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jeudi 20 septembre 2012

Mercredi 19 septembre 2012. 22h10.

Voilà. C’est comme si j’avais entendu ce petit clac de l’horloge quand l’aiguille arrive à l’heure, et qui précède d’un instant la sonnerie. Je les ai mes cinquante-sept ans. J’ai reçu tout un tas de messages gentils. Du courrier dans la boîte aux lettres aussi. Une carte de Martine et d’Agathe, une de Jean-Pascal. Et un mot d’Amélie. Je suis allé chez Georgette avec une bouteille de muscadet frais. Ah bon, c’est aujourd’hui ? Je n’ai pas réussi à me mettre au travail. J'ai été jusqu’aux Fontenelles. Descendu à la plage. Traîné. La journée a glissé. J’allais me mettre au lit quand les petites ont appelé du Mexique. Bon anniversaire Xavier ! J’ai pensé à Peter Pan de James Matthew Barrie You just think lovely wonderful thoughts and they lift you up in the air. Je les tiens pour la nuit cette fois mes pensées douces. Je suis allé me coucher confiant.

Mardi 18 septembre 2012. 23h00.

Je devais déjeuner aujourd’hui avec Joëlle, à Paris. Complètement oublié de la prévenir que j’étais à Carolles cette semaine. Quand elle a appellé en fin de matinée pour notre rendez-vous, je me suis senti honteux comme jamais. Mais ce n’est pas grave ! Je m’en veux. Je laisse tout aller. J’ai fait le détour par la falaise en rentrant de chez Georgette. Comme j’avais coupé à travers champs, je me suis trouvé dans des sentiers que je ne connaissais pas ou plutôt que je ne reconnaissais plus. Tout avait été nettoyé, dégagé, là où j’avais le souvenir qu’il fallait se faufiler entre les broussailles et les épines. Des poutrelles de bois avaient même été installées en marches dans les endroits pentus. Pendant un moment qui m’a paru fort long, je me suis laissé prendre dans le sentiment angoissant de l’inquiétante étrangeté. J’ai éprouvé un vrai soulagement lorsque j’ai aperçu la mer et que le chemin m’est redevenu familier. C’était grande marée. Un coefficient de plus de 100. Il y avait une bonne dizaine de pêcheurs de crevette qui poussaient leur bichette. Les nôtres sont dans la cabine à la plage. Nous ne nous en sommes pas servi depuis bien longtemps. J’ai écrit mon papier pour Le Monde sur Personnages secondaires de l’écrivain chilien Alejandro Zambra. Un roman qui déroule une réflexion intime sur les dernières années de la dictature de Pinochet. Et qui parle de ces générations d’entre-deux. Celles qui n’ont pas eu à prendre parti. Qui n’ont sans doute rien fait qu’attendre. Et regardent maintenant le monde en enfants vieillis. J’allais être un souvenir, devenu grand, écrit Zambra. Premier vers d’un poème qu’il n’achève pas.

mardi 18 septembre 2012

Lundi 17 septembre 2012. 23h45.

J'ai envoyé à Raphaëlle mon court papier sur Le coursier de Valenciennes, premier roman de Clélia Anfray chez Gallimard. Ecrit ma chronique pour Next. Fait de la compote à la cannelle avec les pommes tombées au jardin. Jean-Pascal m'a appelé. Il a commandé pour moi des centaines de bulbes de chionodoxa sardensis et de cyclamen hederifolium. Ce sera mon cadeau d'anniversaire. Dans deux jours j'ai cinquante-sept ans.

Dimanche 16 septembre 2012. 22h00

Amélie voulait aller au potager. Je n’y avais pas mis les pieds de la semaine. Nous avons commencé consciencieusement à désherber les carrés de poireaux, juqu’au moment où nous nous sommes aperçus que les plants n’avaient vraiment pas l’air en forme. Les fûts étaient creusés de galeries fines et commençaient à s’effondrer. Il doit s’agir de ce qu’on appelle la mouche mineuse. Les larves rongent tout l’intérieur. J’ai arraché ceux qui étaient encore sains. Une cinquantaine, à peine plus gros qu’un doigt. Maigre récolte. Nous avons continué à travailler au soleil tiède de l’après-midi. Dégagé les salades, posé des tuiles sous les potimarrons. L’angélus a sonné au clocher de Carolles. Qu’est-ce que c’était bien ! Moi, je sentais au cœur le pincement du dimanche terminé.

