J’ai déjeuné avec Marguerite dans un petit restaurant du quartier Montparnasse où elle a ses habitudes depuis longtemps. Parlé de la rentrée littéraire mais surtout de son séjour à Rome en juillet et des minuscules pousses d’ifs que Jean-Pascal a prélevé là-bas, dans le cimetière protestant, sur la tombe de Shelley. Il me les a confiées. Elles s’enracinent doucement, à l’abri, sous une cloche en verre dans le koetsch, à Carolles. Promis, je t’en donnerai une quand nous les rempoterons.
Mercredi 20 août 2014. 22h45.
Par Xavier Houssin le vendredi 22 août 2014, 17:04
Il faut que je me préoccupe de trouver de nouvelles animations d’atelier d’écriture. La fac c’est terminé. L’administration de Censier ne paye plus ses vacataires. Il paraît qu’il n’y a plus d’argent. Je l’ai appris dans le courant du second semestre sans y croire vraiment car la nouvelle tenait plus de la rumeur que de l’information. Lorsque j’en avais eu la confirmation (orale), je m’étais décidé à écrire à Marie-Christine Lemardeley, la présidente de Paris III. Car enfin, cela faisait huit ans que j’assurais ces cours. Il me semblait que cela méritait un peu d’intérêt à défaut de reconnaissance. Et qu’il fallait juste mettre les formes… Cette dame n’a pas daigné répondre à ma lettre. A l’époque, elle était la candidate de la liste PS du Ve arrondissement aux municipales à Paris. Battue, je crois qu’elle a aujourd’hui démissionné de l’université pour prendre le poste d’adjointe « en charge de l'enseignement supérieur et de la vie étudiante » auprès d’Anne Hidalgo à l’hôtel de ville. Mon Dieu, ces gens… Reste que nous sommes à un mois de la rentrée universitaire et que les étudiants vont me manquer. J’ai commencé à mettre au clair mes notes de ma rencontre d’hier avec Olivia Rosenthal. Marie est venue me chercher à l’appartement. Elle rentre des Etats-Unis où elle a passé presque trois semaines d’un périple de Dallas à San-Francisco. Elle s’est offert ce voyage pour ses trente ans. Elle les fête à la fin du mois. Le grand canyon, la route 66, Las-Vegas... Elle est encore toute enthousiaste. Et intarrissable. Nous avons retrouvé Amélie place Paul-Painlevé avant d’aller dîner tous les trois dans un bistrot de la rue Frédéric-Sauton. Trouvé de justesse d’ailleurs. Car tout est encore fermé à Paris en cette fin du mois d’août.
Mardi 19 août 2014. 23h50.
Par Xavier Houssin le vendredi 22 août 2014, 17:03
J’ai relu Mécanismes de survie en milieu hostile d’Olivia Rosenthal et préparé mon rendez-vous du soir avec elle. J’avais fait sa connaissance en avril à la médiathèque de Drancy. A l’époque, j’animais des rencontres avec les auteurs pour le festival « Hors limites » de Seine-saint-Denis. Ce soir-là, il ne s’était même pas trouvé dix personnes pour suivre le débat. Elle avait fait contre mauvaise fortune bon cœur et nous avions vaillamment joué le jeu. Dans le RER du retour, nous avions poursuivi la conversation... Dès que j’ai appris qu’elle publiait un livre à la rentrée, j’ai proposé son portrait au Monde. Nous nous sommes retrouvés dans un bar du Xème arrondissement à deux pas de son appartement. J’avais envie de lui faire parler davantage d’elle, de saisir quelques repères biographiques dans tous ces livres qu’elle a écrits dans la mise à distance, le pas de côté à l’intime. Nous avons bavardé longtemps. J’ai rejoint Amélie au Bar à huîtres à Montparnasse, où elle m’attendait avec Marcus. Il passait la nuit chez nous avant de reprendre, avant Virginie, Camille, Victoria, Valentine et Apolline, son avion pour Mexico le lendemain. Vincent, un de ses amis de l’Île de Ré, ex-professeur de voile des filles, s’est joint à nous pour le dîner. Le restaurant a pas mal changé depuis la dernière (et lointaine) fois où nous y étions allés. Pas mal clinquant. Plutôt prétentieux. Mais les Gillardeau étaient parfaites et la soirée ensemble douce et chaleureuse.
lundi 18 août 2014
Lundi 18 août 2014. 19h10.
