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jeudi 22 septembre 2022

Mardi 20 septembre 2022. 18h20.

J’ai déposé une enchère pour un petit tableau de Charles Wislin, une vue de la cathédrale de Senlis depuis le petit calvaire du haut de la rue du Moulin-du-Gué-de-Pont. Autant dire mon paysage d’enfance. La toile date des années 1920. Résultat le 4 octobre. Ah, si je pouvais l’accrocher dans mon bureau. J’emmènerais bien Apolline, ma jolie filleule, une journée à Senlis. Elle vient en France pour les vacances de la Toussaint et nous l’avons avec nous une grosse semaine. A Paris et à Carolles. Nous irons au moins trois fois au théâtre. Je réfléchis aux visites, aux musées. Je m’en fais une fête.

Lundi 19 septembre 2022. 22h40.

Soixante-sept ans aujourd’hui. Pour moi, le temps a vraiment tourné à l’automne. D’ailleurs c’est ce qui se passe au-dehors. Hier après-midi, sur la falaise, il faisait soleil. Ce matin, le ciel est gris, tout poisseux d’une désagréable humidité. La température a chuté. Je vais devoir rentrer mes plantes fragiles dans le koetsch. Je n’ai rien noté dans le journal depuis plusieurs mois. J’ai laissé tomber la correspondance. Et je ne parviens toujours pas à commencer vraiment mon livre. Je gribouille. Au printemps, j’avais dit à Juliette que je pensais le terminer pour la fin de l’année. Ça n’en prend pas vraiment le chemin. En juin pourtant j’ai enfin fait le voyage à Houplines. J’étais content qu’Amélie m’accompagne. Là-bas, j’avais pris rendez-vous avec les dames de l’association d’histoire, Mme Morel et Mme Schlatter, avec qui j’avais un peu correspondu avant que la grande mascarade de 2020-2021 nous empêche de nous déplacer. A Houplines, ma grand-mère Angèle est née en 1889. C’est là que vivaient ses parents et toute sa famille. Elle s’y est mariée en 1913. Elle n’y est retournée que pour enterrer ses parents en 1921. Jamais plus ensuite. La petite ville comptait 7000 habitants lorsqu’elle y vivait. Il n’y en a guère davantage maintenant. Je m’attendais à trouver une sorte de banlieue entassée (Lille se trouve à seulement 15 km), mais j’ai eu le sentiment qu’il était vraiment resté quelque chose du lointain autrefois. On arrive par les champs, blé en herbe et patates. Les vestiges des anciennes usines textiles touchent à des prairies où paissent des vaches, des moutons. Il y a des chevaux aussi. Pas de grands immeubles récents, mais de petites maisons en brique, alignées, deux ou trois étages, guère plus. Nous avons longuement marché le long des rues. La mairie, les deux églises. Nous sommes descendus jusqu’au bord de la Lys. Regardé la Belgique de l’autre côté de la rivière. Je commençais à me faire une idée de l’endroit. A coller au décor les bribes de mon histoire. Sauf qu’en rencontrant les dames de de l’association, j’ai compris que plus rien ou presque n’était à sa place à Houplines. La guerre avait à ce point tout dévasté qu’il n’était resté entre les ruines que le tracé des rues, et encore… On avait rebâti en déplaçant les lignes. Les églises n’étaient plus au même endroit. La mairie non plus. J’étais en terrain mouvant. Elles m’ont aidé à retrouver le passé en filigrane. Nous sommes partis de la rue du Cabu (rue du Chou) où se trouvait la maison natale et elles m’ont guidé comme un aveugle sur les chemins d’Angèle. A moi de les continuer à présent. Nous sommes restés quelques jours dans le Nord. Je voulais rendre visite à Lucien Suel dans sa Tirmande à Ligny-lez-Aires, faire découvrir Bergues à Amélie, revenir au Cap-Gris-Nez où nous étions allés ensemble il y a déjà longtemps. Nous avons fait quelques incursions en Belgique, à Bruges, à la Panne. Déjeuné à La Cloche à Mouscron. Amélie m’a accompagné voir mon vieil oncle Georges (91 ans) dans sa maison de retraite de Lille. Elle m’a tenu la main au cimetière de Roubaix devant la tombe d’Angèle et de Joseph. J’étais dans mes pensées, mes promesses chuchotées, quand, d’une mosquée proche, a retenti, porté par un très puissant haut-parleur, l’appel du muezzin. J’en ai pleuré de rage. Nous avons passé notre dernière soirée avec Gabrielle, la fille de Maureen et puis nous sommes rentrés doucement à Paris, en passant par Gerberoy. Une pensée pour Le Sidaner, qui y habita longtemps, et à sa Promenade des orphelines à Berck (mais ça, c’est encore une autre histoire « embrouillée » du Nord). L’été est arrivé vite. Il est parti tout aussi vite. Nous avons passé quelques jours à Marseille avec Virginie, Marcus et les quatre filles. Ils voulaient découvrir la ville où Amélie travaille. Elle s’y rend moins à présent. Ceux qui l’emploient (ce sont des gens bien compliqués) ont enfin réalisé que l’essentiel de son métier se passait à Paris. Tant mieux. Pour ma part, je ne goûte pas vraiment Marseille. La ville est partout dégradée, bruyante, sale. Hostile même. Mes parents y ont été heureux au début des années 1950. C’est peu de dire qu’ils n’y reconnaitraient rien. Nous avons retrouvé les filles à Carolles une semaine plus tard. Elles voulaient passer un moment seules avec nous et ça a été léger. Et très joyeux.

