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dimanche 28 septembre 2008

Dimanche 28 septembre. 1h20

Pourquoi tu ne lui envoie pas un mail ?, m'a dit Amélie. Elle avait raison, c'était la bonne solution et je n'y avais même pas pensé. Marie m'a répondu. Elle va bien. Je suis rassuré. Il a fait un temps radieux toute la journée. En revenant des courses, je suis passé voir la mer. Personne sur la plage. J'ai marché un peu et je suis rentré me mettre à mes papiers. Le Pèlerin, Le Monde, une interview pour le site d'Hachette. Je n'ai pas fait le quart de ce que j'espérais. Pascale m'a appelé. Elle a fini le livre qu'elle était en train d'écrire. C'est une magnifique nouvelle. Ca m'a surtout touché qu'elle me l'annonce ainsi. J'en ai été tout doucement retourné. J'espère qu'elle me le fera lire bientôt.

Georgette regardait Questions pour un champion à la télévision quand je suis passé la voir. Ca l'a contrarié un peu de devoir éteindre le poste. J'ai oublié de te parler de quelque chose hier, m'a-t-elle dit. Elle a fouillé dans ses tiroirs et sorti un petit papier. Depuis que ma tante Agnès est morte l'été 2007, il faut quelqu'un qui prenne en charge la sépulture de mes grands parents au cimetière de Roubaix. Une concession de pauvres à renouveler tous les quinze ans. La prochaine échéance est pour bientôt. Dans mon 16 rue d'Avelghem, j'avais écrit : Tant que je serai vivant personne ne touchera à leur tombe. Oui, je vais m'en charger.

Vendredi 26 septembre. 23h50

Je suis parti seul à Carolles. Amélie est occupée le week-end entier à Paris avec le festival America. Jusqu'à la dernière minute j'ai hésité à rester. Mais c'était ridicule. Je n'avais aucune envie d'aller traîner là-bas. Nous nous serions à peine vus... N'empêche, ça fait bizarre. J'ai eu du mal à me faire à l'idée que je n'allais pas ce soir la chercher au train. J'ai fait comme si toute la journée. Au Leclerc de Granville, c'était la foire aux vins. Nous avions prévu depuis longtemps d'y craquer tous les sous accumulés sur la carte de fidélité. J'ai dû en rajouter quand même de ma poche. Du pouilly fumé, du viré-clessé, de l'arbois, du bourgueil et surtout quelques belles bouteilles de côtes-du-rhône, cépage mourvèdre. Il faut que cela repose. Je suis passé au potager avant d'aller à la maison. Et j'y ai constaté un petit drame : on nous a fauché un potiron. Ca s'est passé tantôt, m'assure la voisine. Je l'ai encore vu ce matin et je me disais justement : qu'il est beau! Voilà maintenant que nous avons un gang de voleurs de courges. Georgette a qui je le racontais l'histoire en riant s'est affolée. Elle m'assure qu'après les cambriolages d'il y a une dizaine de jours, on assiste maintenant à une succession de menus larcins. Sa kiné s'est même fait dérober un petit poste de radio et une lampe dans sa salle d'attente. Dans notre secteur, tout va bien, m'a dit Mme Bassard comme je passais la remercier d'avoir relevé le courrier. Je crois qu'elle a du mal à comprendre nos allées et venues. Quand est-ce que vous restez un peu? - Bientôt, bientôt... Le jardin est envahi d'herbe. Je n'aurais pas le temps de m'en occuper. J'ai fait mon courrier. Préparé le travail pour demain. Essayé à nouveau de joindre Marie. Je n'ai pas eu de nouvelles d'elle de toute la semaine. Son téléphone portable ne répond pas. Le fixe non plus. je commence à m'inquiéter et je déroule malgré moi toute une série de scénarios déraisonnables et catastrophiques. Ma mère était sujette à ce genre d'angoisses quand pour une raison ou une autre je ne lui donnais pas signe de vie. C'est mon tour à présent.

vendredi 26 septembre 2008

Vendredi 26 septembre. 9h30

J'ai fini par envoyer un petit texto à Christine. Je n'avais pas trouvé encore l'occasion opportune de lui demander. Je voulais mettre les formes. Tant pis. Elle a répondu par retour de message. Elle accepte d'être aussi mon témoin au mariage. Avec elle et Pascale, je serai bien entouré.

