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jeudi 6 septembre 2012

Dimanche 2 septembre 2012. 23h50.

J’ai écrit un court papier pour Raphaëlle sur La grande bleue de Nathalie Démoulin. Nous avons rangé la maison. Et sommes allés dire au revoir à Georgette. Je me sens tout vide du temps vide qui a passé. Pas une ligne ou si peu. J’ai retrouvé dans la Correspondance de Flaubert cette lettre de 1864 à Edma Roger des Genettes, l’amie qu’il avait rencontré plus de trente ans auparavant chez Louise Colet : Le soir, enfin, après m’être battu les flancs, j’arrive à écrire quelques lignes qui me semblent détestables le lendemain. Il y a des gens plus gais, décidément. Je suis écrasé par les difficultés de mon livre. Ai-je vieilli ? Suis-je usé ? Je le crois. Il y a de ça au fond. Et puis ce que je fais n’est pas commode, je suis devenu timide. Depuis sept semaines j’ai écrit quinze pages et encore ne valent-elles pas grand’chose. Retour à Paris un peu tassés dans le wagon. Il n’y avait plus d’autobus à l’arrivée. Nous avons marché jusqu’à la rue Danville. A peine déballé les affaires. On verra demain. Juste sorti les deux petits érables au frais de la nuit après les avoir arrosés.

Dimanche 2 septembre 2012. 1h15.

Je suis allé chercher chez Jean-Pascal deux petits érables du Japon (Acer palmatum). Il repique chaque pousse qui éclot sous ses arbres. Du coup, il en a une toute une forêt naine derrière sa maison. J’en garderai un pour la fenêtre à Paris. L’autre ira sur le balcon de l’appartement de Marianne. Nous avons parlé plantes. Comme souvent. Chaque fin d’été, je désespère de mes cyclamens. Ils se font de plus en plus rares à l’ombre des sapins alors qu’ils prolifèrent partout dans les propriétés voisines. Ils ont pourtant l’environnement et la terre qui leur convient. Tu penses que je devrais installer de nouveaux tubercules ? Il m’a parlé de chionodoxa sardensis pour le printemps prochain. Il s’agit de minuscules liliacées qui font des tapis de fleurs bleues au début du printemps. Il paraît que cela s’appelle gloire des neiges. Je peux peut-être t’en obtenir. Nous l’avons gardé à dîner. On ne se quitte décidemment pas aujourd’hui.

Samedi 1er septembre 2012. 18h00.

Nous avons fui la plage (il était pourtant à peine 9h00…) déjà envahie par les participants au week-end du vent. D’où viennent tous ces gens qui se ressemblent ? Pantalons à mi-mollets, T-shirts bariolés, grosses godasses de couleur, fines lunettes de soleil à reflets genre coureur cycliste. Et parlant fort, très fort. De gigantesques baffles étaient installés face à la mer. Le car podium de Tendance ouest commençait ses premiers essais. Le programme annonçait que Da-groove allait mixer toute la journée et proposerait en plus un concert à la nuit. Hum… Marché rapide à Granville. Jean-Pascal qui est seul à Carolles, sans Agathe et Martine, est venu déjeuner. J’ai profité de l’absence des voisins pour griller les rougets au barbecue. Je les ai servis avec un beurre d’anchois. Jean-Pascal m’avait apporté d’Épron un vieil aquarium. J’y ai installé mes chrisalydes de machaons trop à l’étroit dans le bocal où je les avais logées. La semaine dernière, dans le fenouil du potager, j’avais ramassé deux belles chenilles vertes, rayées de noir, tachées d’orange. La nymphose vient juste de commencer…

lundi 3 septembre 2012

Vendredi 31 août 2012. 20h20.

J’ai accompagné Amélie à son « longe-côte ». Tout autour de la jetée, les cantonniers installaient déjà les tentes pour le week-end du vent. Une manifestation de sports de plage qui dégénère vite en kermesse du bruit. Il faudra venir de bonne heure demain avant que cela ne commence. Mis au point les détails de ma venue aux rencontres de Chaminadour, à Guéret, à la fin du mois. L’invitée de cette année est Sylvie Germain. J’y anime une grande table ronde autour d’elle et « les métiers de l’édition ». Dîner chez Jean-Luc, à Donville, au presbytère. Il est fatigué. Il ne se plaint pas, mais on voit bien que ses articulations le font de plus en plus souffrir. Il est inquiet aussi. L’évêque envisage de le nommer à la tête d’une paroisse dans le centre ou le nord du département. Cela va l’éloigner du centre de thalassothérapie de Granville et compliquer beaucoup ses soins.

