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lundi 16 février 2009

Dimanche 15 février. 23h50

Jardinage... J'ai débarrassé la commode. Recouvert le marbre de torchons pliés en plusieurs épaisseurs. Nous avons passé la matinée à remplir de terreau des petits godets en plastique et à semer les graines qui doivent germer au chaud. Si tout prend et se met à grandir, cela risque de devenir impressionnant. Courge verte d'Alger, concombre Rawa, potimarron Kuri, potiron Atlantic géant, potiron Buttercup, aubergine de Florence, aubergine Mirabelle, tomate noire de Crimée, tomate Coeur de boeuf, tomate Zebra, tomate Marmande, tomate Crovanese, tomate Liberty bell, poivron Cherry, piment Fish et j'en passe. Il était midi quand nous nous sommes aperçus que nous n'avions même une salade pour le déjeuner. Nous avons fait le marché sous le métro aérien. Revenus cabas plein. Quand donc viendra le temps de nos pleines récoltes?

Samedi 14 février. 23h15

Ciel bleu et froid de glace. Je suis allé chercher des croissants. Je m'étais réveillé un peu terne. Le passage au dehors a tout revigoré. C'était Saint-Valentin. Une jeune fille au carrefour Commerce distribuait les prospectus des offres spéciales d'un magasin de lingerie. J'ai trouvé une botte de phlox blancs chez le fleuriste chinois de la rue Frémicourt. Je m'y étais pris trop tard pour passer une annonce dans le cahier spécial de Libération. Nous étions invités par Gilles à découvrir son banc d'huîtres de La Marlotte, rue du Cherche-Midi. Je vais finir par me faire à nouveau à l'endroit et mettre de côté tout son passé de palais de Dame Tartine. Les huîtres étaient superbes, le menetou parfait et Gilles charmant. Pas traîné cependant. Nous avions aujourd'hui un repas de famille. Jean-Pie, mon cousin (le fils d'Armand, frère de mon grand-père Joseph) et sa femme Brigitte nous recevaient chez eux près des Arts et Métiers. Il y avait aussi leur fils Jean-Baptiste qui a je ne sais jamais quel poste à l'université de Poitiers. Jean-Pie était éditeur au Seuil, Brigitte enseignait la philosophie. Je les avais rencontrés pour la première fois au moment de la sortie du 16 rue d'Avelghem. Le livre remuait alors quelques vieilles histoires. Nous avions déjeuné très plaisamment ensemble. Ne nous étions pas revus depuis. Leur appartement est au dernier étage d'un immeuble Eiffel, traversé d'un hallucinant escalier à volées multiples. Leurs fenêtres donnent sur les toits et le clocher de Saint-Nicolas-des-Champs. Nous avons passé un moment lent et agréable. Réapprentissage des nouvelles et de la relation. Au dessert, nous avons regardé de vieilles photos. Cherché des noms. Parlé de tirages à refaire... Nous sommes restés dans le quartier l'après-midi. Flâné longtemps vers Beaubourg et Saint-Eustache. Amélie voulait voir des laines à La Droguerie, pour un pull que Noëlle avait promis de lui tricoter. J'ai acheté un gros sac de terreau pour les semis potagers à faire à Paris. Nous sommes allés retrouver Mercedes qui signait son livre, elle aussi, chez Colette. Après la fermeture du magasin, comme la veille, ou presque, nous sommes partis avec la libraire dîner rue Vieille-du Temple, chez Anne, une amie de Mercedes. Je traînais mon terreau. Nous avons bu du champagne. Dans l'appartement trônait un énorme chartreux qui se pavanait d'aisance

