Une guêpe engourdie par le froid s’est réveillée à la chaleur de la maison. Elle devait avoir trouvé refuge dans une bûche. Je l’ai attrapée sans mal aux rideaux. Je l’ai jetée dans l’aquarium de Flick-en-Flack, la grenouille ou plutôt le crapaud ramené de l’Île Maurice au printemps dernier. Je l’avais ramassé dans le patio de l’hôtel où il en courait des dizaines, persuadé qu’il finirait dans un bocal de formol sur une des étagères de ma petite galerie de zoologie du couloir. Mais après douze heures de vol en soute, il a émergé de sa boîte en pleine forme. J’ai cru d’abord qu’il s’agissait de Ptychadena mascareniensis, une grenouille africaine introduite sur l’île au XIXe siècle, avant de pencher, à cause de la texture de sa peau et des taches rouges qu’il a vers la cuisse pour Amietophrynus gutturalis ou crapaud guttural. Mais je n’ai jamais entendu son cri réputé très sonore. Lui aussi est originaire d’Afrique, introduit dans les Mascareignes dans les années 1920 pour lutter contre les moustiques et le borer de la canne à sucre. Flick-en-Flack (son nom vient de l’endroit où je l’ai capturé) ne se nourrit que de proies vivantes. Je vais donc régulièrement à Granville lui acheter sa provision de grillons. Mais dès que le moindre insecte s’aventure dans la maison, je l’attrape pour lui donner. Le régime lui profite bien : il a grandi et mesure maintenant sept centimètres, pattes repliées. Nos crapauds « communs » peuvent vivre trente-cinq ans dans la nature. Je crois que Flick-en-Flack me survivra... J’ai fini mes poèmes. Petites particules de souvenirs épars/ Aujourd’hui se rassemblent/ s'échappent/ une dernière fois/ Ces larmes sottes/ pour rien répandues/ Je garde sans que personne jamais ne sache/ de ma vie/ ce qui reste/ Mes tendres spectres. Je vais m’attaquer au planches de l’herbier. Ce serait bien que je puisse envoyer le tout début janvier (six mois de retard !) à Geneviève Bouffartigue.
mardi 9 décembre 2014
Dimanche 7 décembre 2014. 21h50.
Par Xavier Houssin le mardi 9 décembre 2014, 16:51
Samedi 6 décembre 2014. 22h00.
Par Xavier Houssin le mardi 9 décembre 2014, 16:48
Amélie a fait une longue promenade sur la plage. De Carolles au ruet du Thar. Seule. Je suis resté travailler. Le recueil est presque fini. Elle est revenue toute rose de froid et de bonheur. Je me suis trouvé bête de ne pas l’avoir accompagnée. De ne pas profiter du soleil de cette belle journée. J’aurais pu au moins tailler les rosiers. Très vite, il sera trop tard. Norbert est passé. Ils ont retrouvé le chien. Il avait été recueilli par Mme Altmayer. J’ai replié mes affaires. Mis un peu d’ordre. Rangé le vin dans les casiers. Côtes-du-rhône village, saint-julien, haut-médoc. Il faut qu’il se repose. Soirée tranquille à attiser le feu.
Vendredi 5 décembre 2014. 22h40.
Par Xavier Houssin le mardi 9 décembre 2014, 16:48
Amélie avait une réunion à la mairie. Elle en est revenue avec tout un tas d’affiches et de prospectus pour les marchés des 23 et 30 décembre à Carolles (« vin chaud et animation musicale… »). Elle est partie avec Virginie en distribuer à Jullouville sur… le marché. Et tenter d’y convaincre d’autres commerçants de se joindre à la vaillante petite équipe qui déplie ses étals, beau ou mauvais temps, chaque jeudi dans le centre du bourg depuis mi-juin. Ce marché joliment révolutionné la vie du village. Les gens s’y recontrent, se reconnaissent, bavardent. On y est bien, très simplement. Rien à voir avec ce qui se passait avant, quand deux pauvres marchands attendaient le rare chaland, isolés sur l’affreux parking de la mairie. J’ai travaillé tout l’après-midi. Renaclé. Réécrit. Annick et Norbert se sont arrêtés à la maison. Des voisins leur avaient confié leur chien pour le week-end. Une sorte de yorkshire un peu tremblotant. Mais à peine l’avaient-ils ramené chez eux que l’animal, pourtant vieillissant (il fallait paraît-il soigner son régime, lui mettre des gouttes dans les yeux) s’était glissé dehors par la chatière et, s’aplatissant sous la grille d’entrée, avait pris la poudre d’escampette. Ils avaient battu la campagne, demandant aux villas, interrogeant les promeneurs. Impossible de le retrouver. Le soir était tombé depuis un moment qu’ils cherchaient encore. Nous les avons gardé à dîner, histoire de leur changer (un peu) les idées. Et comme ils repartaient toujours inquiets de la disparition de la bestiole, nous leur avons fait un bout de conduite, appelant à qui mieux mieux dans le noir Sonic !, Sonic ! (drôle de nom…). Sans résultat. Nous avons continué jusqu’au bout de la route de la Croix Paquerey. La nuit était claire. Demain, il fera beau.