Jeudi 25 septembre. 23h00

J'ai regardé à nouveau les livres pour Jeux d'Epreuves pendant la matinée. J'ai vraiment de la chance de pouvoir lire autant. Tous ces paquets qu'envoient les éditeurs chaque jour. Toutes ces pages à découvrir. Je me suis replongé dans le Jean-Marie Blas de Roblès, Là où les tigres sont chez eux. On a l'impression de n'en jamais toucher la fin ou plutôt de la refuser. Vraiment pas envie que ça s'arrête. Epoustouflant roman. A la fois conte philosophique, récit d'aventure, chronique sociale. Et si intelligemment érudit. C'était Josyane qui le défendait. Mais nous étions tous acquis. Difficile d'ailleurs d'imaginer qu'on puisse faire autrement. Lorsqu'on pense que ce texte a été refusé partout avant d'arriver chez Zulma par la poste. Blas de Roblès le dédie à la mémoire de Philippe Hédan. Poète, dessinateur, photographe. Mort il y a plus de dix ans. Il disait qu'à travers les grains de beauté, le noir mesurait la lumière... Je présentais Bastard battle de Céline Minard. Une geste moyenâgeuse violente et folle réécrite dans un faux vieux françoué mâtiné de tout ce que le temps agrège de langages. Je vais écrire le papier pour Le Monde ces jours-ci. Christine vient de m'envoyer un petit mot qui rouvre les commandes. La fin de semaine va être chargée. J'ai un petit chapelet de notules à rédiger pour Le Pèlerin et je dois préparer aussi les tables rondes d'octobre. Josyane m'a déposé en taxi dans le VIe. J'ai fait un saut rapide chez Buchet pour répondre au courrier. Stéphanie fêtait son anniversaire. Nous nous sommes retrouvés autour d'un verre au marché Saint-Germain, avec Pascale, Cyrielle et Denis. Je suis rentré à pied à la maison, dans une drôle de flânerie mélancolique, la tête pleine de pensées parasites sur le temps qui passe, la jeunesse et l'avenir incertain. Je les ai chassées comme un essaim de mouches bleues. J'ai fait les courses pour le dîner. Salade et jambon persillé. Amélie était retenue jusqu'à tard pour je ne sais plus quelle émission de télé. J'ai mis la table et en l'attendant, j'ai rouvert, au hasard du volume, Là où les tigres sont chez eux.

jeudi 25 septembre 2008

Mercredi 24 septembre. 22h45

Je continue à avancer dans le domaine public. Déchiffrer. Défricher. J'aborde maintenant le tournant du XIXe et du XXe, une période qui m'est bien plus familière et où j'ai déjà repéré quelques textes. Il reste encore à rééditer de beaux livres de Pierre Loti, d'Anatole France, de Jacques Rivière. Je ne serai pas dans les temps que je m'étais fixés pour la remise du projet. Pas si grave. Je ne dois rien précipiter. Combien me faut-il pour mettre tout cela au propre ? Quinze jours... Trois semaines...

J'avais rendez-vous au Tabac Henri IV sur le Pont-Neuf avec Akli Tadjer. Je dois rendre un petit portrait de lui pour Le Pèlerin à l'occasion de la sortie de son roman Il était une fois, peut-être pas chez Lattès. Nous avons parlé de son enfance dans le quartier des Halles, puis à Gentilly. Des circonstances qu'il a su saisir surtout. On ne lit jamais autant, on n'écrit jamais autant que lorsque l'on a des parents illettrés, a-t-il dit, moitié pour rire. A la table derrière nous, j'ai cru reconnaître, très vieilli, très fatigué, très seul, Robert Cointepas, l'ancien patron du bistrot, un des « pionniers » des bars à vins à Paris. J'espérais qu'il serait toujours là lorsque j'aurais fini ma conversation avec Akli. J'avais envie de lui dire trois mots. Mais il était déjà parti depuis longtemps. Sans bruit.

