M. Mitaillé est venu installer mes plates-bandes à l’extérieur de la maison. Une quarantaine de centimètres de terre qui courent le long des haies. Il a maintenu l’ensemble avec des planches de chantier qui se patineront doucement avec le temps. J’ai passé une commande de bulbes de printemps. Des narcisses (Curlew), des iris nains (reticulata Djit), des iris à tête de serpent ou doigts d’Hermès, de petits ails d’ornement (neapolitanum), des scilles de Sibérie, des corydales. Le tout dans une alternance de mauve et blanc. J’aurais bien planté des fritillaires, mais Jean-Pascal me l’a déconseillé. Elles ont besoin d’une terre plus profonde. Reçu pour Next le petit « Top 5 » de Valentine (les cinq livres qui ont le plus compté pour elle). Elle y place Les Misérables de Hugo. Je me suis souvenu de ce que ce dernier écrit dans son portrait de Jean Valjean devenu M. Madeleine : Il aimait les livres ; les livres sont des amis froids et sûrs.
mercredi 15 octobre 2014
Vendredi 10 octobre 2014. 19h00.
Par Xavier Houssin le mercredi 15 octobre 2014, 12:04
Jeudi 9 octobre 2014. 23h40.
Par Xavier Houssin le mercredi 15 octobre 2014, 12:02
J’ai reçu un « rappel » de Florence pour la nécro de Juan Goytisolo. Je désespère, m’écrit-elle. Moi aussi… Je cherche toujours à comprendre pourquoi je n’arrive pas à écrire ce fichu papier. Ca en devient même inquiétant. J’ai flanqué les bouquins et mes notes dans la valise. J’essaierai ce week-end. Arrivés tard à Carolles. J’avais au courrier L’art de vivre de Franc-Nohain avec une courte lettre autographe signée, achetés la semaine dernière (pour rien…) sur un site de livres d’occasion.
dimanche 12 octobre 2014
Mercredi 8 octobre 2014. 20h50.
Par Xavier Houssin le dimanche 12 octobre 2014, 20:01
Je suis allé chercher Gabrielle à la sortie de son école. Le bus, puis deux tramways jusqu’à Saint-Cloud. Cette fois-ci, j’avais prévenu : Je l’emmène à Paris. La pluie qui tombait dru depuis le début de la matinée avait miraculeusement cessé. J’ai pu refaire le périple avec elle au sec. L’éclaircie avait fait sortir toute une escouade de contrôleurs de la RATP. Bonheur de la banlieue. Je venais de réaliser que Saint-Cloud est en zone 3 et que mon abonnement annuel ne couvrait que les zones 1 et 2. Impossible sur les quais d’obtenir un « complément de parcours ». Comment dois-je faire ? – Descendez au prochain arrêt et prenez un ticket. – Quel ticket ? Un ticket metro/ bus ordinaire à un 1,70 €. – Le même qu’on prend dans Paris ? – Oui, le même. – Mais, j’ai ma carte. – Ce n’est pas le même titre de transport. – Ah bon. D’accord, je descends. Il ne vaut mieux pas chercher à comprendre... Gabrielle dans le tramway babillait. Jouait à On arrive bientôt ? et demandait : C’est là ? C’est là ? à chaque station. Mais à la descente de l’autobus, place Denfert-Rochereau, elle a regardé le lion de Bartholdi et a dit très sérieusement : Lui, je le reconnais. Déjeuné rapidement à la brasserie à l’angle de la rue Daguerre (elle avait envie de frites), un cornet de glace chez Amorino. Allez, on se dépêche, je sens des gouttes. Je lui ai lu Boucle d’or et les trois ours avant de la coucher. Au bout de la quatrième fois (la grande table, la moyenne table, la toute petite table ; la grande chaise, la moyenne chaise, la toute petite chaise ; le grand bol de soupe, le moyen bol de soupe, le tout petit bol de soupe ; le grand lit, le moyen lit et le tout petit lit), elle s’est endormie. Je l’ai emmenée passer le reste de l’après-midi à la grande galerie de l’évolution du Muséum. Gros succès avec la tigresse du duc d’Orléans juchée, crocs et griffes dehors, sur le howdah de l'éléphant d’Asie. Avec les hippopotames aussi (Je les reconnais…). Mais le préféré (On retourne le voir encore ?) a été sans conteste le requin pèlerin. Cetorhinus maximus. Tu sais, certains doivent passer au large de Carolles. – Et ça mange ? (frisson) – Rien que des algues et de minuscules poissons.