Jeudi 4 décembre 2014. 16h00.
Par Xavier Houssin le mardi 9 décembre 2014, 16:46
J’ai fait un bref marché à Carolles. Du pâté « national », des cailles et des pomarines, ces mini citrouilles à farcir. Des poires Louise Bonne aussi. Amélie arrive au train de 20h00. J’ai rangé la maison envahie de paperasse. Nettoyé le feu. Tiré les draps du lit. Et j’ai attendu l’heure.
jeudi 4 décembre 2014
Mercredi 3 décembre 2014. 23h00.
Par Xavier Houssin le jeudi 4 décembre 2014, 14:02
C’est la saint François-Xavier aujourd’hui. J’ai cherché sans succès dans le volume de la Pléiade, le poème écrit par Claudel à Francis Jammes pour sa fête. Je ne me souviens que du début : François, capitaine de Dieu, a fini ses caravanes./ Il n'a plus de souliers à ses pieds et sa chair est plus usée que sa soutane. Grand ciel bleu. J’ai rempli les mangeoires de oiseaux et me suis enfermé pour travailler. Pas assez. J’étais invité à dîner chez Brigitte et Yann. Plus une fleur au jardin et j’avais laissé passer l’heure pour le fleuriste de Saint-Pair. Du coup, je leur ai apporté un exemplaire de Montée des cendres. Pardon, je trouve que ça fait plutôt prétentieux de faire cadeau de ses propres livres, mais …
mercredi 3 décembre 2014
Mardi 2 décembre 2014. 22h15.
Par Xavier Houssin le mercredi 3 décembre 2014, 16:12
J’attends toujours les informations pour rédiger le dossier de presse du festival de la biographie de Nîmes. Pas vraiment l’esprit libre à cause de ce travail qui traîne. Isabelle, la factrice, est venue présenter ses calendriers. J’en ai choisi un avec des paysages de montagne des Pyrénées. Je relis. J’écris. Que c’est long les poèmes.
Lundi 1er décembre 2014. 20h00.
Par Xavier Houssin le mercredi 3 décembre 2014, 16:11
Oh, que je n’aime pas ces départs au petit matin. Nous sommes juste arrachés au sommeil sans bien comprendre. Un café ? Et déjà la gare. J’essaie en marchant à côté d’accompagner un peu le train qui s’en va. Un signe qui se perd. Plus personne. Je suis toujours le dernier à descendre le quai. En rentrant, j’ai lavé les tasses. Ecrit un petit papier pour Le Monde sur Mon âge de Fabienne Jacob. Repris les poèmes. Où en étais-je ? 18 mars 2013, Rue Damesme : Gaillet gratteron. Galium aparine. Tu ne me quittes pas/ J’ai beau essuyer les nuits/ prendre les heures à revers/ Tu restes à jamais/ Ce souvenir de toi que je traîne/ L’absence/ comme un point bleu posé sur la peau/ après laquelle les corps disparaissent/ écharde/ Une piqûre d’aiguille qui saigne/ Et encore et encore …
Dimanche 30 novembre 2014. 22h20.
Par Xavier Houssin le mercredi 3 décembre 2014, 16:10
Les champs, le sentier le long de la falaise, la plage. Nous avons emmené Laurence en balade. Le ciel, frais et dégagé, ne s’est couvert de brume que lorsque nous arrivions à la maison. Il tombait quelques gouttes lorsque je l’ai accompagnée à la gare en début d’après-midi. Le vent se levait. Le temps retournait à l’automne. Je suis resté paisible avec Amélie auprès du feu. Sans l’angoisse du départ. Elle ne rentre à Paris que demain matin. Je reste ici pour travailler. Les poèmes à terminer. Les plantes à coller dans l’herbier.
mardi 2 décembre 2014
Samedi 29 novembre 2014. 23h00.
