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samedi 26 mars 2011

Vendredi 25 mars 2011. 23h20.

Visite du généraliste : nouveaux calmants, vitamines et conseils. Amélie est sortie faire des courses. J’ai somnolé une bonne partie de la journée : j’avais passé une nuit hachée de mauvais rêves dont il ne m’était rien resté qu’une impression poisseuse. Marianne a passé la soirée avec nous. Elle m’apportait le petit livre de Rogiers, Lewis Carroll, dessinateur et photographe et nous amenait aussi plein de bonnes nouvelles. Le vent tourne, on dirait : un contrat de traduction chez Robert Laffont, l’emménagement dans son nouvel appartement, rue de Panama, dans le XVIIIe. Une vraie chance au moment où après avoir reçu le congé de son propriétaire, elle commençait à désespérer de trouver quelque chose. Nous avons trinqué à ce beau début de la fin des angoisses.

Jeudi 24 mars 2011. 23h10.

Je m’étais dit que je tenterais une sortie. Un café chez Péret. Sans être devenu très habile avec les béquilles, je commence à me débrouiller. Et puis, il faut que je m’exerce. J’ai décidé de reprendre la fac la semaine prochaine. Quelques rendez-vous aussi que je ne peux pas vraiment remettre. J’ai ouvert la porte d’entrée. Mais au moment d’amorcer la descente de l’escalier (sur les fesses…), j’ai renoncé. Pas assez confiance en moi. Pas vraiment à l’aise. Ce week-end, peut-être. Je me suis replié à l’intérieur. Nathalie est venue rue Danville prendre un verre que nous avons fait durer longtemps. C’était sa première visite à la maison. J’ai béni ce fichu plâtre...

Mercredi 23 mars 2011. 21h40.

J’avais eu Capucine en début de semaine pour les toutes dernières corrections du livre. Elle m’a envoyé aujourd’hui la couverture. Je suis resté aussi longtemps au téléphone avec Karine. Nous avons fait ensemble une liste pour les envois d’épreuves. Je signe mon service de presse le 11 avril. Voilà, La fausse porte existe vraiment. J’ai reçu également les propositions de visuels pour l’édition poche du 16 rue d’Avelghem chez J’ai lu. Amélie est rentrée déjeuner. Elle m’a dit qu’au dehors, la journée était magnifique. J’ai repensé à cette lettre de Flaubert à sa mère : Il fait beau temps ; je suis plutôt gai que triste, plutôt serein que sérieux. Le soleil brille, j’ai le coeur plein d’espoir.

Mardi 22 mars 2011. 22h50.

J’ai reçu, via Le Monde, un petit mot gentil de Bruno Krebs après le papier que j’avais consacré en février à son Sans rive. Une carte représentant Robert-Louis Stevenson en 1885. L’année d’après son séjour à Hyères. Un vieux jeune homme de trente-cinq ans aux yeux lourds et au sourire lointain. Je relis souvent L’île au trésor. Le livre de poche fatigué s’ouvre toujours à la même page : Longtemps j’attendis ainsi la mort, pensant à tout instant la voir arriver, emporté dans une course vertigineuse sur la cime des vagues, trempé jusqu’aux os par des gerbes d’écume. Puis, par degrés, la fatigue eut raison de l’épouvante. Une sorte de stupeur s’empara de moi ; de l’engourdissement je passai au sommeil ; bercé par les flots, je me mis à rêver de chez nous, de ma mère et de l’Amiral-Benbow. De là, je m’en vais à rebours. Je reviens, j’avance. J’ai annulé mon enregistrement de Jeux d’Epreuves. Je devais y défendre Amour de Hanne Ørstavik. Je crois que c’est Joseph qui s’en chargera. Fatigué. Delphine et Françoise-Marie sont venues dîner à la maison. Nous sommes à nouveau invités en Corse. Il faudrait se décider. Je ne suis jamais allé là-bas.

vendredi 25 mars 2011

Lundi 21 mars 2011. 23h10.