Par Xavier Houssin le lundi 18 août 2014, 19:10
J’ai fait des listes. J’ai pris des notes. La journée a passé à revoir les projets. A prévoir les papiers pour Le Monde. Et a pester contre le retard qui déjà m'accueille comme un animal familier. C’est bien la rentrée.
Lundi 18 août 2014. 17h00.
Par Xavier Houssin le lundi 18 août 2014, 18:58
Nous sommes à Paris depuis hier soir. Les vacances sont finies. En juillet, il y a eu quelques jours à Magagnosc et une semaine de traversée des Alpes à faire, avec les parents d’Amélie, la caravane (assistance et ravitaillement) du périple à vélo que Marcus s’était concocté pour ses quarante ans avec une poignée de copains de Menton à Thonon-les-Bains. 775 kilomètres, 18 900 mètres de dénivellé, en passant par les cols de Vars, de l’Izoard, du Lautaret, du Galibier, de l’Iseran et j’en passe. Je suis admiratif mais bien étranger au plaisir de cette performance, moi qui ai toujours mis pied à terre au bas de la côte de Carolles et tranquillement poussé ma bicyclette. J’ai roulé en Lotus sur les routes de montagne. Et de montagnes, je n’ai jamais vu, je crois, autant de ma vie. Nous avons pris le train pour Paris au lendemain de la fête d’anniversaire à Veyrier. Avant de regagner la Normandie. Amélie n’avait pas vu les dégats causés au jardin par M. Langiny, le voisin « de derrière ». En juin, les ouvriers qui ont bâti une extension de sa maison m’ont saccagé tous les végétaux qui poussaient à l’aplomb de mon mur. Brisant les claustras, arrachant les tiges métalliques qui les soutenaient. Ca n’a pas eu l’air d’émouvoir le bonhomme. Pas plus d’ailleurs que le courrier recommandé que je lui ai adressé après. J’ai dû appeler un artisan pour remettre des piquets, un grillage et relever autant que possible les plantes sauvagement abîmées. Depuis, ce bon voisin a encore coulé du ciment entre mon mur et le sien, créant du coup une mitoyenneté dont il faudra bien aussi qu’il me dédommage. J’ai passé toute une semaine à couper une multitude de branches mortes. Pauvre jardin. Il faudra au moins deux ans avant que cela ne repousse. Je devais travailler. Déjà écrire cette fichue nécro (en avance !) de Juan Goytisolo que m’a commandée Florence au printemps dernier et à laquelle je n’arrive toujours pas à me mettre. Je n’aime pas beaucoup l’œuvre et pas vraiment l’écrivain. Florence s’impatiente. Elle doit craindre qu’il ne meure pour de bon avant que je lui rende le papier. Et puis, j’ai le projet de mon « herbier des rayons » que je dois avancer (et vite…) pour Belin. Je n’ai rien fait de tout cela, sauf ma chronique de septembre pour Next. A la place, nous avons rangé la bibliothèque. Dix ans de désordre absolu, de livres mélangés, impossibles à retrouver. Tout était entassé à même le sol. Plus de place malgré les rayonnages installés dans toutes les pièces de la maison. Ca nous a pris dix jours entiers avec l’aide d’Agathe, embauchée pour l’occasion. Mais je suis soulagé. Comme si j’avais mis de l’ordre dans le passé. C’est fou ce que l’on retrouve entre les pages des livres, entre les souvenirs, les lettres, les fleurs séchées et les petits papiers. Il a fallu se séparer de pas mal de titres. J’étouffais à tout entasser.