Dimanche 16 septembre 2012. 16h00.

Grand soleil, la mer ondulant en vagues calmes. Amélie a fait son « longe-côte » jusqu’à Jullouville et retour. C’est à chaque fois une étrange promenade que nous faisons ainsi à deux. Elle dans l’eau, moi sur le sable, avançant malgré tout au même rythme. Eloignés d’une dizaine de mètres, mais plus proches que si nous nous tenions par la main. Dépéchons-nous, Georgette t’attend. Elle ne me parle que de toi. Elle demande sans cesse de tes nouvelles. Là-bas, nous avons bu un verre de chinon rosé, grignoté quelques biscuits. Déjeuner au jardin.

Samedi 15 septembre 2012. 23h40.

La saison est bien terminée. J’ai eu beau partir un peu tard, il n’y avait pas foule au marché de Granville. J’ai fait les courses pour notre court week-end. Amélie n’arrivait que le soir. Elle devait accompagner Lucile Bordes à France Inter pour son premier roman Je suis la marquise de Carabas. Je suis rentré chargé. Des langoustines, des praires, des saint-pierre, des encornets. Du jambon à l’os, des rillettes. Des kilos de petites tomates. Des reine-claude, des fraises, des pêches de jardin. Du pain d’épeautre, de la crème fraîche. Un gros bouquet de tournesols. Passé chez Georgette en coup de vent pour lui déposer ses affaires. Tu me fais bien mon compte. J’ai additionné les tickets, enfin ceux que j’avais. Et Amélie vient quand ? J’ai dépéché la journée en une myriade de choses à mettre en ordre. Le ménage, la cuisine pour le dîner, les feuilles à ramasser au jardin. J’ai donné un dernier coup de râteau avant de partir à la gare. Vingt minutes. J’étais pile à l’heure pour le train.

vendredi 14 septembre 2012

Vendredi 14 septembre 2012. 20h40.

Temps gris et froid. Venteux, cafardeux. J’ai tiré des bords dans la journée. Echangé des messages avec Florence et Raphaëlle pour le rendu de mes papiers. Je vais avoir une semaine prochaine bien occupée. Tant mieux. Passé voir Georgette pour sa liste de courses au marché de Granville. Elle peste. Sa TV ne fonctionne plus. Un problème d’antenne. Alors, j’ai fini tous les livres que vous m’avez laissés la dernière fois. Il faut m’en rapporter d’autres. J’ai appelé Jean-Pascal à Epron. Martine se faisait opérer aujourd’hui. Elle n’est restée à l’hôpital que la journée. Elle est épuisée mais tout va bien.

Jeudi 13 septembre 2012. 23h00.

J’ai pris le premier train pour Granville. Levé tôt. Mais c’est sans importance. Je dors mal en ce moment ou plutôt, je me réveille en sursaut sur le coup des cinq heures du matin, secoué par les angoisses. Je n’avais pas envie de partir. Pas envie de quitter Amélie. Je vais à Carolles une longue semaine pour essayer de travailler. Les papiers pour Le Monde, les rencontres que je dois animer bientôt à Guéret et à Gradignan et puis me remettre à ce livre qui me fait comme une ligne d’horizon. Inatteignable, à jamais. Je n’ai pas eu de nouvelles de Jean-Marc à qui j’ai écrit mes difficultés il y a quelques semaines. Il a d’autres soucis en ce moment. Fait trois courses en arrivant au marché de Saint-Pair. Acheté à tout hasard une sole pour Georgette. Tu as bien fait. Elle revient juste d’une petite balade dans le bourg. Contente. J’ai rencontré plein de monde : les Sévin, Mme Corbesier, Mme Fraboulet... Il fait un temps magnifique ici. Plein été d’arrière-saison. A la maison, le jardin est jonché des premières feuilles mortes. L’élagueur d’EDF est passé dégager le cable électrique empêtré dans les branches du grand sapin. Coupez le moins possible s’il vous plaît. J’ai vidé ma valise. Essayé de mettre un peu d’ordre dans les affaires. Tous les livres que j’ai apportés. Et puis le courrier, les factures à payer. Norbert a téléphoné. Il veut m’inviter à dîner. Tu es tout seul, non ? J’ai traîné l’après-midi de bricole en bricole : ramasser les pommes tombées, couper les phlox fanés, installer les fossiles sur les nouvelles étagères que le menuisier a posées dans le couloir… Je suis parti chez Annick et Norbert au soleil rasant. Soirée calme. Comme ils sont gentils ces deux-là…

