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lundi 23 mars 2009

Mardi 17 mars. 23h55

J’ai rédigé le questionnaire d’actualité pour les étudiants demain. La mort de Bashung, celle de Pierre Bourgeade, Dabadie sous la Coupole et Andy Warhol au Grand-Palais . Je suis parti au café de la mairie, place Saint-Sulpice. J’avais rendez-vous à nouveau avec le président du Cercle Anna de Noailles. J’ai attendu un moment. Personne. Nous nous étions déjà ratés une fois précédente. Cela commence à devenir compliqué : je dois règler vite mes problèmes de préface, car je viens enfin d’obtenir le feu vert pour la publication des Innocentes. Encore un titre de sauvé pour la collection. Je suis soulagé… C’était la nocturne au Salon. Longue soirée. J’ai été d’abord faire mes civilités et mes embrassades sur le stand de Buchet. Florence, Nathalie et Jérôme y ont fait depuis jeudi un extraordinaire travail de libraires. Ca c’est pas mal passé pour toi, m’a glissé Nathalie. Merci. Merci beaucoup. J’aimerais tant que ce livre circule. Qu’il soit lu, qu’il soit relu, qu’il vive. J’ai passé un moment au cocktail de Télérama, puis aux Inrockuptibles. Baguenaudé un peu au hasard pour finir par me réfugier chez Stock. Nous nous sommes juste croisés Amélie et moi. Après la fermeture, elle enchaînait un dîner avec les gens de L’Olivier. Quelle pitié qu’elle ne puisse pas conserver son poste d’attachée de presse là-bas. Elle n'en parle jamais, mais je sais que ça la navre. Marianne a ramassé ma solitude un peu errante au moment de la fermeture. Nous sommes allés dîner rue de Chambéry, près du parc Georges-Brassens, dans le restaurant qu’Hafed Benotman a ouvert avec Francine, « la femme de sa vie » qu’il a rencontrée et épousée en prison. C’est à Marianne que je dois d’avoir lu les textes d’Hafed chez Rivages. A l’époque, en 2006, il purgeait une peine à Fresnes pour je ne sais encore quel braquage. Francine se débrouillait comme elle pouvait. Je dirigeais les pages livres d’Epok…. Marianne m’avait rédigé un papier sur Poteaux de torture qu’il avait écrit dans sa cellule. De mon côté, j’avais longtemps traîné un projet de portrait pour Le Monde. L’article est sorti en 2008, à l’occasion de la publication de Marche de nuit sans lune. Les derniers clients partis, Hafed a baissé le rideau de fer. Nous sommes restés un moment à discuter. Cigarettes et vin rouge. Amélie venait de rentrer. J’ai trouvé un taxi en maraude rue de la Convention.

Mardi 17 mars. 1h30

Beaucoup de monde à Beaubourg. Le débat s’est poursuivi bien au-delà de l’horaire prévu. J’avais juste croisé Alberto Ruy-Sanchez au Salon samedi. Nous n’avions rien préparé ensemble, mais en quelques courtes questions nous sommes entrés comme en correspondance pour croiser son univers. Un étonnant Tout où se mêlent la prédestination, la fidélité à l’enfance, les élans créatifs, les sensations. Vocation d’écrivain. Chaque fois j’y pense… Les histoires s’écrivent dans l’écho des singularités et des similitudes. Il a parlé de ses premières années près du désert de Sonora, de sa grand mère fantasque qui emportait la vie entière dans une paraphrénie baroque, de ses obsessions religieuses, de sa jeunesse à Paris. Et puis de Mogador, son territoire sensible. Etre toujours le même n’avance à rien. Dans ce jeu de miroirs sans cesse déplacés où nous vivons, le sens de toutes choses se transforme à chaque instant ; nous flottons en permanence comme des poissons, dans l’humeur changeante des autres, nous peuplons les têtes troublées, les songes de ceux qui nous détestent ou nous désirent. Tout change, de nuit en nuit, dans les silences opaques qui nous rattachent les uns aux autres. Le public, capturé, captivé, l’écoutait avec une frémissante attention. Ca a été un beau moment. Francine, après la recontre, nous a emmené dîner, Alberto, Margarita, sa femme, Amélie et moi et une poignée d’amis. Nous avons pu ainsi continuer de tisser la soirée. Petits nœuds d’existence, larges points communs. Embrassades. Nous nous sommes promis de nous revoir. A Mexico d’abord. Mais quand ? On va s'écrire...