Mardi 8 juillet 2014. 19h30.
Par Xavier Houssin le lundi 18 août 2014, 18:56
Je crois n’avoir jamais interrompu aussi longtemps ce journal. Enfin, je ne sais plus. J’ai été incapable d’écrire une seule ligne pendant les neuf derniers mois. Rien à faire. Je suis juste parvenu à rédiger mes papiers pour Le Monde, ma chronique à Next. Mais, mon Dieu, que c’était difficile. Acédie… Le mot m’est revenu plusieurs fois comme je me débattais dans cette impossibilité à faire. D’où m’est arrivée cette maladie de l’âme, de ce lourd péché de tristesse, de doute, d’ennui, d’indifférence qui m’a fait perdre la foi et la confiance ? Chaque jour, jusqu’à si peu encore, me pesait davantage. Mais quelque chose a réapparu. Impossible à saisir encore. Comme une goutte bleue dans un océan noir. Qui gagne. La semaine dernière, nous sommes allés chercher Camille à Malvern, son collège anglais dans le Worcestershire. Elle y était entrée le mardi d’après Pâques. Nous ne l’avions vue, juste avant son départ, qu’une seule journée au Mexique où nous sommes restés deux semaines pour garder Victoria, Valentine et Apolline. Pendant que Virginie et Marcus étaient au Pérou sur le « chemin des Incas »... Ce séjour en Angleterre, elle le désirait et le redoutait tout ensemble. Les débuts ont été difficiles : elle pleurait chaque jour, demandait à rentrer. Mais tout s’est arrangé. Après la cérémonie de fin d’année dans le gymnase de l’école, elle n’en finissait plus d’embrasser ses amies, promettant de revenir à la rentrée prochaine. J’ai demandé à Papa, leur disait-elle. Il est d’accord… J’ai souri. A cause de la petite prophétie que j’avais risquée dans une des premières lettres que je lui avais envoyées là-bas. Tu es triste aujourd’hui, alors que tu viens d’arriver. Crois-moi, tu seras tout aussi triste au moment de partir. Tu verras… Comme je me sens vieux de savoir ces choses. Dernières étreintes un peu humides. Elle a troqué son uniforme de collégienne (blazer bleu, pull vert – anglais, évidemment -, chemisier blanc, jupe écossaise bleue et verte) contre un jean et un sweet shirt et nous avons chargé ses valises dans la voiture de location. L’avion du retour était le lendemain soir à Heatrow. Le temps est resté menaçant, mais il n’a (presque) pas plu, ce qui nous a permis, en route, une promenade dans les quelques trois hectares de Waterperry gardens. Collections de roses et de vivaces, impressionnants mixed-borders. Mais surtout, j’avais réservé pour la nuit dans un B&B à Ewelme, le minuscule village de l’Oxfordshire où Jerome K. Jerome a passé les dernières années de sa vie et où il est enterré. Depuis le temps que je voulais faire ce pèlerinage littéraire. Je suis resté un long moment, au couchant, dans le petit cimetière pendant qu’Amélie et Camille se baladaient alentour. J’ai glissé dans ma vieille édition Nelson de Trois hommes dans un bateau quelques feuilles du cyprès qui ombrage la tombe et j’ai recueilli une plantule d’un très vieil érable sycomore qui se dressait tout près. C’est de là que je reviens aujourd’hui. De là que se dissipe doucement cette lourde tristesse qui m’a si longtemps envahi. Je retournerai à Ewelme quand mon livre sera enfin fini. Plus tard. Pour dire merci.
mardi 10 décembre 2013
Samedi 25 octobre 2013. 17h30.
