Je suis arrivé à Granville tôt dans l'après-midi. Les courses, un baiser à Georgette. J'ai retrouvé la maison après deux semaines d'absence. Le jardin était couvert de feuilles mortes. Celles toutes rouges de la vigne vierge au pied des murs. Les folioles jaunies du frêne jonchant l'herbe. Les paquets roux et craquants tombés du figuier. Quelques flaques dans la cour. Le tonneau est plein. Qu'est-ce qu'il a dû pleuvoir... J'ai traîné. Coupé les lianes du rosier qui dégringolaient de l'arceau. Balayé la terrasse. Rangé les livres. Attendu Amélie. Je me suis battu avec une recette de tatin aux tomates. Résultat décevant sur le plan esthétique, mais l'ensemble était doucement caramélisé et fondant. .J'ai gardé la tarte au tiède dans le four. Le train était à l'heure. J'ai juste eu à faire revenir les saint-jacques pour les glisser dessus à la dernière minute.
dimanche 19 octobre 2008
Vendredi 17 octobre. 22h50
Par Xavier Houssin le dimanche 19 octobre 2008, 16:21
Vendredi 17 octobre. 0h30
Par Xavier Houssin le dimanche 19 octobre 2008, 12:51
J’ai déjeuné avec Claire pour parler du « plan presse » du livre. Les épreuves reliées sont arrivées. Il faut déjà les envoyer aux mensuels, à quelques hebdomadaires… Nous étions chez Vagenende. Je faisais le fier au dessus de mon tartare, mais j’avais envie de me cacher. Pourquoi, pourquoi ai-je écrit cela ? Dans l’après-midi, j’ai revu avec Simone mes corrections pour le Marguerite Audoux. Fini aussi de lire Les innocentes, le recueil de nouvelles d’Anna de Noailles. Ce sont de beaux textes. Sensibles, subtils.
J’étais invité ce soir par Marie-Laure au lancement du nouveau volume des Brèves de comptoir de Jean-Marie Gourio. Nous avions sympathisé au dernier salon du livre autour de quelques douzaines d’huîtres et pas mal de vin blanc. J’étais content de le revoir. Ca se passait à La Tartine, rue de Rivoli. Là encore, le blanc coulait à flots. Le rouge aussi d’ailleurs. Le buffet était magnifique d’abondance et j’ai croisé plein de gens que j’aime bien. J’ai retrouvé Claude. Et Astrid avec qui nous avions fait le voyage de presse en Finlande pour rencontrer Arto Paasilinna. J’ai le sentiment dans ces moments d’être un peu comme en famille. Christine était fatiguée. Plus remuée qu’elle ne veut le laisser paraître par ses soucis au Monde. J’étais, une fois de plus, en train d’abrutir Nathalie avec mes préventions sur la littérature étrangère et les traductions quand Marie a appelé. Elle sortait juste de sa galerie. Elle est venue nous me rejoindre. J’ai été rassuré de voir qu’elle avait retrouvé sa verve et ses enthousiasmes après ses déboires de la semaine dernière. Avec Nathalie et Christine, nous avons bravé le froid (cigarette oblige) en terrasse avec verres et assiettes. Amélie est enfin arrivée. Avec Nadine. Toutes les deux avaient dû accompagner leurs auteurs à je ne sais quelle émission de télé. Le patron du bistrot nous a gentiment poussé dehors un peu avant minuit. La soirée était prévue pour se terminer à 22h00. Il nous a servi le coup de l'étrier et nous avons trinqué.
samedi 18 octobre 2008
Mercredi 15 octobre. 22h50
Par Xavier Houssin le samedi 18 octobre 2008, 15:50
Petit questionnaire d’actualité avec les étudiants. Je leur demandais qui était Georges Besse et pourquoi on parlait de lui en ce moment. Aucun n’a su répondre. L’un a hasardé que c’était le lieutenant de Mesrine. Bien essayé, mais vous vous trompez de prénom… J’ai voulu procéder par étapes. C’était le PDG de Renault, abattu dans la rue en novembre 1986. - Vous savez par qui ? - Action directe, ça vous dit quelque chose ?- Je sais, c’était des communistes, a dit l’un. – Tu te trompes, lui a répondu une autre. C’est les royalistes. A moins que… Zut, je confonds avec l’Action française. Je tente à nouveau : - Nathalie Ménigon, Georges Cipriani, Joëlle Aubron ? Rien. - Jean-Marc Rouillan ? Quand même... Il a adhéré au parti de Besancenot! Je leur ai tout expliqué, mais cela m’a laissé une drôle d’impression. Comme si le passé fondait en cire molle. Cette geste violente des années quatre-vingt, venue de dix années encore avant, il en reste si peu. Tout hoquête en tombereaux. Ce dont on pensait, pour tant de raisons différentes, que l’on se souviendrait : fini. Le passé des nouvelles ne fait pas d’histoire. Il fuit et il s’efface. Ces jeunes gens et ces jeunes filles sont les croquemorts joyeux des souvenirs. De tous les souvenirs. Après, c’est la culture. Après, c’est autre chose.
