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lundi 23 août 2010

Dimanche 22 août 2010. 23h40.

Des colonies d’étourneaux envahissent le figuier et dans leur pagaille bruyante font tomber les fruits murs qui s’écrasent sur la terrasse. Au potager, ce sont des mésanges qui se relaient pour piller les grappes du sureau. Nous nous sommes promenés le long de la falaise. Déjeuner au jardin sous le temps hésitant. Amélie a pris le train pour Paris dans l’après-midi. Nous avions oublié les séparations sur le quai de la gare. L’année reprend. Un dernier sursis la semaine prochaine avec la venue de Virginie, Marcus et des trois filles.

Vendredi 20 août 2010. 23h00.

Noëlle et Pierre sont venus déjeuner à la maison. Nous avions sorti le barbecue. Entrecôtes grillées. C’est la deuxième fois qu’il sert depuis que Marion et Jérôme nous l’ont offert.

Jeudi 19 août 2010. 22h40.

M. Mitaillé a terminé l’entretien du jardin ce matin. Cette année, en plus de la taille des haies, du ramassage des aiguilles de sapin et des feuilles mortes, je lui ai demandé d’agrandir le plate-bande des hortensias et d’en creuser une autre, à droite de la maison. J’y planterai des rosiers à la fin de l’automne. C’est la dernière année qu’il vient ici. Il prend sa retraite après l’été. Son fils Bruno lui succède. M. Mitaillé a été le bon génie de la vieillesse de ma mère. Arrangeant un volet branlant, recollant une chaise cassée, fabriquant des cabanes à oiseaux. Et s’occupant du jardin… Chaque fois que je venais, je le trouvais toujours impeccable. La cour ratissée avec soin, les rosiers attachés. Pas une fleur fanée. Il était passé la veille ou l’avant-veille. Je lui ai demandé de venir avant que tu arrives… Je fais pareil. Marie est à la maison pour quelques jours à partir d’aujourd’hui. Je sais… Je lui ai promis de ne plus parler d’elle dans ce journal. Aussi, je ne dirai rien ou presque. Elle était passée par Tavers, chez Barbara et Michel, et me rapportait les deux portes en vitrail du buffet de mes grands parents à Roubaix. Le meuble était là-bas faute de place. Et je n’ai jamais plus eu de place, justement, pour le récupérer. Je n’ai jamais revu Barbara et Michel depuis mon divorce. Sachant que Marie allait leur rendre visite avant de venir à Carolles, je me suis décidé à leur envoyer un mot maladroit. Je regarde ces deux portes, juste posées, pour l’instant, sur le marbre de la commode. J'ai simplement envie de dire merci.

Mercredi 18 août 2010. 22h20.

Amélie est allée au marché à Saint-Nicolas avec Noëlle. J’ai écrit ma chronique de rentrée pour Next. Lamartine (ce n’est pas si étrange), Houellebecq, Taillandier, Lafitte, Wendy Guerra… En début de soirée, nous sommes allés prendre un verre chez Jean-Pascal, route de la Mazurie. Nous nous tournions autour depuis un moment. Les plantes rares, le vin, la littérature, les éditions anciennes. Son jardin est une merveille de curiosités et de simplicité. Magnolias, rhododendrons, fougères, iris. Tous uniques. Venus du bout du monde. Jusqu’ici… Il avait gardé pour nous un condrieu, Terrasses de l’Empire. Nous avons beaucoup parlé. Chut…

Mardi 17 août 2010. 23h05.

Alain est venu dîner aujourd’hui. Et faire étape pour la nuit. Il arrivait de la côte Atlantique, accomplissant, comme tous les ans, son tour de France des amis, perdus et retrouvés. Il m’avait déjà demandé l’année dernière s’il pouvait venir à la maison. Mais nous étions absents. Un bail que nous ne nous étions pas vus. Quinze ans, au moins. Et ce jour-là, d’ailleurs, ça avait été presque une coïncidence. J’ai fait sa connaissance à l’école de service social, à la fin des années 1970. Je me souviens que nous avions travaillé ensemble à un mémoire sur les Sans Domicile Fixe. Le terme était tout neuf à l’époque... Nous nous sommes perdus de vue un ou deux ans après le diplôme. Je crois. Je ne sais plus. J’ai l’impression qu’il y a un gouffre entre aujourd’hui et ce temps-là. Je m’étais égaré. Alain a maintenant une soixantaine d’années. Il est à la retraite. Nous avons parlé d’aujourd’hui. De ses déménagements. De ses voyages. Il part début septembre pour les Etats-Unis. Un pays qu’il connaît bien. Où il a des amis. Aussi. Justement…J’admire sa fidélité. Il nous a expliqué qu’il tenait à conserver les liens. Le voilà avec sa pelote emmêlée. Patiemment, il la débrouille.

