Nous nous sommes levés avec un temps d’été. Bref marché à Sartilly. J’ai passé l’après-midi au potager avec Jean-Pascal. Desherbé, nettoyé. Bêché aussi un nouveau carré. Et si on plantait de ces dahlias géants, genre erebus ou imperialis ? Maintenant que nous partageons cette bande de terrain, tout me paraît possible. Je voudrais des haies pour cacher les voisins, des bordures de buis pour les carrés. Je rêve. L’endroit ne sera jamais à nous. Amélie s’était dévouée pour aller porter la voiture au contrôle technique vers Pontaubault. Nous avions laissé passer la date de plus d’un mois. Grâce à Fabien qui nous a trouvé un rendez-vous in extremis tout est rentré dans l’ordre.
lundi 9 avril 2012
Jeudi 22 mars 2012. 21h50.
Par Xavier Houssin le lundi 9 avril 2012, 19:45
Travaillé avec les étudiants sur le traitement de l’information de l’affaire Mohammed Merah. Sur les représentations, l’impact dans la campagne électorale. Je suivais les événements au fur et à mesure sur le site du Monde. Nous avions encore un bon quart d’heure de cours quand le ministre de l’Intérieur a déclaré à la presse Nous ne savons pas s’il est mort ou vivant. J'ai demandé : Comment interprétez-vous cette phrase. ? - A-t-elle selon vous un sens caché ? J’ai rejoint Amélie qui était avec Solveig et Nicolas dans un restaurant vietnamien de la rue Lagrange. Aujourd'hui, Amélie pouvait quitter son travail plus tôt. Nous avons pris le train pour Granville de bonne heure.
Mercredi 21 mars 2012. 22h40.
Par Xavier Houssin le lundi 9 avril 2012, 19:43
Virginie nous a fait parvenir de nouvelles photos d’Apolline. Qu’est ce que cette si petite fille a l’air sérieux. Même quand elle sourit, elle semble promèner sur le monde un regard grave. C’est comme si elle avait déjà déjà tout compris. Je sais bien qu’il ne s’agit que d’une attitude des ses premiers mois. Elle changera vite. Mais ça me ravit. Vraiment. J’avais rendez-vous pour déjeuner chez Wadja avec Diane. Je suis arrivé en avance. Fait un peu de courrier, corrigé les travaux des étudiants, en l’attendant. Nous avons passé la soirée avec Claire et Emmanuel rue Marmontel. C’est le dernier jour où ils gardent Gabrielle. Marion et Jérôme rentrent de leur exotique séjour demain.
Mardi 20 mars 2012. 21h00.
Par Xavier Houssin le lundi 9 avril 2012, 19:43
Déjeuner avec Anne de Cazanove chez Vagenende. Une éternité que nous ne nous étions pas vus. Elle a quitté le Seuil depuis un moment. Là, elle vient de reprendre du service chez Alma, la maison d’édition qu’ont créée Catherine Argand et Jean-Maurice de Montrémy. Nous avons parlé des parutions à venir. Il y a notamment un texte, très intime, de Geneviève Brisac que j’aimerais bien lire. Cela s’appelle Moi, j’attends de voir passer un pingouin. Je ne me suis pas senti pas très à l’aise chez Vagenende. C’est qu’ils ont tout changé là-bas. Oh, certes, il n’ont pas touché aux boiseries Art nouveau (elles sont classées…), mais la façade a été refaite genre Costes avec du mobilier crème et des stores bleu ciel. Faux plafond et spots électriques à l’intérieur. Rideaux prétentieux du même bleu. C’est laid et inutile. Pauvres gens… Le personnel n’est plus le même et vous assène des Ca vous a plu ? et des Bonne continuation… Décidemment, je vieillis. Je n’aime pas quand ça change et surtout je ne comprends pas pourquoi il faut que ça change de cette façon.
Lundi 19 mars 2012. 22h10.