(...)

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jeudi 5 mai 2022

Mercredi 4 mai 2022. 23h00.

Marché à Saint Nicolas pour le dîner de retrouvailles demain avec Amélie. J’ai acheté du muguet, un gros bouquet de lilas. Le temps s’est remis au beau. J’ai jardiné un peu. Coupé les tulipes fanées, arraché les pissenlits, planté du cerfeuil, du persil, de l’estragon. Semé des haricots. Commencé à tailler la passiflore dont les vrilles montent déjà à l’assaut du figuier.

Mardi 3 mai 2022. 22h30.

Hier, Gabrielle fêtait aussi son anniversaire. Sa naissance aura été le cadeau de notre troisième année de mariage. On s’est beaucoup occupé d’elle, petite. Et puis il y a eu le déménagement de ses parents à Saint-Cloud, la naissance de son petit frère Antoine en 2014, les disputes incessantes qui conduiront au divorce. A partir de 2016, j’ai commencé à m’installer davantage à Carolles, à venir moins à Paris. En vacances, en week-ends, il semblait aller de soi qu'on prenait les enfants ensemble. J’ai moins vu Gabrielle. J’ai sauvé quelques après-midis. Je lui écris, je lui envoie des livres. Elle me manque cette gamine. Voilà qu’elle a onze ans et qu’elle entre en sixième à la rentrée. Je suis allé marcher sur la falaise. J’avais besoin de prendre l’air. La chienne aussi. Ca faisait un moment que je ne l’avais pas emmenée en promenade. Elle courait loin devant, faisait de grands cercles joyeux, bondissait dans les herbes hautes. J’ai rebroussé chemin pour ne pas croiser une famille de randonneurs qui descendait vers le Lude. Ce sont les vacances. Rédigé (enfin) pour Nicole les deux petits textes sur Lïttérãmûndì d’Amir Parsa.

mardi 3 mai 2022

Lundi 2 mai 2022. 16h50.

C’est notre anniversaire de mariage. Treize ans. Sur le faire-part, j’avais fait imprimer cette phrase de Heine extraite de son Voyage de Munich à Gênes (1828) : Nous aurons une belle journée, me dit du fond de la voiture mon compagnon de voyage. Oui ce sera une belle journée répéta tout bas mon coeur en adoration et il tressaillit de douce mélancolie et de joie. J’avais égaré, il y a très longtemps, mon exemplaire des Reisebilder. Je viens d’en racheter une édition de 1872, chez Michel Levy. Cette année nous sommes séparés. Amélie dans son TGV pour Marseille a déjeuné d’une piteuse salade de boulgour, moi d’une pizza surgelée. On se rattrapera jeudi.