mardi 7 octobre 2014
Mardi 7 octobre 2014. 20h40.
Par Xavier Houssin le mardi 7 octobre 2014, 20:26
Marie a rapporté des plages de Californie (elle a fait tout un périple aux Etats-Unis cet été) une dizaine de petits disques cassants, aux motifs de rosaces. Tu vas me dire ce que c’est… - Bah, ça ressemble à un oursin tout plat. J’ai cherché. Il s’agit effectivement d’un échinidé de l’ordre des Clypeasteridae. il semblerait que le sein soit Dendraster excentricus qui peuple notamment les côtes pacifiques américaines et que les gens appellent couramment sand dollar ou sea biscuit. Elle m’a fait cadeau d’un minuscule coquillage nacré, vraisemblablement de la famille des cônes. Mais l’identifier va être une autre paire de manches.
Lundi 6 octobre 2014. 23h00.
Par Xavier Houssin le mardi 7 octobre 2014, 20:25
J’ai continué de lire De quel amour blessée, l’essai poétique, érudit et habité d’Alain Borer sur la langue française, si malmenée dans l’époque d’abandon que nous vivons. Une histoire de civilisation. Raphaëlle m’a confié ce texte pour Le Monde. J’en suis un peu inquiet. Je sais que ce papier me sera difficile à rédiger tant je me sens en proximité. Pris un verre avec Marguerite. Elle écrit. Moi, mon livre est toujours immobile. Et de mes poèmes à nouveau en jachère.
Dimanche 5 octobre 2014. 21h40.
Par Xavier Houssin le mardi 7 octobre 2014, 20:25
La pluie. Sans cesse. Ou tout comme. Nous avons quitté Avallon sous l’averse. Elle nous a accompagnés tout le long du trajet. Pas moyen de musarder. Nous nous sommes juste arrêtés à Vézelay. Là-haut, c’était l’éclaircie. La basilique surplombait les nuages. Nous avons attrapé une fin de messe. Un groupe de moniales et de moines des Fraternités de Jérusalem (les mêmes qu’au Mont-Saint-Michel) y étaient en pèlerinage. Ils chantaient : Viens, Esprit Créateur nous visiter,/ Viens éclairer l'âme de tes fils,/ Emplis nos cœurs de grâce et de lumière. J’ai ressenti cet infime tressaillement de la piété commune. Et Amélie m’a pris la main.
Dimanche 5 octobre 2014. 2h30.
Par Xavier Houssin le mardi 7 octobre 2014, 18:14
Départ gare de Bercy. Nous sous sommes retrouvés dans le même wagon que Marianne et Sandrine, elles aussi invitées à la fête d’anniversaire(s). Sens, Joigny, Laroche-Migennes. C’était le train de mon service militaire. A Joigny il n’y a plus de caserne maintenant. Nous sommes descendus à Auxerre, les autres continuaient jusqu’à Avallon où nous les rejoindrions en fin d’après-midi. Déjeuner place des cordeliers : des œufs cocotte, des escargots, du jambon à la chablisienne et du bourgogne rouge de Coulanges-la-vineuse. Je me suis souvenu des noms de ces villages qui sont aussi des noms de crus : Chitry, Saint-bris, Epineuil, Irancy. Chablis, bien sûr. Mes camarades de régiment étaient, pour la plupart, du coin. Vignot, l’un d’eux est même, je crois, vigneron sur la Côte-saint-Jacques. Nous partions en virée boire des verres chez des oncles, des cousins… Le patron du bistrot nous a laissé des adresses. Sur le chemin, nous avons fait un arrêt à Coulanges-la-vineuse chez Magali Bernard pour acheter le vin que nous avions bu. Six bouteilles de rouge 2011 (pinot noir et césar), six de blanc 2012 (chardonnay). Impossible d’en prendre davantage. Demain une fois rendue la voiture, tout doit tenir dans une seule valise. Juste une halte à l’hôtel à Avallon : nous étions à Lautreville chez Brigitte et Christian peu de temps après. Beaucoup de monde. De la famille, des amis. Nous avons retrouvé là-bas Sandie et Laurent, Anne, Théophile, Hanen. Champagne et embrassades. Buffet gigantesque. Un énorme jambon cuisait à la broche. Nous avons dansé sous les étoiles. Moi un peu. Amélie davantage.
