SWFObject embed by Geoff Stearns (basic) @ deconcept

vendredi 15 mai 2009

Jeudi 14 mai. 23h50

J'ai rencontré Adriana Lisboa pour son livre Des roses rouge vif paru chez Métailié. Elle est brésilienne, elle vit aux Etats-Unis. Nous nous sommes retrouvés à la Cité des arts, là où logeait Steven quand il venait seul à Paris. Des roses rouge vif est très beau texte sur les sensations d'enfance, les peurs, ce que l'on cache aussi. La peinture des fenêtres s'écaillait peu à peu, tout vieillissait et devenait jour après jour de plus en plus secret. De plus en plus douloureux. J'ai eté chez Buchet continuer d'écrire l'interminable chronologie d'Anna de Noailles. Bavardé avec Raphaël, pris un verre avec Pascale. Amélie est venue me chercher au bar de La Perle. Nous avons passé la soirée avec Marion et Jérôme au J'Go. Dîner en terrasse. Il avait plu encore et l'air était comme empli de petites bulles d'odeurs en train de doucement s'éteindre.

jeudi 14 mai 2009

Jeudi 14 mai. 0h30

Nous avons fermé la maison, porte à porte, volet à volet. J'ai coupé les fleurs fanées des pivoines arbustives. Les roses aux pétales confits de pluie. Les derniers bouquets brunis des camélias. J'ai arrangé dehors dans un vase le bouquet offert par Jocelyne Charuel, le dernier qui nous reste et qui tient solidement en verdure et en épines. Palmes, chardons, ronces. Quel accrochant souvenir. J'ai dit au revoir au frêne. Nous avons pris le train à Granville comme depuis longtemps. Un vrai retour vers autre chose. Je n'en suis pas ravi. Amélie avait un rendez-vous pour le déjeuner. Moi, je retrouvais Lionel Destremau au Seuil pour croiser nos corrections sur les épreuves du Jean Cayrol. J'ai filé chez Buchet lire l'avant-propos que Josyane m'avait envoyé pour Les innocentes d'Anna de Noailles. J'attends toujours la préface. A chaque fois, le volume est un peu plus long à terminer. Je sortais juste quand a éclaté un gigantesque orage. Près d'une heure de ciel noir et de gouttes battantes. De rafales et de grêlons. Je suis resté sous un porche en attendant que la pluie cesse. J'ai retrouvé Amélie, en retard, à trois rues de là. Nous avions prévu de dîner chez Nadine. Depuis son accident, elle vit cloîtrée dans son appartement, se déplaçant à grand peine. Ca me ferait plaisir... Nous avions amené un carré d'agneau de chez Bisson, une salade du jardin, des rattes. Les photos du mariage aussi. Le chat est monté sur la table pour se faire caresser. C'était une belle soirée.

mercredi 13 mai 2009

Mardi 12 mai. 23h00

J’ai regardé à nouveau les épreuves de l’anthologie poétique de Jean Cayrol. Fait quelques corrections supplémentaires. Le volume va s’appeler Chacun vient avec son silence. Il balaye, dans l’ordre chronologique, l’ensemble de ses recueils, de 1935 aux dernières années où, il dictait, épuisé, ses textes à son épouse Jeanne. Il sortira en septembre. J’ai hâte d’avoir le livre en main. Il me sera une manière de dire merci. De témoigner, un peu, de ce que Cayrol m’a apporté. J’avais découvert Je vivrai l’amour des autres à l’adolescence. Puis sa poésie. Elle ne m’a plus quitté. Cayrol m’est proche dans ses élans mystiques, dans sa fidélité enthousiaste à l’esprit de la Création. Bestiaire, flore et cosmos. Il porte son attention au plus petit murmure, au moindre frissonnement parcourant le silence. Il est d’ici, comme d’un jardin sans limites. Du plus près et des heures qui s’écoulent. Images arrêtées. L’immobile est vivant.

