Je n’aime décidemment pas les jours de départ. Le temps y fait des sauts étranges. Lentes minutes. Courtes heures. J’ai cueilli de grosses brassées de feuilles d’olivier que nous ferons sécher à Carolles pour des décoctions. C’est bon pour ce que tu as, tu dois en boire, m’avait dit Georgette. Nous avons fait les valises. Entassé une bonne partie des cadeaux que nous avons reçus. Mylène est venue nous dire au revoir. En début d’après midi, Emmanuel nous a accompagné à la gare de Cannes avec Camille et Victoria. A Paris, l’appartement était étouffant, envahi de courrier, de livres. Les plantes n’avaient pas trop souffert de notre absence. Seule l’oxalis pourpre avait l’air un peu fatigué. Nous nous sommes couchés au milieu des déballages et du désordre.
Jeudi 30 juillet. 22h10.
Par Xavier Houssin le lundi 17 août 2009, 00:37
Le premier train pour Granville. Noëlle était venue nous chercher à la gare. Marianne et sa tante Hélène nous attendaient à la maison. Elles n’ont pas été gâtées par le temps durant leur séjour. De la pluie, du vent, de la grêle. Elle ont même dû faire du feu. Mais aujourd’hui le ciel était d’un incroyable bleu. Elles nous ont emmenés déjeuner au casino de Jullouville et sont reparties à Paris tout de suite après. Visite à Georgette. Ca va doucement. Elle est fatiguée. Se plaint du ballet incessant des voitures qui descendent à la plage. C’est la saison… Quelques courses. Nous sommes rentrés. J’ai rempli les mangeoires des oiseaux. Dîner au jardin. Il faisait doux.
Mardi 28 juillet. 23h50
Par Xavier Houssin le lundi 17 août 2009, 00:35
Marcus avait eu l’idée hier soir. On devrait aller se baigner de bonne heure. Voire de très bonne heure... L’été le bord de mer est pris d’assaut. Dire qu’il y a foule est un doux euphémisme. Je gardais en mémoire le souvenir effrayé d’un soir d’août l’an dernier à Juan-les-pins. Nous étions dans la voiture juste avant 7h00 avec Virginie, Marion et Camille. Trajet rapide jusqu’à Antibes et la plage de La Salis. Je m’attendais à la trouver déserte, mais il y avait déjà une bonne dizaine de personnes sur place. Nous avons quand même nagé un bon moment au calme. L’eau était tiède, d’un bleu encre. Comme nous repartions, les gens avaient commencé à prendre possession de leur territoire pour la journée. Installaient leurs serviettes, leurs parasols, leurs pliants et leur musique. Au secours… La journée a été calme. Dans l’après midi, Catherine et Martin sont passés avec Simon et Valentine, leur toute petite fille de trois semaines. J’ai gardé le bébé longtemps dans mes bras jusqu’à ce qu’elle s’endorme. Au soir Jacques et Marie sont venus prendre un verre. Pour le dernier soir, Claire avait préparé une soupe au pistou.
Dimanche 26 juillet. 21h50
Par Xavier Houssin le lundi 17 août 2009, 00:32
La sieste nous a fait rater le départ de Jérôme. Marion l’a raccompagné à Cannes. Elle est encore en vacances et va rester quelque jours. Nous avons traîné une après-midi paresseuse de lenteurs et de retards. Avec Camille, nous sommes arrivés au vide grenier de Bar-sur-Loup juste pour voir les exposants remballer leur bric-à-brac. A la fête du terroir à Caussols, c’était presque la même chose. Mais, nous avons quand même pu voir les chevaux, les poulains, les ânes. Traversée au couchant du plateau karstique, rochers et prairies sèches. Il faudrait marcher par ici. J’ai envie de longues balades.