Lundi 16 mars. 16h10

J’ai mis la dernière main à ma rencontre de ce soir avec Alberto Ruy-Sanchez. Choisi les extraits des textes. Mis au propre mes notes. Francine à la BPI du Centre Pompidou voulait que l’on reçoive Carlos Fuentes. Je suis parvenu à la convaincre que ce n’était pas forcément le bon choix. Fuentes n’est plus qu’un « institutionnel » de la littérature mexicaine et je n’avais vraiment pas grand chose à lui demander. Pas sûr non plus qu’il en ait rien eu à dire. Le débat aurait été glacé. C’est Pascale, il y a longtemps, qui m’avait fait découvrir Ruy-Sanchez. Elle avait édité au Rocher Les visages de l’air, son premier livre traduit en français par Gabriel Iaculli, début d’une fresque ou d’un cycle sur Mogador, ville du sel et des rêves. Réinventée, reconstruite en arabesques. Cette ville devient avec lui un labyrinthe des sens. Chaque page est envahie d’une poésie charnelle et troublante. Bien loin du Mexique ? C’est paradoxalement le contraire. D’un côté l’autre de l’océan, les terres sont en miroir. Même eau. Même sable. Amélie est venue me rejoindre pour déjeuner. J’ai été acheter un paquet de fiches bristol pour mes questions. J’ai besoin de les écrire, de les recopier. Sinon, je suis perdu. Mes idées se dispersent, me quittent. Et c’est foutu.

dimanche 15 mars 2009

Dimanche 15 mars. 23h30

Fenêtre ouverte. Vent tourné. Ce sont les cloches de la messe de 11h00 à Saint-Jean-Baptiste-de-Grenelle qui nous réveillé. Une vraie grasse matinée de dimanche. Amélie est partie au Salon. Je suis resté à la maison. Toujours du travail en retard. J'ai écrit mon portrait de John Berger. Commencé à lire Traits pour traits de Brigitte Lozerec'h dont m'avait parlé Anny à Bruxelles. J'ai levé le nez, il faisait déjà nuit. La journée s'était éteinte doucement.

Samedi 14 mars. 22h45

Le Salon, toujours. Je signais mon livre en début d'après-midi. A côté de Mercedes d'abord. Puis de Caroline. J'ai vu pas mal de gens. De ceux que que je connaissais bien. Brigitte, Alain, dont sur le coup (j'ai eu honte), je n'arrivais plus à retrouver le prénom. De ceux aussi dont je n'avais plus de nouvelles depuis un moment. Jérôme, notamment, avec j'avais travaillé à Point de Vue et qu'il faut que je revoie, vraiment. J'ai été dire bonjour à Nadine chez Denoël. Il y avait là Sempé à qui j'ai bavardé. Nadine m'a présenté à Posy Simmonds qui vient de sortir chez eux Tamara Drewe, un roman dessiné qui a beaucoup à voir (très librement) avec Loin de la foule déchaînée de Thomas Hardy. Elle avait déjà réalisé un « album » de la même veine, à l'attache littéraire d'emblée plus explicite, Gemma Bovery. Ritournelles d'ennui où se débattent ses héroïnes, anglaises... Tout est d'une lucidité mordante, mais doux et attachant. J'ai pu lui dire. C'était important. J'ai récupéré Amélie sur le stand de L'Olivier. Nous avions prévu de dîner avec Delphine et Solveig. Nous nous sommes retrouvés rue Pierre-Leroux chez Guiseppe. Au calme. En connivence. Et c'était bien. Très très simplement.

Vendredi 13 mars. 23h40

Amélie est partie au Salon de bonne heure. J'ai lu Nous aurons toujours Paris d'Eric Faye chez Stock. Un livre d'errances intimes, de vagabondages personnels. On pourrait dire de souvenirs, en tout cas, de ceux qui enfoncent dans les broussailles. Celles qui griffent d'épines et de ronces du temps. Je l'ai ajouté à ma liste de propositions de papiers pour Le Monde. J'ai remis au propre mes notes pour mon portrait de John Berger. Commencé à préparer ma rencontre de lundi à Beaubourg avec Alberto Ruy-Sanchez. Je ne suis allé à mon tour au Salon qu'en milieu d'après-midi. Après un moment chez Buchet, j'ai été écouter l'hommage rendu à Beatrix Beck organisé par Valérie sur le stand du CNL. Il y avait là sa petite-fille, Béatrice Szapiro et Raphaël Sorin qui l'avait aidée à sortir de l'oubli en 1977 en la « re » publiant au Sagittaire. C'était très tendu et très tendre. Emouvant. L'intimité du moment a été un peu mise à mal par un concert, ou plutôt un beuglant, qui avait lieu dans la travée d'en face. Pas si grave. Tant pis. J'ai retrouvé Amélie. Elle devait accompagner Olivier Adam au journal du soir de France 3. Nous avons dîné ensemble, avant qu'elle ne l'embarque pour les studios, dans le même libanais qu'hier, avec Pierre et Elodie. Je suis resté avec eux un moment. Puis j'ai pris, à pied, le chemin de la maison. Dix minutes. A peine.

