Est-ce la vraie heure ? Je sais que maman est partie au tournant du 29 et du 30 avril 2006. Il y avait une pendule dans cette chambre d’hôpital où on l’avait conduite. J’y jetais un œil sans cesse. Le reste, je ne m’en souviens plus. Juste que j’ai raté sa mort. Elle semblait ne plus respirer, mais son cœur ne s’arrêtait pas. On le voyait battre sur l’écran de l’appareil placé à côté du lit. Ce n’est que le pace maker m’avait dit l’infirmière. L’an dernier à la même date, nous étions à Helsinki Amélie et moi. Je serrais très fort sa main en marchant sur les quais. Il faisait beau. La mer était bleu foncé.
mardi 29 avril 2008
mardi 29 avril. 1h30
Par Xavier Houssin le mardi 29 avril 2008, 09:59
Je viens de revoir If de Lindsay Anderson à L'Accatone. La dernière fois, c'était en 1972 ou 1973. Je n'ose pas écrire en toutes lettres le nombre d'années qui ont passé... A l'époque, j'étais ressorti de la projection le coeur gonflé de révolte, d'espérance folle. Bouleversé aussi. Pourquoi ce film avait-il à ce point marqué le jeune garçon que j'étais? Facile. Ce collège anglais ressemblait tant à celui que je venais juste de quitter. La même discipline sèche, les mêmes humiliations, les sanglots rentrés, la rage sourde impossible à crever. Je me cogne la tête aux parois du moule. Là encore, j'ai tout retrouvé. La pension, les curés. Les grands et les cravaches. Dortoir et réfectoire. Les messes à la chapelle. Les confessions malsaines. Cette peur d'être en faute qui ne m'a pas quitté. Un religieux enfer. C'est peut-être à ce moment-là que je me suis simplement refusé à grandir. Rien qu'un pas en arrière et ça va mieux déjà. Je n'ai toujours pas le courage du combat. Nous sommes partis les derniers du cinéma. J'aurais voulu emmener Amélie boire une bière rue Soufflot, lui parler un peu de ce vilain temps. Mais je sentais bien que les mots étaient rentrés. Le cadenas au pupitre. On m'a volé la clé.
lundi 28 avril 2008
Dimanche 27 avril. 18h00
Par Xavier Houssin le lundi 28 avril 2008, 10:01
J'ai ramassé un galet crème envahi de filaments gris. Tout brillant d'eau de mer. Je l'ai fourré dans ma poche. Chaque fois que je quitte Carolles, j’en ramène un de la dernière promenade. Chaque fois que je reviens, je le rends à la mer. Je continue le rite. Il remonte à longtemps. C’était mon année de service militaire. Je repartais à la caserne avec le talisman fragile. J’en ai fait voyager de ces cailloux d'ici… Mais bien moins que mon père. Après sa mort, j’ai retrouvé dans ses carnets, qu’à chacun des départs pour ses postes lointains, il descendait au port du Lude et choisissait avec soin, lui aussi, sa petite pierre ronde. Singulier atavisme. Aujourd’hui les miens ne font plus que de courts allers et retours. Je suis revenu vraiment.
dimanche 27 avril 2008
Samedi 26 avril. 23h50
Par Xavier Houssin le dimanche 27 avril 2008, 00:19
J'ai cueilli des genêts chez Perron. Un gros bouquet pour le mettre sur la tombe. J'irai en chercher d'autres. Chaque jour. Jusqu'à l'anniversaire et après, on verra... Le jardin et la villa sont dans un hallucinant état d'abandon. L'herbe arrive à la taille. Les haies sont devenues d'inextricables obstacles. Les volets s'effondrent. A chaque pas, on dérange des oiseaux, on fait fuir tout un invisible et inquiétant bestiaire. L'autre jour, après la tempête, une fenêtre battait à l'étage. Nous avons décidé, Fabien et moi, d'aller la redresser. Nous sommes entrés sans difficultés. La porte vitrée n'était pas fermée. A l'intérieur le sol était partout jonché de gravats et d'ordures. De livres piétinés, de vêtements épars. Nous avons monté l'escalier sans nous dire un seul mot tant nous étions troublés par cette incurie. Après avoir remis en place le vantail effondré, nous nous sommes sauvés. Trois secondes pour sortir. Dehors, il faisait soleil. On respirait. A pleins poumons...
