit du garage, le parquet est posé dans la nouvelle chambre, les étagères fixées. Le ferronnier a même embarqué les portes de serre pour les décaper. Au jardin, M. Mitaillé a taillé les haies, tondu la pelouse, installé un arceau pour la glycine, étalé partout au sol du sable de granit. Les narcisses sont en fleurs. La plate-bande est toute blanche. Quelle pitié qu’il pleuve. Je suis allé voir Georgette. Elle m’attendait. Quinze jours que nous n’étions pas venus. Comme elle me donnait des nouvelles des uns et des autres, elle a pris brusquement un air grave. Il faut que je te dise… La dernière pousse de l’impatiens ramenée du Mexique en 2007 est très mal en point. De minuscules insectes ont colonisé les feuilles qui grisent et se désèchent. J’ai mis du produit, mais je crois que c’était trop tard. La plante n’a pas très belle allure en effet. Elle l’a installée dans sa chambre, à mi-ombre. Je la soigne, dit-elle. Il faut garder espoir. Quelques courses. Je me suis dépéché de rentrer. J’attendais un journaliste de Tendance Ouest, une station de radio locale, qui devait m’interviewer. Nous avons passé un long moment ensemble. Après l’enregistrement, nous avons bavardé. Jean-luc Lefrançois a, comme il dit, une autre casquette. Il est prêtre à Donville... J’ai rangé, trié interminablement les vieux papiers. La pluie avait cessé. Parfum de terre mouillée. J’ai ouvert les huîtres achetées chez Charuel et j’ai été chercher Amélie à la gare.
lundi 13 avril 2009
Jeudi 9 avril. 23h40
Par Xavier Houssin le lundi 13 avril 2009, 21:03
En un rien tout est allé très vite. Au début de la semaine, les bourgeons des marronniers étaient juste distendus, laissant échapper au sommet une minuscule pointe verte. Je n'ai pas vu passer les jours. Aujourd'hui, une éclosion de petites feuilles a partout envahi les branches. J'ai fait le tour de la place Saint-Sulpice nez en l'air et je suis remonté par la rue Férou jusqu'au Luxembourg pour continuer à me laisser envahir de premières ramures. Amélie est rentrée de bonne heure. Nous avons rangé l'appartement toute la soirée. Préparé des sacs, des paquets. Demain, je pars à Carolles. Chargé comme un baudet.
Mercredi 8 avril. 22h00
Par Xavier Houssin le lundi 13 avril 2009, 20:39
Toujours pas de cours à Censier. Les prochaines semaines, ce seront les vacances. Je ne reverrai les étudiants que fin avril. J'en ai profité pour terminer le dossier de subvention du CNL pour mon Anna de Noailles. Il faut que je trouve encore un préfacier. Je cherche aussi quelqu'un pour rédiger un court avant-propos. Un point de vue de lecteur. J'ai téléphoné à Annie Ernaux. Dans Les années, elle avait cité deux vers de L'offrande à la nature, un des poèmes du Coeur innombrable : Je me suis appuyée à la beauté du monde / Et j'ai tenu l'odeur des saisons dans mes mains. Pas sûr qu'elle accepte. Je crois que je ne suis pas très sensible à ses textes en prose... Je lui ai quand même adressé une copie des Innocentes. J'ai déjeuné chez Fernand avec Pascale et Christine. Mes deux témoins pour le mariage... Au soir, j'ai retrouvé Jaunay au Sauvignon. Après Milosz et Nostoc, 13 h 58, elle est en pleine écriture de son troisième roman. Les premiers sont parus chez L'Harmattan, ce serait bien qu'elle trouve un autre éditeur. Nous avons bavardé d'un verre à l'autre. Amélie nous a rejoint. Et la nuit nous a ramenés tous les deux à la maison.