Amélie m’a trouvé au Salon le petit livre que je voulais pour Josepha. Ca s’appelle La princesse au camion jaune citron. L’histoire d’une fille de roi rebelle qui se prénomme… Josepha. J’ai fait le paquet. Elle l’aura mercredi au plus tard. Marcus était arrivé de Mexico avant-hier. Après un aller-retour en Belgique, il repassait par Paris avant de rejoindre Bâle où il doit rencontrer des clients au Salon de l’horlogerie. Il est venu dîner à la maison. Nous avions invité aussi Marion et Jérôme. Notre plateau de fruits de mer (huîtres, tourteaux, crevettes, bulots) de la poissonnerie de la rue Daguerre était bien décevant. Rien à voir avec ce que nous aurions pu acheter au marché de Granville. Nous sommes devenus difficiles… Soirée douce, un peu lente. Nous étions tous fatigués. Marcus, au premier tournant de son décalage horaire ; Marion, au bord de son congé maternité. Quant à Amélie et moi…

Samedi 19 mars 2011. 21h10.

Aujourd’hui, Maman aurait quatre-vingt treize ans. Une petite fille née dans l’exode de la Première guerre mondiale. Je ne suis pas retourné depuis bien longtemps à Chassignolles, le village de l’Indre où ma grand-mère était réfugiée. Chaque fois que j’y passais, sur la route de quelque part, j'envoyais une carte postale. L’église. Il n’y avait pas le choix. C’est là où elle avait été baptisée en 1918 par l’aumonier d’un régiment de dragons, au repos, très loin des lignes. J’ai appelé Martine pour annuler mon débat de demain avec les auteurs nordiques. Décommandé aussi mes autres rendez-vous, les interventions dans les classes, les rencontres, les soirées. Je ne verrai pas les étudiants non plus, pendant au moins une semaine. Les calmants font de l’effet. Je n’ai plus vraiment mal, mais je flotte. Difficile de rassembler deux idées à la suite. J’ai envoyé un message à Josepha pour sa fête. De justesse. Je lui ferai un petit paquet la semaine prochaine. Amélie m’a raconté le Salon. Je la trouve vraiment courageuse de passer ses journées là-bas, sans transition. Nous avons lu, à peine. Eté vite nous coucher.

Dimanche 20 mars 2011. 22h00.

Jour du printemps. Nous ne sommes pas prêts d’aller à Carolles. Les narcisses blancs doivent être fleuris. Nous ne les verrons pas cette fois encore. L’an dernier, c’était à cause de l’éruption du volcan islandais qui nous avait retenu au Mexique.

Vendredi 18 mars 2011. 20h50.

Nous n’avons pas vraiment fermé l’œil. Réveil vaseux et douloureux. Amélie est allée à la pharmacie avec les ordonnances. Calmants, piqûres, béquilles. Nous avons pris un petit déjeuner égaré. Elle est partie au Salon du livre pour le marché des droits. J’ai attendu l’heure du direct de Zone critique sur Radio Suisse romande. Nous nous étions mis d'accord avec Christine Gonzalez de faire l’émission par téléphone. Coup de fil du technicien à Lausanne qui assurait la liaison. Allez, c’était parti pour une heure. Une grande première pour moi. Dans le studio, avec Christine, il y avait Sylvie Tanette et Vincent Roy. Finalement, cela n’a pas été si difficile de dialoguer à distance. D’autant que je connais bien Vincent et que nous nous complétons. Pile et Face. A son exigence plutôt vindicative, j’oppose de l’enthousiasme, et assez d’indulgence. Nous nous sommes retrouvés sur l’essentiel. J’étais assez content en raccrochant. Christine aussi, qui m’a rappelé un peu après. Tant mieux. Amélie est rentrée tard du salon. Epuisée. Je somnolais déjà.

jeudi 24 mars 2011

Vendredi 18 mars 2011. 8h30.

