François, un des oncles d'Amélie nous a invité à dîner à Juan-les-Pins. Un restaurant en contrebas, tout au bord de l'eau. La mer avalait le couchant. Les découpes de L'Esterel s'effaçaient peu à peu. Etrange beauté sauvée d'un affreux entassement. Car juste au dessus de cette isola, les gens se bousculaient dans l'air chaud de friture et de crème solaire, dépenaillés, bruyants. Effrayants en un mot. Jérôme Bosch à la plage. Il a bien fallu ressortir à un moment... Emmanuel a pris pour revenir la route du cap d'Antibes. Un lent retour au calme. Dans la nuit, le phare de la Garoupe lançait ses deux éclats blancs.
samedi 2 août 2008
Samedi 2 août. 2h30
Par Xavier Houssin le samedi 2 août 2008, 18:52
Nous nous sommes levés dans la nuit pour dire au revoir à Virginie et Marcus. Et (surtout) aux filles. Toutes les trois, excitées, épuisées et ficelées, en pyjama, dans leurs sièges auto sur la banquette arrière. Ils ont un long trajet à faire jusqu'à lÎle-de-Ré. Arrivée prévue vers midi... Quand la voiture a disparu dans la descente de la maison, j'ai réalisé que nous ne reverrions probablement pas Marcus avant son retour au Mexique. Virginie et les petites, elles, devraient passer par Carolles avant de reprendre l'avion.
Vendredi 1er août 2008. 22h30
Par Xavier Houssin le samedi 2 août 2008, 17:39
J'ai lu la copie d'une lettre que l'arrière grand-père d'Amélie, Paul Jourdan, avait écrit à sa femme fin décembre 1915, la veille de l'attaque où il devait tomber. L'écriture est nette et serrée. Les mots sont impressionnants de sincérité, de douleur contenue, d'amour, de foi et de dignité. Mais le plus émouvant est sans doute que nous, presque un siècle après, nous connaissons l'issue. Nous, nous savons cet avenir et cette mort qu'il ne faisait, lui, que pressentir. Il repose quelque part dans un cimetière militaire du Haut-Rhin. Cette même année 1915, six mois avant, Georges Lapierre, le frère de mon grand-père Joseph, envoyait à sa mère un courrier dont les mots se ressemblent. J'offre ma vie à Dieu pour Joseph et sa famille. Et aussi pour la France. Il a été tué le 17 juin à Notre-Dame-de Lorette. Son corps gît, anonyme, dans un des ossuaires de cette immense nécropole où nous nous sommes rendus, un peu par hasard, avec Steven et Fiona en janvier dernier, parce que Leo voulait voir les champs de bataille de 14-18. Henri Demarcq, un autre de mes grands-oncles est mort aussi pendant la Grande guerre. Le frère aîné d'Angèle. Il a succombé à ses blessures en novembre 1916. Il est enterré à Morvillars, Territoire-de-Belfort. J'ai un portrait de lui en uniforme. Moustache à crocs et l'air fier devant l'objectif. Il tient un clairon à la main. Amélie m'en a montré un de Paul Jourdan, pris lors d'une permission. Il porte la tenue des chasseurs alpins. Lui aussi bombe le torse. En décor son jardin, avec des oliviers. Sur un second cliché, on le voit avec sa femme et ses deux filles. Je n'ai pas de photo de Georges et il n'a pas de tombe. Si vieux jeunes hommes. Paul Jourdan avait trente-deux ans, Georges Lapierre, vingt-sept, Henri Demarcq, quarante-et-un.
vendredi 1 août 2008
Jeudi 31 juillet. 23h00
Par Xavier Houssin le vendredi 1 août 2008, 10:21
Nous avons reçu un mail de Steven. Il vient d'obtenir le Miles Franklin, le plus important prix littéraire d'Australie. Ca fait un beau battage là-bas. J'imagine comme il doit être content. Du coup, j'ai pu enfin mettre un terme à mon silence presque total de bientôt huit mois. J'avais eu beau envoyer une ou deux cartes postales, je n'étais pas parvenu à donner normalement de nos nouvelles. J'avais repoussé sans cesse le moment de lui écrire. Là, ce n'était plus tenable. Amélie m'a tout traduit en quelques minutes. Comme d'habitude, je me noie dans la mer de larmes d'Alice.
J'ai eu Pascale au téléphone. On se voit à Paris la semaine prochaine. J'aurai avancé un peu plus dans mon travail. Je ne sais pas quoi en penser d'ailleurs. Comme si le texte ne se décollait pas de moi. Je n'ai aucun recul. Aucun.