Lundi 27 juillet. 23h00
Par Xavier Houssin le lundi 17 août 2009, 00:32
Rapide excursion en 2 CV Loup avec Marion et Victoria et Camille. Nous nous sommes garés près du pont du Loup et avons remonté le cours d’eau jusqu’à ne plus rencontrer de promeneurs (assez vite, d’ailleurs). Nous avons fait trempette dans une piscine naturelle. L’eau était glacée, les rochers glissants, les gamines poussaient de petits cris. On voyait des gerris faire des arabesques dans les mares de la berge, des notonectes nageant sur le dos. Les arbres résonnaient de cigales.
Dimanche 26 juillet 2009. 13h00.
Par Xavier Houssin le lundi 17 août 2009, 00:30
Nous nous sommes levés tôt ce samedi. Amélie avait rendez-vous chez le coiffeur, chez la manucure. Elle est revenue les ongles joliment laqués de rouge, les cheveux rassemblés en chignon rond sur sa nuque. François est passé apporter une impressionnante quantité d’hortensias roses en pots que nous avons disposés un peu partout dans le jardin. Les centres de table fleuris aussi que Véronique et Patricia avaient tressés tout l’après-midi d’hier. Le déjeuner a pris des allures de pique nique. Chacun est parti se préparer. Ne rien oublier. Coup de fer sur les habits. Coup de brosse aux chaussures. Amélie, robe courte en lin blanc, chapeau rouge, souliers rouge était merveilleusement belle. Les trois petites (en robe rouge) nous attendaient. Nous avons pris place dans la voiture de Virginie et Marcus pour les vingt qui nous séparaient d’Antibes et de la chapelle Saint-Jean. Je ne pourrai pas dire autre chose de la cérémonie sinon que j’y ai été saisi d’une émotion et d’une grâce qui ont dépassé de loin ce que je pouvais imaginer ou désirer. Un sentiment de l’accompli. Nous avons lu ensemble cette prière d’Augustin qu’il avait écrite dans l’élan de sa conversion à Dieu. Une prière charnelle et vibrante. Bien tard je t’ai aimée,/ ô beauté si ancienne et si nouvelle/ bien tard je t’ai aimée !/ Et voici que tu étais au-dedans, et moi au-dehors, / et c’est là que je te cherchais,/ et sur la grâce de ces choses que tu as faites,/ pauvre disgracié, je me ruais !/ Tu étais avec moi et je n’étais pas avec toi ;/ elles me retenaient loin de toi, ces choses qui pourtant,/ si elles n’existaient pas en toi, n’existeraient pas !/ Tu as appelé, tu as crié et tu as brisé ma surdité ;/ tu as brillé, tu as resplendi et tu as dissipé ma cécité ;/ tu as embaumé, j’ai respiré et haletant j’aspire à toi ;/ j’ai goûté et j’ai faim et j’ai soif ;/ tu m’as goûté et je me suis enflammé/ pour ta paix./ Quand j’aurai adhéré à toi de tout moi-même,/ nulle part il n’y aura pour moi douleur et labeur,/ et vivante sera ma vie toute pleine de toi. André Dukiel nous a bénis. Et nous, et Claire et Emmanuel, et toute la petite foule réunie des oncles et des tantes d’Amélie, de ses cousins, de ses cousines et de nos amis. Mon frère Jean et son épouse Noëlle avaient fait le voyage du Gers. Mon demi-frère, en fait. J’ai aussi une demi-sœur, Monique, morte à bientôt deux ans en 1932. Un autre demi-frère Francis, décédé, très seul, paraît-il, à une soixantaine d’années en 1984 et enterré, selon son vœu, à Carolles où il avait passé son enfance et les premières années de son adolescence chez Marie. Sa grand mère qui est aussi la mienne… Je ne connais rien de plus de leur histoire. Je pressens juste qu’elle a