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Mercredi 20 septembre 2023. 23h50.
Par Xavier Houssin le mercredi 22 novembre 2023, 19:21
Amélie m’a invité Chez Georges, rue du Mail. Elle savait que cela me ferait plaisir. J’avais envie depuis longtemps que nous y dinions ensemble. C’est le seul restaurant qu’ait gardé Jean Gabriel de Beuil qui, avant, dirigeait aussi le Bistrot de Paris rue de Lille et Chez René, boulevard Saint-Germain. Plus, Chez Fred, boulevard Péreire, Chez Savy, rue Bayard... Un vrai petit empire. Il s’est passé, je crois, de bien sombres histoires de famille et d’argent pour qu’il ne conserve plus que cette adresse-là. Il m’a reconnu tout de suite. Cela faisait pourtant plus de dix ans qu’il ne m’avait pas vu. À l’époque, j’allais souvent au Bistrot de Paris. J’aimais réserver la table 44, près du bar, surplombant la salle. L’endroit n’a plus grand intérêt aujourd’hui. C’est bien chez Georges. Andouillette, foie de veau, chénas. Dans le brouhaha des conversations. Merci Amélie.
Mardi 19 septembre 2023. 17h00.
Par Xavier Houssin le mercredi 22 novembre 2023, 19:20
J’ai soixante-huit ans. Et ça ne me fait rien. Rien du tout. Ça glisse. Je glisse.
dimanche 16 juillet 2023
Vendredi 14 juillet 2023. 23h50.
Par Xavier Houssin le dimanche 16 juillet 2023, 12:48
Pique-nique en bateau sur le lac. Tout le monde s’est baigné. Sauf moi. Il y a longtemps que m’est passée l’envie de me jeter à l’eau. Pour être franc, je me suis toujours un peu forcé pour faire comme les autres. Plus maintenant. Jerome K. Jerome a écrit quelques belles pages à ce sujet dans Trois hommes dans un bateau. Je m’y retrouve tellement… En ce qui me concerne, je décide immanquablement, quand je suis encore à Londres, que chaque jour je me lèverai matin pour aller faire un plongeon avant le petit déjeuner ; et j’ajoute religieusement à mon bagage un maillot et une serviette de bain. Je choisis toujours des maillots rouges. Je me plais bien en maillot rouge. Cela me va au teint. Mais quand je me retrouve sur les lieux de ma villégiature, ce bain matinal n’a plus pour moi (mais plus du tout !) le même charme que lorsque j’en rêvais en ville. Au contraire, je me sens tout à coup d’humeur à traîner au lit jusqu’au dernier moment, et je finis toujours par n’en sortir que pour prendre mon petit déjeuner. Une fois ou deux pourtant mon courage a triomphé : je me suis levé à six heures et demie, habillé à la va-vite, et, serviette et maillot sous le bras, je me suis mis vaille que vaille en chemin. Je n’en garde pas un bon souvenir. Il semble qu’à chaque fois on ait mis de côté spécialement pour moi un petit vent d’est singulièrement coupant. On dirait même qu’on a pris soin de faire remonter en surface tous les cailloux pointus et qu’on a aiguisé les rochers avant de dissimuler à ma vue leurs arêtes sous une mince couche de sable, et qu’on a fait se retirer la mer à trois kilomètres, ce qui m’oblige à patauger, tout grelottant, dans quinze centimètres d’eau. Et quand je parviens enfin à une profondeur raisonnable, l’eau est glacée et franchement infecte. Une énorme vague m’enlève et m’envoie valdinguer le plus brutalement du monde en plein sur un roc qu’on a mis là exprès pour moi. Et avant que j’aie pu pousser le moindre « Aïe ! Ouille ! » et faire le compte des membres qui me restent, voilà la vague qui se retire en m’emportant au large. Frénétiquement, je me mets à nager vers le rivage, me demandant si je reverrai jamais foyer et amis, regrettant de n’avoir pas été plus gentil avec ma sœur cadette quand j’étais petit. Et c’est à l’instant même où tout espoir me quitte qu’une autre vague, déferlant, me ramène brutalement sur le sable où elle me plaque comme une étoile de mer. Je me relève, m’ébroue, me retourne... et découvre que les profondeurs où je viens de lutter désespérément avec la mort, voisinaient les soixante centimètres. Je repatauge jusqu’à la plage, me rhabille et m’en retourne, piteux, vers l’hôtel. Et là, si d’aventure on me demande : « Alors, ce bain ? », je répondrai bien entendu : « Tout à fait délicieux ! » J’ai travaillé un peu à la chronologie du livre, relu des documents sur la Grande Guerre dans l’Indre. Dîner (spectacle) pendant le feu d’artifice d’Annecy.
samedi 15 juillet 2023
Jeudi 13 juillet 2023. 23h45.