samedi 14 mars 2009

Vendredi 13 mars. 0h40

Je suis allé voir John Berger ce matin. Il habite Antony dans un pavillon en meulière, à un quart d'heure du centre, de l'autre côté de la RN20. Il partage son temps entre ce bout de banlieue et un petit village de Haute-Savoie. Nous avons parlé longtemps. Longtemps. Autour d'un café, d'un autre, puis d'un verre de vin. De son livre bien sûr, Un métier idéal. De sa patiente mise en place, de sa construction en reflets. De John Sassall surtout, ce médecin de campagne qu'il avait rencontré dans les années 1950, et dont la voix fait ici sans cesse chorus avec la sienne. Je ne supporte pas que l'on fasse quoi que ce soit près de mes yeux. Je pense que c'est là que je vis. Sous et derrière mes yeux. Cette phrase, John Berger, qui est aussi peintre, aurait pu la prononcer lui même. D'abord, le regard. Ensuite, les mots. Une combinaison de la reconnaissance à peine différée. D'abord. Ensuite... Nous avons évoqué bien d'autres choses. Il s'est trouvé entre nous une vraie connivence. Fondée sur de minuscules moments d'existence qui se répondent. J'ai compris pourquoi La Salamandre, dont il avait écrit le scénario et les dialogues, m'avait à ce point touché, trouvé. Comme s'il y avait une vivante adhérence des arrière plans, des textures. Un écho tout simplement. Nous aurons une belle journée, me dit du fond de la voiture mon compagnon de voyage. Oui ce sera une belle journée répéta tout bas mon coeur en adoration et il tressaillit de douce mélancolie et de joie. Cette phrase d'Heinrich Heine, début d'une plus longue citation, enchâssée dans le film, nous l'avons choisie pour notre faire-part de mariage. Je ne savais pas alors que je verrais John Berger. Amélie est son attachée de presse pour Un métier idéal et pour un autre livre qu'il publie simultanément à L'Olivier, De A à X. Elle lui avait demandé de nous le dédicacer dans la coïncidence des voyelles. Trois jours plus tard, nous recevions de lui un grand dessin. Notre premier cadeau en quelque sorte. Voilà, c'est cela. Avec Amélie je retrouve ma vie, la première, celle des émotions et des vocations, telle que je m'en suis éloigné il y a si longtemps. Lorsque nous nous sommes dit au-revoir, John Berger m'a dit : On se tutoie, non? C'est mieux de le faire avant la prochaine fois. Je suis reparti soulevé d'allégresse légère. Repris la ligne de Sceaux. Croix de Berny, Bourg-la-Reine, Bagneux, Gentilly. Des noms à remonter en très lointain passé. J'ai passé tant d'années à oublier. A ne pas faire attention. J'ai retrouvé Amélie au Wepler où elle déjeunait avec Martin, puis je suis parti au Salon du livre. Je voulais y être de bonne heure pour ne pas avoir à faire la queue à l'entrée de l'inauguration. Les stands n'étaient pas encore complètement installés. Je me suis baladé dans les travées encore presque vides. Croisé Christelle, Laurence. Rejoint Pascale chez Buchet où les libraires, Florence, Nathalie et Jérôme, mettaient une dernière main à l'agencement des tables. Encore un tour au calme avant l'heure de l'ouverture. Embrassé Brigitte, Agnès. Entr'aperçu Laurent dont la nouvelle traduction d'Alice sort bientôt au Livre de poche. Et puis, comme tous les ans, a commencé cette errance ballottée au hasard de la foule et des rencontres. Un verre, quelques mots, des embrassades. On se perd, on se retrouve. J'ai récupéré Amélie sur le tard. Nous avons continué ensemble nos divagations sur le salon. Nous sommes partis bien après la fermeture. Je tirais un peu des bords, fatigué de piétinements et de vin blanc. Nous sommes allés dîner tout près, rue de la Croix-Nivert, dans le restaurant libanais où nous étions allés, tiens l'année dernière...