Long dîner sur la terrasse à écouter des anecdotes de famille. Je n'en situe toujours pas très bien les protagonistes. Mais elles m'enchantent...
jeudi 31 juillet 2008
Mercredi 30 juillet. 22h40
Par Xavier Houssin le jeudi 31 juillet 2008, 09:30
Une balade à Grasse avec Virginie, Marcus et leurs filles. Quelques courses dans l'après-midi. Rêveries et bavardages. La journée s'est envolée comme un petit ballon gonflé à l'hélium dans un ciel tout bleu.
mercredi 30 juillet 2008
Mardi 29 juillet. 18h30
Par Xavier Houssin le mercredi 30 juillet 2008, 19:14
J'ai achevé en fin d'après-midi la préface du roman de Roger de Beauvoir. Il faut que je remercie Hélène et Daniel de m'avoir confié ce travail. Je connaissais juste cet auteur de nom. Quelques vagues souvenirs d'histoire littéraire où il apparaissait comme un personnage d'arrière-plan. Je crois que je n'avais jamais rien lu de lui. Ces Mystères de l'Ile-Saint-Louis, m'ont ramené très loin en arrière. Pour moi, comme pour beaucoup, le roman d'aventures XIXe a été la porte d'entrée à la vraie lecture. Celle qui vous happe. Celle qu'on dévore. Celle qu'on ne quitte pas et qui ne vous quitte plus. Les Trois mousquetaires de Dumas et leurs suites ont vraiment été pour moi des textes initiatiques. Je n'ai jamais cessé de les relire par bribes, avec le même bonheur. Cela me me procure, à chaque fois, une vraie exaltation, une douce mélancolie, une profonde joie. Le temps n'est jamais parvenu à carapaçonner mon émotion d'enfant aux dernière phrases du Vicomte de Bragelonne qui disent la mort de D'Artagnan: D’Artagnan essaya de se relever. On l’avait cru renversé sans blessures. Un cri terrible partit du groupe de ses officiers épouvantés : le maréchal était couvert de sang ; la pâleur de la mort montait lentement à son noble visage. Appuyé sur les bras qui, de toutes parts, se tendaient pour le recevoir, il put tourner une fois encore ses regards vers la place, et distinguer le drapeau blanc à la crête du bastion principal ; ses oreilles, déjà sourdes aux bruits de la vie, perçurent faiblement les roulements du tambour qui annonçaient la victoire. Alors serrant de sa main crispée le bâton brodé de fleurs de lis d’or, il abaissa vers lui ses yeux qui n’avaient plus la force de regarder au ciel, et il tomba en murmurant ces mots étranges, qui parurent aux soldats surpris autant de mots cabalistiques, mots qui avaient jadis représenté tant de choses sur la terre, et que nul, excepté ce mourant, ne comprenait plus : - Athos, Porthos, au revoir. – Aramis, à jamais, adieu ! Des quatre vaillants hommes dont nous avons raconté l’histoire, il ne restait plus qu’un seul corps : Dieu avait repris les âmes. Je pleure toujours. C'est que le livre est fini. Vraiment fini. Les Mystères de l'Ile-Saint-Louis m'ont fait retrouver, à neuf, des impressions enfouies de ces pages-là, mais également de celles du Capitaine Fracasse de Gautier, du Capitan de Zévaco. En jetant aussi quelques lignes biographiques sur Roger de Beauvoir, il m'a semblé que je l'arrachais un peu à l'oubli. Je compte avec sa vie maintenant. J'ai envie d'en apprendre davantage. Et de le partager. Mais, pour l'intant, l'exercice est clos. Je vais pouvoir reprendre mon livre. Je suis toujours aussi lent, tout m'en paraît si lourd. Pourtant, je me sens bien de travailler ici, dans cette maison de Magagnosc. Je m'y sens à l'abri. La fenêtre de mon bureau ouvre sur deux cyprès, chacun flanqués, à droite et à gauche, d'un olivier. Dans l'ouverture du paysage, entre les arbres, on aperçoit, sur la colline, une petite chapelle et quelques maisons perdues dans la verdure. Amélie est dans la piscine avec ses nièces. Les petites sautent dans l'eau, poussent des cris. La chaleur de la journée commence à décliner. A peine...
mardi 29 juillet 2008
Mardi 29 Juillet. 1h10
Par Xavier Houssin le mardi 29 juillet 2008, 01:23
Les gens défilent. La famille, les amis. Un verre chez les uns. Un déjeuner avec un autre. Un dîner avec d’autres encore. C’est plutôt bien. Je fais la planche. Pas bien sûr de savoir rendre toute cette affection. Mais pas envie non plus d’en laisser une seule miette.