samedi 26 avril 2008
Vendredi 25 avril. 23h15
Par Xavier Houssin le samedi 26 avril 2008, 23:51
J'étouffe. Une espèce de bronchite qui chatouille chaque respiration jusqu'à la transformer en quinte de toux sèche. Ca s'estompe. Ca revient de manière hachée. Je suis épuisé. Où est-ce que j'ai attrapé ça? Je cherche la contagion, la mauvaise rencontre dans les transports en commun. La bise fatale. Imbécile... Je viens juste de le comprendre. Il y a deux ans bientôt, à presque la même heure, ma mère mourrait, les poumons envahis de filaments blanchâtres. Pareil l'an dernier. Même effet, même cause. J'entame les stations d'un printemps mis en croix.
vendredi 25 avril 2008
Jeudi 24 avril. 23h50
Par Xavier Houssin le vendredi 25 avril 2008, 01:07
Claire et Emmanuel ont raté leur avion pour Mexico. Non pas qu’ils aient été à en retard. Ils sont juste montés, à deux reprises, dans un appareil qui n’a pas pu décoller. A chaque fois, il s’est trouvé des problèmes techniques pour empêcher le départ. Il y a sans doute de quoi râler, mais je ne peux pas, d’une certaine façon, m’empêcher de trouver cela rassurant. Cela rend au voyage, bizarrement, un peu de dignité. Il faut du temps, où qu’on le prenne, pour arriver. Et le Mexique, ce n’est quand même pas la porte à côté. L’avantage de la mésaventure des parents d’Amélie, c’est que, du coup, ils sont venus dîner à la maison. Ils ont pris une chambre d’hôtel dans la rue. Un taxi viendra les prendre tôt pour un troisième vol. Qui devrait être le bon… Nous avons passé la soirée à parler d’Alphonse Daudet, de leur jardin et du nôtre, de la liberté de la presse et du pouvoir des banques. D’histoires de famille aussi auxquelles je ne comprends toujours rien. Ils vont passer trois semaines avec Marcus, Virginie et les trois petites. Notre visite à nous remonte à l’été dernier.
J’ai une drôle de relation à ces trajets d’un continent à l’autre qui semblent pourtant si familiers à la plupart de gens. Ces heures passées au dessus de l’océan ne me sont jamais banales. Je l’ai éprouvé à chaque reportage, à chaque déplacement. Je me refuse à dormir. Je ne veux pas tirer le volet du hublot. Je divague doucement. Je pense à mon grand-père Francois maître charpentier dans l’escadre de l’amiral Courbet, à mon père jeune officier et à ses postes perdus des années trente en Indochine, à ma mère découvrant Saïgon à vingt-huit ans. J'imagine leurs regards d'alors. Leur émerveillement timide ne cesse de m’accompagner.
jeudi 24 avril 2008
Mercredi 23 avril. 22h20
Par Xavier Houssin le jeudi 24 avril 2008, 00:54
J’ai téléphoné à Carolles. Georgette ne va pas très bien. On l’avait quittée assez mal en point dimanche. Elle souffre de terribles douleurs de dos. Ca va mieux, ça va mieux, répète-t-elle. Mais à sa voix, on se rend compte à quel point elle fait des efforts. Le médecin est passé. A finalement proposé de faire une radio. Sans grande conviction. Quel âge avez-vous déjà ?, aurait-il demandé. Elle a quatre-vingt sept ans, ma vieille marraine. Maintenant, dans la famille, c’est elle l’aînée…
Mardi 22 avril. 21h10
Par Xavier Houssin le jeudi 24 avril 2008, 00:53
Je vais enfin pouvoir lire Le gardien de l’aube de Richard Zimler. Il vient juste de réapparaître miraculeusement sur l’étagère. Je l’avais cherché partout depuis hier. Impossible de mettre la main dessus. Je me sentais plutôt coupable de me rendre au déjeuner de presse organisé pour sa sortie sans avoir seulement pu y jeter un coup d’oeil. J’en ai fait vite l’aveu à Zimler. Je n’aime pas faire semblant. Mais ce n’était pas mon jour. Je me suis maculé de sauce tomate histoire d’ajouter un peu plus à ma confusion. Pas le temps de rentrer me changer. J’ai caché mes taches comme j’ai pu tout l’après-midi.