Jeudi 30 août 2012. 23h50.

Au marché de Saint-Pair, j’ai pris un carré d’agneau, une poignée de tout petits artichauts camus à faire revenir en cocotte. Amélie arrive par le train de 20h00. La saison à beau toucher à sa fin, l’office du tourisme de Saint-Pair n’a pas renoncé à la « sonorisation d’ambiance » du centre ville. Une dizaine de hauts-parleurs crachent une soupe musicale infecte. L’un d’eux braille juste en face de la camionnette du boucher. Ca ne vous gêne pas ? lui ai-je demandé. – Oh, vous savez, au bout d’un moment, on finit par s’y faire. On n’entend plus… Ce genre d’installation m’apparaît avoir une place privilégiée dans le catalogue des nuisances d’été. Je suis passé chez Georgette lui porter une grappe de raisin, un fin filet de lotte. Tu as retrouvé des photos d’Albert ? Albert est son grand aîné. Son demi-frère en fait. Le fils de Joseph et de Charlotte, sa première femme. Je n’ai aucun souvenir de lui. A peine vu lorsque j’étais enfant. Georgette suit l’affaire, mais c’est René qui m’a demandé de faire cette recherche. J’ai en effet tout un fatras de vieux clichés entassés dans une grande boîte. Ma grand-mère Mamoÿ me les avait donnés quand j’avais une vingtaine d’années. Ca sera bien mieux chez toi. J’ai commencé cent fois à les classer, à les identifier. C’est un travail sans fin. Je n’ai pas remis la main sur grand chose. Un portrait de lui gamin, un autre en uniforme pendant son service militaire en 1930. Dans l’histoire, René ne fait que l’intermédiaire. Les photos sont pour Françoise, la fille d’Albert, qui vit à Limoges. Une dame qui doit avoir aujourd’hui soixante-quinze ou soixante-seize ans. Dans le lot, il y a justement un instantané d’elle pris en 1947 par un photographe de rue. L’air sérieux, tenant son sac à deux mains, manteau à plis, soquettes blanches et souliers vernis. Je vais me dépêcher de faire des tirages. Courrier l’après-midi. Téléphoné à Florence à propos de mes papiers de littérature étrangère. Pris des notes, rêvassé. Je suis arrivé quelques minutes en retard à la gare.

mercredi 29 août 2012

Mercredi 29 août 2012. 19h45.

La journée m’a glissé des mains. Pas moyen de m’arrêter sur quoi que ce soit. Je me suis entortillé de rêveries. Le ciel était tout gris. Ce soir il fait presque froid.

Mardi 28 août 2012. 23h40.

Marie a vingt-huit ans aujourd’hui. L’an prochain, elle aura l’âge que j’avais quand elle est arrivée. Quelques heures après sa naissance, lorsque je m’étais retrouvé tout seul et comme abasourdi sur le trottoir de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, j’étais allé prendre un verre au comptoir du bistrot d’en-face. Une brasserie, aux stores rouges, à l’angle de la rue Cassini, qui s’appelait, je crois, L’observatoire. A nous, petite fille ! A nous… L’endroit n’existe plus. Il a été remplacé par une vague société d’immobilier. Plus possible de rejouer la scène. Comme j’arrosais doucement (à peine une cuillère à café d’eau) les plantes qu’elle m’a ramenées du Spitzberg, j’ai vu, à la surface du pot où j’avais enfoui les racines de saule polaire, une minuscule pointe verte. Replacé avec précaution la cloche de verre. Et si ça reprenait ? J’ai été chercher du poisson pour Georgette au marché de Jullouville. Elle en prend à presque tous les repas ces temps-ci. Ca me fait envie. Eric lui découpe une solette, lève les filets d’un merlan. Qu’est-ce que je mets pour Tantine ? Ca le fait rire. Et quand est-ce que vous venez manger à la maison ? Des semaines qu’on doit se voir. Il veut nous montrer son bateau, parler aussi de ses projets de livres de cuisine. Bientôt, hein... J’ai appelé Amélie pour avoir l’adresse de Thomas en vacances chez ses grands-parents à Auch. C’est le plus jeune fils de Séverine. Il doit avoir sept ans. Curieux de tout ce qui a trait à la nature. Les plantes, les animaux. Le soir du baptême d’Apolline à Veyrier, il m’avait apporté dans le creux de sa main une lucane qu’il avait ramassée. Je lui avais promis de la préparer et de lui envoyer. Presque un mois après, elle était prête à être épinglée dans sa boîte. J’ai rédigé l’étiquette : Lucane cerf-volant ♀ (lucanus cervus). Veyrier-du-Lac. 28 VII 2012. Déposé le paquet à la poste de Granville juste à l’heure de la levée. J’espère qu’il le recevra à temps. J’étais attendu à dîner à Coquelonde. Martine et Agathe qui auraient dû rentrer à Caen dans la journée étaient finalement restées. Bar grillé au beurre blanc. Jean-Pascal avait invité Frédéric, le libraire d’occasion de la rue du Docteur-Letourneur avec qui il est ami depuis l’enfance. Nous avons parlé ventes aux enchères, livres introuvables et vieilles éditions.

