Il y avait encore des moussettes au marché de Granville. Deux semaines et sans doute la saison sera finie. Nous avons pris aussi deux petits homards à griller, des maquereaux de ligne. Premiers vrais légumes de printemps, fraises de Sainte-Pience, cerises, bouquets d’iris d’eau et d’ancolies : nous sommes rentrés avec les paniers pleins. Les journées commencent à être belles. Nous avons déjeuné à l’ombre des bambous. Passé l’après-midi aux Fontenelles. J’ai tondu les allées, retourné la terre du premier grand carré où nous n’avons encore rien planté. Amélie a désherbé les rangs d’oignons et d’ail. Nous sommes allés rendre compte des travaux à Georgette. Elle y a été de ses conseils. Attendez encore un peu pour semer les haricots. Buttez les pommes de terre. Elle revit quand elle parle plantations. Son jardin, à l’Humelière était comme un jardin de curé. Fleurs vivaces, légumes, arbres fruitiers. Il a été, je crois, pendant presque vingt ans, son petit paradis terrestre. Il n’en reste plus rien. Et mes rosiers ? Echappés de justesse au goudronnage du terrain par les nouveaux propriétaires, ils avaient été remplantés au potager des Fontenelles. Je les soigne. Ils sont juste en boutons. Promis, je t’en rapporterai bientôt un bouquet.
Vendredi 31 mai 2013. 22h20.
Par Xavier Houssin le lundi 3 juin 2013, 18:06
Noëlle et Pierre sont venus prendre un verre en fin de journée. Ils nous embarquent en voiture toute une cargaison de livres que je veux rapatrier à Paris. Nous étions installés au soleil quand un petit chien, genre griffon, est venu se réfugier dans le jardin avec la ferme intention de ne pas en bouger. Visiblement perdu, il était allé faire un tour chez Mme Bassard qui tenait conseil dans le chemin avec Eliane Fontaine. Je ne vois pas à qui il peut être, répétait-elle. Pas de collier, ni de médaille. Par acquis de conscience, nous sommes tous allés sonner au portail de M. et Mme Beltoise. Mais le leur était sagement chez eux, et d’ailleurs il serait plutôt foncé, alors que celui-ci avait les poils gris clair. Bon, je vous le laisse ? Couché à nos pieds, l’animal se sentait visiblement comme chez lui. Le temps passant, comme nous commencions à nous demander ce que nous allions en faire, il s’est levé et a repassé la barrière. Je l’ai vu trottiner jusqu’après chez Perron. Quelquefois, je me dis que j’aimerais bien un chien. Lorsque mon père est tombé malade dans les années 1980, ma mère a donné Okay, notre petit braque Saint-Germain. Il est mort quelques mois après, dans un accident de chasse. Restons raisonnables. Avec nos allers et retours Carolles-Paris, ce n’est vraiment pas envisageable. Après le départ de Noëlle et de Pierre nous sommes allés faire un long tour sur la falaise. La mer était nacrée. Pas un souffle de vent. Genêts et ajoncs sont maintenant partout en fleurs au flanc des falaises. Sur le sentier, nous avons croisé Cécile et Alice. Elles promenaient les chiens…
Vendredi 31 mai 2013. 0h50
Par Xavier Houssin le lundi 3 juin 2013, 18:04
J’ai fait un marché rapide à Saint-Pair. Deux barquettes de fraises, une botte de radis ronds, une laitue rouge. Pas vu la camionnette de M. Levivier, le boucher d’Annoville. J’ai dû pousser jusqu’à Granville pour trouver le grenadin de veau du dîner. J’ai lu tout l’après-midi. Presque terminé le Pierre Vielletet, Oui j’ai connu des jours de grâce, un gros volume qui rassemble, chez Arléa, les sept livres qu’il y a publié. Es-tu lecteur de Veilletet ?, m’avait demandé Raphaëlle la semaine dernière. Je m’étais rappellé du Vin, leçon de choses, que j’avais découvert il y a bien vingt ans et de ce court chapitre où il parlait de remonter le temps. Veilletet était journaliste à Sud-Ouest. Il est mort en janvier dernier. J’ai été embrasser Georgette. Elle fait peine en ce moment. On la voit lutter à remonter le courant. Se laisser emporter