vendredi 13 mars 2009

Mercredi 11 mars. 22h20

Les étudiants m'ont prévenu par texto, par mail. La fac est bloquée. Impossible d'entrer. Je n'ai donc pas fait cours aujourd'hui. J'en ai profité pour revenir tranquillement sur le livre de John Berger, Un métier idéal. Le Pèlerin a accepté un portrait autour de ce texte paru en Angleterre en 1967 et qui fait la chronique lente et réfléchie de l'activité d'un médecin de campagne au Pays de Galles. L'histoire s'écrit en mots et en images. Berger a appuyé sa narration à tout un récit photographique réalisé par Jean Mohr. Tout de suite le ton est donné : Les paysages peuvent être trompeurs. Un paysage semble parfois être moins un décor pour la vie de ses habitants qu'un rideau derrière lequel se déroulent leurs combats, leurs réussites et leurs malheurs. Je vois Berger demain chez lui en banlieue parisienne. Je suis très impressionné. Non pas que je connaisse bien son oeuvre, mais parce qu'il est l'auteur du scénario et des dialogues de La Salamandre, ce film d'Alain Tanner qui est, là aussi, images et mots, tout au centre de ma vie. J'ai rejoint Amélie au Sauvignon. Nous y avions rendez-vous avec Olivier et Alexandre. Ils allaient ensuite à la remise du prix Hennessy du meilleur journaliste littéraire 2008. J'espérais bien l'avoir cette année. Mais comme c'est Alexandre qui l'a obtenu, je suis bien moins déçu. Et même je suis content.

Mardi 10 mars. 23h00

J'ai déjeuné avec Anne au Perron. Elle m'a demandé des nouvelles. Bah, tout va bien. Sauf les sous. Enième constat de ces moments un peu inquiétants. Tout ce que je fais ne rapporte pas grand chose et le contrat d'Amélie aux éditions de L'Olivier s'arrête fin avril. Elle n'en dit rien, mais je sais que cela la désole. Elle se sent vraiment bien dans cette maison, où son travail est reconnu et apprécié. Mais, la crise... Les plans sociaux. Il n'y a pas moyen d'embaucher, paraît-il. Fragiles. Nous nous marions dans à peine deux mois et c'est compliqué de faire des projets. Je vais arrêter de geindre, ai-je dit à Anne. Il fallait parler d'autre chose et c'est ce que nous avons fait. Les publications de Léo Scheer, le Salon qui ouvre jeudi soir... Ca va aller. Ca va aller. Nous avons rejoint Aline et Sabine, deux tables plus loin, pour le café. J'ai fait un bout de conduite à Sabine qui rentrait au Cherche Midi. Passé chez Buchet. Attendu en vain le président du cercle Anna de Noailles avec qui je devais parler de la préface des Innocentes. Drôle de journée. J'ai retrouvé Amélie au Sauvignon. Nadine et Frédérique nous ont invités à leur table. C'était bien de sentir entourés.

Lundi 9 mars. 22h15

Je n'ai pas réussi à faire grand chose. J'ai essayé de ranger un peu mes papiers, factures, bulletins de paie, contrats... Comme à chaque fois que je me mets à cet exercice, je m'aperçois qu'il y a une quantité de choses que j'ai perdues. Ma vie administrative est dans un désordre épouvantable. J'ai remis le fatras en pile. On verra la prochaine fois. Amélie a appelé pour dire qu'Alexandre était persuadé d'avoir raté ses pâtes aux fruits de mer. Ca me paraissait pourtant simple, genre « la cuisine de placard » ou « la cuisine du congélateur ». Mais il suffit d'un rien. J'ai revu ma recette :

Pour quatre à six personnes,

- 2 sachets de pâtes fraîches (spaghettis ou linguines) vérifier les proportions en fonction des indications du fabriquant. - 2 sachets de fruits de mer surgelés (moules, anneaux de calamars, crevettes, etc) sans surimi surtout ! (On peut bien sur prendre des fruits de mer frais, c'est meilleur mais c'est plus cher et plus long à préparer et ça dépend du marché). - 1 gros oignon finement émincé. - 6 gousses d'ail. - 1 botte de basilic. - 1 botte de coriandre. - thym. - 1 boîte de pulpe de tomates (en prévoir une autre pour parer à toute éventualité). - 1 petit bocal de sauce arrabiata. - 1 verre de vin blanc. - coriandre moulue. - sel, poivre du moulin. - huile d'olive. - persil plat haché.

Laisser décongeler les fruits de mer, les mettre à feu moyen dans une sauteuse, un wok ou une poêle à large bord, les laisser rendre leur eau au maximum, bien égoutter (plusieurs fois au besoin). Faire revenir l'oignon émincé dans l'huile d'olive, quand il commence à quitter le blanc pour le roux, ajouter les fruits de mer dans la poêle. Vérifier qu'ils ne rendent plus du tout d'eau. Sinon égoutter encore. Eplucher l'ail. Enlever le germe. Couper les gousses en copeaux. Ajouter au fruits de mer. Verser la pulpe de tomates, mélanger doucement. Saler, poivre, saupoudrer largement de coriandre moulue. Monter le feu, le réduire aux premiers gros bouillons pour le laisser juste clapoter. Vérifier une première fois l'assaisonnement Ajouter le thym, le vin blanc Ajouter, grossièrement hachées, la botte de basilic et celle de coriandre Verser le contenu du bocal de sauce arrabiata Laisser reprendre les bouillons, vérifier encore l'assaisonnement Laisser réduire suffisamment pour que la sauce soit onctueuse mais plus du tout "flotteuse". Cuire les pâtes dans beaucoup d'eau salée, avec un filet d'huile d'olive, suivant les indications du fabriquant. Les égoutter. Verser les pâtes dans le plat de service. Verser un filet d'huile d'olive, poivrer, mélanger. Mélanger une partie de la sauce aux pâtes. Napper avec le reste. Saupoudrer de persil haché. Servir tout de suite. Garder au chaud pour resservir.