Vendredi 3 octobre 2014. 22h10. 22h30.
Par Xavier Houssin le mardi 7 octobre 2014, 18:12
Nous avons passé la journée ensemble à Paris. Ce n’est pas si fréquent. Demain nous partons dans le Morvan pour fêter les trente ans de mariage de Brigitte et Christian (et ses soixante ans à lui …). Amélie avait un rendez-vous dans le Faubourg-Montmartre, j’en ai profité pour traîner dans le quartier. Retrouvé, sans la chercher vraiment, la librairie Eppe, rue de Maubeuge. C’est chez le père, Paul, qui tenait boutique, d’abord rue de Provence, que j’ai constitué une bonne partie de ma bibliothèque. Achetant, au petit bonheur la chance, des romantiques, des écrivains du tournant du XIXe et du XXe, des plaquettes de poètes inconnus, un peu de tout, rarement du n’importe quoi. J’y allais une ou deux fois par semaine, avec Gérard, à la sortie des réunions du dispensaire de la rue de Lisbonne. Parfois davantage. Il y a si longtemps maintenant. A la retraite de Paul Eppe, son fils Christian (il a mon âge) a repris l’affaire. J’ai passé un bon moment à fouiller parmi les rayonnages. J’en suis ressorti avec les éditions originales des poèmes de Paul Reboux (Trente-deux poèmes d’amour et Femmes) reliés par René Assourd, deux petits volumes des Chants de Déroulède (qui lit encore ces stances patriotiques ?) et une édition XIXe du Manuscrit de ma mère de Lamartine. Plus, et il faudra que je revienne les chercher, les dix volumes du Théâtre de Labiche, parus de son vivant en 1886 chez Calmann Lévy. De vraies bonnes affaires. J’ai récupéré Amélie devant les Folies Bergère. Nous y avons retenu des places à un spectacle pour enfants où nous voulons emmener Gabrielle en novembre. Passé l’après-midi en courses minuscules. A marcher dans les rues sous le soleil d’automne. Doucement. Si doucement.
lundi 6 octobre 2014
Jeudi 2 octobre 2014. 20h50.
Par Xavier Houssin le lundi 6 octobre 2014, 17:30
L’an dernier, c’était la rentrée à Censier. Elle se fait sans moi aujourd’hui. Il n’y a, paraît-il, plus d’argent à l’université pour payer les vacataires. Je m’étais senti humilié, j’étais en colère, d’être ainsi congédié. Inquiet aussi de gagner encore un peu moins d’argent. Mais à présent, je ressens une étrange peine. Les étudiants me manquent. Vraiment. Avec eux, je me sentais utile, et proche. Et vivant. Dans l’après-midi, j’ai reçu un message des services financiers de la ville de Nice. Ils me réclament à nouveau des papiers pour me payer le dossier de presse rédigé en juin. Décidemment…
Mercredi 1er octobre 2014. 20h10.
