Nous avons dû avancer notre retour à Paris. On s’est quittés un peu bizarrement à la gare. J’avais rendez-vous au marché de la poésie place Saint-Sulpice avec Guy Goffette pour un portrait dans Le Monde. J’ai eu le temps, avant, d’aller embrasser Jeannine sur son stand de la Fondation Maurice Carême. Elle est toujours aussi vaillante, bavarde, rieuse. Toujours à faire rayonner l’œuvre et la mémoire de son cher grand homme. Elle aura finalement passé plus de temps avec son ombre qu’avec lui vivant. Vous venez quand me voir à Bruxelles ? J’ai emmené Goffette au Café de la mairie. La terrasse était pleine. Nous avons bavardé presque deux heures coincés à une table minuscule au fond de la salle. Son enfance, la Gaume, les livres. On entendait dehors la cacophonie des orchestres de la fête de la musique. Déjà l’été… Presqu'elles, son dernier recueil de « récits », laisse cette impression troublante de déjà vu-déjà vécu. De petites expérimentations intimes, personnelles, partagées. Des femmes croisées, sans paroles ou si peu. Elle regarde par la vitre le paysage monotone. Je vois son cou très lisse, le tendon de son cou, un morceau de sa nuque, un morceau pâle sous la masse noire des cheveux. Il publie aussi un long poème, Tombeau du Capricorne, dédié à Paul de Roux, poète, aujourd'hui, à la mémoire morte et aux mots empêchés. J'ai quitté Goffette à regrets... Retrouvé Amélie avec Marion et Jérôme au MK2 de la rue Jules Chaplain pour voir le film de Tavernier, Dans la brume électrique, tiré du roman de James Lee Burke, paru chez Rivages à fin des années 1990. Je suis resté, à mon corps défendant, très spectateur de l'histoire. Sans émotion. Je ne sais plus aller au cinéma, en fait. Nous avons dîné dans un chinois juste à côté. J'aime bien les soirées avec Jérôme et Marion. On apprend juste à se dire des riens. Je n'en finis pas de m'apprivoiser.
Samedi 20 juin. 22h15
Par Xavier Houssin le dimanche 28 juin 2009, 23:42
Un tour au village. Une visite à Georgette. Lecture. Quelques notes. Nous ne sommes pas descendus à la plage malgré le beau temps : trop de monde. La saison arrive et ça me rend sauvage.
mardi 23 juin 2009
Vendredi 19 juin. 22h50
Par Xavier Houssin le mardi 23 juin 2009, 00:21
Le marché à Sartilly avec Georgette. Cela faisait plusieurs fois qu’elle voulait nous y accompagner. Mais le froid, la fatigue… Ca ne fait rien, je me suis dit que, cette fois, il fallait que je vienne. Nous avons remonté les étals à tout petits pas avec elle. Elle a fait des courses minuscules. Une lamelle de brie, une barquette de fraises. Amélie s’est acheté un bout de toile cirée pour se faire confectionner un chapeau de pluie. Je me suis arrêté devant les poules et les canards. Il y avait une caisse où pépiaient des poussins jaunes. Après le potager, un poulaillier ? Comme celui du bout du jardin de la rue d’Avelghem. Je sais, je sais, ce n’est pas possible… Aux Fontenelles, nous avons repiqué des poireaux. Les voisins (du fond) avaient fait abattre leurs cyprès. Toutes les branches sont tombées sur nos pommes de terre. Un massacre de feuillage et de fleurs. Leurs mauvais bûcherons ont aussi endommagé la clôture des voisins (d’à-côté). Ils venaient d'arriver pour le week-end. Nous sommes restés ensemble, un instant, à nous plaindre de nos dégâts respectifs.