Par Xavier Houssin le lundi 9 avril 2012, 19:42
Ma mère aurait eu quatre-vingt-quatorze ans aujourd’hui. J’ai repensé à ce week-end de Pâques 2006, la dernière fois que je l’ai vue avant son agonie du 29 avril, la même année. Ca avait été une jolie journée. Au départ, vers la fin d’après-midi, sur le seuil, avant que je monte en voiture, elle m’avait serré dans ses bras. Sois heureux. Sois heureux, avait-elle répété. Nous avons rejoint Claire et Emmanuel chez Al Ugarit, le libanais de la rue de la Croix-Nivert. Mezzehs chauds, mezzehs froids et vin rosé. C’est un restaurant où nous ne sommes jamais allés qu’au moment du Salon du livre (la porte de Versailles est à deux pas). Nous en avons fait longtemps notre halte de retour, quand nous rentrions à pied rue Fondary, le soir tard. Tradition rompue l’an dernier à cause de l’accident. Cette fois-ci, nous prenions l’itinéraire dans l’autre sens. Salon bondé. Claire et Emmanuel ont fait leur petit tour des éditeurs avant d’aller chercher Gabrielle chez sa nourrice.
Dimanche 18 mars 2012. 22h00.
Par Xavier Houssin le lundi 9 avril 2012, 19:41
Au Salon, j’ai croisé Dany au détour d’une allée. Elle était avec sa fille Lou, dix ans. Une jolie petite brune aux longs cheveux. Dire que je ne l’avais jamais vue, cette gamine. Pas même quand elle était bébé. Pourtant nous en avons tant parlé. J’étais tout ému. Je suis passé sur le stand des éditions Attila. Serré la main à Frédéric Martin. J’anime une rencontre avec lui et Jacques Abeille à la fin du mois à Neuilly-Plaisance. Toujours dans le cadre du festival Hors Limites où m’a « embauché » Sophie. Embrassé Laurence qui signait chez Stock. Traîné. Bavardé avec les uns et les autres. L’après-midi a filé. Marianne est passée sur le stand de Liana Levi chez qui elle traduit un premier roman italien. Bavardages. Nous n’avions pas envie de les interrompre. On a dîner quelque part ? Vous avez une idée ? Histoire de rester en phase avec l’Italie, nous sommes allés jusque chez Pasta et fagioli.
jeudi 5 avril 2012
Samedi 17 mars 2012. 23h20.
Par Xavier Houssin le jeudi 5 avril 2012, 21:52
Dans les bagages du retour au Mexique de Marcus, nous avions glissé deux petits chèvres, un morceau de mimolette extra-vieille et un saucisson ardéchois de la Cave des papilles. Le saint patron des fraudeurs gastronomes était avec lui : tout cela a franchi la douane sans encombre. Ce matin le message où il donnait des nouvelles commençait ainsi. Réflexion philosophique de Victoria hier soir à l’apéro dinatoire : pourquoi ce saucisson... est-il si bon ? Mais oui, c’est philosophique. Et comment ! Je la trouve d’une incroyable acuité, Victoria. Du haut de ses sept ans, il m’a semblé qu’elle posait vraiment le problème du bonheur de l’instant, de celui de la fragilité des choses. Je lui ai écrit une longue lettre pour tenter de répondre à son interrogation. Claire et Emmanuel feront les facteurs quand ils iront là-bas début avril. J’ai préparé quelques questions pour Céline Minard et je suis parti à la médiathèque de Saint-Ouen. J’intervenais après une longue lecture, par Nathalie Richard, d’Olimpia, son texte imprécatoire de 2010 où elle donne voix à Olimpia Maidalchini, « Pimpaccia », suceuse et impie, comme en parlent ses ennemis, les Protestants, les pamphlétaires, maîtresse du corps et de l’âme de Giovanni Battista Pamphili, son beau-frère, élu pape en 1644 sous le nom d’Innocent X. Une déferlante de mots meurtriers à la première personne. Par toutes ses bouches, bouches et bouches de marbre purulentes, la noierai, l’eau giclera, j’appelle au soulèvement. Je vous appelle, mes gouttes, mes ruisseaux, mes eaux enfouies et jaillissantes, mes larmes, mes sombres torrents, mes tonitruantes. Pas facile d’entamer le débat à la suite. D’autant que Céline Minard n’est pas vraiment ce qu’on appelle « un bon client ». Je m’en étais aperçu lorsque je l’avais rencontrée pour des papiers à la sortie de ses livres. Elle n’aime pas vraiment répondre. Il faut renoncer d’emblée à lui faire dire quoi que ce soit sur elle. Et pour le reste, elle se tient plutôt dans l’économie des mots. Non, vraiment pas facile. Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites. - Là, je n’ai rien à ajouter. Mais mon admiration pour son écriture l’emporte. Les gens, dans le public, avaient l’air contents. J’y ai retrouvé Valentine. Un verre avec les bibliothécaires. Céline Minard a filé. Je suis resté un moment avec Valentine. Nous nous sommes donné des nouvelles. Et ton livre ? On se voit quand ? J’ai pris un taxi pour rejoindre Amélie rue Marmontel. Jambonneau pané, salade de roquette. Nous y dînions avec ses parents.