Nous sommes passés dire au revoir à Georgette. Nous ne serons de retour que samedi. Elle va bien, rassérénée, depuis que l’échographe, la semaine dernière, lui a assuré qu’elle n’avait rien à la mâchoire. Pas de cancer, donc… Qu’est-ce qu’il m’avait raconté ce soi-disant spécialiste, ce stomatologue, fulmine-t-elle. Encore un qui se fiche des gens. Hier, Josette l’a conduite chez l’ophtalmo à Avranches. Des douleurs à l’œil droit. Je ne vois rien, je ne vois rien, répétait le médecin. Il vaut mieux en rire… J’ai rédigé les questions que Guy Walter me réclamait depuis une semaine pour la table ronde que j’anime à la villa Gillet fin mai et j’ai rejoint Amélie aux Fontenelles où elle continuait son danaïde désherbage. Au fur et à mesure qu’elle progresse, le cruau repousse. Nous allons planter la semaine prochaine. Histoire de vraiment occuper le terrain.

lundi 11 mai 2009

lundi 11 mai. 23h50

Il me vient quelquefois comme une angoisse lourde qui me réveille en m'étouffant au matin. Qui s'épaissit encore. Et qui reste. La journée s'est passée à faire bonne figure. A avaler mon air en grosses tartines sèches. Le temps était pourtant léger et au fond du jardin, la première rose des deux grimpants Etoile de Hollande a éclot. Les pétales rouge noir. Parfumée. Enivrante.

Dimanche 10 mai. 22h15

Promenade au matin à la cabane Vauban. Marée haute. Il faisait très beau. Le Mont se détachait à peine dans la brume bleue. Amélie a reconduit Elodie et Pierre au train. Dans leur sac, quelques douzaines d'huîtres achetées chez Charuel. Comme on se rencontre parfois. je cherchais la fin de ces vers de Louis Brauquier : Et la saveur de l'amitié/qui nous roulait comme une vague...

Samedi 9 mai. 23h00

J'avais les épreuves du recueil de Jean Cayrol à corriger. Pendant ce temps-là, Amélie a emmené Pierre et Elodie au marché de Granville. Affluence de début de saison. Ils sont revenus fort tard et les paniers remplis. Saint-jacques, bulots, étrilles. Ils avaient même acheté quatre petits homards que j'ai mis à griller.

Vendredi 8 mai. 23h40

Amélie est allée chercher Elodie et Pierre au train de midi. Ils passent le long week-end avec nous. Ils sont arrivés les bras chargés de cadeaux. Des anchois de Collioure (ils en revenaient juste), du « pa de fetge » (un pain de foie de porc très délicatement relevé), du champagne, un petit cubitainer de vin rouge de Ribaute. Nous allons passer, je pense, quelques jours assez gourmands avec eux. Nous avons commencé avec des huîtres de Chausey achetées chez Charuel, des moussettes, ces « crabes de mai », araignées de mer d'avant la mue. Pendant que nous allions faire notre visite quotidienne à Georgette, ils sont allés à la pêche aux coques dont ils ont rapporté un bon kilo. Nous avons parlé recettes de cuisine et littérature. Avant dîner, nous les avons emmenés voir la mer au couchant depuis le sentier des douaniers. Ils avaient l'air contents.