mardi 22 avril 2008
Mardi 22 avril. 1h40
Par Xavier Houssin le mardi 22 avril 2008, 12:08
J'avais Simon sur les genoux chez Martin et Catherine. Il a dix-huit mois, il cavale en rigolant aux quatre coins de l'appartement et préfère les biscuits apéritifs à la purée de carottes. Je lui ai lu, à répétition, un petit livre qu'il m'a fourré dans les mains. Ding-Dong. Qui est là? C'est le chien. Qu'est-ce que tu veux? Du pain. Et quoi d'autre encore? Du chocolat. En gros, l'histoire s'arrête là. Ca a l'air de lui plaire vraiment bien. Tant mieux. Mais je ne comprends vraiment pas pourquoi l'illustrateur a dessiné un chien vert et une baguette jaune vif flottant dans un fond bleu électrique. Il y a du rose fuschia aussi. Un vrai bouquin pour daltoniens. La tablette de chocolat ne ressemble à aucun objet connu. Qui a édité ce truc? J'ai toujours sur mon bureau le joli travail de Nigel et Tessa sur le petit chat noir qu'ils ont adopté en Italie. Nous les avions rencontrés chez les cousins d'Amélie à Seillans. Je devais retravailler un peu le texte et leur chercher un éditeur. Aie, aie, aie...
Lundi 21 avril. 16h45
Par Xavier Houssin le mardi 22 avril 2008, 11:30
J'ai déjeuné avec Marie ce midi. Je suis allé la chercher à sa nouvelle adresse parisienne. Un mois qu'elle a quitté Besançon. Sans regrets. Je crois qu'elle y a été bien moins heureuse en fac qu'aux Beaux-Arts à Cherbourg. Là-bas, pendant ses trois années, elle s'est, il m'a semblé, vraiment sentie indépendante. Arrachant à la vie un bon morceau de liberté et de création. Elle y a réalisé d'hallucinantes installations. Je me souviens d'un parcours barbelé au milieu de meubles calcinés. Quelle force singulière, quelle puissance d'évocation... Ca m'avait remué de fierté et d'émotion. L'école des Beaux-Arts était installée dans les anciens locaux d'une congrégation religieuse. C'est dans un internat catholique du XIIe arrondissement qui offre quelques chambres pour étudiants qu'elle a trouvé aujourd'hui à se loger. Sa fenêtre donne sur une vaste cour avec au centre une chapelle à fronton et à colonnes. Il y a de longs couloirs, de grands escaliers de chêne. Je lui ai envié un peu ce lieu d'un étrange calme. Nous sommes descendus jusqu'à la place d'Aligre. Je voulais l'emmener au Baron rouge, mais le bistrot était fermé. Tous les commerces alentour aussi. Nous avons échoué Faubourg Saint-Antoine. J'avais oublié que nous étions lundi.
dimanche 20 avril 2008
Dimanche 20 avril. 23h10
Par Xavier Houssin le dimanche 20 avril 2008, 23:50
Nous avons quitté Carolles sous la pluie. Je n’avais pourtant pas envie de rentrer. J’ai fait un dernier tour de jardin. Mouillé mes chaussures dans l’herbe. Je serai bien resté à attendre, et le soir et l’éclaircie. C’est si court. A chaque fois que nous venons, j’ai mes papiers à écrire. Cela envahit toutes les journées de cette angoisse diffuse de devoirs en retard. Je m’écourte les nuits devant l’écran. Je me couche épuisé et je fais traîner une insomnie hachée jusqu’au matin. Je voudrais tellement me reposer dans cette maison.