lundi 27 août 2012

Lundi 27 août 2012. 20h00.

J’ai cassé mes lunettes en me levant. Une soudure a claqué au milieu. Heureusement, j’ai une autre paire. Je ne peux plus m’en passer maintenant. Impossible de lire sinon. Et même de voir d’un peu près. Envoyé mon petit papier sur le Manuel Candré à Raphaëlle. Repris le livre. Encore une fois. Au soir, je suis passé aux Fontenelles cueillir des roses pour Georgette. Et ta journée ? Tu es content ?

Dimanche 26 août 2012. 23h40.

Jean-Pascal m’a fait un beau cadeau de retour de Bourgogne. A la fin de leur séjour, ils se sont en effet arrêtés à Saint-Point, là où se trouve le château de Lamartine et son tombeau. J’y étais passé, après un reportage à Mâcon, il y a une quinzaine d’années. A l’époque, j’avais cueilli, tout contre la chapelle funéraire, un petit rameau de buis que j’avais glissé dans mon exemplaire des Harmonies. Depuis l’enfance, la poésie de Lamartine me bouleverse, au point que ma voix se casse encore quand je la lis tout haut. Et tout disparaissait ; et mon âme opressée/ Restait vide et pareille à l’horizon couvert… J’avais demandé à Jean-Pascal : Tu me ramènerais quelque chose ? Il est venu avec un arbrisseau minuscule cueilli dans une infractuosité de la pierre du monument. Probablement un érable champêtre. Je l’ai rempoté immédiatement. Déjeuner de retrouvailles. Les homards étaient réussis. Faute de trouver une recette, j’avais dû improviser un civet rapide. Dans le faitout, juste rendre translucide au beurre une grosse poignée d’échalotes et quelques oignons. Y faire fondre cinq ou six pommes en quartiers (j’avais les premières tombées de l’arbre) et de la poitrine fumée en lardons. Réserver. Monter le feu. Jeter les homards, coffres coupés en deux, pinces brisées et queues en tronçons. Quand ils ont pris de la couleur, flamber au calva. Recouvrir de cidre. Remettre les échalotes, les oignons, les pommes, les lardons. Laisser mijoter un quart d’heure. Retirer les morceaux de homard et les tenir au chaud. Ajouter le corail et une grosse cuillèrée de crème fraîche à la sauce. La passer. En napper les homards. Le repas s’est étiré un peu, à l’ombre du sapin. Vers les six heures, j’ai accompagné Amélie à la gare. Nous étions en avance. J’avais voulu partir plus tôt à cause de la brocante (la foire aux melons ?) qui occupait tout le haut de Granville. Nous sommes restés longtemps sur le quai. Cette semaine, tu recommences à écrire ? - Appelle-moi quand tu arrives à l’appartement…

Samedi 25 août 2012. 22h20.

Marché à Granville. Martine, Agathe et Jean-Pascal rentrent à Carolles demain après leurs deux semaines de vacances en Bourgogne. Nous les avons invités à déjeuner. J’ai pris des homards chez Frésil. Je tenterai une recette au cidre. Fait les courses pour Georgette aussi. Et puis, comme chaque semaine, j’ai été chercher des bouquets aux petites dames du premier étage de la halle. Samedi après samedi, sur de minuscules étals, elles vendent tout leur jardin. Des herbes, quelques légumes. Surtout des fleurs. Cette fois-ci, pour trois sous, j’avais les bras chargés d’anémones du Japon, de dahlias et de minuscules roses pompon. Journée à lire, à faire un peu de courrier. Je n’ai pas bien tenu ma correspondance avec les filles cet été. A peine quatre ou cinq lettres. Nous sommes partis en balade en fin d’après-midi. Poussé en voiture jusqu’à la plage de Dragey. La mer ne vient ici qu’aux belles marées. L’endroit est délicieusement désert. Nous avons marché longtemps dans les dunes. La pluie nous a surpris sur le chemin du retour. Une drache d’orage qui nous a trempés en un instant. Elle a cessé comme nous arrivions, dégoulinants, à la voiture, laissant place à un grand arc-en-ciel.