Par Xavier Houssin le mardi 10 décembre 2013, 11:10
J’ai relu mon papier avant de l’envoyer à Raphaëlle. Pourvu qu’il soit à la hauteur. J’ai toujours peur de ne pas bien partager mes émotions. J’ai été très touché par ce dernier livre d’Emmanuelle Pagano. Nouons-nous est formé de très courts récits (plus de deux cent soixante-dix) glanés dans le champ amoureux et écrits à la première personne. Elle y explore des histoires d’attachement et de peau. Elle raconte au quotidien les traces, les griffures, les caresses, les rougeurs. Les odeurs, les moiteurs. Tout ce qui nous rassure. Tout ce qui nous éloigne. Ce qui nous touche. Nous fait battre le cœur. Et puis pas. Et puis plus. J’ai retrouvé le sentiment de connivence qui m’avait saisi à la lecture de Fragments d’un discours amoureux de Barthes à la fin des années 1970. Sauf que dans l’exercice d’exploration, Pagano se tient uniquement sur le versant de la sensation. Nous avons bouclé les valises. Le train est à 20h00, gare de Lyon. Il y a deux ans que nous devions faire ce voyage. J’ai hâte de tout à partir de maintenant.
Vendredi 24 octobre 2013. 22h10.
Par Xavier Houssin le mardi 10 décembre 2013, 11:09
Rendez-vous aux Editeurs avec Jordi Soler pour son livre Dis-leur qu’ils ne sont que cadavres. Une aventure picaresque où un groupe de personnages déjantés part en Irlande à la recherche de la canne d’Antonin Artaud. Un drôle de bâton sculpté que le poète, de retour du Mexique, avait trouvé rue Daguerre, chez son ami le peintre René Thomas et qu’il tenait dur comme fer pour avoir appartenu à saint Patrick. Le roman parle de la folie d’écrire. Des auteurs et du goût insensé de la littérature. Je suis resté une petite heure à bavarder avec Soler. Café puis vin blanc. Il comprend presque toutes mes questions en français, je me débrouille comme je peux avec ses réponses en espagnol. La traductrice nous traque les contresens. Nous avons évoqué à nouveau ses poèmes qu’on ne lira sans doute jamais en français. Pour une anthologie à publier en même temps que ce roman, il voulait se lancer dans la traduction de ceux d’Artaud. Une histoire de droits avec Gallimard l’a fait renoncer. J’ai déjeuné avec Brigitte au Perron. Rentré tôt pour écrire mon papier pour Le Monde sur Nouons-nous, le dernier texte d’Emmanuelle Pagano. Je dois le rendre demain dans le journée. Le soir nous prenons le train pour Venise.
mardi 26 novembre 2013
Jeudi 23 octobre 2013. 23h30.
Par Xavier Houssin le mardi 26 novembre 2013, 16:43
Nous nous sommes quittés dans l’appartement de Georgette. Chacun emportant une dernière bricole. Un dernier souvenir. Marie, quelques photos, un petit crucifix en nacre, Cécile le jeu de Scrabble, Amélie un pot de faience verte. Prends les mesures de son semainier, m’a dit Josette. Si tu peux trouver la place… Elle aurait vraiment aimé que tu le gardes chez toi. Retour à Paris avec Marie. Nous avons dormi dans le train. Nous avions prévu de dîner ensemble à l’arrivée, mais il était déjà bien tard. Je crois que nous sommes tous fatigués.
Jeudi 23 octobre 2013. 17h30.
