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lundi 21 décembre 2020

Dimanche 20 décembre 2020. 15h40.

M. Hervieux a livré le bois. Passé la matinée à le ranger. Mon dos a tenu.

Samedi 19 décembre 2020. 22h15.

J’ai fait la crêche. Installé comme tous les ans ce joli théâtre de Noël. Il compte maintenant une bonne trentaine de santons. J’aimerais en racheter d’autres pour étoffer ma petite troupe. Il m’en reste encore quelques uns à peindre, mais je repousse de m’y mettre, car je crains de mal faire. Ma vue n’est plus la même, mes gestes moins précis. Il me faudrait une loupe sur pied. J’ai habillé la scène de branchages, de verdure. La semaine dernière, avec Amélie, nous étions allés, au bois des Châtelliers, ramasser du polytric, cette belle mousse épaisse qui pousse au pied des chênes.

Vendredi 18 décembre 2020. 18h50.

Déposé une enchère à une vente de janvier pour une bague à intaille représentant un sphinx. Je me suis demandé pourquoi je m’acharnais autant à remplacer ce bijou perdu. Pas d’autre réponse que l’étrange sensation de manque que j’éprouve depuis qu’il n’est plus à mon doigt.

Jeudi 17 décembre 2020. 19h30.

L’équipe de M. Mitaillé est venue enfin tailler les haies. Ils y ont passé la journée. Le jardin reprend forme. Ils reviendront avant Noël pour les bordures de buis.

Mercredi 16 décembre 2020. 16h10.

C’était l’enterrement d’André à Metz ce matin. Virginie et Marcus ont fait le voyage depuis Mexico pour y assister. Ils sont magnifiquement fidèles. Nous sommes allés jusqu’à l’église allumer un cierge dans la chapelle de la Vierge. Nous y avons croisé Yann. Il y est chaque matin pour ses dévotions après son heure de marche. Venez donc dîner à la maison ce soir.

Mardi 15 décembre 2020. 17h00.

J’ai commandé deux caisses de vin gris de Joigny. Chez Alain Vignot à Paroy-sur-Tholon. Vignot a été un de mes camarades de service militaire, mais je dois avouer que ne me souviens pas bien de lui. Sauf de son nom. Pourquoi cela m'est-il resté ? Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de mon armée, à Joigny, en 1976, au régiment géographique. Je veux dire de souvenirs de caserne. Je ne garde vraiment de cette année lointaine, entre parenthèses, que la sensation restée vivace, de la douce consolation que m’ont apportée les lieux, la forêt d’Othe, les bords de l’Yonne, la vieille cité, ses ruelles, ses églises. J’ai fait aussi là-bas un assez inattendu apprentissage gourmand. Lorsqu’il était possible d’être « décompté » du triste repas de 18h00 à la cantine, je filais au plus vite en permission de ville et je m’offrais quelquefois, en rognant sur ma solde, à dîner au restaurant. Il y avait de belles tables. Généreuses. Gougères aux cèpes, terrines, jambons, gibiers en sauce. J’allais à L’Escargot, au Paris-Nice, à La Côte-saint-Jacques. Cette dernière adresse était plutôt chic avec décor fleuri, fauteuils à médaillon de style Louis XVI, mais on y servait sans trop de chichis du boudin, de la poularde. Depuis, l’endroit, repris par le fils du patron d’alors (dont je garde en mémoire la grosse moustache noire), a été agrandi, « modernisé », « embelli ». C'est devenu un haut lieu de la gastronomie contemporaine et aussi un hôtel de très grand luxe. Autre chose. Plus vraiment pour moi.

mardi 15 décembre 2020

Lundi 14 décembre 2020. 10h00.

Appelé Pascal Hervieux, notre fournisseur de bois de l’an dernier. Il ne reste plus grand chose dans notre bûcher. Nous avons brûlé les deux cordes qu’il nous a livrées, plus une bonne corde débitée dans le grand tilleul mort de Fabien. Je vais essayer de faire au plus vite. Mais d’ici qu’il vienne, ça va vraiment être juste.

Dimanche 13 décembre 2020. 23h50.