En fait, il faut être le nez toujours dedans...

A part des plats comme celui-là, je ne fais plus beaucoup la cuisine. Il n'y a guère de place à la maison. Amélie m'avait fait remarquer l'autre jour que les plaques de cuisson étaient recouvertes par des piles de livres. C'est tout qu'il faut ranger. Pas seulement mes documents.

Dimanche 8 mars. 22h30

C'était le dernier jour. Nous sommes allés déposer les valises à la consigne automatique de la gare du midi. Josyane a appelé un quart d'heure après notre arrivée à la Foire. Nous sommes allés prendre un café et avons écrit ensemble un petit paquet de cartes postales croisées. Kerenn nous a invités à déjeuner. On se voit une fois par an tous les deux. A Paris ou a Bruxelles. Elle pige un peu partout, elle se démène, elle est courageuse. Là, elle a des responsabilités dans l'organisation de la Foire. Ce serait bien que le vent tourne un peu. Amélie attendait Véronique Ovaldé qui devait signer Et mon coeur transparent chez Filigranes. Véronique nous a rejoints au moment du café. Sur le stand, je suis tombé sur le père de Martin qui m'a gentiment demandé de dédicacer mon livre. Heures de dimanche. Le temps a passé vite. Nous avons fait nos adieux. J'ai été embrasser Lucie. La remercier encore pour le papier qu'elle m'avait consacré dans Le Soir. A la maison, nous avons eu du mal à rentrer. L'entrée était bloquée par les paquets que la concierge avait déposés pendant le week-end. Parmi eux, il y avait les épreuves du dernier Jean-Pierre Otte, La vie amoureuse des fleurs dont on fait les parfums que j'avais demandées à Marie-Laure. Texte court. Je l'ai lu avant de me coucher.

Samedi 7 mars. 23h00

Nous restés à la Foire toute la matinée. Amélie m'a offert un joli petit livre des éditions de l'Esperluète : Le Dodo de Lewis Carroll d'Eddy Devolder, illustré par Kiki Crèvecoeur. Il ne faut pas trop compter sur le révérend Charles Ludwige Dodgson. C'est un drôle d'oiseau. Ma « bibliothèque carollienne » commence à être vraiment fournie. Depuis 1976 et le premier Alice bilingue chez Aubier-Flammarion, je n'ai pas cessé d'acheter des volumes. Une espèce de collectionnite de dévotion. Tout est à Carolles, en désordre. Nous sommes allés embrasser Jeannine que j'ai trouvée lasse. Elle va sur ses quatre-vingt-quatre ans. Je crois qu'elle accuse un peu le coup de son incessant travail pour sa Fondation Maurice Carême. Son poète est maintenant traduit dans toutes les langues. Ce qui m'inquiète, dit-elle, c'est après. Quand je ne serai plus là. Plein de petits bonjours et d'à bientôt sur les stands. Nous sommes partis déjeuner « dans le centre » Aux Armes de Bruxelles, nous avons croisé Diane qui sortait de table avec Harlan Coben. Cassolette de petits gris de Namur. Boulettes de veau sauce aux oignons. Quelques verres de Moselle. En sortant, nous avons été visiter la très belle et très étrange exposition DeKadence à l'hôtel de ville. Ce sont les oeuvres des artistes tchèques entre 1880 et 1914. Des peintures, des dessins, qui sont autant de compositions romantiques, morbides, obsédées, angoissées. On y voit plein de diables, de magnifiques et d'affreux anges, d'inquiétantes figures de l'au-delà. Trois courses en sortant et retour à l'hôtel pour déposer les paquets. Nous étions attendus à La Hulpe, chez Victoire et Bruno, les cousins « américano-belges » d'Amélie. Une demi-heure de train à partir de la gare centrale. Ils étaient venus nous chercher. Elle enseigne l'économie dans une école secondaire assez chic de la grande ceinture bruxelloise, lui, je ne sais plus quelle science exacte à l'université de Louvain-la-Neuve. Nous avons été reçus en famille avec leurs quatre enfants. Le plus grand, Marc, a vingt ans. La benjamine, Valentine, douze... Au milieu, deux garçons : Philip et Jack. La famille... Elle a alimenté la moitié de la conversation. Nouvelles des uns, des autres. Je commence juste à me repérer dans cette tribu protéïforme. Et à ne pas m'y sentir trop étranger. En rentrant, dans le courrier électronique, il y avait un message d'Alexandre. Il voulait la recette des pâtes aux fruits de mer qu'il avait mangées à la maison. Amélie lisait. J'ai fait de mon mieux pour rassembler mes idées et je lui ai envoyé avant de me coucher.

