Amélie a avalé ses tartines en vitesse. S’est brûlée avec deux cafés. Un petit baiser sur le palier. Elle a filé à son nouveau boulot. Elle y passe juste la journée. Prises de contact, réunions. Elle reprendra ensuite lundi jusque mi-juillet. Les « choses sérieuses » commenceront vraiment à la rentrée. J’ai revu les livres pour Jeux d’Epreuves. Je participais à deux émissions à la suite aujourd’hui. Je commençais par Des roses rouge vif d'Adriana Lisboa chez Métailié. Josyane présentait Arabesques de Robert Dessaix au Mercure de France, Frédéric, Une musique en train de se faire du compositeur Pascal Dusapin au Seuil et Minh, Codicille, de Gérard Genette au Seuil aussi. A la seconde, j’enregistrais Le restant de nos jours de Peter Kihlgård chez Actes Sud. Clara parlait de la réédition au Castor Astral de Nouvelle histoire de Mouchette de Georges Bernanos. Cécile des Lettres à Albert Paraz, de Louis-Ferdinand Céline chez Gallimard et Jean-François de Mangez-le si vous voulez, de Jean Teulé chez Julliard. Tout cela était… très ecclectique. J’ai eu beau m’acharner n’ai rien compris du tout (je l’ai dit d’ailleurs du mieux que j’ai pu…) au livre de Dusapin, amphigourique produit de son cours à la chaire de création musicale du Collège de France. Partitions, graphiques, fractals et forme isochrone. Je repensais aux leçons de de M. Jacquet, en sixième, qui nous scandait, la taloche en suspend : La musique est l’art d’accomoder les sons d’une manière agréable à l’oreille. Impossible pour moi de combler le fossé… J’ai défendu mes titres comme j’ai pu. Le roman d’Adriana Lisboa a fait l’unanimité, celui de Peter Kihlgård, nettement moins. Il s’agit pourtant d’une très troublante histoire d’amour qui commence par la fin : le suicide des deux époux harassés de douceur. Aucune mièvrerie. J’avais senti ce texte tellement vrai, tellement sincère. En refermant le livre, j’étais allé chercher dans la bibliothèque le Poème à crier dans les ruines d’Aragon. Il me semblait faire comme un contrepoint parfait au texte. J'en ai cité un extrait pour l'occasion. Ils en ont de bonnes ceux/
Qui parlent de l’amour comme d’une histoire de cousine/
Ah merde pour tout ce faux-semblant/
Sais-tu quand cela devient vraiment une histoire/
L’amour/
Sais-tu/
Quand toute respiration tourne à la tragédie/
Quand les couleurs du jour sont ce que les fait un rire/
Un air une ombre d’ombre un nom jeté/
Que tout brûle et qu’on sait au fond/
Que tout brûle/
Et qu’on dit/ Que tout brûle/
Et le ciel a le goût du sable dispersé/
L’amour salauds l’amour pour vous/
C’est d’arriver à coucher ensemble/
D’arriver/
Et après Ha ha tout l’amour est dans ce/
Et après/
Nous arrivons à parler de ce que c’est que de/
Coucher ensemble pendant des années/
Entendez-vous/
Pendant des années. Grand bonheur aussi à soutenir le choix de Clara. Mouchette est un des plus beaux textes de Bernanos avec Le journal d’un curé de campagne. J’avais proposé, sans succès, un papier dans Le Monde. Le Castor Astral republie toute l’œuvre de Bernanos et c’est un immense bonheur. Nouvelle histoire de Mouchette n’était même plus disponible en poche. Pour le reste, j’ai un peu pataugé. Joseph m’a fait remarquer à deux reprises ( à propos de Gide, dans Arabesques et pour Céline) qu’un écrivain n’avait pas à être sympathique. Il avait raison bien sûr. Rien à rétorquer. N’empêche. Je n’y peux rien, j’ai besoin de me sentir en empathie. J’ai retrouvée Amélie à La petite Bretagne après sa première journée de travail. Trop juste pour qu'elle ait vraiment quelque chose à raconter. Elle était fatiguée, enrhumée. Trois heures de train. Nous étions de retour à la maison.