Dimanche 27 Juillet. 22h50
Par Xavier Houssin le mardi 29 juillet 2008, 01:22
Le train pour Cannes était à 8h00. Nous avons dormi, côte à côte, dans le TGV, jusqu’à Avignon et fini le trajet les yeux un peu dans le vague. Juste réveillés par les derniers kilomètres, le long de l’Estérel, quand la voie suit la mer, en pleine carte postale. Cabotage d’été. Il faut que je m’amarine un peu. Jérôme était venu nous chercher. Sur ses épaules, Victoria faisait des signes à tout le monde. Dans la foule, on ne sait jamais.
Samedi 26 Juillet. 23h10
Par Xavier Houssin le mardi 29 juillet 2008, 01:21
J’ai abandonné la maison à Valérie et à ses fils avec ce sentiment bizarre qu’Amélie et moi n’en avions pas profité depuis la fin des travaux. Le tour était passé. Il va falloir se la réapproprier. J'ai compris vraiment ce que voulait dire l’expression « laisser les clés ». On passe du temps là-bas. Je ne sais toujours pas si on y habite… Dans le train du retour, j’ai relu Les Mystères de l’île Saint-Louis de Roger de Beauvoir, ce roman de cape et d’épée XIXe pour lequel Hélène m’a demandé une préface. Pris des notes. Beaucoup. Drôle d’exercice de style. J’ai peur que la rédaction soit un peu compliquée. Amélie m’attendait à Montparnasse. Elle avait retenu une table à La Robe et le palais, rue des Lavandières-Sainte-Opportune où nous avions rendez-vous avec Chris pour dîner. Nous nous y sommes tous retrouvés en avance. La carte des vins était étonnamment déserte. Pas d’arbois, pas de mâcon, pas de saint-véran, pas de crozes. Nous avons quand même fini par dénicher un côtes-du-rhône blanc assez correct. De toute façon, Chris ne boit pas grand-chose. Nous avons passé une soirée très amicale et discrète. Parlé de son colloque à Cerisy, de littérature sud-américaine (il est traducteur), de poésie (il sort son deuxième recueil bientôt). De Fiona et de Steven aussi. Cela fait six mois que je ne leur ai pas donné signe de vie. Je déteste les emails et la perspective d’une longue lettre à écrire en anglais, bardé de dictionnaires, m’effraie. La semaine prochaine, si Amélie veut bien m’aider…
samedi 26 juillet 2008
Vendredi 25 juillet. 16h00
Par Xavier Houssin le samedi 26 juillet 2008, 10:36
J’ai eu l’impression à la gare d’accompagner Marie pour un important départ. Un peu comme lorsque le train à Saint-Lazare l’avait emmenée pour Cherbourg et ses années des Beaux-Arts. J’avais photographié les lumières rouges du dernier wagon qui s’éloignait du quai. Comme une preuve tangible de ce moment. Où est ce cliché maintenant ? Là, pas d’appareil. On s’est fait un long au revoir de la main.
Je viens de terminer la mise en forme d’une interview pour le journal d’Hermès, il faut maintenant que je mette de l’ordre dans la maison. Nettoyer, ranger. Je la laisse pour deux semaines à Valérie et ses deux petits garçons. C’est important qu’elle soit habitée et qu’y résonnent toujours des cris d’enfants.
vendredi 25 juillet 2008
Jeudi 24 juillet. 23h40
Par Xavier Houssin le vendredi 25 juillet 2008, 00:14
J'ai eu Pascale au téléphone. Elle rentrait juste de ses îles grecques. Elle s'en va demain chez sa mère dans les Alpes et je sais que ça ne va pas être facile. On se retrouve à Paris début août. Où en sera mon malheureux livre? Il faudra alors que je lui en parle. Que je lui explique où j'en suis. Mais j'ai juste envie de prendre de ses nouvelles. De lui dire des miennes. Pas de deux tout en simple. Remonter doucement la petite boîte à musique de nos bavardages.
Marie part demain...
mercredi 23 juillet 2008
Mercredi 23 juillet. 23h50
Par Xavier Houssin le mercredi 23 juillet 2008, 23:51
Amélie m’a fait passer un mot de Chris Andrew. Une carte postale envoyée du Mont-Saint-Michel. Chris est venu en France pour un colloque à Cerisy. Il passe quelques jours encore chez des amis près de la rue de Charonne et repart en Australie le 2 août. C’est bête si on se rate. Tant de milliers de kilomètres et se retrouver si proches... Cerisy est à moins d'une heure de Carolles. Reste samedi à Paris. J’ai connu Chris par Fiona et Steven. J'ai beaucoup d'admiration pour lui. Universitaire francophile et lettré. Grand lecteur. Poète surtout, écrivant dans une dérision délicate. Histoire de peau fine. Il épluche à l’économe. Il travaille les transparences et la pulpe. J’espère que nous nous verrons. J'aimerais le revoir. J’aimerais qu’Amélie le connaisse.