Mardi 23 septembre. 22h00

J'ai retrouvé Marie-Caroline pour déjeuner dans un petit restaurant de la rue de Citeaux, près du Faubourg Saint-Antoine. Elle avait la toute journée occupée par des rendez-vous dans le quartier. Elle se débat en ce moment dans un roncier de problèmes personnels qu'elle évoque à peine. Nous avons donc parlé de l'édition, des livres de la rentrée, des polars dont elle est une grande spécialiste. Traductions, collections. Petits ragots et échange de nouvelles. J'avoue que je suis impressionné par son mélange de courage, d'humour et d'orgueil. Vraiment. On s'est quittés à l'angle de la rue Saint-Bernard. Christine m'a appelé comme j'allais prendre mon bus pour me commander un tout petit papier sur L'incertain, le deuxième roman de Virginie Ollagnier. Il devient urgent de reprendre toute la liste de propositions que j'ai faite pour Le Monde et de voir ce qui peut encore raisonnablement passer. Le temps file et il y a quelques portraits auxquels je tiens.

Amélie est venue me chercher chez Buchet. Nous avons passé notre deuxième nuit rue Saint-Charles. C'est étonnant comme j'ai du mal à apprivoiser le lieu. Mais nous allons y organiser des dîners. Pour une fois que nous avons de la place...

mercredi 24 septembre 2008

Lundi 22 septembre. 23h30

Nous avons été porter une valise de nos affaires dans l'appartement de Frédéric et Dominique. J'ai quitté tôt Buchet et mon nouveau catalogue de « Domaine public » pour aller faire des courses. Nous avions invité Marie à dîner rue Saint-Charles. Elle est arrivée avec un gros bouquet de roses jaune vif. C'est bizarre d'habiter chez les autres. On ne sait pas où l'on peut trouver un vase. Où sont les assiettes creuses, le poivre en grain, le tire-bouchon... On est vraiment pas le maître des lieux. La soirée a pourtant été légère et gaie. Mais quand Marie est partie, je crois que je serais bien rentré à la maison. Nous nous sommes couchés dans cette chambre étrangère et j'avoue que je n'étais pas très à l'aise. Au mur, contre le lit, était accrochée une lithographie représentant le « Petit Grégory », l'enfant noyé dans la Vologne en 1984. Je me suis relevé et je l'ai enlevée. C'est bête, mais je n'aurais pas pu m'endormir...

Dimanche 21 septembre. 22h00

Nous nous sommes levés tard. Depuis combien de temps n'avions-nous pas fait le marché sous le métro aérien, boulevard de Grenelle ? Nous avons flâné entre les étals. Acheté une salade, un kilo de prunes, tout en nous offusquant des prix comme les deux provinciaux que nous sommes devenus. A la maison, nous avons continué les rangements. Nous avions le projet de nous installer le soir dans l'atelier d'artiste dont Frédéric et Dominique nous ont laissé les clefs près de la place Balard. Mais tout était encore en capharnaüm à huit heures. Demain, nous verrons.

