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lundi 11 juillet 2016

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jeudi 16 juin 2016

Mardi 26 avril 2016. 15h00.

Je laisse encore une lacune. Une vraie. Un temps blanc. Un temps mort plutôt. Je pensais à cette phrase de Mme de Sévigné dans une lettre à son cousin Bussy-Rabutin : … en ne faisant rien les jours se passent, et l’on vieillit, et l’on meurt. Que m’est-il advenu ces deux derniers mois ? J’ai fini L’herbier. Réglé les dernières identifications des plantes. Toutes les planches ont été à nouveau scannées. La maquette est prête. Pas sûr que le recueil soit pour autant publié. Cette incertitude me ronge. Me freine. M’empêche. Je ne sais pas quand je pourrai me remettre à mon roman. J’ai continué à travailler sur le dernier tome des Œuvres de Durocher. Nicole s’y épuise. Elle exhume sans cesse de nouveaux documents, rectifie les dates. Hésite, reprend. C’est sans fin. J’ai rencontré Georges-Emmanuel Clancier pour Le Monde. 101 ans. 102 en mai. Un vieillard tout tassé dans un fauteuil immense. Perdu dans un appartement encombré de livres poussiéreux. Pages, des pages, des mots, des mots,/ Chaque page est un journal,/ Chaque mot un instant. Il a écrit ça dans Terres de mémoire. Il y a bien 50 ans… Vu aussi Isabelle Spaak, toujours pour Le Monde. Son dernier livre, Une allure folle, fait une suite à ses deux romans familiaux dont l’origine est dans le drame qui a fracassé ses vingt ans, quand sa mère, dévorée de jalousie, avait abattu son père d’un coup de fusil de chasse avant de se donner la mort en s’électrocutant dans la baignoire. Quelle abomination. Elle écrit en funambule, Isabelle Spaak, sur le fil. Très haut au-dessus des enfers. J’admire sa fausse désinvolture, sa légèreté, sa discrétion. Rédigé aussi un papier sur la réédition de la biographie de Jean de Tinan par Jean-Paul Goujon. Tout cela occupe. J’avais embarqué La Harpe à Paris le temps de ces jours de rendez-vous. Cela n’a pas été très simple. Paris n’est pas vraiment dog friendly. Impossible de prendre les transports en commun avec la chienne. Les taxis non plus. J’ai donc tout fait à pied avec elle, sachant que traverser le moindre square est interdit. Les patrons des magasins, des cafés, des restaurants, tordent du nez, quand ils ne sont pas franchement hostiles. Pas moyen d’entrer dans un bureau de poste. Et puis (je ne pensais pas que ce serait à ce point sinistre), il y a ce rituel de « la promenade » du matin tôt et du soir tard dans les rues désertes, à croiser d’autres déprimés, accrochés à la laisse de leur animal, avec à la main le sac plastique pour ramasser les crottes sur le trottoir. En plus il faisait froid. Il pleuvait. J’étais soulagé (La Harpe aussi, je crois…) de rentrer à Carolles. Je l’ai confiée à Annick et Norbert pour le séjour d’après : le jury du prix de Printemps (content qu’on soit tombés d’accord sur Appelez-moi Lorca Horowitz d’Anne Plantagenet) et le Salon du Livre. Fichu Salon, triste, vide, sans âme. Comme tout cela a changé. Comme tout cela change. On pourrait paraphraser Rosemonde Gérard : Pire qu’hier, mieux que demain… La Harpe est encore restée à Carolles avec ses maîtres de substitution (Annick et Norbert l’ont pour le coup vraiment adoptée. Et réciproquement…) quand nous sommes allés à Magagnosc fêter les soixante-dix ans de Claire. Un anniversaire « surprise » (Mon Dieu, qu’on ne me fasse jamais ce genre d’embuscade !) puisque tout le monde, sans la prévenir, avait fait le déplacement. Marcus, Virginie et les quatre filles depuis Mexico. Et Jérôme et Marion avec leurs petits. Il y a eu un déjeuner dans un restaurant à Théoule et une soirée aux Margouillats avec la famille et les amis. Une bonne centaine d’invités. Claire était ravie et émue comme je l’ai rarement vue. Moi, j’étais content au milieu de tout ce remue-ménage. Enchanté aussi d’avoir vu Camille et ses quinze ans tout neufs, Victoria, Valentine. Et Apolline, ma filleule, à qui j’avais apporté un diablotin en peluche qui me faisait penser au Gentil petit diable de Gripari : Il était une fois un joli petit diable, tout rouge, avec deux cornes noires et deux ailes de chauve-souris... Elle aura cinq ans en novembre. J’espère que nous irons au Mexique. J’aimerais bien lui lire l’histoire.