En sortant de Censier, je suis allé avaler un sandwich en face de L’Arbre à lettres de la rue Edouard-Quenu. J’ai failli traverser en sortant pour aller dire bonjour à Annabelle, la libraire dont j’avais fait la connaissance du temps maudit de Page. Je n’ai pas osé. Peur de la déranger. Peur aussi qu’après tout ce temps elle pense que je ne la recontacte que par intérêt. Il va falloir pourtant que je prenne mon bâton de pèlerin pour parler de mon livre. Trois mois avant la sortie, il est temps. Enfin, c’est ce qu’on me dit et je m’efforce de le croire.
Mercredi 14 octobre. 1h50
Par Xavier Houssin le samedi 18 octobre 2008, 13:26
J’ai presque fini mon tour d’horizon des auteurs oubliés pour « Domaine Public ». Tout cela prend tournure. En fin d’après-midi, pour la collection, je voyais d’ailleurs Alexandre d’Oriano, le président du Cercle Anna de Noailles. Un déjà vieux jeune homme, charmant, et comme figé dans un autre temps, perdu en raffinements esthétiques. Précieux dans tous les sens du terme. Il était accompagné de Marie-José Strich, spécialiste de la comtesse de Ségur a qui l’on doit une de ses biographies et surtout l'édition de sa correspondance chez Scala, il y a une bonne dizaine d'années. Elle très férue aussi de l’œuvre d’Anna de Noailles. Ils m'ont montré quelques textes vraiment intéressants. Amélie est venue me chercher pour faire les courses. Nous avions invité à dîner rue Saint-Charles, Christine, Josyane et Nadine. Comme l’appartement là-bas est grand comme une salle de bal, il est normal que nous y fassions nos réceptions…
Lundi 13 octobre. 22h10
Par Xavier Houssin le samedi 18 octobre 2008, 13:16
Je n’ai rien pu retenir de la journée. Elle s’est dispersée comme des feuilles de papier dans un coup de vent de rue à la terrasse d’un café. En voulant rattraper celles qui partent, on lève la main de dessus les autres qui, du coup, s’envolent à leur tour. On n’en récupère que la moitié. Les feuillets en désordre et tachés. J’ai commencé cent bricoles que j’ai abandonnées. Tout est resté à l’état de brouillon. J’aurais mieux fait simplement de ranger l’appartement. Il y règne un désordre insensé. Les livres se glissent partout. Dans le lit, la salle de bains, la cuisine, les toilettes. Ils se serrent en rangées touffues dans les étagères, se cachent au milieu du linge dans les placards, s’entassent en pile par terre. Et ça enfle, ça enfle. Cela me fait penser à cette pièce de Ionesco, Amédée ou comment s’en débarrasser… Nous en donnons beaucoup. Nous en emmenons à chaque fois à Carolles. En fait, nous voudrions tout lire, nous voudrions tout garder.
Je me suis rappelé in extremis que je devais voir Brigitte dans l’après-midi. J’oublie de plus en plus de noter… Nous avons pris un verre place de la Madeleine. Un mi-chemin de métro sur la ligne 12. Elle ne va pas très fort Brigitte. Ca se passe mal chez Larousse. Elle est en arrêt maladie, épuisée, angoissée. Elle m’a confié le manuscrit d’un de ses amis. Je vais le lire pour la semaine prochaine. Cela donnera une occasion de nous revoir et de pouvoir parler d’autre chose, d'essayer de la distraire un peu de ses préoccupations. Je l’ai quittée pour aller chez Buchet. J’ai revu les épreuves de mon livre avec Simone. Fait quelques dernières corrections. Amélie m’a rejoint Marché Saint-Germain. Comme le frigo était vide à la maison, nous avons décidé d’aller manger un morceau avant de rentrer. A l’angle de la rue Montfaucon... Une mauvaise pizza. Un mauvais italien. C’était une mauvaise idée.
lundi 13 octobre 2008
Dimanche 12 octobre. 22h30
Par Xavier Houssin le lundi 13 octobre 2008, 14:55
Nous sommes restés à La Rochelle. Une vraie journée de vacances, comme il faisait longtemps que ce n'était pas arrivé. Nous nous sommes levés tard et fait le tour de ville. Les remparts, la rue des Escales et la maison Venette. La cathédrale Saint-Louis et même une toute fin de messe. Nous nous sommes retrouvés au Vieux-Marché. J'ai acheté une poignée de bouquets que nous avons dépiautés avec un verre de blanc en terrasse au soleil. Retour vers le Vieux-Port. Nous avons déjeuné d'huîtres au bord du quai dans le quartier du Gabut. Ecrit des cartes postales... Oui, c'était les vacances, dimanche à La Rochelle.