lundi 26 mars 2012
Vendredi 16 mars 2012. 21h40.
Par Xavier Houssin le lundi 26 mars 2012, 23:55
Rendez-vous à l’hôpital Saint-Joseph avec la chirurgienne. Amélie avait trouvé le temps de m’accompagner avant d’aller au Salon du livre. Consultation éclair. Nous avons juste pris date pour enlever « le matériel » : toutes les tiges et les vis qu’on a posées il y aura bientôt un an pour consolider ma cheville. Ce n’est rien du tout, m’a-t-elle dit. Vous entrez à midi, le soir vous êtes sorti ! J’ai du mal à être totalement confiant, mais je n’ai pas vraiment le choix. En attendant le jour de l’opération, il faut prendre date avec l’anesthésiste, faire un bilan sanguin, cardiaque… Je sens déjà monter l’inquiétude. Nous avons pris un café à la sortie. Amélie a sauté dans un taxi, je suis rentré à pied en remontant la rue Raymond-Losserand. J’essayais en marchant de me souvenir du long poème d’Aragon : On a changé le nom des rues/ L’histoire a passé dans son van/ Votre grain songes décevants/ Et voici que dorénavant/ Il n’y a plus de rue de Vanves. Il s’appelle, je crois Quatorzième arrondissement. J’ai passé bien des années ici. J’y suis né (rue Ducouédic). J’ai habité rue Couche, rue d’Alésia, rue Rémy-Dumoncel, rue du Moulin-Vert et maintenant rue Danville. Passé l’après-midi à relire les livres de Céline Minard. J’anime une rencontre avec elle à Saint-Ouen demain soir. Amélie est rentrée tard. Elle était fatiguée. J’avais fait quelques courses. Nous avons dîné vite.
lundi 19 mars 2012
Vendredi 16 mars 2012. 1h10.
Par Xavier Houssin le lundi 19 mars 2012, 20:36
Matinée de cours un peu clairsemée. Je peine à rassembler les étudiants. Ils ne sont jamais le même nombre, jamais vraiment les mêmes. Ce n’est ni de leur faute, ni de la mienne, juste la désorganisation administrative qui a emporté ce semestre. J’espère qu’ils retiendront malgré tout quelque chose. Un rien de curiosité, de l’attention à l’écriture… J’ai fini un peu plus tôt. Remonté à pied la rue Monge dans les premières tiédeurs de l'avant-printemps. Soleil et ciel bleu. Je me suis installé dans un café de la rue du Cardinal-Lemoine et j’ai écrit mes lettres aux filles à Mexico. A toutes les quatre. Y compris Apolline qui aura cinq mois en avril. C’est bizarre, non ?, d’envoyer du courrier à un bébé. Mais elle est si petite que j’ai pas d’effort à faire pour me rendre intelligible. Je n'ai pas à chercher les mots qui seraient dans son vocabulaire. Elle comprend tout aujourd’hui, bien évidemment. Je ne sais pas si elle lira ce que je lui raconte, un jour. Ce sera bien lointain. Je lui fais comme un matelas de mots pour les années qui viennent. J’ai retrouvé Amélie avec ses parents à deux pas, rue des Fossés-Saint-Bernard, chez Moissonnier. Déjeuner Lyonnais. Nous étions en appétit. Claire avait envie d’œufs meurette, Amélie de quenelles. Emmanuel d’une andouillette. J’ai pris un tablier de sapeur. Nous avons bu du mâcon frais. Il règne dans ce restaurant, incroyablement paisible, une atmosphère de province qu’on ne peut pas, qu’on ne peut plus, trouver en province justement. Une parenthèse calme, hors des lieux, du temps. Rien que le tintement des verres, le bruit des couverts. Les conversations douces. Tout y est simple, évident. Nous avons laissé Claire et Emmanuel au musée de Cluny et nous sommes allés au Salon du livre. J’ai accompagné Amélie sur son stand. L’inauguration commençait