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mercredi 10 septembre 2008

Mardi 9 septembre. 23h10

J'ai rédigé le texte de la quatrième de couverture. Le livre s'appellera La mort de ma mère. Il sortira en février. Pascale l'a aimé. Elle m'a soutenu avec beaucoup de patience, de délicatesse et de proximité. Vera l'a lu aussi et j'ai cru comprendre qu'elle avait été touchée. J'avais rendez-vous avec elle pour parler de « Domaine public ». Nous avons discuté un bon moment. Des nouveaux titres, de la fréquence de publication. Elle me permet de continuer l'aventure. J'ai devant moi un petit chantier de romans, de nouvelles, de poèmes, à sortir à nouveau de l'oubli. A rendre à la lecture et à la vie.

Nous avons dîné chez Frédéric et Dominique. Ils partent après-demain aux Etats-Unis. Frédéric a obtenu une bourse Stendhal du ministère des Affaires étrangères. Ils nous prêtent pour deux mois leur grand appartement. C'est vrai que nous manquons cruellement d'espace à Paris. Entassés tous les deux dans l'entassement des choses. Papiers, bouquins, vêtements, bibelots et ustensiles. Nous campons chez nous plus que nous y vivons. Ce repli qu'ils nous offrent va nous faire du bien. Je dois leur donner les coordonnées de Victor-Antoine. J'aimerais bien qu'ils aient le temps de passer le voir dans son bizarre monastère de l'état de New York. Je vais l'appeler. Il y a longtemps que je n'ai pas eu vraiment de ses nouvelles.

mardi 9 septembre 2008

Mardi 9 septembre. 1h15

Nous rentrons juste du Théatre 13, avenue Junot. C'était la soirée de lancement de Fugitives, le dernier recueil de nouvelles d'Alice Munro aux éditions de l'Olivier. Il y a eu une époustouflante lecture d'Anne Alvaro, suivie d'un débat animé par Josyane. Amélie avait organisé toute la soirée. Au buffet qui suivait, les canapés étaient présentés sur de grandes feuilles du figuier ramenées de Carolles. Quart d'heure de célébrité littéraire de mon petit jardin.

Dimanche 7 septembre. 23h50

J'ai occupé le trajet en train jusqu'à Paris à classer les courriels que j'avais gardés, en vrac dans l'ordinateur. Archives mails. Du rebrousse années en liasses électroniques. Ce n'est curieusement pas la même démarche que d'ouvrir les lettres anciennes rangées, ficelées, dans les boîtes, mais c'est la même bouffée de passé, le même courant d'air de dessous les portes qu'on croyait fermées. Souvenirs. Mes petits morceaux d'avant.

La journée s'est glissée au jardin entre deux averses d'orage. Fabien m'avait prêté son Karscher. J'ai nettoyé le toit, la terrasse. J'ai arrangé les massifs aussi. Coupé les roses fanées. Redressé les dahlias abattus par la pluie. J'ai cueilli les trois derniers Anatole, veinés de parme et de blanc, les préférés de ma mère, que j'ai été déposer sur sa tombe. Avec Amélie.

dimanche 7 septembre 2008

Samedi 6 septembre. 23h30

Nous nous sommes levés tard. La météo annonçait un temps épouvantable, mais, ici, il fait grand soleil. Nous avons arraché la vigne vierge sur le toit du garage pour permettre au couvreur de poser son enduit. Des masses de feuillages et surtout des tiges impressionnantes (les plus grosses sont épaisses comme un poignet) courant, s’enchevêtrant sous les tuiles, les gouttières. J’ai ressenti comme un malaise à ce massacre végétal. J’ai planté cet ampelopsis il y a quinze ans maintenant. Il fait partie de la maison.

Les mirabelles ont donné six pots de confiture. Nous avons veillé ensemble sur chaque bouillon. Nous les avons rangés dans l'armoire de l'entrée avec le linge de table et les torchons blancs.

Vendredi 5 septembre. 23h55

Avant de partir à la gare, ce matin, j’écoutais La fabrique de l’histoire sur France Culture. Avec Arlette Farge. L’émission roulait sur les livres de Bataille, de Bramly, sur le dernier film de Manuel de Olivera. Je ne sais plus vraiment ce qui s’est débattu et tout cela d’ailleurs aurait ronronné s’il n’y avait eu elle. Je la trouve éblouissante d’intelligence sensible. Et grave et rieuse et pleine d’à-propos. Le goût de l’archive qu’elle a fait paraître au Seuil en 1989 me reste un bréviaire de connivences. Cette salle des imprimés à la Bibliothèque nationale. Cette émotion des liasses. Papier craquant, épingles rouillées. Premières fois. Et cette vie qui monte de l’encre usée d’absence… Bref, je me suis mis en retard. Je courrais avec mes valises dans la rue de La Croix-Nivert quand je suis parvenu à attraper un taxi. Bonheur. Le chauffeur avait branché son auto-radio sur l’émission. J’ai pu l’écouter avec lui jusqu’au bout.

