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mercredi 7 juillet 2010

Mardi 6 juillet 2010. 23h10.

Pourquoi me suis-je souvenu qu’aujourd’hui était le jour du décès de Guy de Maupassant ? Je comprends mal comment j’ai retenu cette date, moi qui dois réfléchir pour le moindre anniversaire. L’année, par contre... Vers 1890. 1892, 1893 ? Quelle importance. J’y ai pensé pourtant dès le réveil. On se fait des cheminements bizarres dans la tête. Je crois que cela tient à mes itinéraires du jeudi en allant à Jeux d’Epreuves. Je passe maintenant toujours par cette rue Berton qui longe le mur de la clinique du docteur Blanche. Et là, je pense à lui, à ses dernières convulsions. Je ne saurais trop dire plus. J’avais recopié au collège cette phrase de Pierre et Jean : Il avait mal quelque part, sans savoir où; il portait en lui un petit point douloureux, une de ces presque insensibles meurtrissures dont on ne trouve pas la place, mais qui gênent, fatiguent, attristent, irritent, une souffrance inconnue et légère, quelque chose comme une graine de chagrin. J’ai repris mon texte d’hier. Avancé juste un peu. Sans être très content.

mardi 6 juillet 2010

Lundi 5 juillet 2010. 22h20.

Il tombait une toute petite bruine mouillante quand j’ai accompagné Amélie à la gare. Le temps du départ du train, elle avait déjà cessé. Ca aura été parfait pour les cactus, mais pour le reste… J’ai passé la matinée à prendre des rendez-vous médicaux. Je me suis remis au livre. Pas trop mal travaillé.

lundi 5 juillet 2010

Dimanche 4 juillet 2010. 23h00.

Du courrier, des paperasses. Nous sommes allés arroser en fin de journée au potager. Nous attendons la pluie…

dimanche 4 juillet 2010

Samedi 3 juillet 2010. 22h15.

Amélie est allée à l’assemblée générale de l’association Hameaux et quartiers de Carolles. Nous en faisons partie depuis l’an dernier. Son but : préserver le le village, maîtriser son développement dans l’harmonie et le souci de environnement. Il ne devrait pas être nécessaire de s’associer pour cela. Hélas… La pollution du Lude, le délire pavillonaire, la mise en place de « mobilier urbain ». Les sujets d’inquiétude ne manquent pas. Je me suis remis au livre, mais impossible de travailler. Au bout d’une heure, les lignes dansent, ma vision devient trouble. Nous avons été faire un tour aux Fontenelles. La terre est sèche sur vingt bons centimètres de profondeur. Plus beaucoup d’eau dans le puits. Nous sommes rentrés par chez Noëlle. Coupé les roses fanées dans son jardin. Elle sera ici mercredi ou jeudi prochain.

Vendredi 2 juillet 2010. 23h10.

J’ai pris le premier train. Amélie attendait, à l’appartement, la livraison du bois pour la bibliothèque. Elle m’a rejoint par le suivant. Le temps pour moi de récupérer la tondeuse chez le réparateur et d’acheter quelques bricoles pour le déjeuner. Nous sommes allés voir Georgette. Plus de nouvelles de son serpent. J’ai quand même installé un piège entre ses jardinières : une bouteille de verre, emplie, pour un quart, de lait. Les vipères, paraît-il, en sont très friandes. Elles pénètrent par le goulot pour boire. Elles gonflent et ne peuvent plus sortir. Où ai-je lu cela ? Monique et Jean-Marie sont venus prendre un verre. Nous les avons gardés à dîner.

Jeudi 1er juillet 2010. 23h00.

J’ai déjeuné aux Ondes. Revu rapidement les livres pour Jeux d’Epreuves avant d’aller au studio. Alexis Liebaert défendait Prodigieuses créatures de Tracy Chevalier. Le roman début XIXe, à deux voix, de deux femmes à la quête de fossiles sur la côte du Dorset. Des cailloux étranges dont la découverte a bouleversé toutes les idées apprises de l’époque. Aventures intimes des prémices de la paléontologie. Je n’avais pas lu, ou je ne m’en souviens pas, La jeune fille à la perle, le grand succès de Tracy Chevalier. Mes élans de naturaliste et de glaneur de passé, ont trouvé un absolu écho dans ce livre. J'avais amené Voleur de cartes d’Eduardo Lago. Il y a un an, en mai, je parlais déjà ici d’Appelle-moi Brooklyn, son premier roman, déjà chez Stock. Ces textes se bouclent, serrés, et se dévorent dans une folie d’histoires. Feuilleton intérieur de la création littéraire. Lago raconte en images, en voyages, le désir de lire et d’écrire. J’ai été accompagné par tout le monde. Heureux de ce partage. Frustré, pourtant, de pas pouvoir en dire davantage. Content d’avoir eu le temps d’en parler. J’avais rendez-vous avec Amélie à la boutique de bricolage de l’avenue Denfert-Rochereau. Le grand miroir que nous avions commandé pour la salle de bains était enfin arrivé. Trajet précautionneux de convoi exceptionnel jusqu’à la maison (je n’y vois toujours pas grand chose...). Pose au-dessus de la baignoire. Nous avons fait quelques courses rue Daguerre. Jambon italien, roquette. Dîner au calme. Au calme…