Samedi 14 février. 1h45

J'étais invité vers midi par Claudine Castelnau à Fréquence Protestante, une radio installée dans le XVIIe près de la place saint-Ferdinand. Studio en sous-sol et ambiance bon enfant. Nous sommes restés à l'antenne presque une heure. L'émission était en direct. J'ai raconté à nouveau cette étrange coïncidence du livre de Pascale Roze, L'eau rouge que j'avais fini de lire pour Le Monde dans le train qui m'emmenait vers la mort de Maman. De cette époque et de ce décor communs. Du papier que j'avais écrit dans la nuit qui avait suivi. Et du courrier de cette lectrice du journal qui s'était révélée avoir été sous les ordres de ma mère en Indochine. Chronique des hasards nécessaires. J'ai rejoint Amélie qui déjeunait au J'go avec Géraldine. C'était bien de se retrouver ainsi du jour au lendemain. Je ne suis pas resté longtemps chez Buchet : je signais mon livre en fin d'après-midi, rue Rambuteau, aux Cahiers de Colette, la librairie de Colette Kerber. J'y étais arrivé un peu à l'avance et je discutais avec elle quand presque brusquement est entré un monde fou. J'ai reconnu des amis, des gens, des connaissances. Combien, Mon Dieu? J'ai oublié des prénoms au moment des dédicaces. J'étais ému. Je bafouillais. Amélie passait d'un groupe à l'autre. Ca parlait, ça riait. Le trottoir, devant la boutique, était encombré de fumeurs. Mon quart d'heure de célébrité a duré jusqu'à 21h30. Il ne restait plus rien à vendre. Nuit froide du dehors. Nous avons cherché un restaurant. Tout était complet dans le quartier. Joëlle et Bernard nous ont emmené dîner chez eux à La Chapelle. Il y avait Delphine de juste retour de Dehli, Marion et Jérôme. Nous avons bu du brouilly. Très bon. Vraiment très bon. J'ai regardé Amélie, en face de moi à table. J'étais content et soulagé.

Jeudi 12 février. 23h20

J'ai déjeuné avec Géraldine au Perron. Nous avons bavardé longtemps. De ses livres, bien sûr. Le développement des lignes d'Alain Veinstein que je vais proposer à Raphaëlle pour un papier au Monde si personne ne s'en est encore emparé, mais surtout de La solitude des nombres premiers, roman d'un italien que je connais pas et qu'elle a évoqué avec beaucoup d'émotion et de troublant enthousiasme. C'est une histoire d'enfance, d'adolescence et d'effrayante solitude. J'ai comme le sentiment que cela va me toucher... Nous avons parlé de Carolles, du mariage en mai, des travaux dans la maison et de la prochaine fois qu'ils y viendraient en famille. Géraldine et Vincent étaient les premiers à qui je l'avais prêtée l'été 2006. Leur fils Alexandre a cinq ans maintenant. Je pense souvent à lui, petit garçon qui récite des poèmes et qui a hâte d'écrire, remplissant des cahiers de lignes régulières que personne pour l'instant, à part lui, ne parvient à comprendre. Amélie est venue me chercher chez Buchet où j'avais continué l'après-midi mes investigations sur Gustave Lerouge. Nous étions invités à Issy-les-Moulineaux chez Anne-Laure et Damien, les parents de Géraldine (encore), la filleule d'Amélie. A douze ans, elle est l'aînée de quatre filles : Eugénie (10), Mathilde (6) et Justine (3). J'étais passé chez Chantelivres acheter des cadeaux. Nous avons passé un bon moment avec un album de la série Où est Charlie ? de Martin Handford. Rien à faire, je suis vraiment le dernier à apercevoir dans la foule le drôle de bonhomme en chandail rayé rouge et blanc. Moi, ce serait plutôt : Où sont mes lunettes ?

Mercredi 11 février. 23h00

Les cours à Censier. Chez Buchet, les premières esquisses de choix pour le Gustave Lerouge à paraître à l'automne. Dans le courrier, il y avait la lettre d'une dame, sans timbre, déposée à l'accueil. Cher Monsieur, permettez-moi, cher Xavier... Elle était écrite par une ancienne élève de ma mère. Une de ces jeunes adolescentes en uniforme (avec béret s'il vous plaît!), précisait-elle. Le temps remonte encore. Je dois y aller et je dois raconter. Quand commencer? Bientôt. J'ai retrouvé Amélie dans le Marais où elle accompagnait un auteur pour une signature. Jérôme l'avait rejointe. Nous avons bu un verre dans un bistrot à vins de la rue François-Miron. Il avait apporté son CV. Nous l'avons regardé ensemble. Ce serait bien qu'il retrouve vite un boulot.