Par Xavier Houssin le samedi 15 juillet 2023, 19:44
Comme l’année dernière, c’est la première étape des vacances. Comme l’année dernière, nous profitons quelques jours de l’hospitalité généreuse de Virginie et Marcus. Toutes les filles étaient là (Camille est arrivée le soir de Mexico, via Paris et Genève). J’ai trouvé Victoria et Valentine incroyablement changées. Seize et dix-huit ans. Mon Dieu, comme il est bien loin le temps où je leur lisais des histoires le soir, celui où elles attendaient mes lettres. Celui de toute leur enfance attentive et curieuse. Aujourd’hui, très peu de livres, et leur correspondance se cantonne à des photos, à de très courts messages sur les réseaux sociaux. Elles sont emportées par la brise insouciante de leur jeunesse. C’est tant mieux pour elles. Quelque chose de nouveau commence. Là, je n’ai plus à leur tenir la main. A vingt-deux ans, Camille, après ses années d’études en biologie au Canada, cherche encore sa voie. Elle a traversé des chagrins d’amour dont je sais bien qu’il ne faut jamais les prendre à la légère. Que vont-elles devenir ces trois-là ? Mon inquiétude est à l’aune de l’infinie tendresse que je leur porte depuis toujours. Comme je vieillis. Reste Apolline, ma filleule qui entre (déjà) en cinquième. Elle est vive, enjouée, avide d’apprendre et de comprendre. J’ai tant à faire encore avec son bel âge. Et au-delà bien sûr. J’ai à cœur mes engagements à son baptême, le 28 juillet 2012 dans la petite église de Veyrier. Dîner sur la terrasse au soleil couchant. Ici Amélie se trouve en heureuse famille. Son bonheur simple est tellement beau à voir.
Mercredi 12 juillet 2023. 21h40.
Par Xavier Houssin le samedi 15 juillet 2023, 18:04
Fini de charger la voiture. J’ai été chercher Amélie à son bureau de la rue du Bac. Halte à Nuits-Saint-Georges dans un hôtel confortable mais sottement prétentieux, avec une clientèle d’étrangers à grosses berlines. Nous sommes attendus demain à Veyrier pour le déjeuner.
Mardi 11 juillet 2023. 20h50.
Par Xavier Houssin le samedi 15 juillet 2023, 12:59
Départ tôt. Je n’ai pas croisé Thierry Giffard qui vient (enfin !) cette semaine poser les étagères dans la chambre verte. Seule solution pour caser les livres de jardin que j’ai dégagés du couloir pour y accueillir les nouveaux spécimens de mon mini musée d’histoire naturelle. Route tranquille, mais je suis arrivé fatigué. J’ai fini par me coucher dans l’après-midi. Je dormais à poings fermés quand Amélie est arrivée à l’appartement.
Lundi 10 juillet 2023. 8h15.
Par Xavier Houssin le samedi 15 juillet 2023, 12:58
Amélie a pris le premier train pour Paris. Je la rejoins demain en voiture. Mercredi nous partons en vacances. J’ai été déposer La Harpe chez Séverine à Coudeville. Toujours heureuse, frétillante, de retrouver ses amis chiens, les bergers australiens, Nours, Geromine et Terracotta. J’ai l’impression, lorsque je vais là-bas, d’entrouvrir un album de Caroline.
Samedi 8 juillet 2023. 22h20.
Par Xavier Houssin le samedi 15 juillet 2023, 12:00
Amélie, Bérengère et Clémence ont essuyé un bel orage pendant leur promenade vers les cabanes Vauban. Elles sont rentrées trempées, la chienne noire de boue. Dans le même temps, j’avais pris la voiture pour montrer à François le panorama de la Baie depuis Saint-Léonard. Nous n’avons pas essuyé une seule goutte. Dîner d’une anchoïade de crudités qu’Amélie et moi nous continuons toujours, va savoir pourquoi, à appeler bagna cauda, alors que tout est froid.