vendredi 19 juin 2009
Jeudi 18 juin. 23h50
Par Xavier Houssin le vendredi 19 juin 2009, 18:36
Amélie a avalé ses tartines en vitesse. S’est brûlée avec deux cafés. Un petit baiser sur le palier. Elle a filé à son nouveau boulot. Elle y passe juste la journée. Prises de contact, réunions. Elle reprendra ensuite lundi jusque mi-juillet. Les « choses sérieuses » commenceront vraiment à la rentrée. J’ai revu les livres pour Jeux d’Epreuves. Je participais à deux émissions à la suite aujourd’hui. Je commençais par Des roses rouge vif d'Adriana Lisboa chez Métailié. Josyane présentait Arabesques de Robert Dessaix au Mercure de France, Frédéric, Une musique en train de se faire du compositeur Pascal Dusapin au Seuil et Minh, Codicille, de Gérard Genette au Seuil aussi. A la seconde, j’enregistrais Le restant de nos jours de Peter Kihlgård chez Actes Sud. Clara parlait de la réédition au Castor Astral de Nouvelle histoire de Mouchette de Georges Bernanos. Cécile des Lettres à Albert Paraz, de Louis-Ferdinand Céline chez Gallimard et Jean-François de Mangez-le si vous voulez, de Jean Teulé chez Julliard. Tout cela était… très ecclectique. J’ai eu beau m’acharner n’ai rien compris du tout (je l’ai dit d’ailleurs du mieux que j’ai pu…) au livre de Dusapin, amphigourique produit de son cours à la chaire de création musicale du Collège de France. Partitions, graphiques, fractals et forme isochrone. Je repensais aux leçons de de M. Jacquet, en sixième, qui nous scandait, la taloche en suspend : La musique est l’art d’accomoder les sons d’une manière agréable à l’oreille. Impossible pour moi de combler le fossé… J’ai défendu mes titres comme j’ai pu. Le roman d’Adriana Lisboa a fait l’unanimité, celui de Peter Kihlgård, nettement moins. Il s’agit pourtant d’une très troublante histoire d’amour qui commence par la fin : le suicide des deux époux harassés de douceur. Aucune mièvrerie. J’avais senti ce texte tellement vrai, tellement sincère. En refermant le livre, j’étais allé chercher dans la bibliothèque le Poème à crier dans les ruines d’Aragon. Il me semblait faire comme un contrepoint parfait au texte. J'en ai cité un extrait pour l'occasion. Ils en ont de bonnes ceux/ Qui parlent de l’amour comme d’une histoire de cousine/ Ah merde pour tout ce faux-semblant/ Sais-tu quand cela devient vraiment une histoire/ L’amour/ Sais-tu/ Quand toute respiration tourne à la tragédie/ Quand les couleurs du jour sont ce que les fait un rire/ Un air une ombre d’ombre un nom jeté/ Que tout brûle et qu’on sait au fond/ Que tout brûle/ Et qu’on dit/ Que tout brûle/ Et le ciel a le goût du sable dispersé/ L’amour salauds l’amour pour vous/ C’est d’arriver à coucher ensemble/ D’arriver/ Et après Ha ha tout l’amour est dans ce/ Et après/ Nous arrivons à parler de ce que c’est que de/ Coucher ensemble pendant des années/ Entendez-vous/ Pendant des années. Grand bonheur aussi à soutenir le choix de Clara. Mouchette est un des plus beaux textes de Bernanos avec Le journal d’un curé de campagne. J’avais proposé, sans succès, un papier dans Le Monde. Le Castor Astral republie toute l’œuvre de Bernanos et c’est un immense bonheur. Nouvelle histoire de Mouchette n’était même plus disponible en poche. Pour le reste, j’ai un peu pataugé. Joseph m’a fait remarquer à deux reprises ( à propos de Gide, dans Arabesques et pour Céline) qu’un écrivain n’avait pas à être sympathique. Il avait raison bien sûr. Rien à rétorquer. N’empêche. Je n’y peux rien, j’ai besoin de me sentir en empathie. J’ai retrouvée Amélie à La petite Bretagne après sa première journée de travail. Trop juste pour qu'elle ait vraiment quelque chose à raconter. Elle était fatiguée, enrhumée. Trois heures de train. Nous étions de retour à la maison.
