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lundi 25 mars 2019

Dimanche 24 mars 2019. 20h30.

J’ai déposé Amélie à la piscine de Granville où elle suit des cours de gymnastique aquatique sportive. Tu devrais venir avec moi, au moins pour nager. Elle a raison, mais pour nager seulement. D’autant que mon mal de dos ne passe pas. Une prochaine fois ? J’ai été promener la chienne sur le port. Je suis passé chez le pépiniériste acheter un plant de genêt des teinturiers pour Cathie et Etienne chez qui nous étions invités à déjeuner. Ils font comme toujours assaut de gentillesse. Nous remplissent les assiettes et les verres malgré nos protestations. Allons, allons… Ambiance de famille. Tu reviens dimanche !, m’a dit Etienne quand il a su que j’étais tout seul le week-end prochain. Amélie sera à Lyon pour le festival Quai du polar. Et la semaine suivante à Metz.

Samedi 23 mars 2019. 23h00.

Nous sommes allés faire courir la chienne sur la plage. Je n’arrive toujours pas à travailler. Je me tiens comme entre parenthèses. Je me suis forcé à m’occuper un peu du jardin. Rempli les mangeoires des oiseaux. Brigitte et Yann sont venus dîner. Ils sont rentrés hier soir de Marrakech. Contents de leur séjour. Visiblement, leurs histoires immobilières s’arrangent. Tout n’est pas encore réglé mais ils ont bon espoir. J’avais fait rôtir un poulet au four. Doré. Fondant. Réussi pour une fois.

Vendredi 22 mars 2019. 14h30.

Marché à Jullouville. Le casino a rouvert sa terrasse. Nous avons pris un verre au soleil, face à la mer. Une bande de brume laiteuse tranchait sur l’horizon tout bleu.

Jeudi 21 mars 2019. 20h20.

J’ai téléphoné à la caisse de retraite. Je ne vois plus en effet comment, à très court terme, je vais pouvoir boucler mon budget. La personne au bout du fil m’a confirmé que j’avais droit de la demander. Mais, je crois qu’en ce moment rien n’est simple, il semble que plus de dix années de ma « carrière » n’aient pas été prises en compte. Elle va m’envoyer un relevé. A charge pour moi de retrouver les documents qui prouvent que j’ai bien cotisé dans ces périodes manquantes. Je ne suis pas sorti d’affaire. Bonjour, nouvelle inquiétude… Avant d’aller chercher Amélie à la gare, j’ai fait un grand ménage (ces trois derniers jours, j’ai tout laissé aller et la maison étouffe sous le désordre). Courses aussi. J’ai acheté du saumon et du haddock pour un tartare. Préparé une salade de fenouil et brocolis émincés, persil en feuilles et pistaches. Le temps est toujours au beau.

Mercredi 20 mars 2019. 16h40.

Reçu la confirmation écrite (par courriel) du refus d’hier. Elle précise que puisqu’il ne veut pas du manuscrit, il m’abandonne mon à-valoir, mais qu’en cas de reprise par un autre éditeur, l’usage veut que la somme que j’ai reçue soit remboursée en tout ou partie par ce dernier. Ce que j’en comprends aujourd’hui, c’est que cela bloque mon texte. J’ai passé quelques coups de fil. On me dit de ne pas m’en faire, que c’est purement formel. N’empêche.

Mardi 19 mars 2019. 21h15.

Maman aurait 101 ans aujourd’hui, jour de la saint Joseph. Je suis allé au cimetière. La tombe est dans un état épouvantable. J’en suis reparti tout honteux. Coup de fil de Manuel Carcassonne au retour. Il a reçu ma lettre malgré que la Poste la considère toujours en vadrouille. L'échange n’a pas duré très longtemps. Il refuse le manuscrit. Ses explications ne sont pas forcément extrèmement claires. C’est un ensemble, en fait. Elle tiendraient plutôt dans la formule de circonstance : Votre texte ne correspond pas à la ligne éditoriale que défend notre maison... Il me dit que l’édition a bien changé depuis que j’ai signé le contrat du livre. Et que d’ailleurs, ce contrat, ce n’est pas lui qui l’a signé avec moi… Bon, je m’y attendais un peu après notre rencontre du 7 mars. Mais quand même. Quelle ironie. Le temps dehors était magnifique. Je suis allé au jardin. J’ai installé sur la terrasse les grandes jardinières achetées la semaine dernière. Je les ai remplies de terreau et je suis allé chez Hue à Saint-Pair chercher quelques plants d’aromatiques et de condimentaires. Persil, coriandre, thym. Mal au dos, encore, en fin de journée. Plein le dos…