Par Xavier Houssin le lundi 6 octobre 2014, 17:29
Toute la journée, j’ai écrit des lettres, des petits mots... Commandé aussi à la poste de nouvelles planches de timbres avec le visuel de l’échiquer de Tenniel dans L’autre côté du miroir. Je sais bien que je pourrais utiliser des vignettes ordinaires rouges ou vertes ou bien représentant des grands hommes ou des spécialités culinaires régionales, mais j’ai envie de soigner mon courrier.
Mardi 30 septembre 2014. 21h20.
Par Xavier Houssin le lundi 6 octobre 2014, 17:27
J’ai reçu une carte d’Astrid. Elle était à Quiberon avec Paul-Edouard. Je pense à toi souvent, m’écrit-elle. La dernière fois qu’on s’est vus, ce devait être en février ou mars 2009 à la Foire du livre de Bruxelles. Je ne suis pas revenu là-bas depuis. J’avais fait sa connaissance une dizaine d’années avant au moment du lancement du supplément belge de Point de Vue (Vues de Belgique) où je m’occupais, entre autres, des livres et de la culture. Elle était alors responsable de la presse aux éditions Racine. Elle s’y occupe à présent des projets éditoriaux. Nous nous étions rencontrés assez régulièrement à l’époque. Nous avions eu ensemble comme un petit coup de foudre amical que le temps et l’éloignement ne nous ont pas permis de cultiver. N’empêche, moi aussi, je pense souvent à elle. Quand irons-nous à Bruxelles ?, ai-je demandé à Amélie.
Lundi 29 septembre 2014. 21h00.
Par Xavier Houssin le lundi 6 octobre 2014, 17:26
Claire et Emmanuel sont venus nous dire au revoir. Ils repartent chez eux demain matin, en passant par Lyon et par Aix-en-Provence. Nous avons ouvert une bouteille de Ruinard à leur santé. Et à la mienne.
Lundi 29 septembre 2014. 12h00.
Par Xavier Houssin le lundi 6 octobre 2014, 17:26
Avec Amélie, nous sommes partis tôt à l’hôpital des Peupliers. Je n’avais pas voulu ouvrir l’enveloppe du laboratoire d’analyses avant le rendez-vous. Tout va bien, m’a dit le médecin. Pas eu envie d’entendre : pour l’instant… Je suis contente, m’a dit Amélie. - Oh, merci d’être avec moi. On va prendre un café en sortant ?
Dimanche 28 septembre 2014. 18h30.
Par Xavier Houssin le lundi 6 octobre 2014, 17:23
J’ai accompagné Amélie à son « longe-côte ». Une éternité qu’elle n’avait pas pratiqué l’exercice. Sa combinaison en néoprène était restée pendue au crochet. Des mois ? Davantage ? Il faisait très beau. Marée montante. Il ne se trouvait pas grand monde sur la plage. Quelques promeneurs de chiens et les inévitables pêcheurs de bar. Nous avons marché passé Jullouville. Elle dans l’eau jusqu’à la poitrine avançant dans le travers des vagues, moi à quelques mètres, pieds nus sur la grève. Séparés et ensemble. Tellement proches. Sur le retour, nous avons croisé Monique et Jean-Marie. En route pour Granville et je ne sais quel déjeuner, il avait voulu s’arrêter pour se baigner. Je suis resté un moment à bavarder avec Monique au pied des villas aux volets déjà fermés. Pas envie de rentrer à Paris. Il y a ici une telle douceur dans l’arrière-saison.
jeudi 2 octobre 2014
Samedi 27 septembre 2014. 23h50.