Par Xavier Houssin le mardi 2 décembre 2014, 23:53
J’avais lu ses livres avant, mais nous ne nous connaissons que depuis cinq ans. J’ai rencontré Laurence pour la première fois au Salon du livre de Vendôme en 2009. Elle venait de faire paraître Un temps fou. Moi, je m’étais arraché de quatre ans de désert d’écriture, en publiant La mort de ma mère. On s’est retrouvés un mois ou deux après autour d’une lettre ouverte au ministre de la Culture Frédéric Mitterrand (Considérez-vous, Monsieur le Ministre, qu’écrivain est un métier et qu’il faut que les gens qui l’exercent puissent en vivre ?). Depuis nous ne laissons jamais beaucoup sans nouvelles. Ce soir, la salle était pleine pour la rencontre. Les gens attentifs. Et Laurence, comme toujours, étonnamment sincère. Beau succès. Nous avons dîné à la maison avec Martine, Agathe et Jean-Pascal. Parlé du village, de livres et de plantes rares. Et de cette naissance au printemps.
Samedi 29 novembre 2014. 15h00.
Par Xavier Houssin le mardi 2 décembre 2014, 23:52
Il y a juste deux jours, Laurence nous avait dit qu’elle attendait un bébé pour le mois d’avril. Et qu’elle était contente. A la gare, j’ai guetté un peu ses formes. Trois fois rien.
Vendredi 28 novembre 2014. 22h10.
Par Xavier Houssin le mardi 2 décembre 2014, 23:52
Toujours les feuilles mortes. Les arbres sont maintenant presque nus. J’ai nettoyé le jardin pour l’arrivée de Laurence. Elle sera demain à Carolles pour les Rencontres littéraires avec son livre Une vie à soi. Plus elle avance, plus son écriture devient intime. Comme une douce et têtue divulgation. C’est infiniment troublant. Beau. Dans ce dernier texte, elle raconte ses propres retrouvailles. Il a suffi d’une visite (par hasard) à une exposition des œuvres de la photographe américaine Diane Arbus pour que s’enroule, au-delà du temps, une fulgurante connivence avec cette femme et son œuvre. Et pour que cette sororité étrange la rende à elle-même. A sa vie et à son travail d’écrivain. J’avais écrit cela, ou presque, dans Le premier pas suffit. Qui s’en souvient ? Je serai bientôt oublié. Comme mon pauvre La Harpe.
Jeudi 27 novembre 2014. 21h00.
Par Xavier Houssin le mardi 2 décembre 2014, 23:51
Les bagages étaient prêts depuis ce matin. Retour à Carolles. Cela faisait trop longtemps.
Mercredi 26 novembre 2014. 20h00.
Par Xavier Houssin le mardi 2 décembre 2014, 23:51
Aujourd’hui, Martine a cinquante ans. Je lui ai envoyé un petit message pour son anniversaire. Pas sûr que cette journée lui plaise. Cinquante ans... J’ai repensé aux miens. Quelle horreur. Aujourd’hui, je les regarde pourtant avec nostalgie. D’autant que cette cinquantaine, qui pour moi s’achève, a beau avoir été le temps de douloureux accidents, elle a été surtout celui d'une incroyable renaissance et d'un infini bonheur. Déjeuner avec Nicole. J’ai fini de corriger le tome III des Œuvres complètes de Bruno Durocher.
Mardi 25 novembre 2014. 19h40.
Par Xavier Houssin le mardi 2 décembre 2014, 21:55
Sylvie m’a appelé pour le festival de la biographie de Nîmes. Elle voudrait que je rédige le communiqué de presse. Sauf que je n’ai toujours aucun élément de MPO. Alors, on attend ? Elle est en pleine incertitude pour son opération. L’un dit qu’il faut agir vite, un autre que ce serait une folie, un autre encore qu’elle devrait refaire des examens. Mon Dieu, que j’exècre ces gens-là.
Lundi 24 novembre 2014. 16h15.
