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dimanche 7 octobre 2018

Mercredi 3 octobre 2018. 22h30.

Brigitte et Yann m’ont invité à dîner à l’auberge de Carolles. Ils prennent soin de moi. Cela faisait bien longtemps que n’étais pas allé là-bas. Le menu du soir était parfait. Un très délicat consommé aux couteaux, un dos de cabillaud cuit à la perfection. Quel dommage que le décor intérieur soit à ce point sans âme. Bon, à la décharge de Laurent Beltoise et de sa femme, il ont dû faire avec le désastreux aménagement des lieux par l’ancienne municipalité. Mais quand même…

mardi 2 octobre 2018

Mardi 2 octobre 2018. 20h20.

Pas fait grand chose. Du courrier en retard. Je suis encore patraque. Mais les affaires reprennent. Après l’interview de Simonetta Greggio pour son Elsa mon amour, Raphaëlle m’a demandé un papier sur Serez-vous de nôtres d’Emmanuelle Pagano, plus deux courts textes sur le Fabienne Jacob et l’Adeline Fleury. Reste aussi une chance pour La blessure de Jean-Baptiste Naudet. Mais demain, juré, je me remets à mon livre.

Lundi 1er octobre 2018. 21h20.

Mal fichu. J’ai hésité à faire du feu. Il commence à faire froid.

Dimanche 30 septembre 2018. 23h00.

Le train d’Amélie est parti avec un élément de moins. Déjà presque plein à la gare de Granville. Voyage épouvantable. C’est vraiment la rentrée.

Dimanche 30 septembre 2018. 16h20.

J’ai profité du beau temps pour commencer à nettoyer le jardin. Je ne peux pas laisser M. Mitaillé tailler les haies autour d’un telle jungle. J’ai fait de grandes coupes dans les rosiers lianes afin de pouvoir attacher correctement leurs tiges aux branches des sapins. Arraché la vigne vierge qui colonise les pentes du toit. Bref j’ai passé ma journée sur une échelle. Et comme je ne suis pas très doué, j’ai réussi, à la fin, à me coincer le pied entre deux barreaux coulissants. Un cauchemar. Que je monte ou que je descende, j’écrasais mon orteil. Amélie m’a sorti de là de justesse. Ouf ! Plus de peur que de mal.

Samedi 29 septembre 2018. 19h10.

M. Heslouis qui nous livrait le bois depuis des années est mort cet été. En janvier, quand il est venu la dernière fois, il nous avait annoncé qu’il allait devoir se faire opérer du cœur. Trois fois rien. Mais l’intervention ne s’est pas aussi bien passée que le chirurgien l’envisageait. Il a traîné quelques mois une grosse fatigue. Je vais me remettre, me disait-il quand je lui téléphonais. Il avait soixante-neuf ans. C’est Norbert, qu’on ne voit plus depuis qu’il a déménagé à Coudeville, qui nous a annoncé la nouvelle dans un bref message. Le jour de l’enterrement, nous partions pour Veyrier. Où se fournir à présent ? Lui venait des Cresnays, à plus de quarante kilomètres de chez nous, juste par amitié. Etienne, l’oncle d’Amélie (je fais ce raccourci, en fait il est le frère du mari de sa grand-tante maternelle…) chez qui nous avions été déjeuner à Saint-Jean-des-Champs nous a mis en relation avec son voisin, un M. Hamelin qui fait des pommes, des moutons et du bois. Ce matin, il nous a benné une corde et demie dans le chemin. Etienne, à quatre-vingt-deux ans, était venu nous donner un coup de main. Nous voilà parés pour les mois à venir.

Vendredi 28 septembre 2018. 20h40.

J’étais à Paris toute la semaine. Pour un rendez-vous médical d’abord, et puis j’en ai profité pour voir des gens. Je m’ursifie à Carolles. Je reste dans ma tanière. Plus jamais je ne vais dans le bourg (au départ à cause de cette abominable rue principale avec ses parterres sinistres), je boude le marché du jeudi, les commerçants. Je promène la chienne à des horaires où je suis sûr de ne croiser personne. Ou presque. Brigitte et Yann, heureusement, m’arrachent assez régulièrement à ma rumination. Viens prendre un verre. De fait, ils rajoutent une assiette. A Paris, j’ai aéré ma sauvagerie. Nous avons dîné lundi chez Isabelle, avec Astrid et Lahlou, et Cécile, une de ses amies, journaliste et traductrice. J’ai déjeuné le lendemain avec Marie, vu Pascale dans l’après-midi et pris un verre avec Brigitte en fin de journée. Le jour suivant, c’était raout à l’Iconoclaste pour fêter le prix Fnac d’Adeline Dieudonné. Amélie avait, après, réservé une table chez René où nous avons retrouvé Steven pour sa dernière soirée avant son avion du retour. Grandes embrassades dans la rue du Cardinal-Lemoine. See you next time ! La semaine est finie. Je vais pouvoir reprendre ma vie d’ours.