Mardi 7 avril. 16h00
Par Xavier Houssin le lundi 13 avril 2009, 20:05
Le dentiste a fait la moue. Visite de contrôle. Tout va bien. Pas de caries, mes quelques plombages tiennent bon mais mes dents sont usées à force de serrer, de grincer, de mâchouiller les stylos. Elles ont de l'avance sur vous... Drôle de perspective. Je suis sorti du cabinet un peu bizarre. J'ai inauguré mon détartrage en déjeunant avec Hélène à la Boissonerie.
dimanche 12 avril 2009
Lundi 6 avril. 23h00
Par Xavier Houssin le dimanche 12 avril 2009, 10:02
J'étais encore dans le métro, en route pour Censier. Annie m'a appelé. Il y a encore des problèmes à la fac. Pour l'instant les portes sont fermées. Mais je te ferai entrer. Je devais participer à une réunion d'information professionnelle avec les étudiants. Raconter sa vie, son travail. Les appariteurs m'ont laissé franchir les portes. Qu'est-ce qu'on fait ? Très vite, j'ai compris qu'il n'y avait aucune chance pour que les salles soient accessibles. Je rentrais un peu agacé du temps perdu quand j'ai reçu un coup de fil d'une étudiante. Nous sommes cinq, vous voulez bien qu'on se voie un peu ? Et me voilà un quart d'heure après installé à la terrasse d'un café à parler formation et filières. Vocation et désir. Ce que l'on veut vraiment, vous savez, je suis certain qu'on peut l'obtenir. Méthode Coué ? Pas tant que cela. Mais le problème est de « vouloir vraiment » ...
Dimanche 5 avril. 23h00
Par Xavier Houssin le dimanche 12 avril 2009, 09:15
Nous sommes allés à la messe des Rameaux à Saint-Jean-Baptiste de Grenelle. L'église était pleine d'enfants. Et cela faisait au coeur un incroyable printemps. Il y avait bien longtemps que nous n'avions pas passé un dimanche à Paris. Nous avons fait le marché rue de la Convention. Acheté des petites seiches encore toutes noires d'encre. Pris un verre de vin blanc en terrasse au soleil avant de rentrer, panier chargé, à la maison. Au soir, j'ai terminé mon papier pour Le Monde sur le dernier roman de Rafael Chirbes. Amélie lisait, la fenêtre ouverte. Ecoute... Dans le noir de la cour, du côté des arbustes, une trille et une autre, et encore et encore. Pas de doute possible, c'était un rossignol.
vendredi 10 avril 2009
Samedi 4 avril. 23h50
Par Xavier Houssin le vendredi 10 avril 2009, 16:12
Ariane m’avait prêté sa voiture. Nous sommes allés la chercher au parking Saint-Germain. Un grand break Peugeot bleu aux portières défoncées. Sans elle, cela aurait été bien compliqué. Aller à Senlis par les transports en commun est une petite expédition. Le train gare du Nord jusqu'à Chantilly. Le car ensuite. Des horaires capricieux et un trajet interminable pour seulement cinquante kilomètres. Je signais mon livre en début d'après-midi dans une « nouvelle » librairie de la place Henri IV. Je dis juste « nouvelle », parce qu'elle n'existait pas autrefois. Enfin, du temps où j'habitais là-bas. J'aurais mieux aimé être dans la librairie que tenait Mme Fiévet, là où sont tous mes souvenirs de lectures d'enfance, mais pour tout un tas de raisons, ce n'était pas possible. Je n'ai pas perdu au change. Christian Sohier, le « nouveau » libraire a été charmant, attentif. Il avait fait toute une vitrine où l'on ne voyait que mon livre et j'ai vu bien des gens. Nous nous étions promenés avant. Je n'ai pas voulu aller jusqu'à la maison, mais nous avons marché. La rue aux Flageards, la place de la Halle, la rue du Châtel. Mon ancienne école de la rue Saint-Péravi. La Fausse-Porte. La rue du Puits-Tiphaine. Je connais par coeur les pavés, les façades. Je pourrais me promener ici avec les yeux bandés. J'ai senti qu'Amélie épousait tout cela et mon émotion s'est rassemblée en elle. Mme Fiévet était là la première et on s'est embrassés. C'est à elle que je dois ce goût que j'ai des livres. Je passais des après-midis dans sa boutique. Le tourniquet des poches, les étagères basses, les rayons, les casiers. Mon monde est né chez elle. Petit monde de papier. Et puis sont arrivées d'anciens élèves de ma mère, celles d'Anne-Marie Javouhey et ceux de Saint-Vincent, des Senlisiens aussi que j'avais oubliés. Mme Rallon, Mme Werhlé, M. Sochalas, le père de Blandine. C'est drôle comme se retissent les liens comme en hier. Fabienne m'avait envoyée une amie. Patrick m'avait dépêché son fils. Je reviendrai à Senlis, j'y ai mon prochain livre. Il est là en entier, juste passé l'écran du trop de nostalgie. J'ai repris la voiture pour rentrer à Paris. Bouchons sur l'autoroute. Je me suis perdu dans la Plaine Saint-Denis. Nous sommes arrivés en retard pour le dîner chez Evelyn, rue Coquillère. Il y avait Christine, Marianne. Nathalie, qui avait retardé son départ en vacances juste pour qu'on se voie. Champagne.
