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lundi 11 novembre 2013

Mercredi 16 octobre 2013. 22h45.

Fouillé dans les faits divers pour préparer les cours de demain. Je vais faire travailler les étudiants sur la titraille. Trouvé un boa échappé dans un wagon de TGV, un septuagénaire dealer de coke et une sombre affaire d’escroquerie et de parricide. Relu Kinderzimmer. Je dois rédiger mon portrait de Valentine ces jours-ci. J’ai rejoint Amélie rue Marmontel. Nous gardions Gabrielle en début de soirée (Jérôme accompagnait Marion à une échographie). La soupe, les pâtes, les petits suisses. Je lui ai lu deux trois histoires de Petit ours brun. Pas vu beaucoup d’autres livres. Il va falloir que je lui en achète. Elle dormait à poings fermés quand Marion et Jérôme sont rentrés. Côté échographie, tout va bien. Il arrive en février ce petit garçon.

Jeudi 17 octobre 2013. 23h50.

J’ai appelé Josette avant de partir à Censier. Georgette n’est plus qu’un souffle. Après mes cours, je suis rentré directement à la maison. Pas le courage de passer chez Caractères. Arrivée à Carolles dans la nuit noire

Mardi 15 octobre 2013. 16h30.

Déjeuner aux Enfants gâtés avec Marie-Joséphine. Je n’ai pas vraiment avancé sur ses projets Comtesse de Ségur. Pas eu de réponse de Jean-Claude Simoën à propos du « dictionnaire amoureux » et personne pour l’instant ne veut de La santé des enfants, son petit recueil de conseils pédiatriques. Promis, je reprends mon bâton de pèlerin.

Dimanche 13 octobre 2013. 15h40.

J’ai terminé mon papier. Retour à Paris sous la pluie avec l’impression d’avoir abandonné tout un monde.

Lundi 14 octobre 2013. 20h20.

A additionner les rendez-vous repoussés les uns après les autres, cela faisait bien deux ans que je devais prendre un café avec Sylvie Tanette. Nous nous sommes retrouvés au Rostand. Nous avions fait connaissance une première fois, sans nous voir, à l’occasion d’une émission de la Radio suisse romande le lendemain de mon accident de mars 2011. Je n’avais pas pu me rendre au studio à cause de ma jambe dans le plâtre et j’étais intervenu comme j’avais pu par téléphone. Puis nous étions juste croisés. Son roman Amalia Albanesi était sorti à la rentrée d’alors (une belle histoire de famille et de femmes qu’elle déroulait des Pouilles à la Turquie, de l’Égypte à Marseille). Au Monde, Josyane avait rédigé un court papier. Je n’avais pu écrire que quelques mots dans ma chronique de Next. Nous nous sommes repassés les épisodes depuis tout ce temps. Parlé de littérature. Des livres des autres et des notres. De nos grands projets et de nos petits boulots. J’ai déjeuné avec Nathalie dans un italien sans intérêt de la rue Monsieur-le-Prince qui s’est installé à l’emplacement de Maître Paul, le restaurant franc-comtois. Ce paysage-là bouge aussi. On ne fait pas attention et puis un jour on s’aperçoit que tout a changé. Je ne reconnais plus le quartier. D’affreux fast-food se sont succédés à la place du café Capoulade. En face, le Mahieu a été remplacé par un MacDo. Le Cluny, plus bas, est une pizzeria Del Arte. Zéro de conduite est devenu un japonais et le Lazy place une banque. Bah, il reste le Rostand.

jeudi 17 octobre 2013

Samedi 12 octobre 2013. 22h20.

