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mardi 19 juin 2018

Mardi 12 juin 2018. 19h45.

C’est une véritable frénésie d’oiseaux dans le jardin. Les années précédentes, ils avaient plutôt tendance, à la belle saison, à se détourner des graines et des pains de graisse que je laissais, par habitude, à leur disposition. Mais là… Les mangeoires sont envahies de passereaux. Ils s’y agglutinent. Mésanges bleues et charbonnières (quelques huppées), pinsons, rouges-gorges, sitelles, moineaux, accenteurs mouchets, verdiers. Par moments, de plus gros les font fuir : corneilles, pies, geais, ramiers et tourterelles. J’ai vu, sur le toit de la cabane à outils, un pic-épeiche donner la becquée à un jeune tout dodu, à calotte rouge. Je suis émerveillé et effrayé. Qu’est-ce donc qui leur arrive ? En plein printemps, ils n’ont plus de quoi se nourrir ?

Lundi 11 juin 2018. 21h00.

Il n’avait pas plu, mais tout juste, vendredi, à la saint Médard. Aujourd’hui, jour de saint Barnabé, censé remettre tout en ordre, le temps est resté gris et froid. Difficile de faire des prévisions pour l’été. Je travaille. Pour pas grand chose. Quelques lignes à peine. Celles pour évoquer la disgrâce de mon père, renvoyé injustement d’Indochine par de Lattre de Tassigny. Et communier avec son amertume.

lundi 11 juin 2018

Dimanche 10 juin 2018. 20h10.

Longue promenade sur la falaise. Le temps était brumeux et moite. Laiteux. Etouffant. J’ai accompagné Amélie à la gare. Orage en suspens. Pourvu qu’il ne pleuve pas à l’arrivée à Paris.

Samedi 9 juin 2018. 23h50.

Il a plu depuis tôt le matin. Amélie est partie au marché sous des cordes. J’ai préparé mes questions pour la rencontre avec Cécile Reyboz. Vague éclaircie lorsque je suis allé la chercher à la gare de Granville. Je suis content qu’elle soit là. J’ai une vraie admiration pour sa manière d’écrire l’intime, ses grandes et petites tragédies. Elle le fait un pas de côté, l’air de ne pas y être. Et pourtant, elle livre tout avec une grande liberté, une absolue franchise. Elle a du cran aussi. Nous avons fait un peu traîner le déjeuner, salade de homard et rosé frais. Courte balade en Baie entre deux averses avant de rejoindre la salle. Le mauvais temps n’avait pas trop fait fuir les gens. La conversation a duré un bon moment. J’ai pu y glisser cet extrait de la lettre qu’écrivait en 1840 Charles Dodgson à son fils, le futur Lewis Carroll (il avait huit ans) à propos d’outils qu’il avait envoyé chercher en ville : … si on ne me les apporte pas sur-le-champ, je ne laisserai rien en vie, hormis un petit chat, dans la ville de Leeds. Et alors quel vacarme se sera ! Les cochons et les bébés, les chameaux et les papillons rouleront ensemble dans le ruisseau ; les vieilles dames grimperont dans les cheminées poursuivies par des vaches ; les canards se cacheront dans les tasses à café ; les oies bien grasses essayeront de se faufiler dans des boîtes à crayons ; et finalement,on trouvera le maire de Leeds dans une assiette à soupe, recouvert de crème anglaise et tout garni d’amandes pour le faire ressembler à une frangipane. Ce pour tenter, à la déroutante et permanente autodérison dont Cécile Reyboz bouscule ses textes, à sa manière de mettre le monde cul par-dessus tête, d’accrocher une espèce de parenté du loin. Joyeux dîner à la maison où nous avions invité Sophie (qui enregistre toutes les Rencontres et les diffuse sur Avranches FM) et son mari Benoît, qui est vétérinaire à Sartilly.

Vendredi 8 juin 2018. 21h20.