Mercredi 17 juin. 17h40
Par Xavier Houssin le vendredi 19 juin 2009, 18:30
J’ai fait une courte interview téléphonique d’Ariane Chemin pour le site d’Hachette. Journaliste au Monde et maintenant au Nouvel Observateur, elle a publié en avril Fleurs et couronnes chez Stock. Le livre fait le récit curieux de six enterrements. Aucun voyeurisme, rien de morbide. La fidélité, l’hommage, simplement. L’écriture est particulièrement sensible. Et surtout juste. Funérailles officielles, funérailles de gens célèbres. De pauvres aussi. Elle parle notamment de celles de Rafaël Kuderski, « l’inconnu de la Concorde », ce SDF retrouvé mort de froid en décembre 2007 dans les bosquets de l’avenue Gabriel et auquel elle était parvenue, au terme de son enquête de terrain, à rendre un nom, une identité. Elle commence son petit cortège funéraire avec Gérard Brach, le scénariste de Polanski. Je le connaissais. Nous nous voyions souvent du temps de mon travail de rédacteur en chef de Point de Vue, quand je fréquentais La Marlotte, rue du Cherche-Midi. Il habitait à deux pas, rue de Bérite, et venait y déjeuner tous les jours, ou presque, avec Elisabeth, sa femme. C’était sa seule sortie de reclus volontaire, effrayé à l'idée même d’affronter le dehors. Lucie nous avait présentés. Je m’installais quelquefois avec eux à la table ronde de l’entrée. Il m’avait parlé de son passé de très jeune homme se retrouvant tragiquement du « mauvais côté » à la fin de la guerre. Lucie a vendu La Marlotte. J’ai été licencié. Je n’étais plus dans le quartier depuis un moment quand, un jour, j’ai croisé Elisabeth. Gérard est très fatigué. Vous devriez passer le voir. Ca lui ferait plaisir. Je n’y suis jamais allé. Il est mort à l’automne 2006. Je l’ai retrouvé dans le livre.
Un verre de kir chez Georgette un peu avant midi. Servez-vous, vous savez où c’est. Elle a pris la décision de balayer ses inquiétudes. De les oublier plutôt. Complètement. A côté du téléphone, elle avait noté la date du scanner à la polyclinique d’Avranches : mardi 23 juin. Je me suis hasardé. Tu as finalement pris un rendez-vous ? – Oh, ça je ne sais pas, il faut demander à Josette. Je ne m’occupe plus de ces choses. Je ne me souviens plus de rien maintenant… J’ai rempli les mangeoires des oiseaux. Nourri les poissons. Ramassé les figues tombées sur la terrasse et dans l’herbe. Amélie était un peu préoccupée. Elle commence sa première journée de travail chez Liana Levi demain. Nous rentrons à Paris ce soir.
mercredi 17 juin 2009
Mardi 16 juin. 17h20
Par Xavier Houssin le mercredi 17 juin 2009, 23:19
Nous ne devions pas revenir à Carolles avant la fin de la semaine. Mais nous n’avions, ni l’un ni l’autre de rendez-vous pendant deux jours et surtout un grand désir de retrouver la maison. Nous sommes arrivés en fin de matinée. Les rosiers étaient tous en fleurs. L’Albéric Barbier planté cet hiver aussi. Cinq ou six boutons fraîchement éclots. Vers une heure, Georgette a téléphoné. J’ai un souci. Au moment où elle s’installait pour déjeuner, le médecin spécialiste qu’elle avait consulté à Avranches en avril l’a appelé. Il vous faut absolument passer un scanner, Madame. Toujours cette récidive de cancer à la machoire à laquelle elle ne pensait plus après les propos rassurants de l’échographe. Je n’ai plus eu faim d’un coup. Vous pouvez m’emmener voir Josette ? Elle me ramènera ce soir. Nous l’avons conduite à Marcey…
Mardi 16 juin. 23h30
Par Xavier Houssin le mercredi 17 juin 2009, 23:19
Nous sommes allés aux Fontenelles. Les légumes ont poussé de manière spectaculaire. Les légumes, mais aussi l’herbe. Le terrain a pris de allures de prairie grasse en moins d’une semaine. Pendant qu’Amélie nettoyait auprès des pieds de tomates et de courgettes, j’ai passé la tondeuse. Un peu rageusement. Je suis inquiet, bouleversé. J’ai du mal à me calmer en dedans. Pourvu qu’ils ne s’acharnent pas. Pourvu qu’elle ne souffre pas. Pourvu que ça aille bien. Longtemps. Encore.