mercredi 11 mars 2009

Vendredi 6 mars. 22h30

J'étais invité sur d'Arte pour 50° Nord. Sur le plateau, avec moi, il y avait un comédien, deux artistes de cirque. C'était « gai », comme disent les Belges. Evident, spontané. Eric Russon, le présentateur, les chroniqueurs, l'équipe, tous ont été charmants. En sortant de l'enregistrement, sur l'esplanade du Flagey il faisait un soleil éblouissant. Je faisais quelques pas avec Edith, l'assistante de l'émission, quand un grand type est venu vers moi précipitamment : Je suis un vrai fan, m'a-t-il dit enthousiaste. Et depuis le début. J'ai eu le droit à quelques bordées de compliments qui m'ont laissé sans voix encore quand il a ajouté : J'ai adoré votre dernier album. Il m'avait étrangement pris pour Philippe Katerine. Petite leçon d'humilité (je commençais à le croire...). On a bien ri. J'ai déjeuné à toute vitesse avant mon autre rendez-vous de la journée. J'avais vingt minutes de conversation sur Radio Judaïca avec Michèle Weinstock. Ambiance feutrée, attentive. J'en suis sorti assez troublé des questions qu'elle m'avait posées sur La mort de ma mère. Ce texte me dévoile tellement. Je ne m'étais pas rendu compte d'avoir livré autant. J'ai remonté jusqu'à l'avenue Louise et pris un taxi jusqu'à la Foire. J'y étais attendu pour une séance de signatures sur le stand de Filigranes. Marc, le patron de la librairie a été plus qu'accueillant. Petit café et livre d'or. Je suis resté deux bonnes heures sur ma chaise à regarder passer les gens. Dédicacé une dizaine de livres. A des amis surtout. Pendant tout ce temps, j'étais installé à côte de José-Alain Fralon, l'ancien correspondant du Monde en Belgique. Nous avons parlé du journal et, de fil en aiguille, décidé de téléphoner à Josyane. Je crois qu'elle vient... En fait elle animait un débat le dimanche. On se retrouve ensemble après-demain? J'ai vu aussi Mathias qui venait pour Zone, son extraordinaire roman. Lui non plus n'a pas signé grand chose, mais il continuait ensuite chez Actes Sud, son éditeur. Nous avons bu quelques verres en se disant qu'il faudrait qu'on se voie plus longtemps. Une autre fois... Laurent Gaudé avait obtenu un prix. Il y avait un cocktail. Je ne suis pas resté. J'ai filé à l'hôtel. Amélie m'y attendait.

Vendredi 6 mars. 1h10

C'est étrange, chaque fois que je pars pour Bruxelles, j'ai l'impression de « rentrer ». Je ne connais pas tant de monde que cela là-bas. Je ne retrouve pas toujours mon chemin dans la ville, je n'y ai pas de vraies habitudes. Pourtant je m'y sens bien. Mieux que bien : au calme. J'ai juste déposé mes bagages à l'hôtel et je suis allé tout de suite à la Foire du livre. L'inauguration avait eu lieu hier. Ce soir, c'était nocturne. Cela fait plusieurs années que la manifestation est installée à Tour & Taxis. C'est un ancien site industriel bâti en brique et en pierre bleue au XIXe siècle, avec une architecture de créneaux et de tourelles. L'ensemble est gigantesque, encore en cours de restauration. J'avais connu cet endroit en 1991 ou 1992 quand il était encore totalement à l'abandon. Lysiane D'Haeyère y squattait un local pour ses éditions des Eperonniers. J'ai été dire bonsoir aux uns et aux autres. Et surtout embrasser Astrid et Muriel. J'ai retrouvé aussi Anny qui accompagnait ici ses auteurs de Belfond. Nous avons fait ensemble le tour des stands. Discuté longuement avec Luc Pire, toujours plein de projets. Il y avait un dîner, mais cela semblait bien compliqué de se faire inviter. Nous avons préféré aller à la Taverne du passage où nous avons parlé de livres au dessus de nos assiettes. Evidemment.