Groupe du jeudi matin à Censier. Nous avons fait un bref retour sur l’affaire Mazières. Tous ou presque m’ont remis leur mouture à partir du gros dossier de presse que je leur avais rassemblé. Là encore, nous avons fait défiler des titres. Informatifs ? Incitatifs ? Je suis rentré chez nous lire un peu avant de rejoindre Amélie pour partir au Salon du livre. Je préfère arriver avec les exposants. A l’avance. Cela permet de bavarder avec les uns ou les autres avant la cohue de l’inauguration. Cette année, les portes ouvraient à 17h00. Très vite, les allées ont débordé de monde. Trois mots ici, une verre, un petit canapé à quelque chose. On repart là-bas. Un autre verre. Comment vas-tu ? Et puis là-bas encore. Je suis resté un moment avec Laurence sur le stand de Stock. Vu Jean-Marc, Solveig, Charlotte… Un tour au Cherche-Midi, au Castor Astral, chez Zulma, P.O.L…. Avec Amélie, je jouais à cache-cache. Le téléphone portable avait beau sonner, on ne l’entendait pas. Nous nous perdions. Nous nous rejoignions. J’aime bien, je crois. Je sais qu’il est des gens qui trouvent ça ridicule, vain, surfait et j’en passe. On s’embrasse, on accroche des sourires, on se donne des nouvelles de rien. Un signe de la main, de loin. On est contents, simplement. Je n’ai pas manqué un salon depuis sa création en 1981. J’y suis venu longtemps juste comme lecteur, puis comme journaliste littéraire, puis comme auteur et même brièvement comme éditeur. Tout cela s’est mélangé et c’est bien. Je me sens en famille. La soirée a passé vite. Nous avons décidé de ne pas dîner en groupe : j’avais mon émission de radio le lendemain, Amélie devait être de bonne heure au marché des droits. Pris le tram jusqu’à la porte d’Orléans. Parlé, dans le trajet, avec une lectrice que je ne vois jamais qu’à cette occasion-là. Nous avons remonté vers la place Victor-et-Hélène Basch. Le Zeyer était encore ouvert. On s’arrête manger un morceau ? Nous avons soufflé un peu. Raconté nos histoires, chacun notre soirée. Lorsque nous sommes sortis, nous avons traversé l’avenue du Maine. Feu rouge. Voitures arrêtées. Nous nous tenions la main. Nous n’avons rien vu venir. Ca a juste fait BAM ! Une auto qui venait de la place nous a renversés. Le temps de réaliser. J’avais mal au mollet. Amélie était étendue par terre. Ca va ? Dis-moi si ça va… Les flics sont arrivés. Les pompiers. On nous a transporté dans la camionette. Premiers secours. Constat. Nous nous sommes retrouvés aux urgences à Saint-Joseph. Chacun sur un brancard, chacun de son côté. L’interne est venu me dire : Votre femme n’a rien. Merci Mon Dieu. Moi, je venais d’apprendre que ma jambe était cassée. Il a fallu attendre encore un bon moment avant qu’une ambulance nous ramène à la maison. Les infirmiers m’ont porté, mon plâtre et moi, jusqu’à notre palier. On fait quoi maintenant ? – Essayons de dormir. Il était bientôt 5h00 du matin. J’ai appelé le portable de Christine Gonzalez de Radio Suisse romande. Pardon, il est très tôt. J’ai peur que ce soit un peu compliqué, l’émission de ce matin...

Mercredi 16 mars 2011. 21h30.

J’ai revu les livres pour Zone critique, l’émission sur Radio Suisse romande à laquelle je participe vendredi. Les animateurs ont préparé un petit mélange francophone à l’occasion du Salon du livre. Pour la France, Atiq Rahimi, avec Maudit soit Dostoïevski. Pour la Belgique, Françoise Houdart (L'amie slovène). Pour la Suisse, Dominique de Rivaz (La poussette) et, pour le Canada, Marie-Claire Blais (Mai au bal des prédateurs). J’avais déjà lu les trois premiers. Tout juste découvert Marie-Claire Blais. Je me demande comment tous ces titres vont se combiner.

Mardi 15 mars 2011. 21h00.

