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jeudi 28 avril 2022

Jeudi 24 mars 2022. 23h45.

Aller-retour Rennes pour chercher Amélie. Elle met six heures pour venir de Marseille. Elle est embauchée définitivement au Bruit du monde. Si elle pouvait souffler…

Mercredi 23 mars 2022. 18h40.

Les gars, comme il dit, de M. Mitaillé sont venus entretenir le jardin. Ils passent maintenant tout les mois. Du coup, je peux me permettre de le délaisser un peu sans qu’il devienne une jungle. Fait quelques courses à Granville. Au retour, j’avais un message de l’étude Million. J’avais déposé une offre pour un paon bleu à une vente qui se tenait aujourd’hui à Drouot et c’est moi qui ai remporté l’enchère. Le paon faisait partie de la collection Yvan Delqué, un taxidermiste autodidacte (il avait été ouvrier dans l’automobile, puis dans le textile) qui avait fini par ouvrir boutique dans sa maison du quartier d’Aillot à Castres. Les années passant, son chez-lui, de la cave au grenier, s’était trouvé occupé par un incroyable bestiaire. Il ouvrait son « Musée de la nature » aux curieux, aux enfants des écoles. Il aurait voulu léguer cet exceptionnel ensemble à la ville de Castres, mais les édiles ne s’y sont jamais intéressés. Il est mort à 92 ans le 6 mars. Il n’aura pas fallu longtemps pour que tout soit dispersé. Cela me rappelle le « Musée des papillons » à Saint-Chély-d’Apcher (3000 espèces), lui aussi parti à l’encan à la disparition de son propriétaire sans que personne ne se soucie de sauvegarder la collection. Ah, ces élus, si prompts à dégainer des fonds pour des sculptures de ronds-points ou du mobilier urbain et qui se fichent du patrimoine fragile. J’ai regardé les dimensions du paon : 1,43 m. de long. Je vais devoir réfléchir pour lui trouver une place dans mon couloir.

Mardi 22 mars 2022. 15h30.

J’ai emmené La Harpe au toilettage. Ce n’était vraiment pas du luxe. Elle ressemblait à un mouton laineux avant la tonte. Sale et hirsute. Deux heures (quand même !) après, elle avait retrouvé un aspect plus « civilisé ». J’ai laissé un pourboire à la jeune femme qui avait vaillamment démêlé l’affaire.

mercredi 30 mars 2022

Lundi 21 mars 2022. 19h00.

Je suis rentré. Ce matin tôt, nous nous sommes quittés pour partir à la gare chacun de son côté. Amélie avait son train pour Marseille. Moi pour Granville. Quel grand écart quand même. Elle aborde cette semaine avec un rien d’appréhension. C’est la fin de sa période d’essai et elle doit passer un « entretien ». Mon Dieu, que les gens se prennent au sérieux… Combien sont-ils là-bas ? Six ? Sept ? J’ai bien aimé ces quelques jours à Paris. Même si j’ai passé pas mal de temps à travailler mon papier sur le dernier livre de Serge Rezvani, Beauté, j’écris ton nom. C’est à chaque fois pareil. Il faut que je relise tout ou presque. J’étais venu avec le paquet de titres qui étaient dans ma bibliothèque et puis j’ai cassé les pieds à Dany pour qu’elle me sorte ceux qu’il avait publiés récemment. J’ai pris des tonnes de notes. Pour, en fin de compte rédiger 5000 signes pour lesquels j’aurais bien pu me passer de cette débordante collecte. Oui, j’étais bien à Paris. Je n’y viens plus assez. Mais j’ai l’horreur des voyages. Ce n’est pas une question de distance. Carolles-Paris. Paris-Magagnosc ou Paris-Mexico. C’est pareil. J’aime être arrivé, c’est tout. Après, j’ai du mal à repartir. Nous avons dîné à la maison avec Marianne et Catou. Nous sommes allés voir Fanchita, cette vieille dame indigne que j’aime tant, qui râle, emprisonnée ce quartier du Marais qu’elle aimait et qu’elle ne reconnaît plus. J’ai planté des lierres tombants, des jasmins, aux fenêtres de l’appartement. De beaux jours.

(…)

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mardi 15 mars 2022

Mardi 15 mars 2022. 21h40.

Rangements. Je pars demain à Paris pour quelques jours. Amélie a des rendez-vous jusque tard dans la semaine. Elle ne peut pas venir à Carolles. Je suis passé prévenir Brigitte et Yann de mon absence. Je leur ai porté le gros bouquet de tulipes acheté jeudi dernier. Elles sont encore très belles. Ouvertes, alanguies. Evasées.