J’ai travaillé au jardin toute la journée. Désherbé à l’arrière de la maison pour que M. Mitaillé puisse passer le coupe bordures avec netteté. Redressé encore les rosiers. Ramassé les pétales qui jonchent partout le sol. La pluie a eu presque raison des Adélaide d’Orléans, des Cécile Brunner. Leurs fleurs fanées font des taches brunes lépreuses. Le printemps est déjà fini. J’ai relu les livres de Cécile Reyboz qui vient demain pour les Rencontres. Jean-Pascal est passé avec un énorme bouquet de romarin. Il rentre à Caen ce soir. Agathe va au bal de son lycée. Robe longue et hauts talons. Elle aussi, comme Camille, a dix-sept ans. Avec qui a-t-elle envie de danser ?

Jeudi 7 juin 2018. 18h00.

J’ai reçu un message des pépinières de Claireau, qui se trouvent quelque part du côté d’Orléans. Je leur avais commandé à l’automne dernier trois symphorines à baies blanches et deux lavatères. Les symphorines, je me souviens, étaient arrivées pas très en forme. J’avais planté tout cela avec beaucoup de soin, paillé pour l’hiver. Mais au printemps, une des symphorines n’a pas repris. J’ai alors téléphoné pour leur faire part de ma mésaventure. Adressez-nous une photo, m’a-t-on dit. Ce que j’ai fait. Puis après presque un mois de silence, voilà qu’on m’envoie promener en quelques lignes : Comme indiqué dans nos conditions générales de vente, de nombreux facteurs extérieurs peuvent rentrer en ligne de compte et nous ne pouvons garantir la reprise de l'ensemble des végétaux que nous commercialisons. De plus, nous n'avons à ce jour eu aucun autre retour négatif de la part de nos clients ayant acheté le même produit. De ce fait, nous sommes au regret de vous informer que nous ne pourrons donner suite à votre demande de remplacement. Blabla, blabla… Je sais, ce n’est pas grand chose. Mais cette petite gredinerie de grainetier, cet affiché mépris d’autrui, m’ont désagréablement poursuivi toute la journée. D’autant que je me souvenais qu’on m’avait changé sans souci qui, des basilics arrivés flétris d’un colis de chez Eric Deloulay ou encore un rosier de chez David Austin qui avait perdu toutes ses feuilles. Enfin, je vais m’en remettre…

Mercredi 6 juin 2018. 23h00.

Mon papier sur Paule du Bouchet est repoussé à une quinzaine. Dans un sens ça m’arrange. Cela faisait deux jours que je n’arrivais pas à le démarrer et que j’accumulais l’inquiétude. Raphaëlle me propose de parler, avant, de Matières fermées de William Cliff, long poème scandé. De sa vie, encore, mise en sonnets, en liasses. Je suis vraiment content qu’elle me confie ce texte. J’avais été voir Cliff chez lui à Gembloux, il y a dix ans, comme il venait de publier Immense existence. C’était en juin aussi, je crois. Il faisait un drôle de temps, il m’avait entraîné dans une balade de bout de champ voir un cheval brabançon dans sa pâture. J’avais retrouvé Amélie le soir à Bruxelles. Aujourd’hui, je suis allé l’attendre au dernier train. Elle vient une journée en avance à cause de la grève à la SNCF. Rien ne circule demain, ni après-demain

Mardi 5 juin 2018. 20h50.

J’ai finalement envoyé mes pages à Isabelle. Elle les a lues très vite. Moins d’une heure après, j’avais un message d’encouragement. Ne te torture plus car le livre est au bout de tes doigts, ta musique, ton rythme, la contruction, tout y est... Vraiment. Il suffit de te laisser aller. Merci. Je me sens conforté. Alors je continue.

mardi 5 juin 2018

Lundi 4 juin 2018. 18h50.