J’ai appelé Dany avec une voix de basse profonde à la Kurt Moll pour décommander notre déjeuner. Préparé mes cours de l’après-midi. Avalé une boîte entière de pastilles Euphon avant de partir pour Censier. Nous avons travaillé les titres. Pour ce fait divers à la Réunion où un chirurgien, lors d’une opération, avait enlevé le rein sain à la place du rein malade, une étudiante m'a proposé « Mauvaise pioche ». Pas mal…

Lundi 14 mars 2011. 21h45.

Mon nez était entre moi et le monde quand je me suis réveillé. Rhume de cerveau. Ca veut tout dire. Cachets, gouttes, inhalations. J’ai mis quelques heures avant de m’extirper suffisamment de ce brouillard pour ne pas avoir à reporter mon déjeuner avec Serge. Nous nous sommes retrouvés chez Fernand, rue Guisarde. Je n’ai pas été un convive extrêmement bavard. Je l’ai écouté parler de ses projets. De son nouveau « label » (je n’arrive toujours pas à faire la différence entre label et collection…) chez Zulma, « Safran et Cie » où il publie, en mai, Nouvelles vénitiennes de Dominique Paravel. Je crois bien qu’il attendait que je dise un mot sur Le voyage du poète à Paris, son dernier livre, désabusé et doux, qu’il vient de faire paraître chez Léo Scheer. Mais je sentais la fièvre monter et avec elle revenir mon autisme rhinopharyngé. Je suis rentré me coucher. Me suis traîné quand même jusqu’à Censier en début de soirée pour la réunion des chargés de cours. Je suis passé chercher Amélie place Paul-Painlevé sur le chemin du retour. Dîner rapide à l’Odyssée, le restaurant grec de la rue Daguerre. Je continuais à renifler. Je trouve que tout a le même goût. - Viens, on rentre vite…

Dimanche 13 mars 2011. 22h30.

Un vrai déjeuner de dimanche. Un vrai déjeuner de famille. Chez Marion et Jérôme, en plus de Claire et d’Emmanuel, nous avons retrouvé Laurence et Patrick. Nous avions apporté des fleurs. Il y avait du rosbif et des pommes sautées. Nous avons filé de bonne heure. Je devais retourner à mon papier sur le Theodor Kallifatides. Je l’ai terminé juste avant le dîner où nous recevions… Claire et Emmanuel. Nous ne nous serons pas beaucoup quittés ces jours-ci. Pourtant, j’ai le sentiment que nous ne nous sommes pas dit grand chose. Je traîne toujours cette frustration des rencontres trop rares et trop occupées. Prendre le temps. Il faudrait… Ils repartent demain pour Magagnosc.

Samedi 12 mars 2011. 21h15.

Amélie a accompagné Marion et Jérôme chez Ikea. Au compte-rendu de l’expédition qu’elle m’a fait à son retour, je me suis senti content d’être resté à la maison travailler. J’ai fait une pause. Nous avons bricolé un peu dans l’appartement. Trois courses rue Daguerre. Couchés de bonne heure. Toi aussi, tu es fatiguée ?

Vendredi 11 mars 2011. 23h40.

Changement d’horaire à Jeux d’Epreuves. L’enregistrement avait lieu en fin de matinée. Je présentais Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire, de Jonas Jonasson aux Presses de la Cité. L’histoire d’un centenaire qui s’enfuit de la maison de retraite, terrifié par les festivités qu’on lui prépare. Après avoir fauché une valise pleine de billets de banque, le bonhomme, flanqué d’une bande de Pieds-Nickelés de rencontre, s’embarque pour une odyssée foutraque à travers la Suède. Cela faisait bien longtemps qu’une lecture ne m’avait pas fait rire autant. J’ai regretté qu’Alexis Liebaert ne soit pas là, lui qui me reproche toujours de ne parler que de livres « sinistres ». Dans le studio, il y avait Nathalie Crom, Cécile Guilbert, Laurent Nunez. Personne n’a boudé son plaisir. J’ai fini le papier sur Hanne Ørstavik. Repris mes notes sur Le sixième passager de Theodor Kallifatides, un polar suédois un peu désordonné. Claire et Emmanuel, Marion et Jérôme, sont venus dîner à la maison. Grâce à la rallonge que nous avait fabriqué Emmanuel, tout le monde a tenu autour de la table. J’avais dévalisé le traiteur chinois. Avec de la menthe, du coriandre et des piments frais, ce n’était pas si mauvais.