vers les cinq heures. La soirée a été longue d’allers retours, de rencontres dans les allées, de coupes de champagne et d’embrassades. Cohue au cocktail du prix RTL-Lire. Caméras et micros accompagnant la visite du ministre. Ca va, il est passé…. Je suis resté un moment chez Stock, attendu Laurence que je n’ai pas vue finalement. Raté Brigitte chez Lattès. C’est toujours ainsi. On ne trouve jamais ceux qu’on cherche, on brinqueballe d’un hasard à l’autre et on repart. Pas le temps de parler. J’ai croisé Mercedes. Attends-moi, je reviens. Promis de téléphoner à Géraldine, à Colette. Après le Salon…? Glissé des cartes de visite dans mes poches. On se voit bientôt. Oui, bientôt. Au fur et à mesure qu’approchait le moment de rentrer, une angoisse diffuse commençait à prendre le pas sur les conversations. L’an dernier (le 18, en fait…), à la même occasion, comme nous revenions à pied, nous nous étions fait renverser par une voiture, pas très loin de la maison. Ne pas penser à ça. Encore un verre ? Il y avait une file d’attente interminable aux taxis. Vu l’heure, nous n’avions pas vraiment le choix des transports et du trajet. Le tram, marcher le long de l’avenue du Général-Leclerc. On ne va pas traverser au même endroit quand même ?
vendredi 16 mars 2012
Mercredi 14 mars 2012. 23h50.
Par Xavier Houssin le vendredi 16 mars 2012, 21:40
J’ai corrigé les travaux des étudiants, préparé mes cours : mon questionnaire d’actualité culturelle, un petit journal de campagne électorale, des papiers à titrer. Rédigé ma chronique pour le numéro d’avril de Next. J’y ai ouvert la part belle au dernier recueil de poèmes de Pirotte, Ajoie. Le titre vient du nom de cette région du nord-ouest de la Suisse où il était encore l’an dernier. Histoire de saisons et de temps qui s’effile. C’est d’une beauté rare. Ca se lit à voix haute, pour soi, et pour ceux que l’on aime. et que dire du chant des paroles/ qui me poursuit dans le sommeil trompeur/ et du mouvement des herbes comme/ une étrange mêlée des corps. Je vais lui faire un mot pour le prévenir. Il a à nouveau déménagé. Après Beurnevésin, après la côte belge. Il vit maintenant en Champagne, près de la forêt d’Orient. Une autre retraite, un autre refuge. Poussé plus loin, devant, par les problèmes d’argent, de santé, de vie âpre. J’ai téléphoné à Nicole. Elle était à Dijon, à l’imprimerie, pour vérifier les derniers calages du volume Durocher. Tout va bien, a-t-elle fait d’une voix lasse, avant de se reprendre : Je voulais dire Très bien ! Nous avons fait du beau travail. Elle est épuisée. Physiquement et moralement. A côté de cette édition qui la bouleverse émotionellement, il y a la préparation du Salon du livre, les tables rondes à organiser avec ses auteurs japonais, la marche de la maison avec les courses aux aides et aux subventions. Il faut y croire. Elle y croit. Mais tout est tellement difficile et incertain. J’ai retrouvé Amélie à l’arrêt de bus de la rue Froidevaux. Direction la rue Marmontel. Marion et Jérôme sont partis aujourd’hui pour leurs exotiques vacances, mais nous dînons chez eux avec Claire et Emmanuel, et Marcus, qui, de retour de la foire de Bâle, fait «escale » à Paris avant de reprendre l’avion pour Mexico. Claire avait cuisiné de l’épaule de veau à la crème. Marcus s’était chargé du vin. Château Gloria, un très grand saint julien. Rien à dire. Sinon merci…
Mardi 13 mars 2012. 22h15.