Samedi 11 octobre. 23h15
Par Xavier Houssin le lundi 13 octobre 2008, 13:16
Amélie avait rendez-vous avec un de ses auteurs dans la matinée. Frédérique Clémençon habite Poitiers et publie son prochain roman à L'Olivier en janvier. Elle nous a guidé dans la vieille ville jusqu'à l'église Notre-Dame-la-Grande. Nous avons flâné un peu au marché et déjeuné dans une brasserie du centre. Nous étions attendus en début d'après-midi pour partir à La Rochelle, deuxième et dernière étape du périple Robert Marteau. Nous nous sommes tassés dans la voiture conduite par une jeune femme du Centre du livre et de la lecture. A l'arrière, Amélie entre Patrick Beaune et moi. A l'avant, le conteur, Ulysse Dubois, qui nous a commenté chaque kilomètre du trajet. J'étais content de retrouver La Rochelle où nous nous étions arrêtés la dernière fois en rentrant du mariage de Catou et Jocelyn. La rencontre avait lieu à la librairie Les Saisons. Une toute petite boutique foisonnante de livres. Près de trente personnes s'y serraient pour écouter le débat. Cette fois, j'ai commencé par questionner Patrick Beaune sur Champ Vallon et son catalogue. A le croire, tout s'est fait par hasard, comme ça... Beaune est quelqu'un d'une étonnante humilité quand on regarde le travail d'édition qu'il a accompli et les auteurs qu'il a publiés. Mais là encore, les gens étaient venus d'abord « écouter » Robert Marteau. Vraiment pas de quoi bouder son plaisir. A la fin d'un passage, j'ai même demandé à ce qu'on relise une phrase : ... et toute la cavalerie, femmes comprises, en amazone, avec leur jabot de dentelle, s'est envolée derrière les arbres et comme un feu qui prend et que le vent enflamme c'est tout le bois qui flambe dans les vociférations des chiens maintenant emportés par l'odeur.
On ramenait Ulysse Dubois chez lui dans les Deux-Sèvres... Stéphane Emond, le libraire, nous a emmené dîner dans un restaurant près du port. Je ne me souvenais plus l'avoir rencontré, il y a presque un an de date à date, au salon du livre de Lusignan. Il y signait son premier texte, Pastorales de guerre, au Temps qu'il fait. Mais nous allons nous revoir, en tout cas je l'espère. Ses beaux-parents sont de Granville et il s'y rend en famille, régulièrement.
dimanche 12 octobre 2008
Vendredi 10 octobre. 23h50
Par Xavier Houssin le dimanche 12 octobre 2008, 21:59
J’ai pris le train pour Poitiers en tout début d'après-midi. Sylviane Sambor la directrice du Centre du livre et de la lecture en Poitou-Charentes m'avait demandé d'animer deux débats pendant son festival « Passeurs de mondes ». J'avais rencontré Sylviane en 2005 à Hermillon en Savoie où on m'avait invité pour Le Premier pas suffit. Nous nous étions juste croisés depuis. Je me suis retrouvé dans la médiathèque d'un bourg de campagne des Deux-Sèvres avec Patrick Beaune, le directeur de Champ Vallon à parler de l’œuvre de Robert Marteau. Je me souvenais surtout de Fleuve sans fin, son journal du Saint-Laurent, un texte qui m'avait laissé une impression de lenteur magique. A l'époque, je pensais que Marteau était un auteur québécois. Je suis allé de découvertes en émerveillements pendant les quinze jours où je me suis efforcé de rattraper mes lacunes. J'ai découvert un grand poète, un écrivain des instants et de l'infime du paysage. Robert Marteau a un peu plus de quatre-vingt ans. Le dernier roman qu'il a publié chez Champ Vallon, Dans l'herbe, est une singulière chronique paysanne d'un village du Poitou dans les années vingt-trente. Son village, d'ailleurs. L'ensemble est un bouquet de voix. Les narrateurs s'enchaînent dans les tableaux du temps. C'est intime, drôle, violent. Ecrit avec une force sensible qui embarque. Et surtout, même si le livre est envahi de patois, de parler, de décors, il se situe très loin d'une veine régionale. Le public de la médiathèque était venu pourtant surtout pour cela. Il y avait un conteur qui lisait des passages en soignant ses effets. Mais du coup, c'était très bon enfant. Le maire a offert du jus d'orange et des gâteaux secs. Nous sommes allés dîner en petit comité dans un logis de France à Saint-Jean-de-Thouars. J'étais assis en face de Claude Rouquet. Il a créé en 1993 sa maison d'édition, L'Escampette, où a été publiée, notamment, presque toute l'oeuvre de Bernard Manciet. Nous avons parlé des vins d'Anjou, des royalistes légitimistes, des libraires et des journalistes, de la poésie et de la vie de province. Il faudra venir nous voir à Chauvigny, m'a-t-il gentiment proposé. J'ai réalisé à la fin du repas qu'il était le compagnon de Sylviane... Il nous a raccompagné en voiture, Patrick Beaune et moi, à notre hôtel de Poitiers. Une cinquantaine de kilomètres. Je commençais à piquer du nez. Amélie m'attendait. Elle était arrivée vers 20h avec le TGV.