Par Xavier Houssin le jeudi 2 octobre 2014, 19:57
J’ai entièrement désherbé la plate-bande qui court le long de la haie à l’extérieur de la maison. M. Mitaillé doit m’installer une petite banquette de terre de jardin pour que je puisse planter des bulbes de printemps, des vivaces d’été. Jusqu’ici, dans le sol caillouteux poussait juste une friche d’orties et de plantin où n’émergeaient que de la menthe et quelques pieds de valériane. En grattant tout cela, j’ai dégagé le sedum spirium que j’avais rapporté du jardin de Maurice Carême à Anderlecht. Je l’ai placé auprès des fushias. Dîner avec Martine, Agathe et Jean-Pascal. J’avais préparé un poulet vallée d’Auge, ou plutôt un recette approchante. Je préfère rôtir le poulet pour avoir le doré et le craquant de la peau et le napper de sauce à la crème avec échalotes, blanc de poireau, lardons et champignons. Ici, les chapeaux de petits cèpes trouvés au marché de Jullouville hier. J’ai reçu (encore) des cadeaux d’anniversaire. Une tête de biche et un bel iguane naturalisés. Qui vont aller rejoindre ma ménagerie immobile du couloir.
Vendredi 26 septembre 2014. 23h20.
Par Xavier Houssin le jeudi 2 octobre 2014, 18:27
Mon téléphone portable me joue des tours. Il s’éteint sans crier gare au milieu d’une conversation. L’écran sautille quand j’envoie des messages et le résultat est, du coup, assez hasardeux. Amélie me dit qu’il est frappé « d’obsolescence » et que je devrais vite en changer. L’obsolescence, ce vieillissement programmé à l’intérieur même de la machine. Avec ces signes avant coureurs d’une mort inéluctable. Il reste combien de temps ? Nous sommes allés dîner chez Brigitte et Yann, chemin de la Doublière. C’est Norbert qui nous les avait présentés. Nous avons mieux fait connaissance. Elle a fait mille métiers dans la théâtre. A joué dans La mégère apprivoisée et dans Kean, mis en scène par Jean-Claude Drouot. Lui s’occupait de plateformes pétrolières. Ils se sont rencontrés il n’y a pas très longtemps. Et ne se quittent pas. On se revoit quand ?
Jeudi 25 septembre 2014. 18h45.
Par Xavier Houssin le jeudi 2 octobre 2014, 17:50
J’ai reçu un message du Festival du premier roman de Chambéry. Olivia, la fille de Dominique vient d’y être nommée directrice artistique. C’est une belle nouvelle. Il faut que je retrouve (vite) son adresse pour lui envoyer un mot. Je pense souvent à Chambéry, à cette année 2004 où j’avais été invité pour La ballade de Lola. Pas de nostalgie, mais un vrai sentiment de reconnaissance.
Mercredi 24 septembre 2014. 23h00.
Par Xavier Houssin le jeudi 2 octobre 2014, 17:24
Je suis allé garder Gabrielle à Saint-Cloud. Marion et Jérôme viennent d’acheter là-bas un grand appartement de quatre pièces. Ce qui a, semble-t-il décidé de leur choix, est la proximité de la Défense où travaille Marion, et un parking aussi, pour la voiture. Bah. J’ai une sainte horreur de la banlieue. Nord, Sud, Est, Ouest. Banlieue chic ou banlieue sale. Pimpante ou sinistre. Riche, pauvre. Proche, lointaine, aérée, grouillante. Banlieue, quoi… Quelque soit sa nature, je n’y vois qu’une zone grise qu’il faut traverser au plus vite. Autoponts, autoroutes, voies ferrées. Des amas de constructions hétéroclites, un labyrinthe de villes bourrelées d’ennui lourd. Personne n’a pu me convaincre d’y trouver quelque charme que ce soit. J’étais pile à l’heure à la sortie de l’école maternelle. Une halte à la seule boulangerie du coin, et pendant que Gabrielle me racontait sa maîtresse, ses copains de classe (on ne s’était pas vus depuis juillet), nous avons remonté à travers tout un quartier résidentiel jusqu’à l’immeuble des années 1960 où elle habite désormais. Déjeuner. Je l’ai vite couchée. Elle était épuisée et a dormi longtemps. Si longtemps que, n’ayant pas apporté de travail, ni même un livre, puisque je pensais sortir avec elle dans l’après-midi, je me suis retrouvé bizarrement dans cet appartement aux murs blancs, tout vide. En contrebas, chaque cinq à six minutes, le tramway passait en grondant. Me sont revenus ces week-ends à Brétigny du temps de mon service militaire (ma mère avait habité un moment chez mon père avant qu’ils ne s’installent à Carolles) où montait la même angoisse, le même néant. J’aurais dû dormir aussi. Gabrielle s’est réveillée. Nous avons lu des histoires de loups gentils et de sorcières qui font la cuisine. Et plusieurs fois Calinours va à l’école, l’album que je lui avais apporté. Claire et Emmanuel sont arrivés peu après. Nous sommes partis ensemble chercher Antoine à la crèche. Bientôt huit mois. Marion et Jérôme sont rentrés du travail, Amélie nous a rejoints. Après le dîner, dans le taxi en route pour la maison, elle m’a demandé : Alors, c’était bien cette journée ? – Oh, tu sais, je crois qu’il faut que je m’organise mieux. Et si Gabrielle est moins fatiguée, la prochaine fois, je l’emmène à Paris.