J’ai rédigé le papier sur Une peine blanche de Jean-Luc Marty. Ecrit les brèves aussi. Passé la journée enfermé (« confiné » comme on dit). Je suis juste sorti faire le tour du jardin. Quel désastre. M. Mitaillé est bien passé dégager le tronc du saule qui était tombé pendant la dernière tempête emportant avec lui mon Adélaïde d’Orléans, mais il n’est pas revenu terminer le nettoyage. Il y a toutes les haies à tailler, les plates-bandes à reformer. Et je ne peux rien faire avec mon dos. Je devrais pourtant désherber, arracher toutes les envahissantes pousses de passiflore. Tailler les rosiers. Planter des bulbes, des fougères. Préparer la terre à l’hiver.

Samedi 12 décembre 2020. 13h30.

Je n’ai pas remporté l’enchère de mon intaille. Je l’ai ratée à un cheveu. Je me console en me disant que « ça ne devait pas se faire ». J’attends donc, avec une sorte de fatalisme superstitieux de trouver (un jour) la pierre qui me correspondra.

samedi 12 décembre 2020

Vendredi 11 décembre 2020. 20h30.

André Dukiel est mort aujourd’hui. Heureusement entouré de toute sa famille proche, frères et sœurs, neveux et nièces. Je suis doucement triste. Si sûr que son âme, libre, est maintenant avec Dieu. Mais ce nouveau deuil me ramène aussi une foule de deuils anciens. Alors, je prie comme je peux. Quand nous nous étions vus il y a deux ans pour la fête des vingts ans de mariage de Virginie et Marcus à Menthon-Saint-Bernard où il avait célébré la messe anniversaire, je lui avais raconté la perplexité où m’avait laissé la pénitence qu’un prêtre m’avait donné à l’issue d’une confession à Saint-Augustin. En sortant, accomplissez un geste de charité. Je m’étais dit sur le moment que je n’allais pas me débarrasser de ce travail d’expiation en donnant quelques euros au mendiant installé aux marches de l’église. Certes. Cependant, quoi faire ? Mes attentions, mes actes de générosité ordinaires, étaient-ils de la charité ? Je m’étais débattu très longtemps avec ces questions sans trouver la moindre réponse. André, ce jour-là, m’avait aidé à comprendre. Nous avions évoqué la conversion de Charles de Foucauld, à Saint-Augustin justement, lors de sa confession à l’abbé Huvelin. Puis celle de Paul Claudel, le jour de Noël à Notre-Dame. C’est dans ce souvenir que je suis allé rechercher ces quelques vers d’un poème de son Corona benignitatis anni dei. Tant qu’il fait jour encore et que ce n’est pas la nuit,/J’entends mon âme en moi comme un petit oiseau qui se réjouit,/ Toute seule et prête à partir, comme une hirondelle jubilante !

Jeudi 10 décembre 2020. 14h10.

Coup de fil de Véronique qui s’occupe de la culture à la mairie. La petite réunion qui devait avoir lieu autour de mon livre est annulée. A cause, toujours des « réglements sanitaires ». On verra en janvier, me dit-elle. Sauf si, bien sûr… Cette folie semble ne plus avoir de fin.

mercredi 9 décembre 2020

Mercredi 9 décembre 2020. 21h50.

J’ai appris par Marcus qu’André allait vraiment mal. Son cancer s'est généralisé. André Dukiel est le prêtre qui nous a bénis Amélie et moi l’été 2009. Très proche de Marcus depuis très longtemps. Je lui dois, très près de notre première rencontre, d’avoir compris combien, finalement, tout est simple. On s’était écrit après le début de sa maladie. Je fais, me disait-il, l’expérience de ma fragilité et de mes limites. Je me découvre aussi davantage « homme de foi » que je ne le pensais… A défaut d’une guérison physique, je vis pour le moment une guérison spirituelle. Décentrement de soi, abandon confiant et total à Dieu quoi qu’il arrive. Je prie avec mes mauvais doigts sur un pauvre chapelet. Je me sens triste de nos conversations inachevées. Je pense à Marcus que le « confinement » a bloqué au Mexique et qui voulait venir lui dire au revoir. André est en soins palliatifs à Metz. Je ne pourrai pas non plus y aller. Il y était le chanoine de la cathédrale. Je lui souhaite une fin sans souffrances. Que Dieu et ses anges accueillent ce doux et fidèle serviteur, celui qui reste mon guide et mon ami, dans le plus mérité des paradis.

