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lundi 6 avril 2020

Mercredi 12 février 2020. 21h00.

J’ai retrouvé Ilana Moryoussef à l’Hotel des Saints-Pères. Un court enregistrement pour France Inter. J’étais très content de la revoir. Amélie me l’avait présentée en novembre lors d’une soirée à la SGDL. Elle est d’une intelligence rieuse. Et si juste, si sensible. Passé, vite, chez Grasset saluer Inès, Elodie, Juliette, et récupérer quelques exemplaires du livre. J’avais rendez-vous avec Michel au Danton. Juste le temps d’un verre avant qu’il ne reprenne son train pour Bar-le-Duc.

Dimanche 9 février 2020. 22h00.

J’avais eu hier un très beau papier sur le livre dans Quatre sans quatre, le blog littéraire de Patrick Cargnelutti. Aujourd’hui, dans L’Alsace, Jacques Lindecker écrit : On sort de L’officier de fortune avec l’immense sentiment d’avoir compris nos propres fantômes.

Lundi 10 février 2020. 14h40.

Enregistrement avec Bernard Lehut à RTL pour son émission Les livres ont la parole. Je ne sais pas bien ce que j’ai raconté.

Jeudi 6 février 2020. 21h00.

Voilà, je n’ai plus un sou de côté. Je viens de liquider ce qu’il restait (quelques milliers d’euros) de mon assurance vie. C’est peu dire que je vois le bout du rouleau. Avec cette somme, je dois tenir jusqu’à ce qu’on me verse ma retraite. Il fallait que je la demande, je n’avais plus le choix. Impossible de vivre avec pour seuls revenus mes pauvres piges au Monde. Mais je ne sais pas quand elle me sera attribuée, ni quel en sera le montant. Pour l’instant, les cotisations de mes plus ou moins quinze années de fonction publique se sont administrativement évanouies. Et cela a l’air très compliqué de les récupérer. La semaine prochaine, j’ai des rendez-vous pour mon livre et aussi la visite de contrôle post-opératoire. Du coup, j’ai appelé Séverine afin de prolonger la garde de La Harpe. Aucun problème ! Je ne suis pas faché de rester un peu plus. Cela faisait longtemps qu’Amélie et moi n’avions pas été ensemble aussi longtemps à Paris.

dimanche 22 mars 2020

Mercredi 5 février 2020. 20h50.

L’officier de fortune est en librairie aujourd’hui. C’est un vrai miracle, après tout ce temps, après toutes ces embûches. Et j’ai juste envie de dire merci.

Lundi 3 février 2020. 18h40.

J’ai été opéré de la cataracte. J’avais, hier, sans succès, tenté de remettre la main sur La cata, un roman de Michel Picard, édité par Pascale chez Buchet il y a une dizaine d’années. Une histoire de circonstance. Vous êtes du genre anxieux ?, m’a demandé une infirmière avant de me faire avaler une potion amère. Et puis tout ça s’est passé. Pas drôle. A l’hôpital, je me rétracte, je ferme l’opercule. Amélie est venue me chercher. Nous avons déjeuné au Cornichon, rue Gassendi. Je me sentais étonnament en forme. Mais l’après-midi, j’avais l’impression d’avoir de la limaille fer dans l’œil. Bon, j’étais prévenu. Il ne faut pas que je m’inquiète.

Mardi 4 février 2020. 16h10.

Sylvie m’a demandé de rédiger le premier communiqué de presse du Festival du livre de Nice. Sylvain Tesson est le président de cette année. Le thème ? L’aventure. Je n’ai pas trop à me creuser la tête.

Dimanche 2 février 2020. 11h00.

J’ai reçu un message de Mona Ozouf à qui j’avais envoyé mon livre. Le personnage de Jeanne est lumineux, m’écrit-elle. Nous devons nous voir le 14 mars à Saint-Pair. Yves Bourget organise une rencontre entre nous autour de la poésie. J’ai repensé à ce qu’elle disait dans Composition française sur les récitations pour lesquelles il est si facile de triompher sur l'estrade.

Samedi 25 janvier 2020. 12h45.

Mon parrain René m’a fait un cadeau. Cela doit être le premier. Je n’ai en effet aucun souvenir, enfant, qu’il m’ait offert quoi que ce soit. Ni qu’il m’ait emmené au spectacle, payé une glace ou un tour de manège. Le colis, qu’il avait annoncé sans dire de quoi il s’agissait, est arrivé tout à l’heure. C’est un guide Michelin de 1914. Comme je le remerçiais au téléphone, un peu perplexe, il m’a dit, comme s’il s’agissait d’une évidence : Ton grand père l’utilisait pour ses voyages comme chauffeur. Une relique. Me sont revenues des bribes d’histoire familiale dont je m’étais servi pour écrire le 16 rue d’Avelghem (comme Joseph conduisant la Delaunay de M. Masurel, l’industriel du textile). Sauf que je ne sais rien de lui, ou si peu. Et qu’aujourd’hui je ne fais plus la part des quelques anecdotes que m’avaient racontées ma mère et ma tante de ce que j’ai pu en échafauder pour le roman. Mais dans un carton, chez moi, avec quelques vieilles photographies, il doit y avoir son permis de conduire. Un des premiers délivrés dans le département du Nord.

