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samedi 23 juillet 2011

Vendredi 22 juillet 2011. 22h20.

Nous sommes arrivés à Carolles dans le soleil ras de la fin de journée. Le jardin est en chantier. M. Mitaillé (fils…) a commencé la taille des haies. Il y a plein de branchages dans les allées. Pas de fleurs. Juste quelques fuschias. Mais tout est vert grâce aux pluies des jours derniers.

Vendredi 22 juillet 2011. 16h00.

- Cela fait plus d’un mois et demi que ce journal est en jachère. Mes notes d’agenda s’entassent. Je me perds dans le passé immédiat. Je n’arrive plus à rien. A rien du tout. Je ne me relève pas bien de cet accident de mars. Tout me demande un effort considérable. J’ai l’impression d’être sans cesse saigné de courage. -

J’avais un message d’Aude Lancelin ce matin en réponse à mes propositions de rentrée. Elle me passe commande d’un papier sur Du domaine des murmures, le nouveau roman de Carole Martinez. C’est peu dire que je suis rassuré de reprendre mes collaborations à Marianne. Continué mes lectures. Sur un coin de table pendant mon déjeuner chez le Grec de la rue Daguerre, j’ai écrit aux trois petites. Je n’avais rien envoyé hier. Il ne faut pas qu’elles restent sans courrier.

(...)

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Lundi 6 juin 2011. 20h45.

Amélie est allée déposer de nouveaux documents chez l’assureur. Nouveaux certificats médicaux, nouveaux justificatifs de dépenses. Nous avons dépensé une fortune depuis bientôt trois mois. J’ai peur qu’il faille encore attendre longtemps avant que nous ne récupérions un petit quelque chose. Un expert doit nous contacter, paraît-il… J’ai envoyé à Joseph mon papier sur le livre de Vercier. Retour à Paris. La station de taxis, gare Montparnasse, était envahie de voyageurs. A vue de nez, il y en avait pour une demi-heure d’attente. Allons, mon état a finalement quelques avantages. En fauteuil roulant, je ne fais pas la queue.

Dimanche 5 juin 2011. 23h05.

Les huîtres chez Georgette et le muscadet. Je commence à en être un rien lassé. Ce n’est pas tant que les huîtres sont « à température », et sans vinaigre d’échalote, sans pain beurré. Mais aussi (surtout) ce genre d’habitudes finit par m’angoisser. Je suis ridicule. Marcus a appelé de Mexico dans l’après-midi. On voudrait te demander quelque chose. Hier, Amélie avait su les résultats de l’échographie. Ce sera une petite fille. Une quatrième fille. Naissance en novembre. On voulait te demander… Tu accepterais d’être le parrain ? J’étais allongé sur le lit. J’ai regardé, dehors, aux feuilles du figuier. Vivement leur automne. Oh oui. Merci. Et ma voix n’a même pas tremblé. Nous dînions chez Annick et Norbert. Moussettes. Sauté d’agneau. Nous avons parlé d’André Hardelet, des Chasseurs, de L’essuyeur de tempêtes, de La cité Montgol… Je me suis souvenu, pour Amélie, de L'amour, c'est ce pays à l'infini ouvert par deux miroirs qui se font face…

vendredi 22 juillet 2011

Samedi 4 juin 2011. 22h10.

Amélie a récidivé pour le marché. Mais à Granville cette fois et de bonne heure le matin. Elle y est allée avec Nelly qui, exceptionnellement, avait laissé la magasin à la garde de son fils. Pour une fois… Des années qu’elle n’avait pas fait une « escapade » du genre. Elle et Charles sont à la tâche sept jours sur sept. La presse, les livres, la papeterie, le loto (on ne gagne jamais…), les bonbons, les photocopies, le bazar et les jouets de plage. Il a fallu qu’on l’opère du dos l’an dernier pour qu’elle accepte de se reposer. Martine, Jean-Pascal et Agathe sont passés à la maison avec une bouteille de viognier et l’envie de reprendre un peu la conversation d’hier soir. Nous avions des homards gigotants et de la laitue rouge. Ils sont restés déjeuner. J’ai fait du rangement dans mon bureau, à défaut de pouvoir m’occuper du jardin. Nous étions invités chez Monique et Jean-Marie pour prendre un verre en fin de journée. Il y avait leurs enfants, leurs petits-enfants. Apéritif de retour de plage. Carolles commence à se mettre à l’heure d’été.

mardi 5 juillet 2011

Vendredi 3 juin 2011. 22h40.