Mardi 8 décembre 2020. 20h45.

J’ai reçu l’autre jour un très gentil message de Jean-Marc Graziani pour me remercier du papier dans Le Monde. Quelques lignes de courriel. Dimanche, c’était Marie-Hélène qui m’envoyait un court « texto » en réponse du petit mot de félicitations que je lui avait adressé après le Renaudot. Bon. Il faudra m’expliquer un jour pourquoi aujourd’hui les écrivains ne sont plus capables, en dehors des dédicaces de page de garde, d’écrire trois lignes à la main sur une feuille de papier, de la glisser dans une enveloppe et de poster le tout (timbré, bien sûr). Parce que les autres, je me suis fait une raison. Mais les écrivains… Ils ne savent plus tracer une ligne avec un stylo ? Et encore, je parle des « autres », mais mes nièces, pour n'évoquer qu’elles, m’envoient des lettres. Elles savent bien que le courrier est un moyen de communication sensible. Les écrivains semblent maintenant l’avoir oublié. On ne va pas dresser la liste, mais ils sont bien rares ceux avec qui il est possible se nouer ne serait-ce que l’ébauche de ce précieux échange. Je l’ai tant éprouvé avec certains, si proches, tellement proches pourtant. Vieux jeu ? Sans doute. Les échanges électroniques ne nourriront probablement pas des volumes de correspondance. Mais qui s’en soucie ?

mardi 8 décembre 2020

Lundi 7 décembre 2020. 16h50.

Pas de nouvelles de cette fichue retraite. Je pensais que ça commençait à s’arranger. Mon compte en banque fond à vue d’œil. Je me souviens de Ferré. Il n’y a plus rien. Plus plus rien. En fait, c’est catastrophique. Faisons encore un peu semblant. J’ai accompagné Amélie à la gare. Mais là-bas, coup de théâtre. Elle avait oublié son sac à la maison. Pas de papiers, pas de billet de train, pas de clés d’appartement. Trop tard pour refaire le trajet jusqu’à Carolles. Le prochain départ est demain à 5h30. Nous sommes rentrés plutôt contrariés. Amélie a embarqué la chienne sur la falaise. J’ai écrit des cartes de Noël.

Dimanche 6 décembre 2020. 18h00.

Le pied va mieux. Maintenant, c’est le dos. Vieillerie. C’est vraiment ça. Le tissu craque à côté de la dernière racommodure. Trop usé. J’ai acheté Les mémoires du sergent Bourgogne. Une édition de distribution des prix, toute rouge et dorée. Michel m’en avait parlé quand nous nous étions vus au salon du Livre de Levallois. Ce récit de la retraite de Russie l’avait tellement impressionné qu’il avait décidé d’en faire la matière d’un livre après son Hiver 1814. Je crois bien qu’il est en chantier. J’envie à Michel ce souffle de l’histoire de France. Il est dans l’épopée et l’essentiel. Le fragile, le nécessaire. Et il porte cette grande idée, cette continuité, ce chant de la terre, la nôtre, celle des hommes qui nous ont fait. Je l’admire.

Samedi 5 décembre 2020. 16h10.

J’ai découvert que mon Officier de fortune était retenu sur la liste du prix littéraire de l’armée de Terre – Erwan Bergot. J’ai pensé que cela aurait consolé un peu mon père de la liberté que j’ai prise de parler de sa vie dans un roman. Je crois quand même avoir été fidèle. Avoir compris ce qu’il m’a tu. Et deviné son itinéraire. Pour le prix, c’est une autre affaire. Le livre avait déjà été sur la très éphémère sélection de printemps du Renaudot. J’étais aussi en lice pour le prix François Mauriac et pour le prix du Cotentin, mais le foutoir sanitaire a arrêté tout ça.

Vendredi 4 décembre 2020. 21h20.

