J’ai lu tout l’après-midi. Attendu Amélie. Envoyé ma sélection de titres pour le prix Printemps du roman de la ville de Saint-Louis : La montée des cendres de Pierre Patrolin (POL), Geronimo a mal au dos de Guy Goffette (Gallimard), Le vent dans la bouche de Violaine Schwartz (POL) et Les quatre éborgnés d'Alice Massat (Joëlle Losfeld). La réunion du jury aura lieu fin avril. Comment serais-je à ce moment-là ? J’ai répondu à quelques messages. Commencé du courrier que je n’ai pas terminé. Je dois des nouvelles à tant de gens. Marcus a envoyé du Mexique une photo d’Apolline. C’est sa première rentrée des classes. Enfin, c’est plutôt au jardin d’enfants qu’elle entre. Elle n’a que quinze mois ma filleule ! N’empêche, ça me remue étrangement. En légende, Marcus à écrit : Elle vient d’en prendre pour vingt-deux ans. Je préfère ne pas compter. Sur le cliché, elle est vêtue de son « uniforme » : pull bleu marine et polo vert. Elle se tient debout, l’air calme, déterminé, à peine esquissant un sourire, et s’appuyant au bras d’un fauteuil en bois sombre comme à la barre, au moment de la plaidoirie. C’est qu’elle va en avoir à défendre et à s’en défendre dans tout ce temps qui vient. J’aime ce visage sérieux qu’elle a souvent. Attentif, curieux. Comme si elle regardait au loin, au très loin, au-delà et qu’elle percevait déjà tout ce qui l’attend, dans un mélange d’envie et d’inquiétude, de désir et d’effroi. Quinze mois, Dieu qu’elle est grande… Chaque année, au jour de l’école en septembre, et jusqu’à sa terminale même, je faisais une photo de Marie. Où sont-elles maintenant ces images ? Je n’en ai gardé que le souvenir. Mais il est intact, précis. A jamais préservé. Continué mes lectures. Florence a appellé assez tard du journal. Elle était en bouclage et avait tout un tas de questions à me poser à propos de mon papier sur Les métiers terrestres de Rodolfo Walsh. Pas très bien compris ce qu’elle n’avait pas compris. J’ai juste essayé d’être plus clair.
mardi 26 février 2013
Lundi 25 février 2013. 23h30.
Par Xavier Houssin le mardi 26 février 2013, 17:12
Dimanche 24 février 2013. 21h10.
Par Xavier Houssin le mardi 26 février 2013, 17:10
Il tombe une toute petite neige. Trois fois rien de flocons qui s’évaporent à peine touché le sol. Des allures de redoux, mais le froid persiste. On dirait que la maison n’arrive pas à se réchauffer. Dimanche un peu las. Nous avons décidé de rentrer plus tôt.
Lundi 25 février 2013. 13h15.
Par Xavier Houssin le mardi 26 février 2013, 17:10
J’ai du mal à m’extirper d’une profonde torpeur. D’une paresse envahissante. Je n’arrive à rien saisir de neuf, j’ai du mal à continuer ce que j’ai entrepris. Je m’embourbe et m’étouffe. Amélie m’avait accompagné ce matin, car c’était la première consultation avec le médecin. Tout va bien ? Pas de problèmes ? Remarquez, ça n’a commencé que la semaine dernière... Je fais le dos rond. J’attends. Jean-Pascal a téléphoné de Carolles. Je suis passé voir où en était ton élagueur. Les deux sapins devant ont été taillés. Un ouvrier commençait à s’attaquer au frène. Je pense à mes arbres.