Vendredi 24 janvier 2020. 9h20.

Steven avait perdu sa mère en novembre. Elle était une très vieille dame, presque centenaire. Nobody told me how heavy the blow, m’avait-il écrit alors dans son message. J’avais répondu juste trois lignes : en anglais, mais dans l’immédiateté d’internet, je n’arrivais pas à trouver les mots. Je lui avais donc posté, en français, une longue lettre. Aujourd’hui, au hasard d’un autre message, je m’aperçois qu’il ne l’a visiblement jamais reçue.

Jeudi 23 janvier 2020. 17h20.

J’avais envoyé il y a quelques jours le BAT de mon article sur André Baillon pour le numéro « Ecriture et folie » de la Revue française de psychiatrie. Alice me l'avait demandé en septembre 2018. Tout finissait par arriver... Mais comme personne ne parlait d’argent, je me suis étonné. Message des éditions Eres : Cher Monsieur, concernant la rémunération des auteurs des revues, elle n'est malheureusement pas possible. Notre maison œuvre, et ce depuis presque 40 ans, à diffuser et promouvoir ces champs de la santé mentale et de la psychanalyse, si riches mais si difficiles. Patati, blablabla… Je suis marron. J’aurais dû m’en douter. Je n’ai jamais su gagner ma vie. Des années que je travaille pour rien ou trois fois rien. Ca devient ridicule. Tristement grotesque.

Mercredi 22 janvier 2020. 13h00.

Raphaëlle m’a commandé un papier sur L’artiste en petites choses de Patrick Reumaux. Une sorte de guide intime pour avancer et se reconnaître dans le labyrinthe des souvenirs, des savoirs, des émotions, et de tout le saint-frusquin qui fait notre vie. Reumaux est un poète, un romancier des songes comme le fut Dhôtel, son professeur quand il était adolescent. Il est naturaliste, botaniste, entomologiste. Surtout mycologue. Un des très grands de cette discipline confidentielle, tellement fascinante. Il est fou de cortinaires et de russules. Son œuvre est biscornue, pleine de replis cachés, étranges. Terriers tapis, sous-bois, clairières. Tout s’y mêle, s’y rejoint. Se retrouve.

Mardi 21 janvier 2020. 20h10.

Inès, l’assistante d’Élodie, m’avait préparé une impressionante pile d’exemplaires. Je ne suis pas le plus habile dans l’art de la dédicace. Pas certain d’avoir toujours trouvé les mots qu’il fallait. La formule. Mais est-ce si important ? A la vaste liste de presse, j’ai ajouté les noms de ceux que je ne voulais du tout pas oublier. C’est parti ! En sortant, je suis allé prendre un verre au Sauvignon. Un quincy ?, m’a demandé José. J’ai souri de contentement. Je ne viens plus très souvent. Dire qu’elle continue de me reconnaître…

dimanche 2 février 2020

Lundi 20 janvier 2020. 14h50.

Je prends le train pour Paris. J’y passe la semaine. Demain je signe le service de presse de L'officier de fortune chez Grasset.

Jeudi 16 janvier 2020. 21h20.

L’ophtalmologiste m’a envoyé un genre d’ultimatum : Votre dossier a été préparé et vous ne l’avez toujours pas repris. Une dernière possibilité vous est offerte le mardi 21 janvier de 10h00 à 16h00. La dame prend sa retraite. Dès que je l‘avais su (en octobre), je lui avais écrit pour lui demander si elle avait besoin de me revoir (je dois me faire opérer de la cataracte début février), et si elle pouvait me conseiller un confrère. Pas de réponse avant cette injonction. Bon, je vais me débrouiller pour aller récupérer l’affaire. Cela m’a fait penser que nous approchions la période à laquelle je dois prendre mes rendez-vous avec ma ribambelle de spécialistes. Ce que c’est de repousser l’échéance : la première date que l’on me propose est en avril. Finalement, je suis assez content du sursis. Amélie est arrivée au train du soir. J’avais préparé du tartare de thon.

Samedi 18 janvier 2020. 18h00.