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mercredi 2 mars 2016

Dimanche 21 février 2016. 22h50.

Le ciel est resté blanc toute la journée. Nous avons guetté l’éclaircie en vain avant de nous décider pour une promenade. Nous avons pris l’ancienne voie ferrée, suivi le bord de mer bien au-delà du Crapeux. Après avoir traîné un peu entre les villas, nous sommes remontés par le chemin ombragé. La chienne cavale devant, zigzague, s’essaye à tous les détours. Elle furette dans les dunes. Sur la plage elle se jette sur les savonnettes de mer (les grappes blanches d’œufs de bulots), attrape entre ses dents les longs stipes des laminaires et se pavane avec. Et puis elle revient vers nous, bondissante, joyeuse. Difficile de résister à un tel enthousiasme. J’ai accompagné Amélie à la gare. J’attends toujours que le train parte, qu’il disparaisse dans la courbe vers le chemin du Canet. Retour à la maison, un peu lent, un peu triste. Je me suis versé un verre et j’ai pensé à Camille. Elle a quinze ans aujourd’hui, ma jolie nièce. Elle quitte son enfance et ne le sait pas encore, tout à la joie de son présent. Je ressens comme un grand privilège de l’avoir vu grandir. Une grâce qui m’a été donnée. Elle était une petite fille de cinq ans quand je l’ai vue la première fois. Et je me souviens de tout. Je lui ai envoyé un message sur son téléphone. C’est l’après-midi là-bas au Mexique. Il doit faire bien beau…

Samedi 20 février 2016. 23h00.

Nous sommes allés chercher Judith Perrignon à la gare de Granville. Puis déjeuner chez Edouard et Catherine dans le quartier Saint-Paul. Judith et lui ont partagé plusieurs années à Libération. Ils étaient contents de se retrouver. Nous avons bavardé gentiment. Sourires et semblants de connivences autour des huîtres et du vin blanc. On ne se connaît pas vraiment en fait. Nous nous voyons guère qu’au hasard. Nous avons laissé Judith chez eux pour l’après-midi. J’ai mis la dernière main à mes questions pour la rencontre et je suis allé confier La Harpe à Annick et Norbert le temps de la soirée. Il y avait foule. Plus de 100 personnes. Judith Perrignon a été sobre, efficace. Professionnelle en un mot. Lachant juste ce qu’il fallait d’intime pour que ses auditeurs la suivent. Pas de quoi être déçu d’ailleurs. Son livre tient le minutieux journal de ce grand deuil français qu’a été la mort de Hugo. Elle raconte les hésitations, les confrontations, les peurs et les récupérations politiques. Elle restitue aussi la disparition de l’écrivain dans la proximité du chagrin de ses proches. Son texte est parfait de justesse. De fidélité. Il tisse de minuscules et troublantes correspondances, entre les idéaux, les sentiments, et une foule d’émotions. De ce temps jusqu’au nôtre.

Vendredi 19 février 2016. 21h10.