Il y a un mois environ, j’ai rêvé de Mr. Latham, le mari de Mrs. Latham. Reginald et Violet Latham. J’avais fait un séjour d’un mois chez eux, tout seul, à Woodford, en 1967 ou 1968. Ils étaient le beau-frère et la belle-sœur de Mr. et de Mrs. Palmer chez qui nous passions tous les étés, à Chigwell. J’y allais pour perfectionner mon anglais bien sûr. Mais je n’avais guère fait de progrès. Ils avaient une soixantaine d’années à l’époque. C’était un couple de lettrés (ils avaient publié de la poésie, il avait traduit des auteurs français, dont Gide). Ils étaient patients. Avec moi, en tout cas. Dans mon rêve il n’y avait que lui, il remontait du jardin, les genoux du pantalon terreux. S’essuyait les pieds avec application sur le paillasson et se calait dans une grande bergère recouverte d’un imprimé fleuri. Il toussait pour s’éclaircir la voix et se mettait à déclamer des vers en anglais. Je ne comprenais rien, mais j’étais captivé. Et cela durait longtemps, longtemps. Au réveil, je me suis souvenu que Mrs Latham m’avait envoyé, après sa mort en 1988, un recueil de poèmes inédits qu’elle avait rassemblés. Je l’avais à peine ouvert, mais je l’ai retrouvé sans peine dans la bibliothèque. Dans la petite préface, elle écrivait : At the age of 86, Reg was fortunate enough to die suddenly and peacefully in our garden after planting daffodils… J’en ai frissonné de trouble. J’ai lu ces textes, comme j’ai pu, certains que je parvenais à traduire, étaient particulièrement beaux. Doux. Apaisants. J’ai cherché, du coup, ce qu’il avait publié. Je n’ai trouvé que deux titres que j’ai heureusement pu commander à des librairies d’occasion anglais. Verses and cuts, le premier, date de 1934, le second, que j’ai reçu au courrier ce matin, Latham’s nonsense verses, de 1948. Je vais m’y atteler. Je sens bien que tout cela n’advient pas par hasard.

Dimanche 3 juin 2018. 21h40.

Je me suis remis au livre. J’écris une ligne, puis une ligne. Je réapprends à travailler.

Samedi 2 juin 2018. 18h00.

Nous avons profité que la chienne était chez la toiletteuse (après son séjour « à la ferme », elle en avait vraiment besoin), pour déjeuner au Comptoir. Les restaurants où l’on se sent bien sont rares par ici. L’adresse a ouvert en 2013. Avant, les propriétaires, Patricia et Michaël, étaient les gérants de Chez Plumeau, rue du Calvaire, je crois, tout près de la place du Tertre. J’ai dû y aller une fois, il y a longtemps, avec Alain. Il venait de prendre un poste de fabriquant dans le XVIIIème. Ce devait être en 2002 ou 2003. Peut-être y étaient-ils déjà ? Amélie a réservé pour un midi de juillet, lorsque les petites seront à Carolles. Enfin, les petites… Victoria va avoir quatorze ans, Valentine en a onze, Apolline ma filleule bientôt sept. Leur cousin Thomas sera là aussi. Avec ses onze ans tout frais (il est du 5/6/7…). Cela fera une belle tablée. Ne manquera que Camille. Mais, pour le coup, celle-là est bien grande. Elle a dix-sept ans. Et son Roméo d’aujourd’hui s’appelle Rodrigo. A la rentrée prochaine, après son bac, elle partira au Canada faire ses études. Mon Dieu.

lundi 4 juin 2018

Vendredi 1er juin 2018. 22h20.

Déclaration de revenus « en ligne ». Le moyen de faire autrement... ? Nous nous sommes emberlificotés dans les numéros d’identification à entrer pour ouvrir le dossier. Passé un temps infini. Enfin, c’est fait. Sans commentaires. J'ai nettoyé les rosiers, à nouveau courbés sous les pluies d'orage. Enlevé les fleurs fanées des rhododendrons. Le ponticum était magnifique lorsque je suis parti à Paris. Tout a été flétri en deux jours. Nous avons invité Brigitte et Yann à dîner. Poulet à l'estragon. Pointes d'asperges. Bourgogne-passetoutgrain.

Jeudi 31 mai 2018. 23h55.