Lundi 18 mars 2019. 20h30.

J’ai reçu sur le répondeur un message de Manuel Carcassonne. Il veut me parler. Demain.

Lundi 18 mars 2019. 19h30.

Si j’en crois la Poste, ma lettre n’est toujours pas arrivée. J’ai bien peur qu’elle se soit perdue. J’ai passé un bon moment à la réécrire. Amélie déposera ce nouveau pli chez Stock demain dans la journée. Je suis dans une drôle d’attente. Je n’arrive pas à travailler. J’ai pourtant un long texte à écrire sur André Baillon pour une revue de psychiatrie et Raphaëlle m’a commandé un papier sur Un jour, on entre en étrange pays de Colette Mazabrard. Il va falloir que je me secoue. Nous avons mis de l’ordre dans la maison. Nettoyé la resserre. J’ai coupé du bois. J’ai senti que je m’étais fait un peu mal au dos. Jolie promenade dans l’après-midi. Les primevères ont éclot partout sur les talus, les pruneliers de la falaise sont couverts de fleurs blanches, fragiles. Le printemps est à quelques jours. J’ai accompagné Amélie à la gare. Nous nous retrouvons jeudi.

Dimanche 17 mars 2019. 18h00.

Profiter du beau temps. Je m’efforce de ne pas trop penser. Juste me laisser aller au bonheur d’être avec Amélie.

Samedi 16 mars 2019. 23h50.

Dîner à Dragey chez Sophie et Benoît. Ils étaient justement venus à la maison quand nous recevions Cécile pour les Rencontres. J’aime bien ces coïncidences de rien. Soirée vraiment très agréable. Il sont charmants tous les deux. Etaient invités avec nous, le père Hervé Passard, curé de Sartilly et frère du célèbre chef de l’Arpège, un couple de leurs amis, Florence et Olivier, qui, après s’être occupés longtemps de chevaux, tiennent aujourd’hui une maison d’hôtes en Baie.

Samedi 16 mars 2019. 19h20.

Arrivée d’Amélie au train de midi. Nous sommes allés directement au Comptoir où nous avions rendez-vous pour déjeuner avec Cécile. Nous l’avions invitée aux Rencontres en juin dernier et elle s’était promis de revenir dans la région. Depuis une semaine, elle louait un petit appartement dans la haute ville. Visites, balades, elle était enchantée. Amélie l’a embarquée dans l’après-midi pour ue longue promenade sur la falaise. Moi, je suis resté à la maison nettoyer la terrasse à grande eau. Une tasse de thé à leur retour. Ca m’a fait un grand plaisir de la revoir. Nous avons pas mal d’affinités, je trouve. Elle sont à cultiver. Et sans laisser le temps tout emporter.

Vendredi 15 mars 2019. 17h40.

J’ai complètement oublié le Salon du livre. Amélie s’y est rendue hier pour la soirée d’inauguration. Elle n’a fait qu’y passer. Pour moi, aucun regret de ne pas y avoir été. Cette année, je n’ai même pas fait de demande d’accréditation. Aujourd'hui, Amélie y reste toute la journée pour rencontrer des producteurs au marché des droits. Elle ne me rejoint que demain.

mercredi 20 mars 2019

Jeudi 14 mars 2019. 20H20.