Amélie est partie au marché à Jullouville. Rentrée énervée. Trop de monde ! Trop de monde ! Tout une foule est arrivée pour le week-end de l’Ascension. Elle s’est fait bousculer devant les étals. Je te jure qu’il y a des coups de panier qui se perdent. La saison commence. Nous allons devoir nous replier loin des endroits fréquentés. Lucie m’a envoyé les pages livres du Soir de Bruxelles. Encore un papier sur La fausse porte. Comme il est difficile de grandir…, écrit-elle. J’ai jeté un coup d’œil en arrière. Juste par dessus l’épaule. Il est là ce petit garçon qui m’a tenu la main à chaque page du livre. Ca va ? Nous nous sommes même fait signe. Voilà, on continue ensemble. Ca va. Oui, ça va… Nous avions invité Martine et Jean-Pascal pour le dîner. J’avais préparé un rond de veau, enfoncé de lardons, de noix et de provolone. Pâtes fraîches, sauce au gorgonzola. C’était mon retour en cuisine…

Jeudi 2 juin 2011. 23h10.

La rencontre était annoncée depuis la semaine dernière. J’avais des affiches chez tous les commerçants. A l’épicerie, à l’auberge, à la charcuterie, chez le boulanger… Je signais La fausse porte à la Maison de la presse de Carolles. Le monde promis par Charles était là dès dix heures. Bonjour. Bonjour. Comme à chaque fois dans ces circonstances, voilà que je me retrouvais frappé d’amnésie. Vous pouvez me redire votre prénom ? Façon d’avouer J’ai complètement oublié comment vous vous appelez. Avec certains, ça passe. D’autres, je sens bien qu’ils sont un peu blessés. Je me mets à leur place, c’est vexant. Mais je n’y peux rien. Dès que je dois reconnaître les gens, ça devient impossible. Même, et hélas surtout, ceux pour qui ça ne devrait pas poser de problèmes. Je mutiplie les absences… Dans les cocktails, je m’en sors en noyant mes lacunes dans le pâteux des conversations. et m’enfonce dans la confusion, préférant me taire plutôt que tenter une hasardeuse identification. Mais quand il s’agit d’une dédicace… Vous avez vu que vous aviez un article dans Le Nouvel Observateur, m’a dit une dame que, pour le coup, je n’avais jamais vue. Oui, merci. Jérôme Garcin a titré son papier « Une enfance à Senlis ». Il y a une photo de classe en illustration. Celle de mon CM2 avec M. Violet. Vers les midi, Amélie a apporté du vin rosé et des « pains libanais ». Les pains libanais, pour l’apéritif, sont une recette de Claire, inventée du temps où la famille était en Côte-d'Ivoire. Il faut séparer en deux une pita. On badigeonne chacun des deux cercles avec un mélange d’huile d’olive d’ail, de thym, d’herbes, de gingembre et de piment hachés. Quelques minutes au four, le temps de les dorer, à peine. Nous avons déjeuné chez Françoise et Jean-Pierre avec Gillian et Patrice. Premières moussettes. Premières « vraies » fraises. Brouilly léger. J’aurais bien marché pour le retour. Elles me tardent les promenades. J’ai rappellé Nicole Garret-Gloanec pour mon intervention à son colloque à Cerisy. Trop compliqué. J’ai besoin qu’on m’amène, qu’on me ramène. Qu’on me dépose à la gare avec ma valise pour le retour à Paris. Je suis désolé… Fait un peu de courrier. Charles et Nelly sont venus dîner à la maison. Ils voulaient nous inviter dans un restaurant qu’ils aiment bien, quelque part dans les terres. Une autre fois, pardon… Je ne cesse de demander excuse. Avec ma jambe à la traîne, oui, tout est si compliqué.

Jeudi 2 juin 2011. 2h50.