Samedi 8 juillet 2023. 14h10.
Par Xavier Houssin le samedi 15 juillet 2023, 11:59
J’ai emmené Bérengère et Clémence à la messe, en fin de matinée, à l’abbaye de la Lucerne. Amélie, à la maison, préparait le poulet à l’estragon du déjeuner. François, lui, reposait son dos malmené par le voyage en train.
Vendredi 7 juillet 2023. 21h00.
Par Xavier Houssin le samedi 15 juillet 2023, 11:14
Amélie est allée chercher à la gare de Granville sa cousine Bérengère et son mari François. Clémence les accompagne. Tout ce petit monde va traverser la Baie dimanche à 4h00 du matin, histoire de voir le soleil se lever sur le Mont. Ce sera sans moi. Et sans François si j’ai bien compris. Cette expédition a été décidée il y a un mois à cause, ce même week-end, d’un mariage émotionnellement « perturbant » pour Bérengère à qui il convenait de changer les idées. Des affaires de famille, douloureuses, compliquées. Je connais mal Bérengère. Elle est la fille de Françoise, la tante d’Amélie, l’aînée de la fratrie, décédée à l’automne 2019. C’est une dame d’un abord un peu caillouteux, très dévote, aux idées tranchées. Cela lui fait une carapace pour une sorte de détresse qu’on pressent. Je suis content de revoir Clémence.
vendredi 14 juillet 2023
Jeudi 6 juillet 2023. 18h10
Par Xavier Houssin le vendredi 14 juillet 2023, 19:38
Astrid et Paul-Edouard sont partis après déjeuner. Le matin, je les ai emmenés sur la lande. Nous avons longé le sentier des douaniers jusqu’à l’escalier de plage. Je les ai laissé descendre seuls (la chienne est interdite de bord de mer pendant les mois d’été). Ils étaient sous le charme. Quelle chance tu as ! L’enthousiasme de ceux qui nous rendent visite, me la fait mesurer à chaque fois. Je redécouvre combien Carolles est un paradis délicat et fragile. Et puis, je sais maintenant que j’y suis chez moi. J’ai mis du temps. Il a fallu que j’apprivoise toute une généalogie du très loin. Que je me réconcilie avec l’héritage de mon père. Que je retrouve ceux qui, à Sainte-Pience, à Bourguenolles, poussaient la charrue à la fin du XVIe siècle. Qu’ils me reconnaissent en quelque sorte. Chez moi, bien sûr. Mais surtout, grâce à Amélie, à son attachement immédiat à l’endroit, cela est devenu « chez nous ». Carolles. Seule me manque la forêt de mon enfance, le grand couvert des chênes et des hêtres, les sentiers, la mousse épaisse, le bruit des bêtes et les oiseaux cachés. Je ne m’y promène plus qu’en songe.
Jeudi 6 juillet 2023. 2h15.
Par Xavier Houssin le vendredi 14 juillet 2023, 17:57
Salade de homard, fraises à crème. Pas mal de côteaux d’Aix rosé. Nous avons eu du mal à nous coucher tant nous avions à raconter, à dire, à échanger. Nous avons parlé de livres, de famille, de la Belgique et de la France, de nos lignes de vies, de nos chagrins, de nos consolations et de nos bonheurs. Quel dommage qu’Amélie n’ait pas été là.
Mercredi 5 juillet 2023. 17h00.
Par Xavier Houssin le vendredi 14 juillet 2023, 17:43
Marché à Saint Nicolas. Pierre-Yves, qui travaille pour M. Mitaillé, est venu remettre le jardin en état. Il le fait avec soin, efficacité. Il a une vraie délicatesse pour mon hétéroclite fouillis. A la fin du mois, il viendra pailler et fertiliser les rosiers.
Mardi 4 juillet 2023. 14h40.