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Mercredi 19 septembre 2018. 9h00.

J’ai soixante-trois ans. Il faut que je me dépêche.

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Lundi 10 septembre 2018. 19h45.

Fiona, Steven et Leo sont partis hier en début d’après-midi. Ils sont restés deux jours à la maison. C’était pour eux l’avant dernière étape de leur périple de cet été en Europe. Arrivés d’Australie fin juillet, ils se sont baladés un peu partout, en Italie, en Espagne, en Belgique, en Angleterre. J’étais seul pour les recevoir (Amélie accompagnait Estelle-Sarah Bulle au Livre sur la place à Nancy). Pas facile de me débrouiller en anglais. Je baragouine. Je bute sur le vocabulaire, je trébuche dans les conjugaisons, mais nous parvenons quand même nous comprendre. Cela reste toutefois de la haute voltige. Leur fichu accent australien n’arrange rien. Ils ont beau être d’acharnés francophiles, ils n’ont pas fait, père, mère et fils, un seul progrès depuis que je les connais. Depuis combien de temps au fait ? Quand je suis allé rencontrer Fiona en Australie pour Point de Vue en 2000, Leo avait un an. Sacré compte. Nous nous sommes baladés un peu en Baie, mais surtout, il fallait que j’emmène Steven voir la « vraie » maison d’enfance de Dominique Aury. Lors de son dernier séjour, en décembre, je lui avais en effet fait faire un faux pèlerinage. La bâtisse de la Butte du Val-Saint-Père que j’avais trouvée n’était pas la bonne. L’authentique était à… la Butte, mais à Saint-Senier-sous-Avranches. J’ai decouvert ma méprise à un dîner à la Mazurie chez Dominique et Marianne. La grosse maison du Val-saint-Père où j’avais traîné Steven appartenait à un cousin de Marianne. Ne pourrait-on pas la visiter ? En écoutant mes explications topographico-littéraires (l’endroit était censé avoir appartenu à Charles de Montalembert, l’académicien), Dominique avait tiqué. Il avait fait son enquête et découvert que je m’étais trompé. Et bien trompé. Sur place, Steven a fait de nouvelles photos. Il était un peu déçu : Mais on ne voit pas le Mont-Saint-Michel d’ici !

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lundi 3 septembre 2018

Lundi 3 septembre 2018. 20h40.