Par Xavier Houssin le vendredi 16 mars 2012, 21:38
J’ai téléphoné vers midi à Marguerite pour savoir si elle avait le temps de boire un verre. J’étais dans le quartier Saint-Sulpice pour une nouvelle paire de lunettes. Il m’est devenu absolument impossible de lire sans maintenant. Je m’en suis aperçu vraiment l’autre soir, au restaurant. Je les avais oubliées. De près, de loin, rien à faire pour lire la carte. Nous nous sommes retrouvés au J’Go. Christophe n’était pas là. Je crois qu’il m’avait dit qu’il prenait des vacances. Nous sommes restés en terrasse. L’endroit était « privatisé » pour une espèce de réception. Des gens de la mairie de Toulouse venus faire de la promotion touristique à Paris. Tous discutaient bruyamment et avec l’accent. Quel drôle de dépaysement. On s’entendait parler quand même. Deux ballons de blanc de Gascogne, une petite assiette de jambon. Nous nous sommes donnés quelques nouvelles, rapides. La santé ? - Oh… Son dernier livre continue d’avoir du succès. Elle a vendu déjà plus de trente mille exemplaires rien qu’en poche. Je suis content pour elle et, d’une certaine manière aussi, ça me conforte. Il faut simplement persévérer. J’avais rendez-vous pour déjeuner avec Sabine à la Tavola di Gio, boulevard Raspail. Nous avons parlé du roman de Patrick Renou qui raconte la longue histoire d’amour de René Char et de Tina Jolas. Les mots de Renou rejoignent ceux des lettres échangées pendant trente ans entre ces deux amants qui ne vécurent jamais ensemble. Retour à la maison. A pied. En passant le long du square Jacques-Antoine, j’ai levé les yeux vers les marronniers. Partout sur les branches, les bourgeons commencent à tendre leurs écailles.
Lundi 12 mars 2012. 23h10.
Par Xavier Houssin le vendredi 16 mars 2012, 19:28
J’ai essayé de rattraper un peu mes lectures en retard. Fait du rangement. Rempli la demande de renouvellement de ma carte de presse. Et pas mal soupiré. Je suis confronté chaque fois à ce moment-là à la réalité du montant de mes piges de l’année. Ca ne fait vraiment pas beaucoup… Claire et Emmanuel sont venus dîner à la maison. Ils sont arrivés le week-end dernier à Paris pour garder Gabrielle. Marion et Jérôme partent mercredi pour une semaine de vacances, au loin, sous les tropiques, dans un club (je ne les envie pas…). Nous avons passé une belle soirée. Chaleureuse et calme. Fruits de mer au menu. Depuis Granville nous avions en effet voyagé avec une glacière pleine de homards, d’huitres, de praires. Tout était resté dans un tel état de fraîcheur que les pauvres homards, dans l’évier, s’agitaient encore désespérément.
Dimanche 11 mars 2012. 23h40.
Par Xavier Houssin le vendredi 16 mars 2012, 19:27
Chez Georgette, les pages du calendrier tournent. Celui que nous lui avons offert pour les étrennes montre des photos des jardins anglais des grandes demeures. Powis castle, Chatstworth ou Highgrove. Ce mois de mars, c’est Arley Hall dans le Cheshire et ses étonnants chênes (Quercus ilex) taillés en topiaires. Les images sont plutôt en avance sur les saisons. Ca me fait rêver, dit-elle. Moi aussi. Sept ans que je ne suis pas retourné en Angleterre. J’irai bien voir comment est Chigwell aujourd’hui, faire un tour à Cambridge, et respirer le printemps à Emmetts Garden. Nous avons retrouvé Jean-Pascal au potager après le déjeuner. Il avait déjà commencé à désherber, à bêcher les planches. Quelle belle terre…, répétait-il. Amélie a nettoyé les artichauts, arraché les fanes de tétragones. J’ai réinstallé le tunnel de forçage. Planté des laitues et des oignons blancs. Semé des petits pois. Nous nous sommes partagés une des dernières récoltes d’hiver. Betteraves, chicorée pain de sucre et toujours poireaux et choux fleurs. Qu’est-ce qu’il faisait beau. Nous ne revenons pas la semaine prochaine : c’est le Salon du livre.