Par Xavier Houssin le vendredi 14 juillet 2023, 17:41
Grand ménage (la maison était dans un état épouvantable). Demain j’attends Astrid et Paul-Edouard qui rentrent de Quiberon à Bruxelles par la Baie du Mont-Saint-Michel. Je n’ai pas vu Astrid depuis la foire du Livre de Bruxelles de 2009. Presque quinze ans ! Nous nous étions rencontrés quand Point de vue avait lancé son supplément belge Vues de Belgique début 2000. J’y étais chargé principalement de la culture et des livres. Elle dirigeait le service de presse et était en charge des projets éditoriaux des éditions Racine. Sans vraiment nous connaître, à l’époque, nous avions d’emblée partagé une espèce d’amitié instinctive. Suffisamment solide pour qu’elle traverse les absences et le temps. Nous nous sommes écrit de loin en loin, juste ce qu’il fallait pour ne pas se perdre. Aujourd’hui, elle s’occupe de médiation sociale à Auderghem, une des communes de Bruxelles. Je ne connais pas Paul-Edouard, son compagnon. Nous allons devoir retricoter tout doucement les années. Mais, va savoir, je ne suis pas inquiet.
Lundi 3 juillet 2023. 15h40
Par Xavier Houssin le vendredi 14 juillet 2023, 15:56
Je relis une fois encore la dernière lettre de mon grand-oncle Georges écrite en mai 1915 à son frère Joseph, mon grand-père. Moins d’un mois avant sa mort au front à Notre-Dame-de-Lorette. J’ai une nouvelle sérieuse à t’annoncer, c’est que je viens d’être désigné pour faire partie d’un détachement pour le 30e Chasseur Alpins qui sûrement partira pour le courant de la semaine prochaine. (…) Avant de partir, je vais profiter des fêtes de la Pentecôte pour offrir au Très-Haut le sacrifice de ma vie, et qu’il me prenne pour te laisser en vie, car tu es plus précieux que moi à cause de ta famille. Il est tombé dans l’attaque du 17 juin au matin, quelque part entre la Tranchée des Saules et le Bois Carré. Son corps n’a pas été retrouvé.
mardi 4 juillet 2023
Dimanche 2 juillet 2023. 23h50.
Par Xavier Houssin le mardi 4 juillet 2023, 21:17
J’ai établi, péniblement, des « fiches » pour tous les protagonistes de mon histoire. Pour chacun, une sorte de résumé de leur vie. Les dates. La naissance, le mariage, les enfants, la mort. Sauf que bien évidemment tout se mêle, s’entremêle. Je m’étais gardé, jusqu’ici, pourquoi ?, d’explorer vraiment. Je découvre de vrais drames, au-delà de ceux que je connaissais (mes grands-oncles morts à la guerre). Il y a des malheurs qui se lisent partout dans les documents officiels que je retrouve.Je n’imaginais pas que j’étais issu de si de profonds chagrins.
Samedi 1er juillet 2023. 21h30.
Par Xavier Houssin le mardi 4 juillet 2023, 21:16
Je me rends compte à quel point toute ce que j’ai amassé en amont de mon livre est sans intérêt. Il faut tout reprendre.
Vendredi 30 juin 2023. 22h00.
Par Xavier Houssin le mardi 4 juillet 2023, 21:16
Il y a quinze jours, Apolline a eu un accident en répétant, chez elle, une figure acrobatique pour un concours de gymnastique. Beaucoup de peur et beaucoup de mal aussi puisqu’elle s’est fracassé la barre en pleine figure. Traumatisme et dents cassées. On l’a soignée en urgence. Et plutôt très bien. Elle a été, m’a dit Marcus, impressionnante de courage au fil de toutes les douloureuses séances de chirurgie réparatrice qu’elle a subies. Ça ne m’étonne pas. Toute petite, tout bébé, elle manifestait déjà une volonté, une force, un calme déterminé incroyable. Elle est exceptionnelle ma filleule. Elle va avoir douze ans. Nous allons la retrouver, avec ses sœurs, à la mi-juillet à Veyrier. D’ici là, j’ai promis de lui écrire, là-bas, une lettre par jour. Aujourd’hui, j’ai expédié le courrier n° 13. Je lui parle, en trois quatre lignes, de L’homme qui a perdu son ombre et de la bourse de Fortunatus. Je lui raconterai l’histoire quand nous nous verrons, si elle en a envie.
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