Courses à Granville. Rangements dans la maison. Le potager était noyé de pluie fine. Le couvreur est passé pour inspecter le garage. Nous aimerions bien y aménager une chambre. Il va refaire l’étanchéité. Au soir, le train d’Amélie est arrivé très en retard. Nous avons veillé à dénoyauter des mirabelles pour faire de la confiture. Laissé macérer une heure avec sucre et citron. Un bouillon. Demain, nous reprendrons la cuisson.

samedi 6 septembre 2008

Jeudi 4 septembre. 22h45

J’ai écrit un petit mot à Laurence Bourgeon. Pour m’excuser. J’ai été, je crois, désagréable avec elle au cours de la soirée Virgin d’hier. C’était idiot, car cette jeune femme qui s’occupe de la presse chez Bourgois, et que je rencontrais pour la première fois, n’avait vraiment pas à subir mes deux minutes de mauvaise humeur. Je râlais parce que je n’avais eu aucun signe de l’éditeur après mon papier sur Ailleurs de Julia Leigh. Rien à voir avec la chasse aux compliments, mais envie simplement d'entendre quelque chose. J’ai profondément aimé ce livre. Je l’attendais aussi. Neuf ans que Julia Leigh n’avait pas publié. Le texte m’a touché parce qu’il me semblait qu’il répondait précisément à cette attente. A la mienne. Particulière. Et que tout cet imaginaire de forêts profondes et d’inquiétudes d’enfance qu’elle avait dilué dans son premier roman chez Actes Sud, Le Chasseur, se retrouvait ici en liqueur forte, concentré. Il y avait également une foule de références carrolliennes qui faisaient autant d’étranges lucioles dans la lecture de ces pages obscurcies de tristesse. Outland et Autre côté. J’aurais tellement voulu en dire. J’avais si peu de mots. Le matin de la parution de ma chronique dans Le Monde, j’avais lu l’article que Claire Devarrieux avait consacré aussi à Ailleurs dans Libération, et je le trouvais tellement juste, intelligemment critique. Le mien n’était-il pas, du coup, embrouillé d’affectif ? J’aurais aimé en parler. Lever les doutes. Pouvoir continuer. Mais il en est qui se taisent… A chaque poussée d’ego, sa petite leçon d’humilité.

J’ai déjeuné avec Claudine à La Bastide. Elle me présentait ses livres chez Fayard et chez Plon. Il va y avoir bientôt une nouvelle édition du Voyage d’Italie de Dominique Fernandez. Nous avons parlé de Joigny, comme souvent lorsque nous nous voyons. C’est la ville de ses premières années et de sa toute jeunesse. J’y ai effectué mon service militaire. La vieille ville aux églises, les bords de l’Yonne, m’ont sauvé de la caserne. C’est singulier comme les souvenirs et les sentiments se calquent, se recouvrent. Trouvent leurs points de fuite et d’échappée dans une complicité cartographique tendre. J’ai embrassé Gilles en partant. Cela faisait un bon moment que je n’étais pas venu dans son restaurant. Nous avions un projet de livre ensemble. J’ai tourné plusieurs fois autour de l’éditeur sans le trouver vraiment. Nous avons oublié un peu tous les deux. Enfin, pas vraiment. On s’en reparle ?

Je rentrais chez Buchet quand j’ai croisé Florence Robert. Elle venait de lire mon portrait de Véronique Bergen dans Le Monde des Livres. Nous nous sommes échangé plein de gentillesses. Sur son auteur, sur son travail d’éditrice, sur ma page dans le journal. Et, pour être honnête, ça fait du bien…

jeudi 4 septembre 2008

Mercredi 3 septembre. 23h45

J'avais rendez-vous tôt ce matin au Pèlerin. Le groupe Bayard a déménagé à Montrouge et c'est une petite expédition que de s'y rendre au milieu des travaux qui s'étirent entre la porte d'Orléans et les limites de Gentilly. Locaux neufs, bureaux « paysagers », moquette grise et murs blancs. Avec Catherine et Isabelle, nous avons défriché un peu les parutions. J'ai trois portraits à rendre dont celui de Mathias Enard qui vient de publier Zone chez Actes Sud. J'ai rencontré Mathias la première fois au Festival du premier roman de Chambéry où il était invité pour La perfection du tir. Mathias est un grand écrivain. De son époque. Dans son époque. Et c'est cette inscription, qui le rend universel. Zone se lit une hallucinante machine à remonter le temps. Celui des violences de tout un siècle en Europe. Mise à rebours, ressort tendu. Il faut qu'on se voie avant son retour à Barcelone.

