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mercredi 20 septembre 2017

Mercredi 20 septembre 2017. 00h50.

La terre a tremblé à Mexico. Il était un peu plus de 13h00 là-bas. 20h00 et quelques ici. Une très grosse secousse. Amélie a pu avoir Marcus au téléphone. Elle m’a rassuré : tout le monde est sain et sauf. Ils en sont quitte pour la peur. Mais une vraie peur. Il y a des morts. Le toit d’une école primaire s’est effondré sur les enfants à Coyoacán. A l’heure de leur petit déjeuner, les filles m’avaient appelé pour me chanter Las Mañanitas. Éstas son las mañanitas
/ que cantaba el Rey David,
/ Hoy por ser día de tu santo,
/ te las cantamos a ti (Ce sont les petits matins
 que chantait le roi David.
 Comme c'est aujourd'hui ta fête,
 nous les chantons pour toi). Et je ne sais diable pas pourquoi, sans doute juste pour trouver quelque chose à dire tant j’étais ému, j’avais parlé du séisme de 1985, survenu justement un 19 septembre. Ca c’est un anniversaire qu’on n’a pas envie de fêter… Nous avions plaisanté à propos des exercices de sécurité (il en était justement prévu un dans la journée). Une première alerte avait déjà eu lieu le 7. L’épicentre s’était trouvé bien loin. Depuis elles en riaient. Il n’y a pas eu d’école ! Et voilà que cela recommençait. En bien plus terrible. En bien plus violent. Dieu merci, elles ont été protégées ces petites.

Mardi 19 septembre 2017. 10h20.

J’ai soixante-deux ans.

(…)

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Jeudi 14 septembre 2017. 23h00.

J’ai abandonné le livre toute une grosse semaine et je ne suis pas sûr de bien savoir m’y remettre. Il faut que je le réapprivoise. Je suis parti à Paris mercredi de la semaine dernière après avoir confié la chienne à Brigitte et Yann. La Harpe est contente, elle leur fait la fête. C’est sa deuxième maison. J’avais rendez-vous jeudi avec Nicole pour participer avec elle à une émission de RCJ sur l’Oeuvre complète de Bruno Durocher. Enregistrement en plusieurs séquences avec Paule-Henriette Lévy, la directrice d’antenne. Même à peine, ça m’a fait plaisir, vraiment, de refaire un peu de radio. Pour le reste de mon séjour, j’ai panaché des consultations de médecins (encore), des rendez-vous de travail (histoire qu’on ne m’oublie pas) et d’amitié aussi. Vu Raphaëlle qui m’a rechargé en commandes pour Le Monde, parlé des parutions d’automne avec Anne-Sophie, avec Nathalie. Déjeuné avec Pascale, avec Juliette. Pris un verre avec Diane, un café avec Laurence. Je fais des efforts et je m’en veux de me retrouver à en faire. Je me sens comme un Huron là-bas. Il faut vite réagir avant que je m’ensauvage complètement. Du coup, j’ai pris la résolution de revenir tous les mois à Paris. Mais trois jours. Pas plus. Nous avons dîné avec Marie pour son anniversaire. Je voulais l’inviter chez Moissonnier. Hélas la maison est définitivement fermée. Philippe et Valérie Mayet sont repartis dans leur Jura. Il paraît qu’elle, surtout, en avait assez. J’ai voulu réserver à l’AOC, un peu plus haut dans la rue des Fossés-Saint-Bernard, mais j’ai appris que le lieu avait été racheté par le propriétaire d’une compagnie de bateaux-mouches. A éviter par précaution. Je me suis replié sur le Bistrot de Paris, rue de Lille. Là aussi l’adresse m’est apparue changée. Le personnel de salle n’était plus le même, la carte différente, un rien prétentieuse. Ce ne doit plus être Jean-Gabriel qui gère cette affaire-là. Bon, malgré tout, il y avait pire et nous avons passé une bonne soirée. Déjeuner dominical le dimanche chez Marion et Jérôme. Tous deux ont l’air d’être un peu en paix en ce moment. Les enfants se sont montrés gentiment turbulents. Où est La Harpe ? a demandé Antoine. Je pense que nous les récupérerons tous les deux pour les vacances de la Toussaint. Nous sommes rentrés à pied de Saint-Cloud. Une bonne dizaine de kilomètres (j’ai étonnament marché, seul et avec Amélie, pendant ces quelques jours). Comme nous arrivions rue Saint-Dominique, j’ai vu que la Fontaine de Mars était ouverte. Là au moins pas de grand risques à courir. Même si le restaurant est passé de mains en mains depuis le milieu des années 1970 où j’y allais avec mon père (nous buvions le cahors de la maison), même s’il a été agrandi, même si Obama y a dîné en famille lors de sa visite de 2009, amenant ainsi, derrière lui, toute une clientèle d’Américains qui s’y précipitent de retour de la Tour Eiffel, même si plein d’autres choses encore, je continue à m’y sentir bien…