Lundi dernier, j’ai envoyé une longue lettre à Manuel Carcassonne. En courrier suivi. Mais si j’en crois le site de la Poste, elle n’est toujours pas arrivée. Ca m’embête. J’ai besoin d’une réponse. Quand il m’a reçu en coup de vent la semaine dernière, la première chose qu’il m’avait dite, comme il me serrait la main, avait été Après tout ce temps, pourquoi tant de hâte ? J’en étais resté un peu estomaqué. Je n’avais rien trouvé à lui répondre. Il fallait bien que je lui explique. Pourquoi tant de hâte ? Et bien déjà parce que le livre était fini. Enfin. J’en avais signé le contrat il y a bien sept ans avec Jean-Marc. Je ne lui avais rien caché alors de la difficulté à laquelle j’imaginais devoir me heurter pour l’écrire. Comment moi, enfant illégitime, pouvais-je m’autoriser (être légitime) à raconter la vie d’un père dont je ne savais rien, et qui, sur le peu de temps où je l’avais cotoyé ne m’avais pas dit grand chose. Bien sûr, dans mes précédents textes j’avais reconstruit mon histoire familiale, mon enfance, dont je ne gardais étrangement pas le souvenir. Drôle d’amnésie. Il me restait de de ce passé blanc des photos, quelques anecdotes, des noms de gens, de lieux, une chronologie. Avec tout cela j’avais fait des fictions aux allures de récits. L’idée était de procéder de la même manière à propos de mon père. J’avais aussi des photos, des documents, assez difficiles à relier, mais, bon, qui pouvaient me servir de petites prises pour avancer. Je n’aurais jamais pensé être empêché à ce point. J’ai fait, j’ai défait. Une vraie Pénélope. Ca ne fonctionnait jamais. Jean-Marc est mort en mars 2013. A qui allais-je pouvoir confier mes doutes ? J’ai mis une éternité à m’autoriser à parler à la première personne. Mais dès lors que j’avais trouvé le ton, je pouvais progresser. De la hâte ? J’avais suffisamment été empêché d’écrire pour que je puisse me sentir, une fois le manuscrit terminé, sinon heureux, du moins soulagé. Et avec ce sentiment que ce texte ressemblait vraiment à celui que j’avais projeté d’écrire, toutes ces années auparavant. Et puis aussi, j’avais hâte parce que dans tout ce temps, le temps m’avait été compté. En novembre 2010, le lendemain du jour où j’avais remis le manuscrit de La fausse porte, j’entrais en clinique pour me faire opérer de mon cancer. Trois ans plus tard, dans l’hiver 2013, il récidivait. J’avais dû suivre des séances de radiothérapie. C’est un peu comme un ex-voto que j’avais écrit alors L’herbier des rayons. Il est sorti en 2016 chez Caractères. Ce n’est qu’à ce moment-là que je suis parvenu à me remettre au roman. Tant de temps, oui. J’ai compris que de ce temps, je ne pouvais plus en gaspiller. Et qu’il ne fallait plus traîner en chemin. Voilà ce que j’ai essayé de dire à Manuel Carcassonne sur la hâte. Mais s’il n’a pas reçu ma lettre…

mardi 19 mars 2019

Mercredi 13 mars 2019. 18h45.

Mon oncle René a appelé ce matin. A bientôt quatre-vingt-dix ans, il continue à être le messager de la famille. Elle est bien éparse aujourd’hui. Et, d’une branche à l’autre, je devrais dire d’un clan à l’autre, plus grand monde ne se parle. Le temps a trop passé, les gens sont trop loin. On s’est perdus de vue, quelle importance ? S’il n’y avait lui, personne ne saurait plus rien. Il est le dernier lien, fragile, vacillant. Porteur surtout de mauvaises nouvelles. Les maladies, les accidents, les deuils. Jamais, en effet, va savoir pourquoi, il ne mentionne les mariages, les naissances. Je ne sais pas comment il a endossé ce rôle-là. Jeune, il avait plutôt la réputation de se ficher de tout. Aujourd’hui, il m’a annoncé le décès, lundi, d’Alain, le mari de ma cousine Agnès. Une crise cardiaque, m’a-t-il dit. Soixante-huit ans. Je le connaissais à peine. Nous avions dû seulement nous croiser, bien vite. Ma cousine, je ne sais même plus quand je l’ai aperçue la dernière fois. Sûrement à un enterrement. Elle doit être terriblement triste, d’autant que cette mort survient, à quelques jours près, un an après celle de ma cousine Françoise, sa sœur cadette. J’ai fait un mot maladroit. Juste pour dire que je pensais à elle. A leurs deux garçons, Franck et Yann, qui doivent avoir la quarantaine, et que, bien sûr, je croiserais dans la rue sans les reconnaître. C’est à mon oncle René, mon parrain, qu’il faut que j’écrive aussi.