Noëlle et Pierre ont déjeuné avec nous. Depuis la mort de sa mère, Noëlle est envahie de papiers et d’objets. Je lui ai passé les clefs de la remise de la rue des Fontenelles. Elle va déposer des cartons là-bas. Ca l'aidera peut-être à y voir un peu plus clair. Aux Fontenelles, le jardin potager que nous avons loué en janvier est toujours en jachère. Dès que le temps sera un peu plus clément, j’irai y travailler.
Samedi 19 avril. 23h50
Par Xavier Houssin le dimanche 20 avril 2008, 23:45
Je viens à l’instant de terminer le portrait d’Henri Gourdin pour Le Pèlerin. Il a fait paraître en janvier Le grand pingouin. Le livre est passé assez inaperçu. Il s’agit de la biographie d’un oiseau de nos côtes dont les derniers spécimens ont été massacrés au milieu du XIXe. C’est étonnamment émouvant et sensible. Alarmant aussi. Un livre des origines et de la prochaine fin. Gourdin, au téléphone, enfonce le clou : La catastrophe écologique est pour bientôt. Il le dit avec un reste de parler belge enroulé dans l’accent du midi, mais ça ne fait pas rire. Il vit dans le sud depuis très longtemps. Il m’a raconté sa jeunesse à Nivelles du temps des fermes du Brabant. Il a tout juste soixante ans.
samedi 19 avril 2008
Samedi 19 avril. 1h15
Par Xavier Houssin le samedi 19 avril 2008, 13:31
J’ai lamentablement raté le dîner. J’avais pourtant passé un bon moment à la cuisine. Encore quelque chose que je ne dois plus savoir faire. Le bouillon de bœuf et de légumes était inexplicablement léger et fade. Ce n’est pourtant pas très compliqué : il suffit que ça mitonne… Mais surtout, je ne sais pas ce qui m’a pris. J’avais préparé des courgettes farcies. J’aurais dû comprendre que si Amélie évite en général les tomates farcies, ce n’est pas à cause des tomates... Impossible de se venger sur le mâcon. Il était sans intérêt. Ca énerve.
Vendredi 18 avril. 22h10
Par Xavier Houssin le samedi 19 avril 2008, 13:25
Je file chercher Amélie à la gare de Granville. Son train arrive dans une grosse demie-heure. J’étais parti de Paris en début d’après-midi. Tout était bondé à cause des congés scolaires. Il y avait des enfants qui cavalaient d’un wagon à l’autre en poussant des cris. Les parents beuglaient après leur progéniture. Le contrôleur était aimable comme un dogue. J’ai essayé vainement d’écrire mon papier sur L'hiver indien de Frédéric Roux pour Le Pèlerin. Rien à faire. Je dois rendre impérativement ce week-end trois textes, dont celui-ci, à Catherine Lalanne. Je devais tout lui remettre ce matin, mais j’ai passé la journée d'hier à dérouler dans ma tête les scénarios les plus catastrophiques pour Le Monde. Le bruit court même que certains envisagent de supprimer le supplément livres. Il faut que je me calme. De toute façon, je n’y peux pas grand-chose. Catherine a été compréhensive. Je vais essayer de ne pas la décevoir. Etrange expérience que d’écrire pour ce magazine, d’ailleurs. Ca va fouiller bien loin aussi. A chaque fois, je pense à la sœur Thérèse du couvent de la rue de Gand à Lille. Là où était ma tante Agnès, sœur Raymonde en religion… A l’enterrement de ma tante, l’été dernier, elle m’avait pris à part pour me dire Vous savez, on vous lit dans la communauté…
vendredi 18 avril 2008
Vendredi 18 avril. 0h30
Par Xavier Houssin le vendredi 18 avril 2008, 00:29
J’ai eu deux rendez-vous coup sur coup au Rostand en fin de journée. J’ai écrit pas mal de lettres dans ce café et je continue de temps en temps à y faire de la correspondance. Je m’installe à une table du fond, en vue de la pendule, et je sors mon bloc, mes enveloppes. Au bout d’un moment, la table est entièrement envahie de papier froissé. Je n’aime pas les ratures. Je recommence au propre. En sortant, j’ai descendu la rue de Médicis. Côté Luxembourg... Les marronniers ont presque tous redressé leurs folioles. Dans une semaine à peine les panicules blanches et roses apparaîtront. Cela dure si peu. Chaque année je cours après ces instants. Les fleurs des marronniers, le blé en herbe. Je sais, tout cela c’est l’enfance. Les arbres du cours en face de la maison. Les champs contre l’orée de la forêt d’Halatte. N’empêche, chaque année j’ai l’impression de n’avoir rien vu. Ce sont des moments fragiles. Je vais faire attention.