Jeudi 7 mai. 22h00

J'ai accumulé un retard insensé sur les papiers à rendre. J'ai terminé pour Le Monde le portrait de Ying Chen à l'occasion de la sortie d'Un enfant à ma porte au Seuil. Son dixième livre. Je l'avais rencontrée il y a trois semaines déjà. Elle est chinoise, exilée depuis vingt ans au Canada dont elle a maintenant la nationalité. Elle écrit directement en français avec une étonnante aisance. Il faut écrire dans la langue de ce que l’on vit, dit-elle. Ce dernier roman raconte comment une femme trouve un jour, comme dans les contes, endormi sur son seuil, un petit bonhomme de cinq ou six ans qu’elle adopte instantanément, sans questions. Il a probablement fui le tremblement de terre qui a détruit la ville voisine. Mais peu importe. Voilà l’occasion d’assouvir malgré le trop tard un désir maternel qui la taraude et de se conformer à une foule d’attentes sociales. Dès le début du texte, on sait que l’histoire ne durera pas. La protagoniste du texte est récurrente dans l'oeuvre de Ying Chen. Elle l'appelle « La femme de A. ». Etrange personnage, embarqué dans les mémoires mêlées de plusieurs vies. C'est très inquiétant et très beau. Amélie a travaillé aux Fontenelles. Elle a désherbé des heures durant les planches envahies de véronique, de pissenlit, de trèfle et d'orties. Je l'ai rejointe pour arroser. Et prendre la mesure du désastre miniature de nos plantations. La moitié rescapée de ce que nous avions repiqué a complètement disparu en terre. Les potirons, les concombres, les courgettes. Plusieurs salades ont flétri sur place. Trop chaud, trop froid, trop soif.... Le reste tient encore bon. J'ai bichonné les tomates, gratté sous le tunnel au pied des melons qui poussent timidement de petites fleurs jaunes. Nous ferons de nouvelles tentatives après les saints de glace. 11, 12 et 13 mai : saint Mamert, saint Pancrace et saint Servais. Franck et Nicole nous avaient invités pour l'apéritif dans leur maison de Saint-Pierre-Langers. Nicole nous a montré son coin potager. Un vrai jardin école. J'avoue que ça agace.

Mercredi 6 mai. 23h00

Nous avons déjeuné avec Jérôme avant de reprendre la route. Sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés à Belbeuf pour voir Andrée. « Raine Dédée » comme l'appelait Didier que j'avais connu à Point de Vue où il était secrétaire de rédaction. Encore une drôle de coïncidence là aussi. Belbeuf, à côté de Rouen est le village où mon grand-oncle Emile possédait un chantier de péniches sur la Seine. Mon père y avait travaillé, jeune homme, dans les années vingt, avant de s'engager dans l'infanterie coloniale et de partir vers sa vie d'aventures. « Raine Dédée », la marraine de Didier, avait été l'amie d'enfance de Fernande, la fille d'Emile. Tous ces destins croisés en noeuds imperceptibles. Ca nous avait rapproché Didier et moi. J'étais venu plusieurs fois chez lui et Catherine. Fait la connaissance de leur fils Léo. Didier est mort, il y aura bientôt quatre ans. Andrée était contente de nous voir. Nous lui avons annoncé notre mariage. Elle nous a offert un doigt de muscat. L'apéritif sucré des vieilles dames. Revenez vite. Donnez-moi des nouvelles. Sa maison, aux Gravettes est tout au bord de la route. La circulation fait trembler les vitres. Elle y a toujours vécu. Ne veut pas la quitter. Les ponts et chaussées prévoient d'agrandir la chaussée. C'est là que devrait passer l'axe de contournement Est de Rouen. Alors, la maison... Dans le rétroviseur, je l'ai regardé agiter longtemps la main. Nous étions à Carolles à la nuit tombée.

Mardi 5 mai. 23h50

Amélie avait un rendez-vous à Paris. Je l'ai déposée à la gare et j'ai continué en voiture jusqu'à Caen. J'y étais attendu pour l'enregistrement d'une émission du matin sur France 3 Normandie. Répétitions, plateau avec pas mal d'invités. Je n'en suis sorti qu'à midi. Retourner à Granville et attendre le train ? J'ai choisi plutôt de prendre l'autoroute. Une éternité que je n'avais pas fait le trajet seul. Deauville, Pont-Audemer, Rouen, Vernon, Mantes. Ca ne m'a pas paru très long. Je suis arrivé bien avant quinze heures. Passé chez Buchet pour embrasser Pascale, j'y suis resté en fait jusqu'au soir pour avancer dans la réécriture de la préface du Anna de Noailles. Le volume reprend du retard... Amélie a téléphoné. Son rendez-vous d'aujourd'hui était un entretien d'embauche. Elle m'a annoncé la bonne nouvelle. Elle commence à la rentrée chez Liana Levi. J'ai emmené Pascale fêter l'événement avec une coupe de champagne. Nous nous sommes retrouvés tous les trois au J'Go, marché Saint-Germain. Quand nous nous sommes quittés, Amélie m'a invité à dîner à la Bastide. Elle était rayonnante, radieuse. Contente. Et soulagée...