Jeudi 9 octobre. 23h20
Par Xavier Houssin le dimanche 12 octobre 2008, 21:49
Jeux d’Epreuves aujourd’hui. Jean-François Colossimo défendait Zone de Mathias Enard. J’espère de tout cœur avoir su suffisamment agréger mon enthousiasme à sa présentation et, surtout, donner envie de lire le livre. C’est un grand texte. Remuant, dérangeant, poétique, sensible. J’avais promis à Mathias de lui envoyer un petit mot. Je ne l’ai toujours pas fait. C’est stupide. Il ne faut jamais traîner à dire le bien que l’on pense. Et à l’expliquer. L’émission a tourné un peu aigre pour mes choix vers la fin. J’avais apporté Les petits sacrifices de Caroline Sers. Ce roman noir, délicatement triste, à l’intrigue vrillante, où les secrets de famille et les poids des convenances écrasent les générations, n’a séduit personne. Pire… Jean-François Colossimo a dit qu’il n’était pas édité. Clara Dupont-Monod l’a trouvé mal écrit et Baptiste Liger sans aucun intérêt. Ca m’enrage. Ils sont pourtant tout sauf stupides, mes camarades d’antenne. J’ai essayé de comprendre. J’ai peur que ce texte soit rejeté (sans machiavélisme, sans volonté de nuire) simplement parce qu’il n’est pas dans l’air du temps. La forme classique quand elle évite le discours, quand elle ne se pare pas des habits de la nouveauté, n’intéresse plus personne. Cela s’est fait insensiblement... Moi, j’entends le Mauriac du Nœud de vipères dans ces Petits sacrifices. Qui aime encore Mauriac maintenant ? J’étais encore un peu énervé de cet épisode en retrouvant Amélie au Sauvignon. Nous avons détricoté chacun doucement notre journée. Avec elle, tout se calme.
Mercredi 8 octobre. 22h10
Par Xavier Houssin le dimanche 12 octobre 2008, 21:44
J’étais chez Buchet tôt. Je continue la nouvelle programmation de « Domaine Public ». Ca dure, ça dure... En fin de matinée, j’ai retrouvé mes étudiants à Censier. Le message essentiel, les textes à réécrire : ils ont l’air de s’accrocher. J'ai enfin vu Béatrice. Elle a de la constance. Elle m'a présenté le programme de Gaïa. En janvier, ils publient La colline du voleur. C'est le premier tome de Vérité et justice, une grande fresque écrite par Hansen Anton Tammsaare, grand auteur estonien du tournant du XIXe et absolument inconnu pour moi. La colline du voleur parle de son enfance dans un territoire rude de cailloux et de marécages. J'ai appris que Giono trouvait le texte magnifique. J’ai assez hâte de voir de quoi il s’agit. J’ai filé chez Marie, toujours coincée dans son appartement avec sa cheville foulée. Je lui avais proposé de lui faire quelques courses. J’ai acheté de quoi remplir son frigo au Monoprix de son quartier. Il était tard lorsque je suis rentré à la maison.
Mercredi 8 octobre. 1h25
Par Xavier Houssin le dimanche 12 octobre 2008, 21:24
Et de trois... Nous devions nous retrouver vers 9h00. J’ai annulé, à nouveau, mon rendez-vous avec Béatrice. Il fallait que j’aille chercher Marie chez elle en taxi pour l’accompagner à son travail. Elle ne sait plus poser le pied par terre, mais elle tenait à s’y rendre quand même. Je la comprends. Cela fait juste un mois qu’elle a commencé. Elle ne veut pas qu’on imagine qu’elle tire au flanc. J’ai repoussé aussi mon déjeuner avec Marie-Françoise. A 14h00, Marie devait aussi se rendre à la médecine du travail près de la porte Maillot. Nouvel aller-retour en taxi. Ca n’a pas loupé : le fonctionnaire l’a déclaré inapte. Elle a passé le reste de sa journée à se traîner en béquilles de centre de consultation en centre de radiologie. Elle était toute énervée de douleur et d’angoisse. Le dernier praticien qu’elle a vu l’a arrêtée jusqu’à lundi prochain. C’était la seule chose à faire… Je suis passé en coup de vent rue de l’Odéon voir l’ancienne secrétaire générale de l’association des amis de Pierre Loti. Et j’ai posé mon tout dernier lapin. Je devais voir Joëlle dans l’après-midi. Vraiment pas possible d’être à l’heure. Je l’avais appelée après la parution en poche de L'Appel des sirènes qu’elle avait publié en 1999. Je me souviens bien de ce conte simple et sensible. Nous trouverons bien une autre occasion. J’ai été chercher Amélie rue Jacob. Les courses en vitesse. Nous profitions ce soir de l’appartement laissé par Dominique et Frédéric pour y faire un dîner. Il y avait Pascale, Marianne, Martin et Catherine. Littérature, spaghettis vongole, coteaux d’aix-en-provence et raisin d’Italie. La conversation a traîné agréablement. Nous n'avons pas dormi rue Saint-Charles. Nous bien sommes loin d’avoir déménagé là-bas nos affaires.