La Harpe va avoir une nouvelle nounou. Séverine, une jeune femme dont j’ai eu les coordonnées par Eléonore qui s’était jusqu’ici occupée de la chienne pendant nos absences. Rendez-vous avait été pris sur la plage de Kairon avec elle et ses deux bergers australiens. Tout s’est très bien passé. Je suis soulagé.

Mardi 14 janvier 2020. 14h15.

C’est l’anniversaire de la mort de Lewis Carroll aujourd’hui. 14 janvier 1898 : 122 ans. Mon grand-père François avait déjà quarante ans alors. Il naviguait en Extrême-Orient, bien loin de Guildford. Mais ce grand père lointain me fait une proximité, un lien, avec une bonne partie du XIXe siècle. Et me rend Carroll autrement familier. J’étais parti en reportage sur ses traces en 1998 pour le centenaire de sa disparition. J’avais rapporté une poignée de terre de sa tombe au Mount Cemetery. Je l’ai pieusement conservée. J’ai déballé tous mes souvenirs de la mer de Cortés, ramassés au sable des plages. Deux balistes coche (balistes polylepis) desséchés, deux diodons (diodon holocanthus), des os de pélicans, un morceau de carapace de tortue, des squelettes d’étoiles de mer, quelques coquillages à identifier, une branche de corail blanchi. Je vais trouver une belle planche pour les installer dans le bric à brac de mon petit musée d’histoire naturelle. Reçu un petit mot d’Elodie. Je signe le service presse du livre la semaine prochaine.

Lundi 13 janvier 2020. 19h00.

Nous sommes rentrés depuis un peu plus d’une semaine. Amélie a repris son travail dès le lendemain de notre arrivée. Pour ma part, sans vraies obligations, j’ai profité quelques jours de l’étrange fatigue du décalage horaire pour rester un peu lové dans la part douce du sentiment qui m’a accompagné pendant tout ce séjour au Mexique. Et en ressasser l’inattendue quiétude dans laquelle je me suis laissé glisser là-bas. C’était bien. Et davantage. Du plus-que-parfait. Du qui colle à l’image qu’on s’en fait et qui la dépasse. De la longue plage de sable fin au bord du Pacifique où nous étions à Noël, au cabotage d’une semaine, d’île en île, ensuite, dans la mer de Cortés. Et je suis fait prendre, pour ne pas dire fait avoir, par la bonne fortune, oubliant mes postures, ma réserve. Je n’ai pas honte. Oui, c’était bien. J’ai rejoint Amélie en fin de matinée à Carolles où elle était depuis vendredi soir avec Clémence. Il fallait qu’elle récupère La Harpe au chenil qui fermait (définitivement) ses portes le 11. Quant à moi, je devais rester à Paris le dimanche pour l’hommage à Bruno Durocher au Mémorial de la Shoah. Le soir j’étais invité chez Antonie et Vincent. Vu Louise, de retour d’un week-end de guides (jolie et fatiguée), Basile (volubile). J’avais apporté Les malheurs de Sophie pour Suzanne, six ans. Comme je lui expliquais qu’elle allait devoir demander à ses parents de le lui lire, elle m’a dit, d’un ton victorieux, très fière : Mais je sais déjà !

(…)

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samedi 21 décembre 2019

Vendredi 20 décembre 2019. 8h30.

J’ai fermé la maison. Après avoir, rituellement, fait le tour des pièces, pour me convaincre de n’avoir rien oublié, rien laissé traîner. Je ne me défais pas de cette crainte obsessionnelle d’avoir laissé une ampoule allumée ou l’eau des fleurs croupir dans un vase. Mais j’ai beau vérifier, je sais bien que le doute subsistera quand même. Il y a longtemps que j’apprivoise mes petites pathologies. Juste avant de partir, j’ai déposé l’Enfant Jésus dans la crèche, entre le bœuf et l’âne. Nous ne serons pas là le 24 au soir. Nous allons passer deux semaines au Mexique. Claire et Emmanuel pour leurs cinquante ans de mariage invitent tout le monde à un séjour sur une plage (paradisiaque, paraît-il) de Basse Californie suivie d’une croisière en mer de Cortés. Tout le monde, c’est à dire Virginie, Marcus et les quatre filles, Jérôme et ses enfants, et Amélie et moi. La perspective de me retrouver ainsi en famille à l’autre bout du monde m’effraie un peu. Mais cela ravit Amélie et cela me suffit. Après tout, cela me fera tourner la page de l’année. Je reprendrais mes angoisses juste plus tard. Angoisses d’argent surtout. Car je touche le fond. Là-bas, si loin de tout, avec les rires de mes nièces, j’espère bien balayer tout cela. J’emporte un gros cahier pour tenir le journal de cette parenthèse. Que Dieu nous garde.

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