J’ai eu une longue conversation avec Nicole au téléphone. Je venais de lui adresser un court portrait de Durocher pour le site du Printemps des poètes. Nous avons reparlé de la chronologie. Elle la voudrait plus enrobée, plus « littéraire ». Je défends au contraire une certaine sécheresse de l’exercice. Pour moi, la part sensible tient plutôt dans le choix de l’iconographie, dans les textes d’illustration (lettres, témoignages…). C’est en feuilletant l’album que l’émotion survient. Au détour d’un visage, d’un document… La chronologie se doit juste de renseigner sur le temps qui passe. Ce n’est pas facile de travailler ensemble en étant éloignés. Je reviens à Paris dans une quinzaine. Il faut absolument que je passe chez Caractères. J’ai relu Victor Hugo vient de mourir de Judith Perrignon. Elle est l’invitée de nos Rencontres littéraires de demain soir.

mardi 1 mars 2016

Jeudi 18 février 2016. 22h00.

Pour m’aider dans les soucis botaniques de mon Herbier des rayons, j’ai appelé au secours Anne, la fille d’Annick et Norbert. Elle est pour quelques jours à Carolles avec sa fille Julia. J’avais déjà parlé avec elle de mon projet. Elle enseigne au lycée horticole et agricole d’Angers-le-Fresne et possède toutes les connaissances techniques que je balbutie. Elle m’a bien débrouillé l’affaire. Il y avait cinq plantes sur lesquelles je butais. Tout de suite, elle a reconnu une matricaire odorante (matricaria discoidea) et m’a conforté pour mes identifications d’un plant de bette sauvage (beta vulgaris ssp. maritima) et d’un vélaret (sisymbrium irio). En ce qui concerne les deux autres, c’est plus compliqué. Pour l’une je penche pour une armoise citronnelle (artemisia vulgaris), alors qu’elle suggère plutôt une vergerette (erigeron karvinskianus). Quant à la dernière, elle ne voit pas et moi non plus… Elle va réfléchir. Moi aussi. Le problème est que ma cueillette a maintenant trois ans et que j’ai récolté ces plantes en février ou au début mars, donc à peine développées et surtout sans fleurs. Rangé la maison. Je suis allé chercher Amélie au train de 20h00. Avec La Harpe...

Mercredi 17 février 2016. 23h10.

J’ai travaillé toute la journée sur la chronologie de Bruno Durocher, le tome « Album » de l’Œuvre complète. Remonter ses années de vie est un parcours d’embûches, de fausses pistes, de chausse-trapes. Les cartes ont été battues, les dés pipés, pour faire de sa naissance et de toute son existence une absolue fiction que le tragique et l'horreur des camps vont faire entrer brutalement dans le réel. Je suis né le 4 mai 1919 à Cracovie de Selma Kraszecka et de Bronisław Kamiński qui n’ont jamais existé, écrit-il. Grâce à Jagoda Bodzinska, une jeune universitaire polonaise nous avons pu débrouiller l’aventure de ses origines. Il est bien né à Cracovie, à l’hôpital de la rue Kopernika. Et baptisé Bronisław (comme son père imaginaire) à la paroisse Saint-Nicolas le 11 mai 1919. Sur l’acte de baptême, rédigé en latin, apparaissent les noms du père et de la mère mais aussi ceux des parents du père (Jozef Kamiński et Waleria Rogowska) et ceux des parents de la mère (Jan Kraszecka et Maria Rogosz). Les parrain et marraine s’appellent Franciskek Lauer (on précise qu’il est conducteur de trains) et Helena Włodarska. Mais aucune recherche dans les archives de Cracovie ne permet de retrouver les traces de quiconque. Il s’agit d’une complète invention. L’Etat-civil recopiera pourtant tel quel le certificat de baptême fabriquant ainsi une identité de fiction. Grâce à ses relations, sa mère, qui se nomme en fait Zelma Glückstein, est parvenue à imposer ce subterfuge. Kamiński est un nom connu et respecté en Pologne. Le but est de soustraire l’enfant à sa famille paternelle (son véritable père, dont il ne connaîtra jamais qu’un portrait, pourrait être un officier de la noblesse autrichienne tué aux derniers jours de la Grande Guerre) et de le protéger aussi et surtout de l’antisémitisme qui règne dans le pays. Selma/Zelma est juive. Elle est la fille de Joachim Glückstein, veuf, minotier, né à Zarnoviec en 1850. Elle a été élevée dans un judaïsme très ouvert et ne pratique pas du tout. Elle est médecin, comme son frère aîné Arnold et sa sœur Róza. La mère et l’enfant habitent, en famille, au 7 Marii Konapwickiej, à la lisière du quartier juif tout près de la Vistule et en face du château de Wawel. Bruno Durocher restera ignorant des détails de la fable inventée par sa mère. Il n'en apprendra les premières bribes que vers l’âge de 13 ans par sa tante Róza. Toute sa famille ayant disparu dans la Shoah, le mystère de ses origines le hantera toute sa vie. Il se refusera à faire des recherches sur son véritable père. J’ai trop peur, dira-t-il, de trouver des nazis chez ces gens-là... Nicole espérait pouvoir déposer la demande de subvention pour le volume à la prochaine commission du CNL. Mais j’ai peur que ce soit très difficile. Le dossier doit être bouclé pour le 20 février. Elle a encore à faire tout un choix de photographies, de lettres, de documents divers, et ma chronologie me semble encore bien approximative pour certaines années d’après-guerre. Elle veut aussi présenter mon recueil L’herbier des rayons à cette commission. Là, la maquette est faite. Certes, il faut de nouvelles photos pour les planches et j’ai encore deux ou trois doutes à lever pour l’identification des plantes. Mais c’est une autre histoire…