Samedi 4 avril. 2h10
Par Xavier Houssin le vendredi 10 avril 2009, 16:11
J’ai bu un café avec Renaud au Sauvignon sur le coup des neuf heures. Il est comédien, scénariste, écrivain. Nous nous étions rencontrés à Chambéry en 2004. Il venait de publier Les deux morts d'Hannah K. Nous nous sommes suivis de loin en loin. Un verre. Une soirée. Un petit mot de fin d’année. J’ai lu ses livres. Room service, Tabloïds... Nous sommes restés deux heures ensemble à dérouler nos histoires. Je lui ai raconté mon prochain texte. Il va m’envoyer le manuscrit qu’il vient de terminer. En le quittant, je suis allé chez Buchet avancer un peu la chronologie d’Anna de Noailles. J’y ai passé l’après-midi. C’est loin d’être fini. J’ai été chercher Amélie rue Jacob. Nous étions invités chez Cookie, dans son nouvel appartement, à deux pas du Musée de la vie romantique. Une soirée d’auteurs, de peintres, de photographes. Que du beau monde. Buffet froid et vin rouge. Conversations et apartés. J’ai bavardé avec Caroline et Jean-François. Avec Marie-Hélène. Avec Philippe, qui m’a semblé si fatigué, si las. Nous ne sommes pas restés très longtemps. J’étais attendu sur le plateau de Café littéraire, l’émission de Daniel Picouly sur France 2. Le tournage avait lieu à deux pas, au Moulin rouge. Et comme d’habitude, j’allais dire, cela s’est fermé comme une parenthèse hermétique. Aucun souvenir de ce qui s’est passé. Il y avait là Sophie Davant. Patrick Souchon qui venait d’écrire La chanson de Nell, un livre sur sa mère et avec lequel, en lisant, je m’étais senti pris dans des boucles de hasards, de coïncidences de lieux et de correspondances. Ca a été ? Amélie et Claire m’attendaient dans la loge. Très bien. Vraiment très bien. Nous avons pris le même taxi avec Claire. Elle aussi habite le XVe. Je serais bien allé prendre un verre quelque part. Mais c’était bien trop tard pour le quartier.
Jeudi 2 avril. 22h00
Par Xavier Houssin le vendredi 10 avril 2009, 16:04
J’ai préparé Jeux d’Epreuves. Lu surtout Le journal volubile d’Enrique Vila-Matas que présentait Cécile. Un texte qu’on croirait évacué d’intime, tant son auteur semble y oublier sa part personnelle. Mais c’est paradoxalement dans cet effacement qu’il se révèle et qu’il s’apprivoise. J’ai déjeuné très tard aux Ondes, juste avant l’émission. Tartare « italien ». J’avais commandé la même chose la dernière fois que j’étais venu. C’est simplissime et vraiment bon. Je me suis raconté tout seul la recette. Saler et poivrer abondamment la viande hachée à grosse grille. Ajouter du basilic ciselé, des copeaux de parmesan. Lier le tout avec une huile d’olive plutôt fruitée. Voilà. On peut rajouter aussi quelques pignons écrasés… Je suis arrivé le premier dans le studio. J’ai relu mes notes. Je défendais La solitude des nombres premiers de Paolo Giordano au Seuil. Un premier roman vraiment poignant sur l’adolescence, l’isolement, la difficulté à grandir que m’avait fait découvrir Géraldine. Je m’étais enthousiasmé, mais j’avais aussi un peu peur d’avoir été séduit par le ressassement de mes propres histoires, jamais finies, jamais réglées. Tous ont aimé. Cécile, Nelly, Clara, Joseph. Quand cela se passe comme ça, je me sens tellement conforté.