Mercredi 4 mars. 23h50

Ambiance d'AG et de grève à Censier. Je n'ai jamais les mêmes étudiants en ce moment. Ce n'est pas facile pour avancer les cours. Ca ne doit pas être facile pour eux non plus. Deux ou trois m'ont encore demandé des conseils pour leur avenir. Il y a un moment où je ne sais même plus quoi répondre. Tout semble tellement bouché. Le mois prochain, je dois animer une rencontre sur « les métiers journalistiques et de l'écrit », je me demande ce que je vais bien pouvoir leur dire... Chez Buchet, j'ai rédigé les grandes lignes de la chronologie d'Anna de Noailles. Envoyé les premiers exemplaires de Douce Lumière de Marguerite Audoux qui vient de sortir. Amélie est passée me chercher. Nous avions réservé des places pour écouter Dick Annegarn à la Boule noire. Je n'étais jamais allé dans cette petite salle un peu déglingue du boulevard Rochechouart. Nous étions assis au premier rang, le nez sur la scène. Le concert, le tour de chant plutôt, a été émouvant. Simple. Joyeux aussi. Cela fait longtemps que ses textes tournicotent dans ma tête. Des ritournelles qui trouvent à chaque fois un ancrage sensible dans des moments qu'on croirait sans importance. C'est trois fois rien et ça marche à chaque coup. Des histoires de jardins : Sacré géranium, tu sens bon la terre... De temps suspendu : Qu'est-ce que je suis venu faire ici/ entre deux vacances/ un dimanche après-midi/ à Coutances. Il a chanté Bruxelles. Attends-moi j'arrive/ Bientôt, je prends la dérive/ Paris, je te laisse/ Mon lit. J'y pars demain pour la Foire du livre. Amélie me rejoint vendredi.

lundi 9 mars 2009

Mardi 3 mars. 23h00

J'ai retrouvé Karine pour déjeuner à La Marlotte. Je me bagarre vraiment avec le passé dans cet endroit. Le restaurant n'est plus tout à fait le même depuis le départ de Lucie, mais je me sens ridicule à m'arcbouter ainsi à mes souvenirs et à ne pas vouloir les trahir. D'autant que Gilles qui a repris l'affaire, en plus de sa Bastide Odéon, est quelqu'un de généreux et de sensible. On s'entend bien. Et puis ça fait sept ans maintenant, tout cela. Et puis, est-ce si important... N'empêche, je traverse une période saumâtre où la nostalgie se mêle à la crainte de l'avenir et fait un touillis dans lequel je patauge. Je me suis un peu épanché auprès de Karine. Elle a été patiente. Comme toujours. C'est que je lui en ai raconté bien d'autres. Va savoir pourquoi. Là encore, c'est une affaire de temps qui passe. On se connaît depuis... oh, la la. Son fils Roméo va bientôt avoir neuf ans. Sa fille Nina, trois. Nous avons parlé du livre de Maud Lethielleux, Dis oui, Ninon qui sort demain chez Stock. Ca devrait te plaire. Une histoire d'enfance? Il y a des chances qu'elle ait raison. J'ai pris un taxi jusqu'à la maison de la radio. J'étais juste à l'heure. Colette Fellous m'avait invité pour parler de La mort de ma mère à Carnet nomade. Une belle émission. J'avais écouté celle de dimanche dernier sur Oxford. J'y étais en 1998, l'année du centenaire de la mort de Lewis Carroll. L'enregistrement s'est déroulé très doucement, très intimement. Collette Fellous est un bel écrivain des soubresauts de la mémoire. Rosa Gallica, son texte paru à la fin des années 1980, parlait de sa mère, justement. Je suis passé par chez Buchet. Laissé un nouveau message au préfacier que je voudrais pour le Anna de Noailles. Pascale m'a invité à prendre un verre à La Perle. Amélie accompagnait encore une fois un auteur à la TV. J'ai un peu traîné pour rentrer.

Lundi 2 mars. 23h00

J’ai dû annuler mon déjeuner avec Sophie. Il me restait deux papiers à terminer. Je devais tout envoyer à Florence aujourd’hui. Finie ma parenthèse de littérature mexicaine. J’ai pensé à Marion et à Jérôme qui doivent justement s’envoler pour Mexico cette semaine. Tous ces livres que j’ai lus m’auront permis de tresser mot à mot mes souvenirs de là-bas. De m’en réinventer les paysages. Amélie est rentrée bourdonnante d’une journée compliquée. Elle était fatiguée. Nous avons débouché une bouteille de viognier. Deux œufs à la coque de chez Marie-Thérèse. Une salade de mâche du maraîcher d’Yquelon. Nous nous sommes couchés tôt.