lundi 29 février 2016

Mardi 15 février 2016. 21h00.

Finalement je n’ai rendu que ce matin mes papiers pour Next. Une chronique sur l’enfance, une brève sur Giratoire de Dominique Paravel, une autre sur Blonde à forte poitrine de Camille de Peretti et le « Top 5 » d’Astrid Eliard… Hier, j’avais un autre courriel d’Isabelle. Mon Xavier, tu nous fait du « joyeux » pour le der des der ? En fait, Sabrina Champenois, la rédactrice en chef, avait trouvé mes textes du mois dernier un peu down. A chacun son vocabulaire, mais je crois qu’elle a raison. Je suis rarement on a up. On ne se refait pas.

Dimanche 14 février 2016. 20h50.

Le vent a emporté le reste du week-end. Il a soufflé en tempête. J’ai raccompagné Amélie au train.

Vendredi 12 février 2016. 16h30.

J’ai reçu un courriel laconique d’Isabelle : Tu peux m’appeler stp ? J’ai pensé qu’elle voulait me demander de rendre mes papiers pour Next dans la journée (j’avais « négocié » jusqu'à lundi. Elle avait cédé, disant quand même Tu sais, le mois de février est vraiment court, court, court…). Mais ce n’était pas cela. J’ai une mauvaise nouvelle : Next s’arrête. Nous faisons le dernier numéro. Je n’ai rien pu répondre. Françoise-Marie m’avait demandé d’y écrire à l’automne 2010. Je perds la moitié de mes pauvres revenus. La peau de chagrin tient dans ma main. Je n’ai plus beaucoup de courage.

Jeudi 11 février 2016. 23h50.

Cela ne s’est pas très bien passé avec La Harpe chez Jean-Pascal. La petite chienne n’a pas été simple à garder. Il y avait la cohabitation difficile avec les trois chats, et surtout, elle s’oubliait à moindre émotion. Quelle pisseuse ! Il a beau l’avoir dit en riant, à chaque fois que je l’avais au téléphone, j’ai bien senti qu’il en avait son compte. Nous devions la lui laisser encore cette nuit, mais nous sommes passés la chercher dès notre arrivée à Carolles. Il faisait un froid de glace. A Villedieu, quand nous avons repris la voiture, elle était entièrement recouverte d’une fine couche de givre.