Lundi 16 août 2010. 21h15.

Je me suis remis au livre, mais je peine. J’ai l’esprit envahi de sales idées, noires, bourdonnant à la manière de grosses mouches. Je crois qu’il faut que j’abandonne un peu. Pas trop longtemps, quand même. Amélie a terminé la teinte du garde-manger. Comme j’avais mélangé tous les fonds des bidons qui nous restaient, la texture du produit était un peu curieuse. Mais le résultat est beau. Elle y aura passé du temps…

Dimanche 15 août 2010. 22h00

La douzaine d’huîtres du dimanche midi avec Georgette. Réfléchi à la chronique de rentrée pour Next que m’a demandé Françoise-Marie. Je dirais bien un mot sur Lamartine. J’ai pensé à lui dans le TGV qui nous ramenait du mariage de Marion et Jérôme le mois dernier. La ligne longe un long moment le lac du Bourget. Un soir, t’en souvient-il ? … Qui se soucie encore de lui ? Flaubert l’assassinait déjà au milieu des années 1850 : Il ne restera pas de Lamartine de quoi faire un demi-volume de pièces détachées. C'est un esprit eunuque, la couille lui manque, il n'a jamais pissé que de l'eau claire…

Samedi 14 août 2010. 23h50.

Nous sommes passés chercher Noëlle pour le marché à Granville. Arrivés un peu tard sous une petite bruine fine. Nous avons fait les courses en cavalcade. Au fur et à mesure, la pluie s’était mise à tomber. Ferme et drue. Dans le creux d’une éclaircie, nous avons quand même pris un café sur le port. Rien fait aujourd’hui. L’après-midi a filé en bricoles. Noëlle a appelé pour nous inviter à dîner. Nous avons retrouvé à l’Atelier, Pierre, Laurence, Eric et Charlotte. Eric qui est un fou de cuisine nous a promis des agapes pour l’automne. Volailles et champignons. La soirée a été très gaie. Tout ce qu’il nous fallait.

samedi 14 août 2010

Samedi 14 août 2010. 3h45.

Je n’aurais pas dû ouvrir l’enveloppe du laboratoire. J’ai passé la journée à ruminer des craintes et des angoisses. Je dois m’en secouer au plus vite. Cela ne sert à rien. C’est de la douleur perdue. Mauvais sommeil. J’ai retrouvé, en farfouillant, ces quelques mots de Virginia Woolf que j’avais noté, il y a longtemps, dans un carnet : Que se passe-t-il donc entre minuit et l’aube, après ce basculement, ce petit bouleversement, cet étrange et pénible moment où, comme si les yeux s’entrouvraient à la lumière, il n’est plus possible de se rendormir profondément ? Serait-ce peut-être l’expérience de chocs répétés, non ressentis sur le moment, qui vient rompre ce qui tenait, et briser quelque chose ? Malheureusement, cette image suggère cassure et désintégration, quand c’est un phénomène précisément inverse que j’ai en tête. Quel qu’il soit, ce phénomène n’est point destructeur, mais plutôt de nature créatrice...

vendredi 13 août 2010

Mercredi 11 août 2010. 23h50.