vendredi 13 février 2009

Mardi 10 février. 22h20

Journée à Lille. Rencontres avec des journalistes, signature au Furet du Nord. Je suis arrivé à midi pile sous une vraie drache. J'ai dû attendre à l'abri que cela se calme pour patauger jusqu'à la place de la Déesse. J'aime Lillle parce que beaucoup de mes émotions s'y entassent, s'y rassemblent. Les souvenirs y font des strates que mon enfance traverse. Lors de mes vacances d'été à Roubaix, on m'emmenait peu ici. Mais à chaque fois, quelles sorties... Ma mère et moi prenions tôt le Mongy, place de la Liberté. Trajet en cliquetis électriques le long du Nouveau-Boulevard bordé de grandes propriétes, de hauts arbres, de verdure. A peine arrivés, nous commencions la visite. La bourse, le palais Rihour, l'hospice Comtesse, les Beaux-Arts où j'ai vu mes premiers Goya. Les jeunes et Les vieilles. Je ne suis pas revenu dans ce musée depuis une éternité. Je garde en mémoire une toile dont je ne saurai dire qui l'a peinte. c'est un paysage de campagne mangé de ciel avec un grand champ mûr bordant un chemin crayeux. Il y a un personnage de dos, déjà loin, qui tient en laisse un chien. Peinture XVIIe, XVIIIe? J'étais fasciné, enfant, par ce tableau. Sans doute voyais-je là mon décor de Senlis et l'orée vers Halatte. Je confonds les deux, en tout cas, à présent. Je suis allé déjeuner dans la rue Le Pelletier. Un potjevlech et un verre de bière brune. J'ai enchaîné quelques rendez-vous. Une vingtaine de personnes m'attendait au Furet à 17h00. Michel Paquot animait le débat. Il y a eu pas mal d'échanges avec les gens qui étaient là. Je suis certain maintenant que l'intime se partage. J'ai dédicacé quelques livres. José, cette incroyable lectrice que je connais du festival de Chambéry 2004 et qui suit partout les auteurs qu'elle aime était venue en voisine de Neuville-en Ferrain. Il y avait aussi Tanguy qui s'était arraché à son travail pour l'occasion. Je suis rentré nuit tombée sous une petite pluie fine. J'ai attrapé le train de justesse. Gare du Nord, Amélie m'avait fait la surprise. Elle m'attendait au bout du quai.

Lundi 9 février. 23h00

M. Lequertier, le marchand de journaux n'a pas reçu mes livres. Il râle gentiment. Ca n'est pas tous les jours! Il a réclamé des affiches et ma photo aussi pour accrocher dans son magasin. J'ai appelé chez Buchet. Tout arrivera demain. Nous avons traîné une journée mi studieuse, mi molle. Promenade à la plage. Le vent commence à souffler au sol, chassant le sable en raz bruissant. On attend une tempête. Nous avons accroché soigneusement les volets. Mme Bassard ira les rouvrir dès le retour du calme. J'ai regardé le vieux peuplier en face de la maison. Pourvu qu'il tienne le coup. Les branches des sapins s'agitaient déjà fort quand nous avons fermé la barrière.