Mardi 23 septembre 2014. 20h15.
Par Xavier Houssin le jeudi 2 octobre 2014, 15:29
Je m’agite la nuit. Je fais des rêves épuisants. De mauvais rêves. Des cauchemars en demi-teinte. Doucement affreux. Je pourrais en dessiner les décors. En faire les toiles peintes de mon petit théâtre nocturne entracté de réveils brusques. Ce sont toujours les mêmes lieux. Des bords de mer aux dunes creusées, des mares, des fondrières, des rivières étrangement transparentes grouillant de gros poissons. Des rues sous la pluie battante. Des sous-sols aux murs suintants. Mais d’où vient toute cette eau ? J’erre là, je patauge, depuis des années à la recherche d’objets perdus, courant après des rendez-vous éternellement manqués, m’efforçant d’accomplir des tâches impossibles. Je n’y arrive pas. Je n’y arrive pas. Et le matin, tout cela me colle à la conscience. Longtemps. Je suis allé à ma visite chez le cardiologue. Je ne l’avais pas vu depuis un an. Il est un des rares, le seul, dans cette nébuleuse médicale qui m’entoure depuis plusieurs années maintenant, à m’avoir prodigué vraiment de l’attention. Il a été opéré d’un cancer du pancréas. Certains me disent que je suis courageux, a-t-il laissé échapper dans notre conversation. Mais vous savez bien qu’il n’y a pas grand chose à affronter. On fait simplement ce qu’on vous dit de faire. Je lui avais envoyé un petit mot à l’époque, citant Jaccottet : Je me redresse avec effort et je regarde :/ il y a trois lumières, dirait-on./ Celle du ciel, celle qui de là-haut/ s’écoule en moi, s’efface,/ et celle dont ma main trace l’ombre sur la page.
L’encre serait de l’ombre./
Ce ciel qui me traverse me surprend./
On voudrait croire que nous sommes tourmentés/ pour mieux montrer le ciel. Mais le tourment/ l’emporte sur ces envolées, et la pitié/noie tout, brillant d’autant de larmes/ que la nuit.
Je suis resté un moment dans le cabinet. Question cœur, questions vaisseaux : tout va bien, m’a-t-il dit.
Lundi 22 septembre 2014. 21h10.
Par Xavier Houssin le jeudi 2 octobre 2014, 15:28
Amélie reprend son travail demain et je dois être à Paris moi aussi pour une série de rendez-vous et d’examens médicaux. Nous avons laissé Claire et Emmanuel à Carolles. Ils veulent aller visiter Saint-Malo. Faire un tour à Caen aussi. Nous les retrouverons mercredi soir à Saint-Cloud, où Marion et Jérôme qui y ont emménagé cet été, leur ont demandé de garder Gabrielle et Antoine pour quelques jours (ils partent à un mariage assez loin je crois…). Nous avons été faire une dernière balade ensemble. Poussé jusqu’à Bréville. J’aime cette côte longue, la plage de sable très fin qui s’étire loin vers le nord contre un rivage aux constructions rares.
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