lundi 25 février 2013
Vendredi 22 février 2013. 20h45
Par Xavier Houssin le lundi 25 février 2013, 23:30
Il fait glacial. Le jardin est immobile de froid. Les oiseaux ont nettoyé les mangeoires jusqu’au dernier grain. Au courrier j’ai reçu le diodon naturalisé (diodon hystrix ?), tout hérissé de piques, que j’ai acheté sur photo la semaine dernière. Je ne suis pas déçu, loin de là. Il va aller rejoindre mon petit museum du couloir. Un renard, une buse, un brochet, un courlis, une peau de panthère, un pic-épeiche, la mue de deux mètres d’une couleuvre des blés, des papillons et des coléoptères d’Afrique, d’autres d’Asie et d’Amérique, mes captures d’insectes, des reptiles dans des bocaux de formol, une chouette effraie, des cornes d’antilopes, de taureau, de mouflon, des têtes de chevreuil, de marcassin, de chamois, un faucon, un vaneau, le bois de renne que Marie m’a ramené du Spitzberg, des passereaux sous un globe, des ammonites, un oursin et une huître fossiles, un œuf d’autruche, le sabot d’un cheval. Et même, sans rire, un raton laveur. J’en oublie. Il reste encore un peu de place aux murs, au plafond aussi. Brocantes, salles des ventes. Ce drôle de bestiaire me fait un kaleïdoscope de souvenirs d’enfance. La collection d’insectes dans la maison de Noailles de Mlle Frécot, le musée de la vénerie à Senlis, les fossiles de la sablière d’Aumont, l’aquarium tropical du musée colonial de la Porte Dorée. Là aussi, j’en oublie. Visite rapide chez Georgette. C’est elle maintenant qui prend de mes nouvelles. Alors, comment ça se passe ? Tu supportes bien ?
Samedi 23 février 2013. 22h00.
Par Xavier Houssin le lundi 25 février 2013, 23:30
Des langoustines et des merlans au marché. Deux kilos de praires pour Annick et Norbert. La journée s’est perdue en courses et en bricoles. Nous voulions emmener la tondeuse au garage agricole à Sartilly, mais en tentant d’ouvrir la porte de la remise aux Fontenelles, le verrou a cassé, de rouille et de froid. Du coup, il a fallu aller à Saint-Pair en acheter un nouveau. Je l’ai posé sans trop de difficultés. C’était déjà trop tard pour la tondeuse. J’ai travaillé un peu dans le jardin. L’élagueur a appelé. Il vient lundi.
dimanche 24 février 2013
Vendredi 22 février 2013. 15h00.
Par Xavier Houssin le dimanche 24 février 2013, 20:03
Une fois encore Norbert est venu nous chercher à la gare. Je te promets qu’on ne t’embêtera pas la semaine prochaine. La Twingo est prête. Fabien m’a prévenu qu’il la déposait à la maison.
Jeudi 21 février 2012. 19h50.
Par Xavier Houssin le dimanche 24 février 2013, 20:00
J’ai raté Florent au téléphone. Il me laisse un message un peu débordé : Oui, Pascale Kramer, il va falloir le faire vite. Pour le reste, je continue à lui faire des « propositions »… Camille a douze ans aujourd’hui. Elle a dû recevoir le petit paquet que nous avions confié à Virginie quand elle était venue à Paris en décembre. C’est un collier ras du cou en gorgone. Je l’avais trouvé dans cette boutique de bijoux anciens de la rue du Petit-Pont que j’ai toujours connue et qui s’appelle… Les métamorphoses.
Jeudi 21 février 2012. 14h30.
Par Xavier Houssin le dimanche 24 février 2013, 19:59
J’ai reçu le découpage du prochain numéro du Monde. Mon papier sur Rodolfo Walsh sortira la semaine prochaine. Côté littérature étrangère, j’ai quelques pistes de travail : Ricardo Piglia (Cible nocturne) et José Carlos Llop (Dans la cité engloutie). Mais toujours aucune nouvelle du domaine français. J’ai laissé un nouveau message à Florent. Lui ai rappelé Pierre Patrolin, Guy Goffette, Pascale Kramer, Alice Massat. Ajouté aussi, tant qu’à faire, J'aime qui vacille de Rose-Marie Pagnard chez Zoé, Bleus horizons de Jérôme Garcin (Gallimard) sur Jean de La Ville de Mirmont et le dernier Ying Chen : La rive est loin, au Seuil. Il y a encore, tout récemment, la réédition chez Lunatique de Tout pour Titou de Violaine Bérot, un court texte, magnifique, paru chez Zulma en 1999. Noir, noir, noir. Et profondément douloureux. Violaine Bérot devrait sortir l'an prochain un nouveau livre chez ce même éditeur installé en Mayenne. Je me suis souvenu de Jehanne, son premier roman, chez Denoël en 1995 et de Léo et Lola, toujours chez Denoël en 1997. Une écriture d'une justesse inouie. J’avais tout chroniqué, enthousiaste, à l’époque. Elle a arrêté de publier pendant presque 15 ans. Ce serait bien de signaler cette réédition, en attendant... Déjeuné avec Amélie dans un couscous du boulevard Arago. Elle est aux petits soins pour moi. S’inquiète et fait tout ce qu’elle peut pour que je ne le remarque pas.
