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lundi 7 octobre 2013

Mercredi 2 octobre 2013. 16h10.

J’ai préparé mes cours pour demain à Censier. Relu Taxidermie, le livre d’Alexis Turner, mis en ordre les notes, fait quelques recherches supplémentaires. Le photographe de Next se trouve chez lui aujourd’hui. Il est temps de commencer à écrire son portrait.

Mardi 1er Octobre 2013. 18h20.

J’ai reçu un mot de Nathacha. Par son intermédiaire, je suis invité en mars à l’Île Maurice pour le Salon international du livre. Elle me dit que les organisateurs sont très désireux de me recevoir là-bas. J’hésite. C’est si loin. Et en même temps j’ai tant besoin d’être conforté en ce moment. Si tu es libre, si tu veux voir un peu mon pays, si tu veux rencontrer des Mauriciens et aussi des auteurs indiens, australiens, malgaches..., autour de tes livres, de la littérature, de ton métier, de tes projets, tu nous ferais un grand honneur, écrit-elle. Mon Dieu, cela me paraît beaucoup pour moi tout ça. Il faut que je réfléchisse…

Lundi 30 septembre 2013. 16h00.

Ce matin, sur la terrasse, une nuée de papillons, paons du jour et vulcains, voletait au-dessus des figues écrasées. Ils semblaient saoûls d’avoir butiné le jus fermenté des fruits. Au point que j’ai pu en attraper plusieurs à la main. J’ai fait un petit film avec mon téléphone portable que j’ai envoyé à Thomas. En lui glissant, dans le petit mot d’accompagnement, un fragile bouquet des noms latins (Inachis io, Pyrameis atalanta) et des noms anglais (Peacock et Red admiral). Il habite à Londres, n’est-ce pas ?

dimanche 6 octobre 2013

Dimanche 29 septembre 2013. 20h50.

Le ciel est tout gris. Il fait humide, mais il ne devrait pas pleuvoir. J’ai passé du désherbant dans la cour. Interminable. Il y a un brin d’herbe derrière chaque gravier. Nouvelle visite, désespérante, à Georgette. J’ai parlé longuement au téléphone à Josette le soir. Nous nous étions croisés sur la route comme nous revenions d'Avranches. Un coup de klaxon, un signe de la main. Elle est admirable, ma cousine. Elle vient tous les jours, plusieurs fois. Apportant du linge frais et des nouvelles du dehors, des douceurs, miel de thym et petits carrés de chocolat. Elle assiste aux repas : Presque rien ne passe, tu sais… Elle aussi a été saisie par le changement qui s’est opéré d’une journée sur l’autre. Je reste persuadé que cela tient en grande partie à l’horrible endroit où Georgette se trouve.

Samedi 28 septembre 2013. 22h00.

Josette m’avait donné des nouvelles de Georgette au long de la semaine. Des hauts, des bas. Elle avait été transférée dans un hôpital privé (la Polyclinique de la Baie) dans un service de « soins et de rééducation ». Sa fracture semblait en cours de consolidation, mais elle ne mangeait toujours presque pas. Nous sommes allés la voir dans l’après-midi. La Polyclinique est située en périphérie d’Avranches. Un vilain bâtiment situé entre des immeubles HLM et une zone commerciale. Couloirs déserts. Peu ou pas de personnel. Georgette partage une chambre sinistre, aux fenêtres donnant sur un mur aveugle avec une autre dame agée qui geint sans arrêt. Je l’ai trouvée terriblement changée. Pâle. Epuisée. Réussissant à peine à dire quelques mots. Elle répétait : Et hier, j’allais si bien. Et hier j’allais si bien. J’avais le cœur brisé.

Vendredi 27 septembre 2013. 21h10.

Il faisait nuit quand nous sommes arrivés à Carolles. A la lumière des phares de la Twingo, j’ai vu que toute la cour était recouverte d’un fin duvet vert. Comme une pelouse recouvrant les graviers étalés le mois dernier. Déjà ! Il va falloir vite traiter.

Vendredi 27 septembre 2013. 13h20.