Samedi 20 septembre. 23h50

Toute la journée à ranger l'appartement. A trier les papiers. C'est sans fin. J'ai remis la main sur des photos, des lettres que j'ai enfouies dans de nouvelles cachettes. Jeter. Garder. Oublier. Nous nous sommes épuisés dans le remue-ménage. Jerôme était à Paris ce week-end. Il aidait son amie Marion à déménager. Nous les avons retrouvés dans un café de la place de la Madeleine. Marion vient de louer un grand studio rue du Faubourg-Saint-Honoré, en face de l'ambassade de Grande-Bretagne. Elle a l'air ravie. Je n'ai pas osé lui dire combien ce très chic quartier continue de me laisser une impression bizarre. Façades creuses et lambris dorés. Pour rien au monde je n'y habiterais. J'ai travaillé plus de dix ans au Service de santé mentale du huitième arrondissement. De porche en porche, de balcons en fenêtres, d'étages nobles en escaliers de service, je sais trop quelle riche gangrène pourrit derrière les façades. Et les rues, là-bas sont désertes de vie. Je ne lui ai rien dit : elle a l'air si contente. D'ailleurs, elle n'a rien à faire de cette histoire. Jérôme, lui aussi était radieux. Nous les avons laissés bras dessus, bras dessous sur le boulevard Haussmann. Nous allions à la soirée d'anniversaire (décidemment...) de Caroline dans le XXe. Beaucoup de monde chez elle. Nous sommes restés un moment à parler poésie et cuisine avec des gens que nous ne reverrons probablement jamais. Nous avons pris date avec Caroline et Jean-François pour un dîner. Un vrai.

mardi 23 septembre 2008

Vendredi 19 septembre. 23h20

Des années, des piges, des balais, des automnes. Ca en fait au compteur. Bon anniversaire, m'a doucement dit Amélie au réveil. Et elle m'a donné mon cadeau. J'ai défait le paquet. Un colis imposant et étrange. Carton, polystyrène en copeaux. C'était une loupe binoculaire... Quand lui ai-je dit que j'en rêvais depuis l'enfance? Je vais enfin pouvoir observer mes insectes, mes plantes. Identifier, nommer. Reconnaître, Comprendre. Un malheureux moucheron, minuscule, à peine un millimètre, était posé sur la vitre. Je l'ai attrapé avec un morceau de scotch et nous l'avons regardé au grossissement maximum. Hallucinant. Nous avons découvert une créature géante aux antennes annelées, aux pattes armées de griffes, à l'abdomen hérissé de poils. Un monstre pour ainsi dire, d'un tout autre univers. J'ai hâte d'avoir du temps pour d'autres explorations contemplatives.

Un verre avec Pascale au marché Saint-Germain en fin de matinée puis déjeuner « surprise» avec Amélie (nos rendez-vous respectifs avaient décommandé à la dernière minute...). J'avais une réunion l'après-midi à la Société des gens de lettres pour préparer le débat que j'y anime fin octobre : Qu'est-ce qu'un écrivain aujourd'hui ? Vaste question. Ca promet quelques belles envolées.

J'ai rejoint Amélie dans une librairie de la Bastille. Elle accompagnait Richard Ford qui signait son livre, L'état des lieux. Nous avons passé un moment avec lui au China Club, un bar de la rue de la Roquette, tout en chesterfields noirs et en recoins trop sombres. La conversation est partie sur la mémoire des livres et les chausse-trapes de la postérité. Pas facile d'argumenter. Nous avons pourtant réussi à parler une petite heure malgré mon anglais de trapéziste. Je vais lui envoyer aux Etats-Unis mes parutions de « Domaine Public». Amélie avait réservé une table chez Géraud rue Vital. Salade de Homard, ris de veau et minuscules girolles. Le dîner était magnifique. Nous avons fait quelques pas dans Passy. Silencieux décor. J'avais encore en tête Le triangle d'or de Maurice Leblanc que je venais juste de relire. Jardins cachés et trésors. Je l'ai embrassée rue Massenet.