Déjeuner chez Messonnier avec Jean-Pierre Coffe. Nous avions pris date depuis longtemps. Je voulais lui proposer de faire un livre. Il veut que j'écrive un titre dans une collection qu'il vient de lancer. Bataille. Je ne désespère pas de lui faire un jour accepter quelque chose. Et peut-être faudrait-il aussi que je regarde un peu plus attentivement son offre. Saladiers lyonnais. Quenelles de brochet. Nous avons passé un bon moment à table. Les patrons étaient aux anges. J'ai avancé l'après-midi chez Buchet mes propositions pour la collection et je suis passé chercher Amélie aux éditions de l'Olivier, rue Jacob. C'était la soirée de rentrée littéraire avec Lire au Virgin des champs Elysées. Nous y avons retrouvé Marie-Sophie et Delphine. Elles viendront à Carolles, un week-end prochain.

mercredi 3 septembre 2008

Mardi 2 septembre. 23h10

Il me faut de nouvelles lunettes. Plus fortes. Je ne parviens plus à lire de près. l'ophtalmo rigole. Vous avez encore une vue de jeune homme. Cause toujours. Je ne suis plus jeune. Ca me terrifie ces lignes qui se brouillent, se ratatinent et se perdent en gris.

Lundi 1er septembre. 22h00

Paris par le train de 6h04. Bondé. Une foule de vacanciers avait repoussé leur retour au tout dernier moment. Cela faisait un petit embouteillage de valises à roulettes sur le quai de Montparnasse. J'ai déposé les affaires et je suis allé chez Buchet. L'édition des Mystères de L'Île-saint-Louis que j'ai préfacée pour Phébus suscite quelques questions. Bah... Le correcteur pointe des lacunes dans les chapitres. Pour ma part, j'ai plutôt trouvé pas mal de petits freins à la lecture dans la première partie du livre. Ils sont dûs, je pense, à la hâte feuilletonesque de Beauvoir. C'est inhérent au genre, mais c'est un peu gênant parfois. Manque-t-il vraiment du texte? Pas sûr. Cela vaudrait peut-être la peine quand même de le signaler dans un avertissement ou dans des notes de bas de page...

J'ai déjeuné avec Pascale et je lui ai demandé d'être mon témoin pour le mariage. J'ai hésité pour ne pas la gêner, mais elle a été, justement déjà, témoin de tant d'événements sensibles. Cela fait plus de cinq années qu'elle m'accompagne comme éditrice et il y en existe une myriade de moments avec elle, nichés dans de curieux interstices qui s'ouvrent en affinités secrètes, discrètes ou plus simplement tues... J'ai eu peur qu'elle dise non.

J'avais rendez-vous avec Marie au Sauvignon après sa première journée de travail. Je l'ai trouvée fatiguée mais radieuse. Cela me fait un bien fou de la voir heureuse. Amélie nous a rejoints. Nous sommes rentrés chacun chez nous. Marie vers Charonne. Nous vers Vaugirard. L'appartement déborde de courrier, de paquets. Il faut tout ranger avant de se coucher.

lundi 1 septembre 2008

Dimanche 31 août. 22h30.

J’ai travaillé une grande partie de la journée à mon papier sur Véronique Bergen. J’ai revu les deux seuls recueils de poèmes que j’ai d’elle : Habiter l’enfui et Voyelle. Ce dernier est bouleversant. Il écrit la passion en miroir, raconte les tremblements, se hérisse en chair de poule.

Dans le figuier, les grives et les merles se disputaient les derniers fruits. Nous n’en aurons pas mangé un seul cette année.