Nous avons mis au four les deux grouses que j’avais achetées jeudi à la boucherie de la rue Daguerre, chez Jérôme et Lydie. Il faisait très beau. Presque un temps à déjeuner dehors. Nous nous sommes arrêtés chez Josette sur le chemin de l’hôpital. Elle a déjà vu plusieurs fois la gériatre qui s’occupe de Georgette. Une femme très douce, dit-elle. Qui ne lui a pas caché que la fin était proche. Les soins, les traitements, ne servent qu’à la préserver d’une agonie pénible. Tous les organes sont maintenant touchés par l’infection. Mais cela peut durer. Vie suspendue. C’est étrange comme on attend. Là-bas, Georgette était diaphane. Elle aussi, elle attend. J’ai commencé à écrire mon papier sur les Inédits de René Crevel. Jean-Pascal est passé prendre un thé avant de rentrer à Caen. Il fait des visites de plus en plus brèves à Carolles. Toujours sans Agathe et Martine. Mme Bassard a sonné à la porte. Je venais prendre des nouvelles de la tante…

Jeudi 10 octobre 2013. 19h00.

Arnaud a été réopéré. A Paris cette fois. Le réveil s’est mal passé. Il a dû être mis sous morphine. Pauvre bonhomme.

Vendredi 11 octobre 2013. 18h50.

Dans son lit d’hôpital, Georgette semble si petite. Elle respire avec peine. Sommeil de passereau. Elle sourit quand elle nous voit. Ca va ?, murmure-t-elle.

Mercredi 9 octobre 2013. 18h50.

J’ai déjeuné avec Juliette aux Délices d’Aphrodite, le « petit » Mavrommatis de la rue de Candolle. A deux pas de Censier. Nous sommes restés un bon moment à parler de ses projets chez Belfond au-dessus de nos pikilias. Elle a la passion littéraire contagieuse. Elle vient de rééditer Caravansérail, le « roman » de Picabia écrit dans les années 1920 et publié seulement en 1974, vingt ans après sa mort. Picabia, l’anti-tout s’y raconte et règle ses comptes avec le milieu artistique. C’est tordu, drôle et méchant. Je ne connaissais presque rien de lui. Juste quelques poèmes édités par Parisot chez Guy Lévis-Mano. J’avais acheté le volume il y a très longtemps chez un libraire d’occasion. Il faut que je remette la main dessus. Corrigé les premiers travaux des étudiants . Préparé mon cours. Demain, je retourne dans le quartier.

Jeudi 10 octobre 2013. 16h30.

J’ai reçu un message de Laurence, inquiète. Il y a plus de quinze jours maintenant qu’elle m’a fait parvenir le texte qu’elle fait paraître en janvier aux Busclats et je ne lui en ai toujours rien dit. Quelle peine que ton silence, m’écrit-elle. J’ai honte. Moi qui sais tellement ce que c’est que l’attente. Je lui ai répondu tout de suite. Comment lui expliquer qu’il ne s’agit pas d’indifférence, ni que j’aurais sur son livre je ne sais quel avis négatif que je voudrais lui taire. Je me sens pris en ce moment dans une parenthèse grise. Je n’en bouge plus. Je m’y traîne. Et Laurence qui sait si bien dire l’essentiel. L’inquiétude et l’espoir. Le temps regagné. Comment de mot en mot, on parvient à se redresser. Je me sens si vide.

jeudi 10 octobre 2013

Mardi 8 octobre 2013. 16h00.

Raphaëlle me demande finalement trois à quatre mille signes sur les Inédits de Crevel pour la semaine prochaine. Je vais joindre Alexandre Mare qui a apporté les textes au Seuil et dirigé l’édition. Ca donnera de l’épaisseur au papier. Déjeuner avec Anne aux Enfants gâtés. Parlé d’Une si lente obscurité d’Alain-Julien Rudefoucaud chez Tristram et d’Encore cinq minutes Maria de Pablo Ramos chez Metailié. Tu penses pouvoir faire quelque chose ? J’aimerais bien répondre, mais, sincèrement, je ne sais pas.

Mardi 8 octobre 2013. 21h50.

René a téléphoné pour donner des nouvelles de Georgette. Il s’efforce de parler avec détachement. Comment dire ? Elle s’en va doucement... Depuis hier, on l’a installée dans une chambre seule. Elle dort la plupart du temps. Tellement faible, tellement à bout de souffle. A l’hôpital d’Avranches, il y a encore un aumonier. Un vieux prêtre. Il est venu lui rendre visite. Selon René, elle lui aurait demandé : Je veux l’absolution. A quels pauvres péchés pensait-elle encore ? Depuis des années, sa vie s’était renfermée dans le minuscule rez-de-chaussée qu’elle habitait rue de Poste. Là où elle avait trouvé refuge après que sa propriétaire avait vendu sa maison. Plus de jardin. Elle cultivait ses plantes dans la cour. Des pots, des jardinières. Nourrissait les oiseaux. Et les jours de soleil, elle se faisait de lentes promenades. La mairie, le camping, le bout de l’Humelière. Mais quels péchés, Mon Dieu...

mardi 8 octobre 2013

Lundi 7 octobre 2013. 19h30.