Jeudi 18 septembre. 22h15

Paul-Louis Courier, Stéphanie de Genlis, Edmond About, Hector Malot, Georges Rodenbach... Drôle de bibliothèque. J'y laisse entrer le jour. Souffle sur la poussière. Je remonte dans le temps et les livres oubliés. La journée a filé. J'ai eu du mal à rebrousser chemin. Je suis arrivé un peu en retard au Sauvignon. J'avais rendez-vous pris depuis la semaine dernière avec Jaunay Clan. Comme ça, pour se voir, se donner des nouvelles. Nous avions fait connaissance au festival de Laval où elle était invitée pour son premier roman Milosz à L'Harmattan. Un texte, épidermique sur la folie et le manque. Elle sort un autre livre, Nostoc, 13 h 58, en octobre chez le même éditeur et est en train d'en écrire un troisième. Elle est de tous les salons, de toutes les rencontres, de toutes les signatures. Elle déploie une énergie inouïe. Amélie nous a retrouvés un peu plus tard. Nadine passait dans la rue de Sèvres. Nous avons pris un dernier verre avec elle. Nous sommes restés en terrasse jusqu'au frais de la presque nuit. Il fait déjà automne. Nous sommes rentrés frileux.

jeudi 18 septembre 2008

Mercredi 17 septembre. 23h30

J'ai passé la journée entière chez Buchet à avancer sur mes nouveaux choix de titres pour la collection. Cela risque de prendre plus de temps que prévu pour mettre en place une vraie programmation. Il va falloir que je fasse pas mal de recherches à la BNF. Je dois m'organiser, car j'ai aussi des papiers à rendre, des relances à faire et des tables rondes à préparer. J'ai reçu un coup de fil de Jérôme. Benoîte Groult à qui j'avais écrit un petit mot pour lui demander si elle voulait bien accepter d'aller faire une signature dans sa librairie de Hyères est passée lui dire oui. Il était ravi.

Amélie était encore en déplacement aujourd'hui. A Toulouse cette fois, à Ombres blanches, avec Richard Ford.

Mercredi 17 septembre. 1h35

J'ai été chercher Nicole chez Caractères. Nous avons déjeuné rue Monge dans un assez mauvais italien qu'elle adore. Elle voulait me parler encore de l'avenir de sa maison d'édition. Se faire racheter? Trouver quelqu'un qui puisse reprendre? Un collectif? Et toi, m'a-t-elle demandé, ça t'intéresse? Tu ne pourrais pas trouver des gens? Bien sûr que ça m'intéresse, mais je n'ai pas le premier centime et les gens que je connais, non plus. Elle m'a demandé également si je ne voulais pas diriger une édition des Oeuvres complètes de Bruno Durocher. Là, j'ai dit oui tout de suite. Je repensais justement à Durocher ces jours-ci. A son accueil et à son attention à mes textes de très jeune homme. Je vais travailler à ce projet avec enthousiasme. Mais quelle responsabilité...

J'avais rendez-vous avec Mathias Enard chez Actes Sud. Je ne fais plus son portrait pour Le Pèlerin. Ils trouvent trop compliqué son roman, Zone. C'est dommage. Moi, je ne pense pas du tout qu'il s'agisse d'un texte compliqué. Nous sommes allés boire un verre place Saint-André-des-Arts. Nous ne nous étions pas vus depuis la publication de Remonter l'Orénoque en 2005. Ma chronique sur ce livre a été le premier papier que j'ai passé au Monde. Mathias croule sous les rendez-vous. Il va d'interviews en signatures. Il est à Paris jusque fin décembre. Nous nous reverrons bientôt.

J'ai retrouvé Marie au Sauvignon. Toujours aussi enthousiaste et heureuse avec son nouveau travail. Elle cite une foule de noms de plasticiens que je ne connais pas. Avec elle je vais me refaire une petite culture artistique. J'en ai bien besoin. Nadine qui était quelques tables plus loin s'est jointe à nous. Marie a été en stage deux ans de suite chez Denoël et tout le monde l'aime bien là-bas. Amélie rentrait de Bruxelles où elle avait accompagné Nathalie Kuperman à la RTBF. Nous avons été dîner tous ensemble à la Cigale. On s'est quittés tard après avoir un peu abusé du mâcon blanc. Et dis-moi vite ce que tu veux pour ton anniversaire, m'a crié Marie de l'autre côté du quai à Sèvres-Babylone quand le métro arrivait. C'est vrai, dans quelques jours, j'ai cinquante-trois ans.