mardi 10 février 2009

Dimanche 8 février. 22h15

Amélie, Jérôme et Marion ont insisté pour regarder la rediffusion du dimanche matin de La grande librairie sur France 5. J’ai essayé d’esquiver un peu. Mais difficile de se rater sur l’écran. Tu étais bien, non ? Mon image, mes gestes, mes mots. Pas certain. Hum, vraiment pas. Mais à quoi bon se défendre. L’important est ce qu’en voient les autres. Et je les crois. D’ailleurs cela tisse un étrange réseau. Après l’émission d’Alain Veinstein, quelqu’un m’a envoyé un message de Chine. J’ai eu un mot aussi d’un ancien condisciple de Senlis. Et d’autres encore. Ca me touche bien plus que je ne m’en dérobe. Je vais répondre. Bientôt.... Nous avons pris la voiture pour aller à Genêts. Je voulais montrer le Mont-Saint-Michel à Marion. Ce si près-si lointain qu’on lui découvre depuis le bec d’Andaine. Nous avons marché un peu en baie. Le luisant, les rivières. Le sable fin ridé, les bordures grises de la tangue et cette immensité. C’est mon paysage, j’y suis bien. J’ai raconté comment la mer gonfle les cours d'eau jusqu'à les déborder. Le danger de la brume. Les pêcheuses de coques englouties sous Tombelaine. Mon père aimait aussi faire le guide. Regardez, regardez disait-il en montrant le lointain, du sentier des douaniers qui borde la falaise. Affaire d'horizon et d'amers remarquables. Nous avons déjeuné tard. Gigot de pré-salé un rien avant saison. Jérôme et Marion ont pris le train du soir. Ca ne vous embête pas de dire au-revoir à Georgette ? Déjà ?, leur a-t-elle fait, dans ce serrement de coeur des petites visites. A la maison, nous nous sommes retrouvés dans un drôle de silence.

Samedi 7 février. 23h50

Pari presque gagné. Du ciel lavé et du soleil, mais aussi des rafales et des giboulées. Au marché de Granville, je me suis laissé prendre à ce presque printemps. D’autant que le potager vient d’être enfin labouré. J’ai acheté au maraîcher une quarantaine de plants de feuille de chêne et d’oignons blancs à repiquer. Sous abri, bien sûr, a-t-il lâché. Bien sûr, ai-je répliqué. Tu parles. J’ai filé à la jardinerie acheter un tunnel de forçage. Une bâche en plastique jaune à monter sur des piquets flexibles. L’après-midi, j’ai traîné tout le monde aux Fontenelles. Vous êtes sûrs de ne pas vouloir vous promener au bord de mer ? Il fallait remettre en place les rosiers déterrés et mis en jauge par les jardiniers, planter les groseilliers qui végétaient à l’ombre des bambous à la maison, installer définitivement le petit ginko, décapité par les garnements de l’été dernier et écrasé par la remorque de M. Jouenne à chaque livraison de bois. Pendant que je m’attelais à ces sauvetages, Jérôme passait la tondeuse dans les graminées sèches pour dégager le genêt, rabattait les framboisiers. Amélie et Marion se battaient avec le mode d’emploi de la serre à salades. A cinq heures, c’était fini. Georgette à qui nous racontions nos travaux n’a pas été avare de ses encouragements. Les jardins lui manquent. Elle nous a donné un calendrier de semis et de plantations pour les mois à venir. Ca tombe bien. La commande que nous avions faite chez Baumaux est arrivée. Un énorme carton de semences et de tubercules. Il faut commencer par les pommes de terre dans quinze jours ! Et les pois aussi ! Gare si l’on rate. Elle va être déçue. J’aimerais tant lui offrir un été envahi de légumes et de fleurs.

Vendredi 6 février 23h20

Marion et Jérôme sont venus à Carolles ce week-end. Je suis parti au premier train du matin avec Jérôme. Amélie et Marion nous ont rejoint avec celui de la fin d'après-midi. Jérôme était resté ici quatre jours en novembre 2007. La maison était alors éventrée de travaux. Les chambres envahies de cartons pas déballés. Le soir de son arrivée, deux canalisations d’eau s’étaient même rompues dans le chantier de la salle de bains. Il avait fallu appeler le plombier à minuit. Mais c’est à peine s’il s’en souvenait. Dans les parenthèses de notre voyage un peu somnolent, il m’a raconté son séjour comme une succession de balades ensoleillées et de plateaux de fruits de mer. Moi j’en gardais en mémoire un temps pluvieux et des nuits glacées. Chauffage indigent et draps humides. Comme quoi… Après deux grands cafés au Pirate nous sommes allés faire les courses. Tu vois qu’il fait beau ! Irréductible optimiste… Le ciel nuageux laissait au loin une minuscule bande d’éclaircie. J’ai fait le tour du jardin. Tout a beau être encore brûlé d’hiver, au sol, marron de feuilles, les premières jonquilles pointent sous le frêne. Le camélia est déjà en boutons. J’avais envie de dire merci. Nous avons déjeuné de quelques praires sautées et d’un petit bar au four. Au soir, côté météo, rien ne s’était dégagé. Le coucher de soleil s’est empâté de gris sombre. A quatre, près du feu, nous avons parié sur demain autour d’une poelée de saint-jacques aux pleurotes. Allez, on y croit. Ce sera froid sec et grand bleu…