Lundi 4 mai. 22h00

Claire et Emmanuel ont pris le chemin du retour en milieu de matinée. Rennes, puis l'avion jusqu'à Nice. Nous avons rangé un peu. La maison nous a paru étrangement vide. Amélie a choisi un bouquet très simple parmi toutes les fleurs que nous avons reçues. Nous sommes allés le porter sur la tombe de ma mère. Elle était là, n'est-ce pas, samedi ? Marcus a téléphoné au soir. Camille et lui sont bien arrivés. De Mexico, ils ont filé directement à Ixtapan pour rejoindre Virginie, Victoria et Valentine. Vingt-deux heures, de porte à porte, depuis Carolles. Le monde est tout petit...

Dimanche 3 mai. 22h40

Pascale avait son train pour Paris. Laurence et Patrick reprenaient la route pour Rouen. Nous n'étions plus que huit pour le déjeuner au restaurant du casino de Jullouville. Ciel et mer en gris-bleu sans ligne d'horizon. J'ai raccompagné Christine à la gare de Granville. Amélie, un peu plus tard y amenait Marion et Jérôme. Les wagons étaient bondés. Les au revoir sur le quai. Ca pince toujours un peu quand partent ceux qu'on aime.

Samedi 2 mai. 23h50

Trois gouttes de crachin au réveil. Juste pour respecter l'adage sur les mariages pluvieux. Cela a été une très belle journée. Beaucoup de monde nous attendait à la mairie. La famille, les amis, les voisins, les gens du village. Amélie était magnifique, les cheveux relevés en chignon, toute en rouge, toute émue. Philippe a fait un discours débordant de gentillesse où il était question de mon grand-père, de mon père, de ma mère, de nous deux à Carolles, de livres et de bord de mer... Nous nous sommes échangé les alliances. Les témoins ont signé. Pour Amélie, ses deux frères. Pour moi, Pascale et Christine. Je dois à Pascale d'avoir publié mes textes. A Christine d'écrire dans Le Monde. Nous sommes mariés. Voilà. Il fallait que ça se fasse. Grâce à Amélie, je renoue avec une vie que je croyais perdue. Ce moment de passage des lisières de l'enfance. Comment est-elle venue me chercher là ? J'en suis chaque jour émerveillé. Avec elle, je ne change pas d'existence, je donne juste un futur à mon passé. Nous sommes rentrés à la maison. Nathalie qui était venue avec sa fille depuis le matin avait tout installé. Dressé les tables dans le jardin avec des nappes blanches, mis en place le buffet préparé par Jean-Claude Bisson, les huîtres, les jambons, les cochonnailles. On nous avait fait porter des fleurs de partout. J'ai débouché la première bouteille de champagne. Elle a été suivie de beaucoup, beaucoup, d'autres. Je crois que tous étaient contents. Ca riait, racontait des histoires. Les enfants jouaient. Georgette, infatigable, passait de groupe en groupe. il faudrait écrire dans le désordre joyeux de ce jour-là, la litanie des noms de chacun. Oui, Georgette... Et Claire et Emmanuel, Marie, Noëlle, Pierre, Nelly et Charles, Philippe et Joêle, Marcus, Camille, Christine, Pascale, M. et Mme Mitailié, Claudine, Annabelle, Mme Bassard, Fanny et Xavier et Angèle et Lucile, Cécile et Thierry, François-Joseph, Jean et Cathy, Franck, Nicole, Marion, Thomas, Chantal et Francis, Fabien, Jean-Michel, Emmanuelle et Dominique, Iris, Mika, Thierry, Dominique, Sixtine, Edouard, Pierre et Ferdinand, Marion et Jérôme, Josette et Jean-Claude, Bruno, Laurence et Patrick. Promenade jusqu'à la plage. Chacun s'est quitté en fin d'après-midi. Il y avait encore un dîner. Nous étions attendus, une vingtaine, chez François à Genêts. La salle du restaurant était rien que pour nous. Il avait fait rôtir des canettes dans la cheminée. Vin rouge, platées de frites. Il n'était pas si tard lorsque nous sommes partis. Epuisés et heureux. Nous avons embrassé Marcus et Camille qui partaient de très bonne heure le matin. Retour vers le Mexique. Tout ce long voyage pour une si petite fille dont je suis l'oncle aujourd'hui. Et ça ne fait pas rien.