Lundi 14 mars 2022. 20h10.

Promenade sur les chemins avec La Harpe. Je l’ai gardée en laisse. Mais qu’est-ce qu’elle tire. Accrochée aux odeurs, toujours en quête de quelque chose, elle tente de grimper le talus, cherche à aller à droite quand on marche à gauche, et l’inverse. Mais la survenue d’un lapin, le lourd envol de ramiers, la laissent indifférente. Je crois qu’elle poursuit juste un rêve. J’ai fini la taille des rosiers. Arraché de longues lianes de passiflore emmêlées dans les grimpants. Faute d’avoir réussi à dresser la chienne, je m’efforce de discipliner le jardin

Dimanche 13 mars 2022. 21h30.

J’ai terminé un court papier sur Les années manquantes, le dernier récit de Jean-Noël Pancrazi. Amélie est rentrée à Paris encore un peu lestée de fatigue inquiète. Les débuts du Bruit du monde semblent fiévreux.

Samedi 12 mars 2022. 17h30.

Les pieds de la table de nuit d’Amélie étaient rongés par les vrillettes. A point qu’un d’entre eux avait fini par casser. Elle tenait posé sur des piles de livres. Ce petit meuble faisait partie de la « chambre à coucher » de mes grands parents. Leur cadeau de leurs noces en 1902. Nous nous servons encore de l’armoire à glaces et nous dormons dans le lit. J’ai trouvé chez Emmaüs un chevet presque identique. On nous l’a livré ce matin.

Vendredi 11 mars 2022. 18h00.

Amélie est arrivée au train de 11h00. Ca va être des jours bien courts. Elle est fatiguée. Elle a dormi un peu dans l’après-midi. Je suis parti faire quelques courses à Granville. Une marche sur la falaise jusqu’à la mer. En rentrant, on s’est dit que les jours rallongeaient vraiment.

Jeudi 10 mars 2022. 19h50.

Amélie est à Bruxelles avec Hanna Bervoets. Je l’aurais bien accompagnée. Nous y sommes allés la dernière fois au printemps 2019 pour l’ouverture des serres de Laeken. Cette fois-ci, j’avais bien en tête un vague portrait d’Armel Job pour Le Monde qui aurait justifié le voyage. Mais c’était un peu « juste » à tous points de vue. Déjà, Raphaëlle ne m’avait pas fait de commande ferme. Et puis Armel Job habite dans la province de Luxembourg à presque deux cents kilomètres de Bruxelles. Certes il a été élu fin 2020 à l’Académie royale de langue et de littérature française de Belgique. Je m’étais dit que le rencontrer là-bas, rue Ducale, n’était pas une mauvaise idée. Mais j’ai des scrupules à le faire se déplacer. Une vieille histoire. La première fois que nous nous sommes vus, c’était pour un papier sur Le conseiller du roi, son quatrième roman. J’étais à Liège et je savais qu’il dirigeait une école à Bastogne. Je lui avais demandé de venir pensant qu’il était tout proche. Il avait fait une bonne heure de route, plus le retour. Liège-Bastogne-Liège est une course de vélos. Je m'en sens encore tout bête.

Mardi 8 mars 2022. 17h40.

J’ai commandé des hortensias pour le petit massif devant la maison. Deux Générale vicomtesse de Vibraye et trois La Marne. L’autome dernier j’avais arraché des plants malades. Il y a de la place. J’aime la rondeur douce des Générale vicomtesse, leur tombant alangui. Je les aime roses, mais ceux qui vont m’être livrés seront bleus. Il faudra que j’élève un peu le PH de la terre pour leur faire retrouver leur couleur d’origine. De la cendre de bois devrait suffire. Quant aux La Marne, ils sont d’un rose un peu soutenu. Cela fera un joli camaïeu. Dans un an ou deux... Pour mettre au pied, j’ai acheté tout un lot d’Hellébores. Les plus simples, Helleborus niger. J’en avais déjà quatre ou cinq en bordure. Elle formeront un tapis. Dans un an ou deux... Enfin, pour la plate-bande qui longe la maison et qui reste sèche à cause de l’avancée du toit, je vais recevoir une collection d’orpins. Mais là aussi, il faudra que je sois patient. Comme pour les bruyères plantées avec Apolline au début de l’automne. Et les nouveaux rosiers. Passe encor de bâtir ; mais planter à cet âge ! J’ai repensé à Mort d’un jardinier, le si beau livre de Lucien Suel. Aux dernières pages. Ad plures ire, tu as rejoint le plus grand nombre, tu es mort, le rouge-gorge s’envole, se pose sur le sureau, son chant liquide et mélancolique résonne à travers tout le jardin… Et puis j’ai secoué tout ça dans ce printemps qui vient.