mardi 7 octobre 2008
Lundi 6 octobre. 23h00
Par Xavier Houssin le mardi 7 octobre 2008, 01:08
Nous avons accompagné Claire au marché de Pré-du-Lac. Amélie voulait absolument ramener à Paris des fougassettes, ces pains à peine sucrés et parfumés à la fleur d'oranger. Le boulanger avait tout vendu. Elle a dû se contenter d’une seule et dernière.
Pastis et déjeuner de légumes crus et d’anchoïade sur la terrasse. Avec un oncle (Patou) et un cousin (Jidé). Je commence à mieux me repérer dans cette généalogie agitée et accueillante. Et à m’y sentir bien. En début d’après-midi, avant de prendre le train, nous avons retrouvé à Antibes les grands-parents d’Amélie qui nous ont fait visiter la chapelle de famille à Antibes. Un petit sanctuaire de la fin du XVIIe où elle a été baptisée et où notre union devrait être bénie. L’été prochain.
Dimanche 5 octobre. 23h15
Par Xavier Houssin le mardi 7 octobre 2008, 01:02
Amélie nous a quitté à peine avalé son café. Dernière journée pour elle à Mouans-Sartoux. J’ai regretté hier ne n’avoir pas rencontré John Berger. Je n’ai pourtant lu aucun de ses livres (je me souvenais juste du Septième homme paru chez Maspéro en 1976 et que j’avais acheté à La joie de lire, rue Saint-Séverin). Mais pour moi, John Berger est irréductiblement associé à La Salamandre, le film d’Alain Tanner avec Bulle Ogier, Jean-Luc Bideau et Jacques Denis. Il avait collaboré au scénario et aux dialogues. Ce film a réellement bouleversé ma vie. J’avais dix-sept ans quand je l’ai vu la première fois au Studio Saint-André-des-Arts. Je l’ai revu plus d’une trentaine de fois. La dernière en 2003 ou 2004 au Saint-André-des-Arts à nouveau, justement. Jusqu’à ce qu’Amélie m’offre le DVD l'année dernière. J’aime tous les films de Tanner, mais celui-ci m’est vraiment intime. Personnel. Important. Et cela tient à ses dialogues, à ses voix de commentaire. Je les connais par cœur. Paul écrivit dans son carnet : la salamandre est un petit animal de couleur jaune et noire...
J’ai rédigé le court papier sur Laver les ombres de Jeanne Benameur pour Le Monde, fini de préparer mes cours pour Censier. Marie a téléphoné dans l’après-midi. Tu vas bien ? - Pas vraiment. Pas vraiment. Elle s’est fait une entorse grave de la cheville en trébuchant samedi. Elle ne veut pas manquer son travail et me demande si je peux l’accompagner à sa galerie le matin, la ramener le soir chez elle. Je vais m’arranger. Le plus simple est de prendre des taxis. Si on me prête une voiture, je vais passer mes journées à faire des allers et venues et des tours de pâté de maison pour me garer. Le froid est arrivé avec le soir. Amélie a fait du feu dans la cheminée. Ses parents avaient invité Marie-Jeanne et Dominique que nous avions vu cet été à Carolles. Jacques et Marie, que je n’ai croisé que deux ou trois fois. Jacques, à notre dernier séjour, était repassé nous voir pour nous offrir le livre de Jean-Michel Oughourlian, Génèse du désir. Comment trouver son propre modèle? Je lui dois toujours un mot... Emmanuel avait préparé une magnifique daube. Marinade au vin rouge, vinaigre, ail et festival d’aromates. Il en est resté à peine deux louches que Claire nous a soustraites de justesse (C’est bon, plus personne n’en veut ?) pour garnir un plat de pâtes, la semaine prochaine à la maison.