jeudi 13 septembre 2012

Mercredi 12 septembre 2012. 22h50.

J’essaye de trouver un peu de sens dans le gribouillis des notes de ma rencontre de la semaine dernière avec Marie-Hélène Lafon. Je ne parviens qu’à grande peine à déchiffrer ce que j’ai écrit. Du coup, je ne me plains pas du manque de nouvelles du Monde pour les commandes des papiers. D’une certaine manière, en ce moment, je préfère. Je fais le dos rond. Mais combien de temps cela va-t-il pouvoir durer ? J’ai nettoyé l’aquarium de Gustave, notre carassin doré. Rincé les graviers, changé le filtre de la pompe, placé une nouvelle plante… Bientôt deux ans que sa compagnie frétillante résiste vaillamment à nos oublis, à nos absences. J’ai relu Que viva la musica d’Andrés Caicedo avant d’aller à la rencontre organisée autour du livre à la Maison de l’Amérique latine. Il y avait là Bernard Cohen, le traducteur et Anouck Linck, une jeune universitaire de Caen spécialiste de Caicedo. Que viva la musica est le roman époustouflant d’un auteur colombien suicidé à vingt-cinq ans en 1977. Une histoire de vie brûlée, dévorée, dans les excès et la férocité triste. C’est un texte qui attrape, qui bouscule, qui tord, qui se tord dans le rythme des salsas. Un texte aussi qui s’agite et qui laisse exténué de temps court et saccadé. J’avais prévu de proposer à Florence pour Le Monde de l’aborder dans une « Traversée » en y ajoutant Le bruit des choses qui tombent de Juan Gabriel Vasquez et 35 morts de Sergio Alvarez. Mais l’idée, en rassemblant ces trois livres, de remonter les années de drogue et de violence en Colombie ne tient pas vraiment et, surtout, Que viva la musica est tellement un texte à part (entière) qu’il faut lui laisser toute la place. Anouck Link expliquait que, dans la jeunesse volontairement arrêtée d’Andrés Caicedo, elle avait ressenti comme l’expression d’une nostalgie presque effrayante de l’adolescence. Nous avons bavardé un moment ensemble après la présentation. Evoqué ces « enfants vieillis » dont parle Lewis Carroll. Amélie était venue me rejoindre. Embrassé Diane. Il est tard. On rentre à la maison ?

mercredi 12 septembre 2012

Mardi 11 septembre 2012. 23h40.