Mercredi 20 février 2013. 20h10.
Par Xavier Houssin le dimanche 24 février 2013, 19:57
Mercedes était à Paris pour la journée. Nous avons déjeuné ensemble chez Péret. On s’est toujours peu vus, on se voit moins encore depuis qu’elle et Esteban ont déménagé du côté de Meaux. Mais on se connaît depuis longtemps. Ce devait être en 2002. J’avais écrit un papier sur Lily de Daniel Arsand, l’histoire, troublante pour moi, d’un homme enquêtant sur la vie de sa mère, et j’avais reçu d’elle un petit mot très « reconnaissant », très touchant. Elle m’y expliquait que Daniel Arsand était un de ses amis, me disait combien elle trouvait que ma lecture de son texte lui paraissait juste et ajoutait plein de compliments encore. Des messages comme ça, mon Dieu, on n’en reçoit pas tous les jours. Nous nous sommes rencontrés quelques mois après, dans ce petit maillage des hasards qui me devient familier. Elle venait de publier, pour la rentrée, son deuxième roman chez Buchet : Suite et fin au Grand Condé. Chez Buchet aussi, j’avais tout juste signé le contrat de mon premier texte. La ballade de Lola sortait au mois de janvier. Les années ont filé. Nous nous sommes donnés des nouvelles. Elle ne va pas très bien aujourd’hui Mercedes. Esteban, dont la santé s’est terriblement dégradée, doit subir une très lourde opération en mars. Tu sais, m’explique-t-elle, c’est un fantastique espoir, mais je suis usée : la fatigue des trajets, les doubles, les triples journées. Elle m’a raccompagné rue Danville. A bientôt. On s’est embrassés.
samedi 23 février 2013
Mercredi 20 février 2013. 6h00.
Par Xavier Houssin le samedi 23 février 2013, 08:40
Pas de thé le matin, non plus. J’avale du lait chaud.
Mardi 19 février 2013. 14h30.
Par Xavier Houssin le samedi 23 février 2013, 08:39
Huit semaines de traitement donc. Je commence aujourd’hui mon Carême de quarante jours ouvrés. Je me suis souvenu des trois derniers mois de mon service militaire à Joigny et de la carte de France que chacun affichait dans son armoire. Le compte à rebours commençait à – 95 (Val-d’Oise). On noircissait patiemment les départements à la suite. J’ai décidé d’appliquer la méthode. Je vais rayer un à un les quarante fauteuils de l’académie française. Un autre idée aussi : il y a longtemps que je voulais tenir un herbier sauvage de Paris. Ce sera celui des rues autour de l’hôpital. Quarante petites plantes à récolter au bord des trottoirs. Pris un premier plant rue Bellier-Dedouvre. Je crois que c’est du séneçon. Déjeuner avec Amélie chez Pasta e fagioli. Ah oui, c’est vrai : pas de vin, pas de café. Quand je disais que c’était vraiment Carême.
Dimanche 17 février 2013. 22h50.