Par Xavier Houssin le mardi 26 novembre 2013, 16:42
J’avais craint qu’il n’y ait pas grand monde. Que nous ne soyions que quelques uns. Mais beaucoup de gens du village se sont déplacés pour l’enterrement de Georgette. La cérémomie a été belle. Très digne. Sobre. Emouvante et retenue. Rien que le cœur qui serre. Un peu. Un peu plus. Lucile n’a pas pu aller au bout du petit texte qu’elle avait écrit afin de dire simplement merci pour ses années d’enfance. Pour celles de ses cousins et cousines. Fanny en a achevé la lecture. J’ai senti ma voix se casser lorsque j’ai cité sainte Thérèse : Après ma mort, je ferai tomber une pluie de roses. Je pensais aux rosiers anglais que je devrais recevoir ces jours-ci. J’avais passé en août une commande chez David Austin. Une quinzaine d’abustes. Un dimanche, j’en avais apporté le catalogue à Georgette. Je lui montrais les photos des variétes que j’avais choisies : Boscobel, Eglantyne, Gentle Hermione, Cottage Rose, England's Rose, Mary Rose, Princess Alexandra Of Kent, St Swithun, William Morris, Huntington Rose, Strawberry Hill, The Alnwick Rose, Maid Marion, Scepterd Isle, The Wedgwood Rose. Plus deux grimpants pour l’arrière de la maison : A Shropshire Lad et The Generous Gardener. Nous parlions plantation et taille. Puis elle m’a demandé : Tu as payé combien pour tout cela ? Parce que je veux te les offrir. Quand je ne serai plus là, tu regarderas les fleurs. Et tu penseras à moi. N’est-ce pas ? Pluie de roses. René aussi a voulu dire un mot. Il n’est pas parvenu à retenir ses sanglots. Encens, aspersion finale. Sur le seuil de sa maison, notre Père t'attend… J’ai été embrasser Etienne à la sortie de l’église. C’est tellement gentil d’être venu. Suivi le corbillard à pied jusqu’au cimetière. Ciel gris aux nuages tendus, sans pluie. Nous nous sommes retrouvés une bonne vingtaine à l’auberge autour d’un verre. Il y avait Monique, Jean-Marie, Jean-Pascal et Agathe, Noëlle et puis des gens dont je n’arrivais plus, dans l’émotion, à me souvenir des noms. Avec chacun ses souvenirs d’elle. Déjeuner « en famille » ensuite ( plus Agathe qui avait bien voulu rester avec nous afin que nous ne trouvions pas treize à table…). J’étais assis à côté de René. Il aura quatre-vingt-quatre ans fin décembre mon vieux parrain. L’avant-dernier des enfants d’Angèle et de Joseph. Il ne reste plus que lui et Georges, si fatiqué maintenant. Toutes ses années…, a-t-il juste dit. Et il s'est resservi un verre de vin, lui qui ne boit jamais. Demain, il rentre tôt à Uzès. Tu téléphoneras pour dire que tu es bien arrivé ?
Mercredi 23 octobre 2013. 23h50.
Par Xavier Houssin le mardi 26 novembre 2013, 16:39
Déjeuner rapide à Granville. J’ai déposé René à l’auberge. Ne t’inquiète pas de moi. Je vais passer l’après-midi chez Josette et Jean-Claude à Marcey. Je devais aller au cimetière. D’autres funérailles. On enterrait le frère de Mlle Verdé. Je suis rentré à la maison mettre un peu d’ordre. J’ai préparé le dîner. Amélie est arrivée au train de 20h00. Marie à celui de 23h00.
vendredi 15 novembre 2013
Mercredi 23 octobre 2013. 14h50.
Par Xavier Houssin le vendredi 15 novembre 2013, 10:52
J’ai accompagné René au funérarium à Granville. Un vilain bâtiment récent qui jouxte le magasin de pompes funèbres. Faux fronton grec et fausses colonnes. Mon Dieu que ces endroits sont laids. Georgette repose enveloppée dans le grand plaid en mohair blanc que nous lui avions offert pour ses quatre-vingt dix ans. Je ne suis éloigné pour laisser René lui parler doucement. On s’en va ?, a-t-il la voix un peu nouée. Et il sourit crânement. Sinon je vais prendre froid.
Mardi 22 octobre 2013. 21h50.