Samedi 30 août. 22h00

Nous avons emmené Georgette au marché à Granville. Cela faisait une semaine que c’était décidé. J’irai bien faire un tour. Ca fait tellement longtemps. Nous avons fait le tour des étals à tous petits pas. Elle s’est essoufflée à monter l’étage de la halle couverte, elle a manqué de peu une chute au rebord de trottoir, mais elle était contente, je crois. Elle s’est acheté du miel, des fraises. De grosses tomates de Marmande, des abricots bergeron. Devant la poissonnerie, elle a risqué : J’aimerais bien à nouveau manger des huîtres, mais je ne sais plus les ouvrir. Trois douzaines. Une dorade. Nous l’avons gardé à déjeuner à la maison. Jardinage aux Fontenelles dans l’après-midi. J’ai repiqué de nouveaux plants de salade. Du pain de sucre, de la feuille de chêne blonde, encore de la frisée. J’ai passé la tondeuse. Amélie éclaircissait les semis. Elle a déterré les pommes de terre. Dix bons kilos de charlotte. Nous ne nous débrouillons pas si mal maintenant.

Vendredi 29 août. 22h50

Je suis parti à Carolles dans la matinée. Temps de brume chaude à l’arrivée. La mer était retirée très loin. Un petit trait bleu dans un horizon de sable. Nous sommes dans deux jours de grandes marées. J’ai peur toutefois que n’ayons pas le temps d’aller à la pêche. Trop de travail. Je me suis mal débrouillé cette semaine. Les courses à Granville. Quelques heures à ranger les dossiers dans mon nouvel ordinateur, mettre au propre les notes de mon entretien avec Véronique Bergen, un tour au Fontenelles, une visite à Georgette. Amélie est arrivée par son 20h40. Nous avons dîné. Une poignée de lançons frits. Des coquilles saint-jacques. Une frisée du jardin.

Jeudi 28 août. 23h50

J’ai déjeuné avec Brigitte au Perron. J’y ai pris, comme à chaque fois là-bas, une assiette de vitello tonato : de fines tranches de rôti de veau froid nappées de mayonnaise au thon et accompagnées de gros câpres. Cela peut apparaître peu gastronomique, mais c’est délicieux. Ma mère le faisait avec le thon simplement manié à l’huile d’olive et abondamment poivré. Elle tenait la recette des Italiens chez qui elle logeait à Tunis au début des années cinquante. De beaux souvenirs pour elle, je crois. Elle débordait d’anecdotes riantes. Revenait sans cesse celle où le père de famille affamait la tablée en se servant le premier de spaghettis . Rien qu’une fourchetée, disait-il. Et dans un miracle d’équilibre, il emportait la moitié du plat. Brigitte et moi avons parlé d’Akli Tadjer . Il vient de publier Il était une fois, peut-être pas chez Lattès. Une belle histoire entre père et fille. Ce doit être son cinquième ou sixième roman. Je ressens vraiment beaucoup d’affection pour son écriture. Pour sa manière d’exprimer les sentiments, en vérité pudique. Pour sa gouaille tendre. Je vais proposer à Christine un portrait dans Le Monde. Le soir, c’était le cocktail de rentrée des Inrokuptibles dans les jardins du Centre national du livre. Nous avons retrouvé Nathalie, bavardé avec une foule de gens. J’en ai profité pour remercier Jean-Marc Roberts d’être intervenu auprès du Seuil pour mon anthologie de la poésie de Jean Cayrol. Grâce à lui, après des mois de tergiversations, le projet a l’air sauvé.

Jeudi 28 août. 10h35

Je viens de téléphoner à Marie. Il y a juste vingt-quatre ans, elle naissait à la maternité de Saint-Vincent-de-Paul. Je m’en souviens comme d'hier. Je me souviens de tout.

jeudi 28 août 2008

Mercredi 27 août. 23h40

Nous avons fait un long déjeuner avec Nadine. De ceux qui traînent de nouvelles en nouvelles, d'autres verres en autres cafés. Chacun a fait sa pelote d'histoires. De livres aussi. J'ai vu Marie à La Perle en fin d'après-midi. Veille de son anniversaire. Son cadeau? Un peu d'argent pour son nouvel ordinateur. Elle aussi a dû en racheter un en catastrophe. Hier.

Mardi 26 août. 23h50

J'ai rendu mon manuscrit à Pascale. Elle est venue me voir en fin de matinée. Tout va bien. Je respire. Je suis content que le livre soit maintenant entre ses mains. Déjeuner en terrasse au Récamier avec Stéphanie. Beaucoup de gens de l'édition. Des bonjours, des embrassades. De quels livres parlent-ils? Je suis en retard pour mes lectures. J'ai passé l'après midi chez Buchet à travailler à la nouvelle programmation de « Domaine Public ». Elargir le choix des titres, des auteurs. Sortir de la férule que je me suis moi-même imposée. J'ai pris rendez-vous avec Vera dans une dizaine de jours pour lui soumettre tout cela. Je suis passé à la Fnac acheter un nouvel ordinateur. Samuel me l'a gentiment installé. Tout fonctionne. Ouf... Rejoint vers 19h00 Amélie et Christine au Sauvignon. Josyane nous a retrouvé le temps d'un verre. J'ai hâte de lire son livre. Epreuves la semaine prochaine.