jeudi 9 avril 2009
Mercredi 1er avril. 23h10
Par Xavier Houssin le jeudi 9 avril 2009, 20:06
La fac est encore bloquée. La grève dure. J'ai adressé un questionnaire d'actualité aux étudiants. Ils en feront ce qu'ils voudront. Je devrais peut-être imaginer de faire cours hors les murs. Dans un café, au jardin des plantes. Je ne sais pas. Quelque chose comme ça. Au courrier, j'ai reçu une enveloppe de mon cousin Jean-Pie. C'était les photos dont nous avions parlé lorsque nous avions déjeuné ensemble en février, rue Rambuteau. Des clichés anciens de famille où il fallait retrouver qui était qui. J'y ai découvert deux visages. Celui de mon arrière-grand-père Louis Lapierre, tout jeune homme moustachu, en garçon de café, au studio du photographe, torchon sur l'épaule et plateau à la main. Celui aussi de mon grand-oncle, Georges Lapierre, en uniforme de fantassin, au repos à l'arrière des lignes, peu de temps avant qu'il tombe en juin 1915 à Notre-Dame-de-Lorette. J'ai vu aussi mon arrière-grand-mère Marie, avec dans les bras sa chatte blanche dont je sais, grâce à ma mère, qu'elle s'appelait Polaire. Je l'ai retrouvée plus loin, posant assise dans le fauteuil de son salon. Derrière elle, le petit tableau pieux des Sept douleurs de la Vierge, qui était accroché à l'étage rue d'Avelghem, que ma mère avait installé dans sa chambre, et qui est maintenant au mur de mon bureau... Je vais montrer tout cela à Georgette. Il est tant de personnages que je ne connais pas. Pourtant, ce sont les Miens. Bref passage chez Buchet. Amélie est passée me chercher. Nous avions rendez-vous avec Sophie au Nemours avant d'aller au Théâtre français voir ensemble La grande magie, d'Eduardo De Filippo. Je ne connaissais pas du tout. La pièce raconte l'histoire d'un magicien un peu filou qui présente un spectacle miteux devant les clients d'un grand hôtel de bord de mer. Parmi eux, un mari jaloux et sa femme qui va profiter du numéro pour disparaître pour de bon dans le sarcophage égyptien et rejoindre son amant. Mais le vaudeville déborde vite. A quoi sert l'illusion ? Comment rêve-t-on sa vie ? Tant de questions que je me pose. Sans cesse. Mais nous avons surtout ri. De très bon coeur.
Mardi 31 mars. 22h30
Par Xavier Houssin le jeudi 9 avril 2009, 19:33
La nuit a été courte. Je me suis retourné sans arrêt dans le lit trop grand pour moi. Mon train pour Paris partait à 7h00. Le wagon de première était plein sur les deux étages. Rien que des hommes d'affaires bardés de téléphones et d'ordinateurs portables. J'ai bu un café dans un gobelet en carton et je me suis enfoncé dans un sommeil sans rêves. Content de retrouver l'appartement. Emmanuelle m'a appelé pour annuler notre déjeuner. Des histoires de garde d'enfant... Je t'envoie les épreuves du Fiona Capp. C'est son quatrième texte traduit chez Actes Sud : Portrait de l'artiste en hors-la-loi. J'ai très hâte. Nous en avions parlé lors de son dernier séjour en France, avec Steven et Leo, en janvier 2008. Cela s'annonce comme un roman familial. Une histoire d'origines. J'ai passé une partie de l'après-midi chez Buchet. Toujours ces histoires de préface pour Les Innocentes d'Anna de Noailles. J'avais rendez-vous avec Michèle Lesbre dans les nouveaux locaux de Sabine Wespieser, rue Barbette, pour un papier sur son dernier livre, Sur le sable. Nous sommes allés prendre un café rue des Rosiers. Parlé d'elle, et surtout de cette narration très douce et simple que j'avais lue comme un tournant dans son oeuvre. Je crois en effet qu'elle s'y livre davantage. Chaque page est emplie de lieux, de correspondances et de reconnaissances. Il faisait beau. J'ai marché un peu le long de la rue de Rivoli. J'ai acheté pour Amélie un petit bracelet de breloques pieuses mexicaines chez Litchi, rue des Ecouffes. Nous nous sommes retrouvés au Sauvignon. J'avais le sentiment que ça faisait si longtemps.