Je n’ai pas beaucoup de travail pour Le Monde en ce moment. Je rédige juste des brèves. Mon portrait de Valentine Goby est repoussé fin octobre. Et toutes mes propositions restent sans suite. Raphaëlle m’apprend que Catherine Millet va (à tout seigneur, tout honneur...) s’occuper de Ma mère rit de Chantal Ackerman que je voulais chroniquer. Elle me demande de regarder les Inédits de Crevel que publie le Seuil, mais je ne sais toujours pas quoi faire pour Pirotte, pour Péju, pour Venet, pour Pagano, pour Fauquemberg, pour Reumaux dont je lui ai parlé il y a déjà très longtemps. Côté littérature étrangère, Florence après m’avoir laissé entendre que je pourrai écrire rapidement mon papier sur Caicedo ne l’a finalement pas programmé. Le roman de Goce Smilevski, La liste de Freud, a été donné à Elisabeth Roudinesco (là aussi, je m'efface...) et je n’ai aucune idée de quand je pourrai traiter le Jordi Soler ou Le Perez Reverte. Tout cela me laisse assez désemparé.

vendredi 4 octobre 2013

Jeudi 26 septembre 2013. 23h40.

Ce matin, j’avais une dizaine d’étudiants de plus que prévu. Je les ai mis en garde. Je ne suis pas sûr de pouvoir garder ceux qui ne sont pas officiellement inscrits. - Mais si, mais si, c’est fait. On nous a dit que vous auriez bientôt une nouvelle liste. Alors… De toute façon, je ne me vois pas refuser du monde. On s’arrangera. Comme tous les ans. Quel foutoir que ces inscriptions pédagogiques… Je me souviens à quel point c’était déjà compliqué lors mon (bref) passage à Censier. J’avais leur âge. La fac ne m’est vraiment pas un bon souvenir. Je m’y sentais perdu. Je ne comprenais rien. Donner des cours ici, c’est ma petite revanche. En sortant, je suis allé chez Caractères. Nicole m’avait laissé plusieurs messages. Elle a eu une série de problèmes avec la couverture du tome 2 des Œuvres complètes de Durocher : sur la tranche, il est imprimé « Poésie » à la place de « Prose ». La photo, trop pâle aurait dû être retravaillée… J’ai cru que je devenais folle, dit-elle. Du coup tout est retardé. La date de sortie, les envois presse. En attendant, je vais commencer à travailler sur le volume suivant : le théâtre. Je suis allé chercher Amélie place Paul-Painlevé. Direction Deyrolles, rue du Bac, où Béatrice avait organisé une petite réception pour la sortie chez Gallimard de Taxidermie, le livre d’Alexis Turner. Je fréquente d’habitude la boutique pour acheter mes fournitures entomologiques : épingles, pinces, pochettes en cristal, rouleaux de bandes à étaler... C’était amusant d’y être un verre à la main, au milieu des animaux empaillés et des collections. Bavardé avec Elisabeth de Farcy, l’éditrice française et Tristan de Lancey qui avait dirigé l’édition chez de Thames and Hudson. Alexis était venu de Londres avec sa femme, Catherine. Nous nous sommes retrouvés avec un vrai plaisir. Venez nous voir à la maison ! Et pourquoi pas ? Mais j’ai déjà le papier à écrire. Nous avons terminé la soirée au « pot » des auteurs de chez Buchet qui avait lieu dans l’appartement de Vera, quai aux Fleurs. A peine eu le temps d’embrasser Mercedes sur le seuil (elle partait comme nous arrivions). Sinon, j’ai revu tout le monde. Ou presque. Il y avait Philippe, Marie-Hélène, Daniel, Bernard, Caroline, Cookie… C’est avec eux que j’ai fait mes premiers pas d’écrivain. Quelle drôle de famille. Pascale m’a présenté à Sophie van der Linden dont j’ai beaucoup aimé le premier roman, La fabrique du monde. Discuté un bon moment avec Jean-Benoît Patricot. Je suis passé par Carolles cet été avec ma femme. – Mais pourquoi vous ne vous êtes pas arrêtés ?

lundi 30 septembre 2013

Mercredi 25 septembre 2013. 20h00.

J’ai préparé mon cours pour Censier demain. Un bref questionnaire d’actualité. Un texte à remettre en forme. J'ai regardé le dossier de rentrée. Cette année, il y a plein de recommandations administratives. En particulier celle-ci : Renvoyer immédiatement au secrétariat les étudiants qui ne figurent pas sur votre liste dans le bon groupe. Les étudiants y seront accueillis et on les inscrira officieusement dans le bloc dont ils devront suivre les enseignements. Ces étudiants rejoindront le cours après cette régularisation. Où est cette fichue liste ?