Train du matin pour Granville. Nous n’aurons pas quitté la maison trop longtemps cette fois-ci. Mais depuis l’accident, nos allers-retours s’installent dans un épuisant désordre des semaines. Plus que jamais, nous avons l’impression d’habiter nulle part. Temps maussade. Je me suis mis à la rédaction de la nécro de Jorge Semprún. Florence m’avait commandé le papier la semaine dernière. Il ne va pas bien du tout, tu sais... A l’hôpital, il avait fait un accident cérébral pendant une opération du dos. Pas repris connaissance depuis. J’avais découvert Semprún avec Le grand voyage. Je m’intéressais alors à « la littérature des camps ». Ce livre, le premier, était celui de ses retrouvailles avec le passé qui ne passe pas. Des retrouvailles qui ne finiront pas de se renouveler. Plus tard, dans L’écriture ou la vie, le récit se confronte à la difficulté de témoigner. A la douleur du témoignage. La tentative de ranger ses textes sous quelques lignes forces (l’expérience de la déportation, la vie clandestine militant, l’exil en France, l’Espagne après Franco) échoue très vite tant il écrit dans un foisonnant ressassement. Les souvenirs se bouclent. Partout l’enfance est en filigrane. Des scènes de famille restées en mémoire dans de très fugitifs instants se retrouvent à chaque titre. Je crois que c’est cette approche particulière qui m’a touché. Et puis, comme l’écrivait Cayrol après sa libération de Mauthausen (Semprun, c’était Buchenwald…), il avait eu cet étrange privilège d’être né deux fois. Tout ce temps à reprendre. Cette manière neuve de vivre des jours d’après la mort. Fini tard d’écrire. Amélie était couchée depuis longtemps.

mercredi 15 juin 2011

Mardi 31 mai 2011. 21h15.

Bien nommé Jeux « d’Epreuves »… J’ai effectué tout un gymkhana à la Maison de la radio, d’escaliers en couloirs, pour accéder au studio. J’enregistrais deux émissions à la suite. Retrouvé, pour la première, avec Joseph, Alexis, Baptiste Liger, Pierre Vavasseur. Et pour la suivante, Alexis à nouveau (j’aime bien quand il est là. Nous n’avons pas franchement les mêmes goûts, mais nous nous écoutons l’un l’autre et du coup, nous nous entendons bien…), et Clara, et Philippe Delaroche. Il m’en reste une suite d’impressions brouillonnes. Contrastées plutôt. Vavasseur défendait un gros volume de plus de cinq cents pages écrit par Marc Lambron, Carnet de Bal (3). J’avais complètement oublié d’ailleurs qu’il en existait deux autres. Il s’agit d’une succession de chroniques, de rencontres, de portraits de « célébrités ». On trouve ainsi Demy Moore, Kate Moss, Yves Saint-Laurent, Sophie Marceau, Michael Jackson, Romy Schneider… On a l’impression de feuilleter une pile de vieux Paris-Match ou de Figaro Madame, un après-midi pluvieux, invité chez des gens qu’on connaît mal. Enfin. J’ai été loin de me conduire de manière agressive ni avec Lambron, ni avec son livre. Pourtant, quelle volée de bois vert j’ai pris en retour par Pierre Vavasseur à propos de La mauvaise fortune, le livre de Bruno Vercier sur Charles-Louis Philippe. Il n’y a peut-être pas de relation de cause à effet, mais quand même… J’ai été choqué de l’entendre dire après qu’il ait confié connaître à peine le nom de Philippe que celui-ci faisait de la pudeur son fond de commerce et que sa littérature était une macération de l’humilité. Comment peut-on être aussi injuste... Malgré le soutien de Baptiste et la critique très « tempérée » d’Alexis, je m’en suis retrouvé désemparé. J’espère que je suis parvenu, quand même, à trouver les mots justes pour le défendre. Je présentais aussi Le pourceau, le diable et la putain de Marc Villemain chez Quidam. Un court texte, en mots crus, en chair tendre, faisant, à curieux rebours, quand viennent les moments de la déchéance du corps, le récit de la misanthropie nécessaire, de l’intolérance de tout autre que soi. Il s’est trouvé de beaux livres dans ces deux émissions. Les corbeaux d’Alang d’Erik Emptaz, L'été en enfer de Nicolas Chaudun et surtout Pink Floyd en rouge de Michele Mari, ce roman en 30 confessions, 53 témoignages, 27 lamentations dont 11 outre-mondaines, 6 interrogations, 3 exhortations, 15 rapports, une révélation et une contemplation. Je me souvenais de son autre titre traduit en français, Tout le fer de la tour Eiffel. Il y était question d’une drôle de partie d’échecs, entre-deux guerres, que disputaient dans Paris, Walter Benjamin et Marc Bloch contre le philologue allemand Erich Auerbach. Avec Pink Floyd en rouge, Mari nous entraîne au colin-maillard du rock britannique. Il se saisit des noms, des situations, des œuvres, et dans une précision infinie du détail, fait basculer la narration dans le nonsense. Il est sans doute des plus « carrolliens » des auteurs contemporains. L’étrangeté de l’énumération du sous-titre rappelle le Délire en huit épisodes ou crises de La chasse au Snark de Lewis Carroll. Pas besoin (surtout pas) d’être un fan du groupe pour se laisser happer. A bientôt, Joseph. J’ai rejoint à pas traînants la station de taxis. Retrouvé Amélie et Fiona au Bistrot de Paris. Fiona arrivait d’un séjour en Suède sur l’île de Gotland. Elle s’y était rendue pour son « roman des origines ». Elle prenait son avion du retour pour l’Australie le soir à Roissy. On se parle toujours entre parenthèses. Jamais longtemps. Jamais assez. How is Steve ? And Leo ? Je tends l’oreille. Je ne comprends que deux mots sur cinq. Heureusement, Amélie est là pour traduire. Irons-nous un jour à Melbourne, tous les deux ? Il faut que je file. I’m in rush (c’est ça ?). Take care. J’aime bien ces deux mots d’amitié. J’ai l’impression qu’ils enveloppent toute la distance. Je suis rentré en vitesse. J’avais rendez-vous à l’appartement avec Bernard Lehut. Il venait pour le « questions-réponses » des Livres ont la parole qu’il anime sur RTL. Je me suis senti fatigué. C’est vraiment gentil de t’être déplacé jusqu’ici.