Lundi 15 juin 2009. 22h40
Par Xavier Houssin le mercredi 17 juin 2009, 23:16
J’ai regardé à nouveau les livres. Choisi les extraits. Revu les questions. J’animais une rencontre à Beaubourg avec Catherine Cusset. Une commande si l’on veut. Contrairement à Véronique Bergen ou Alberto Ruy-Sanchez, que j’avais proposés les fois précédentes, c’est Francine qui avait choisi l’auteur pour le débat. Je devrais dire l’auteure, d’ailleurs, car l’idée était de parler, dans la soirée, de « Elles@centrepompidou », l’accrochage, au féminin des collections du musée et d’aborder aussi, bien évidemment, l’ecriture au féminin. Tout cela m’inquiétait un peu. Toujours cette crainte de ne pas être à la hauteur. De Catherine Cusset, je n’avais lu, avant, que La haine de la famille, Jouir, et son dernier texte, Journal d'un cycle, paru au Mercure en mars dans la collection « Traits et portraits ». Mais, pour l'occasion, j’avais rattrapé mes lacunes. J’ai tenté d’avancer à rebours dans son œuvre. Récit à roman. De mettre en miroir un certain nombre ses textes universitaires (elle est en effet spécialiste de Sade et des écrivains libertins du XVIIIe siècle) avec son travail littéraire. Le public était très attentif. Problématique féminine ? Elle est une femme qui écrit, ses sentiments, ses sensations, son rapport aux hommes, sa sexualité, son désir d’enfant. Nous avons dépassé l’horaire... Amélie était dans la salle avec Jérôme. Marion nous a rejoints à la sortie. Nous sommes allés manger un morceau au Taxi jaune, là où nous avait emmené, en octobre, le directeur du Centre Wallonie-Bruxelles après une table ronde sur la nouvelle. Bizarre repas. Il a été interrompu de manière tonitruante par l’arrivée de deux ivrognes dans le restaurant presque vide. Les types, franchement agressifs, se sont attablés avec les clients d’à-coté, buvant dans leurs verres, réclamant de l’argent, des cigarettes…. Le patron, courageusement, s’est enfermé sans rien dire, dans sa cuisine, laissant la salle sous la garde de son barman, un jeune homme un peu frêle et timide qui devait pas avoir beaucoup plus de dix-huit ans. Les deux abrutis ont fini par partir, un bon moment après, grâce au sang-froid du couple qui était aux prises avec eux. Leur dîner était gaché. Le notre aussi d’ailleurs. D’impuissance, d’énervement contenu. Le restaurateur est réapparu, disant qu’il avait appelé la police. En effet, vingt bonnes minutes plus tard, une impressionnante escouade de carabiniers d’Offenbach en uniforme, blousons bleus, caquettes et rangers, se lançait dans une chasse à l’homme à travers le quartier.
Dimanche 14 juin. 23h45
Par Xavier Houssin le mercredi 17 juin 2009, 13:37
Nous avons fait le marché sous le métro aérien. Traîné un peu au soleil. Bu un verre en terrasse au bout de la rue du Commerce. Amélie a lu. J’ai écrit mon papier pour Le Monde sur le dernier roman de Fiona, Portrait de l’artiste en hors-la-loi paru en mai chez Actes Sud. J’aurais bien aimé faire un portrait. Ce sera pour le prochain texte traduit. J’ai fait mes listes de propositions à Raphaëlle et Florence pour la rentrée. Jean-Yves Cendrey, Sébastien Lapaque, Philippe Routier, Marie Sizun, Carol Ann Lee, Jens Christian Grondhal… Beaucoup d’autres. Nous allons continuer nos lectures tout l’été.
Samedi 13 juin. 22h40
Par Xavier Houssin le mercredi 17 juin 2009, 13:30
Nous sommes allés chercher Géraldine à Issy-les-Moulineaux. Direction les Galeries Lafayette où nous avions déjà été repérer le rayon des jeans déchirés et rapiécés. Il y avait pour tous les trous et les déchiquetages. Petits accrocs partout ou larges fentes frangées. Zébrures à la Zorro et flottants arrachages. Sage, si sage, Géraldine. Elle s’est décidée pour un modèle à peine égratigné. Ceinture haute, coupe stricte. Pour un peu, elle prenait une taille au dessus. Un T-shirt ? Pas de fluo, de strass, d’inscriptions, de motifs… Elle a choisi une espèce de blouse en vichy noir et blanc. Les deux pieds sur le frein... On l’a emmené déjeuner au Coffee parisien. Coca et hamburger, elle s’est lachée un peu. Un petit billet pour acheter des bêtises. A bientôt. Embrasse tes parents. Le métro était direct depuis Sèvres-Babylone. Elle pouvait rentrer seule. Nous, nous avons pris le RER jusqu’à Evry. Un trajet entassé et hostile. Vilaine banlieue qu’Evry. Béton sale et tristesse. J’y étais venu quelquefois dans les années soixante-dix, quand la ville nouvelle était encore nouvelle. Quand Papa avait son pavillon à Brétigny. J’étais attendu pour parler de mon livre à la médiathèque de Courcouronnes. Dix minutes de voiture avec Annick, la bibliothécaire et le paysage s’est transformé. Maisons rurales et clocher de village. La rencontre avec les lecteurs avait lieu dans une ancienne ferme. Quel étonnant contraste... J’ai parlé devant une vingtaine de personnes attentives et proches. Nous avons bavardé. J’étais ému. Je le suis toujours dans ces moments. Entre l’étonnement et la gratitude.