à nouveau. Ca va tout doux, tout doux… Elle garde ses inquiétudes au secret dans son âme. Ses souvenirs aussi. Plus envie de les partager. Qui comprendrait vraiment ? Seul lui reste un présent lent et sans surprises. Pierre est passé à la maison. Il est à Carolles pour quelques jours. Après avoir fait pas mal de petits boulots, écrit des papiers cinéma sur des sites internet, traîné une thèse jamais achevée sur South Park, il vient d’être embauché à Canal + pour l’émission « Le Zapping ». En fait, il est veilleur. Il regarde la TV de longues heures à la recherche de séquences drôles ou étranges. Ces petits instants mis bout à bout forment une espèce de journal décalé. Jamais vu, je crois. Nous n’avons pas la TV. Nous ne la regardons qu’au hasard des chambres d’hôtel… Il m’a parlé de l’écriture d’un film qu’il veut réaliser. En 2010, il avait projeté à Carolles un premier court métrage d’une dizaine de minutes, Dans ces eaux-là. Une histoire comme rêvée, où une femme égare son enfant sur une plage. Et le retrouve des années après. On ignore tout de ce qui a bien pu se passer. Son projet d’aujourd’hui prend place dans le huis clos d’un taxi, le temps d’un long trajet. Je commence juste. Tu voudras bien me donner ton avis ? Nous sommes restés longtemps à bavarder. Noëlle a téléphoné, elle s’inquiétait un peu de ne pas voir revenir son fils. Il est encore chez toi ? Je suis allé chercher Amélie à la gare. Nous n’étions que trois à Granville à attendre le train.
Vendredi 31 mai 2013. 15h10.
Par Xavier Houssin le lundi 3 juin 2013, 18:04
Nous avons travaillé au jardin. Tondre, tailler, ramasser les feuilles et les brindilles dispersées par les vents de la semaine dernière. Il reste tant à faire.
mercredi 29 mai 2013
Mercredi 29 mai 2013. 12h30.
Par Xavier Houssin le mercredi 29 mai 2013, 23:23
J’ai fait un petit mot à Agathe. Son lapin d’appartement est mort à la fin de la semaine dernière. Ils l’ont enterré lundi dans leur jardin d’Epron. Jean-Pascal au téléphone m’a dit qu’elle avait eu vraiment un très gros chagrin. Je comprends. La mort d’un lapin ? L’an dernier au collège d’Orgerus où j’intervenais dans une classe de troisième, une gamine m’avait lu les larmes aux yeux le texte qu’elle avait écrit sur celle de son cochon d’Inde. Je devais avoir le même âge quand j’avais découvert de retour de vacances la tombe encore fraîche de mon chien Micky. C’est déchirant de sentir son enfance échapper et d’entrer ainsi dans le temps des souvenirs. Agathe en aura des tristes et des joyeux. Je lui souhaite qu’ils soient toujours beaux. Visite à Georgette. Elle était assise dans sa cuisine à guetter les oiseaux. Il n’en vient presque plus. Ni mésanges, ni pinsons. Les gros les chassent. C’est qu’elle a des choucas qui nichent tout près. Et sur le toit d’en face de lourds ramiers guettant le moindre bout de pain qu’elle jette. A la maison aussi en ce moment les petits passereaux cèdent la place. Plusieurs couples de merles nichent dans les haies. J’ai des geais accrochés aux mangeoires et même un grand corbeau (corvus corax) qui les dévaste. Il fait place nette. Je le reconnais à son moignon de patte qu’il traîne comme il peut. J’ai fait du bouillon de poule. Tu en veux ? Je me suis servi un verre de vin blanc.
Mercredi 29 mai 2013. 23h00.
Par Xavier Houssin le mercredi 29 mai 2013, 23:23
J’ai attaché les rosiers mis à bas avec le vent de la nuit. Derrière la maison, les Etoile de Hollande commencent juste à s’ouvrir. J’ai respiré le parfum longtemps, les yeux fermés. Tout le jardin de Senlis m’est revenu. J’ai fini par écrire mon papier sur Wakolda, le roman de Lucía Puenzo. Un texte étrange et inquiétant comme un cauchemar doucereux. Je m’en suis extirpé dans un drôle de malaise. Amélie a appelé en fin de journée. Elle arrive demain par le dernier train.
mardi 28 mai 2013
Mardi 28 mai 2013. 21h40.