été, différemment, tragique. Je ne sais rien non plus de celle de Jean. Depuis « le retour » de mon père dans les années soixante-dix après la mort de sa femme, nous nous sommes vus tout juste cinq ou six fois. Des moments gênés (pour moi, en tout cas), à ne pas se dire grand chose. A attendre. Quoi, je ne sais pas bien. Pascale et Christine, mes deux témoins m’avaient fait faux bond pour des raisons familiales. Mon parrain René était resté à Uzès à cause d’un achat d’appartement. J’étais content que Jean soit venu. A Magagnosc, le traiteur avait installé le buffet et les tables. La soirée s’est prolongée longtemps, doucement, tout doucement, du soleil couchant aux étoiles, en rires, en confidences, en bavardages, d’un groupe à l’autre. Et puis Marcus a réclamé le silence. Le moment était venu de la fameuse surprise. Accompagnée par son père et par Christophe, soutenue par ses deux sœurs, Camille, au micro, nous a chanté une chanson où il était question d’Amélie jolie et de Xavier chéri. Tessiture de petite fille, toujours au bord de la rupture. Les aigüs coupants comme du cristal brisé. Amélie pleurait, moi, je voyais tout trouble. Puis nous avons dansé, bu encore du champagne et puis encore parlé. Lorsque vers les trois heures et demi passées nous nous sommes retrouvés, les derniers, « en famille », Claire et Emmanuel, Virginie et Marcus, Camille luttant contre le sommeil, Jérôme nous a dit : J’attendais que nous soyons seuls pour vous dire la nouvelle… Marion et moi, l’an prochain, nous allons nous marier.
Vendredi 24 juillet. 23h40
Par Xavier Houssin le lundi 17 août 2009, 00:27
Arrivée d’Alix, puis d’Armelle. Alix jouera de la flûte traversière lors de la cérémonie de demain. Armelle s’occupera des chants. Nous les avons choisis avec elle. Je tenais à Trouver dans ma vie ta présence et aussi à ce beau cantique à la Vierge, Chez nous soyez reine. Amélie et moi avons revu les intentions de prière. Un mot pour les absents. Pour tous ceux qu’on aimait et qui ne sont plus. Antoine et Marguerite, ses grands-parents, Angèle et Joseph, les miens. Et mon père, et ma mère… Les oncles d’autrefois aussi, tués pendant la Grande guerre. Prononcer leurs noms et les sentir présents. Nous avons rédigé le court texte que nous lirons demain. Juste dire merci. On entendait des accords de guitare à l’étage. Marcus répétait une chanson avec son ami Christophe et les filles. A un moment, il est descendu : Allez donc faire un tour pendant une bonne heure. Ca sentait la surprise… Nous avons fait durer notre absence. Au retour nous avons retrouvé Jérôme et Marion. Et peu de temps après, Isabelle et Didier Lasaygues, venus avec leurs filles Camille, Margaux, Julie, Chloé et leur fils Jean-Baptiste. De vingt-sept à dix-sept ans. Amélie les a tous connus petits comme jeune fille au pair à son arrivée à Paris à la fin des années 1980. Elle est restée très liée avec la famille. Isabelle et Didier qui ont une maison dans le Jura dans un village (Isabelle en est maire) près d’Arbois avaient fait livrer plusieurs caisses de vin blanc et avaient amené un énorme plateau de morbier, de comté et de cancoillotte. Grand buffet sur la terrasse. Nous étions une bonne vingtaine. Ensemble et joyeux. Amélie est allée chercher, tard, Catou, Jocelyn et leurs enfants Margaux, Arthur et Paul. Tout le monde est là ou presque. Nous attendons demain.