Samedi 13 juin. 1h50
Par Xavier Houssin le mercredi 17 juin 2009, 13:25
Jérôme sortait d'un nouvel entretien d'embauche. Nous l'avons rejoint pour (mal) déjeuner dans un bistrot du boulevard Raspail. Je l'ai trouvé confiant, assez détendu. Il a l'air de croire en son étoile. C'est bien. Il va y arriver... J'en suis sûr. Amélie et lui sont partis faire une course dans le quartier. Moi, je retrouvais Wendy Guerra chez Stock à propos de son roman de rentrée Mère Cuba. Une suite, si l'on veut, à Tout le monde s'en va, où la fiction envahit la réalité, intime, personnelle, politique..., jusqu'au point où l'indiscernable devient évidence et réalité. Un incontestable tour de force du mélange des genres et des expressions narratives. Le journal, les courriers, les dialogues rapportés. Marianne, sa traductrice, faisait l'interprète. Karine est venue l'avertir que son taxi l'attendait pour un autre rendez-vous. Nous avions passé presque une heure et demie ensemble. Je n'avais pas vu le temps filer. J'ai salué Jean-Marc, dit au revoir à Solveig, à Vanessa, à Karine. En descendant le boulevard, j'ai été dire bonjour à Dany aux Belles Lettres. Elle se fait des soucis pour Lou, sa fille. Des problèmes de croissance. La voilà maintenant entre les mains des médecins spécialistes. Consultations à l'hôpital, propositions de traitements. On lui demande de choisir. De décider. Elle est désemparée, mais elle fait face avec un insolent courage et une belle nature. Lou, je ne l'ai jamais vue qu'en photo, mais je la connais depuis sa naissance. Dany m’en a toujours parlé. A chaque fois qu’on se voit, on se donne des nouvelles des enfants. Ma fille, elle, a bien grandi… Plus un mot. Je lui ai fait la promesse que je ne parlerai pas d’elle. Amélie m'attendait rue de Rennes. Nous sommes allés prendre un verre au Sauvignon avant le dîner chez Joëlle et Bernard dans le quartier de La Chapelle. Tous les ans, Amélie et Joëlle « fêtent » l’anniversaire de leur démission de chez Grasset en 1998. Bernard avait préparé un gigantesque repas. Des charcuteries italiennes à profusion, des canellonis, du poulet… Le dîner a été très gai. Il y avait là Anne-Gaëlle et Laurent, Christine… Marianne qui se débat toujours avec ses lectures de manuscrits et son travail d’éditeur misérablement payés, mais qui reste rayonnante et enthousiaste. Judith qui racontait comment elle avait dû fuir son appartement envahi par les souris et à qui chacun prodiguait d’évidents et inutiles conseils (un chat, un appareil à ultras-sons, des pièges, des appâts empoisonnés...). Nous nous sommes quittés tard. Et encore… On serait bien restés un peu.
dimanche 14 juin 2009
Jeudi 11 juin. 22h20
Par Xavier Houssin le dimanche 14 juin 2009, 17:47
Long entretien avec Richard Price à l'hôtel Montalembert. Il publie fin août en France aux Presses de la cité un roman noir : Souvenez-vous de moi. Au delà de l'histoire (classique) d'un meurtre et de sa résolution, il a bâti une narration en strates où le Lower east side, cet arrondissement de Manhattan à New York, envahit le récit au point d'en devenir le personnage principal. Archéologie urbaine du sensible. Le texte fouille les lieux, la mémoire minérale, recherche les fantômes et les souvenirs. J'ai retrouvé Amélie pour déjeuner à la pizzeria de la rue du Théâtre (dans l'état actuel de l'appartement, impossible de se servir de la cuisine). J'ai mis mes notes à jour. Amélie est partie à un dîner prévu de longue date chez Camille avec des gens de L'Olivier. Je me suis senti désoeuvré, pas très agréablement seul. J'ai été faire un tour vers la Bastille. Echoué au Baron rouge, rue Théophile-Roussel, près du marché d'Aligre. Deux quincy. Un morceau de saucisse sèche. Pas osé l'appeler. Je suis rentré l'attendre.