J’ai déjeuné au Tournon avec Jean-Maurice de Montrémy. Rattrapé un peu le temps perdu depuis notre dernière et lointaine rencontre. Nous avons parlé de nos pères, de nos livres, des éditeurs, des journaux et du catalogue d’Alma. En janvier, sort un court roman de Valentine Goby, La fille surexposée. Ca tombe à pic pour son portrait dans Le Monde que je n’ai pas encore commencé. Je suis rentré par le Luxembourg. Les allées étaient jonchées de marrons.

Dimanche 6 octobre 2013. 2h10.

Dîner avec Monique et Jean-Marie, Nathalie et Yves qu’on s’était promis d’inviter depuis longtemps. J’avais fait des canettes aux olives. Nous avons bu du château fombrauge 2006. Je n’étais pas mécontent. La discussion a tourné autour des municipales. Ce n’est plus un secret : Jean-Marie va se présenter aux prochaines élections. Du coup, nous y sommes allés chacun de notre cahier de doléances (la voirie, les déchets verts, les projets urbains et les affreux lampadaires…) Nous avons fait le tour du village, du cimetière à la salle des fêtes. Et parlé des commerces, de la poste qui va fermer. Nathalie et Yves ont raconté combien ils n’en pouvaient plus que la villa Eole, à deux pas de chez eux sur le route de la Croix Paquerey, fasse Noces et banquets tous les week-ends. La propriété, colonie de vacances de Mainvilliers, une commune d’Eure-et-Loir, est maintenant régulièrement louée pour des mariages. Viande saoûle et sono à fond jusqu’au petit matin. Nous en avons rajouté une couche. Car même quand il n’y a que les enfants, l’ambiance ne se calme pas vraiment. Le matin, les moniteurs les réveillent avec du rap qu’on entend de la plage et les sentiers sur la falaise vibrent certains après-midis d’été au rythme des « boums » qu’on leur organise. Pauvre Jean-Marie. Nous l’avons entraîné dans ses premiers pas de campagne. Je suis certain, mais alors certain, qu’il fera un très bon maire. Nous avons aussi tous beaucoup ri aussi toute cette soirée. Franchement. Gaiement. Nous en avions, je crois, bien besoin. Nous deux.

Dimanche 6 octobre 2013. 23h00.

J’ai terminé mon papier. Je l’ai envoyé dans l’après-midi à Françoise-Marie. Avant d’aller à la gare, nous sommes passés chez Mme Bassard lui porter le bouquet de dahlias rouges acheté samedi au marché. Il sera mieux chez vous que dans la maison vide. - Et la tante ? – On attend…

Samedi 5 octobre 2013. 18h00.

Il a fait très beau aujourd’hui, ai-je dit à Georgette dans le creux de l’oreille. C’est presque l’été, a-t-elle répondu dans un souffle. Sa tête est retombée sur l’oreiller. Un instant après elle a tendu la main vers Amélie et moi. Au revoir, au revoir. Les mots, pris tout seuls, apparaissent si vides. – A bientôt. Repose-toi.

Vendredi 4 octobre 2013. 21h15.