J’ai parlé un moment à Laurence au téléphone. On ne s’était pas donné de nouvelles depuis juin. Elle a passé un été un peu mouvementé. Des voyages lointains. Des choix compliqués aussi. Je suis apaisée maintenant, dit-elle. Elle s’est engouffrée dans la rentrée avec une confiance et un enthousiasme que je lui envie. Elle n’a que des projets et des jours occupés. Et toi ? Oh, j’aimerais tant avoir des choses à répondre. J’ai l’impression d’enrouler les heures inutilement en pelote serrée. J’ai envoyé les quelques photos retrouvées de l’oncle Albert à Françoise. Pas su bien quoi écrire dans le petit mot d’accompagnement. Affectueusement… C’est ce qui sonne le plus juste ici dans ces relations de famille sans souvenirs en commun. J’ai reçu un message d’Annabelle. Elle entre à l’EFAP à Lille en octobre. C’est vrai qu’elle va avoir vingt ans au début de l’an prochain… Elle est déçue qu’on ne s’écrive plus. Je voulais te le dire. Ca me tenait à coeur depuis longtemps. J’ai cessé la correspondance avec elle il y a un moment. Je m’en suis retenu en fait. Parce que j'avais peur de l'embêter. Je me disais que sa jeune vie devait tellement l'occuper qu'il ne restait guère de place pour les petits morceaux de nostalgie et les nouvelles sans importance. Du coup elle s’est sentie un peu abandonnée. Comme j’ai été bête. Amélie est passée me chercher. Nous avions rendez-vous pour dîner avec Marianne à la Réparate, le restaurant niçois de la rue Saint-Sabin. L’occasion de lui donner l’érable du Japon que Jean-Pascal avait choisi pour elle. Tu n’oublieras pas de lui dire qu’il s’agit d’une variété « seedling », obtenue à partir d’une graine. Bon : acer palmatum seedling. J’ai répété la leçon.

mardi 11 septembre 2012

Lundi 10 septembre 2012. 21h50.

J’ai du mal à m’y remettre. A m’y mettre tout court. Je dois finir le décryptage de mes entretiens. Commencer à rédiger les papiers. Je me sens fatigué.

Dimanche 9 septembre 2012. 23h45.

Nous avons laissé les valises à la bagagerie de l’hôtel pour notre dernière journée. Longue visite de l’exposition « Trésors de la collection Brukenthal », à la Villa Vauban, le musée d’Art de la Ville de Luxembourg. Je n'avais jamais entendu parler de Samuel von Brukenthal. Cet aristocrate des Lumières, de la cour de Marie-Thérèse d’Autriche, avait rassemblé, à partir de la moitié du XVIIIe siècle, peintures, sculptures, estampes, livres, monnaies, médailles et une foule de curiosités précieuses. L’ensemble est habituellement conservé dans son palais, à Sibiu, en Transylvanie, où l’impératrice l’avait nommé gouverneur. Ici, c’était surtout les tableaux. Des splendeurs. Un Ecce Homo de Titien, un portrait de jeune garçon de Véronèse, et des van Eyck, des Memling, des Frans Boels, des Jacob Jordaens, des Hans Wertinger… Il y avait aussi une Vierge Marie de Cranach l’Ancien et une des plus belles versions du Massacre des Innocents de Brueghel. L’autre aile du musée était réservée à un choix des collections permanentes. Le plus étonnant est que les salles étaient vides. Ou presque. Cinq, six personnes. Au plus. Ce qui m’a séduit pour une grande part dans ces trois jours restera cette absence de foule et de bruit. Partout. Rien ne gâche l’harmonie. Comme nous rentrions de déjeuner, j’ai trouvé, abandonnée contre une gouttière, au coin d’une rue, une petite toile sale et abîmée. Une croûte d’amateur sans vrai âge, pleine de charme naïf. Elle représente un paysage de polder. Les Moëres peut-être. Barque plate, maisons basses aux tuiles flamandes, passerelle à bascule, meule de foin à toit carré. Je l’ai prise sous le bras. Ce sera notre souvenir de ce voyage. Retour à Paris. Nous avons dîné chez Marion et Jérôme. Gabrielle a bien grandi…

lundi 10 septembre 2012

Samedi 8 septembre 2012. 20h50.

En chemin vers la basse-ville, nous avons suivi les élégants invités d’une noce vraiment chic. Il en venait de partout. A pied et en voiture. Jaquettes gris perle, hauts-de-forme, jolies robes, tailleurs et grands chapeaux. Avec quelques autres curieux nous nous sommes mis un peu en retrait sur la placette du parvis de Saint-Jean-du-Gründ, pour attendre la mariée et la voir entrer dans l’église aux accents de la fanfare royale grand ducale, toute en dentelles, tenant le bras de son père... Visite du musée d’histoire naturelle et de ses collections d’animaux naturalisés. Déjeuner au frais de la tonnelle d’un petit restaurant. L’après-midi, nous avons marché au hasard des rues, nous égarant d’escaliers en terrasses dans les vergers abandonnés. Poires et coings et pommes. Nous en avons chapardées deux, rouges foncées, à la chair blanche et juteuse.