L’été est passé. Il a passé. Hier soir, le train d’Amélie était bondé de vacanciers sur le retour. La plage au matin est à nouveau déserte et je peux y faire courir la chienne. Dans un peu plus de quinze jours, j’aurai soixante-trois ans et pour le coup, ce sera vraiment l’automne. Fin juillet, nous étions à Veyrier pour les vingt ans de mariage de Virginie et Marcus. Belle fête sur les terrasses du château de Menthon. J’étais, comme toujours, un peu effrayé par le monde (et Dieu que nous étions nombreux). Mais ces deux-là parviennent à créer une si affectueuse et enveloppante alchimie que tous ceux que l’on rencontre chez eux, qu’on les connaisse bien, ou moins, ou pas du tout, deviennent très vite familiers. Ils font, imperceptiblement, le lien. Et l’on se retrouve ainsi embarqués dans des conversations qu’on n’aurait jamais imaginées, à écouter des confidences, à se raconter. Toute la soirée, le misanthrope que j’ai toujours été, le vieil ours mal léché que je suis devenu, n’ont pas cessé de s’en étonner. Nous sommes repartis en voiture jusqu’à Grasse avec Claire et Emmanuel, embarquant au passage l’oncle Patou. Une petite semaine dans le Sud. Ca aura été nos vacances. Douces. Entre parenthèses. Tout cela s’est déjà étrangement éloigné. Je garde du séjour le souvenir du musée Fragonard et de son exposition au titre un peu racoleur « Parfums d’interdit ». Autour de Jean-Honoré Fragonard, étaient rassemblées des peintures de Marguerite Gérard, de Louis Léopold Boilly et d’autres contemporains. C’est le plein XVIIIe siècle de La Harpe et j’ai eu le sentiment d’ouvrir les yeux sur des images intimes qu’il aurait croisées. Nous avons repris le train à la gare d’Antibes, chargés, comme à chaque fois de pots de confiture d’orange amère et de savons de Marseille, d’ail au vinaigre et de bouteilles de vin. L’arrivée à Granville, le lendemain, a été un peu mouvementée. Sur le parking de la gare, un voyou abruti (pour remplir son réservoir de scooter ?) avait sectionné la durite d’alimentation d’essence de notre vieille Twingo. Le méfait devait dater de la nuit précédente. Pas de chance. Une mare de carburant entourait la voiture. Et cela continuait de couler. Pompiers, police, dépanneuse. Ça énerve. J’ai lu la rentrée aussi cet été. La blessure de Jean-Baptiste Naudet, Elsa mon amour de Simonetta Greggio, Un homme aborde une femme de Fabienne Jacob. Deux premiers romans : Ma vie de saint de François-Xavier Delmas et La vraie vie d’Adeline Dieudonné (ne pas s’arrêter à son titre à la Claire Etcherelli). Aussi le bel essai de Laurent Nunez, Il nous faudrait des mots nouveaux. Parcouru une foule d’autres textes en me disant que j’allais y revenir. Mais ma préférence absolue va au livre d’Emmanuelle Pagano, Serez-vous des nôtres ?, dernier volume de sa « Trilogie des rives », une suite d’histoires d’eaux, de clapots, de murmures, de bruissements. De profondeur. Ici elle relie les étangs de la Brenne au grand océan Atlantique. Envoûtant. Marie est venue passer une petite semaine à Carolles avec son vieux chat Beuys (gardé prudemment hors de la vue de la chienne). Le malheureux est mort le dernier jour, comme je la raccompagnais à Rennes pour la suite de ses vacances. Juste à la fin du trajet. J’ai laissé Marie toute bouillie de chagrin à sa mère avec qui elle avait rendez-vous (je ne l’avais pas revue depuis plus de dix ans) et je suis reparti avec le petit cadavre. Je l’ai enterré dans le jardin, au pied du rhododendron. L’événement a réveillé mes chagrins. J’ai traîné jusqu’au soir une envahissante tristesse. Nous sommes partis quelques jours encore dans le Gers où nous étions invités, près de Auch, pour l’anniversaire des cinquante ans de Gérald. L’occasion de retrouver Virginie, Marcus et les filles. Surtout de dire au revoir à Camille qui part à Montréal pour ses études. Là-bas, j’ai réalisé que nous n’étions qu’à quelques kilomètres de L’Isle-de-Noé, là où vit ma belle-sœur Noëlle, la veuve de mon demi-frère Jean. En 2012, nous étions passé la voir pour tenter de récupérer les journaux de campagne de mon père et quelques souvenirs. Elle n’avait, paraît-il, rien retrouvé. Je lui ai écrit plusieurs fois après. Jamais je n’ai reçu de réponse. L’occasion était trop belle. Hélas, elle était absente. Partie à Toulon dans sa famille, m’a dit sa voisine. Au moins, je sais qu’elle est en bonne santé. Oui, l’été a passé. A Paris, nous avons revu Marcus et Victoria, Valentine et Apolline avant qu’ils ne repartent pour Mexico. A bientôt ! Enfin pas tout de suite… Dans un an au mieux. Je n’ai repris mon train que le surlendemain. Christophe m’avait demandé de participer à sa nouvelle émission littéraire Au pied de la lettre sur RCF. Gratis pro Deo, mais j’aime bien Christophe et, depuis Jeux d’épreuves, la radio me manque. Aussi je reviendrai s’il veut bien. Cela m’a permis de défendre le livre d’Emmanuelle Pagano. Mais maintenant, il faut que je me remette au travail. Mon manuscrit doit être fini en décembre.

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lundi 23 juillet 2018

Lundi 23 juillet 2018. 21h00.

Amélie tout à l'heure, regardait le ciel tout bleu, sans un nuage, à travers les feuilles du figuier. On se croirait en Grèce… Je n’y suis jamais allé.