dimanche 5 octobre 2008
Dimanche 5 octobre. 0h30
Par Xavier Houssin le dimanche 5 octobre 2008, 11:40
La 2 CV est tombée en panne ce matin. Ou plutôt, elle ne voulait plus s'arrêter. Il a fallu la faire caler. Une histoire d'allumage ou de démarreur. Amélie est partie en retard à son festival avec une autre voiture. Emmanuel a ouvert le capot et commencé à réparer. Je regardais le moteur avec, comme toujours, ce sentiment d'incompréhension familière, quand j'ai aperçu, accroché au châssis, près du manchon de chauffage, un minuscule nid de guêpes. Une ébauche plutôt, d'une vingtaine d'alvéoles. Je l'ai délicatement détaché. Je suis remonté corriger les exercices que j'avais donnés à mes étudiants mercredi dernier. Pas été très efficace. Ici, je pars dans le paysage. Je lève les yeux de mon travail et je vois comme un arrière-plan du quattrocento. Je suis dans le décor de la toile. Les collines moussues du vert des arbres, trouées de maisons aux toits de tuiles blondes. Les vergers aux restanques, la petite église de Magagnosc et ses murs ocre-roux. Dans le ciel, deux nuages, en simples touches blanches. Je devais retrouver Amélie à Mouans-Sartoux sur le coup des six heures. Emmanuel m'y a emmené avec la Lotus. En fait, c'est tout près. Gros embouteillage à l'entrée de la petite ville. Le feu rouge. Le débouché de la rue principale. Amélie était allée à notre rencontre, ce qui a permis à Emmanuel de se sauver avant de s'enfoncer davantage dans la file des pare-chocs. Nous avons fait un tour des stands. Dit bonjour aux uns, aux autres. Virginie Ollagnier m'a présenté à Cécile Reyboz. J'étais content de faire enfin sa connaissance... Chanson pour bestioles, son premier roman paru en janvier chez Actes Sud m'avait infiniment touché. Je n'avais pu faire à l'époque qu'un tout petit papier dans Marianne. Nous avons bu un verre de vin blanc, tous ensemble, à la terrasse d'un café sous les platanes. J'étais convié au dîner des Editions de l'Olivier. Nous étions une quinzaine. J'étais placé à côté de Maryline Desbiolles. Je ne l'avais pas revu depuis mon prix Marguerite Audoux en 2004 pour le 16 rue d'Avelghem. Elle était membre du jury. La soirée à été courte et drôle par moments. J'ignorais que je partageais avec Olivier Cohen une nostalgique ferveur pour les sketches de Fernand Raynaud. Ma femme fait la chèvre, moi, je fais le cochon... Ca eut payé, mais ça ne paie plus. Claire et Emmanuel n'étaient pas couchés quand nous sommes rentrés. Nous avons pris le dernier verre avec eux devant la cheminée. Sans que je sache bien comment c'est arrivé, nous avons évoqué chacun nos premiers souvenirs d'enfance. Douce conversation, fragile comme je les aime, avant d'aller dormir.
samedi 4 octobre 2008
Vendredi 3 octobre. 23h00
Par Xavier Houssin le samedi 4 octobre 2008, 13:11
Amélie est partie à Mouans-Sartoux en emmenant le gros sac de brochures, de calicots, de photos que nous avions trimbalé dans le train depuis Paris. Elle doit installer là-bas le stand de L'Olivier. J'ai l'ai regardée descendre la pente raide de l'allée au volant de la 2 CV bleue, passer le portail et tourner dans le chemin. J'ai passé quelques coups de fil pour «Domaine Public». Pris rendez-vous pour la semaine prochaine avec le président du cercle Anna de Noailles, avec Régine Lussan, la spécialiste de Loti... Amélie est revenue pour le déjeuner. Claire avait préparé un grand plat de ce vitello tonato que j'aime tant. J'ai travaillé l'après-midi à mettre à jour mes listes d'étudiants, à préparer mon atelier de mercredi prochain. Dehors, le vent soufflait. Un mistral incroyable. Tempête sur le ciel bleu. A travers la fenêtre, je voyais les feuillages des oliviers se tordre et ployer les cyprès. L'étonnant de ces longues bourrasques, c'était que l'autre versant de la colline en était étonnamment épargné. Pas un souffle en face. Les rafales se sont calmées avec le soir et le retour d'Amélie.
vendredi 3 octobre 2008
Jeudi 2 octobre. 16h30
Par Xavier Houssin le vendredi 3 octobre 2008, 19:46
J'ai encore raté Béatrice. Nous avions pris un nouveau rendez-vous à midi aux Deux Magots. J'étais en train de rédiger l'interview de Charles Lewinsky et le temps a filé. J'ai bien senti au téléphone un peu d'agacement. Légitime, ô combien. On se voit mardi 7. Je vais faire une ribambelle de noeuds à mes mouchoirs. J'allais changer l'eau de Sulfur, le petit voilier tacheté d'orange et de noir, quand je me suis aperçu qu'il flottait à la surface, le ventre en l'air. J'aimais bien le voir nager dans les interstices du fouillis des plantes qui entourait son bocal. Amélie va être triste. Nous n'avons pas de chance avec nos poissons. Ce soir nous serons à Grasse. Pour les Editions de l'Olivier, elle doit se rendre au festival de Mouans-Sartoux. A quelques kilomètres de chez ses parents. C'est l'occasion de passer trois jours avec eux. Je suis heureux de les retrouver.