Vendredi 7 septembre 2012. 23h00

La fenêtre de la chambre d’hôtel donne sur la ville, ses remparts, ses clochers. Tout est pris dans le vert des arbres et des jardins. J’ai eu l’impression de revoir la première double page de Caroline en Europe, où la petite héroïne de Pierre Probst accompagnée de la turbulente ménagerie de ses amis (Youpi, Boum, Pouf, Noiraud, Bobbi…) débute son voyage justement par le Luxembourg. Je ne suis jamais venu ici. J’ai les yeux neufs. Amelie avait loué une voiture pour la journée. Nous nous sommes baladés le long de la Moselle. Visite d’une ferme de papillons à Grevenmacher, au milieu des vignes, déjeuner de friture dans une auberge au bord de la rivière. De l’autre côte, c’était l’Allemagne. Nous avons passé la frontière. Roulé jusqu’à Saarburg. Flâné dans le vieux centre. Bu une bière en terrasse. Il est des moments qu’on voudrait enfermer dans des écrins. Nous sommes rentrés à Luxembourg en touristes. Tu es bien ?

dimanche 9 septembre 2012

Vendredi 7 septembre 2012. 11h10.

C’était la gare de l’Est et le TGV jusqu’à Luxembourg, la capitale du Grand-Duché.

Jeudi 6 septembre 2012. 22h20.

J’ai retrouvé Amélie chez Péret. Dîner rapide au Thaï de la rue Brézin. Nous sommes rentrés faire les valises. Demain matin, elle m’emmène en week-end. Destination inconnue. Je sais juste que l’on part en train.

Jeudi 6 septembre 2012. 17h05.

Mais de quoi avez-vous donc parlé si longtemps ?, m’a demandé Amélie comme je lui racontais ma rencontre d’hier avec Catherine Safonoff. Je ne sais pas. De tout. D’auteurs et de littérature, de la peur d’écrire un livre et des mots qui s’échappent, de la découpe lente de la vie et du temps qui passe vite. De Genève, qu’à peine je connaissais et que je ne reconnais déjà plus. De jardins. De son jardin, du mien. Des îles, des voyages. De la solitude et des petits enfants. J’ai reçu un coup de fil de Marianne. Elle ne décolère pas depuis qu’elle vient d’apprendre combien elle allait recevoir du Magazine littéraire pour sa contribution aux pages Milena Agus (une longue interview et la traduction d’une nouvelle inédite). Fabio m’a aussi envoyé un message au sujet de son papier de cinq feuillets : Crois-tu qu'ils se sont trompés ? C’est de ma faute. Je m’étais renseigné sur le montant des piges des collaborateurs, mais je n’ai vraiment pas « entendu » ce qu’on m’a dit, tant le chiffre était ridiculement bas. Je comprends pas qu’on paie aussi mal le travail des gens. Ceux qui fixent ces tarifs de misère n’ont jamais eu le souci de gagner leur vie ?

vendredi 7 septembre 2012

Mercredi 5 septembre 2012. 23h20.