Lundi 7 mars 2022. 15h10.

J’ai fini le papier ce matin seulement. Je les rends de plus en plus tard. J’ai vraiment de la chance que Raphaëlle me fasse à ce point confiance.

dimanche 13 mars 2022

Dimanche 6 mars 2022. 21h20.

Amélie a pris le train de 14h00. Elle devait être plus tôt à Paris pour accueillir Hanna Bervoets, sa romancière néérlandaise, qui venait pour une semaine de rendez-vous presse. Ces quelques jours ont passé bien vite. J’ai repris mes notes pour mon papier sur Virgile s’en fout, le dernier livre d’Emmanuel Venet. Il y raconte la traversée d’une année (1981) d’un étudiant en médecine à l’heure des choix. Cela commence comme un roman d’apprentissage distrait, léger, et cela devient au fil des pages, le roman, finalement grave, d’une vocation. Une vocation à deux faces. Venet est psychiatre au Vinatier à Lyon. J’ai pensé à Jean Delay. A ce qu’il écrivait dans son journal. La psychiatrie n’est pas un biais pour arriver à la littérature, c’est la littérature même.

Vendredi 4 mars 2022. 19h00.

Amélie a embarqué la chienne pour une longue balade. Elle avait besoin de grand air. De respirer. De souffler surtout. Elle ne ménage ni son temps, ni sa peine pour lancement du Bruit du monde et les premiers auteurs. Elle s’est imposée l’obligation de réussir et elle s’accroche. Je n’ai aucun doute quant au résultat, mais je ne voudrais pas qu’elle se blesse. Qu’on la blesse. Je suis resté tailler les rosiers. C’est l’époque. Je les ai rabattus d’un bon tiers. Chaque année, je me dis qu’il faudrait faire davantage, mais, chaque année, je n’ose pas. C’est le printemps au jardin. Les tulipes Angélique sont en feuilles. Il y a des jonquilles partout. J’ai laissé les ficaires envahir les plates-bandes. Ca vient. Ca vient.

Jeudi 3 mars 2022. 23h40.

Grand ménage pour l’arrivée d’Amélie. J’ai cueilli des jonquilles pour un bouquet. J’étais au bout du quai à Rennes pour le train de 20h30.

mardi 8 mars 2022

Mercredi 2 mars 2022. 21h45.

J’avais une grosse pile de livres à caser dans la bibliothèque. Je ne pensais vraiment pas que j’y passerai presque la journée. C’est que ça ne rentre pas. Que ça ne rentre plus. Le dernier rangement (et le seul d’ailleurs, car avant tout était flanqué n’importe comment) date de 2014. Il avait duré une semaine entière et j’avais dû me séparer de je ne sais plus combien de volumes. De beaucoup. Nous avions choisi à l’époque (et nous ne changerons pas !) un classement alphabétique. Avec d’un côté la littérature contemporaine (XXe et XXIe siècles) et de l’autre la littérature « ancienne » (des Grecs au XIXe). Plus des étagères thématiques (la poésie, la botanique, la cuisine, les polars…). Ce n’est pas idéal, mais le moyen de faire autrement ? Il y a des rayonnages dans toutes les pièces sauf dans les toilettes et les salles de bain. Là, j’ai monté, descendu, les tablettes le long des crémaillères, poussé les livres d’une étagère à l’autre, pour me retrouver à la fin avec, de Virginia Woolf à Stefan Zweig, un triste rang de sans logis. Bon, il n’y a vraiment plus de place. Il va falloir faire des coupes sombres. Avec tout cela, je ne suis pas allé à la messe des Cendres à Jullouville. En y repensant, c’est peut-être aussi bien. Je préfère de loin le Memento, homo, quia pulvis es et in pulverem reverteris au Convertis-toi et crois en l’Evangile d’aujourd’hui. Et après une messe tiède, je sais pertinemment que je ne serai pas allé partager le bol de riz et la pomme à la salle paroissiale. J’ai prié comme j’ai pu. Ouvert le petit recueil des Maximes et avis spirituels de saint Jean de la Croix. Demandez en lisant et vous obtiendrez en contemplant…

Mardi 1er mars 2022. 16h30.