Déjeuner chez Gillian et Patrice à Dragey. Loin du bourg, vers la belle église romane isolée. Nous avons retrouvé Françoise, Jean-Pierre, Noëlle et Pierre. Fait la connaissance aussi de Béatrice que Patrice avait eue autrefois comme étudiante. Et qui était accompagnée de son père... La table était mise au jardin. Un enclos planté de jeunes arbres et jusqu’au loin, une prairie s’enfonçant dans le creux d’une rivière. Horizon sur les champs. Leur maison, un ancien pressoir, se trouve encore en travaux. Chaque détail y est réfléchi et soigné. On sent, malgré le chantier des enduits, des menuiseries, que l’endroit est déjà profondément habité. Nous avons passé un moment agréable à partager le gigot cuit rosé, le bordeaux et les reines-claude du prunier. A tirer des bords de conversation. Mais je garde pourtant le sentiment, dans ces circonstances, qu’il y a trop de monde. Toujours trop de monde. J’ai cette impression de courir après la connaissance des gens. Quoi… Une intuition, une sensation, un souvenir évoqué. Frustration paradoxale des échanges. On ne s'entend pas. Il faut du temps avant de commencer à espérer se connaître. Nous sommes partis dans l’après-midi déjà bien avancée. Je ne me sentais pas de me remettre au livre. Amélie avait prévu d’aller le lendemain récupérer un lot de chaises que nous avions dénichées au nord du département. Nous avons décidé d’aller les chercher. Coutances, Lessay, Valognes. Sur le chemin du retour, nous avons longé la côte. Passé le cap de Flamanville, puis l’anse de Sciotot, le cap du Rozel, celui de Carteret. Nous nous sommes arrêtés à Portbail pour voir le soleil se coucher.

Jeudi 12 août 2010. 22h15.

Nous avons inspecté nos « nouvelles » chaises. Il va falloir les décaper, les teinter, les cirer. Amélie a terminé le ponçage du garde-manger. Visite à Georgette. J’ai travaillé…

mercredi 11 août 2010

Mardi 10 août 2010. 22h00.

La pluie a débuté dans la nuit. Elle n’a pas cessé de la journée. Une pluie mouillante, insistante. Nous ne sommes pas allés au potager. Nous l’avons laissé boire.

Lundi 9 août 2010. 23h50.

Nous sommes allés dîner à Jullouville chez Danièle et Alain, un couple de lecteurs. Je ne me souviens plus bien comment nous sommes entrés en relation, mais avec eux existent un certain nombre de coïncidences de lieux et d’affinités discrètes. Surtout, ils connaissent bien Michel Besnier et sa femme Annie. Tous les deux étaient invités avec nous. Avec aussi une de leurs amies communes, Laure… Je n'avais de Michel que de quelques mots échangés dans le désoeuvrement de certains salons du livre. Des éclaboussures de moments. Nous nous étions dit que nous nous reverrions. J’étais très heureux de le retrouver ce soir. Son écriture m'est émouvante et exacte. Douce. Essentielle. La roseraie est resté longtemps un livre de chevet, comme n’est jamais loin de moi son recueil, Un lièvre en son gîte. patiemment tu soulèves les pierres/ (années passées sous le mur/ derrière les giroflées et les herbes coupantes/ avec un escargot cacheté/ et un crapaud taché d’ombre et de pisé/ années passées dans la blanche obstination/ du chiendent/ et la paix des sables oxydés)/ patiemment tu soulèves les pierres/ et atténues avec tes mains/ la dureté nouvelle du jour.

Nous sommes rentrés jusqu'à Carolles à pied par la plage. Dans le noir et les étoiles.

Et aujourd’hui, j’ai repris le livre. Doucement.

lundi 9 août 2010

Dimanche 8 août 2010. 22h00.

Brocante à Carolles. Pas de « professionnels » cette année. Du coup, tout était plus villageois, plus bon enfant... Les gens vendaient vraiment sur le pas de leur porte. Nous avons acheté quelques hétéroclites bricoles. Deux étroits flacons fin XIXe (ils remplaceront ceux de l’huilier que j’ai cassés le mois dernier). Une feuille de boucher (il faut changer le manche…). Un réveil de voyage des années cinquante (il fonctionne, enfin nous aurons l’heure la maison). Une étagère d’angle (pour quel angle ?). Nous avons déjeuné chez Noëlle qui fêtait son anniversaire. Nous ne connaissions pas grand monde. Le soleil tapait fort dans le jardinet de l’Atelier. J’ai fini par battre retraite à l’intérieur. Alma, une petite fille de six ans, m’a appris le Magikus. On lance le dé et l’on ramasse les ingrédients d’une drôle de potion de sorcière. Elle riait parce qu’elle gagnait tout le temps. C’est normal, disait-elle, c’est mon jeu.