Jeudi 11 juin. 1h10
Par Xavier Houssin le dimanche 14 juin 2009, 11:46
J'ai quitté Amélie à la gare de Vaugirard. Elle est partie essayer de mettre un peu d'ordre dans le petit deux-pièces. Il nous faut tenter de trouver une place au milieu du désordre et de l'encombrement. Nous sommes à Paris pour un dizaine de jours... Ma journée s'est déroulée en bribes, en minuscules rencontres et coups de téléphone. Simplement pour mettre en place l'agenda du séjour. Au café de la Mairie où j'avais un premier rendez-vous, j'ai croisé Raphaël. Nous avons bavardé quelques minutes. Il est en plein déménagement. Tout est vide chez moi, dit-il. Reste la trace des meubles et des tableaux sur les murs. Sihouettes de poussière et de temps passé. J'ai retrouvé Amélie sous la pluie battante en bas de chez Nadine. Nous lui faisions la livraison du gigot de pré-salé normand qu'elle nous avait commandé. Son pied va mieux. La fracture se répare doucement. Elle marche, lentement, sans plâtre, d'une pièce à l'autre. Elle avait en garde depuis hier son petit-fils, Raoul, qui émergeait de la sieste. Nous sommes partis peu après l'arrivée de Vanessa et Benjamin, ses parents. J'avais cru à une éclaircie. Je m'étais trompé. Nous avons couru sous l'averse d'orage jusqu'au métro. Pareil à la sortie. Nous sommes arrivés trempés pour le dîner chez Nathalie. Trempés et sentant le chien mouillé. Du coup, les premières minutes m'ont paru ressembler à la Caucus race d'Alice au pays des merveilles. Nous avons parlé d'ailleurs, entre autres, de littérature « jeunesse » Il y a avait là Pierre et Elodie, Delphine, Marie, Geneviève et Olivier... Jolie soirée en apartés. Nous sommes rentrés parmi les premiers. Comme deux provinciaux fatigués.
mercredi 10 juin 2009
Mardi 9 juin. 23h50
Par Xavier Houssin le mercredi 10 juin 2009, 12:47
Le ciel a tiré de fins rideaux de crachin toute la matinée. Nous nous sommes échappés à la première éclaircie. Qui de nous deux a eu l’idée d’aller aux escargots ? Une heure après nous avions ramassé une bonne soixantaine de petits gris (helix aspersa aspersa) cachés au frais des murets derrière les herbes molles. Je les ai mis à jeûner dans un grand pot de terre cuite. Je me suis remis à l’édition du Noailles. J’avais traîné ces dernières semaines, assez démobilisé par l’annonce brutale de l’arrêt de la collection. Mais il ne reste plus grand chose à faire. Quelques années de chronologie. La bibliographie... Géraldine, la semaine dernière, m’avait rassuré sur les délais : j’ai jusqu’en juillet pour rendre l’ensemble. Je tiens à le soigner ce dernier volume. Au potager, la réparation de la gouttière avait tenu. Le tonneau de récupération d’eau était plein. J’ai nettoyé les planches de tomates, d’aubergines et de fenouils. Amélie a dégagé les framboisiers. Nous les avons paillés. Retour par chez Georgette. Toujours lasse. Alors à dans dix jours ? A la maison, j’avais sur le téléphone un message de Christophe Barbier. Je ne dirigerai pas les pages livres de L’Express. J’avais posé ma candidature en mars après le décès tragique de François Dufay. Je m’étais rendu à plusieurs entretiens rue de Chateaudun et, ces dernières semaines, la rumeur, portée par les uns, par les autres, semblait me placer en bonne position. Rien à regretter. J’ai été sincère dans l’expression de ma vision du poste et j’ai énoncé clairement mes préférences littéraires. Je ressors de tout cela finalement conforté.