lundi 9 février 2009

Jeudi 5 février. 23h10

J'ai enregistré avec Jean-Claude une courte rencontre autour de La mort de ma mère pour le site de Buchet. J'ai eu encore l'impression de ressasser. Je me répète sans cesse. Encore quelque chose que je n'écouterai pas. Ca a duré un quart d'heure. Nous sommes allés déjeuner ensemble ensuite. Jean-Claude voulait absolument aller chez Positano, rue Guisarde. Il en garde d'émouvants souvenirs des pizzas. Bah. Nous nous sommes retrouvés au coude à coude avec les tables d'à côté. Cliquetis de fourchettes et conversations énervées. Côté assiette, rien d'exceptionnel. Mais lui, ne tarissait pas d'éloges sur sa quatre-saisons dégoulinante de fromage. J'ai chipoté dans la parme et roquette. Deux cafés, l'addition. Je suis parti directement à l'enregistrement de Jeux d'Epreuves. J'avais amené Les cosmonautes au paradis de Tom McCarthy. Une aventure assez folle, à Prague, dans les années suivant la révolution de velours. Je n'aurais jamais lu cet auteur anglais si le site d'Hachette ne m'avait pas commandé une interview de lui le mois dernier. McCarthy a écrit une Tangled tale à la Lewis Carroll. C'est brillant, cultivé, drôle. Je vais faire un papier dans Le Monde. Dans le studio, j'étais avec Sabine, Alexis et Sébastien. Bonne compagnie. Nous nous sommes très courtoisement écoutés. A quelques détails près, nous étions d'accord. Retour chez Buchet. Amélie est passé me prendre pour aller au cocktail des 100 ans de La NRF. Beaucoup de beau linge littéraire rue Sébastien-Bottin. Beaucoup de gens connus, de connaissances et d'amis. Et beaucoup d'embrassades. Nous nous sommes échappés tôt. Amélie m'invitait à dîner pour la sortie en librairie de mon livre. J'avais choisi Le grand Venise, rue de la Convention. Un restaurant aux hauts rideaux toujours tirés, Mystérieux, intriguant, et où j'avais toujours eu envie d'aller depuis les années soixante-dix. Immenses bouquets de fleurs, décoration surchargée, personnel obséquieux. La clientèle était moyen-orientale et ostensiblement richissime. Etoles de vison, chevalières et grosses montres dorées. Des Mercedes noires avec chauffeur attendaient à l'extérieur. Que faisaient tous ces gens dans ce coin perdu du XVe? Nous avons passé une soirée surréaliste et drôle, toute en chuchotis et en coups de coude. Nous sommes rentrés à pied, égrenant les (jeunes) souvenirs de nos années ensemble et devant la mairie, nous nous sommes embrassés.

Mercredi 4 février. 22h20

Encore plus d'étudiants dans mon premier groupe. Je suis en retard pour le corrigé de leurs travaux. Allez, ça ira. Je dois juste m'organiser un peu. Fin d'après-midi chez Buchet. Quelques envois. J'ai commencé à travailler à la chronologie d'Anna de Noailles. La semaine prochaine je vais commencer à m'occuper de Gustave Lerouge. Je sens l'année tourner. Le temps passe vite à partir de février. J'ai retrouvé Nadine, Ariane et Frédérique au Sauvignon. Amélie nous a rejoint. Les bavardages se sont envahis de fatigue. Changement de saison. Dommage. Nous aurions bien fait durer la soirée.