Georgette a quitté l’affreuse polyclinique. Et tant mieux. Toutefois j’ai peur que son séjour là-bas lui ait été fatal. Elle y a contracté une infection généralisée. Les intestins, les poumons. Tout est envahi. Et on lui a prescrit à la hâte des médicaments qu’elle ne tolérait pas. Elle est revenue à l’hôpital d’Avranches dans le service de gériatrie. Sa chambre est lumineuse et propre. L’autre lit est occupé par une petite dame tranquille. Les infirmières et les aides soignantes sont charmantes. Mais elle ne profite pas de ce répit. Elle n’entend plus d’une oreille. A peine de l’autre. S’épuise à parler. J’ai soif. Elle avale juste une gorgée d’eau. Fait un petit signe. Et s’endort. Nous sommes partis doucement. Soleil rasant sur la Baie au début du couchant. Les sables autour du Mont allaient du miel au roux. On s’arrête ? – Oh, non… Hâte qu’elle se termine cette route de la côte. Elle est devenue celle des allers et retours de nos visites. La verrons-nous autrement après ? Cet après de l’absence auquel je m’interdis de penser. Je le sais d’expérience : la mort ne s’apprivoise pas. Passez cueillir des pommes nous avait dit Norbert. Nous sommes allés dépouiller l’arbre du bas de son terrain. Deux pleins paniers de Melrose. Et venez boire un verre. Ensemble dans la véranda, jusqu’à ce que le jour tombe sur la falaise, nous avons parlé. De tout. De rien.

Samedi 5 octobre 2013. 13h20.

Amélie est partie au marché. J’ai commencé mon portrait d’Alexis Turner. Dans la cour, là où j’ai passé l’herbicide la semaine dernière au milieu des graviers, la végétation morte fait de grandes plaques jaunâtres.

Vendredi 4 octobre 2013. 15h30.

Amélie m’a aidé à écrire un long mot à Fiona et Steven. Ils m’avaient envoyé un message la semaine dernière. We want you to know that we are thinking of you. Je leur avais répondu trois lignes maladroites bourrées de fautes de grammaire. Cela faisait bien un an que je ne leur avais pas donné de nouvelles. Mais raconter quoi ? Que depuis ma maladie, mon opération et mes traitements, je vis dans un au jour le jour inquiet ? Que je renâcle à faire les analyses qu’on m’a prescrites parce que j’ai peur des résultats ? Que je n’arrive pas à écrire mon livre ? Que mes commandes de papiers dans la presse se font de plus en plus rares ? Que j’ai, encore et encore, des soucis d’argent ? On va plutôt parler ce qui va bien, non ?, ai-je proposé à Amélie. Et c’est vrai que, grâce à elle, mes jours sont aussi emplis de douceur, de tendresse et de consolation. Il faudrait que je puisse enfin faire la part des choses. Renverser cette fatalité négative qui me ronge tellement. On va commencer par leur dire que l’automne est doux à Carolles… En fait, je m’empêtrerais peut être moins si nous nous voyions plus souvent. Melbourne est à quinze mille kilomètres. Faire le voyage aujourd’hui, me paraît, pour nous, bien compliqué. Mais Fiona et Steven projettent de revenir à Paris l’an prochain. Jean-Pascal est passé dire bonjour. Tout seul. Il repart tout à l’heure. Il ne vient à Carolles qu’une journée par semaine. Voir sa mère. Martine et Agathe ne l’accompagnent plus en ce moment. Annick et Norbert ont déjeuné à la maison. Norbert m’a demandé ma recette de homards à l’américaine. Il n’y a pas grand savoir-faire. Nous avons passé en revue les ingrédients. Le beurre, les échalotes, l’ail, les tomates, le bouquet garni, le poivre de cayenne, le cognac, le vin blanc, la crème. Un homard de cinq cents grammes par personne. J’ai compris que ce qui l’embêtait le plus, c’était de les couper en tronçons vivants.

lundi 7 octobre 2013

Jeudi 3 octobre 2013. 23h40.

J’avais oublié d’imprimer ma nouvelle liste d’étudiants. Du coup j’ai demandé : Tout le monde a bien le droit d’être là ? Et puis, flûte… Premier « vrai » questionnaire d’actualité avec eux : ce Belge qui a obtenu le droit à l'euthanasie après un changement de sexe raté, le discours de Nétanyahou devant l'assemblée générale des Nations unies, Apollinaire maintenant dans le domaine public… Ils ne s’en sont pas trop mal sortis. J’ai remis mon nez dans le Caicedo. Si jamais Florence me demandait le texte pour la semaine prochaine. Nous avons pris le dernier train.

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