Mardi 24 septembre 2013. 23h10.

Relu Traversé par la rage, le court roman et les nouvelles d’Andrès Caicedo. Je devrais écrire le papier à la fin de la semaine. Amélie rentrait tard de son cours de Pilates. J’ai appelé Les enfants gâtés, en bas, rue Danville. C’est possible pour deux vers 21h00 ? La petite table près de la porte…

Mardi 24 septembre 2013. 19h20.

J’ai traîné un moment dans le quartier de la rue de Sèvres après mon rendez-vous chez le coiffeur (il était temps…). Passé dire bonjour aux Pol-Simon à leur imprimerie de la rue de Babylone. Comment va Amélie ? Qu’est-ce que vous devenez ? Monté au rayon jouets du Bon Marché à la recherche d’un ours brun en peluche à oreilles courtes et gros nez que j’avais repéré il y a longtemps et que j’aurais bien offert à Gabrielle. A l’époque, j’avais fait une photo. Je l’ai montrée à la vendeuse. Oh, j’ai peur qu’on ne fasse plus ce modèle… J’avais rendez-vous dans le quartier avec Laurence. Elle donne en ce moment une série de cours à Sciences Po sur la création littéraire. Je n’aurai pas beaucoup de temps, tu sais. Nous avons déjeuné rapidement à la Ferronnerie, rue de la Chaise. Elle publie début janvier aux Busclats un texte d’une centaine de pages : L’écriture et la vie. Le titre lui a été donné par Jean-Marc en décembre de l’année dernière, trois mois avant sa mort. Cela fait, bien sûr, référence à Jorge Semprun à sa sortie de Buchenwald. Semprun (que la vocation d’écrivain tenaillait depuis l’enfance) expliquait qu’il avait pensé qu’il lui serait possible alors de renaître par les mots. Le poids de la mémoire immédiate l’avait écrasé comme un effrayant fardeau. Commençant ce qu’il appelait sa longue cure d’aphasie, d’amnésie délibérée il avait décidé d’abandonner l’écriture pour choisir la vie. Le livre de Laurence est le journal d’une réconciliation. Elle le tient, d’août à fin septembre 2012, balisant les dernières étapes de son retour à une écriture dont elle se sentait comme empêchée depuis presque deux ans. Sa dernière note date d’un an jour pour jour. 24 septembre : (…) Je suis redevenue un écrivain vivant. Je me suis souvenu de cette fois où j’avais été invité dans une classe de sixième. Qu’est-ce que c’est un écrivain ?, avait demandé l’enseignante aux élèves. C’est quelqu’un qui est mort, avait répondu un gamin. Qui habite à la campagne ! avait rajouté un autre. Ca me ressemble. Assurément.

vendredi 27 septembre 2013

Dimanche 22 septembre 2013. 18h20.

C’est l’automne aujourd’hui. Les courses rue Daguerre. J’ai écrit deux petits papiers pour Le Monde. Amélie décryptait les bandes de l’entretien avec Alexis Turner. Journée lente et studieuse.

Lundi 23 septembre 2013. 22h40.