Par Xavier Houssin le mardi 2 décembre 2014, 21:54
J’ai envoyé à Raphaëlle le papier rédigé hier soir tard sur De quel amour blessée d’Alain Borer. Toujours ce doute lorsqu’il s’agit d’un texte qui me touche profondément. Borer a écrit ici une autre Défense et illustration de la langue française. Il faut un vrai courage à le faire aujourd’hui. Le combat ne suscite que des attaques et des moqueries. On est « réac » quand on aime sa langue. Quand on souffre de la voir dévastée, le vocabulaire sans cesse appauvri, piétinée par une inculture triomphante, colonisée par l’anglo-américain des marchands et des snobs. Le livre tient son titre de ces vers de Phèdre : Ariane, ma sœur ! de quel amour blessée/ Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée ! . Borer est poète. De ce qui ne pourrait être qu’une triste déploration ou qu’un pamphlet rageur, il a fait aussi une ode. J’ai pris un verre avec Pascale au J’Go. Christophe, le gérant, nous a annoncé qu’au printemps, il devra fermer. La société de gestion (belge ?) à qui appartient le marché Saint-Germain a décidé de le « repenser » entièrement. A la place des restaurants, des bars et des petits commerces, s’ouvriront ici le plus grand « Apple Center » de Paris, une vaste « boutique » Nespresso et des enseignes de luxe tapageur et vulgaire. Où fuir ? J’ai retrouvé Amélie au café Tournon où logeait Joseph Roth (enfin, il avait son appartement dans l’immeuble…). J’aime cet endroit où je ne vais pas assez souvent. Tout y est discret et calme. Vu là-bas Jean-Maurice de Montrémy qui déjeunait tout seul (quelqu’un lui avait posé un lapin). Nous avons bavardé. D’Alma, sa maison d’édition et de plein d’autres choses. Lui (aussi…) je ne le vois pas assez.
Dimanche 23 novembre 2014. 20h30.
Par Xavier Houssin le mardi 2 décembre 2014, 21:52
Déjeuner à Rouen. Pour l’anniversaire de Marie, Amélie avait réservé une table à l’auberge de la Couronne. Une histoire ancienne. Tu pourrais faire un canard au sang ?, m’avait demandé au printemps ma fille comme nous parlions menus. Il devait lui rester le souvenir (lointain, car elle n’avait pas dix ans) de ces quelques haltes des retours des vacances à Carolles avec elle. Je m’arrêtais chez Dufour, rue Saint-Nicolas, à Rouen. Clams farcis, poulet vallée d’Auge, ris de veau en croûte et… canard au sang. Me lancer dans la recette ne m’avait pas paru impossible. Sauf que, déjà, il fallait se procurer un canard « étouffé ». Seul mode d’abattage possible pour conserver tout le sang de l’animal. A Granville et dans la région, question de règlements, de normes, personne ne pouvait m’en procurer. Mme Frin, qui tient avec son mari la boucherie-charcuterie-volailles du marché, m’avait bien suggéré d’acheter mon canard vivant et de l’étouffer moi-même. Comme ça !, avait-elle dit, en faisant mine de coincer la tête du volatile sous le bras. Je ne me sentais pas sûr de réussir mon coup. Autre obstacle : la presse à canard. Une imposante presse à vis qui permet de faire rendre son jus à la carcasse, indispensable à la sauce. Impossible d’en trouver une à moins de 1500 €. Je pense qu’on ira au restaurant… D’où l’idée d’Amélie de nous y emmener tous les trois. A Rouen, Dufour avait fermé. L’auberge de la Couronne, place du Vieux-Marché, inscrivait le plat dans ses spécialités. Plus vieille auberge de France, paraît-il, puisqu’elle date de 1345 (il devait y avoir foule aux fenêtres en mai 1431 pour voir brûler Jeanne d’Arc sur la place). Nous avons ignoré l’église construite à la fin des années 1970 par Arretche (une monstruosité architecturale de l’époque). Rien à regretter du déjeuner. La recette était préparée en salle par un maître d’hôtel d’une redoutable habileté. Un véritable ballet entre le tranchage, la confection de la sauce, la cuisson. Et c’était très bon. De quoi se fabriquer de plus récents souvenirs.
Samedi 22 novembre 2014. 23h20.
Par Xavier Houssin le mardi 2 décembre 2014, 21:47
Marion et Jérôme sont venus déjeuner rue Danville avec les enfants. Antoine a dormi et ne s’est réveillé que pour rire. Gabrielle est chez elle dans l’appartement. Elle trottine partout. Elle furette. C’est pour qui ce cadeau ? – Pour toi. Déception à l’ouverture du paquet. Mais enfin, je l’ai déjà… Elle a raison, je n’ai pas fait attention. Je lui avais déjà offert Caroline à la plage. Passé l’après-midi à lui lire des histoires. Elle reconnaît maintenant toutes les lettres de son nom. Il est temps de passer à l’abécédaire. Nous étions invités à dîner du côté de la gare du Nord chez Sabine et Stefano. Leurs garçons, Lorenzo et Andrea, étaient tout contents de nous présenter leur chien (une chienne en fait puisqu’elle s’appelle Lola). L’animal, qui n’est dans la famille que depuis peu de temps après un parcours d’adoption assez compliqué, tient du border collie et du groendael, version miniature. Ce doit être son atavisme de gardien de troupeau qui lui a fait mordiller toute la soirée les talons des chaussures d’Amélie, comme s’il s’agissait des pattes de moutons fugueurs.