Christine était avec Amélie. Je les ai retrouvées au Sauvignon. Il tombait une petite pluie fine. Pour pouvoir fumer, elles étaient quand même en terrasse. A peine protégées par l’auvent. J’ai aussi allumé une cigarette. Nous avons vu passer pas mal de gens avant d’aller dîner tous les trois au Palanquin. Toutes les conversations portaient sur le même sujet : et si c’était la fin du Monde ?
jeudi 17 avril 2008
Mercredi 16 avril. 23h45
Par Xavier Houssin le jeudi 17 avril 2008, 00:40
(...) Ne pas rater un seul instant du printemps. Il faisait doux ce matin. Je suis allé à pied jusqu’à Censier. Un court tronçon du boulevard Saint-Germain, puis j’ai grimpé la Montagne-Sainte-Geneviève. Rue de l’Ecole-Polytechnique et rue Mouffetard. Je suis arrivé juste pour l’atelier d’écriture. Mes étudiants sont de moins en moins nombreux. Je devrais me poser des questions. Mais la petite poignée qui reste m’épate. Ils sont discrets, intelligents, attentifs. Ils ont vingt ans. Mes vingt ans à moi, je ne sais plus où ils se baladent. Je croyais les avoir gardés tout proches. Il n’y a pas très longtemps, j’ai compris qu’ils m’étaient devenus inaccessibles. Lorsque je marche dans Paris, comme tout à l’heure, il me semble que je croise, par moments, le jeune homme que j’ai été. Il s’arrête à la devanture d’une boutique. Entre dans un café. Il flâne, le nez en l’air. Je le regarde passer. Pauvre chère silhouette. Aujourd’hui je sais où le mènent ses pas. Trop de rêves. Tellement trop de rêves. J’ai oublié qu’il pouvait y avoir un accomplissement. J’avais rendez-vous avec Martine Sonnet dans son petit bureau au dernier étage du grand escalier de l’Ecole normale supérieure. Nous avons passé une heure à parler de son livre, Atelier 62. Un texte magnifique sur son père, Amand, forgeron chez Renault à Billancourt. Venu de l’Orne pour vendre sa vie afin de nourrir sa famille. Temps passé, page tournée. Qui se souvient des petites gens ? Nous qui sommes si proches, si nous ne parvenons pas à porter témoignage, alors, il ne restera plus rien. J’ai hésité à lui parler de ma Rue d’Avelghem. Je lui enverrai peut être le roman quand le papier sortira dans Le Pèlerin.
mercredi 16 avril 2008
Mercredi 16 avril. 1h00
Par Xavier Houssin le mercredi 16 avril 2008, 01:02
Dîner rue Jean-Jacques-Rousseau chez Agnès et Laurent. On est arrivés trop tard pour les enfants. La petite avait gardé jusqu’à la dernière minute ses ballerines roses aux pieds. Elle a fini par s’endormir avec. Je voulais avoir avec Laurent une longue discussion, sérieuse, sur un projet de traduction. J’aimerais bien rééditer Jerôme K. Jerôme dans une version française digne de ce nom. Dépoussiérée, vivante. Débarrassée de cette distance de pseudo chic anglais d’avant André Maurois. Chez Phébus, Hélène Amalric a l’air intéressée. Reste à ordonner les titres. A trouver aussi en Angleterre une biographie de J.K.J.. Ce n’est pas gagné. Qui le connaît ici ? Trois hommes dans un bateau n’est plus pour certains qu’une antiquité de classe de cinquième de la fin des années soixante. Pourtant, c’est si drôle, si prenant. Et ça vous fait d’étranges pincements. J’en sais des passages entiers par cœur. Cette phrase du début, de mémoire : Nous étions quatre : George, Harris, moi-même, et Montmorency. Assis dans ma chambre, nous fumions, nous disant que nous étions décidément bien lamentables. Nous nous sentions tous vraiment mal en point et cet état nous inquiétait. J’ai juste effleuré le sujet avec Laurent. Il serait partant. Mais nous n’avons pas été beaucoup au-delà. Je manque d’arguments concrets.