J’ai déjeuné avec Capucine au Luxembourg, à l’angle de la rue de Fleurus et de la rue d’Assas. Chez Stock, c’est leur cantine. Nous avons parlé de mon livre, bien entendu. Je me suis efforcé de lui raconter mes trébuchements, sans trop m’en plaindre. J’avance, je me casse la figure, je tombe dans la pente, je me relève. A chaque fois, tout est à recommencer. Elle m’a souri : Cette fois, ça va aller… Méthode Coué ? Comme nous sortions, nous avons croisé Manuel qui était à une autre table. Alors, tu travailles ? Bon, j’ai compris. Plus le temps d’hésiter. J’ai reçu un message de la SGDL. Je figure dans la deuxième sélection de la Bourse Chenouard 2013. Je leur avais proposé en mai mon projet de L’herbier des rayons. De février à avril, lorsque je suivais mes séances de radiothérapie à l’hôpital des Peupliers, j’avais ramassé dans le quartier, chaque jour de ces trente-six jours, dans une rue différente, une plante différente. Une de ces « sauvages » qui poussent en ville avec acharnement, avec résistance, dans la moindre anfractuosité. J’avais exploré les failles dans les murs, les éclats de bitume, les grilles d’arbre, les interstices des pavés, les jardinières abandonnées, les friches et les débords des jardins cultivés. Et de retour à la maison, j’ouvrais ma flore, mes livres, pour identifier ma cueillette, retrouver le nom latin. Je mettais à presser dans du papier léger, sous de gros dictionnaires. Quand je collerai cet herbier, m’étais-je dit, à chaque plante, à chaque jour, il y aura son poème. Le travail est bien avancé. Ah, si j’avais cette bourse… Réponse en novembre. Je suis allé chercher Gabrielle chez la nourrice. Ses parents ont tous les deux des réunions de travail tard ce soir, du coup elle dort à la maison. Nous avons pris le bus, marché jusqu’à la rue Danville. Elle court un mètre devant sur le trottoir. S’arrête à chaque intersection. La main ? Puis elle repart. Je lui ai donné le bain. Préparé le dîner : soupe à la tomate, coquillettes et jambon. En attendant Amélie, nous nous sommes servis un verre, grenadine à l’eau pour elle, pouilly fumé pour moi.

mercredi 25 septembre 2013

Samedi 21 septembre 2013. 23h50.

Séverine et Gérald ont quitté la maison tôt avec Arnaud. Agathe et Thomas se sont réveillés peu après. Nous les avons occupés doucement pendant la matinée. Agathe voulait faire un gâteau au chocolat. Thomas avait envie que je m’occupe ce qui restait de son bombyx à bagues né en captivité cet été. Je lui ai bricolé un étaloir. Nous avons été chercher des épingles. Mais rien à faire. Le malheureux malacosoma neustrium s’effritait dès qu’on le touchait. Je suis juste parvenu à coller le corps et les vestiges des ailes sur une feuille de papier. Nous avons embarqué les deux au Natural History museum. Gros succès avec la baleine bleue. Nous avons déjeuné (pas terrible) au restaurant du musée. Mais c’était bien de voir cette si petite Agathe boulotter sa pizza avec appétit. Car, Dieu, qu’elle revient de loin. Je me souviens de toutes les opérations qu’elle a subies à Necker en 2009 et du poids qu’elle devait reprendre gramme après gramme. Retour Dewhurst road. Arnaud et ses parents étaient rentrés. L’intervention s’était bien passée et cet étonnant gamin semblait plutôt… en forme. Les enfants m’ont fait souffler des bougies (Ah, c’était pour ça le gâteau…). Gérald m’a offert une bouteille de château-gloria 2008. Allez, on file. On s’est embrassés. J’ai bien envie de revenir. Nous étions finalement en avance à la gare de Saint-Pancras. Nous avons traîné un moment. Sur la grande terrasse, j’ai vu le bar à champagne de Searcys. Hésité un moment. Et puis j’ai dit à Amélie. On pourrait s’offrir du Ruinart, non ? Après tout, il paraît que c’est mon anniversaire.

Vendredi 20 septembre 2013. 23h00.