Lundi 15 septembre. 23h45

J'ai regardé une dernière fois le découpage de mon anthologie de Jean Cayrol. J'ai lu au téléphone la préface à sa veuve, Jeanne, à Bordeaux. Je suis content que ce livre puisse paraître et surtout qu'on me l'ait confié. Pour tous les temps est un recueil que je relis sans cesse depuis le début de l'adolescence. J'avance à pas d'herbe,/ dans ce hautain remuement de rêves... J'ai découvert Cayrol grâce à Joseph Noël, mon professeur de français de troisième. C'est à Joseph que je dois tout de ce qui me concerne aujourd'hui. Il a guidé mes lectures, mon désir d'écriture. Nous nous sommes vus longtemps. Nous nous sommes vus souvent. Il habitait une petite chambre dans un très vieil immeuble du Xe arrondissement. 11 rue Sainte-Marthe. En face, au 14, il y avait les éditions Caractères. J'ai poussé la porte par hasard et par bravade un jour de 1972. Bruno Durocher a édité mes poèmes. J'avais dix-sept ans. Joseph Noël s'est noyé au printemps 1981 à Paros, une des îles Cyclades. Je crois me souvenir qu'il est enterré à Valincourt, son village natal dans les Vosges. Je ne suis jamais allé sur sa tombe. Tout se mélange étrangement dans la reconnaissance. J'ai remis les textes à Lionel Destremau chez Points. Après pas mal de contretemps, le volume devrait sortir à la rentrée de septembre 2009. Je ne sais pas du tout combien je vais toucher pour cela. Pas grand chose sans doute...

A la fac c'est pire : ils ont oublié de me payer. Il n'y a plus d'argent en caisse en ce moment à Paris III. Annie me dit qu'il faut être patient. C'était la réunion avant le premier semestre à Censier aujourd'hui. J'ai assez hâte de retrouver les étudiants. Je vais les avoir une année entière cette fois-ci.

J'ai retrouvé Amélie au Châtelet. Nous étions invités chez Jean-Claude dans son pigeonnier de la rue des Innocents. Six vrais étages de marches courtes. Sa fenêtre ouvre sur le Panthéon, au loin. Nous avons parlé de nos campagnes. Il a une maison vers L'Aigle et nous nous croisons parfois dans le train. Nous avons pesté ensemble contre les lotissements, les constructions pavillonnaires, le « mobilier urbain », les portails en plastique et les haies de thuyas. Je lui ai raconté le grand événement du week-end à Carolles. Pour la première fois depuis des dizaines et des dizaines d'années, un cambriolage a eu lieu au bourg. Des cambriolages plutôt. Les monte-en-l'air ont fracturé les portes du magasin d'antiquités de Walter, de la mairie, du syndicat d'initiative. il ont fauché de l'argent liquide. Quelques bricoles. Quand je pense au nombre de fois où nous oublions de fermer à clé.

mercredi 17 septembre 2008

Dimanche 14 septembre. 22h10

Les coings ont donné seulement trois pots de confiture. Décevant. Et je ne suis pas très sûr du résultat quand nous les ouvrirons dans quelque temps. Tout cela est beaucoup moins parfumé que dans le souvenir que j'en avais. J'imaginais une odeur à la fois douce et entêtante qui allait envahir toute la maison. Nous sommes allés prendre un verre au casino de Jullouville. La patronne nous a gentiment apporté de petites huîtres et des bouquets avec la bouteille de vin blanc. Nous sommes restés un peu emmitouflés sur la terrasse. La vue était dégagée jusqu'aux îles.