Dimanche 1er mai 2022. 18h10.

J’ai passé une bonne partie de la journée à réorganiser l’ordinateur que j’ai dû acheter hier. J’avais heureusement sauvegardé la plupart de mes fichiers. Yann et Brigitte sont passés m’apporter un bouquet de muguet de leur jardin. Il fait gris. Il fait froid.

Samedi 30 avril 2022. 12h10.

Ce matin, d’un coup, l’écran de mon ordinateur est devenu blanc. Rien à faire. Je suis parti à Granville chez le réparateur. Le disque dur est mort. J’ai réalisé quel jour on était.

(…)

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Mardi 26 avril 2022. 17h00.

J’étouffe. J’ai la poitrine qui siffle. Comme chaque année à la même période j’entame ce curieux chemin de croix de la mort de ma mère. Une alerte, un rappel physique de l’anniversaire du deuil. Elle est partie, les bronches noyées dans la nuit du 29 au 30. Seize ans. Je ne me fais toujours pas à cette absence. Et mon corps le redit. Amélie part en Bretagne jeudi pour une tournée de rencontres avec Christian Astolfi. Elle ne viendra pas à Carolles cette semaine. Je serai seul et d’une certaine manière, c’est mieux. Je lui impose déjà tant d’abattement, de lassitude. J’ai du travail. Pour le Festival de Nice, pour Nicole. Raphaëlle m’a commandé un papier sur le roman de Beatrix Beck, La décharge, reparu aux éditions du Chemin de fer. Il y a aussi Chassignolles, bien sûr. Mais je me sens incapable de faire quoi que ce soit.

Lundi 25 avril. 19h20.

J’ai terminé mes papiers dans le train. Yann m’attendait à la gare. Je suis allé chercher la chienne dans l’après midi. Sévérine guettait mon arrivée. Il faut que je vous dise... Il s’est passé un petit drame pendant le séjour. La Harpe a été attaquée, deux fois, par un beagle, en pension lui aussi. Elle s’est fait mordre, à peine, au cou, à l’oreille. Séverine l’a soignée. Tout va bien. L’agresseur a été rendu à ses maîtres (navrés). Il est à présent interdit de séjour.

lundi 2 mai 2022

Dimanche 24 avril 2021. 22h00.

C’était les résultats des élections. J’ai pensé à la chanson de Ferré. Ils ont voté... et puis, après ? Moi, je fais comme Achille. Je rentre dans ma tente.

Samedi 23 avril 2022. 14h10.

Raphaëlle m’a demandé hier si je pouvais écrire deux brèves. J’ai choisi La petite bande de Vincent Jaury (A cause du titre. J’avais choisi le même il y a longtemps pour une série de livres jeunesse qui n’a jamais vu le jour) et Le grand jabadao de Jean-Luc Coatalem. Une histoire foutraque de Bretagne, de peinture et d’anarque. Coatalem, si réjouissant ici, si bouleversant quand il écrit La part du fils.

Vendredi 22 avril 2022. 20h20.

Marie avait réservé dans un restaurant du boulevard Haussmann. Chaque fois que je viens à Paris, j’essaie que nous déjeunions ensemble. Je passe la chercher à sa galerie, rue de Téhéran et nous trouvons une table quelque part dans le quartier. Elle n’a pas beaucoup de temps. On fait vite le tour des nouvelles. Son travail, ses amis dont je ne sais rien ou pas grand chose. Cet été, elle part en Alaska. Après le Groënland, la Mongolie. Tous ces endroits où j’avais envie d’aller et où elle se rend, va savoir, à ma place. Je voulais voir l’Antarctique, remonter les fjords de Norvège avec l’express côtier. Aujourd’hui, je ne suis plus certain d'en avoir encore envie. C’est peut-être mieux qu’elle pense, un peu, à moi dans ces lointains où je ne partirai pas. J’avais rendez-vous en fin d’après-midi chez Pierre Gilloire. Il a déposé son manuscrit à l’accueil chez Grasset. Dans sa lettre d’accompagnement, il parle de moi. Comment lui dire que je n’ai vraiment aucune influence dans la maison. J’essaierai quand même d’y suivre son texte à la trace. Et puis, je lui ai promis, je ferai tout ce que je pourrai pour qu’il soit publié. Quelque part. Il m’a montré sa collection de sables, de cailloux. Ses galets sur lesquels il a écrit des poèmes.