Jeudi 23 juillet. 23h20
Par Xavier Houssin le lundi 17 août 2009, 00:25
Nous sommes allés juqu’à la librairie de Jean-Paul à Pré-du-Lac. Feuilleté les livres, bu un café, traîné un peu, bavardé beaucoup. J’ai acheté un nouveau guide entomologique de chez Delachaux et Nieslé. Je n’ai rien ici pour identifier les insectes. Ce matin, j’ai ramassé un long capricorne (cerambyx cerdo) qui s’était pris au piège de la piscine et Claire m’avait trouvé une femelle lucane (lucanus cervus) égarée dans ses géraniums. Je devrais commencer une boîte de mon séjour ici. Mais je n’ai pas de matériel. Emmanuel m’a fabriqué quelques longues épingles pointues avec de la très fine corde à piano. J’en ai chipé quelques autres, à tête ronde, dans la boîte à couture. C’est un peu sommaire… Virginie et Marcus sont arrivés en fin de matinée avec les trois filles. Les mêmes et tellement changées pourtant… Depuis mai et notre mariage à Carolles, Camille a encore embelli. Quant à Victoria, elle est de plus en plus espiègle et Valentine se dessine vraiment comme une petite personne de caractère. Déjeuner de retrouvailles. Dans l’après-midi, j’ai montré à Camille comment on préparait les coléoptères que j’avais placés un moment avant dans un bocal à éther. Ecarter doucement les pattes sur l’étaloir, ménager les minuscules griffes. Positionner les antennes… Virginie allait chercher Séverine à la gare de Cannes. Amélie et moi l’avons accompagnée. Petit tour dans les ruelles du quartier. Une succession de vilaines boutiques sans aucun intêret. Nous sommes vite rentrés aux Margouillats.
Mercredi 22 juillet. 22h40
Par Xavier Houssin le lundi 17 août 2009, 00:23
J’ai rédigé un petit papier sur L'été chagrin, le premier roman d’Henri Husetowski chez Buchet et, toujours pour Le Pèlerin, un portrait d’Armel Job, à l’occasion de la sortie en septembre de Tu ne jugeras point. Nous nous étions rencontrés la première fois en 2003 quand je travaillais encore à Point de Vue. J’étais en reportage à Liège sur les traces de Simenon dont on commémorait le centenaire de la naissance. Armel Job venait de publier Le conseiller du roi. Je savais qu’il habitait Bastogne. Je lui avais proposé qu’on se retrouve au soir dans un restaurant liégeois, persuadé que Bastogne était comme un faubourg de la ville. En fait, je liais les deux noms à cause de la course cycliste Liège-Bastogne-Liège. Imbécile. J’avais fait faire au malheureux plus de quatre-vingt-dix kilomètres… Il n’avait rien dit sur le coup. Nous ne nous sommes reparlés de cette histoire que trois ans plus tard à Manosque où nous étions invités tous les deux au Festival des correspondances. J’en gardais, toujours vive, la confusion. J’aime beaucoup Armel Job. Il est un doux, dans le sens de l’Évangile. Un érudit discret et un très bel écrivain. Emmanuel a continué l’installation des éclairages dans le jardin. Il a rectifié une fois encore la position des spots sous les cyprès et les oliviers. Fait courir quelques centaines de mètres supplémentaires de fil électrique. Nous avons attendu la nuit tombée pour les derniers réglages. Ca fonctionne. Ouf… Les essais précédents s’étaient en effet révélés inquiétants. Tout disjonctait d’un coup plongeant le dedans et le dehors dans la même obscurité. Patou est passé avec Betty prendre un long apéritif tardif. Comment ça, tu ne bois plus de pastis ?, m’a-t-il demandé comme il me voyait, perplexe, arroser de Perrier un fond de whisky. - Pas avant un moment, j’ai peur. Je dois faire attention au sucre… Son regard s’est voilé d’une sollicitude inquiète : Mon pauvre, comme ça doit être difficile…
Mardi 21 juillet. 23h10
Par Xavier Houssin le lundi 17 août 2009, 00:21
Nous sommes partis tôt avec Emmanuel. A peine plus d’une heure d’autoroute jusqu’à Vintimille. Il vient y faire des courses de temps en temps. Se réapprovisionner en alcools et en cigarettes, bien moins chers en Italie. Acheter des légumes, des fruits et du poisson au marché couvert surtout. Car de l’autre côté de la frontière, les marchés provençaux sont bien décevants. Quelques tristes étals encerclés par des déballages de nippes voyantes, de sous-vêtements, de quincaillerie, de montres, de savonnettes et de souvenirs africains. Ici tout est à profusion. Nous sommes revenus les paniers pleins d’herbes aromatiques, de poivrons, de piments, de tomates, d’oignons, de melons, de pêches. Avec de minuscules seiches encore suintantes d’encre noire, des anchois et des cigales de mer. Quelques cèpes aussi, les premiers, juste pour fourrer une omelette.