dimanche 11 mars 2012
Samedi 10 mars 2012. 23h50.
Par Xavier Houssin le dimanche 11 mars 2012, 21:15
Nous avons déposé les courses chez Georgette, rangé notre marché avant de partir à Rennes. C’était en effet le dernier jour de l’exposition Images d’Alice au pays des merveilles à la bibliothèque des Champs libres. J’avais déjà laissé passer la date pour celle de la Tate Liverpool, pour celle aussi du Musée de la carte à jouer. Je n’avais pas envie de rater celle-la. Notre balade n’a pas commencé très bien. Route monotone, mauvais déjeuner dans une brasserie proche de la gare. Et surtout découverte des Champs libres… Ce bâtiment culturel aux allures de mastodonte est « l’œuvre » de Christian et Elisabeth de Portzamparc. Il est installé dans un quartier récent qui ressemble à bien des quartiers récents de nos villes. Immeubles en cubes posés autour d’une sinistre esplanade balayée par les vents. Bah. Il paraît que l’on dit aux Beaux Arts, sale comme un peintre et con comme un architecte... Mais l’exposition, destinée d’abord au jeune public, était plutôt réussie. On pouvait y voir des images des premières adaptations cinématographiques d’Alice (1903 et 1915), des dessins originaux de Mervyn Peake pour Through the looking-glass. Et une foule de planches d’Helen Oxenbury, Nicole Claveloux, Ralph Steadman… J’étais ravi. Tenté un tour dans le vieux Rennes. Nous avons fait rapidement demi-tour devant la foule des samedis après-midis qui envahissait les rues. On rentre ? Nous étions de retour à la maison en début de soirée. Jean-Pascal est venu dîner. Tout seul. Martine et Agathe sont malades. Toujours cette drôle de grippe.
Vendredi 9 mars 2012. 21h00.
Par Xavier Houssin le dimanche 11 mars 2012, 11:52
Amélie traîne une espèce de grippe qui ne passe pas. Un mieux, une rechute. Elle a dormi pendant tout le trajet en train. Je vais aller chez le médecin cet après-midi, a-t-elle promis. Nous sommes allés marcher sur la falaise après le déjeuner. Les ajoncs commencent à fleurir, les prunelliers sont piquetés de minuscules pétales blancs. Retour par le potager. On s’est embrassés au milieu des derniers légumes d’hiver. Ramassé un chou-fleur, quelques poireaux. Je respire bien mieux ici, tu sais. Mme Chevalier lui a quand même rédigé une ordonnance « sérieuse ». Nous avons été chercher la liste de courses de Georgette pour le marché de Granville. Ses jonquilles ont éclos dans ses jardinières. Les nôtres aussi. Avec les ficaires, cela fait comme une flaque jaune qui s’étend au pied du frêne. Dans la plate-bande, les narcisses s’ouvrent aussi.
Jeudi 8 mars 2012. 23h20.
Par Xavier Houssin le dimanche 11 mars 2012, 11:20
Mes étudiants ont à peu près arrêté leurs sujets de reportage. On y trouve de tout. Des colocs à Belleville, une association de sauvegarde des chats à Montreuil, le championnat mondial du bateaux à moteur pop-pop à Loguivy-de-la-Mer ou le concours de flan au thym dans le Bourbonnais, des balades au cimetière Montparnasse, le portrait d’un jeune militant de l’UMP… Rendu début avril. J’ai vraiment hâte de lire leurs papiers. Nicole avait reçu les épreuves de l’imprimeur. J’ai déjeuné chez Caractères avec la petite équipe. Travaillé aux relectures avec Ghislaine, revenue pour l’occasion. Pas de gros soucis : quelques coquilles, deux pages placées à l’envers. Suffisament quand même pour inquiéter Nicole. Vous allez tout revérifier, n’est-ce pas ? J’ai fini assez tard. Retrouvé Amélie chez Pasta e fagioli. Jeudi, c’est justement là-bas le jour de pasta e fagioli, cette soupe où ont cuit ensemble dans un bouillon de tomate, de céleri et d’ail des ditali rigati, petites pâtes courtes, et des haricots blancs.