Mardi 12 mars 2019. 21h00.

J’ai fait une petit point de mes lectures pour Raphaëlle. Michel Layaz, Colette Mazabrard, Marie-Hélène Lafon, Christiane Rancé, Caroline Sers. Plus une foule de propositions de petits papiers. Je ne sais pas s’il y aura bientôt des pages « poche », mais j’aimerais bien écrire sur la réédition, dans la collection Vermillon de la Table ronde, du Talon rouge, le livre d’Arnould de Liedekerke sur Barbey d’Aurevilly. Arnould est mort au début de l’année 2003. Il avait à peine plus de cinquante ans. Je l’aimais bien.

lundi 11 mars 2019

Lundi 11 mars 2019. 20h30.

J’ai fait du courrier. Ecrit à Gabrielle dont je n’ai pas de vraies nouvelles depuis un moment. Je m’inquiète pour cette petite fille toute enchagrinée du divorce de ses parents. Je m’inquiète, mais ça ne sert à rien. Je vais juste lui écrire plus souvent.

Dimanche 11 mars 2019. 22h15.

Amélie est allée à la piscine ce matin. Elle y avait déjà passé deux heures hier. Le longe-côte lui manque. Avec le printemps, elle ne va pas tarder à enfiler à nouveau sa combinaison. J’ai fait du rangement. Nous avons profité d’une éclaircie pour nous balader sur la falaise. Mais Dieu qu’il fait froid quand le soir tombe. Je l’ai accompagnée au train. Il a été mis en place avec une bonne demi-heure de retard. Sur le quai, à tous vents, nous étions transis en l’attendant.

Samedi 10 mars 2019. 17h30.

Marché rapide à Granville. De la crème, du beurre, des fruits. Un gros bouquet de jonquilles. Nous sommes arrêtés au retour chez Etienne à Saint-Jean-des-champs. Petit moral sous son habituelle gaieté. Il nous avait sorti du champagne, tartiné des toasts de foie gras. Et toi qu’est-ce que tu bois ? – Oh, du jus de tomate.

Vendredi 8 mars 2019. 19h10.

Yann attendait au bout du quai avec La Harpe en laisse qui nous a fait grande fête à tous les deux. Venez déjeuner à la maison ! Demain, ils s’envolent pour Marrakech. Il espère y régler là-bas une vieille histoire immobilière (en fait, il s’y est fait voler comme au coin d’un bois par des promoteurs marocains). Il part sans grande illusion. C’est le voyage de la dernière chance, dit-il. Quoiqu’il se passe, pourvu qu’ils puissent au moins profiter du soleil.

Jeudi 7 mars 2019. 20h50.

Rendez-vous compliqué. L’agenda de Manuel était visiblement très très chargé. J’ai attendu assez longtemps dans le bureau de Marie, son assistante, qui, la pauvre, m’a gentiment fait la conversation pour éviter que je déprime. Et quand à notre entrevue, elle a été plutôt rapide. J’ai compris qu’il n’était pas complètement séduit et qu’il convenait de réfléchir à l’affaire. Que pouvais-je lui répondre ? J’y crois en ce fichu texte. Alors réfléchissons. J’ai téléphoné à Amélie. On peut se retrouver au Rostand ? J’ai vraiment envie de boire un verre. Comme je traversais le Luxembourg, une grosse giboulée, ciel clair et pluie battante, m’est tombée sur la tête. Je suis arrivé trempé.

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