mardi 7 avril 2009
Mardi 31 mars. 1h30
Par Xavier Houssin le mardi 7 avril 2009, 23:48
Mes affaires à l'hôtel. Un taxi juste après. Nous avons roulé un peu. Je ne comprends pas bien Lyon. Je mélange la Saône, le Rhône. Qu'est qu'on vient de traverser ? Montée en petites rues. La voiture m'a déposé à la Croix Rousse dans le parc de la Cerisaie. La villa Gillet est une grosse bâtisse palladienne posée au dessus du paysage. Je n'étais jamais encore venu ici. Mes tables rondes des années précédentes pour les Assises internationales du roman s'étaient passés dans un autre lieu, les « Subsistances », quai Saint-Vincent. Daniel fumait une cigarette sur le perron. Nous avons bavardé un moment avant de rejoindre Vera qui l'avait accompagné pour l'occasion. Dès que Frédéric est arrivé, Adélaïde nous a emmenés dans la salle où attendaient plus de cent personnes. Bel auditoire. Daniel a lu, avec une émotion heurtée, un long texte sur Klaus Mann. Oui, il m’est un compagnon. Ce que je vis avec son œuvre, avec sa mémoire a nom « amour »... Frédéric a circonvoluté autour de Wilde: Je me suis demandé parfois, avec la naïveté d'un biographe attendri que je ne suis pas, si j'aurais pu être son ami. Pendant une bonne heure, j'ai renvoyé les balles d'un petit ping-pong littéraire. Tiens, on se vouvoie maintenant ?, m'a lancé Frédéric. - Oui, ce soir c'est sérieux. Jeux de mémoire, minuscules hasards et vraie sincérité. Les gens avaient l'air contents. Guy Walter aussi. Il nous a tous emmenés dîner chez Albert, place Fernand Rey, aux Terreaux. Marbré de lapin, côtes d'agneau, quelques verres de mâcon blanc. J'étais assis à côté d'Adélaïde. Tu ne veux vraiment pas de vin ? J'ai mis un rien de temps a comprendre. Quelle jolie nouvelle... Il est pour septembre, son bébé.
lundi 6 avril 2009
Lundi 30 mars. 18h30
Par Xavier Houssin le lundi 6 avril 2009, 17:46
J'avais voulu me lever tôt pour préparer ma rencontre à la villa Gillet. A peine pris un café. Je retourne travailler... Le thème ? « Autobiographie de mon frère », avec Frédéric Ferney et Daniel Arsand. Une affaire de correspondances, d'affinités littéraires et d'époque. Frédéric avait choisi de parler d'Oscar Wilde sur lequel il avait fait paraître un livre illustré chez Mengès. Daniel défendait son Klaus Mann qui l'accompagne depuis longtemps et dont il est tout récemment l'éditeur chez Phébus pour un recueil d'essais : Contre la barbarie. Arlette Farge aussi devait y participer, mais elle avait eu un empêchement. Dommage. Ca aurait été une belle occasion de la rencontrer. J'aurais vraiment aimé. Je l'avais découverte avec Le goût de l'archive sorti en 1989 au Seuil. J'étais encore à l'époque en plein dans mes recherches sur Jean-François de La Harpe. Département des manuscrits de le BN. Bibliothèque de l'Arsenal. Cet essai sensible disait tout cet étrange qui m'était familier d'arracher à l'oubli des moments de vies consignés dans les registres, enfoui dans les liasses. Je lui avais écrit tant je m'étais senti en proximité. Elle aurait dû évoquer Jean-Honoré Fragonard, XVIIIe oblige. Tout cela s'annonçait un peu compliqué et disparate. J'ai noté pas mal de questions. On verrait bien. Nous avons déjeuné rapidement. Dit au revoir à Emmanuel. Avec lui, il me reste comme un tampon ouaté d'excessive pudeur. Il faudrait que je lui écrive, mais je ne trouve jamais le temps. Claire nous a emmenés à Cannes. Mon train pour Lyon partait un peu avant 14h00. Celui d'Amélie, pour Paris, quelques heures après. Je me suis retrouvé dans le wagon, à une place à gauche contre la vitre. Personne à côté de moi. L'Estérel était gris. Mon voisin de derrière a baissé le store. Plus rien à voir. J'ai préparé mes fiches pour le soir.