Par Xavier Houssin le samedi 23 février 2013, 08:38
Tous les fuchsias ont gelé. Je m’en suis aperçu en voulant tailler le bois mort. Ils n’étaient plus très en forme. Chaque printemps leur repousse devenait de plus en plus difficile. Les derniers froids les ont achevés. J’en ai fait un gros fagot. Il faudra déraciner les souches. Ils faisaient presque deux mètres de haut et étaient en place, à l’arrière de la maison depuis la fin des années soixante-dix. Mes parents avaient récupéré des boutures. C’étaient des fuchsias offrant une profusion de petites fleurs très délicates, rouge et violet foncé. Des magellicana, probablement magellicana riccartonii car leurs sépales forment comme un petit dôme, contrairement à celles de la variété gracilis. Pourvu que je retrouve exactement les mêmes. J’ai continué de travailler au jardin. Commencé à préparer les plates-bandes, installé des nichoirs et de nouvelles mangeoires pour les oiseaux. Cela fait maintenant deux semaines que la température dans le koetsch est à peu près stable, au-dessus de douze degrés. Maintenant que Thierry Giffard y a posé ses étagères, il a vraiment des allures de petite serre. J’y ai rapatrié les plantes qui dépérissaient faute de lumière à l’intérieur de la maison. Journée lente et calme avec ce basculement de l’après-midi vers l’heure du retour. La Twingo ne sera réparée que la semaine prochaine. Jean-Marie nous a accompagnés à la gare de Granville. Pas grand monde autour des manèges et des attractions qui encombrent encore la place. Aucun enfant ou presque. Dimanche soir et fête foraine faisaient comme une nausée légère. Nous avons dormi dans le train.
Lundi 18 février 2013. 18h40.
Par Xavier Houssin le samedi 23 février 2013, 08:38
Matinée de « préparation » à l’hôpital. J’y ai passé deux bonnes heures. Sorti de là comme d’une parenthèse. Grand soleil. Je me suis baladé un peu dans le quartier. De la place de l’abbé-Georges-Hénocque partent plusieurs rues flanquées de petits pavillons des années 1920. C’est silencieux et plein de charme. Ce devait être des habitations plutôt modestes autrefois. Elles ne le sont plus vraiment. Je guettais un chat qui faisait des acrobaties au bord d’une gouttière quand Marguerite m’a appellé. Tu es libre à déjeuner ? Je l’ai retrouvée à l’Oesnosteria. Fait le trajet à pied, avec un long détour par le jardin du Luxembourg. Nous nous sommes quittés tard. Pas envie de rentrer. J’ai continué ma balade. La rue Dauphine, le Pont Neuf, le quai de la Mégisserie. J’ai acheté des bulbes juste éclots de jonquilles et de muscaris pour les jardinières de l’appartement.
mardi 19 février 2013
Samedi 16 février 2013. 21h10.
Par Xavier Houssin le mardi 19 février 2013, 12:27
Nous avons fini de ranger le bois. Norbert nous en a vendu une corde. Il lui en reste de l’an dernier. Du chêne bien sec. Il nous l’a apporté en plusieurs voyages avec sa remorque. Mais non, ça ne me dérange pas. Et à trois, ça va plus vite ! Norbert est d’une gentillesse débordante. Et du coup, on ne sait plus comment le remercier. Penses-tu, ce n’est rien du tout. On a pris un verre de viognier. Grande promenade le long de la falaise. J’ai eu l’impression que cela faisait longtemps que nous n’avions pas autant marché. La mer était laiteuse de nacre, sans une ride de vent, si calme sous le soleil qu’on y voyait serpenter le Lude depuis son embouchure jusqu’au très au loin.
lundi 18 février 2013
Samedi 16 février 2013. 11h20.
Par Xavier Houssin le lundi 18 février 2013, 07:48
La 4L était sous des bâches depuis l’automne dans le garage des Fontenelles. Trois tours de démarreur. Elle est repartie sans problème. Tourteaux et praires au marché de Granville. Une pintade. Deux belles poignées de pissenlits et une tranche de lard fumé pour les accompagner. Nous sommes passés chez Jean-Marc Jungers, rue des Juifs. Des mois que je lui avais laissé à restaurer un tableau acheté un jour de braderie. Il représente un sentier taché de soleil au bord d’une forêt claire. Derrière, on devine un paysage vallonné. A la maison j’avais déchiffré la signature : Claude Rameau. Je n’avais pas eu mauvais goût. Certains critiques en effet rapprochent ce paysagiste de Daubigny ou de Sisley. « Peintre de la Loire », Rameau est mort à quatre-vingts ans en 1955, l’année de ma naissance. Je suis toujours aux aguets des hasards. Jean-Marc Jungers a fini son travail. La toile, posée sur un nouveau chassis, a retrouvé toute sa lumière, toutes ses couleurs. On choisit un cadre ?