Mercredi 7 mars 2012. 22h15.
Par Xavier Houssin le dimanche 11 mars 2012, 11:19
J’ai fini de préparer mes cours. Un peu de courrier. Commencé des lettres aux petites à Mexico. Je suis loin des une ou deux par jour de mon rythme d’été. Je pourrais quand même en envoyer une tous les quinze jours. Je devrais même. C’est qu’elles poussent vite. Ou plutôt que le temps s’engouffre dans leurs jupettes de gamines et les pousse devant, devant, devant.
vendredi 9 mars 2012
Mardi 6 mars 2012. 21h00
Par Xavier Houssin le vendredi 9 mars 2012, 10:00
Ma journée d’hier ne passe pas. J’en ai traîné la gueule de bois toute la journée. Commencé une foule de choses que j’ai abandonnée tout de suite. Rien ne vient. J’ai épluché les dossiers que m’a laissés Noëlle. C’est une successions de copies de courriers administratifs adressés de Nouméa par mon père au commandement général. Je suis parvenu juste à en extirper quelques dates. Pas assez pour tracer une chronologie. Les quelques photos de défilés militaires et de prises d’armes sont en vrac dans un album vide où ne subsistent que les légendes de moments intimes, de scènes de famille. Où sont passés ces clichés ? Repris les journaux pour préparer la semaine d’actualité des cours de jeudi à Censier. Sur le site de L’Express, un papier non signé dénonce « La fausse exclu du Magazine littéraire de Macé Scaron ». Ca tourne à l’acharnement. Dans son numéro du Salon du livre, Le magazine a publié une interview de Haruki Murakami réalisée par Emma Brockes, une journaliste anglaise. Interview achetée au Guardian et exclusive en France. Clairement signée. Où est le souci ? Quelle aigreur, quelle mauvaise foi, quelle lâcheté, quelle méchanceté… J’ai remonté dans les publications « livres » de L’Express. En février ils ont commis un bref dossier sur « Les livres que vous avez eu honte d'aimer ». Étrange idée. Qui peut avoir honte de lire ? Tout au plus, il y a les livres qu’on relit avec plaisir et ceux dont on sait qu’on ne les relira pas. Édifiantes réponses de leurs « critiques littéraires » On apprend que l'un d'entre eux regrette Beaucoup de livres de Marguerite Duras (sauf La douleur) dont la petite musique tourne généralement à la rengaine, sans le moderato espéré !. Un autre vomit Le degré zéro de l'écriture, de Roland Barthes. Comment a-t-on pu nous faire croire que la vision congelée de la littérature proposée dans ces pages était juste ? Ah, tiens, c’est Jérôme Dupuis… Tu as dit degré zéro, monsieur ?
mardi 6 mars 2012
Lundi 5 mars 2012. 23h00.