Lundi 20 juillet. 22h20
Par Xavier Houssin le lundi 17 août 2009, 00:20
J’ai écrit le portrait d’André Bucher pour Le Pèlerin. Il publie à la rentrée La cascade aux miroirs chez Denoël. On s’était téléphoné la semaine dernière. Tu es bête, tu devrais venir me voir. Il habite en Drôme provençale, à trente kilomètres à l’ouest de Sisteron. Une bergerie dans un hameau perché au-dessus du village de Montfroc, sur les pentes de la vallée du Jabron. C’est dans cette région où il s’est installé dans les années 1970 qu’il situe à chaque fois les intrigues de ses romans. Il y a largement la place... Landes, montagne sèche. 1000 hectares de bois et maintenant 250 hectares de terres cultivées. Tu devrais venir me voir. Il a raison c’est bête. De Magagnosc, cela fait moins de deux cents kilomètres. Nous n’avons jamais été aussi près…
Dimanche 19 juillet. 22h00
Par Xavier Houssin le lundi 17 août 2009, 00:19
J’ai terminé la chronologie, la bibliographie. Revu une dernière fois la préface et l’avant-propos. Ajouté quelques notes. Envoyé l’ensemble à la fabrication. Le volume Anna de Noailles est fini. Il paraîtra en octobre. Normalement… Je ressens douloureusement la fin de cette collection. Cela me paraît injuste et stupide. Tant d’autres titres à publier. Tant d’auteurs surtout à rendre à la lecture. Il me faut encore du temps pour parvenir à vraiment parler de tout cela. Sur la terrasse, les pétunias de Claire se dessèchaient dans leurs jardinières. Une bonne part avait déjà succombé au soleil brûlant des après-midis. En revenant de Saint-Vallier, nous nous sommes arrêtés en acheter de nouveaux. Des blancs auxquels nous avons ajouté des verveines rouges. Mais, été après été, il faut bien admettre que le temps ici n’est pas vraiment propice aux corbeilles anglaises.
Samedi 18 juillet. 20h45
Par Xavier Houssin le lundi 17 août 2009, 00:18
Le vent a hurlé toute la nuit. S’étirant en rafales sèches. Tourbillonnant dans le cul-de sac des collines. Les volets battaient. On entendait les arbres plier jusqu’au craquement. Pas de vrais dégats cependant. En allant chercher le pain, nous avons relevé quelques branches brisées dans le chemin. Rien d’autre. C’était comme s’il ne s’était rien passé… J'ai noté cette phrase d'Anna de Noailles, écrite dans son Journal quand elle avait dix-huit ans : Non, je ne jugerai point, j'ai senti dans mon être trop d'existences se mouvoir, j'ai senti en moi s'agiter des vies trop nombreuses, des créatures toute différentes agir ou penser, triompher, succomber ou souffrir. Tout est là. Et je me sens envahir par cette proximité, certainement trompeuse, que les mots me renvoient. Je sais, au fond, d'où me vient tout cela. Avant de lire, à l'adolescence, Le coeur innombrable, Noailles est resté longtemps pour moi le nom d'un village du pays de Thelle, dans l'Oise, où habitait une demoiselle, collègue de ma mère à l'institution Anne-Marie Javouhey. Mlle Frécot était professeur de lettres ou d’histoire, je ne sais plus. Ses cheveux étaient teints en roux. Eté comme hiver, elle était sanglée dans le même tailleur de gros tweed. Elle me paraissait vieille. Elle devait avoir une cinquantaine d’années. Je l’aimais bien. Elle habitait une grande maison XIXe dont l’arrière s’ouvrait sur un parc touffu. Nous allions la voir, les dimanches, en rentrant du déjeuner à