Samedi 7 août 2010. 22h20.

Aujourd’hui, c’était l’assemblée générale de l’Association de défense de la vallée du Lude. Je paye ma cotisation fidèlement chaque année, mais je suis loin d’être un membre actif. Ma mère en a été longtemps la présidente. Grâce à elle, les sites de la falaise ont pu être sauvegardés. A sa mort, en 2006, j’avais adressé un courrier à la personne qui lui avait succédé (celle d’après, en fait…), pour que l’association renforce auprès de la mairie ma demande qu’un chemin, qu’un sentier à Carolles, puisse garder sa mémoire et porter son nom. Le maire m’avait répondu qu’il allait soumettre la question au conseil municipal. Il s’en est tenu beaucoup depuis... Mais la personne en question s’était, longtemps après, fendue finalement d’un mot disant que si la mairie lui demandait son avis, elle n’y verrait pas d’objection. Je n’avais pas compris, je crois, le côté odieux de la formule à ce moment-là. Nous sommes passés chez Annick et Norbert (il est le trésorier de l’association), à la Croix Paquerey, déposer le chèque et le pouvoir pour les votes. Nous avons pris un café et parlé d’autre chose. Légumes et arrosage, par exemple. Le potager de leur voisin est en effet insolemment beau… Nous sommes revenus par les Fontenelles où tout végète. Paul qui termine à côté, sa terrasse, son béton et ses enrobements, nous avait laissé un très gros tas de terre de jardin que nous avons étalé en couche épaisse. Il y en avait tellement qu’il est venu nous donner un coup de main. Nouvelle terre, et bientôt nouveaux plants. Voilà que nous pensons déjà à une autre saison.

Vendredi 6 août 2010. 15h20.

Nous avons commencé à décaper le garde manger acheté à Walter l’an dernier. Le vent amenait dans la maison une odeur de bois cuit et de peinture brûlée.

Vendredi 6 août 2010. 23h15.

Pierre présentait à la salle des fêtes le court métrage qu’il avait tourné à Carolles l’été 2008. Son premier film… Une dizaine de minutes en tout, mais le temps s’y étire. L’histoire est ténue. Une femme égare son fils au Port du Lude. Que s’est-il passé ? L’instant d’avant, l’enfant empilait des galets. Ils vont se retrouver dans une irréelle parenthèse bien des années après. Peu de mots. Des regards. Des paysages. Cela s’appelle Dans ces eaux-là. Pierre a l’âge de ma fille. Ils étaient ensemble, enfants, au club de plage, les mois d’été.

Jeudi 5 août 2010. 21h15.

J’ai tourné les pages de la première partie du livre. Ca va à peu près. Je relirai mieux plus tard. Il me faut repartir de l’autre côté. J’ai peur de trébucher dans la pente de cette histoire. Je sais aussi que je dois me hâter et pas seulement parce que Jean-Marc attend le manuscrit dans le mois qui vient, mais parce que le temps va aller plus vite de ce côté…

jeudi 5 août 2010

Mercredi 4 août 2010. 23h50.

Nous sommes allés voir Georgette. Elle se plaint encore un peu de son pied. L’autre jour, le pédicure lui a mis la peau presque à vif. Je n’irai plus chez lui. Elle se soigne avec de la pommade au propolis. Ca s’améliore, mais elle a renoncé aux longues promenades. Quand je pense que je marchais si bien. Nicole, Franck et les jumeaux sont venus dîner à la maison. Gigot de pré-salé. Haricots et ratatouille. Bourgogne rouge. Une tarte aux pommes pour le dessert. Nous avons passé une soirée simple et amicale. Parlé des jardins, des maisons et de l’école des enfants.

Mardi 3 août 2010. 21h45.

J’ai attrapé un bombyx du chène ♂ (Lasiocampa quercus). La semaine dernière, c’était deux femelles qui étaient venues se cogner à l’ampoule du plafond de mon bureau. Ils ont bien du mal à se rencontrer. Le mâle, brun foncé, vole la journée. La femelle, en camaieu de beige et de crème, à la tombée du jour, et à la nuit.

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