Mercredi 1er octobre. 22h10
Par Xavier Houssin le vendredi 3 octobre 2008, 18:44
C'était la rentrée à Censier aujourd'hui et j'étais tout fébrile, énervé et content. J'ai en charge une cinquantaine d'étudiants, en deux groupes. Cette année, je les garde deux semestres entiers. Je voyais Marie Sizun, juste après mes cours, pour un portrait, encore dans Le Pèlerin. Elle publie un troisième livre chez Arléa, Jeux croisés. Le précédent, La femme de l'Allemand, m'avait été, d'emblée, incroyablement proche. Dans cette écriture en effleure, qui dit tout, sans rien souligner. Et puis, j'avais découvert, à notre première rencontre, qu'elle avait été autrefois une amie de mon oncle Georges, à Tourcoing, où elle enseignait. J'aime tant m'agripper à ces fragiles passerelles. Je ne pense vraiment pas qu'on les trouve par hasard. Elle habite un appartement du quartier Montparnasse, au dernier étage, avec des fenêtres qui s'ouvrent sur tout Paris. On a l'impression d'être dans un ballon captif. Elle m'avait préparé une petite tarte aux pommes. Servi un verre de gewürztraminer. Je suis resté plus d'une heure. Difficile de la faire parler d'elle. Elle est envahie de silences, d'inquiétudes, de pudeurs. J'avais l'impression de la mettre sans cesse mal à l'aise. En fait, c'était peut-être moi qui l'étais. J'ai retrouvé Amélie, marché Saint-Germain. Nous avions prévu de prendre un verre avec Christine. Nous en avons bu plusieurs. On vient de lui enlever la direction de la littérature française au Monde des Livres. Je trouve cela simplement injuste. Rien d'autre à ajouter.
Mardi 30 septembre. 23h40
Par Xavier Houssin le vendredi 3 octobre 2008, 16:52
J'ai achevé à midi mon portrait d'Akli Tadjer pour Le Pèlerin. Répondu au courrier. Je devais retrouver Raphaël pour déjeuner. Il m'a emmené au Bistrot d'Henri, rue Princesse. Nous partageons le même bureau depuis quelques mois chez Buchet. Ce qu'il y a de bien avec lui, c'est que le passé n'est jamais suranné. Je pensais à la phrase de Ferré : Les souvenirs, c'est du présent discutable. Ca s'entend comme on veut. Pour moi, il me semble que ça permet juste de réfléchir à demain. Nous avons parlé de Jean-Pierre Martinet, dont il m'a fait lire Jérôme, à paraître en octobre chez Finitude. Quel livre... Envahi d'une noirceur qu'on agrège au début comme une quête mélancolique et qui finit par infiniment peser et par tout envahir. Il y a deux autres titres qui sortent au Dilettante et à La table Ronde. Je ne connaissais rien de cet auteur mort en 1993 à quarante-neuf ans. J'aimerais bien faire un papier dans Le Monde. En voudront-ils? En début de soirée j'ai pris un verre au bar Bac avec Jean-Pierre Cescosse. Il est mon interlocuteur au C.N.L. pour «Domaine Public». Nous nous étions ratés une première fois en juin. Rien de spécial à lui demander sauf peut-être de m'aider un peu mieux à comprendre comment fonctionne l'institution. Et encore... Je me souvenais bien de Mécréants qu'il avait publié en 2005 ou 2006, mais impossible de remettre la main dessus dans le désordre de nos deux maisons. Nous avons passé, comme on dit, un bon moment. Agréable plutôt. A nous entretenir de littérature de manière reposante. Dans une élégante jovialité et sans enjeux compliqués. J'ai rejoint Amélie et Marie au vernissage de l'exposition Séraphine de Senlis à la Fondation Dina Vierny. Peu de toiles. Assez mal mises en valeur. Je sais que pour une grande part, ma déception vient (une fois encore) de l'idée que je me faisais de l'événement et de toute la charge émotionnelle dont je l'avais entouré. Car c'est le Senlis de mon enfance que je venais aussi retrouver ici. Ma mère m'avait raconté l'histoire de cet étrange peintre. J'ai toujours en mémoire l'atelier qu'elle avait occupé rue du Puits-Tiphaine. J'y passais tous les matins pour me rendre à l'école de la rue Saint-Péravy. C'était alors une forge à l'activité bruyante. Le rougeoiement des braises, la folie de Séraphine. Cela me faisait un peu peur et cela me fascinait. Ont-ils «réhabilité», «muséographié», l'endroit ? Ont-ils apposé une plaque sur la façade ? Senlis me manque parfois. C'est ma ville intérieure. Mais à chaque fois que je m'y rends, je suis effrayé de la puissance de l'émotion qui me submerge. A chaque fois, je me dis qu'il vaudrait mieux ne plus y retourner.