Vendredi 15 février 2013. 22h20.
Par Xavier Houssin le lundi 18 février 2013, 07:47
Nous avons pris le premier train. Norbert nous attendait au bout du quai à Granville. Amélie l’avait appelé hier. Tu sais que nous sommes sans voiture… - Enfin, bien sûr que je peux venir vous chercher ! Il nous a même arrêtés au marché de Jullouville le temps de nos courses de déjeuner. Déballé les affaires, ouvert le courrier. Passés voir Georgette. Elle avait sorti les verres et les biscuits salés. Je n’étais pas bien sûre, pourtant je me disais bien que vous viendriez. Il faisait un temps radieux. L’après-midi, nous sommes descendus à la plage. Longé la grève jusqu’au Crapeu, rentrés par les villas du front de mer. Volets fermés, peintures qui s’écaillent, jardins à l’abandon. Elles sont presque toutes en triste état et j’avoue que j’ai du mal à comprendre comment on peut à ce point les laisser se dégrader. On imagine tellement comment on pourrait les habiter… Il en est une qui m’a toujours fait rêver : Capharnaüm. Une drôle de bâtisse néo-byzantine flanquée d’une tourelle. Avec des tamaris fatigués qui débordent le mur d’enceinte. Elle a été conçue en 1900 par Gustave Eiffel, dit-on. Les aménagements que les différents propriétaires lui ont fait subir l’ont pas mal abîmée, mais elle a gardé un charme vraiment extraordinaire. Elle vient d’être vendue à nouveau. Une fortune… Allez, pas de regrets.
vendredi 15 février 2013
Jeudi 14 février 2013. 23h00.
Par Xavier Houssin le vendredi 15 février 2013, 10:26
Feuilles de présence remplies à Censier ce matin. J’avais le plein d’étudiants. C’est la cinquième année déjà que je fais ces cours. De rentrée en rentrée, je m’attache davantage. Je les sens à la fois si désemparés et si confiants. Si enthousiastes et joyeux, étrangement tristes, parfois. Si désireux d’apprendre, avec cette insolence de leur âge d’avoir le sentiment de tout savoir déjà. Ils ont vingt ans. Quelquefois même pas. Je les aime bien. Vraiment. Un étudiante m’a fait une revue de presse « Saint-Valentin » : les informations du jour vues à travers le prisme de l’amour. Elle a enchaîné sans à-coups le départ du pape, le vote du mariage homosexuel à l’assemblée, le scandale de la viande de cheval dans les plats surgelés et ce nouveau bébé que voudraient Mariah Carey et Nick Cannon. En voilà une qui a compris ce qu’était une actu, un angle, des liaisons. Bien peu de critiques à lui faire. Après-midi de paperasses avant mon rendez-vous de lundi à l’hôpital. Amélie était retenue à un dîner. J’étais invité à un cocktail au Musée de la chasse et de la nature pour le lancement de la biographie de François Sommer publiée chez Buchet-Chastel. Je n’y étais jamais venu auparavant. Ce soir, toutes les salles étaient librement ouvertes à la visite. Quel choc ! Sur trois étages, une foule de trophées, d’animaux empaillés (deux gigantesques ours blancs, des lions, des panthères, des gorilles), partout aux murs des tableaux de Desportes, de Chardin, d’Oudry. J’étais comme dans un rêve. Retrouvé là-bas Marie-Joséphine Strich qui avait rédigé la préface des Innocentes ou la sagesse des femmes d’Anna de Noailles, le dernier volume de ma collection « Domaine public ». Salué Vera. Marché jusqu’à la maison. Amélie n’était toujours pas rentrée. J’ai veillé un moment. Fini par me coucher.
jeudi 14 février 2013
Mercredi 13 février 2013. 22h10.