Par Xavier Houssin le mardi 6 mars 2012, 23:12
Lever aux aurores. Taxi pour Orly. Cela faisait plus d’une semaine que j’essayais de ne pas penser à ce voyage. Nous partions dans le Gers, à L’isle-de-Noé, chez Noëlle, ma belle-sœur, la veuve de mon frère Jean mort en 2010. Quelques mois après le décès de ma mère, Jean et elle étaient venus à Carolles récupérer un tas d’affaires. Des bibelots, de la vaisselle, des souvenirs. La part « d’héritage » de notre père que Jean estimait être la sienne. J’avais abandonné tout ce qu’on me demandait. Et ça tu ne veux pas aussi ? Il avait voulu aussi emporter son journal militaire. Deux très gros cahiers reliés retraçant au gré de ses affectations, les grands engagements et la vie ordinaire. J’avais une fois jeté une fois un œil distrait. Rien de très intime. Je te les rendrai quand tu voudras. J’avais écrit à Noëlle, il y a quelques mois pour les récupérer. Je vais chercher, je vais chercher, m’avait-elle dit. Le temps passant, ils me sont devenus de plus en plus nécessaires. Mon livre tourne en rond. Je ne parviens pas à ordonner les années, les événements. Du coup tout s’effondre, rien ne tient. Nous avons loué une voiture à Toulouse. Traversé des paysages secs, l’herbe grise d’hiver. Une heure et demie de route jusque chez elle. Au village, personne dans les rues. Boulangerie et café fermés. Elle habite (ils habitaient) l’ancienne école sur la place du village, tout près du château XVIIIe. Entrez. Asseyez-vous. Deux gros chats sont venus se frotter à mes jambes. J’étais mal à l’aise. Vraiment pas chez moi. Je t’ai mis de côté ce que tu as demandé. Un regard vers la table. C’était cela qu’elle avait trouvé ? Quelques dossiers administratifs, des photographies de mon père en uniforme. Et le journal ? - Je n’ai rien vu. Et ça ne me dit rien. Il faut encore que je cherche. J’avais pourtant bien expliqué, il me semble. J’ai pris les paperasses. Feuilleté un peu. Je ne pourrai rien en faire… J’en aurais pleuré de dépit. Tout ce trajet pour ça. La matinée a passé en longs blancs. J’ai posé des questions quand même. Mais rien appris que je ne savais déjà. Nous sommes allés déjeuner dans un restaurant de campagne à Montesquiou. Beaucoup bavardé pour faire taire les silences. Petite promenade dans le village et nous avons filé. Tu chercheras quand même ? – Je vais essayer. Quelle journée vide et triste. Et puis ce sentiment d’avoir été floué.
Dimanche 4 mars 2012. 23h50.
Par Xavier Houssin le mardi 6 mars 2012, 20:17
J’ai écrit les deux papiers que Joseph m’avait demandés pour Le magazine. Un sur Fukushima, dans la zone interdite, le dernier « reportage » de William T. Vollmann. Je laisse reportage entre guillemets car je ne suis pas bien sûr que cela recouvre vraiment le travail de Vollmann. Pas davantage dans ce petit livre. On dit facilement de lui qu’il est « Écrivain-reporter », rassemblant ainsi un peu rapidement sa propre biographie de journaliste des conflits et ses romans, ses récits, ses essais. Ce qui le caractérise me semble davantage être le regard proche et étonné qu'il pose sur les monstruosités du monde. Cette incursion d’un dizaine de jours dans le Japon de l’immédiat après la catastrophe nucléaire est comme une quête picaresque en étrange pays. Il raconte tout ensemble les gens désemparés, le printemps silencieux et les arbres en fleurs. L’autre papier était sur un recueil de nouvelles (il dit plutôt microromans…) d’Ismail Kadaré. En fait l’ensemble se révèle assez composite. Cinq avaient déjà pris place, depuis les années 1980, à l’intérieur de romans précédents. Restaient quelques inédits écrits entre 2004 et 2012, sans vrai lien, et comme… inhabités. J’aurais été bien embêté de dire quelque chose de tout cela s’il n’y avait eu le premier texte, La provocation, qui d’ailleurs donne le titre au livre. Ce récit, contemporain du Général de l’armée morte, fait le récit de nuits d’hiver à un poste frontière dans la montagne où deux détachements ennemis se guettent de chaque bord du no man’s land. C’est une fable rare, une lente aventure que la brièveté du texte ne bouscule à aucun moment. Ici, rien ne s’agite. Au désarroi intime répondent les paysages immobiles et blancs. C’est magnifique, mais, honnêtement, le reste m’a laissé assez indifférent. Nous sommes juste sortis boire un verre chez Péret en début de soirée. Amélie prend soin de moi. Si, je t’assure, il faut que tu prennes l’air.
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