Dimanche 1er mars. 23h50

J’ai continué mes papiers mexicains toute la journée. Amélie lisait des épreuves près du feu. J’ai quitté le bureau pour travailler à côté d’elle. Après le déjeuner s’est installée comme une imperceptible angoisse de dimanche. La foire du livre de Bruxelles, le salon de Paris, celui de Bondues : nous ne revenons pas ici avant trois semaines. Nous sommes juste sortis pour dire au revoir à Georgette. Elle disputait une énième partie de Rummikub avec Mlle Verdé (elle a presque abandonné le Scrabble...). Nous sommes restés un instant à peine. Donnez-moi des nouvelles… En début de soirée, Fabien est venu nous chercher pour nous accompagner à la gare. La voiture va rester dans le jardin. Je ne me voyais pas la laisser sur le parking à Granville aussi longtemps.

dimanche 8 mars 2009

Samedi 28 février. 22h30

Grand beau temps. Le vent soufflait très très haut, poussant les nuages à toute allure. Je suis resté un moment le nez en l'air à les regarder passer, changer de forme, se dévorer, s'effilocher. Souvenirs de ciels d'enfance. Qu'aimes-tu donc ? - Les nuages, les merveilleux nuages... J'ai rédigé le papier sur L'île aux fous, plus une brève sur Le coq d'or de Juan Rulfo dans « L'Imaginaire ». Rangé un peu la maison. Amélie était partie faire des courses à Granville. Elle est revenue du marché avec deux petits homards. Une folie. J’ai battu une crémade verte, ciboulette, persil et câpres, relevée de gingembre. Nous avons déjeuné sur le terrasse. Premier repas dans le jardin de l’année. Il faisait vraiment doux. Tu ne crois pas qu’on devrait en profiter pour aller au potager ? – Tu as raison, je travaillerai demain. Aux Fontenelles, nous avons planté les pommes de terre (vitelotte, corne de gatte, œil de perdrix), des topinambours, des oignons rouges et des oignons paille, des échalottes. Buter, ratisser, arracher au vite le chiendent qui commence à repousser. Vous n’avez pas arrosé au moins ?, a demandé Georgette. Si, à peine. Juste deux rangs. Avant que je ne réalise qu’il pouvait encore geler…

samedi 28 février 2009

Vendredi 27 février.23h50

Le wagon état rempli de scouts qui allaient au Mont-Saint-Michel. Des garçons et des filles. J'ai essayé de travailler dans le brouhaha de leurs conversations agitées. Peine perdue. J'ai été vite distrait. Une phrase. Des rires. Une histoire échappée. Je me suis réfugié dans la contemplation du paysage brumeux. Je suis parvenu quand même à terminer la lecture de L’Ile aux fous d'Ana García Bergua au Mercure de France. Etonnant roman. Il est la réécriture, la réinvention particulière d'événements tragiques survenus au début du XXe siècle sur l'île de Clipperton. Une petite garnison militaire, avec femmes et enfants, avait été envoyée là-bas par le Mexique qui revendiquait cette terre perdue du Pacifique. Presque tous avaient péri. Leur pays les ayant complètement « oubliés » pendant sa révolution. Le livre commence avec le sauvetage des rares survivants par un navire de guerre américain en 1917. C'est empli de terreur et d'étrange. D'effrayante tendresse. Une chronique des remords. De la fatalité. J'en ai été tout envahi. A Carolles, M. Giffard travaillait dans la maison. La nouvelle chambre est presque finie. Il a remis d'aplomb la porte du garage. Elle en avait besoin. Je suis allé faire les courses au village. Du pain, deux larges tranches de jambon à l'os. Je suis passé voir Georgette aussi. Elle m'attendait. Nous sommes restés un moment à bavarder. Henri est rentré chez lui malgré l'avis des médecins. Il ne sait plus marcher. Ne se déplace dans l'appartement qu'accroché à son déambulateur. Il ne mange presque plus. Repousse les visites. Ah, il n'en fait qu'à sa tête. Elle n'approuve pas, mais je sens bien qu'elle comprend. C'est qu'il ne veut plus s'accrocher, dit-elle. Tous ses efforts sont tournés vers lui-même. Elle m'a parlé de mon père. De ses dernières années emmurées dans le silence et la maladie. Confidences par bribes. Tu ne sais pas. Tu ne venais pas souvent. Elle m'a fait lire le cahier où elle note de petites maximes, où elle écrit des poèmes. J'avais du mal à partir. Je reviens demain, avec Amélie... En rentrant, j'ai profité du jour qui dure pour travailler un peu au jardin. Il donne partout des signes de printemps. Les hortensias et les pivoines arbustives sont en boutons. Les narcisses plantés pour mai ont déjà quelques centimètres et les aillots sous le frêne font une large tache jaune. J'ai écrit deux brèves mexicaines, rêvassé. Amélie a téléphoné quand son train arrivait en gare de Villedieu. Plus que vingt minutes jusqu'à Granville. Je suis allé la chercher à la gare.

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