Beauvais chez mon parrain René et ma tante Poulouche. Elle nous attendait à l’heure du thé. Les murs du salon étaient recouverts de boîtes d’insectes. Lépidoptères, coléoptères. Pas un espace de libre. Et les meubles qui faisaient tout le tour de la pièce abritaient aussi d’autres boîtes, dans de longs tiroirs. J’étais fasciné. Tout cela était l’œuvre de son père, le général Frécot, qui avait été pris par la passion de l’entomologie à l’âge de la retraite et qui lui avait légué ses collections. Elle n’avait rien touché depuis sa mort avant-guerre. Avec elle, j’ai commencé mon apprentissage. J’étais attentif et persévérant : j’ai eu ma part d’héritage. Quelques coffrets « museum » à la bordure grenat et au fin liseret vert, des étaloirs, des pinces… Elle me racontait les expéditions de nuit avec les lampes à vapeur de mercure pour capturer les sphinx et les lichenées. On décore le monde des couleurs de son enfance. J’ai fait mon camaïeu avec le noir ciré des élytres et l’ocre duveteux des ailes et des corps trapus. Lorsque bien plus tard, après La mort de la phalène, j’ai lu De la lecture, ce texte de Virginia Woolf paru aux Éditions des femmes, qui s’achève dans un départ étrange à la chasse aux papillons nocturnes, j’ai pleuré, envahi par l’évocation, de nostalgie et de reconnaissance.
Vendredi 17 juillet. 23h00
Par Xavier Houssin le lundi 17 août 2009, 00:16
Bon, je m'y suis mis. Je dois avoir fini la chronologie et la bibliographie d'Anna de Noailles avant lundi. j'ai relu la très belle biographie que lui a consacré François Broche (Anna de Noailles, un mystère en pleine lumière parue chez Robert Laffont en 1989), repris mes notes. Je croyais avoir avancé davantage, mais je me suis aperçu que je m'étais arrêté aux toutes premières années. A l'enfance de cette petite fille rêveuse et inquiète, que la mort de son père quand elle avait dix ans avait atteinte comme un coup donné à une fine porcelaine. Un fil de rien que le temps va creuser jusqu'à la fêlure. J'y ai passé la journée. Emmanuel travaillait au jardin, tirait des plans pour les éclairages à installer. Marie-Jeanne et Dominique sont venus prendre un verre dans la soirée. Longs bavardages sur la terrasse. Ils seront à Coutainville début août. Vous viendrez nous voir?
Jeudi 16 juillet. 16h00
Par Xavier Houssin le lundi 17 août 2009, 00:14
Je commence à prendre mes marques d'ici. Le ciel bleu avec juste quelques nuages égarés. La fenêtre qui ouvre sur les lavandes en bouquet et les oliviers. Emmanuel a réparé mes étaloirs cassés, ma caissette de naturaliste achetée la semaine dernière chez Deyrolles et dont les soudures avaient déjà lâché. Il a confectionné aussi la petite boîte pour les trois guêpes (vespula germanica) que j’offre à Victoria en souvenir de sa douloureuse piqûre de l’été dernier. Claire nous régale de sa cuisine toute simple et si savoureuse (comment fait-elle d’ailleurs pour que les légumes de sa ratatouille gardent leur saveur propre et , en même temps, s’unissent dans un étonnant bouquet mijoté ?). Nous ne sommes sortis que pour aller acheter du pain. Juste un petit tour. A Chateauneuf nous avons croisé Gideon. Il part dans quelques jours avec Olivia et les enfants pour leur séjour d’été en Angleterre. J’ai fait le tour du jardin. Tout va bien. Je travaillerai demain. Demain, pas aujourd'hui...