mardi 14 juin 2011

Lundi 30 mai 2011. 23h10.

Laurence a traversé Paris pour venir déjeuner avec moi. Je l’ai retrouvée au restaurant grec de la rue Daguerre. Court trajet en grimaces et en petits pas. J’étais content si de la revoir. Je venais de recevoir par la poste La confusion des peines, son livre à paraître à la rentrée. Le « vrai », broché sous la couverture bleue. Après avoir lu tant de fois son manuscrit, voilà qu’il me semblait que j’avais tout à découvrir. Je ne peux pas t’en parler. Je t’écrirai. D’ailleurs, je dois t’écrire, et à tes filles aussi. Quelle drôle de façon de commencer à bavarder… Je suis rentré tôt pour être auprès du téléphone J’aurais dû aller au Fouquet’s pour le jury du prix Pagnol. Ma présence n’aurait rien changé au vote. Je tenais pour deux titres : Le lit de Rose de Joëlle Miquel et Arthur et moi d'Emmanuel Arnaud. Nous n’étions que deux sur dix à les défendre. Et, en aucun cas, je ne me serais agrégé à la décision finale. Bah… Pierre est venu dîner avec nous ce soir. Il termine sa thèse sur South Park, la série TV américaine et travaille comme caissier dans un cinéma près du Luxembourg. Il était avec Marie au collège. Ils ont le même âge tous les deux.

Dimanche 29 mai 2011. 18h50.

Nicolas m’a fait un papier sur La fausse porte dans Le Figaro magazine. Nous l’avons découvert affiché à la vitrine de la maison de la presse. Nelly et Charles ont d’ailleurs réuni tout un « press book » en prévision de ma signature de la semaine prochaine. Je vire à le célébrité locale. Vendredi, j’ai même reçu le correspondant de La gazette de la Manche. Je te promets que nous aurons du monde !, m’a dit Charles. Le dimanche a filé. Amélie a attaché les rosiers, ratissé. J’ai fait le tour du jardin, en marchant, appuyé sur les béquilles. Nous avons préparé la maison au départ. On revient juste dans quelques jours. Bientôt. Bientôt.