Lundi 25 août. 23h30

Mon petit ordinateur portable vient de rendre l'âme. L'écran a hoqueté une ou deux fois dans le train du retour à Paris avant de s'éteindre définitivement. Hier, j'avais eu la présence d'esprit de sauvegarder mon manuscrit. J'espère pouvoir récupérer le reste. J'ai peur qu'il faille en acheter un nouveau. Je suis bien embêté. Financièrement déjà, car je ne vois pas où je vais trouver les sous, mais je me découvre aussi envahi d'une espèce de sentimentalisme. D'attachement un peu bête. Objets inanimés, etc... N'empêche, c'est sur ce clavier que j'ai tapé la plupart de mes textes. Je l'ai trimballé partout. J'ai du mal, vraiment, avec les séparations. J'ai retrouvé Marie à son nouvel appartement. Elle habite au troisième étage, au fond d'une cour pavée, toute fleurie de fuschias et de roses. Une grande vigne vierge envahit la façade. Je crois qu'elle mesure sa chance. Le deux-pièces fait un peu vétuste, enfin pas entretenu, mais il est chaleureux. Je m'y suis senti bien tout de suite, m'a-t-elle dit. Nous sommes allés faire des courses dans un magasin de bricolage. Je lui ai arrangé des étagères dans sa minuscule cuisine. On s'y cogne partout. Je vais réfléchir à quelques solutions. Amélie est venue nous rejoindre avec une bouteille de champagne et nous avons trinqué à son aménagement. Dîner tous les trois ensuite dans un bar à vins d'une petite rue de l'arrondissement. Dans quelques jours, elle aura vingt-quatre ans.

Dimanche 24 août. 22h00

J'ai envoyé à Florence le papier sur le Julia Leigh. Georgette est passée dans l'après-midi. Elle est à peine restée. Elle nous apportait juste un chèque pour que nous refassions le fauteuil club détruit par les deux petits monstres de cet été. Pas moyen de refuser.

mercredi 27 août 2008

Dimanche 24 août. 02h30

Nous rentrons juste de chez Emmanuelle et Dominique à Agon. Soirée familiale, bousculée d'enfants fatigués. Rillettes de maquereau. Moules au fenouil et à la crème. Quelques bonnes bouteilles. Nous en avons d'ailleurs emmené quelques unes. Dominique nous avait mis de côté une caisse parmi celles qu'il avait reçu pour ses revues de gastronomie. Dans l'après-midi, j'ai relu le court roman de Julia Leigh, Ailleurs, chez Bourgois. Le titre français est bien plus évocateur des distances de ce texte que l'original : Disquiet. Il s'agit en effet d'une histoire d'outland à la Lewis Carroll. Celui de Sylvie et Bruno. Magique et inquiétant. Je rends le papier pour le prochain numéro du Monde .

Vendredi 22 août. 23h30

J'ai regardé mon texte aujourd'hui. Je l'ai senti lointain. Bizarrement étranger. J'ai bougé quelques mots, changé quelques tournures. Je vais devoir le réapprivoiser. Pascale le lira la semaine prochaine. J'ai hâte de ce qu'elle m'en dira. Pour l'instant, je ne réalise pas très bien cet achêvement. Je pensais me trouver soulagé d'avoir mené à bout ces pages difficiles. Il n'en est rien ou pas encore.

J'ai rangé la maison. Traîné un peu. Je suis allé jusqu'aux Fontenelles ramasser quelques pommes de terre. J'ai cueilli une romaine pour le dîner. Au bout du potager, j'ai découvert une vingtaine de guêpes survivantes de l'incendie du nid. Elles s'étaient agglutinées en une boule bourdonnante sur l'entrée bouchée du guêpier. Je les ai capturées sans qu'elles réagissent. Je vais les préparer pour en faire une boîte que j'offrirai à Victoria, quand je la reverrai. Souvenir de sa piqûre et de notre belle panique. Catharsis pour petite fille.

Amélie est arrivée par le train de 20h40. Nous nous sommes fait vertement réprimander par le chef de gare. Elle avait traversé les voies pour me rejoindre. Nous avons baissé le nez. C'est que nous avions hâte de nous embrasser.

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