vendredi 3 avril 2009
Dimanche 29 mars. 23h00
Par Xavier Houssin le vendredi 3 avril 2009, 00:01
Au matin, le ciel ne s'est pas levé. Il est resté tout blanc. De longues traînées de brume accrochées aux oliviers. On n'y voyait pas à un mètre. La pluie, dans sa persistance, a fini par tout effacer. Avec Emmanuel, nous sommes allés rendre visite à Olivia et Gideon dans leur maison de Chateauneuf pour un café un peu tardif à cause du changement d'heure. Gideon est horloger. J'avais apporté cette pendulette des années trente qui me vient de Josette France, la veuve de René Blum, dont je m'étais occupé quand je travaillais au service de santé mentale du VIIIe arrondissement. Josette France était une très vieille dame qui débutait un Alzeimher. Elle habitait boulevard Malesherbes, au fond d'une cour, un genre d'atelier d'artiste un peu baroque. Elle avait été actrice et avait vécu une grande histoire d'amour avec René Blum (critique, écrivain, directeur des ballets de Monte-Carlo et frère de Léon...). Une histoire mondaine et littéraire aussi. Leurs amis étaient Roland Dorgelès, Tristan Bérard, Cécile Sorel, Max Ernst, Raoul Dufy, Robert Desnos. Tant et tant... René Blum est mort en déportation. Leur fils unique s'est engagé à la Libération dans la Deuxième DB. Il a été tué quelque part en Allemagne. Plus aucune famille. Plus d'amis et depuis si longtemps. J'allais la voir tous les jours. Je rebrodais avec elle des morceaux de mémoire. Des souvenirs ténus, et des moments d'avant, et de ces moments-là. Nous parlions, nous parlions. Des poètes et des peintres. Il a fallu l'hospitaliser un jour. Plus rien ne tenait à rien. Un mandataire de tutelle à été nommé. Il a décidé de vendre les livres (tellement de livres), les tableaux, les dessins, les bibelots, les souvenirs. J'ai arraché à la mise aux enchères, carton à carton, un legs pour la bibliothèque de l'Arsenal. Le reste est parti en salle des ventes. Je suis passé un jour pour voir le logement vide. Dans un coin, en trois morceaux, j'ai trouvé ce petit réveil carré en métal poli. Je l'ai pris. Josette France est morte, un an et quelques après. Elle n'avait plus personne. C'est moi qui ai organisé ses funérailles. Je me revois au cimetière Montparnasse, tout seul au bord de la fosse. Elle est enterrée pas loin de Pierre Louÿs, une de ses connaissances. Je vais de temps en temps sur sa tombe poser une botte de glaïeuls rouges, ses fleurs préférées. J'ai laissé à Gideon, en puzzle, le cadran, le boitier, les rouages. Ca devrait remarcher... Je l'aurais embrassé. Nous avons tiré doucement la journée près du feu. Milène et Xavier sont passés prendre un verre. J'ai essayé de travailler un peu à la table ronde que je dois animer demain soir à Lyon, à la Villa Gillet. Dehors, la pluie continuait de tomber.