Par Xavier Houssin le mardi 28 mai 2013, 22:14
Il a plu toute la matinée. De grosses gouttes plates qui ont creusé des flaques un peu partout dans la cour. Cela fait une semaine que j’aurais dû appeler Perigault à Angey pour le gravier. C’est le même que chez les Vasseur, route de la Croix-Paquerey. Un très fin gravier blond fait de minuscules éclats de granit. Je suis dépêché sous la pluie pour aller à la permanence infirmière. J’ai des analyses à faire pour un rendez-vous début juin à l’hôpital. C’est Isabelle qui était là. Nous avons bavardé du temps. Difficile d’échapper au sujet. Dehors, ça n’arrêtait pas. Vos résultats à partir de demain à la pharmacie de Jullouville. Sinon, vous allez bien ? Je suis repassé à la maison chercher le petit théâtre de marionnettes que j’ai fini de peindre hier (il faisait soleil…) pour le porter chez Virginie, la tapissière. Elle va m’installer des tringles et des rideaux. Rouge, bien sûr, pour le rideau de scène, noir, à pans, pour celui du fond. C’est Thierry Giffard qui l’a fabriqué. J’ai déjà les marionnettes. Je m’étais mis cette idée en tête depuis un moment. Camille, Victoria et Valentine seront à Carolles pour quelques jours au début de l’été. Et puis, il y aura Gabrielle. Et qui sait ?, bientôt, Apolline, ma filleule. Je suis passé voir Georgette. Hier soir, je la dérangeais. Elle regardait un documentaire sur les années 1930 à la télévision. Aujourd’hui, elle m’attendait plutôt. Elle est lasse. Fatiguée. Le printemps humide et froid y est pour beaucoup. Du coup, là aussi, la conversation a tourné autour de la météo. Et c’est bientôt la Saint-Médard ! Nous nous sommes récité le dicton : Quand il pleut à la Saint-Médard, il pleut quarante jours plus tard. A moins que saint Barnabé, ne lui coupe l’herbe sous le pied. La fête problématique tombe le 8 juin. Je devrais être à Paris à ce moment-là. J’ai déjeuné rapidement. Passé l’après-midi à relire Wakolda de Lucía Puenzo et à prendre des notes pour le papier. Florence me l’a « commandé » de manière un peu évasive. Il vaut mieux que je l’écrive afin de forcer un peu les choses. Comme toujours avec Puenzo, le livre est très troublant, très en lisière. Inquiétant même. Dans l’Argentine des années 1960, elle fait se rencontrer Josef Mengele en fuite avec une très jeune fille et sa famille. Mon exercice ne s’annonce pas simple. Je rédigerai demain.
Mardi 28 mai 2013. 15h10.
Par Xavier Houssin le mardi 28 mai 2013, 18:17
Cinquante-cinq jours de retard et d’oubli. J’ai compté. Je vais m’efforcer d'en reprendre des bribes. Mais le passé immédiat s'est déjà effacé.
Mardi 28 mai 2013. 13h00.
Par Xavier Houssin le mardi 28 mai 2013, 18:16
Nous sommes allés dîner samedi chez Monique et Jean-Marie. Je les avais croisés l’autre jour dans Carolles. Que deviens-tu ? On s’inquiétait. Tu ne tiens plus ton journal. C’est encore une fois vrai. Presque deux mois sans une ligne. Ce doit être ma quatrième ou cinquième longue lacune depuis que j’ai commencé à le rédiger en 2008. La dernière fois, c’était, je crois, en octobre. J’avais arrêté jusqu’en février. C’est toujours la même chose : je lâche sous le poids d’une lente fatigue et je tombe dans les jours sans pouvoir les retenir. S’il te plaît continue… Ils sont quelques-uns, comme ça, à me remettre dans la pente. Des gens que je connais bien. D’autres que je ne connais pas. Je reçois des petits mots, des encouragements. Perdre pied. Repartir. On y va, on y va…
Mardi 16 avril 2013. 20h40.