Un cauchemar pour se garer dans le IIème arrondissement. Pas une seule place de stationnement. J’avais rendez-vous, pour un portrait, avec Paule du Bouchet, chez elle, du côté de la rue du Sentier. Au bout de trois quarts d’heure de maraude, j’ai fini par trouver un (presque clandestin) parking souterrain. De justesse. Je n'avais que quelque minutes de retard. Rejoint ensuite Amélie place Paul-Painlevé. Bouchons au sortir de Paris, autoroute de l’Ouest coupée vers Lisieux. Nous sommes arrivés bien tard à Carolles.

Mercredi 30 mai 2018. 23h20.

J’ai été toute la matinée dans Bruno Durocher. Les quatre volumes de l'Oeuvre complète. On peut écrire un poème comme de la dentelle/ l’été les parfums les jasmins/ la douceur de l’existence/les lèvres tremblantes/ comme un dieu qui voyage sur une sauterelle/ comme les larmes/ de la virginité/ mais voici que le crépuscule couvre la lumière/ et je vois ton visage qui me prend la joie/ dans l’angoisse des dernières promenades/ je sculpte les instants. C’est cette mélancolie-là qui m’attrape, qui m’accroche. J’ai repensé à mes seize, dix-sept ans, à cette rencontre avec lui rue sainte-Marthe, et à ce recueil qu’il m’avait publié. A ce sentiment, cœur gonflé, que j’allais devenir moi-même. Oui, je lui dois d’écrire (mal, peu), mais d’écrire, aujourd’hui. Toujours. Je suis arrivé chez Caractères tout entortillé de souvenirs. J’avais rendez-vous avec Françoise Estèbe qui voulait mon témoignage pour le numéro d’Une vie, une œuvre qu’elle lui consacre sur France Culture. Elle a enregistré pendant plus d’une heure. Je ne sais plus ce que j’ai dit. Embrassé Nicole. Tu m’appelles ? Je suis rentré à l’appartement. Amélie était au prix des lectrices de Elle. Eva Dolan, son auteur chez Liana Levi, l’avait obtenu, dans la catégorie polars, pour Les chemins de la haine. Aucune envie de m’y rendre. Je ne voulais pas y croiser Olivia de Lamberterie qui avait du jour au lendemain décidé de se passer de mes services, et qui, depuis presque un an, ne répondait à aucun courrier. Vraiment pas envie d’être un peu plus humilié. J’ai téléphoné à Pascale : Tu es libre pour dîner ?

Mardi 29 mai 2018. 22h00.

J’ai envoyé trois lignes aux gens avec qui j’ai dîné vendredi à Granville. Déblayé un peu de courrier en retard. Rangé la maison. Déjeuné de restes. L’après-midi était déjà bien avancée quand j’ai déposé la chienne à Saint-Pierre-Langers. Route sans histoire jusqu’à Paris. Je suis même arrivé en avance pour récupérer Amélie à sortie de son cours de Pilates dans le XVème. Mais cinq minutes avant qu’elle ne sorte un orage épouvantable a éclaté. Ciel noir, éclairs, pluie débordant en flaques, dévalant les caniveaux. J’étais heureusement garé juste en bas de l’immeuble.

mardi 29 mai 2018

Lundi 28 mai 2018. 23h00.

Brigitte et Yann sont rentrés d’Espagne hier soir. Je suis passé chez eux prendre un verre. Ils sont ravis de leur séjour. Ont écumé là-bas les agences immobilières pour y louer une maison à l’année. Je suis reparti avec un jambon sous le bras et des brassées d’à-bientôt.

Lundi 28 mai 2018. 16h00.