Samedi 28 mai 2011. 22h45.

J’avais expédié la semaine dernière les moyennes de mes ateliers d’écriture à la fac, avec les notes du remplacement d’Astrid. On tombait assez juste tous les deux, d’ailleurs, sur les évaluations. Et puis voilà que j’ai commencé aujourd’hui à recevoir des messages des étudiants. Plein de petits mots gentils. Ils n’étaient vraiment pas obligés. Ca m’a été un vrai crève-cœur de les laisser ainsi cette année. Déjà au premier semestre, puis au second. Eux aussi, comme les collégiens d’Eugène Varlin, j’ai eu l’impression de les abandonner. Je ne crois pas avoir l’âme très « pédagogique ». Je voudrais juste qu’ils se servent dans le peu que je sais. Et que ça leur donne envie d’aller ailleurs. Plus loin. Ce qu’ils m’écrivent me montre juste que je n’ai pas trop tort d’avoir ces idées-là. J’ai toujours été méfiant avec les profs. A de rares et de belles exceptions près, je crois qu’ils n’aiment pas leurs étudiants, leurs élèves. Leur rêve est sans doute faire cours devant un miroir et de s’écouter parler. Enfin seul ! Il y en avait un comme ça paraît-il, l’an dernier ou encore avant, à Censier, qui flanquait ses étudiants à la porte quand ils ne savaient pas répondre. Au bout d’un moment, soit qu’il les avait fait sortir, soit qu’ils s’étaient sortis tout seuls, il ne lui restait plus grand monde. En revenant du marché, à Granville, Amélie a fait le détour par l’encadreur de la rue des Juifs. Le tableau était prêt. Nous l’avons accroché. On dirait qu’il a toujours été là. Isabelle et Fabien sont passés avec leur toute petite fille. Et oui, encore une naissance... Elle s’appelle Pauline et elle est née aux premières heures du 23 mai. Une brunette, chevelue, incroyablement sage. Déjeuner au jardin. Mme Bassard est venue nous rendre visite, pour prendre de mes nouvelles. C’est un peu le monde à l’envers en ce moment. Elle a quatre-vingt-six ans. Mais c’est vous qui n’allez pas bien ! Georgette, elle, se porte comme un charme. J’ai mis le muscadet au frais. Je craignais qu’elle ressasse des inquiétudes après le cambriolage « domestique » qu’elle a subi le mois dernier. Une aide-ménagère remplaçante (vraisemblablement, mais cela est difficile à prouver) a fait main basse, dans son secrétaire, sur de l’argent liquide et sur quelques Louis d’or (des Napoléons, plutôt) qu’elle conservait religieusement. Les gendarmes avaient fini par se déplacer faire un peu de figuration. Mais ce n’est rien, répète-t-elle. Plaie d’argent n’est pas mortelle et… je m’en fiche !

lundi 13 juin 2011

Vendredi 27 mai 2011. 19h25.

La maison s’est pris comme une odeur d’abandon. Quelque chose de confit, de sucré. De fond d’armoires, de propre renfermé. Amélie a ouvert grand les fenêtres. La tiédeur sèche du jardin est entrée. L’herbe y est jaune, les rosiers souffrent, les plantes des grands pots ont l’air grillées. J'ai beau avoir la permission de marcher, je hurle dès que je pose le pied par terre. Ce soir encore, je ne peux rien faire. Tu sais, je crois qu’il faudrait arroser.

Vendredi 27 mai 2011. 17h15.

Attente interminable au service d’orthopédie (pardon, au pôle locomoteur) de Saint-Joseph. Nous avions rendez-vous à 9h00. La chirurgienne est arrivée vers 10h30. Pas moyen d’en vouloir à personne. On dira qu’elle devait avoir plein de problèmes importants à régler. De toute manière l’attente est la règle, dans les hôpitaux, au cabinet des spécialistes, dans les laboratoires, les centres d’examens. Quand on est mal, on n’a sûrement que cela à faire : attendre. Bien content qu’on vous soigne. On dit merci en repartant. Je trouve les « patients » d’une infinie douceur, d’une infinie patience, justement. Jamais un mot, une question, ou à peine, aux « soignants » qui tracent dans les couloirs, la poche de la blouse bouffie de stylos-bille, le stétoscope au cou (jeté sur l’épaule, c’est plus chic…), et toujours, affairés, le regard bien au loin ou au ras des godasses. Enfin, je ne vais pas me plaindre, elle est gentille, la chirurgienne, et l’infirmière aussi. Manquerait plus qu’elles mordent, m’a fait Amélie. Verdict de la consultation, je crois que ça s’arrange. Je reste sous antibiotiques pour encore un moment. Rendez-vous dans quinze jours. Et au moment de partir : Vous pouvez marcher maintenant ! Allez, c’est que ça s’arrange… Dans tout cela, nous avons raté notre train. Pas grave. Déjeuné à la Petite Bretagne et pris le suivant.