Vendredi 21 novembre 2014. 23h50.
Par Xavier Houssin le mardi 2 décembre 2014, 21:45
Virginie nous envoie de Mexico depuis un certain temps des commentaires de L’évangile écrits par Fray Marcos. Je n’ai pas bien compris s’il s’agissait de textes du moine explorateur franciscain (le frère Marc de Nice) parti au Pérou avec Pizarre et mort au Mexique vers le milieu du XVIe siècle ou bien de ceux d’un ecclésiastique contemporain qui aurait symboliquement pris son nom. Ou qui serait juste homonyme. Son interprétation de la Parole est en tout cas d’une grande justesse et d’une vraie simplicité. Cette fois-ci, il s’agissait de la Parabole des talents comme la rapporte Matthieu. Nous en avions parlé longuement Virginie et moi un matin à Ixtapan. Il y a deux ans, je crois. J’ai toujours trouvé ce message, qui parle du sens profond à donner à nos vies, effroyablement exigeant. Parce qu'il ne nous laisse pas la moindre possibilité de transiger. Il nous commande de nous engager. De prendre des risques. Et nous met face à notre responsabilité d'aller au profond, à l'essentiel. Moi qui ne cesse de me débattre avec ma peur, mon incapacité à faire, je crains d’être le mauvais serviteur qu’on jette dehors, dans les ténèbres, là où il y a des pleurs et des grincements de dents. Mais la parabole, dit Fray Marcos, parle surtout de la nécessité d’aller vers ce qu’on a du mal à concevoir. Et le péché serait de refuser d’avancer, de chercher, d’explorer. Nous avons dîné, rue Campagne-Première, au Cette, avec Françoise-Marie et Delphine. Nous ne nous étions pas vus depuis des mois. Entre-temps, elles se sont mariées. Françoise-Marie a été nommée à la direction de la rédaction de Elle. Et elles vont déménager. Une nouvelle vie en quelque sorte. Nous leur avons offert deux pieds de vigne. Des raisins de table, chasselas rose et Italie blanc, à planter dans leur maison de Villerville.
Jeudi 20 novembre 2014. 23h30.
Par Xavier Houssin le mardi 2 décembre 2014, 21:43
Beaujolais nouveau. Les cavistes de la rue Daguerre avaient tous sorti les bouteilles devant leurs boutiques. J’ai repensé à Alain, à Point de Vue, qui pour rien au monde n’aurait manqué fêter ce troisième jeudi de novembre. Avec lui, dès la fin de la matinée, le vin coulait à flots. C’était si joyeux. Nous nous sommes bien éloignés depuis. Il vit à Concarneau. Je ne téléphone pas, il ne répond pas au courrier. Nous nous étions croisés, tiens justement rue Daguerre, au printemps dernier. Il était de passage à Paris et faisait la tournée de ses bars familiers. Il avait jailli de chez Péret : J’espérais bien te voir par ici ! Amélie et moi étions en route, trainant nos valises, pour l’aeroport de Roissy (j’étais invité à l’Île Maurice pour le festival Confluences). Désolé Alain, pas le temps, pas le temps. Comment va-t-il aujourd’hui ? Je me suis arrêté à une terrasse et j’ai bu un verre à sa santé. Regardé l’étiquette : Christophe Paris, Domaine des Hauts de Buyon. Il vous plaît ? – Pas mal. En fait, je l’ai trouvé si bon que j’ai acheté deux bouteilles. Maureen venait à Paris pour un salon de la mercerie ou de la couture (sa nouvelle passion) porte de Versailles. Elle campait sur le canapé à la maison. Belle soirée. Maureen et Amélie n’en finissaient plus de bavardages, de refaire leurs souvenirs et le monde. Elles se connaissent depuis si longtemps et se voient si peu. Je les écoutais en figurant ravi. Apéritif au beaujolais, bien sûr. Puis nous avons dîné au petit bar à huîtres du poissonnier en haut de la rue. Pris le coup de l’étrier au Vin des rues en rentrant. Un orphéon jouait des airs à boire. J’aurais aimé qu’Emmanuel soit avec nous, lui qui, dans la journée, m’avait abreuvé des messages de sa détestation du beaujolais nouveau (il a eu, semble-t-il, de mauvaises expériences dont il n’a pas eu envie de se remettre). Qui sait s’il ne se serait pas ravisé ?
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