Lundi 29 septembre. 22h20
Par Xavier Houssin le vendredi 3 octobre 2008, 11:09
J'avais rendez-vous tôt avec Béatrice au café de la mairie pour parler des livres de chez Gaïa. J'ai attendu un bon quart d'heure : personne. Je suis parti en pestant. A la fin de la matinée, elle appelait pour s'excuser d'avoir été en retard. Sauf que dans la conversation, j'ai compris que j'étais arrivé, de mon côté, une demi-heure à l'avance. Lapin croisé. Je ne sais vraiment pas tenir mon agenda. J'ai passé la journée chez Buchet. Mon projet d'extension de la collection avance, mais c'est vraiment, vraiment plus long que je le pensais. Marie m'a passé un coup de fil, elle voulait me voir. Même cinq minutes. Non, non, il ne se passe rien, a-t-elle rassuré. Je me suis remémoré mes angoisses du week-end à son sujet. Comment ai-je pu à ce point imaginer le pire? Impossible de me raisonner. Nous nous sommes retrouvés au Sauvignon. Elle voulait en fait me donner mon cadeau d'anniversaire. Nourrir les oiseaux, un joli guide paru chez Delachaux et Niestlé. C'est vrai qu'il en vient, de toutes sortes, visiter mes mangeoires à Carolles. Des visiteurs profus. Des mésanges bleues, des charbonnières, des moineaux, des sitelles, des pinsons, des verdiers, des rouges-gorge, des roitelets. Et aussi des pics, des grives et des merles. Des corbeaux et des pies. De gros et gras ramiers, des tourterelles frêles. Amélie nous a rejoint. Nous sommes allés ensemble au cocktail de la délégation générale Wallonie-Bruxelles, boulevard Saint-Germain. Pierre Vanderstappen devait m'y remettre un livre que je n'avais pas réussi à me procurer pour Autour de la nouvelle, la rencontre que je dois animer à la fin du mois d'octobre. Nous y avons retrouvé Martin. Il travaillait avec Amélie au Bateau Livre et s'occupe maintenant de la rédaction de Philosophie Magazine. Ce n'était pas vraiment une surprise de le rencontrer au milieu de tous ces Belges francophones. Mais cela faisait un moment que nous ne sous étions pas vus. Il nous a présenté son père. Champagne. Trappiste de Rochefort. Nous avions prévu de ne pas rester longtemps. Nous nous sommes franchement attardés et quittés à regret. Rendez-vous pris tous ensemble à Bruxelles en novembre. Nous dormirons chez Jeannine, dans la maison de Maurice Carême. Si elle veut bien nous héberger.
mardi 30 septembre 2008
Dimanche 28 septembre. 23h00
Par Xavier Houssin le mardi 30 septembre 2008, 12:11
Le ciel était bleu sans un nuage. J'ai pesté de rester enfermé toute la journée. Enfin... J'ai fini de rédiger mon papier sur le Céline Minard pour Christine et j'ai lancé le questionnaire à Charles Lewinsky à propos de son Melnitz, paru chez Grasset. Le temps pressait. A peine plus d'une heure avant de fermer ma valise. Je rentre à Paris retrouver Amélie.
Je suis allé dire au revoir à Georgette en coup de vent. Un bouquet de dahlias rouges, une dizaine de reinettes qu'elle fera en compote. Je suis resté un moment au cimetière. J'avais apporté la dernière rose de la saison d'un des deux Etoile de Hollande que j'avais plantés l'automne dernier dans le fond du jardin. Même parfum qu'à Senlis. Je l'ai glissée sous la croix, dans le plat de la tombe. Pleurer. Prier. Espérer et croire de toutes ses forces. Oui, ça ira. Ca ira même bien.
J'ai été jusqu'aux Fontenelles, récolté à la hâte un bon kilos de haricots, cueilli de la roquette. J'ai couru ranger la maison. J'ai ramassé les livres, les cahiers et les notes. J'ai fermé les volets. A peine vingt minutes pour rejoindre la gare. Je suis arrivé juste, tout juste, avant le départ du train.
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