Le train gare de Lyon pour Genève. Marlyse Pietri m’attendait à l’arrivée. Temps étrange là-bas : lumineux et couvert. A part le lac, je me suis aperçu que je n’avais gardé aucun souvenir de la ville. Je l’ai trouvée compliquée, encombrée, défigurée de percements routiers et d’immeubles en béton. Marlyse m’a emmené déjeuner à une terrasse d’un quartier calme avant de me conduire chez Catherine Safonoff. Nous nous étions rencontrés il y a cinq ans quand j’avais animé une soirée dans une bibliothèque du centre sur son précédent livre, Autour de ma mère. Je venais juste de découvrir son oeuvre. Huit ou neuf textes presque tous explicitement autobiographiques ou « auto-racontants », ramassant les poussières d'éclats du quotidien. Un quotidien à chaque fois différent, bouleversé. Autour de ma mère rassemblait la chronologie inquiète des pertes de mémoire d’une vieille femme et les sursauts perdus d’un ancien amour. Ce qu’écrit Catherine Safonoff est poignant de petits riens, âpres, dérisoires, envahissants, touchants, vrais. Dans Le mineur et le canari qui vient de paraître, la narratrice, épuisée d’une lourde dépression, tombe amoureuse du thérapeute qu’elle est allée consulter en désespoir de cause. Et alors ? diront certains… Tout ici est dans ce Et alors ?. Installés dans une petite pièce de sa maison de Chêne-Bougeries, nous avons parlé, parlé, parlé jusqu’au bout de l’après-midi, étonnament proches. Elle a tenu à me raccompagner en bus jusqu’au centre de Genève et à la gare. Nous avons pris un verre et continué cette longue conversation qui ne semblait plus pouvoir s’arrêter. Amélie était au bout du quai à Paris. J’avais l’impression de revenir d’un très long voyage. Nous sommes allés dîner chez Pasta e fagioli. Retour à pied dans le soir très doux.

Mardi 4 septembre 2012. 21h00.

Mon enregistreur n’a pas fonctionné hier chez Marie-Hélène Lafon. Je n’entends qu’une bouillie sonore. Et alors que d’habitude je soigne mes notes par crainte justement de ce genre de défaillance technique, cette fois-ci je n’ai fait que gribouiller quelques bouts de phrases dans mon carnet. Le papier s’annonce compliqué. J’ai déjeuné avec Marguerite au Bon saint-pourçain rue Servandoni. Bavardé des choses de la vie avec François, le patron. Il a le tutoiement faussement bourru et la mémoire discrète. Rien n’a changé là-bas depuis des années et des années. Je m’y sens au calme, au repos. Bien, à tout dire. J’ai retrouvé Amélie pour un café rapide rue des Écoles. Je suis rentré doucement à l’appartement. Lectures et notes pour préparer ma rencontre de demain avec Catherine Safonoff.

jeudi 6 septembre 2012

Lundi 3 septembre 2012. 22h40.

Découvert dans la pile de courrier d’août un avis de recommandé avec accusé de réception. Aie. Quand elle était passée en coup de vent au milieu du mois, Amélie avait pensé qu’il s’agissait d’un paquet trop volumineux mis en instance. Un livre de rentrée ou quelque chose comme ça. Mais de toute manière, comme nous ne nous sommes pas fait de procurations pour ce genre de choses, elle n’aurait pas pu aller le chercher. Maintenant, il est largement trop tard. Ce n’est rien, ce n’est rien. Tu parles. Ce rien du tout m’a terrassé. Débordé d’immaîtrisable angoisse. Impossible de me calmer. J’ai fini par filer au bureau de poste. L’employée est parvenue à me retrouver l’adresse de l’expéditeur. Il s’agissait de la compagnie d’assurance du type qui nous avait renversé avec sa voiture en 2011. J’ai téléphoné. C’est juste une proposition d’indemnisation. Ils vont la renvoyer. Comment est-ce que je peux me laisser envahir d’inquiétude à ce point… Je me sens épuisé. J’avais rendez-vous avec Marie-Hélène Lafon en fin d’après-midi. Un portrait pour Le Monde. Je l’ai rencontrée à son appartement dans le quartier Picpus. Je la connais du temps où j’étais chez Buchet. Parce que nous avions la même maison d’édition, je m’étais interdit d’écrire sur ses livres. C’est fini maintenant. Marie-Hélène est une de ces rares voix du silence. Des chuchotements plutôt. Des sentiments esquissés. Elle est un écrivain des lisières, toujours à cloche pied d'un univers à l'autre. Ses deux derniers textes (Les Pays et Album ) débroussaillent un peu plus ce chemin des origines, au nord du Cantal, qu'elle retrouve, qu'elle reprend depuis son premier roman, Le soir du chien publié il y a dix ans déjà. Nous avons parlé longtemps. Du déracinement, des lieux, des corps. De la place que peuvent encore occuper les corps dans un monde rendu aux friches.

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