J’ai repris le travail. Tout doucement. Tout doucement.
Mardi 22 juillet. 23h45
Par Xavier Houssin le mercredi 23 juillet 2008, 00:39
Noëlle et Pierre sont venus dîner à la maison. Nous devions nous retrouver à six avec je ne sais quels de leurs cousins. Finalement, ces derniers ont décommandé. Honnêtement, ça ne m'a pas vraiment navré. Nous avons passé une soirée en petites touches et en associations. Pierre et Marie se remémoraient leurs souvenirs de collège et de club de plage. Sans nostalgie. Juste avec cette tendresse qui reste, malgré les années passées. Noëlle et moi avons parlé peinture et composition. Elle nous a laissé en prêt, la semaine dernière, un panneau d’aquarelle de son grand-père, Jacques Simon, qui représente une scène de famille. Sa grand-mère coud. A sa gauche, Gaby, la tante de Noëlle, cheveux au carré des années trente, lit, attentive, appliquée. En bas, sa mère, toute petite fille blonde, joue avec sa sœur jumelle. Il émane de l'ensemble un inachevé triste. On attend, en suspens, ce qui va se passer. On croit entendre au loin, le vacarme d'un monde qui s'effondre. C'est la douceur arrêtée dans les pressentiments. Nous avons installé le tableau sur la commode. Il commence, en si peu de temps, à faire à ce point partie de notre décor que j’appréhende déjà le moment où il faudra lui rendre.
J’ai peu travaillé aujourd’hui. Je suis resté à tourner rond mes rêveries et mes vagabondages. Pochetron ou Diogène... Le petit poisson est mort dans la nuit
mardi 22 juillet 2008
Lundi 21 juillet. 23h50
Par Xavier Houssin le mardi 22 juillet 2008, 00:41
Marie m’a rejoint au train de 10h30. Elle passe quatre jours à Carolles. Nous avons traîné dans les courses. Acheté un nouveau poisson pour le tonneau de l’angle. Un bébé carpe, minuscule, tout blanc avec une tache rouge sombre sur la tête. Comme les lattes de la barrique continuent à libérer du tanin dans l’eau et en font une espèce de brouet aviné, Marie voulait l’appeler Pochetron, Moi Diogène. On s’est chamaillé un peu. Je crois qu’il gardera ses deux noms. Il va bien. Il frétille.
Dimanche 20 juillet. 22h40
Par Xavier Houssin le mardi 22 juillet 2008, 00:40
Dans une des deux chapelles latérales du petit ermitage de Saint-Germain est accroché un tableau représentant l’apparition de la Vierge de Guadalupe. L’œuvre (début XXe ?) n’est pas d’une grande facture, mais d’une extraordinaire fidélité. C’est le mot, et c’est tout. Dans le train du retour, je pensais à la cérémonie d’hier. A cette coïncidence, du Mexique à ici. Et aux coïncidences et aux apparitions.
Dimanche 20 juillet. 2h30
Par Xavier Houssin le mardi 22 juillet 2008, 00:39
Pas vraiment moyen de le dire autrement… Elles ont grandi, ces trois petites filles. Valentine, Victoria, Camille. Bientôt deux, quatre et huit ans. En 2007, à quelques jours près, nous rentrions de Mexico où nous les avions gardées pendant que Virginie et Marcus, étaient au Chili. C’est si troublant, en effet, ce mélange de progrès fulgurants, d’attitudes nouvelles, de caractères qui se creusent, qui s’installent. C’est si bouleversant, ces luttes intérieures, ces inquiétudes et ces émerveillements. Oui, d’accord, ça s’appelle grandir. Oui, d’accord, il n’y a sans doute pas moyen de le dire autrement...