Jeudi 21 avril 2022. 19h50.

J’ai retrouvé Amélie au Salon du livre. Il avait lieu cette année au « Grand-Palais éphémère », cette monstruosité que la municipalité a édifiée (provisoirement, tu parles) sur le Champ-de-Mars. Enfin. Je traînais un peu des pieds pour y aller, mais somme toute, c’était bien de revoir ces gens. On a bu du champagne, on a ri, on s’est souvenus des bons moments. Nous avons fait la fermeture. Trop tard pour dîner. Trop fatigués. Juste un yaourt et quelques fruits à la maison.

Jeudi 21 avril 2022. 19h50.

Juliette m’avait invité dans un restaurant japonais de la rue du Sabot. Deux ans que nous ne nous étions pas parlé. Sauf une fois au téléphone. Je lui ai bien sûr donné des nouvelles de Chassignolles. Ce n’est pas tant qu’elle « attende » ce livre, mais elle doit pouvoir compter dessus. Depuis le début du projet, je n’ai pas cessé de me prendre les pieds dans tout un tas de petits obstacles. Des trois fois rien. Je trébuchais. J’avais fini, comme je le fais souvent, par m’asseoir et attendre. Pourtant j’ai réussi petit à petit à me désencombrer des soucis historiques (grâce à Stéphane Audoin-Rouzeau), géographiques, locaux (grâce à Françoise Aben), de m’affranchir de ce qui restait de pesanteur familiale (grâce à mes oncles Georges et René). L’affaire a commencé à prendre forme. Reste qu’il faut que j’aille sur le motif. Je n’ai peut-être pas besoin de retourner dans l’Indre, mais il faut que je me rende à Houplines où est née Angèle, où elle a passé son enfance, sa jeunesse. J’avais contacté, il y a longtemps, une Mme Morel, secrétaire de l'association d'histoire de la commune. Je vais la rappeler avant de faire le voyage là-bas. Juliette ne m’a rien demandé, mais je me suis entendu dire que je devrais avoir fini le manuscrit à la fin de l’année. J’avais rendez-vous chez l’ophtalmo à cause de ces lunettes avec lesquelles je vois moins bien de loin avec que sans. Refait toute une batterie de tests. Comme je m’y attendais, ce n’est pas la faute de la dame (sa prescription est parfaite) mais celle de mes yeux. Vous n’avez pas assez de larmes m’a-t-elle dit en me prescrivant un collyre. Pas assez de larmes ? Ah… Elle a accepté, malgré tout, que l’opticien refasse les lunettes avec simplement des verres de lecture. Je suis allé voir Nicole chez Caractères. La maison est toujours de la rupture, mais elle tient, elle tient. Je lui ai promis un court texte sur Amir Parsa. Pour quand, grand Dieu ?

Mercredi 20 avril 2022. 19h00.

Déjeuner avec Marc Villemain chez Vagenende, en terrasse. Il ne va pas très bien Marc. Lui aussi se retrouve avec une récidive de cancer. Ca avait été les poumons. Mais cette saloperie se déplace. On vient de l’opérer. Et il aura droit à une nouvelle intervention. Avant, il doit en passer par des séances de chimiothérapie. Elles commencent demain. Devant cet angoissant programme, il affiche un fatalisme tranquille. Il serait presque serein. Longue discussion un peu désabusée sur les livres et l’édition. Nous avons évoqué des gens qu’on aime bien, parlé d’écriture théâtrale. Comme il m’a dit : Nous n'avons pas refait le monde, nous ne l’avons pas défait.