Par Xavier Houssin le jeudi 14 février 2013, 23:38
A nouveau La Harpe aujourd’hui. C’était le jour de son enterrement. Je suis allé chercher les Mémoires d’outre tombe. Relire ce que disait de lui Chateaubriand. J’arrivai pour voir mourir un homme qui appartenait à ces noms supérieurs au second rang dans le XVIIIe siècle, et qui, formant une arrière-ligne solide dans la société, donnaient à cette société de l’ampleur et de la consistance. J’avais connu M. de La Harpe en 1789 : comme Flins, il s’était pris d’une belle passion pour ma sœur, madame la comtesse de Farcy. Il arrivait avec trois gros volumes de ses œuvres sous ses petits bras, tout étonné que sa gloire ne triomphât pas des cœurs les plus rebelles. Le verbe haut, la mine animée, il tonnait contre les abus, faisant faire une omelette chez les ministres où il ne trouvait pas le dîner bon, mangeant avec ses doigts, traînant dans les plats ses manchettes, disant des grossièretés philosophiques aux plus grands seigneurs qui raffolaient de ses insolences ; mais, somme toute, esprit droit, éclairé, impartial au milieu de ses passions, capable de sentir le talent, de l’admirer, de pleurer à de beaux vers ou à une belle action, et ayant un de ces fonds propres à porter le repentir. Il n’a pas manqué sa fin : je le vis mourir chrétien courageux, le goût agrandi par la religion, n’ayant conservé d’orgueil que contre l’impiété, et de haine que contre la langue révolutionnaire. À mon retour de l’émigration, la religion avait rendu M. de La Harpe favorable à mes ouvrages : la maladie dont il était attaqué ne l’empêchait pas de travailler ; il me récitait des passages d’un poème qu’il composait sur la Révolution; on y remarquait quelques vers énergiques contre les crimes du temps et contre les honnêtes gens qui les avaient soufferts : « Mais s’ils ont tout osé, vous avez tout permis/ Plus l’oppresseur est vil, plus l’esclave est infâme ». Oubliant qu’il était malade, coiffé d’un bonnet blanc, vêtu d’un spencer ouaté, il déclamait à tue-tête ; puis, laissant échapper son cahier, il disait d’une voix qu’on entendait à peine : « Je n’en puis plus : je sens une griffe de fer dans le côté. » Et si, malheureusement, une servante venait à passer, il reprenait sa voix de Stentor et mugissait : « Allez-vous-en ! Fermez la porte ! » Je lui disais un jour : « Vous vivrez pour l’avantage de la religion. — Ah ! oui, me répondit-il, ce serait bien à Dieu ; mais il ne le veut pas, et je mourrai ces jours-ci. » Retombant dans son fauteuil et enfonçant son bonnet sur ses oreilles, il expiait son orgueil par sa résignation et son humilité. Dans un dîner chez Migneret, je l’avais entendu parler de lui-même avec la plus grande modestie, déclarant qu’il n’avait rien fait de supérieur, mais qu’il croyait que l’art et la langue n’avaient point dégénéré entre ses mains. M. de La Harpe quitta ce monde le 11 février 1803 : l’auteur des Saisons mourait presque en même temps au milieu de toutes les consolations de la philosophie, comme M. de La Harpe au milieu de toutes les consolations de la religion ; l’un visité des hommes, l’autre visité de Dieu. M. de La Harpe fut enterré, le 13 février 1803, au cimetière de la barrière de Vaugirard. Le cercueil ayant été déposé au bord de la fosse, sur le petit monceau de terre qui le devait bientôt recouvrir, M. de Fontanes prononça un discours. La scène était lugubre : les tourbillons de neige tombaient du ciel et blanchissaient le drap mortuaire que le vent soulevait, pour laisser passer les dernières paroles de l’amitié à l’oreille de la mort. Le cimetière a été détruit et M. de La Harpe exhumé : il n’existait presque plus rien de ses cendres chétives. Je ne serai pas allé cette fois-ci au Père-Lachaise pour l’anniversaire, comme en 2003 où j’avais déposé une couronne sur sa tombe. Mais j’y passe de temps en temps. J’irai bientôt, promis. J’ai préparé mon atelier de demain à Censier avec les étudiants. Pas terminé les corrections de leurs travaux.