Au bas de l’escalier, une tête de gavial enveloppée dans du papier bulle. Et, à l’étage, une hallucinante ménagerie : des flamands roses, des singes, des zèbres, des autruches, des crocodiles. Un tigre, un ours, un lion, un grand boa rampant au sol. Des quantités de trophées des cerfs, de renards. Des poissons de toutes tailles, des coraux, des oiseaux multicolores, des papillons, des coléoptères. Puis des chiens, des chats, des écureuils, des rats. Partout des vitrines, des bocaux, des squelettes. Vous avez fait bon voyage ? , nous a demandé Alexis Turner. Je vais préparer le café. Nous avions pris l’Eurostar tôt. Arrivés à Saint-Pancras à 9h00, heure de Londres. Long trajet en taxi : les « bureaux » de London Taxidermy où il a entassé tout ce bric-à-brac se trouvent à Wandsworth, à l’autre bout de la ville. Taxidermy, c’est le titre du livre qu’Alexis Turner a publié au début de l’année chez Thames & Hudson et dont la traduction française (Taxidermie…) vient de sortir chez Gallimard. Il fait commerce d’animaux empaillés et d’objets d’histoire naturelle depuis une vingtaine d’années, mais s’occupe surtout aujourd’hui de les louer. Pour des films, des publicités, des vitrines de grands magasins. J’avais proposé son portrait dans Next à Françoise-Marie qui avait tout de suite accepté. Restait à s’organiser. L’exercice de ce matin m’était assez tranquille. Amélie faisait la traduction de mes questions. It’s more confortable, ai-je dit à Alexis. Pour moi en tout cas, car mon anglais butte sans arrêt d’un mot sur l’autre. L’enfance, la « vocation », le livre : nous avons échangé presque deux heures. J’espère que la papier sera à la hauteur. Nous étions contents d’être à Londres. Grand soleil. Nous nous sommes baladés au hasard. Un tour à Hyde Park. On s’est perdus un peu dans les rues de Marylebone. Quelques verres dans les pubs. Nous avons récupéré la valise à la gare et nous sommes allés chez Séverine et Gérald à Hammersmith. Ils nous avaient déjà accueilli dans leur maison de Dewhurst road, un peu avant Noël l’an dernier. Arnaud, Thomas et Agathe nous attendaient. J’ai trouvé qu’Arnaud était vraiment un courageux bonhomme. Comme si de rien n’était, il joue, il rit. Raconte des devinettes. Depuis son accident de cet été, il ne voit toujours rien de l'œil droit. Demain, il doit aller à l’hôpital pour qu’on lui enlève les points de suture. Anesthésie générale. Thomas m’a montré les bestioles ramassées au jardin qu’il conserve dans une boîte. Perce-oreilles, petits escargots. Il y avait deux cocons desséchés aussi. Tu penses qu’ils vont éclore ? – Ca me semble assez mal parti, tu sais…

mardi 24 septembre 2013

Jeudi 19 septembre 2013. 8h40.

J’ai cinquante-huit ans.

Jeudi 19 septembre 2013. 22h10.

Réunion de début de semestre pour les ateliers d’écriture à Censier. J’ai réalisé que les cours commençaient la semaine prochaine. Déjà ? Le soir tombait. Fac déserte. Nous n’étions que trois, salle 207. Line Sommant, Laurence et moi (les autres s’étaient « excusés »…). Du coup cela n’a pas duré très longtemps. Quelques informations administratives. Mes horaires ont changé. Ce sera maintenant de 10h00 à 14h00. Et j’ai trente étudiants... J’ai compté, c’est ma sixième rentrée. Amélie m’avait invité à dîner aux Petits plats, un restaurant de la rue des plantes où nous voulions aller depuis longtemps. Sauté de coques et couteaux au chorizo, ravioles, cabillaud et légumes frais pochés dans un bouillon brûlant. Nous avons bu du quincy. C’était bon…

Mercredi 18 septembre 2013. 20h20.

Valentine est venue à la maison pour me parler de son livre Kinderzimmer. C’était plus simple qu’elle aille rue Danville pour, je crois, des histoires de garde de sa fille. C’est vrai que nous sommes mercredi. Au Monde, ils ont finalement dit oui pour un portrait de dernière page. Et j’en suis ravi. Kinderzimmer est, jusqu’ici, son plus beau texte. Une forme d’aboutissement dans cette obsession qu’elle a des entrailles et des corps. Du langage des corps. Des corps des femmes. Mon premier papier sur elle remonte à 2008. Elle venait de publier, justement, Qui touche à mon corps je le tue. Elle s’est lancée ici dans une aventure d’écriture à haut risque. Il semblait en effet impossible voire presque indécent de parler de cette kinderzimmer, la « crèche » étrangement tolérée en 1944 à Ravensbrück où survivaient à peine des nourrissons faméliques nés dans l’horreur du camp. Un roman là-dessus ? C’était tellement et même trop. Sauf qu’en quelques pages, on se trouve saisi par une étonnante légitimité. Dans le livre de Valentine, il y a une vérité de ton et un infini respect. Le sujet, d’ailleurs, est venu à elle dans des rencontres, des témoignages. Elle n’a rien suscité. Nous avons parlé longtemps. J’ai pris les notes que j’ai pu. J’ai déjeuné avec Pascale au Bistrot d’Henri. Croisé Daniel dans le restaurant. Il était avec Françoise Pertat, la traductrice d’Alex Miller, l’auteur australien dont Phébus vient de faire paraître Autumn Laing. J’ai pensé à Fiona et à Steven à Melbourne. Je ne leur ai pas donné de nouvelles depuis des mois et ils s’inquiètent. Comment se fait-il que je n’arrive pas à leur écrire ?