Mercredi 4 février. 0h45

J'ai préparé rapidement mes cours pour les étudiants. Questionnaire d'actualité avec Libération, correction des travaux. J'en ai un impressionnant paquet à leur rendre. J'avais rendez-vous place Saint-Sulpice avec M. Martin, le conseiller bancaire qui s'occupe du peu d'argent que j'ai pu placer de mes indemnités de licenciement de Point de Vue en 2005. Je crois qu'il voulait que je transforme une partie de la somme en plan d'épargne retraite ou quelque chose du genre. Mon seul souci est de garder ces trois sous disponibles. Je ne sais tellement pas de quoi l'avenir proche sera fait... Il a eu beau s'efforcer d'être le plus pédagogue possible, comme d'habitude, je n'ai rien compris à ce qu'il m'a raconté. Je crois que je le sidère d'être si obtus. Bon, je lui fait confiance. Il va m'envoyer des papiers à signer. Comment vont les livres?, m'a-t-il dit. Chez Buchet, j'ai refait une nouvelle fois ma liste de préfaciers pour le Anna de Noailles. Je devais retrouver Marguerite au Sauvignon. C'était la première fois que je la revoyais depuis son départ pour Grasset. Au moment où elle avait quitté son poste d'assistante d'édition j'avais réalisé quel était son nom de famille (de Bengy). Je m'étais alors souvenu que j'étais avec un de Bengy au collège Saint-Vincent. Comme j'essaie en ce moment de me remettre au livre que j'avais abandonné à la mort de ma mère et qui évoque en partie ces années-là, j'avais plein de questions à lui poser. Nous avons aussi parlé d'autres choses. En fait, elle m'a surtout écouté. Amélie est passée me chercher. Nous étions invités à l'anniversaire de Jean-Claude. Petit groupe d'amis, beau paysage de nuit du haut de son pigeonnier aux Halles. Au fait, quel âge a-t-il?

vendredi 6 février 2009

Lundi 2 février. 21h45

Il a neigé sur Paris. Au réveil, la grande cour entre les immeubles était entièrement blanche. Les jardinières des fenêtres recouvertes. Dans la rue froide, la chaussée était déjà transformée en bouillasse glissante. Piétons piétinants dans le sorbet gris des trottoirs. J'avais rendez-vous avec Serge chez Zulma pour reparler un peu de mon portrait de Pascal Garnier et me mettre sur les rangs pour la venue prochaine à Paris de David Toscana. Je vais m'occuper en effet d'une partie des papiers Mexique au Monde. D'une double page au Pèlerin aussi. J'ai fait pas mal de propositions aux uns et aux autres, mais El ultimo lector, le roman de Toscana, auteur traduit pour la première fois en France, est un texte très à part, très étrange et magnifique sur les lisières des lectures. Je suis repassé par chez Buchet. J'ai envoyé mon livre à ceux qui y étaient cités. Par ordre d'entrée en scène... A Carolles : Mme Bassard, Mlle Verdé, M. Beltoise. A Granville : Isabelle, M. Guérin... Et puis à Georgette, à Anne-Christine et Francis, à Georges, à Annabelle. Reste René, mon parrain et Henri. Je vais devoir racheter à nouveau des exemplaires. Je n'en ai plus, ayant utilisé la grande part de ceux qui m'avaient été octroyés à des envois de politesse et de proximité, oh combien nécessaires. J'ai retrouvé Amélie tôt à la maison. Nous avons fait une dînette d'oeufs à la coque et nous nous sommes couchés tout épuisés d'hiver.

Dimanche 1er février 23h50

Amélie est rentrée transie de notre balade le long de la grève. Le vent coupant emportait ensemble le sable et la pluie fine. Nous nous sommes retrouvés trempés. La maison nous a semblé délicieusement chaude. Il restait de belles braises dans le feu. Nous avons rajouté des bûches. D’un bois de pommier dont M. Jouenne nous avait livré une corde le matin.