Enfants, parents proches, cousins, amis, dont beaucoup étaient venus du Mexique, nous nous sommes tous retrouvés ce matin pour la messe à l’ermitage Saint-Germain, sur les hauteurs du lac d’Annecy. J’étais venu ici en 1993 à l’occasion d’un reportage sur la région dans Point de Vue. Mais je ne me souvenais que de la grisaille et de la pluie qui avaient balayé les lieux, les paysages. Aujourd’hui, il faisait un temps radieux. Ciel bleu de toile peinte. Le petit sanctuaire s’y découpait, fragile. Pendant l’office, nous avons partagé le frisson de la piété commune. Cet échardement doux qui parcourt l’émotion et lui donne étrangement son sens, sa signification. J’ai compris qu’il ne s’agissait pas d’une journée comme les autres. La réception était au château de Menthon. Sur la terrasse, dans le répit l’après-midi, j’ai demandé la main d’Amélie à son père.
dimanche 20 juillet 2008
Vendredi 18 juillet. 18h45
Par Xavier Houssin le dimanche 20 juillet 2008, 23:38
J’ai envoyé ma demande de bourse d’écriture au CNL de chez Buchet ce matin. Réponse en novembre ou décembre, à moins qu’ils me demandent de fournir des pièces supplémentaires. Je vais m’efforcer maintenant de plus y penser.
J’avais rendez-vous pour déjeuner avec Marie. Je l’ai emmenée chez Fernand, rue Guisarde. Elle a maintenant signé son contrat d’embauche dans sa galerie d’art. La veille, elle avait même visité un premier appartement, rue Milton, près de Notre-Dame-de-Lorette. Elle était enthousiaste. Le quartier, les commerces, la proximité d’avec son travail. Elle ne pouvait pas s’empêcher de s’y voir déjà. A l’écouter, moi aussi d’ailleurs. En fin d’après-midi, malheureusement, l’agence appelait pour lui dire qu’ils avaient choisi un autre locataire. Déception. Mais, c’est surtout moi qu’elle a rassuré : Ne t’inquiète pas, je trouverai quelque chose de bien.
Amélie m’a rejoint gare de Lyon. Depuis deux heures, nous sommes en route pour Annecy où nous retrouvons sa famille pour fêter les dix ans de mariage de Virginie et Marcus. Messe, déjeuner, soirée. Il va y avoir au moins quatre-vingt personnes. Je crois décidement que j’ai changé. Il n’y a pas si longtemps, j’aurais eu du mal à me départir d’un malaise diffus. Trois fois rien, un léger chiffonnage. Trop de gens. La peur de ne rien avoir à leur dire. Ici, je m’y rends le cœur simplement content. J’ai gardée intacte mon aptitude au bonheur. Je suis à son aune. Et à mon propre temps.
Jeudi 17 juillet. 22h45
Par Xavier Houssin le dimanche 20 juillet 2008, 23:33
J’ai mis un peu d’ordre. Donné un coup de balai. Changé l’eau des marguerites. Tiré les volets et fermé la porte à clef. Je reviens lundi après-midi avec Marie. Amélie était à l’arrivée du train. Nous avons dîné rue du Théâtre. Du courrier et des piles de livres de rentrée m’attendaient à l’appartement. Je n’ai même pas eu le courage d’y jeter un coup d’œil. Nous étions aussi fatigués l’un que l’autre. Nous nous sommes vite couchés et endormis presque aussi vite, sans presque nous en apercevoir, en continuant de nous raconter notre journée.
mercredi 16 juillet 2008
Mercredi 16 juillet. 23h00
Par Xavier Houssin le mercredi 16 juillet 2008, 23:10
Je me suis arrêté à la plage de la Fonderie ce matin en rentrant de la gare. Un endroit un peu triste, face à la route qui mène à l'hôpital. Encaissé, avec des villas fermées, des portails rouillés. Une bande de galets gris barrait le rivage. Il était à peine six heures et demie. J'ai marché un moment. Au jardin j’ai redressé les dahlias avec des tuteurs. Soigné un peu les rosiers. Je me suis mis au travail tout en incertitudes. J’avance en temps haché. Il est peut être encore un peu tôt, mais le texte bascule.
Mardi 15 juillet. 22h30
Par Xavier Houssin le mercredi 16 juillet 2008, 12:35
J’ai fini de remplir mon dossier de demande de bourse au CNL. Il me manque juste deux photocopies et il me reste à imprimer mon « projet ». Je ne pourrai le faire qu’à Paris. J’enverrai le tout à la fin de la semaine. Cela m’a fait étrange d’avoir à expliquer les grandes lignes d’un roman à venir alors que je me débats toujours dans le texte que je dois rendre à Pascale fin août. Amélie me dit que c’est bien d’avoir des projets. Elle a raison, je sais. Mais l’écriture au présent me tire tellement vers le passé… Je pense à ces quelques phrases d’une lettre de Flaubert à Schlésinger : Tout cela me plonge dans des abîmes de rêverie qui sentent le vieillard. On dit que le présent est trop rapide. Je trouve, moi, que c'est le passé qui nous dévore. Demain, Amélie prend le train de 6h00. La nuit sera courte.
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