samedi 3 juillet 2010

Mercredi 30 juin 2010. 23h40.

Je suis rentré à Paris un peu plus tôt. Lundi, pendant la promenade que nous avons faite vers Champeaux, j’ai éprouvé une gêne à l’œil droit, comme une goutte d’eau permanente brouillant un peu la vision. Cela n’a pas passé tout hier, et même empiré. J’ai eu un rendez-vous chez l’ophtalmo en fin d’après-midi. C’est une névrite optique, due sans doute à un problème vasculaire. Je dois aller passer un examen, retourner voir le cardiologue… Saleté. Bon courage m’a dit le médecin. Il faisait grand soleil. J’ai traîné dans le quartier. Me suis assis à une terrasse. Essayé de lire un peu. J’ai attendu Amélie. Elle revenait d’une soirée de présentation d’un de ses livres au Goethe institut. Nous avons dîné au Vin des rues. Fatigués. Tous les deux.

mercredi 30 juin 2010

Mardi 29 juin 2010. 21h45.

Lever tôt pour accompagner Amélie à la gare. On se retrouve demain soir à Paris. J’ai terminé mon papier pour Le Monde. Téléphoné à Raphaëlle pour faire le point sur ma liste de rentrée. Je vais avoir des rendez-vous à prendre cet été. Pourvu que je parvienne à m’organiser. Le livre avance, mais tellement lentement. Je ne sais pas séparer l’écriture de la rêverie. Quand je fais le compte de mes pages en fin de journée, entre ce que je supprime et ce que je reprends, il ne reste pas grand chose. J’ai apporté à Georgette trois roses du Pierre de Ronsard. Ce sont les dernières de la floraison de juin. Je l’ai trouvée assise derrière la porte vitrée qui donne sur sa cour, immobile. Je guette, m’a-t-elle dit. Hier, elle a aperçu un serpent lové près de ses pots de fleurs. Elle l’a chassé d’un coup de balai. Le reptile est réapparu plusieurs fois, toujours près des pots. Il doit loger dans une faille du mur de granit, du côté abandonné de la maison. La description ne laisse pas beaucoup de doutes. Même s’il ne fait qu’une vingtaine de centimètres, la marque dorsale en zigzag, la tête triangulaire et le museau carré, font penser à une vipère péliade (vipera berus). Je n’ai pas peur, mais j’aimerais bien m’en débarrasser.

mardi 29 juin 2010

Lundi 28 juin 2010. 22h20.

Nous avons fait une grande balade. Les Châtelliers, le sentier de la falaise jusqu’à la cabane Vauban de Champeaux. Retour à travers champs, puis la route de la lande. Les ajoncs, les bruyères. Les dernières digitales au talus des chemins. Hélas, l’arrivée sur Carolles est maintenant épouvantable. Les travaux de l’aménagement du malheureux carrefour du cimetière sont bientôt achevés. Trottoirs de béton et de goudron, séparateurs, rond-point idiot. Et tout cela est inutile. Comment l’idée réaliser de telles horreurs peut-elle traverser la tête de certains ? Le pire est sans doute à venir chez nous. J’ai commencé à rédiger mon papier pour Le Monde sur Le don de Vorace. Amélie est retournée cueillir des cerises chez Fabien. Elle est revenue avec une drôle de nouvelle : son père vend le verger. Quelqu’un prenait des mesures avec une chaîne d’arpenteur. Bientôt, on va construire une maison. Une de plus. Dans le chemin, chez Catherine et Olivier Dujardin, un ouvrier massacrait les marronniers. Tronçonnait toutes les branches, chargées de sève, à la montée des fruits. A la fin de la journée, nous avons été voir. Il ne restait de ces arbres que des têtards à moignons tranchés. Ils vont probablement mourir. Nous sommes rentrés. J’ai mis du compost aux rosiers grimpants, au pied des sapins. Arrosé longuement.

lundi 28 juin 2010

Dimanche 27 juin 2010. 22h45.