Par Xavier Houssin le mardi 28 mai 2013, 17:15
Nous sommes rentrés par Combourg. J’aurais bien aimé voir l’austère bâtisse des Mémoires d’outre-tombe que Chateaubriand décrit dans les souvenirs de ses dix ans. La voiture s’arrêta au pied du perron ; mon père vint au devant de nous. La réunion de la famille adoucit si fort son humeur pour le moment, qu’il nous fit la mine la plus gracieuse. Nous montâmes le perron ; nous pénétrâmes dans un vestibule sonore, à voûte ogive, et de ce vestibule dans une petite cour intérieure. De cette cour, nous entrâmes dans le bâtiment regardant au midi sur l’étang, et jointif des deux petites tours. Le château entier avait la figure d’un char à quatre roues. Nous nous trouvâmes de plain-pied dans une salle jadis appelée la salle des Gardes. Une fenêtre s’ouvrait à chacune de ses extrémités ; deux autres coupaient la ligne latérale. Pour agrandir ces quatre fenêtres, il avait fallu excaver des murs de huit à dix pieds d’épaisseur. Deux corridors à plan incliné, comme le corridor de la grande Pyramide, partaient des deux angles extérieurs de la salle et conduisaient aux petites tours. Un escalier, serpentant dans l’une de ces tours, établissait des relations entre la salle des Gardes et l’étage supérieur : tel était ce corps de logis. Celui de la façade de la grande et de la grosse tour, dominant le nord, du côté de la Cour Verte, se composait d’une espèce de dortoir carré et sombre, qui servait de cuisine ; il s’accroissait du vestibule, du perron et d’une chapelle. Au-dessus de ces pièces, était le salon des Archives, ou des Armoiries, ou des Oiseaux, ou des Chevaliers, ainsi nommé d’un plafond semé d’écussons coloriés et d’oiseaux peints. Les embrasures des fenêtres étroites et tréflées, étaient si profondes, qu’elles formaient des cabinets autour desquels régnait un banc de granit. Mêlez à cela, dans les diverses parties de l’édifice, des passages et des escaliers secrets, des cachots et des donjons, un labyrinthe de galeries couvertes et découvertes, des souterrains murés dont les ramifications étaient inconnues ; partout silence, obscurité et visage de pierre : voilà le château de Combourg. Mais il pleuvait sans discontinuer. Nous avons déjeuné dans un restaurant en bordure du lac. Rentrés sous des trombes d’eau. Petite éclaircie en arrivant vers Carolles. Le jardin était détrempé.
Mardi 16 avril 2013. 12h50.
Par Xavier Houssin le mardi 28 mai 2013, 17:14
Horizon bouché. Il tombait une petite pluie fine qui effaçait la mer et le ciel. Séance d’écriture pour cette seconde journée au collège. J’ai récolté le début de plusieurs histoires-fleuves, un poème sur la lune, des récits d’aventure. Il y en a un qui fait semblant de dormir. Puis qui s’ébroue. J’y arrive pas ! – Tu devrais essayer au calme chez toi…
Lundi 15 avril 2013. 22h30.
Par Xavier Houssin le mardi 28 mai 2013, 17:13
Amélie est venue avec moi à Saint-Malo. Nous avons réservé une chambre dans l’hôtel où elle a l’habitude de descendre pour le Festival Étonnants voyageurs. Moi, cela fait des années et des années que je ne suis pas venu par ici. Nous avons posé les bagages, fait quelques pas sur le Sillon. Marée basse. Je suis allé « reconnaître » le collège. Il est sur les hauteurs de la ville, entre le quartier de la Découverte, logements sociaux et zone pavillonaire triste, et de grandes et belles maisons XVIIe aux jardins clos de murs. J’avais rendez-vous après déjeuner. Amélie m’a déposé devant la grille. Bonjour au proviseur. Nous avons pris la rituelle tasse de café. Du sucre ? Vous voulez un biscuit ? Cette année, en plus du projet d’écriture à essayer de mener avec les élèves, je devais amener un livre qui m’était cher et tenter de leur expliquer pourquoi ce texte continuait de m’accompagner à travers les années. J’avais choisi (bien sûr) Alice de Lewis Carroll. Là aussi, Karine, leur professeur, m’avait averti. Quelques-uns ont vu le dessin animé. Mais pour la plupart, cela ne leur dit rien du tout. Nous nous sommes trouvés assez vite. Alice parle