Dimanche 22 juillet 2018. 23h20.

Il faut que je me décide à adresser un courrier de recours à la Commission de la carte de presse. La carte m’a été refusée cette année au motif que les revenus de mes activités « d’animation » dépassaient ceux de mes piges. La faute à la cessation brutale (sans explication…) des commandes d’Olivia pour Elle. Mon dernier papier est sorti en juin 2017 et depuis toutes mes propositions sont restées lettre morte. Ca n’a pourtant pas été faute d’insister. Je dois vraiment faire ce recours même si je ne suis pas très confiant quant à l’issue. L’écart entre mes deux types de revenus est vraiment minime et mes « animations » sont le prolongement de mon travail de journaliste. Cela fait bien longtemps maintenant que je n’ai plus un salaire fixe dans une rédaction, mais garder ma carte de presse est une manière de conserver mon statut. De revendiquer mon métier. Si on me l’enlève, pour le coup, il ne me reste plus rien.

Dimanche 22 juillet 2018. 19h20.

Nous avons fait une grande balade en Baie. A Saint-Léonard où Amélie a ramassé des salicornes et moi (c’est moins ragoûtant), des crottes de mouton (sèches) pour faire de l’engrais à rosiers. Des moutons, il y en avait une quarantaine sur l’herbu. Pas vraiment dérangés par notre présence. Mais je tenais ferme la chienne en laisse qui, elle, c’était clair, rêvait de mettre la pagaille dans le troupeau. Nous avons marché vers le Grouin du Sud. Déjeuné, au retour, à Saint-Jean sur la plage. Vue sur le Mont et Tombelaine. Albo lapillo diem notare.

Samedi 21 juillet 2018. 22h00.

J’ai bouclé un nouveau chapitre. Non sans mal. J’ai l’impression d’être encore, toujours, au début du livre. C’est un peu vrai d’ailleurs. Je suis dans la pente. Sans doute me faut-il juste prendre un peu d’altitude. J’ai reçu un message plein d’encouragement et d’attente d’Isabelle. Elle attend la suite. J’ai hélas encore trop peu de pages à lui envoyer. J’ai travaillé pour Le Monde. Un papier sur Le tour de France de deux enfants d’aujourd’hui de Pierre Adrian et Philibert Humm. Ensemble, ils ont refait pas à pas, ou presque, le chemin qu’avaient emprunté André et Julien Volden, les petits protagonistes du Tour de France par deux enfants, ce best–seller scolaire publié en 1877 qui tient du livre de lecture, du manuel de géographie, d’histoire, de la leçon de choses et de celle de morale. Après la défaite de 1870 et la perte de l’Alsace-Lorraine, André et Julien, 14 et 7 ans, tout juste orphelins, fuient Phalsbourg sous domination prussienne pour rejoindre leur oncle à Marseille. Ils s’embarquent dans une odyssée qui va les entraîner bien plus loin qu’ils n’imaginaient. Ce texte d’il y a cent-cinquante ans exalte le devoir et l’amour de la patrie, ce qui l’a fait jeter aux oubliettes, on s’en doute, par les beaux esprits contemporains. Pierre Adrian m’avait parlé de ce projet lors de sa dernière venue à Carolles. J’avais été très enthousiaste. Le résultat est un peu différent de ce que j’imaginais. La faute sans doute à l’écriture à quatre mains. Au-delà, il ressort des pérégrinations de nos deux auteurs que la France a bien changé et pas seulement en comparaison de celle de la fin du XIXe siècle d’André et Julien Volden, mais dans un mouvement qui ne fait que s’accélérer depuis les vingt ou trente dernières années. Tissu industriel défait, campagnes abandonnées, urbanisation hideuse, zones commerciales tentaculaires, centres-villes désertés, pollution. Et comme en écho à ce désastre, des marginaux, des désabusés, toute une foule d’aquabonistes, de résignés. D’absurdes fêtards et d’impuissants enragés. Bon, Pierre Adrian et Philibert Humm, parviennent, à force de détachement, d’ironie, de souvenirs touchants, de connivences littéraires, à rendre leur récit attachant. A en faire une sorte d’épopée fraternelle à la Trois hommes dans un bateau de Jerome K. Jerome. Autrement, cela aurait été une terrible charge. Peut-être eût-il mieux valu… Rendu aussi deux petites chroniques. La première sur Quand vos nuits se morcellent, la très belle lettre de Daniel de Roulet au peintre Ferdinand Hodler sur la mort de Valentine, son modèle, son amante, l’essentielle femme de sa vie, à laquelle il ne survivra que trois ans. L’autre sur Le vestiaire de Chateaubriand, l’essai tonique de Franc Schuerewegen. Jeanne est venue passer quelques jours avec trois de ses quatre enfants (l’aînée, Elise, était, je crois, en camp scout) : la cadette Eugénie et les deux jumeaux Virgile et Tristan. Ils ont bouclé l’été des « petits ». Après eux, nous n’en attendons plus aucun. Nous en retrouverons encore une jolie troupe en Savoie à la fête des vingt ans de mariage de Virginie et Marcus. Nous partons mercredi et ferons ensuite un court séjour à Magagnosc chez les parents d’Amélie. La Harpe sera à Saint-Pierre-Langers à l’Arche de Léo. J’ai senti Yann un peu déçu de ne pas la garder. Il m’a promis de venir arroser le jardin pendant notre absence. Grâces lui soient rendues. Il fait si sec que mes pauvres plantations ne résisteraient pas.