Raphaëlle a retenu le papier que je lui avais proposé sur Une douleur blanche, le dernier roman de Jean-Luc Marty. C’est un texte de retour en terre d’enfance, de souvenirs surgissants, de crainte, de peine, d’élans étranges et inquiets. J’avais, il y a plus de dix ans, rédigé une brève sur Rumba qui racontait aussi une histoire de traces perdues. Je m’y mets la semaine prochaine. Elle est d’accord aussi pour que je lui rende deux (courtes) chroniques des Bons garçons de Pierre Adrian et d’Observations en trois lignes d’Emmanuel Venet. Je suis content, ce dernier trimestre, j’aurais réussi à passer pas mal de mes propositions. Je peaufine celles de janvier/ février. Déjà, il y a un nouveau Morgiève.

vendredi 4 décembre 2020

Jeudi 3 décembre 2020. 20h20.

Un pied devant l’autre ce matin. Ouf. Il va juste falloir être patient. Amélie est arrivée pour déjeuner. Elle avait récupéré La Harpe en passant. Elle a grossi, lui a dit Séverine, vous devriez la mettre un peu au régime. Grossi ? Je regarde la chienne. Moi qui trouvais qu’avec l’âge (elle a cinq ans maintenant), elle commençait, malgré son petit gabarit, à prendre une vraie allure de clumber spaniel, alors que, jusqu’ici, son côté efflanqué lui donnait parfois des airs de pointer... J’ai fait du courrier. Comme toujours, je suis en retard. Je voulais surtout envoyer un petit mot à Marie-Hélène et à Pascale pour le Renaudot. Voilà qui vient conforter leur travail, à l’une et à l’autre. Au long cours. Evidemment, aujourd’hui, les beaux esprits se partagent entre ceux qui disent que les prix ne sont que de la verroterie littéraire et ceux qui hurlent à la gérontocratie et au patriarcat des jurys. C’est juste leur manière d’exprimer leur aigreur. Stultorum numerus est infinitus, comme on dit. Le service de presse de chez Gallimard m’a envoyé l’agenda Pléiade de 2021. Je suis touché d’être toujours sur la liste. Peur qu'ils m'oublient. J’aurais du mal à me passer de ce petit carnet. Depuis 2000 (ça devait être à cause du compte rond), je les garde précieusement. Pourtant, comme ce journal, ils sont pleins de lacunes. Des semaines, des mois entiers. Dans le dernier, drôle d’année oblige, je n’ai guère noté de rendez-vous.

Mercredi 2 décembre 2020. 17h00.

Pas la grande forme. J’ai reçu l’ordonnance de Bruno Genevray. Brigitte est allée me chercher les médicaments à la pharmacie de Jullouville. J’avale les cachets. Un peu plus de chimie dans tout ce que m’ingurgite quotidiennement.

mercredi 2 décembre 2020

Mardi 1er décembre 2020. 21h00.

Je ne suis finalement pas parti à Paris. Je peine tellement à poser le pied par terre que le voyage en train, le trajet de la gare à l’appartement, sans parler des rendez-vous du lendemain, étaient impossibles. J’ai appelé Bruno Genevray pour décommander la consulation de mercredi. Il va m’envoyer une ordonnance. Je sais, ça va passer. On se verra l’an prochain. Amélie a donc pris seule le train de 15h00 et quelques. Elle m’a téléphoné en arrivant rue Danville. Le paillasson était encombré de toute une masse de livres pour moi. Demain nous ferons le tri de ceux qu’elle rapportera ici. Le poisson rouge est mort. Le « reconfinement » lui a été fatal. Pas même eu le temps de lui donner un nom à celui-là. Nous n’avons pas de chance avec nos carassins. C’est une vraie hécatombe, en fait. On ne compte plus, au fil des années, ceux que nous avons retrouvés, flottant le ventre en l’air dans leur aquarium (nous nous sommes débarrassés de celui de Carolles), ou dans les tonneaux de récupération d’eau. J’ai fini par conserver chacun de leurs petits cadavres dans le formol. Ils reposent maintenant tous ensemble dans leur dernier bocal que j’ai installé sur une étagère, parmi ma ménagerie silencieuse du couloir.

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