d’adolescence aussi. De changements brutaux, incompréhensibles. De langage codé. J’ai bien vu qu’il en était quelques-uns à qui le fameux passage du chapitre II (hier, les choses se passaient normalement. Je me demande si on m’a changée pendant la nuit…) évoquait vraiment quelque chose. Nous avons bavardé. Enfin, ils m’ont surtout écouté, dans cette lisière du regard des autres où il ne faut pas avoir l’air trop intéressé. Pas facile pour eux. Il y en a qui se débattent. D’autres qui depuis longtemps se sont laissé sombrer. Et toute cette masse qui flotte. Mais qu’est-ce que je peux faire ? J’ai repensé aux quatrièmes et aux troisièmes de David Rodrigues au collège Eugène Varlin au Havre en 2010. A Lobna qui avait écrit, tout en distance, la douloureuse histoire de sa mère, à Justine qui s’était inventé un conte d’une grande douceur et qui me répétait : Vous ne trouvez pas que c’est mieux qu’en vrai ? Nous avons regardé les photos que j’avais apportées : des paysages, des détails d’architecture, des objets, des animaux, des plantes. Qu’est-ce que ça vous évoque ? Qu’est-ce que vous pouvez y trouver qui vous ressemble ? La sonnerie les a éparpillés. Je suis rentré à l’hôtel à pied en longeant les bassins du port. Appelé Libé pour les billets d’avion de mon reportage sur Violaine Bérot. Aller et retour Paris-Toulouse le 26 dans la journée. Retrouvé Amélie. Je voulais aller sur la tombe de Chateaubriand au Grand Bé, mais la marée était haute. Impossible d’y accéder.
Dimanche 14 avril 2013. 21h20.
Par Xavier Houssin le mardi 28 mai 2013, 17:12
Françoise-Marie est d’accord pour un reportage sur Violaine Bérot dans les Pyrénées. Je devrais partir à la fin du mois. Content de renouer avec cette histoire ancienne. Entre 1995 et 2000, j’avais chroniqué ses livres (trois romans publiés chez Denoël et Zulma et un polar un peu grinçant aux éditions Baleine). Des textes d’une grande beauté lyrique, fièvreux, emportés. Et puis Violaine Bérot s’était tue. Je n’avais eu de ses nouvelles qu’au début de cette année par Lunatique, un éditeur de Mayenne, qui la publiait à nouveau. Une réédition et un nouveau titre, Pas moins que lui, où, à la première personne, elle racontait l’attente de Pénélope à Ithaque. Pendant son long silence (presque quinze ans) Violaine Bérot avait élevé des chèvres dans sa montagne des Pyrénées et vécu la vie libre dont elle avait toujours rêvé. Elle doit avoir quarante-cinq ans maintenant. Il faut que j’organise le voyage. Demain, je dois rencontrer des collégiens à Saint-Malo. Deux jours de suite. Je les vois un peu tard dans l’année, mais j’étais coincé ces mois derniers à cause de ma rechute et de mon traitement. On s’est parlé plusieurs fois au téléphone avec Karine, l’enseignante de français de cette classe de troisième. Elle m’a prévenu plusieurs fois : Ils ne lisent pas beaucoup, vous savez…
Mercredi 3 avril 2013. 20h20
Par Xavier Houssin le mardi 28 mai 2013, 15:15
J’ai reçu un mot d’Alain. Il ne sera pas chez lui, à Saint-Louis, pour le festival. Il part en Chine pour un mois et poussera jusqu’à Vladivostok. Il fait, comme ça, des voyages lointains tous les ans, avec ses trois francs, six sous. Il dort dans des hôtels un peu miteux, chez l’habitant ou dans sa voiture de location. En Chine et en Russie, j’ai peur que cela lui soit plus compliqué. Nous nous étions vus à l’été 2010. Il était passé à la maison pendant son petit tour de France annuel des amis au long cours. On s’est ratés ensuite. On se ratera encore cette année. Je n’irai pas à Saint-Louis de toute façon. Je suis trop fatigué. Préparé le questionnaire d’actualité pour mes cours à Censier: les aveux de Cahuzac, Henri Loyrette nommé à la tête du Louvre, Marilyn Manson choisi comme égérie de Saint Laurent pour sa nouvelle collection homme et Stéphanie de Monaco qui récupère les deux éléphantes tuberculeuses du parc de la Tête d’or de Lyon. Quelle salade… J’ai répondu aussi à Lucie, une étudiante de 2010 qui me donnait de ses nouvelles. Elle est en troisième année de licence... à Pékin.