Jeudi 16 juillet. 10h15
Par Xavier Houssin le lundi 17 août 2009, 00:13
J’ai reçu un court message de Pascale sur mon téléphone. Trois lignes. Elle est encore à Barcelone. Elle ne viendra pas le 25 juillet. Des soucis avec sa mère qui change de maison de retraite. Elle va m’appeler, écrit-elle. Je vais me sentir un peu seul. Aucun de mes deux témoins ne sera là. Christine aussi est retenue. Elle m’a prévenue fin juin. Son père doit se faire opérer...
vendredi 17 juillet 2009
Mercredi 15 juillet. 23h50
Par Xavier Houssin le vendredi 17 juillet 2009, 00:06
Nous sommes partis au petit matin. L’autoroute, les péages, le plein. A Paris, nous sommes restés à peine une heure à l’appartement, le temps de compléter les bagages. Ne rien oublier : la robe d’Amélie, mon costume, les livres sur lesquels je dois rédiger des papiers, la masse de bricoles cassées qu’Emmanuel va réparer. Panique à Austerlitz où nous devions rendre la camionnette : le service de location avait déménagé. Nous avons passé une éternité à errer dans les parkings. Puis course jusqu’à la gare de Lyon. Peu s’en est fallu que nous manquions le train. Pas une place libre dans le wagon. Le couloir était encombré par le grand chien japonais de nos voisins de siège, un akita qui a fait voler ses poils en s’ébrouant pendant tout le trajet. Emmanuel nous attendait à la gare. Quelques kilomètres de bouchons dans la fournaise pour sortir de Cannes. Nous y sommes. Claire guettait sur la terrasse. Nous avons pris un verre au frais du soir qui descendait sur les collines. J’écoutais parler. Il faisait calme. Nous étions bien.
jeudi 16 juillet 2009
Mardi 14 juillet. 22h45
Par Xavier Houssin le jeudi 16 juillet 2009, 23:40
Marianne arrivait par le train du matin. Je me suis retrouvé une dizaine de minutes en retard à la gare. La route de la côte était encombrée de voitures. La saison est revenue. Et comme chaque année, j’ai été surpris. Les vacanciers surviennent d’un coup. En quelques heures, la plage est envahie, on aperçoit des randonneurs, sac à dos, dans les chemins. Tu veux rire, il n’y a pas tant de monde que ça, m’a dit Marianne. Elle a sans doute raison, mais j’ai du mal à soigner mes accès de misanthopie d’été. Elle va rester à Carolles les deux semaines où nous serons absents. Je suis content qu’elle ait eu envie de venir : la maison lui va bien. Elle va s’occuper du potager, du jardin. Elle ira voir Georgette. Cette dernière l’attendait d’ailleurs avec impatience : Pas d’inquiétude, on va bien se débrouiller toutes les deux !
Lundi 13 juillet. 21h50
Par Xavier Houssin le jeudi 16 juillet 2009, 23:39
J’avais tout un tas d’analyses à faire tôt au laboratoire. Nous en avons profité pour passer la matinée à Granville. Un café au Pirate, quelques courses, l’épicerie pour Georgette. Doucement, tout doucement... Nous ressentions comme une fatigue heureuse. Après le déjeuner, j’ai commencé à m’occuper de la boîte d’insectes de Victoria. La plupart des guêpes, mal conservées, avaient noirci. Nettoyage au pinceau. Replacement correct des pattes et des antennes sur l’étaloir. Je n’ai réussi qu’à en sauver trois. Juste pour le souvenir. Il faudra qu’Emmanuel leur confectionne un petit coffret sur mesure.
Dimanche 12 juillet. 23h00
Par Xavier Houssin le jeudi 16 juillet 2009, 20:14
Le ciel n’a cessé de courir après l’orage. De bizarres éclaircies traversées de très courtes averses. Nous avons travaillé aux Fontenelles entre les gouttes. Ramassé les échalotes. Vous avez bien fait, a dit Georgette, j’étais passée la semaine dernière et je me disais justement qu’il ne fallait pas tarder.
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