Samedi 31 janvier 2009. 22h45

Le maçon est venu dans la matinée prendre les mesures de la pièce dont il doit monter les cloisons. Coffrage, pose du parquet, il a promis que tout serait terminé en avril. Le ferronnier aussi a fait plein de promesses. La petite serre du koetsch sera finie au début du printemps. Restera l’électricité, la peinture. Après, la maison sera vraiment transformée. Nous sommes passés voir Georgette. Ses douleurs des mois derniers semblent oubliées. Pour son anniversaire, elle s’est offert un fauteuil bourré d’électronique, dont le dossier, les accoudoirs, l’assise sont modulables. Une occasion en or que Jean-Claude lui a déniché sur internet. Nous l’avons surprise sa télécommande à la main en pleine séance de monte et baisse.

Vendredi 30 janvier. 23h00

Georgette m’a appelé dans le train pour me confier tout un tas de courses d’épicerie au supermarché. J’ai fait le plein pour nous aussi. Les placards et le frigo sont vides. J’ai acheté un gros carrelet, des langoustines… Ciel clair, temps froid. Près des buis les perce-neige que j’ai plantés en novembre sont déjà sortis de terre. Tout le reste du jardin attend. J’ai ouvert le courrier. Déballé les caisses de viognier arrivées dans la semaine. Le maçon a coulé la dalle dans le garage. C’est la première chose que j’ai dite à Amélie en l’accueillant à la gare le soir.

jeudi 5 février 2009

Jeudi 29 janvier. 22h40

C'était la grève aujourd'hui. Les métros, les bus, tout devait être bloqué. Je devais aller en début d'après-midi quai André Citroën pour l'enregistrement de La grande librairie, l'émission de François Busnel sur France 5. Je suis parti très avant l'heure. En fait, les transports fonctionnaient sans problèmes et je me suis retrouvé sur place vraiment en avance. Je n'étais pas le seul. J'ai pris un café « en coulisses » avec Philippe Djian qui était invité pour Impardonnables chez Gallimard. Pascale, son attachée de presse, était avec lui. Il y avait aussi Simonetta Gregio dont le roman Les mains nues sort chez Stock en février, venue avec son éditrice, Capucine Ruat. Gwenaëlle accompagnait Chloé Delaume qui publie au Seuil Dans ma maison sous terre. Chloé Delaume, je l'avais découverte comme beaucoup en 2001 avec Le cri du sablier, ce livre terrible qui vous arrache l'enfance comme on enlève d'un coup la peau des lapins. J'ai toujours été troublé, à chaque texte, à chaque fois. C'est fascinant. C'est magnifique. Roman après roman, elle tient l'écriture de ses lambeaux, de ses désastres. J'étais vraiment ému de la rencontrer. Sur le plateau, tout s’est bien passé, du moins je crois. Télé, radio, interviews, quand il s’agit de moi, je suis frappé d’amnésie. Impossible de me souvenir des questions qu’on m’a posées. De ce que j’ai répondu. J'ai juste retenu que Joseph, interviewé dans le petit portrait qui m'était consacré, avait dit des choses bien élogieuses. La diffusion est prévue le jeudi 5 février, puis le dimanche suivant. Je regarderai. Je regarderai… Nous avons pris un verre avec l’équipe après le tournage. J’ai essayé de dire merci le moins maladroitement possible. Tous avaient été attentifs, présents, gentils... J’ai échangé quelques mots avec Chloé Delaune. Nous avons décidé de nous revoir. Pour parler de cette littérature de soi qui nous occupe tous les deux tellement. Et tellement différemment. Chez Buchet, les bureaux étaient presque déserts à cause de la grève. Claire m’a fait raconter l’après-midi. Du fond de son bureau Pascale m’a demandé : Ca allait ? - Oui, oui. J’ai fini d’annoter Les Innocentes, ou la Sagesse des femmes d’Anna de Noailles. Amélie a téléphoné. Nous nous sommes retrouvés au Sauvignon et nous avons mélangé nos deux journées.