Delphine et Marie-Sophie ont repris leur train vers 19h00. Amélie les a raccompagnées à la gare. Nous les avions chargées de verveine, de pommes, de salades, de confitures. J'ai fini mon travail sur l'anthologie de Cayrol. Nous nous sommes retrouvés tous les deux, nuit tombée, maison vide, sachant qu'il faudrait partir tôt demain matin. J'ai été pris d'une grosse bouffée mélancolique de dimanche soir comme je n'en avais pas eue depuis l'enfance. Je n'ai pas envie de rentrer à Paris.

Samedi 13 septembre. 23h50

Amélie avait fait le marché à Granville avec Delphine et Marie-Sophie. Des huîtres de Blainville, des praires, des amandes. Quatre beaux tourteaux. Nous sommes restés à table un bon moment. Il faisait un soleil froid, éclatant. Pas vraiment de saison. Nous avons chaussé les bottes. Promenade au Port-du-Lude. Sur le bord du sentier qui longe le ruisseau, les ronciers étaient envahis de mûres brillantes. J'aurais dû y penser. Nous n'avions rien pour les ramasser. Marée haute à la crique. Nous sommes restés silencieux tous les quatre face à la mer. C'est beau a fini par laisser simplement échapper Delphine. Et je me suis senti fier du paysage. Nous avons fait une halte au potager en rentrant. Grappillé les dernières framboises. Cueilli des laitues rouges. A la maison, Marie-Sophie m'a aidé à découper six gros coings pour faire de la confiture. La recette est assez fastidieuse. Il faut réaliser un « jus » qui doit reposer toute la nuit. Surtout, ces fichus coings sont durs comme du fer. Infernaux à éplucher et à séparer en quartiers. Une humidité d'automne a envahi la maison au soir. J'ai allumé un feu. Le premier.

Samedi 13 septembre. 7h15

Nous nous sommes levés très tôt. Je dois avoir revu ce week-end toute l'organisation du volume de l'anthologie poétique de Jean Cayrol à paraître au Seuil. Et puis nous attendons Delphine et Marie-Sophie. Elles arrivent de Paris pour le déjeuner.

Vendredi 12 septembre. 23h00

Je suis arrivé à Carolles dans l'après-midi. Le jardin ressemblait à un marécage. Les rosiers noyés, les dahlias enfouis dans la boue, les tiges des bambous ployées jusqu'à terre. Qu'est-ce qu'il a dû tomber. La peintre remballait ses affaires. Il lui restait les plafonds des chambres à terminer. Elle m'a rendu la clé. Il n'y a plus grand chose à faire. Enfin pour le moment, a-t-elle dit avec une petite moue. Je sais. Il faudrait s'occuper des extérieurs. Mais nous allons surtout faire calme côté dépenses... J'ai passé le reste de la journée à remettre en place les meubles, les livres. A nettoyer les poussières de plâtre. Le train d'Amélie était en retard, comme d'habitude. Pour le coup, c'est vraiment une détestable habitude. Les autres, celles que nous tissons ensemble, me ravissent.

lundi 15 septembre 2008

Vendredi 12 septembre. 1h20

C'était ma rentrée à Jeux d'Epreuves. Le pont des soupirs de Richard Russo. Alfred et Emily de Doris Lessing, Best love Rosie de Nuala O'Faolain. J'amenais Fleuves de cendres de Véronique Bergen. Mais ce n'était pas, je crois, le bon plateau pour en parler. Les autres titres se serraient en une espèce de littérature homogène. Narrative. Des livres pour lesquels, sans rien leur reprocher du tout en fait, j'avais ressenti un cruel manque d'intérêt. Cela m'arrive quelquefois sans que j'en comprenne vraiment la raison. Difficile d'en dire quelque chose. Ces textes n'étaient pas pour moi, voilà tout. Exception faite, quand même, du O'Faolain. Touchant. Désespérément joyeux. Bergen n'a vraiment pas déclenché l'enthousiasme. Josyane a été dans un retrait discret, Alexis Liebaert dans un rejet plutôt poli et Ferney, comme parfois, un peu limite, parlant de dissertation laborieuse de lycée. D'accord, c'est la règle. J'espère juste que j'ai suffisament soutenu le livre à l'antenne.