Mardi 12 février 2013. 23h15.
Par Xavier Houssin le jeudi 14 février 2013, 23:36
J’ai rendu ma chronique pour le Next du mois de mars à Françoise-Marie. Parlé de la poésie dont tout le monde se fout. En mars, justement, c’est « Le printemps des poètes ». Tu parles... Le ministère de l’Education nationale vient de supprimer 60 000 € de subventions à la manifestation. J’ai reçu au courrier un mot de Raphaëlle avec des photos de sa toute petite fille née le 16 décembre. Anouk. Elle a de grands yeux tout bleus qui guettent je ne sais quoi. J’ai lu. Rangé les livres. J’étais invité par François Escoube à la remise du prix Marguerite Audoux. Ca se tenait dans une école primaire du VIe, rue Delambre. La salle, genre gymnase ou préau fermé, sentait la cantine, l’eau de javel et le pipi des toilettes. C’est bizarre comme l’émotion tient à vraiment pas à grand chose. La lauréate cette année était Barbara Constantine pour Et puis Paulette chez Calmann-Lévy. J’ai retrouvé là-bas les membres du jury : Valérie qui partait au Congo le lendemain, Anne-Marie, Bernard-Marie… Nous étions aussi quelques uns des anciens lauréats. Ce prix, je l’ai eu en 2004 avec 16 rue d’Avelghem. J’étais fier. C’est un beau souvenir. Je suis resté un moment à bavarder avec Sylvie. J’ai raccompagné Françoise jusqu’au métro Raspail. Pris le bus pour rejoindre Amélie au Bistrot de Paris. Elle m’avait invité à dîner. Nous avions quelque chose à fêter. Une date dans les années de notre histoire. On s’aime. Tout ira bien.
Lundi 11 février 2013. 22h00.
Par Xavier Houssin le jeudi 14 février 2013, 00:11
J’ai écrit mon papier sur Les métiers terrestres de Rodolfo Walsh. J’aurais dû le faire ce week-end, mais vendredi je n’avais toujours pas reçu le calibrage du numéro du Monde. En fait, la parution est repoussée. Déjà la semaine dernière, ma brève sur le Francesca Kay n’était pas passée. Je trouve cela un peu démoralisant. J’avais fait, dès novembre, tout un tas de propositions en littérature française pour la rentrée de janvier : Pierre Patrolin, Guy Gofette, Alice Massat, Franck Maubert, Pascal Kramer et j’en oublie. Proposé aussi pour février Michèle Lesbre dont j’avais suivi les romans en 2007 et 2009. Je n’ai pu parler que de Profanes de Jeanne Benameur et on m’a laissé quelques lignes sur Joanne Anton et Liège, oui. J’ai tendance à trouver que ce n’est pas grand chose. Bien moins qu'avant, en tout cas. Et le pire c’est le silence. J’ai découvert dans le journal de jeudi dernier un (très beau) portrait de Michèle Lesbre par Macha Séry. J’aurais juste aimé qu’on me prévienne. C’est si difficile de ne rien savoir. Les éditeurs, les attachées de presse m’appellent. Où en es-tu ? Et je ne peux rien répondre. Ajouter à cela qu’à la fin du mois, si je ne travaille pas, je n’ai pas d’argent. Enfin je suis inquiet... J’ai envoyé un message à Florent et à Jean : J'attends avec impatience de vos nouvelles. Pas d’écho pour l’instant. De Rodolfo Walsh, cet écrivain et journaliste argentin assassiné par la junte en 1977, je n’avais lu qu’Opération massacre paru chez Bourgois en 2010. Un livre mêlant journalisme et fiction, écrit à partir du témoignage d’un des survivants d’une exécution sommaire après le coup d’État de 1955. Les métiers terrestres est un recueil écrit avec une paradoxale distance. On est en recul et puis on est tout près. Comme pris dans une cage aux miroirs. Trois textes, notamment, jouent à touche-touche dans l’espace clos d’un collège religieux pour orphelins descendants d’immigrants irlandais. Quelles terribles histoires de rage. Et de courage.
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