Mardi 17 septembre 2013. 17h10.

Marion a appelé. Ca tient toujours notre déjeuner ? J’étais en plein dans ma chronique de Next pour Octobre. Ca ne te dérange pas de venir près de chez moi ? Nous nous sommes retrouvés Aux enfants gâtés, rue Danville, à deux numéros de l'appartement. Je me sens bien dans ce tout petit restaurant. Au fond, quand c’est possible, je devrais donner mes rendez-vous là. Marion m’a laissé les épreuves de Ma mère rit de Chantal Ackerman qui paraît au Mercure mi-octobre. Et ta chronique, c’est sur quoi ? Je parle de Robert Marteau. Il y a un colloque de trois jours du 9 au 11 à Pau. Grand écrivain que Robert Marteau. Mort il y a deux ans et toujours tellement ignoré… Champ vallon vient de publier Ecritures, un nouveau tome de son « journal en sonnets ». A la date d’aujourd’hui, en 2002, il écrivait : L’automne roux et fauve approche corrodant/ La fougère et le châtaignier. Dans le bouleau/ Il vient changer en or le feuillage où le vent/ Se complaît. C’est la saison des châteaux de brique/ Dont les toits mouillés, au-dessus de la bruyère,/ Brillent de loin sous la lune ou dès que l’aurore/ Dans l’herbe répand les débris de la rosée./ On entend frapper du bec aux portes ; les cris/ Se répercutent jusqu’aux sommets où s’enroulent/ Les nuages venus de la mer. Les sentiers/ S’ouvrent aux bêtes qui flairent la proie. En teintes/ Les couleurs de l’été consentent à survivre/ Et sur la fleur mauve un papillon bat de l’aile/ Parce que de plus en plus la terre s’incline.

Lundi 16 septembre 2013. 21h50.

J’avais rendez-vous avec Manuel Carcassonne chez Stock Alors, ce livre ? J’ai compris (je m’en doutais) qu’il avait dans la tête de le sortir à la rentrée 2014. C’est d’ailleurs ce qui était plus ou moins prévu. J’étais convenu avec Jean-Marc de le rendre en décembre. Nous avons discuté un moment. J’ai expliqué mon retard comme j’ai pu. On l’attend tu sais. Avril ? Allez, je n’ai plus le temps de perdre du temps. Je suis passé voir Dany, à deux pas, aux Belles Lettres. Nous sommes allés déjeuner rue de Rennes. Nous avons parlé des Tueurs de Patrick Reumaux. Reumaux est romancier, poète, traducteur de Dylan Thomas et de plein d'autres. J'avais oublié (est-ce que je le savais vraiment ?) qu'il était aussi un grand mycologue. L’ouvrage qui sort à la fin du mois est consacré aux champignons vénéneux. Magnifiques planches, grandeur nature, réalisées au crayon de couleur par Xavier Carteret, mais surtout un texte, une suite de textes plutôt. Des récits courts. Des narrations rares. Je l’avais proposé à Raphaëlle pour Le Monde la semaine dernière. Pas tout de suite, m’avait-elle répondu. Demandé aussi à Dany des nouvelles du projet de Lionel-Edouard Martin pour lequel elle avait bien voulu faire l’intermédiaire. Il s’agit d’une Petite anthologie subjective de la poésie d’expression latine regroupant une centaine de textes traduits en vers français. Des auteurs de l’Antiquité et de la Renaissance. Pour le peu que j’en ai lu, c’est d’une grâce infinie. J’aurai une réponse bientôt. Promis. Et puis on s’est raconté un peu nos vies. Lou a douze ans maintenant. Et nous, on se connaît depuis quand ? Je suis retourné à la maison en coup de vent. Lu un peu. J’ai retrouvé Marguerite pour un verre en fin d’après-midi à la Crèmerie. Alors, ton livre ? Décidemment la journée était bouclée.

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