Vendredi 1er mai. 23h00

Un curry d'agneau. Du petit salé aux lentilles. Claire a cuisiné toute la matinée. C'est que nous avons été nombreux aujourd'hui à table. Marion et Jérôme avaient pris le premier train, puis nous avons été chercher Christine, puis Pascale. Marcus et Camille sont arrivés de Rennes en voiture. Quel périple depuis Mexico... Les informations ne parlent que de la grippe qui sévit là-bas depuis plus d'une semaine. Du coup, chacun égrène un petit chapelet silencieux d'inquiétudes. Pourvu que les vols ne soient pas annulés pour leur retour. Pourvu que Virginie et les deux petites qui sont restées n'attrapent rien. Soleil radieux. Nous sommes tous descendus à la plage. Allons, tout ira bien.

Jeudi 30 avril. 22h15

Encore des préparatifs... Aurons-nous assez de verres, d'assiettes, de couverts ? Amélie et Claire sont revenues de chez Emmanuelle et Dominique à Agon, avec une quantité de plats, de corbeilles, de nappes. J'ai passé la tondeuse dans le jardin, emporté à la remise des Fontenelles les dernières berloufes qui traînaient. Franck nous a apporté des tables et des bancs de kermesse. Nous regardons la météo chaque quart d'heure. Dans les journaux, à la télé, la radio, sur internet. Leur plus petit commun multiple pour samedi ressemble à « soleil avec averses éparses » ou « pluie avec de belles éclaircies». Nous voilà bien avancés.

vendredi 8 mai 2009

Mercredi 29 avril. 23h50

Je suis allé faire un tour au jardin. Tout le monde était couché. Je me suis assis au pied du frêne. La terre était froide et humide. Il y a trois ans que Maman est morte dans cette chambre de l'hôpital de Granville entre le 29 et le 30 mai. Je sais que cette nuit de 2006 ne se dissipera pas. Ni mon chagrin.

Mercredi 29 avril. 22h50

J'ai fait l'aller-retour à Paris dans la journée. J'étais invité par Elise Fischer pour parler de mon livre sur RCF en début d'après-midi. De Montparnasse, j'ai fait un saut jusqu'à l'appartement pour relever le courrier. Un taxi. Je suis arrivé pile à l'heure pour le rendez-vous à Montrouge dans les nouveaux bureaux de Bayard. J'ai retrouvé Carole Zalberg qui venait pour son dernier roman, Et qu'on m'emporte, chez Albin Michel. Comme souvent, je suis sorti du studio sans bien savoir ce qui s'était passé pendant l'enregistrement. Etrange amnésie de la radio. De la télé aussi. Je m'absente le temps de l'émission... J'ai bousculé un peu les au-revoir et j'ai filé direct à la gare. J'étais à Carolles pour le dîner. Emmanuel avait fini de peindre la resserre. Les murs, les étagères et le plafond étaient blanc immaculé.

mercredi 29 avril 2009

Mardi 28 avril. 23h20

Pendant que la peintre s’attaquait aux portes du nouveau placard, Emmanuel a commençé à badigeonner en blanc la resserre. J’ai participé du mieux que j’ai pu, mais sans grande efficacité. Un coup de pinceau par ci, un coup de pinceau par là. Je mets autant de peinture au sol et sur mes mains que j’en étale au mur. Emmanuel, lui manie le rouleau avec une impressionnante dextérité. A la fin de la matinée, la moitié du travail était déjà terminé. Georgette est venue déjeuner. Avec les parents d’Amélie, cela ressemblait à un vrai repas de famille. Quelques huîtres de Chausey, un soufflé au saumon, des gâteaux de la patisserie de Carolles. J’ai repris un peu la barbouille, mais il est venu un moment où il fallait attendre que cela sèche. Je suis parti aux Fontenelles ramasser des salades. J’ai trouvé nos plantations en piteux état. Si les pieds de tomate et de concombre achetés chez le maraîcher de Granville gardent la tête haute, nos semis parisiens patiemment élevés sur la commode ont piqué du nez dans la boue. Décidemment, je vais me remettre à l’écriture des papiers.