J’ai mal attaché les rosiers. La pluie d’orage les a couchés presque tous. Le gravier de la cour et des allées est jonché de pétales. Continué à lire André du Bouchet. Il y a ce poème, L'avril. Toutes les choses ont un air d’attente, aussitôt qu’on les voit. est-ce à quelque ressemblance avérée que nous devons de les savoir, en même temps que nous, ici./ elle-même, c’est la réalité - éternellement autre, et qui ne ressemble à rien, que nous désirons. déjà, dans l’embrasure, elle fleurit. dans le halo d’une floraison au ras, qui perce à travers toute apparence. presque sans émoi./ le carreau les pampres de la façade dans les branchages, le bris du ciel. ainsi se fêle, et fleurit, la fatigue, la fraîcheur du monde reçu./ il arrive que, parvenus à cette chose même que nous avons désirée, elle se perde dans une différence infinie. nulle illusion si la croisée renvoyant la couleur de sa lumière au ciel bleu qu’on ne voit pas, est pour jamais confondue avec lui qui, alors, dira le nom des choses reconnues ? déjà dans cette attente, elles ont fleuri.

Dimanche 27 mai 2018. 22h40.

J’ai écrit mes deux papiers pour Le Monde. Le Pelletier (quel livre remarquable sur l’enfance) et le Da Silva.

Samedi 26 mai 2018. 17h20.

Amélie est à Paris tout le week-end. Du travail et un stage (intensif) de Pilates. J’ai trainé. Attaché les rosiers. Coupé les premières fleurs fanées. Comme ça va vite. Les bouquets de l’halopeanum sont tous tombés. Au pied des sapins, les bractées des orchis ont roussi. Il ne reste plus beaucoup de printemps. Comme chaque année, j’ai l’impression de ne pas avoir su en profiter.

Samedi 26 mai 2018. 1h55.

Ce matin, j’ai préparé mes fiches pour la rencontre avec Jacques Weber. L’avantage de cette histoire, c’est que, depuis quelques jours, j’ai remis mon nez dans Flaubert. La Correspondance, bien sûr, mais aussi les romans. J’ai rouvert les biographies de Lottman et de Winock. Du coup, j’étais plutôt à l’aise, si on peut dire cela. J’étais vers 18h00 au théâtre de l’Archipel où avait lieu la soirée. Garé la voiture sur le parking privé du casino. Laissé un bol d’eau et quelques croquettes à La Harpe. Ouvert la vitre au tiers pour lui donner de l’air. J’ai trouvé Weber sympathique, sans feinte, sans grimaces. Gentil. Une belle personne en fait. Nous avons bavardé. Parlé de Jean-Marc (il a publié deux titres chez Stock) et de littérature. Compris vite que nous étions sur la même longueur d’onde. Pas mal de monde dans la salle. Entre les questions, ses lectures, tout s’est bien passé. Presque comme si nous étions rodés à l’exercice. Vraiment, vous ne vous connaissiez pas ?, m’a demandé une jeune femme. – Non, pas du tout. Après ses signatures, nous sommes allés dîner. Les organisateurs avaient réservé à l’Edulis, ce restaurant un peu prétentieux de la rue de l’Abrevoir. Mais foin des ravioles potagères et coquillages, consommé de crevette grise ou du duo de porcelet aux épices, feuille à feuille de pommes de terre, mousseline de petit pois frais, réduction d’orange et son jus court (pas mauvais, mais, mon Dieu…), le repas a été gai, sans façons. Agréable. Il y avait là la libraire du magasin Leclerc et son adjointe, le responsable des relations publiques, Raphaëlle, de l’agence Faits et Gestes, l’adjointe à la culture et la directrice de la communication de la mairie de Granville. Plus le factotum de Jacques Weber, complice de longue date semble-t-il, qui lui servait de chauffeur ce soir-là. Je me suis écharpé gentiment avec la libraire à propos d’Emmanuel Carrère que je m’obstine à ne pas trouver sincère. Avec l’adjointe à la culture au sujet des manèges forains du carnaval. Bref, l’ordinaire de mes irritations. Mais nous avons aussi parlé de Hugo et de John Berger, de Céline et de Jean-Michel Delacomptée. Du Gulf stream et des mimosas en fleurs. En buvant du pomerol. La chienne, restée dans la voiture tout ce temps, a été exemplaire de sagesse (j’ai quand même compris que c’était davantage de la résignation inquiète). Nous sommes allés faire tous les deux une longue balade dans la nuit, en rentrant.

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