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mercredi 11 juillet 2018

Mardi 10 juillet 2018. 22h00.

La chienne tourne en rond. Elle part dans le jardin. Revient. Traverse toutes les pièces le museau au sol. Lève le nez à la fenêtre. Enfin, elle se plante devant la porte du couloir et elle attend. Mais il n’y a plus personne. Que moi. Thomas a pris le train pour Paris dimanche soir. Victoria, Valentine et Apolline se sont envolées pour Nice, lundi matin, de l’aéroport de Rennes. Et j’ai accompagné Amélie à la gare le soir. Je suis comme un brouillon chiffonné dans une corbeille à papiers. Nous avons passé de magnifiques journées. J’étais déjà très content que Thomas vienne à la maison. Depuis des années, nous avions demandé en effet, sans succès, à Séverine, qu’elle veuille bien nous le laisser de temps en temps. Je m’entends bien avec ce bonhomme. Je crois qu’il ressemble un peu au petit garçon que j’étais. Nous sommes allés nous balader une matinée tous les deux (avec Apolline aussi) armés d’un grand filet faucheur pour ramasser des insectes dans les hautes herbes. Nos captures : quelques sauterelles des chênes, une argiope fasciée, des téléphores roux, des punaises des bois, des criquets. Il a patiemment tout identifié au retour. Noms vernaculaires et noms latins. Durant le séjour, il a été plein d’entrain et d’intelligence vive. Riant, dévorant comme quatre, jouant avec la chienne. Séverine l’avait décrit à Amélie comme le Patraque de la chanson d’Ouvrard (J’ai la rate qui s’dilate, j’ai le foie qu’est pas droit, le colon tout en long, et l’coccyx qui s’dévisse). La veille de son arrivée elle lui avait fait même passer une fibroscopie sur les conseils d’un médecin du genre âpre à l’acte. Il a des problèmes de clapet, aurait diagnostiqué ce sombre Diafoirus. Tu parles. Il faut croire qu’il existe deux Thomas. Celui qui vit à Saint-Cloud chez ses parents, et… l’autre. Que sa petite sœur Agathe ait été, depuis qu’elle est bébé, opérée, re-opérée, et encore opérée (il est d’ailleurs question encore de recommencer) pour des problèmes digestifs, n’est bien sûr pas étranger à l’affaire. Fichue angoisse. Je crois qu’il a surtout envie qu’on lui lâche la bride. Qu’on lui fiche la paix. Les filles ont été, je dirais volontiers « comme d’habitude », merveilleuses. Sauf qu’en ce qui les concerne, il n’y a vraiment pas d’habitude. Avec la distance, nous les voyons bien peu. Quelques jours par an, à Mexico ou pendant leurs vacances en France. A chaque fois, je les trouve changées, profondément. Toujours en bien. On peut dire, comme dans l’Evangile de Luc, qu’elles grandissent en grâce (en stature) et en sagesse. Ce qui ne les a pas empêchées ici de s’amuser comme des folles. La chienne a été à la fête comme cela lui est rarement arrivé. D’où son effarement triste d’aujourd’hui. Moi, depuis que cette petite troupe est partie, je trouve la maison, d’un coup, toute désenchantée.

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