Amélie avait apporté pour le dessert des petits gâteaux de chez Ladurée. Nous nous sommes tous extasiés. N’empêche, c’était sans intérêt. Juste en couleur et seulement sucré. J’étais venu avec mon Eugène Dabit : Train de vies, le dernier volume paru dans ma collection "Domaine Public ". Il sort en librairie le 24. Le livre avait été livré aujourd’hui chez Buchet. J’ai a passé tout l’après-midi à signer des cartes pour les envois du service de presse. Il faut que ce titre marche. Le C.N.L. n’a pas donné un sou de subvention cette fois-ci. J’y crois. Je croise les doigts. Demain, je vais m'efforcer de trouver un moment pour aller au Père-Lachaise, avec le volume, sur la tombe de Dabit. Il faut bien lui montrer, non?
mardi 15 avril 2008
Lundi 14 avril. 23h40
Par Xavier Houssin le mardi 15 avril 2008, 00:07
J’aimerais bien être à Carolles. Nettoyer le jardin. Enfin ranger les livres. M’installer au bureau et simplement écrire.
lundi 14 avril 2008
Lundi 14 avril. 17h30
Par Xavier Houssin le lundi 14 avril 2008, 18:13
J’ai eu Christine au téléphone. On n’avait pas pu se parler ce matin. Je l’ai sentie inquiète. A juste titre. C’était la grève au Monde aujourd’hui. Elle sera vraisemblablement reconduite mercredi. Baroud d’honneur ? Ce plan social sonne en tout cas le tocsin de mes espoirs d’embauche. Si tenté d’ailleurs qu’ils aient jamais été inscrits dans une quelconque réalité.
J’avance sur des fondrières. Je repense souvent à cette conversation avec François Taillandier à la fin d’un cocktail en novembre. Nous sommes nés la même année, lui et moi. Avions-nous le champagne triste ? Cela faisait un peu bar du Titanic. Jamais, nous sommes-nous dit, nous n’aurions pu imaginer que verrions disparaître l’univers pour lequel nous avions le sentiment d’avoir été faits, façonnés. Nos rêves se déchirent. Forteresse de papier…
Lundi 14 avril. 0h35
Par Xavier Houssin le lundi 14 avril 2008, 01:09
J’ai le dos rompu de fatigue. Des heures au clavier, raide, assis sur ce pliant de jardin qui me sert de chaise de bureau. Comme prévu, ça n’a pas été facile. Impossible de me tenir strictement à la tâche. J’ai rêvassé toute une demi-journée. Trois lignes et je partais, au hasard, relire des chapitres entiers pour me conforter. Je crois que je commence à en avoir un peu assez d’écrire sur les autres. Où vais-je trouver le temps pour moi ? Je ne peux pas arrêter...
Demain, il me reste trois papiers pour Le Monde, un petit pour Marianne. Il y a des notules à corriger sur le site de Buchet. Le soir, j’appelle un auteur pour un portrait dans Le Pèlerin. Je dois un texte sur mes interventions en classe de 1ère à la Maison des écrivains. J’ai promis à Pascale une préface. Avant mai, il faut achever l’édition du Marguerite Audoux pour "Domaine Public" et l'anthologie poétique de Jean Cayrol au Seuil. Et avec ça, surtout, je remets mon manuscrit pour août, dernier délai.
Les lutins des frères Grimm viennent quand ils veulent. Je vais me coucher, on ne sait jamais…
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