lundi 8 juin 2009
Lundi 8 juin. 23h10
Par Xavier Houssin le lundi 8 juin 2009, 23:39
La pluie a détrempé la nuit. Elle n'a presque pas cessé de la journée. Les tonneaux débordent. Aux Fontenelles, sous l'averse, j'ai raccroché la gouttière. Nous avons planté des tagettes au pied des tomates. J'ai encore pris du retard. Des papiers à écrire pour Le Monde, Le Pèlerin. Des rendez-vous à préparer. Des propositions. Des projets d'édition. Tant de courrier à faire.
Dimanche 7 juin. 22h00
Par Xavier Houssin le lundi 8 juin 2009, 23:29
Arrivés tard, hier, avec le sentiment d'être partis longtemps. Réveillés tard, ce matin, avec l'impression de n'avoir jamais quitté la maison. C'était les élections européennes. Nous avons salué Philippe au bureau de vote. Un tour chez Georgette. Elle est vraiment très fatiguée. Elle ne mange plus. Rien ne passe. Elle a des vertiges. Ca fait tout trouble quelquefois. Je ne sais pas comment répondre à ses inquiétudes. A sa lassitude. Quels mots dire simplement ? Mes souvenirs avec elle ne sont que de l'enfance. C'est de moi que je parle lorsque je les évoque. Elle aurait besoin, je crois, d'une grande bouffée de jeunesse. De la sienne. Je ne connais rien de ce qui lui a fait battre le coeur. De ses rires. De ses bonheurs. A quoi pense-t-elle, le soir en couchant ses douleurs, ses faiblesses ? A la maison de la rue Pujet ? A celle de la rue d'Avelghem ? A toutes ses adresses, Cordonnier, Linné, Potennerie. Des morceaux de Roubaix. A ses jardins ? A ses soeurs, à ses frères ? A ses amours discrètes ? On revient tout à l'heure... Je me suis souvenu de cette phrase des Rêveries de Rousseau : Tout ce qui m'est extérieur m'est étranger désormais. Nous avons lu, rangé, fait une promenade dans les chemins ravinés des pluies récentes, envahis d'herbe, le long de la falaise. Nous avons cueilli des ombelles de sureau que j'ai mis en bouquet. Nous sommes allés à nouveau chez Georgette. Je vous attendais pour me coucher. Elle était aller voter dans l'après-midi. Elle avait pris un bouillon. Je vais bien, je vous assure.
samedi 6 juin 2009
Samedi 6 juin. 23h20
Par Xavier Houssin le samedi 6 juin 2009, 23:36
Géraldine faisait sa profession de foi à Saint-Sulpice. Cent cinquante communiants. L’église était pleine. La nef et les travées. Le transept, les chapelles. Parents, amis, enfants. Nous nous sommes retrouvés après la cérémonie pour un déjeuner à Issy-les-Moulineaux chez Anne-Laure et Damien. Ils ont trois autres filles qui se suivent en relais. Eugénie, Mathilde et Justine. Toutes les trois gentiment espiègles. Géraldine, elle, fait bien plus sérieuse. Docile, obéissante... Pas facile d’être l’aînée. Nous avons pris date pour l’achat du jean de ses rêves.