Amélie est venue me chercher rue des Canettes. Il tombait une drache raide et glacée. Nous avons dû prendre un taxi pour nous rendre à la Société des gens de lettres où avait lieu une petite réception autour de Caroline Sers et d'Ingrid Thobois. Toutes les deux publient un nouveau roman cette rentrée et sortent le précédent en collection de poche. Petits fours et champagne. Il y avait là Mercedes, Philippe, Bernard, Cookie. Notre petite société à nous d'auteurs de chez Buchet. J'ai trouvé Caroline étonnante de courage après son effrayant deuil d'il y a quelques semaines. Je l'admire de parvenir à rester proche des autres. Disponible surtout. Son livre, Les petits sacrifices est terrible et beau. Nous voulions rentrer à la maison tôt. En fait, nous avons traîné. Peut-être simplement parce que la pluie continuait à tomber. A la première éclaircie, nous sommes allés dîner à L'académie de la bière, boulevard de Port-Royal, avec Nathalie. Cela faisait des mois qu'on ne s'était pas vus.

jeudi 11 septembre 2008

Mercredi 10 septembre. 22h30

J'avais rendez-vous pour déjeuner avec Bruno au Trocadéro. Il m'attendait sur les marches du musée de la Marine dont il est, je crois, le directeur culturel. Nous ne nous étions pas revus depuis que Julie nous avait fait venir tous les deux dans la maison de Vitry qu'elle débarrassait après la mort de Brigitte. Elle nous avait demandé de choisir quelques souvenirs. J'avais emporté les boîtes d'insectes. Bruno, deux ou trois livres. Je dois à sa fidélité de ne pas l'avoir perdu de vue. Nous nous sommes échangé les nouvelles. Je lui ai reparlé du Brennus, ce navire de la flotte de l'amiral Courbet sur lequel mon grand-père François avait embarqué comme quartier-maître et dont j'avais découvert la figure de proue lors d'une exposition au Musée. Il me reste pas mal de documents attachés aux campagnes de ce grand-père mort en 1921. Que pourrait-on en faire? Je suis redescendu par les jardins du palais de Chaillot. Il faisait très chaud. En longeant la pelouse un peu pelée où se trouve le buste de Paul Valéry, j'ai été brutalement envahi d'une grande lassitude qui m'a forcé à m'asseoir sur un banc. Bien plus que de fatigue, c'était comme si quelque chose d'impératif m'avait arrêté à cet endroit. Je suis resté un moment à rêvasser. J'allais par ici assez souvent, enfant, avec ma mère. Mais je ne garde de souvenirs que des musées. De l'aquarium. Il y a pourtant autre chose, diffus et important. Je traversais la Seine au pont d'Iena quand Amélie m'a appelée. Je l'ai rejointe au Marché Saint-Germain pour un café rapide avec Géraldine puis j'ai filé chez Buchet avancer mes projets pour la collection. Au soir, je retrouvais Marie pour lui remettre le gros sac de bricoles et les chaises pliantes achetés pour elle chez Ikea lundi. Toujours pleine d'enthousiasme pour son nouveau travail. Elle revenait de l'entrepôt de sa galerie d'art à Argenteuil. Caverne d'Ali Baba d'art contemporain. Elle est restée dîner avec nous. Nous l'avons mise dans un taxi avec tout son encombrant barda. De retour à l'appartement, j'ai téléphoné à Victor-Antoine pour lui annoncer la venue probable de Frédéric et Dominique dans son monastère américain. Nous avons parlé assez longtemps. Et nous nous sommes promis de nous écrire. Pour reprendre là où nous l'avions laissée, il y a bientôt deux ans, notre conversation si discrète et si amicale.

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