Jeudi 4 avril 2013. 19h50.
Par Xavier Houssin le mardi 28 mai 2013, 15:15
Matinée à Censier. Séance à l’hôpital des Peupliers dans l’après-midi. Encore quatre fois et c’est fini. Pour l’herbier, dans la jachère du jardin Paul-Nizan, contre la rue de l’Industrie, j’ai cueilli un petit fraisier. Je pense que plutôt qu’un vrai fraisier des bois, il s’agit d’un fraisier d’Inde (Duchesnea indica), une variété décorative, à fleurs jaunes et aux fruits non comestibles, très envahissante. A la maison, comme je cherchais des renseignements dans mes livres de botanique, j’ai appris que cette plante qu’on appelle aussi fraisier des serpents ou fraisier des crapauds est utilisée en Asie dans le traitement des cancers.
Vendredi 5 avril 2013. 22h20.
Par Xavier Houssin le mardi 28 mai 2013, 15:15
Nous avons ramené à Carolles le petit crocodile acheté fin mars aux enchères sur internet. Je l’ai nettoyé, réparé les accidents, cassures et éraflures. Il a rejoint maintenant les habitants du couloir.
Samedi 6 avril 2013. 18h40.
Par Xavier Houssin le mardi 28 mai 2013, 15:15
Jean-Louis est venu passer la fraiseuse dans le potager. Le sol est ameubli, aéré. Parfait. Je ne sais pas comment nous nous serions débrouillés sans lui. Il nous avait déjà labouré le terrain cet hiver. Presque tout était en friche. Maintenant, il ne reste plus qu’à planter. Sauf que le temps n’y est pas. Ce matin, l’herbe était encore couverte de gelée blanche.
Lundi 1er avril 2013. 18h50.
Par Xavier Houssin le mardi 28 mai 2013, 15:14
Nous avons bien fait de prendre le premier train. Il était déjà presque plein au départ de Granville et est arrivé bondé à Paris. Ca a dû être dantesque dans l’après-midi… Amélie m’attendait à Montparnasse. J’ai embrassé Marie. Merci ma Chérie. C’était bien court. Elle a filé retrouver son appartement, son chat Beuys et sa jeune vie. J’ai posé mes affaires à l’appartement et nous avons été déjeuner au Cornichon, le restaurant de la rue Gassendi. Rognon de veau entier servi dans un beau bouillon et arrosé… d’eau plate. Je râle mais je m’y fais. N’empêche, à la table de derrière, Eric Neuhoff, lui, trinquait au côtes-du-rhône. A ta santé ! En sortant, nous sommes allés nous promener. Il faisait doux. Nous avons fait une grande boucle, du quartier Plaisance jusqu’au parc Montsouris. Petit tour de « mon » XIVe. Adolescent, je m’imaginais rue des Thermopyles. Dans cet arrondissement inconnu où j’étais né, je l’avais choisie à cause du nom, sur le plan, ne l’ayant jamais vue. C’est une rue d’immeubles bas et de maisons noyés sous la verdure. J’avais eu le hasard heureux. Mais je n’y ai jamais habité. Quoique l’appartement de la rue du Moulin-Vert que j’ai loué en 2005 ait été juste à-côté. Les pavillons de meulière et les ateliers d’artistes des ruelles qui partent de l’avenue Reille ou de la rue Emile Deutsch-de-la-Meurthe, j’en ai rêvé aussi. Mon Dieu, que j’ai habité d’endroits en rêve. Imaginé tant d’histoires et tant de gens. Laisse-moi rêver ma vie, avais-je dit à Patricia il y a longtemps, faisant le choix des regrets doux. J’ai tellement refusé sans bien m’en rendre compte, tellement attendu. J’ai bien fait, car voilà que maintenant toute ma vie me ressemble. Pourtant, parfois, je ne me reconnais plus. Au détour d’un miroir, je découvre ce vieil oiseau de cinquante-sept piges du Et… Basta ! de Léo Ferré, et la fragilité des années qui vient m’effraie et me désole. Nous sommes rentrés main dans la main par la rue d’Alembert et la rue Hallé. Là encore, les petites maisons, les villas aux jardins commençant à fleurir. Allons, le printemps est devant nous.
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