Par Xavier Houssin le vendredi 15 novembre 2013, 10:50
Josette a pris contact avec l’auberge afin d’arranger une petite réception au retour du cimetière. J’aurais préféré louer la « salle de l’amitié » et demander à Bruno Legillon de s’occuper du buffet. Christelle et lui ont été des voisins si présents, si attentifs. Georgette était rassurée de les savoir tout près, à la boutique. Je sais que je peux compter sur eux, répétait-elle. Elle leur achetait trois fois rien. Une minuscule tranche de jambon, cent grammes de rillettes. Ils sont tellement gentils. Quand j’ai appelé à la mairie, la salle était déjà retenue. Mon parrain René est arrivé d’Uzès en fin d’après-midi. Le train jusqu’à Rennes, puis une voiture de location. Je l’ai rejoint à l’auberge où il avait retenu une chambre. Tu as fait bon voyage ? Et comment est le temps dans le Gard ? Nous avons enroulé une pelote de banalités. Surtout maintenir l’émotion à distance. Nous nous sommes téléphoné tous les jours ou presque depuis plus d’un mois. Je le sais désemparé. Ce deuil lui fait revivre tant d’autres. Je voudrais t’inviter à dîner ici ce soir. Mais avant, emmène-moi chez toi. Je voudrais revoir la maison de Jeanne.
Mardi 22 octobre 2013. 12h40.
Par Xavier Houssin le vendredi 15 novembre 2013, 10:48
Nous avons préparé la messe de jeudi. Qui prendra la parole ? Qui lira les textes ? Josette avait écrit quelques mots sur la vie de Georgette. Je m’étais chargé de rédiger la prière universelle. Jacques Hazebrouck avait apporté ses carnets de chants. Nous sommes tombés d’accord sur le choix de l’Evangile. Celui qui se fera humble comme un petit enfant sera le plus grand dans le royaume des Cieux. Et celui qui reçoit, en mon nom, un enfant comme celui-ci, c'est moi qu'il reçoit. Au bout d’une heure, nous étions parvenus à dessiner les contours de la cérémonie. Pourvu que tout se passe doucement, simplement.
mardi 12 novembre 2013
Lundi 21 octobre 2013. 23h00
Par Xavier Houssin le mardi 12 novembre 2013, 17:35
J’ai cherché dans Les confessions de saint Augustin le passage sur la mort de Monique. J’en ai extrait un paragraphe qu’on pourrait lire jeudi. Je lui fermais les yeux, et dans mon cœur s’amassaient les flots d’une immense tristesse qui allait s’écouler en flots de larmes. Mais au même instant, mes yeux, sur un ordre violent de mon âme, résorbaient la source de leurs pleurs jusqu’à la dessécher ; et pareille lutte me faisait très mal. (…) Ce qui restait en moi de l’enfance et qui allait glisser dans les larmes, sur l’intervention de la voix virile du cœur, se laissait refouler et se taisait. Oui, nous estimions qu’il ne convenait pas de célébrer un deuil comme celui-là par des plaintes, des larmes et des gémissements. Parce que le plus souvent, en agissant ainsi, on a coutume de déplorer en ceux qui meurent une espèce de misère ou comme une disparition totale. Mais pour elle, ce n’était ni une mort misérable, ni une mort totale. Nous en avions la certitude. Et par le témoignage de ses vertus et par une foi sans feinte. Et par des raisons certaines. Trouvé aussi quelques versets du Siracide : Toutes les années, face à l’Éternité, sont une goutte d’eau de la mer. Un grain de sable. J’ai appelé Josette. Demain, Jacques Hazebrouck vient nous aider à organiser la cérémonie. Réfléchis de ton côté aux textes, aux chants, à l’Evangile. J’ai reçu un mot vraiment gentil de Jean-Marie qui a tout compris du désarroi dans lequel cette disparition me plonge. Annick et Norbert m’ont invité à dîner. Le temps aujourd’hui était à l’éclaircie.
Dimanche 20 octobre 2013. 22h10.