Lundi 27 avril. 22h40

Mauvaises nouvelles du Mexique. Il y avait déjà cette grippe dangereuse qui sévissait depuis quelques jours, mais voilà qu’on vient d’annoncer un tremblement de terre à Mexico. Camille est déjà arrivée en France. Marcus la rejoint dans quelques jours. Nous l’avons eu au téléphone. Il s’est fait rassurant. La secousse ne les a pas touchés. Quand à l’épidémie, c’est vrai que tous les lieux publics sont fermés là-bas. Les musées, les églises, certaines entreprises. Les écoles aussi. Du coup, Virginie est au chômage technique. Pendant que Marcus et Camille seront au mariage, elle va s’installer avec les deux petites à Ixtapan. Au bon air.

Thierry Giffard est venu poser les portes du placard d’angle. Franck a installé les derniers éclairages. Le ferronnier a promis de venir jeudi. Encore un coup de pinceau. Cela devrait être terminé juste à temps. Pour le reste, j’ai du mal à ne pas être inquiet. De l’organisation de la journée. Du temps en particulier. La météo est hasardeuse pour la fin de la semaine et il n’a pas cessé de tomber des averses aujourd’hui. Mais Amélie rayonne et cela me rassure. Entièrement. Nous avons rangé la maison. Fait le ménage de fond en comble. Un soleil timide a fait son appartion. Les parents d’Amélie sont arrivés de l’aéroport de Rennes avec l’éclaircie. J’avais hâte de les revoir. Franck est repassé pour voir si l’on pouvait installer une tente dans la cour. Et tout le monde s’est retrouvé autour d’un verre. Simplement content d’être ensemble.

Dimanche 26 avril. 23h15

Je me suis battu avec mon ordinateur une bonne partie de la journée. Le logiciel de traitement de texte n’arrêtait pas de sauter. Les enregistrements ne fonctionnaient plus. J’ai perdu ainsi plusieurs papiers. Je suis juste péniblement parvenu à réécrire celui sur Néologie de Louis-Sébastien Mercier que j’avais promis de rendre pour lundi à Raphaëlle. Mercier est un de ces auteurs du XVIIIe qui nous font habiter leur siècle. Et dont on se sent étrangement proche. Il m’était apparu il y a longtemps en plein milieu de mes recherches sur La Harpe. De vrais contemporains, ceux-là. La Harpe était né en 1739, Mercier en 1740. Tous deux n’ont cessé de s’étriper. Des adversaires acharnés et intimes. Des ennemis préférés plutôt, s’envoyant des noms d’oiseaux, des placets, des libelles. Des frères de lait qui ont tourné à l’aigre. J’avais découvert L'an 2440, rêve s'il en fut jamais, son ouvrage d’anticipation politique publié en 1771, où le narrateur se réveille après un étrange somme dans un Paris gouverné par la Raison et la Démocratie. Bastille écroulée. Versailles en ruines… J’avais lu Le Tableau de Paris, récit de ses errances dans la ville et incroyable succession de portraits, d’éclats de vies, d’études de mœurs… Néologie, Vocabulaire de mots nouveaux, à renouveler ou pris dans des acceptions nouvelles est un texte fabuleux. Près de 3000 entrées brillantes, poétiques, drôles, grinçantes, prophétiques. J’ai appelé Jean-Claude Bonnet qui a établi l’édition, rédigé la préface et les notes. Entre lui et Mercier, c’est un long compagnonnage. J’étais un peu inquiet quand j’ai su que c’était vous qui alliez en parler, m’a-t-il dit en riant. Vous, vous penchez plutôt du côté de La Harpe !

- page 117 de 138 -