Vendredi 5 juin 23h50
Par Xavier Houssin le samedi 6 juin 2009, 23:35
A cinq heures et quelques, le jour commençait à se lever vers le fond du jardin. Nous partions par le premier train. Voyage nauséux et épuisé. Amélie a rattrapé un peu de sommeil recroquevillée sur les sièges. Le wagon s’est rempli au fur et à mesure jusqu’à devenir bondé. A Dreux, un type inondé d’eau de toilette entêtante l’a réveillée pour s’asseoir. Dès l'arrivée, j’ai filé à Censier. Je devais rendre à Line les copies de l’examen final des étudiants. Pas vraiment brillant. Plutôt pathétique pour être franc. Aucune distance, pas d’écriture... Je m’en suis senti si navré que j’ai mis un long mot d’explication dans l’enveloppe. J’étais chez Buchet en fin de matinée pour libérer mon bureau. Cela faisait un an, juste de date à date, qu’on me l’avait donné. Je me suis retrouvé à vider les tiroirs, à entasser mes dossiers et mes livres dans de gros sacs solides, à vider l'ordinateur. J’ai fanfaronné avec les uns et les autres, mais j’étais triste à pleurer, en fait. Je vais réfléchir à tout cela. Former d’autres projets... J’ai déjeuné avec Pascale chez François, rue Servandoni, en terrasse, et nous avons parlé d’autre chose. Amélie est venue m’aider à emporter mes affaires. Nous les avons déposé au milieu de l’effrayant capharnaum de l’appartement. Les caisses de la cave envahissent toujours la cuisine. Et les livres sont partout : triés, en attente, lus, pas lus encore, ceux en piles, ceux toujours dans les paquets… Nous avons fui. Marion et Jérôme nous avaient invités à dîner. Avant d’aller chez eux, nous avons fait un détour par le Marais pour acheter à Géradine, la filleule d’Amélie, un petit bracelet chez Litchi, cette boutique de la rue des Ecouffes qui décline, en bijoux et en décoration, bondieuseries et superstitions des quatre coins du monde. Nous avons pris, à la seule différence que les perles étaient bleues, le même modèle que j’avais déjà offert à Amélie en plusieurs exemplaires. Entre chaque perle est accrochée un minuscule médaillon représentant une Sainte Vierge (celle de Guadalupe, de Lourdes, de Bahia, j’en passe des dizaines). Géraldine fait sa profession de foi demain. Entre accessoire branché et objet de piété, cela semblait on ne peut plus indiqué. Mais ce n’est pas le vrai cadeau. Celui-là, nous allons devoir l’acheter avec elle. Elle rêve d’un jean troué, lacéré, empiécé, brodé de strass et pourquoi pas zèbré de dentelles. Une histoire de gamine qui grandit et qui a envie d’être belle. Jérôme ouvrait encore les huîtres quand nous sommes arrivés. Nous en avons dévoré un beau plateau avec du speck et des gendarmes. Cheverny blanc. Côtes-du-rhône. Nous nous sommes quittés tard après avoir passé un long moment (comment est-ce venu ?) à discuter curés, messes, rituels, Vatican II, communion, paix du Christ et présence réelle. J’aimerais que vous m’accompagniez une fois à Saint-Augustin, nous a dit Jérôme, il y a là un prêtre qui fait des homélies extraordinaires. Une belle ferveur toute neuve… Je n’ai pas pu m’empêcher de penser à un passage d’une lettre que mon grand-père Joseph avait envoyé à ma mère en Indochine. Il donnait des nouvelles, racontait la vie de famille. A propos de mon parrain, l’avant dernier des enfants, qui devait avoir 16 ou 17 ans à l’époque, il avait écrit : Et René devient pieux... Est-ce un nouveau feu de paille ? Moi, ce que j’aime chez Jérôme, c’est qu’il est toujours sincère.
Mercredi 3 juin. 22h00
Par Xavier Houssin le samedi 6 juin 2009, 10:04
Nous avons renoncé à faire la grande balade que nous avions prévue jusqu’à la cabane Vauban de Champeaux. Le soleil était déjà trop haut. Une autre fois. Ici, les journées grésillent comme des mèches. Trois fois rien, déjà fini. Le printemps file, il fait un temps d’été. Amélie a accompagné Georgette aux Fontenelles. Elle voulait voir le potager. En fait, c’est son jardin qu’à chaque fois elle revisite. Le pommier, les cassis, les rosiers. Elle avançait à tous petits pas dans l’allée gazonnée, appréhendant le moindre dénivellé. Ah non, je n’irais pas ici toute seule… Elle s’est arrêtée un moment pour souffler. Je l’ai sentie si lasse, si inquiète, si fatiguée.
Jeudi 4 juin. 23h15
Par Xavier Houssin le samedi 6 juin 2009, 10:04
Nous avons terminé nos courriers de remerciements. Un mois et deux jours. Nous n’avons toujours pas rangé les lettres, les photos… Ni aucun des petits souvenirs de cette journée. Temps présent. Je commence juste à comprendre que cela veut dire. Quand tout amène simplement à l’instant. J’ai envoyé à Raphaëlle mon papier sur les 21 irréductibles de Sorin. Il va me manquer Sorin. On se voyait souvent chez Buchet. Trois mots, un livre, un autre. Je déménage mon bureau demain.
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