Jeudi 10 mars 2011. 23h15.

J’ai un peu de mal avec ce cours à 8h00 du matin. J’arrive juste, à peine sorti de la douche, les cheveux encore humides. J’ai l’impression que les étudiants ne sont pas beaucoup plus frais. Là dessus, je dois me tromper… Je continue les révisions avec eux. La brève, le filet, la mouture. Je leur serine les questions du message essentiel. Qui ? Quand ? Quoi ? Où ? Comment ? Pourquoi ?. Pour l’instant, ils supportent. J’ai rédigé l’interview de Khemiri. Commencé mon papier sur Hanne Ørstavik. Claire et Emmanuel sont arrivés rue Danville en fin d’après-midi. Ils viennent passer quelques jours à Paris pour aider Marion et Jérôme à aménager leur nouvel appartement. Plan de travail et rangements dans la cuisine, meubles à monter… Ils sont toujours disponibles. Emmanuel avait rapporté le gigantesque coffret (deux mètres de long…) qu’il m’avait confectionné pour la mue de serpent que j’avais ramené d’Ixtapan au printemps dernier. J’ai cherché un bon moment de quelle espèce il pouvait s’agir. Je penche pour une couleuvre du type Lampropeltis triangulum, mais quelle sous-espèce ? Probablement une femelle, vu sa taille. Inoffensif, mais très impressionnant… J’ai servi à Claire et Emmanuel un verre de mauvais vin blanc (c’est tout ce qui restait). Amélie nous a rejoints. Nous nous sommes tous retrouvés dîner chez Marion et Jérôme, rue Marmontel. Poulet aux morilles à la crème, moulin-à-vent. C’était l’anniversaire de Claire.

Mercredi 9 mars 2011. 22h00.

J’ai relu une dernière fois les épreuves de La fausse porte. J’avais rendez-vous avec Capucine, chez Stock, pour un nouveau « nettoyage » du texte après lecture par le correcteur. C’est étonnant comme un regard différent amène à préciser sa pensée et ses phrases. A faire des choix. Nous avons déjeuné dans une petite brasserie bruyante à l’angle de la rue d’Assas. Bavardé un peu en surface. J’ai beau lui avoir écrit un petit mot, je n’ai toujours pas réussi vraiment à lui dire combien j’ai aimé J’attends, son roman sorti en février. Un texte d’une sensibilité rare sur les espoirs et les illusions qu’on porte et qu’on ne se résoud pas à abandonner. Parce qu’on en a été bercés. Je n’ai pas vu si elle a eu des papiers. J’ai renoncé à lui en parler. Pour l’instant. Je me sentais étrangement serein. J’ai commencé à rentrer à la maison à pied. Je ne me suis décidé à prendre le bus qu’à cause de l’heure. Je devais téléphoner en Suède à Jonas Hassen Khemiri. La conversation a duré une bonne heure, en français. Il est né à Stockholm à la fin des années 1970 d’un père tunisien et d’une mère suédoise. En France, on ne connaît encore que son deuxième roman, Montecore, un tigre unique et sa pièce de théâtre Invasion ! mise en scène l’an dernier par Michel Didym. Tout tourne autour du nattage des langues et des discours, des chausse-trappes des mots. Je vais devoir faire le tri dans ma liasse de notes. Retrouvé Amélie chez Péret. Alors, ta journée ?

mercredi 23 mars 2011

Mardi 8 mars 2011. 22h30.