Jeudi 11 février 2016. 17h40.

C’était les Cendres hier. Memento quia pulvis es… Je ne suis pas allé à la messe. J’ai juste passé un court moment à la chapelle des Lazaristes de la rue de Sèvres. Je ne sais pas quoi faire de ce Carême. Des années durant, j’ai eu l’impression que les privations que je m’imposais tenaient plus de la cure détox que d’un vrai jeûne. Et ce d’autant que mes soucis de santé m’amenaient déjà à une discipline alimentaire à laquelle je parvenais assez bien à m’accomoder. S’accomoder au Carême ? Je sais bien que cela est un contraire absurde. J’avais rendez-vous ce matin avec Raphaëlle pour faire le point sur mes propositions pour Le Monde. Elle a presque tout retenu. Frédérique Clémençon, Alain Galan, Isabelle Spaak, Astrid Eliard, un portrait d’Emmanuel Clancier et une belle poignée de courts papiers. Pour un peu, je lui aurais sauté au cou de reconnaissance. Il me reste à m’organiser. J’avais rendez-vous pour déjeuner au Tournon avec Brigitte et Amélie. Brigitte est grand-mère depuis quelques jours. Hélène, sa fille, a mis au monde une petite Andréa. Un beau bébé, avec de grands yeux et des cheveux bruns. Nous avons regardé les photos. Bavardé de mille choses. C’est étrange comme je me sens encore déphasé dans ce Paris que j’ai pourtant quitté à peine. J’ai raccompagné Amélie jusqu'au square Paul-Painlevé. On se retrouve à la gare tout à l’heure. Rentré doucement par le Luxembourg. J’ai pensé au M. Bergeret d’Anatole France, assis sur la terrasse, au pied de la statue de Marguerite d’Angoulème. Au couchant, le ciel, dur et splendide, se revêtait comme une armure, d’un réseau de nuages pareils à des lames de cuivre rouge.

mercredi 24 février 2016

Mercredi 10 février 2016. 18h00.

Le coiffeur ce matin, histoire d’être « propre ». Et puis, j’ai entamé mes rendez-vous avec les médecins. Amélie avait voulu m’accompagner. De crainte que je ne lui dise pas tout. Mais les résultats étaient pour le coup rassurants. Pour l’instant ça va. Rendez-vous à la prochaine… Ca lève un poids. Il a beau rester en suspens, je suis soulagé. Il faut fêter ça, a dit Amélie.

Mardi 9 février 2016. 22h30.

J’ai confié ce matin la Harpe à Jean-Pascal. Il fallait que j’aille à Paris deux jours. Des rendez-vous médicaux que j’avais trop repoussés et puis, je devais aussi défendre de vive voix auprès de Raphaëlle mes choix de papiers pour Le Monde. Loin des yeux, loin du cœur : je connais trop l’adage. Sinon, je n’aurai à m’en prendre qu’à moi-même. J’avais embarqué à Coquelonde le panier de couchage, les gamelles, une provision de croquettes. Agathe sera ravie, m’avait dit Jean-Pascal (elle est en vacances). N’empêche, il avait eu la précaution de faire venir Margaux, sa meilleure copine, pour l’occasion. Elles sauront bien s’en occuper ensemble. J’ai quitté Coquelonde avec le sentiment de commettre une mauvaise action. J’ai filé comme un voleur par le sous-sol pendant que les filles jouaient avec la chienne. Cela fait un mois que je n’ai pas quitté cette petite bête. Que nous avons nos codes, nos rites, nos horaires. Qu’elle dépend complètement de moi. Qu’elle s’est laissée aller dans une absolue confiance. Quelle responsabilité. J’avais l’impresion de l’abandonner, de la trahir. J’ai pris le train à Villedieu à cause de ce fichu carnaval de Granville qui barre l’accès à la gare avec ses manèges où jamais ne vient personne. Pitié… A l’arrivée, j’ai trouvé Paris bruyant. Sale. J’avais rendez-vous avec Amélie et Pascale à l’Oenosteria. Syndrome de provincial. J’avais l’impression d’être ailleurs, de ne pas bien comprendre. Allez, encore un verre… Mais depuis combien de temps suis-je parti ? Même pas un mois. Je n’ai pas eu envie de dîner. Nous nous sommes rentrés à pied le long du boulevard Saint-Michel. Et couchés tôt.