mardi 31 mars 2009
Samedi 28 mars. 23h50
Par Xavier Houssin le mardi 31 mars 2009, 21:52
J’étais attendu dans la librairie de Jean-Paul à Pré-du-lac pour une signature. Nous sommes partis avec la 2CV bleue. Temps d’eau. L’herbe était couchée sous les trempes de la nuit. En descendant le raidillon d’accès à la maison tout glissant de bruine, la voiture hoquetait d’humidité. J’appréhendais un rien cette matinée où je devais rencontrer beaucoup d’oncles, de tantes et de cousins. Toujours cette peur de ne pas se souvenir, de ne plus savoir mettre les noms sur les visages. Pourtant, grace aux révisions qu’Amélie m’avait fait patiemment faire, je suis parvenu à un (presque) sans fautes. Elle m’a soufflé le reste... Olivia et Milène sont venues les premières. Un café, puis deux. Bavardages et nouvelles. J’ai dédicacé quelques livres à des clients de la librairie. J'étais en train de parler de la grande sauterelle verte (tettigonia viridissima), du flambé aussi (iphiclides podalirius) et de Jean-Henri Fabre à un vieil entomologiste du coin, astronome à ses heures, quand tous les autres sont arrivés. Et en nombre. Alain et Jacqueline, Véronique et François, Hervé et Marie-Camille, Fanette et Jean, Marie-Cécile et Danielle, Caroline, Toinon, Patou, Christian, Guillaume. Il y avait aussi Marie et Jacques, Marie-Jeanne et Dominique, Jeannine qui avait été la prof d'histoire d'Amélie à Abidjan, et les Estradier (Cécile et Bernard) dont j’avais entendu dire une fois que la pelouse de leur maison de Saint-Vallier avait été, sous les chênes, envahie de truffes une année, à n’en savoir qu’en faire... On en a juste ramassé deux cents grammes en janvier dernier, c'est tout. Une grande partie de ce petit monde s’est retrouvée aux Margouillats pour un apéritif qui a duré si tard qu’il s'en est fallu de peu que nous enchaînions directement avec le dîner. Avec Claire et Emmanuel, nous étions invités au « 12 » par Toinon, la tante d’Amélie. Singulière initiation en ce qui me concerne. Le 12 boulevard Thiers à Grasse est la maison de famille. Une belle bâtisse à hautes fenêtres et terrasses où vivaient les grands-parents d’Amélie et où beaucoup de ses oncles et tantes sont nés. Le lieu est impressionnant tant il est envahi de passé. Mais d'un passé étrangement vivant ou plutôt habité. Il s'agit ici d'un conservatoire des souvenirs, surtout pas d'un musée. Pièces immenses, corridors et tapis. Je me suis fait expliquer les portraits directoire, les photos dix-neuvième. C'était qui? C'était qui? Amélie discrètement m'a entraîné vers ses recoins d'enfance. Ca sonnait à la porte. Oui, on va les rejoindre. A nouveau embrassades. Tu veux boire quelque chose? Patou m'a servi d'office un pastis où il ne restait plus beaucoup de place pour l'eau. C'était parfait pour l'heure. Il loge ici, Patou, au rez-de-chaussée. Sa soeur Toinon est à l'étage. A table nous étions dix. Soupe de salsifis, tarte fine aux poivrons. J'ai oublié le reste. J'étais un peu ému. Un peu plus qu'un peu.
dimanche 29 mars 2009
Vendredi 27 mars. 22h40
Par Xavier Houssin le dimanche 29 mars 2009, 10:34
Il a fait un ciel bleu d'été et le temps s'est évaporé comme dans une journée de vacances. Claire nous a accompagnés au marché de Valbonne. Au milieu des Anglais, nous avons joué aux touristes. Acheté des asperges, du thym, des citrons de Nice, des violettes en bouquets. Déjeuner sur la terrasse. Emmanuel avait débouché du vin blanc frais. L'après-midi, j'ai planté des giroflées blanches, des lavandes en plate-bande tout contre la maison. J'ai pensé au poème de Pierre-Jean Toulet : Quand l'ombre est rouge sous les roses/ Et clair le temps,/ Prends garde à la douceur des choses.
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