Je devais voir Laurence. Nous devions déjeuner ensemble. Et puis, nous nous sommes retrouvés l’un et l’autre embarqués dans trop de choses à faire. Elle devait intervenir dans un lycée tôt dans l’après-midi. Moi, j’avais mes papiers à avancer, le cours à Censier à préparer pour l’après-midi aussi. Nous avons annulé. Pas contents de nous. Je suis encore un peu dans les révisions avec les étudiants. Cent fois sur le métier… J’ai hâte de les faire écrire « en grand ». Un autre reportage ? Il faut qu’on en discute. Nous avions invité Nathacha et Bernard à dîner. Ils venaient avec Neela. Je suis passé en rentrant par Les cousins d’Alice, le magasin de jouets de la rue Daguerre. Attrapé en vitesse une drôle de souris en peluche, un imagier. Amélie avait prévu des soufflés, de la salade croquante. Des fraises à la crème. Jolie soirée, un peu courte. Nous avions trop de choses à nous dire et envie de les dire toutes en même temps. Envie aussi d’écouter Neela, cette petite personne de deux ans et demi, aux grands yeux curieux, pleine de vie et d’intelligence.

Lundi 7 mars 2011. 22h10.

Première réunion pour le prix Marcel Pagnol. Déjeuner dans le restaurant d’affaires de la banque qui en est le partenaire. Pas grand chose dans les assiettes et pas grand chose à boire. Le pire étant que nous n’avons pour ainsi dire pas parlé livres. Je sais bien qu’il va y avoir d’autres rencontres, qu’on va discuter entre nous au téléphone, mais, quand même, je suis ressorti assez mécontent. Ma déception est excessive sans doute. Elle tient essentiellement à l’importance que j’attache à faire partie du jury de ce prix. Pagnol a beaucoup compté dans mon désir d’écrire. Je me suis mis dans les papiers « littérature nordique » du Monde. Préparé l’interview (trois ou quatre questions à tiroirs…) de Jonas Hassen Khemiri. Amélie est rentrée un peu tard. Nous sommes allés dîner chez Péret.

Dimanche 6 mars 2011. 23h55.

Amélie est partie faire des photos des magnolias, elle revenue avec Agathe, qui voulait voir le bouc. Le bouc nain du voisin... Il y a quinze jours maintenant que Fabien a acheté cette bête pour « nettoyer » son terrain. Et c’est vrai que ça boulotte tout un bouc : les taillis, les ronces, les hautes herbes. Mais, entre deux mastications, ce pauvre animal s’ennuie, seul. Il béguète à fendre l’âme. Nous sommes allés lui donner des quignons de pain dur, des rondelles de carottes. Mme Bassard est passée aussi plusieurs fois désentortiller sa chaîne qu’il enroule autour des arbres. Et puis, il s’est sauvé. Deux fois au moins. Les cantonniers l’ont ramené. Il lui faut de la compagnie, m’a expliqué l’un d’eux. Nous avons fait passer le message à Fabien, mais il ne semble pas très désireux de se lancer dans l’élevage. Croisé Norbert et Annick dans le village. Ils sont venus prendre un verre avant le déjeuner. J’ai pu enfin donner à Annick Montagne vagabonde, Itinérance au désert, L’or des rues et Cahier du bord de l’eau, les quatres textes de Pierre Gilloire que je lui avais promis. Elle s’était déjà procuré Petite collection de paysages. Je l’ai déjà lu deux fois. J’étais sûr que ça lui plairait. Après-midi de dimanche : nous l’avons machonnée en attendant le moment du départ. Jean-Pascal venait nous chercher pour nous emmener à la gare. Nous ne revenons pas avant plusieurs semaines et il est impossible de laisser la voiture à Granville à cause du carnaval. Fichu carnaval. Dès Saint-Pair, la police déviait la circulation. Nous nous sommes retrouvés embarqués au loin dans d’interminables files de véhicules et nous avons raté le train. Heureusement, il en partait un autre une heure plus tard. Jean-Pascal nous a avancés jusqu’à Foligny. Et, pour le coup, nous étions largement à l'heure.

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