Mardi 19 avril 2022. 23h40.

La date de reprise des Rencontres littéraires est fixée au 27 août. Les dernières avaient eu lieu en mars 2019. La nouvelle municipalité de Carolles avait eu le désir de les reprendre il y a déjà longtemps. Mais l’enfermement, les règlements sanitaires avaient sans cesse repoussé la date. Le dernier auteur à être venu était François Taillandier pour François, roman. Le prochain sera Jean Michelin (il a publié en 2017 Jonquille, un récit poignant, à vif, sur l’engagement français en Afghanistan où il était capitaine) pour son premier roman Ceux qui restent. J’ai rejoint Amélie en coup de vent au Rostand où elle avait donné rendez-vous à Christian Astolfi qu’elle accompagnait dans une librairie de Bourg-la-Reine pour une signature. Soirée séparée. J’ai dîné chez René avec Pascale. Ce n’est plus Jean-Gabriel qui s’occupe de ce restaurant (il n’a gardé que Chez Georges, rue du Mail), mais son beau-frère, Dominique Paul. Saucisson chaud pistaché, côteaux du lyonnais. Allons, ça n'a pas tant changé que ça.

Mardi 19 avril 2022. 16h50.

J’avais rendez-vous avec Claire dans un bistrot du XVe. J’avais appris tardivement qu’elle était en arrêt maladie après une rechute, bien des années après, d’un foutu cancer. Elle est souriante, vaillante, malgré les lourds traitements. Nous avons parlé du printemps. Du prochain été. Je l’ai raccompagnée jusqu’à la porte de son immeuble. Suis redescendu par le petit jardin qui rejoint la rue de Vaugirard. Je me suis assis un moment sur un banc. Il y avait plein d’oiseaux. J’ai envoyé un message à Jérôme. Il a quarante-quatre ans aujourd’hui. Après des années d’incessantes disputes conjugales et un interminable divorce, il file le parfait amour avec une Manon, libraire à Aix-en-Provence. Je lui souhaite de trouver enfin la paix du cœur.

Lundi 18 avril 2022. 23h30.

La chienne a pris ses quartiers chez Séverine. Nous avons quitté Carolles juste après avoir été voter. Croisé Jean-Pascal. On s’est dit quelques mots, gentils, un peu lointains. Voilà bientôt quatre ans qu’on ne se voit plus. Du tout. Je ne sais pas ce qui s’est passé. Nous avons été vraiment proches. Nous avions fait connaissance « pour de bon » en 2010 et depuis cette date nous ne nous étions pour ainsi dire plus quittés. Toujours chez l’un, toujours chez l’autre. Nous avions même pris l’habitude, après les dîners, de nous raccompagner d’une maison à l’autre et de recommencer comme de vieux gamins. Nous parlions sans effort de livres et d’auteurs, de musique, de vins, d’Italie, de jardins. Et c’était comme une vie de famille sans heurts, avec Martine et leur fille Agathe que nous avons vu grandir. Elle a vingt-et-un ans, l’âge de Camille. Puis l’été 2018, nous n’avons plus eu de nouvelles. Si je ne fais pas signe, m’avait-il confié un jour, c’est juste que je ne vais pas très bien. Ca passe. Je m’en suis souvenu et l’ai laissé tranquille. Je suis sujet, moi aussi, à ce taedium vitae qui m’isole et m’empêche. J’ai écrit plusieurs fois. Sans jamais de réponse. J’aurais peut-être dû téléphoner. Qu’était-il arrivé ? Un épais silence a peu à peu cimenté le temps. Nous nous entrapercevions, c’est tout. Une fois, j’ai tenté une explication. Vous ne savez pas ce que vous faites à vos amis, a-t-il dit simplement. Non, je ne sais pas. Je ressens simplement comme un vide, comme un manque. Et je me sens aussi sot, imbécile, innocent. Bientôt quatre ans. Nous sommes arrivés à Paris tard, il n’y avait de la place que dans le dernier train.

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