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mercredi 27 janvier 2016

Samedi 23 janvier 2016. 21h10.

J’ai attendu Amélie toute la semaine. J’attends Amélie. Mais dès qu’elle est là, je vois le moment où elle va repartir. Une sale vision. Un mauvais présage. Cela pèse trois fois rien dans une journée comme aujourd’hui, mais je sais que ce sera très lourd dès demain. Dès le matin. Ce sont des histoires lointaines. Des histoires de jours fragiles qui s’évaporent et dont on fait semblant de ne pas voir la fuite, de dimanches qui plombent, qui finissent par étouffer. Et qui mettent le cœur au bord des lèvres. A partir de quel moment la vie devient-elle à ce point inquiète ? Depuis l'enfance, depuis toujours, je crois, en ce qui me concerne. Cette terreur de la perte… De l’abandon. Amélie me manque même quand elle est là. Plus encore peut-être. Ah, jeter l’ancre un seul jour. Je barbote dans les eaux noires du Lac. C’est tout ce sombre qui m’empêche. Je m’en protège, je m’en garde en ne faisant rien. Ou presque. Je suis sot. Le temps ce samedi était si beau.

Vendredi 22 janvier 2016. 20h40.

Amélie est arrivée au train de 11h00. J’attendais au bout du quai avec la chienne en laisse. Marché à Jullouville (hier à Carolles, il n’y avait que trois commerçants. Du coup, mes courses étaient bien maigres…). Jean-Pascal était à Carolles pour des travaux dans sa maison. Il est resté déjeuner. A filé en début d’après-midi. Le reste de la journée s’est passée autour du feu. Au calme. Juste une promenade dans les chemins. On est bien...

Jeudi 21 janvier 2016. 17h10.

Longue conversation avec Nicole. Caractères ne tient que par elle. Elle fatigue, elle s’épuise et, en ce moment, je la laisse un peu tomber. Je n’ai toujours pas terminé ma part de la chronologie de Durocher pour le dernier tome. Il me reste encore une bonne demi-journée de travail. Ce n’est pas grand chose, mais j’ai un mal infini à m’y mettre. A ça et au reste. Le temps file. Mon retard s’entasse. Comme toujours. J’ai promis pour la semaine prochaine. Commencé à ramasser les documents pour le renouvellement de ma carte de presse. J’ai reçu le certificat d’employeur de Libé pour l’année 2005. J’ai réalisé que j’y gagnais par an (brut) la somme que recevais (net) chaque mois à Point de Vue. Il y a si longtemps...

Mercredi 20 janvier 2016. 21h00.

J’ai envoyé à Louise un exemplaire du Cyrano de Bergerac de Rostand publié dans les années 1950 au Club du Meilleur Livre. C’est une assez jolie édition avec la photo de Coquelin aîné dans le rôle imprimée sur la toile de couverture. Cela lui fera un souvenir de notre soirée. J’espère qu’elle prendra autant de plaisir que moi à lire ce texte. Et qu’il l’accompagnera longtemps. Promenade au port du Lude avec La Harpe. Elle court d’un côté à l’autre du sentier, plonge son museau dans le ruisseau, dresse l’oreille à des froissements d’ailes. Elle fait des bonds, crotte mon pantalon avec ses pattes boueuses. Elle est contente. Ca se voit. Et moi je lui répète : Tu vois, c’est chez toi, c’est chez toi, c’est chez toi.

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