Sommeil tout agité de mauvais rêves. Un florilège de quêtes impossibles… Je m’égarais dans les rues, je ratais les rendez-vous, j’arrivais dans des gares pour voir les trains partir sans moi. Je me suis réveillé épuisé. Travaillé un peu. J’ai, en ce moment, quelque chose à franchir que je ne comprends pas. J’ai sorti les cactus du koetsch pour les installer au soleil, dans le grand plateau de cuivre, sur la table de jardin. Je les vois maintenant de la fenêtre de mon bureau.

dimanche 27 juin 2010

Samedi 26 juin 2010. 22h00.

Amélie a acheté des huîtres que nous avons partagées avec Georgette. C’est maintenant un rituel hebdomadaire. Le jour varie suivant l’approvisionnement. Le vendredi, les huîtres de Chausey chez Charuel. Le samedi, celles de Blainville au marché de Granville. Le dimanche, celles du producteur d’Agon qui fait sa tournée le matin à Carolles. Emmanuelle est venue nous rendre visite dans l’après-midi avec Iris et Mika. Nous sommes allés tous ensemble cueillir des cerises au verger de Fabien. Revenus avec un plein panier de bigarreaux et quelques poignées de montmorency à faire à l’eau de vie. Elle est repartie avec de la mélisse et des fraisiers des bois à replanter dans son jardin. Des branches de buis pour les boutures. J’ai relu mon manuscrit. Je bloque à nouveau. Nous sommes descendus à la plage. Marée haute. Il y avait beaucoup de monde. Nous avons pris le premier bain de l’année.

Vendredi 25 juin 2010. 23h10.

J’ai été chercher Amélie au train. Quelques courses à Granville. Marché à Sartilly. Nous avons acheté de nouveaux plants. Un cent de poireaux, des tomates, des salades. Passé l'après-midi à installer le tout aux Fontenelles. Arrosé, arrosé, arrosé. La terre est désespérément sèche. Le niveau du puits commence à vraiment baisser.

Jeudi 24 juin 2010. 22h30.

J’ai porté la voiture au garage. L’expert qui voulait voir les dégâts à la portière n’était jamais disponible. Nous avons enfin pu convenir d’un rendez-vous. Ils en profiteront pour faire la révision… La tondeuse est aussi chez le réparateur. L’autre jour, la lame s’est bloquée dans une taupinière. Pas moyen de redémarrer. Mauvaise journée de travail. Trop de rêverie. J’ai croisé Monique comme j’allais faire ma visite quotidienne à Georgette. Elle m’a invité à prendre un verre. Ils m’ont gardé dîner. Parlé avec Jean-Marie de la vie municipale et de son travail d’élu d’opposition. Carolles est partout en travaux. Les projets de lotissements continuent et la mairie s’est lancée dans d’impressionnants aménagements de carrefour, des « mises en sécurité » qui me semblent, pour le moins,… disproportionnées. A quoi ressemblera le village dans quelques années ?

jeudi 24 juin 2010

Mercredi 23 juin 2010. 23h10.

J’ai payé le loyer de la cabine. Cela faisait un mois que je devais le faire. Nous ne nous en sommes presque pas servi l’été dernier. Combien de bains de mer ? Je pense à Emmanuelle qui se baigne à Agon tous les jours de l’année. Tous les jours… J’ai posté pour elle une grosse enveloppe avec des graines d’angélique. Elle proposait en échange de nous donner des graines d’euphorbe. Je n’en ai pas voulu. Il se trouve déjà assez de plantes empoisonnées dans le jardin. On peut préparer des tisanes définitives avec du chèvrefeuille, du troëne ou du lierre. Et passer de bien mauvais moments avec de la glycine ou du rhododendron. J’ai travaillé lentement, tout en décorticage. Je mets un temps fou à écrire une seule phrase. J’ai pris la résolution de ne pas m’en inquiéter. Quand même…

mercredi 23 juin 2010

Mardi 22 juin 2010. 22h40.

C’est le seul mois de l’année où partir à la gare à l’aube veut vraiment dire quelque chose. La nuit est juste lavée. Les haies et le jardin s’accrochent d’un reste de laiteux et de flou. A peine la voiture entre-t-elle dans Jullouville, qu’une lueur rose, montant de Lézeaux, s’installe dans le ciel. Un instant… Et tout est radieux. J’ai pensé pendant le trajet que s’il me venait une fille, encore, j’aimerais l’appeler Aurore. Amélie s’est installée dans son wagon. J’ai attendu sur le quai que le train parte. Un baiser à travers la vitre. Nous nous arrachons de minuscules morceaux de nous à chaque séparation. On ne se verra qu’en fin de semaine. Je devais rentrer à Paris pour enregistrer Jeux d’Epreuves, mais il n’y aura personne en studio à cause de la grève. J’ai repris le livre avec lenteur. Au soir, j’ai été couper les roses fanées chez Noëlle, à L’atelier. Cueilli un petit bouquet pour Georgette. Rentré par les Fontenelles…

mardi 22 juin 2010

Lundi 21 juin 2010. 22h10.