Jeudi 26 mai 2011. 22h45.

Le généraliste est passé ce matin. On parle littérature. Il jette un œil distrait à mes contrôles sanguins. Tout va bien. Renouvelle mes ordonnances d’anti-douleur, de pansements, prolonge l’arrêt de travail pour l’assurance. Si vous avez besoin de quoi que ce soit. Il vient à vélo du XVe. Je l’avais consulté la première fois parce qu’il était installé tout près de notre appartement de la rue Fondary. J’avais été ahuri par son cabinet. Une petite pièce aux rideaux tirés envahie d’un bordel dantesque. Partout, en pile, des livres, des revues, de la paperasse. Et lui, assis derrière un bureau encombré au-delà du possible, une blouse blanche passée sur ses vêtements de ville, les lunettes au bout du nez, vous regardant avec un air de professeur Nimbus. J’avais été séduit tout de suite. D’autant qu’il ne m’avait même pas pris la tension. J’ai lu La mauvaise fortune, le livre de Bruno Vercier sur Charles-Louis Philippe, dans la collection « L’un et l’autre » de Gallimard. Charles-Louis Philippe, encore un de ces oubliés. Qui se souvient vraiment de lui ? Ce romancier du tournant des XIXe et XXe siècles est pourtant un témoin clair et sensible de la vie des plus humbles. Le seul, qui né du peuple, n’eût pas trahi le peuple en écrivant, disait de lui Jean Giraudoux dont il avait accompagné les premiers textes à l’adolescence. Il était le fils d’un sabotier, né en 1874 dans un petit village de l’Allier. Il mourra à Paris âgé de seulement 34 ans, après une vie de fonctionnaire sans gloire et sans argent, mais où il aura réussi, paradoxalement, à se faire une place, singulière, dans le monde des Lettres de l’époque. Un auteur reconnu par André Gide, Valery Larbaud, Léon-Paul Fargue, Max Elskamp, Francis Jammes, Max Jacob ou Paul Claudel… Je l’avais découvert comme je préparais l’édition de Douce Lumière de Marguerite Audoux chez Buchet. Avec Michel Yell, Philippe a été celui qui aura fait naître Marguerite Audoux à l’écriture. Il aura disparu l’année d’avant la parution de Marie-Claire, prix Femina 1910. Ses romans (Bubu de Montparnasse, Le père Perdrix, Croquignole…) racontent, de l’intérieur, la réalité sensible de laissés pour compte et de perdus du monde. J’écris toujours plus tendre que ma tête ne le commande, confiait-il. Amélie est rentrée un peu tard. Elle était au prix des lectrices de Elle (cette année, La couleur des sentiments de Kathryn Stockett chez Jacqueline Chambon…). Je faisais l’ours boiteux à la maison. Tout le monde a demandé de tes nouvelles. Ca, je n’aurai pas vu beaucoup de gens cette année...

Mercredi 25 mai 2011. 21h10.