Par Xavier Houssin le mardi 12 novembre 2013, 17:34
Nous sommes restés une heure chez Georgette avec Josette et Jean-Claude. Ouvrir les volets. Laisser entrer à nouveau la lumière. J’ai passé furtivement, dans la chambre, la main sur le lit qu’elle n’avait pas eu le temps de défaire ce dimanche 8 septembre dernier. Prend ce que tu veux, m’a dit Josette. Vraiment. J’ai mis de côté les deux paysages XIXe que je lui avais donnés en souvenir à la mort de Maman et qui avaient accompagné toute mon enfance à Senlis. Et aussi une petite marine des années 1950. Une Vierge en porcelaine, réplique de la statue protectrice de Notre-Dame de Bonsecours dans le Hainaut. Je ne sais pas, je ne sais pas. Je repasserai je crois. – Elle voulait te laisser son semainier. Un haut meuble à tiroirs en pichepin qui venait de la rue d’Avelghem. Mon Dieu, j’ai peur de ne pas avoir la place. Terminé le portrait de Valentine pour Le Monde. J’ai accompagné Amélie à la gare. Je ne rentre pas à Paris. Il y a tant à faire.
Samedi 19 octobre 2013. 21h00.
Par Xavier Houssin le mardi 12 novembre 2013, 17:33
J’étais au presbytère de Saint-Pair (dont dépend l’église de Carolles maintenant) dès l’ouverture. J’ai expliqué la situation à la dame de l’accueil. Insisté pour qu’on dise une messe. Son frère Georges, qui vit à Lille, est prêtre, mais il est trop âgé, trop fatigué, pour faire le déplacement. Petit tour de sa vie et de sa piété simple. C’est important, vous comprenez. J’ai été le plus persuasif possible. Jean-Luc m’avait laissé comprendre que si je trouvais personne, il s’en chargerait. Mais ça ira bien, tu verras. Il pleuvait. Dans l’après-midi, Jacques Hazebrouck, qui a en charge les obsèques à la paroisse, venait à la maison pour nous dire que le père Delaby, en retraite à Carolles, acceptait de célébrer la messe. La cérémonie aura lieu jeudi matin.
lundi 11 novembre 2013
Vendredi 18 octobre 2013. 21h30.
Par Xavier Houssin le lundi 11 novembre 2013, 23:16
Georgette est morte aujourd’hui. J’avais parlé au téléphone avec Josette dans la matinée. Elle est toujours là, tu sais. Annick et Norbert étaient venus à midi prendre un verre. Nous sommes partis à l’hôpital aux alentours de 14h00. J’ai rappelé en route pour les nouvelles. Un blanc au bout de la ligne. C’est fait. Elle est partie. Dans la chambre, nous avons retrouvé Josette et Jean-Claude. Et Fanny qui avait les yeux rouges. Si peu à se dire. Si peu à faire. Nous lui avons pris la main. Embrassée sur le front. Oh, cette blancheur déjà irréelle de la peau. Les narines pincées. La bouche tombante et serrée. Un rien de temps après, ce n’était plus vraiment elle. J’ai posé sur le lit le bouquet de roses minuscules que nous lui avions acheté ce matin au marché de Jullouville. L’aumonier est venu. Nous avons récité les prières. Le Notre Père. Le Je vous salue Marie. Avec Josette et Amélie, la journée s’est passée en démarches. Au funérarium de l’hôpital, chez Guérin, l’entreprise de pompes funèbres de Granville qui avait déjà enterré mon père, puis ma mère. Choix du cercueil, du capiton, de la croix, des poignées. Tout au plus simple s’il vous plaît. Nous avons rédigé les faire-parts : René et Georges Lapierre, ses frères ;/ Josette Cauterman, sa nièce ;/ Xavier Houssin, son neveu et filleul ;/ ses autres nièces, neveux, filleules et leurs familles… Restait la date de la cérémonie et je tenais à une messe. Pas facile, a glissé M. Guérin. Vous savez qu’il y a de moins en moins de prêtres. Maintenant, ce sont souvent des laïcs qui se chargent des funérailles. La nuit commençait à tomber. J’ai passé un coup de fil à Jean-Luc, au presbytère de Donville. On peut venir te voir ? Ma tante vient de mourir. J’ai besoin de conseils.
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