Le jardin est plein d’oiseaux. De moins en moins farouches. Il faut dire que j’ai placé des mangeoires partout. Sur le bord de la fenêtre, accrochées aux rosiers, devant la cuisine, sous les chevrefeuilles, dans les branches du figuier… Ici, ils sont chez eux. Des mésanges bleues ont occupé le nichoir de la façade arrière de la maison et toutes les haies sont habitées. Un rouge-gorge a élu domicile juste au-dessus de la porte d’entrée. Les merles picorent à nos pieds. Je m’émerveille. J’avais appris, enfant, à distinguer les chants des oiseaux. Aujourd’hui, je ne reconnais plus guère à coup sûr que celui des pinsons : sème, sème, sème… Je mangerais bien un petit écu…

lundi 21 juin 2010

Dimanche 20 juin 2010. 21h30.

Je me remets au livre. Je m’en doutais, mais qu’est-ce que c’est angoissant. Qu’est-ce que c’est compliqué. Fini la journée à faire du courrier. Amélie m’a entraîné dans une balade le long de la falaise. La mer était turquoise.

Samedi 19 juin 2010. 23h00.

Georgette est venue déjeuner à la maison. Affamée. Je n’ai rien mangé à l’hôpital. Rien ou presque. Couchée sans dîner le mercredi sans qu’elle puisse se rattrapper au matin : impossible avec ses problèmes de dents de mordre dans le pain un peu… ferme. Du coup, on lui a servi tous ses aliments moulinés. Mais ils arrivaient froids et sans sel. Qu’est-ce que j’ai bu comme eau ! Ici, elle a fait honneur au blanc d’Anjou et repris de la dorade. J’ai passé deux jours débilitants, dit-elle. Ca fait peur.

Vendredi 18 juin 2010. 22h20.

Deux grands jours de vent ont fini de mettre le jardin à bas. J’ai ramassé les branches cassées. Tuteuré les lis, attaché les rosiers. Amélie a taillé la vigne vierge. Pendant que nous étions au jardin, Georgette a appelé. Elle quitte l’hôpital demain. La raison de ses vertiges tient en fait à un médicament (de plus…) que lui avait prescrit son généraliste.

Jeudi 17 juin 2010. 23h45.

Mal dormi. Nous avions reçu un message de Nathalie hier soir, tard. Georgette a été hospitalisée à Granville. Elle se plaignait de vertiges. Ca tournait. Nathalie se voulait rassurante. On doit juste lui faire des examens. Je vous tiens au courant. Je n’ai pas osé appeler dans la matinée. Relu les livres pour Jeux d’Epreuves… Je présentais Volontaires pour l’usine de Virginie Linhart, au Seuil. Une chronologie, une chronique, des témoignages, sur les « établis ». Ils ont été assez nombreux, entre 1967 et le milieu des années 1970, à faire le choix de quitter leur famille, le lycée ou l’université, pour partager le quotidien des ouvriers et tenter de diffuser les idées révolutionnaires dans les usines. Il s’agit d’une réédition de 1994. Virginie Linhart, la fille de Robert Linhart, fondateur du mouvement prochinois en France, avait publié en 2008 Le jour où mon père s’est tu. Il y a dans ces deux textes l’expression très sincère et très troublante d’une réconciliation avec une époque, l’époque de son enfance entre ses deux parents militants. L'époque de sa propre incompréhension et de sa propre révolte. C’est ce qui m’a, à chaque fois, touché, indépendamment de l’approche sérieuse, documentée. Historique… Qu’il est étrange de penser en effet que cela s’appelle aujourd’hui de l’Histoire. J’avais seize ans, tout emporté de maoïsme romantique. J’achetais La cause du peuple au kiosque de la gare de Senlis. Je lisais en marchant. Je me souviens des titres : Vive le peuple. Nous sommes des ouvriers en colère, pas des voyous. Le lait déborde, nous aussi… J’ai retrouvé Amélie à La petite Bretagne avant de prendre le train à Montparnasse. Des nouvelles de Georgette : rien d’ennuyeux apparemment. Elle devrait sortir bientôt.

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