Vendredi 24 août 2012. 21h10.

J’ai accompagné tôt Amélie à la plage. Là-bas, sur le coup des 8h00, il n’y a encore personne. Depuis mi-juillet, nous y sommes allés presque tous les jours. Elle y fait du « longe-côte », c’est à dire qu’elle avance dans la mer, le long de la grève, de l’eau jusqu’à la poitrine. Des cabines jusqu’à l’embouchure du Crapeu, et parfois plus loin, elle progresse dans le travers des vagues, résistant aux courants. Cela dure une bonne heure. Je la suis en marchant à pas lents sur le sable, ressassant des pensées qui s’effilochent au vent. Je ramasse des épaves, des coquillages, de longs galets gris pâle. Je la regarde. Content. J’ai rappelé l’élagueur pour lui commander aussi du bois de chauffage. Je me suis décidé à lui demander de passer la semaine dernière. A la fin de l’automne, il va nettoyer les deux grands sapins qui s’étouffent de branches mortes, égaliser le frêne, maîtriser l’expansion du figuier et du saule marsault. Je lui ai demandé aussi d’abattre le pauvre arbre de Noël que j’avais planté, contre la haie du voisin, à l’hiver 1979 et qui n’est plus maintenant qu’un long tronc défeuillé. Echangé des messages avec Lionel Destremeau à propos des débats que je dois animer en octobre au festival Lire en poche de Gradignan. Nous sommes allés au potager ramasser des salades, cueillir des haricots. Arroser la terre sèche. Le vent a soufflé fort toute la journée.

Jeudi 23 août 2012. 22h00.

Sophie m’a donné les quelques précisions qui me manquaient pour argumenter un peu ma proposition à Raphaëlle d’un papier « Histoire d’un livre » sur les Œuvres complètes et Les lettres retrouvées de Raymond Radiguet. Mon petit créneau de rentrée se précise au Monde. Ce n’est qu’un début, j’espère. J’ai pris rendez-vous pour un portrait de Marie-Hélène Lafon, obtenu l’accord en ce qui concerne le dernier Catherine Safonoff. Et j’ai des brèves à écrire aussi sur deux premiers textes : Autour de moi de Manuel Candré et Le coursier de Valenciennes de Clélia Anfray. Pour le reste, j’attends des nouvelles de Florence et du domaine étranger. J’ai rédigé ma chronique de septembre pour Next sur L’averse de Fabienne Jacob. Calme plat en ce qui concerne les autres journaux. Je sais que je devrais appeler, insister, faire des offres de travail. Mais je me sens de plus en plus mal à l’aise dans ce rôle de solliciteur. Allez, je vais essayer de faire des efforts. Amélie est arrivée au train de 20h00. J’avais rangé la maison, rafraîchi les bouquets. Tellement de temps que je l’attends.

vendredi 24 août 2012

Jeudi 23 août 2012. 13h00.

J’ai fait les courses au marché de Saint-Pair pour l’arrivée d’Amélie. Un tout petit homard (mon père disait une demoiselle) à mettre à la nage. Un cabillaud. Julien m’a offert une poignée de lançons. Acheté aussi des mange-tout, des cocos. Des fraises. Je suis passé au potager prendre une batavia rouge et des herbes.

Mercredi 22 août 2012. 23h30.