J’étais invité pour La Fausse porte à l’émission en direct de Christine Gonzalez Entre les lignes. Le duplex avec Lausanne avait lieu au studio parisien de la Radio suisse romande, installé dans un appartement au premier étage d’un groupe d’immeubles de la rue Félix-Faure. Je me suis retrouvé tout seul là-bas, avec la technicienne de l’autre côté de la vitre, à bavarder avec Christine. Au loin. On ne se connaît pas. J’ai le sentiment qu’on s’entend bien. En tout cas, je garde avec elle une connivence qui vient de ce premier direct depuis la maison, le 18 mars dernier, au matin juste après l’accident. Reçu, en rentrant, une demande pour participer à Cérisy à un colloque de La Société de l’Information Psychiatrique sur le thème de l’empathie. L’organisatrice, Nicole Garret-Gloanec, pédo-psychiatre à Nantes, possède une maison à Carolles, en face de chez Noëlle. Elle est arrivée jusqu’à moi par l’intermédiaire de l’association de Monique, « Hameaux et quartiers de Carolles », dont nous faisons partie. Je suis très tenté d’accepter. D’abord, parce que je me sens flatté et surtout, parce que cette communication serait l’occasion pour moi de jeter le pont entre mes années de travail en service de Santé mentale et le journalisme et l’écriture. Y réfléchir et tenter d’expliquer, du moins…

Mardi 24 mai 2011. 20h45.

Frédérique Roussel, la journaliste de libé.fr est venue m’enregistrer pour Livre à voix haute. J’ai lu les deux premiers chapitres de La fausse porte. Reçu un message de Nicole. Elle s’inquiète. Viendras-tu signer ton recueil au Marché de la Poésie ? Il commence vendredi place Saint-Sulpice. Je ne me souvenais plus. Cela fait deux ans que je n’y suis pas allé. J’y avais vu Guy Goffette pour un portrait dans Le Monde. Il vient de publier une « divagation » chez Gallimard : La ruée vers Laure. La pluie a vite fait de défaire ce que les belles promesses n’ont pu tenir. Je suis trop fatigué, pas la peine de me mentir. J’ai répondu à Nicole qu’il ne fallait pas compter sur moi.

dimanche 12 juin 2011

Lundi 23 mai 2011. 19h20.

Amélie accompagnait Martine Laval aux studios de France 2 d’Issy-les-Moulineaux pour l’enregistrement des petites séquences de l’émission de Monique Atlan, Dans quelle étagère. J’étais prévu juste après elle. Du coup nous avons déjeuné ensemble, tous les trois. Karine est venue me récupérer à la sortie. Comment ça s’est passé ? Bien en peine de lui répondre. Pas mal. Peut-être… Je ne m’en sens pas inquiet. La diffusion est prévue fin juin. J’ai le temps de ne plus y penser, et comme nous n’avons pas la TV... J’ai été avec elle jusque chez Stock. Regarder de nouvelles photos pour la presse. Je ne me reconnais pas du tout en effet dans celle qui a été choisie. Je m’y vois vieux, vieux. C’est moi pourtant, sûrement. C’est moi, oui. Mais ça me fait bizarre. Je me suis trouvé bête de lui avoir dit. Ridicule, plutôt. D’où me vient cette coquetterie de barbon ? Arrête de te compliquer la vie ! J’avais oublié. Là-bas, rien ne pose de problème. Ca ne cesse de m’étonner. Et de me ravir. J’ai béquillé de bureau en bureau dire bonjour. A Capucine, à Charlotte, à Vanessa… Donné à Anne-Marie la date prévue pour ma signature à Carolles. Merci, merci.

Dimanche 22 mai 2011. 23h00.

Nathacha est passée en fin de matinée avec Neela. Elle voulait me donner les « cordes » qu’elle avait fait bénir pour moi dans un temple à l'île Maurice. Minuscule cérémonie. Elle a noué autour du poignet d’Amélie et du mien un fin lacet rouge. L’a séparé à la flamme d’une bougie. Voilà… Je ne suis pas bien sûr d’aller jamais un jour jusqu’à Maurice, mais je sais à présent que ce fil fragile me relie à ce lointain. Aux paysages, à l’enfance de Nathacha là-bas, à ses parents, à sa famille. Neuf mille kilomètres, ce n’est finalement rien. Jérôme et Marion sont venus déjeuner. Avec Gabrielle, vingt jours. La petite a pleuré un peu, d’étonnement, d’étrangeté, puis elle s’est habituée aux voix, à la maison. A nos bras, peut-être. Elle s’est endormie dans son couffin, posé sur notre lit. Chez Solveig et Nicolas, il y a eu aussi une naissance. Hier soir. Diane, un jour… En rentrant de la clinique, Nicolas s’est arrêté chez nous.

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