lundi 2 février 2009

Mercredi 28 janvier. 23h00

Rentrée à Censier aujourd’hui. Les étudiants m’ont manqué. Un mois, haché d’une seule séance début janvier. Je les ai retrouvés bien plus nombreux qu’au précédent semestre. Comment vais-je me débrouiller avec eux ? J’avais prévu de les faire travailler en conférence de rédaction, mais dans mon premier groupe, ils dépassent la trentaine… N’empêche, comment dire ? Je suis assez content. Je leur ai fait rédiger un petit bilan de l'actu 2008 sur le mode de Je me souviens de Georges Perec. Perec? L'écrasante majorité d'entre eux ne savent pas qui il est. Deux, trois ont pu en dire quelque chose. Une seule a évoqué ses livres. W ou le souvenir d'enfance. La disparition... Mais de Je me souviens, pas un mot. Comme à chaque fois que cela m'arrive avec eux, j'ai l'impression de rater une marche. Badaboum. Comment les références, la culture, peuvent-elles bouger à ce point? A qui la faute? Tout le monde s'en fout, je crois. Mais je sens comme de mon devoir de, vite, jeter des ponts au dessus de ces fossés idiots. De réveiller la curiosité qu'on leur a fait laisser de côté. Il est tant et tant de textes qui peuvent enrichir leur imagination, leur émotion... Ce qu'ils m'ont rendu est d'ailleurs touchant et sincère. Sauront-ils se servir de leur sensibilité comme d'un outil? Au delà des techniques et des phrases apprises? Comment leur être utile? Oui, comment les aider? Ribambelle de points d'interrogation. Je reprendrai tout cela doucement la semaine prochaine. Je devais rejoindre Pascal Garnier au Lutétia. J'étais en avance. Gilles et ses barmen m'ont serré la main. Comment ça va M. Houssin? Ils se souviennent de mon nom avec constance. Ca fait plaisir. Il est loin loin pourtant le temps de ma superbe où, d'un rendez-vous à l'autre, je venais ici presque tous les soirs. Nous nous sommes installés, Pascal Garnier et moi, à une petite table à l'abri du bar. Lagavulin sans glace. Un verre d'eau à côté. Je l'ai embêté pas mal sur ses premières années, ses amours, le pourquoi de l'écriture. Quel écheveau embrouillé et quelle belle aventure. Toujours au bord de l'ennui, à réinventer sa vie. Nous nous sommes quittés un peu émus. Lui, de la crainte d'en avoir trop dit. Moi de celle d'avoir mal su l'écouter. J'espère que le portrait sera à la hauteur de la rencontre.

Mardi 27 janvier. 23h00

J’ai déjeuné avec Sabine à la Marlotte. Je ne suis plus très sûr d’aimer cet endroit. J’étais un habitué au temps où je travaillais à Point de Vue. Nous venions presque tous les jours avec Alain. Lucie, la patronne m’avait pris vraiment en affection. J’y adorais tout. La cuisine abondante et délicieuse : œufs cocotte, petit salé-lentilles, cervelles meunières. Le décor avec les portraits XVIII et XIXemes, les murs envahis de miroirs de toute taille, les banquettes profondes, les nappes un peu saumon. Je me souviens des prénoms des serveuses : Annie, Christelle… Lucie a vendu en 2002, je crois. Un premier repreneur a sinistré l’affaire. L’endroit a été repris par Gilles, le chef de la Bastide Odéon. C’est bien, c’est vraiment bien, mais j’attache ici trop de souvenirs douillets pour que la comparaison tienne. Jamais. C'est tant pis. Je n’ai pas embêté Sabine avec ces vieilles histoires. Nous avons parlé longuement du dernier roman de Serge Rezvani, Le dresseur, dont elle s'occupe au Cherche-Midi. Une histoire de domination trouble. Vraiment en rupture avec son œuvre. Je vais le lire vite. Dès aujourd'hui.

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