Quel drôle d’été. Tout en silence. Un silence de moi seul. Un silence du dedans. Envahissant. Je n’ai rien fait ou si peu. Le livre en est toujours au même point de recommencements et de ratures. Je sais ce qui l’empêche. C’est cette angoisse diffuse qui ne m’a pas quitté depuis ma visite de juin chez le médecin. Sur le coup, la nouvelle ne m’avait pourtant pas vraiment troublé. Au contraire, j’étais presque soulagé d’éviter pour quelques mois, les analyses, les traitements. De repousser le moment. Mais cet entre-deux c’est révélé une brèche où l’incertitude et les idées noires se sont engouffrées. Pas moyen de travailler. A quoi bon ? A quoi bon ? Et puis, je me sens dissonnant quand j’écris. Je n’ai pas le ton juste. J’aurais déjà dû rendre des pages à Jean-Marc. Il faut que je lui explique tout ça. Heureusement qu’il y a Amélie. Elle a porté mon immobilité avec une tendresse infinie. Grâce à elle, ce temps du rien, aussi, a été un temps doux. Il y a eu nos nièces que nous n’avons cessé de retrouver, de Magagnosc à Carolles. Et le baptème d’Apolline surtout, le 28 juillet, à Veyrier. J’ai de grandes raisons de vivre. Et de continuer. Marie est rentrée à Paris hier. Elle a passé deux jours à la maison de retour d’un périple au Spitzberg. Elle m’a rapporté de là-bas, enveloppés dans un mouchoir de papier, quelques minuscules pousses de saule polaire (Salix polaris) et un éclat de saxifrage (peut-être cespitosa…) que j’ai aussitôt installés dans un mélange de sable et de tourbe. Elle a sorti aussi de son sac un bois de renne, ramassé sur la toundra. Je suis content qu’elle ait fait ce voyage dans ce Nord lointain qui m’a toujours fait rêver et où je n’irai probablement jamais.

(…)

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Lundi 2 juillet 2012. 22h00.

Je suis allé à la cérémonie d’enterrement de Mme Pigeon. Il y avait une trentaine de personnes dans l’église de Carolles. La famille, quelques gens du village. Pas de prêtre. Ca devient l’habitude. Ils ne se déplacent même plus d’ailleurs pour donner les derniers sacrements aux mourants. Le bénévole laïque commis d’office (j’ai oublié son nom, mais je le connais de vue) a fait ce qu’il pouvait, dépêchant un semblant de célébration. Il portait un mince collier de barbe, un sautoir autour du cou. Et quand il disait Mes frères..., pour peu qu’on vagabonde, on aurait pu penser qu’on assistait à une tenue maçonnique. L’émotion a été sauvée par les quelques mots très touchants, sur la joie, de sa fille Caroline. Beau moment de ferveur aussi lorsque ses petites filles, Isabel et Sabine, toutes deux musiciennes, on interprété la sonate de Bach en sol majeur pour violon et orgue.

dimanche 1 juillet 2012

Dimanche 1er juillet 2012. 1h20.

Marché à Granville. A part un kilo de cerises et du jambon à l'os, tout était pour Georgette. Il lui fallait son pain brié, son beurre, des fromages, des abricots, des courgettes, des carottes, du pâté de foie… J’ai été lui déposer les courses avec un bouquet de pois de senteur et Le Monde d’hier, celui des livres. Elle l’achète toutes les semaines, sans trop me dire qu’elle y cherche les papiers que j’ai écrits. Il n’y en a plus foison. Le dernier était un portrait de Sylvie Germain paru le 15 juin. Depuis, j’ai fait mes propositions de rentrée (les premières) à Raphaëlle et à Florence. J’ai eu quelques retours de Florence. Pour Raphaëlle, j’attendrai. Elle m’avait demandé si j’avais des idées pour les derniers numéros. J’avais suggéré Yun Sun Limet et son Joseph à La Différence et Xavier Hanotte qui venait de publier La nuit d'Ors au Castor astral, avec la réédition de Et chaque lent crépuscule... de Wilfred Owen. Je n’ai pas eu de nouvelles et elle est en vacances. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Il y a des moments où je trouve cette situation de pigiste un peu plus inconfortable qu’à d’autres. Je n'ai rien à reprocher à personne. Je sais bien que cela tient uniquement à mes angoisses. Mais n’empêche… J’ai envoyé à Hervé une courte introduction sur Milena Agus pour le dossier de littérature étrangère que je dirige au Magazine littéraire. Remis le nez dans les photos de mon père. Pas de noms, pas de dates. Je vais me lancer dans l’écriture de mon livre sans rien savoir du tout. J’ai fait un mot à Noëlle pour lui demander, une fois de plus, de me rendre les journaux de guerre, les archives personnelles que Jean m’avait réclamés à la mort de ma mère. Pourquoi ne veut-elle pas me les donner ? Jean-Pascal a téléphoné. Il venait d’arriver à Carolles. Sans Martine, ni Agathe. Martine est débordée de travail. Agathe reçoit une copine. Nous nous sommes retrouvés au potager. Les toutes premières tomates commencent à se former. Les haricots ont poussé. Nous avons ramassé des salades (feuilles de chêne verte et rouge, roquette, pourpier…) pour le dîner. J’étais invité à Coquelonde. J’ai apporté une grosse botte de fleurs de jardin pour Simone. Jean-Pascal avait acheté une épaule d’agneau roulée chez Bellery, son maître boucher de Caen. Il l’a fait cuire dans la cheminée. J’avais envie d’une soirée tranquille comme celle-là. Il a débouché du château chasse-spleen. Ca ne pouvait pas mieux tomber.