Yann est venu me chercher à Granville. Dans la foulée, nous sommes allés récupérer La Harpe chez Séverine. J’avais laissé la voiture à Carolles. Pas très envie de la laisser deux semaines sur le parking de la gare. D’autant qu’il s’agit de notre nouvelle voiture. Nouvelle, pas neuve. C’est une Fiat Punto de 2002, mais avec seulement 40 000 km au compteur. Nous l’avons eue grâce à Fabien qui nous l’a vendue (pas cher), entièrement révisée. Depuis juillet, ma pauvre Twingo était au purgatoire chez M. Broust. Je lui avais confiée avant notre départ en vacances. Réglages, vidange. Il fallait surtout refaire la distribution, changer un cardan. A notre retour : rien. Il n’avait pas eu le temps, il était débordé, mais il nous la promettait pour bientôt. En attendant, il nous prêtait la 205 de sa femme. Au bout de quelques semaines, toujours rien. Après la 205 (sa femme la réclamait), il nous avait passé les clés d’une vieille Xanthia (qui avait d’ailleurs appartenu à Yann) et les mois s’étaient écoulés. Il ne trouvait pas les pièces, il avait des problèmes de pont élévateur… Ca ne pouvait plus durer, d’autant qu’avec Amélie à Marseille, il fallait maintenant aller à Rennes pour son TGV. La Fiat est donc arrivée à pic. J'ai repris ma Twingo. Elle est dans l’état où je l'avais laissée cet été. Elle roule, mais il faudrait quand même la faire réparer. A ceci près que nous n’avons pas besoin de deux voitures. Je suis resté déjeuner chez Yann et Brigitte. Ils reprennent doucement pied après leur très long séjour au Maroc. Impossible de savoir vraiment s’ils sont contents des ces mois de villégiature. Avec les histoires de tests, de vaccins, leur retour, en tout cas a été plutôt mouvementé. La grande décision qu’ils ont prise là-bas, c’est de se marier. Yann nous a demandé d’être ses témoins.

lundi 7 mars 2022

Lundi 28 février 2022. 18h00

Je suis seul dans l'appartement à Paris. Nous sommes rentrés aujourd'hui de quelques jours chez Claire et Emmanuel. Cela faisait bien longtemps. Amélie est descendue du train à Marseille où elle travaille depuis décembre. Enfin pas tout à fait puisqu'elle partage son temps entre Marseille et Paris. Elle a quitté Liana Levi pour une toute nouvelle maison d'édition, « Le bruit du monde », qu'a créée Marie-Pierre Gracedieu au sein du groupe Editis. Avant Marie-Pierre Gracedieu avait en charge la littérature étrangère chez Gallimard. Et avant encore chez Stock avec Jean-Marc. C'est là que je l'avais rencontrée. Ici, elle publiera aussi des textes français. Ca démarre juste. Les premiers titres sortent le mois prochain. Amélie s'est lancée dans cette aventure avec un bel enthousiasme. Elle est heureuse, confiante. J'espère que personne ne lui rognera ses ailes. Je suis toujours inquiet. Ces déplacements à travers la France compliquent un peu notre existence. A peine. Cela me fait juste un peu bizarre de la savoir si loin par moments. Une éternité que je n'ai pas mis un mot dans ce journal. Ce n'est pas faute d'avoir essayé. Mais, les mois s'entassant, il me devenait de plus en plus difficile de rompre le silence. Par où, par quoi commencer ? J'écoutais la radio tout à l'heure. Voilà déjà quatre jours aujourd'hui que les troupes russes sont entrées en Ukraine et que les combats font rage. Je me suis souvenu de début août 1990. C'était les vacances dans le sud. Marie allait avoir six ans. J'étais parti tôt en voiture chercher le pain et les croissants du petit déjeuner. Et là aussi la radio... L'Irak venait d'envahir le Koweit. Sur un de ces cahiers que j'ai perdu depuis, j'avais écrit : Est-ce que notre temps est venu ? Tout à l'heure, j'entendais un commentateur dire que l'Europe n'avait pas été touchée par la guerre depuis 1945. Il faut croire que ces gens ont tout oublié. Cette année 1990, la gardienne du 43 rue d'Alésia, Mme Kovacevic, rentrait en Yougoslavie, son pays, pour y passer sa retraite. Elle m'avait montré son village sur la carte dans ce qui doit être aujourd'hui la République serbe de Bosnie. Une génération est passée. Pour nous, il ne s'est pas passé grand chose. Va savoir. J'ai repensé au poème d'Aragon. C’était un temps déraisonnable (...)/ Moi si j’y tenais mal mon rôle/ C’était de n’y comprendre rien

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