Vendredi 29 juin 2012. 20h50.

Mme Pigeon est morte hier. C’est Mme Bassard qui m’a appris la nouvelle. Mme Pigeon était une très vieille dame, quatre-vingt-quinze ou quatre-vingt-seize ans. Elle avait été longtemps la voisine de ma mère, la petite villa juste à droite de la maison. Elle habitait à la Croix-Paquerey. On l’enterre lundi. J’avais croisé plusieurs fois sa fille Caroline qui vit en Allemagne. Nous avions bavardé. Promis de nous revoir. Elle est à Carolles en ce moment. J’aurais peut-être dû téléphoner, mais j’ai peur de déranger. Je la verrai à l’église.

Jeudi 28 juin 2012. 23h20.

Thierry Giffard est venu rattraper les éclats de vernis du plan de travail de la cuisine, poncer la table de la salle à manger et fixer, sur le mur de la terrasse, la sculpture en bois que j’avais ramassée rue Daguerre dans le débarras d’un atelier d’artiste. Petits et grands travaux : la maison lui doit beaucoup. J’ai eté couper les fleurs fanées. S’il n’avait pas tant plu ce printemps, le jardin aurait été magnifique. Les roses surtout. Les Amelia, Miss Alice, Gertrude Jekyll, Glamis castle, Shropshire lad, plantés à l’hiver 2010 ont vraiment beaucoup donné. Le Queen of Sweden et le Brother Cadfael offerts par Virginie l’an dernier pour mon anniversaire ont ouvert leurs premiers boutons. Même le chétif rosier que j’avais sauvé d’une poubelle de fleuriste de la rue de la Croix-Nivert avant notre déménagement pour le XIVe s’est enhardi à éclore. Tous ont fleuri. Etoile de Hollande, Caura, Munstead wood, Tess of the d’Uberville, Centenaire de Lourdes, Veilchenblau, Pierre de Ronsard, Generous gardener, Albéric Barbier, Adélaïde d’Orléans, Cecile Brunner, et aussi les quelques autres dont je ne sais plus bien les noms. Mais à chaque averse, la pluie et le vent balayaient les pétales. Le seul avoir tenu bon est le Sander's white qui court en petits bouquets le long du portique. Il est splendide. Eclatant. J’ai envoyé à Nicole la fin des corrections du deuxième tome des Œuvres complètes de Bruno Durocher. Le volume poésie a eu son premier écho en presse. Amaury a fait un court, mais beau papier dans Le Monde. Pour le reste, rien n'est gagné. J’ai laissé des messages à Libération, harcelé Sabine à La Croix. J'ai peur de ne pas obtenir grand chose. Il me reste l'espoir que Jérôme Garcin fasse quelque chose dans Le Nouvel Observateur. A la fin des années soixante-dix, du temps qu’il était aux Nouvelles littéraires, il avait écrit : Bruno Durocher possède plus d’une raison pour combattre, à coups de phrases cinglantes et nues, le silence et la nuit. Son travail d’éditeur mériterait l’attention du grand public. Un jour peut-être…

Mercredi 27 juin 2012. 20h50.

Marché de célibataire à Saint-Nicolas. J’ai pris un bouquet de roses de jardin pour Georgette. Je devrais lui apporter celles de ses rosiers de l’Humelière qui sont au potager, mais je n’y suis pas encore passé. J’ai fini de mettre le vin en bouteilles. Comme le temps est incertain, j’ai dû tout faire à l’intérieur. Ca n’a pas été une mince affaire. Les bouteilles trempaient dans la baignoire, égouttaient dans le koetsch sur le hérisson que m’avait prêté Norbert. Je remplissais et je bouchais dans la salle à manger. Pas de dégâts. J’ai étiquetté, rangé dans les casiers de la resserre. Il peut venir du monde cet été.

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