(…)

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mardi 5 septembre 2017

Lundi 4 septembre 2017. 22h10.

…Et j’ai travaillé. Oh pas tout de suite. Et pas assez. Je me suis d’abord occupé du jardin. Coupé les trop grands débords des haies, désherbé. Traité les rosiers contre le marsonia. Je serais bien allé aussi m’occuper du potager qui est livré aux herbes folles depuis l’année dernière. Mais j’ai fini par m’enfermer dans mon bureau. Amélie a gardé ma porte. Je n’ai pas vraiment été distrait par les visites. Résultat ? Oh, je sais juste maintenant que je n’abandonnerai plus ce que j’ai (re)commencé. J’ai peut-être trouvé le ton qu’il faudrait. Mais Dieu, que ça va être long. Je me suis décidé à adresser une nouvelle lettre à Noëlle, la veuve de mon demi-frère Jean. Il y a cinq ans, je lui avais demandé de récupérer le journal de mon père qu’il avait emporté, après la mort de ma mère, en 2006, dans leur maison du Gers. Peine perdue. Elle n’avait, disait-elle, rien trouvé. Pas cherché peut-être. Ce sont deux très gros cahiers manuscrits, reliés, retraçant au gré de ses affectations, ses grands engagements et sa vie ordinaire. Il y a aussi d’autres dossiers de correspondance liés à ses postes et à ses missions. Je lui ai demandé si elle ne pourrait pas regarder avec attention à nouveau. Et puis, au milieu des bibelots et des souvenirs embarqués eux aussi, se trouve une petite cravache gainée de cuir brun. C’est le « stick » du capitaine Broche, mort à Bir-Hakeim, que ce dernier avait confié à mon père, en gage d’amitié, à son départ de Nouméa. J’en ai parlé avec François Broche. Il serait bien que cette relique rejoigne le musée de la France libre. Au-delà, j’aimerais aussi régler tranquillement avec Noëlle le sort des bronzes, des vases et des objets personnels (sa collection de timbres, ses effets militaires) dont Jean m’avait assuré qu’ils reviendraient à Marie. J’ai posté la lettre le 7 août. Je n’ai toujours pas eu de réponse. J’ai passé un été d’ours. Je ne me suis baigné qu’une fois, laissant le plus souvent Amélie aller seule à la plage. J’ai peur que ces vacances studieuses lui aient pesé. Elle est quand même partie quelques jours à Grasse, en famille. Pour être avec nos nièces surtout. Moi, faute de les voir, je leur aurais écrit. Un mot par jour à Apolline (à qui j’inventais des histoires de lutins), un par semaine aux autres qui sont si grandes maintenant. Je n’ai rien vu de la belle saison. C’est la première année que j’ai eu l’impression de glisser si vite de l’hiver en automne. Tout m’a semblé se faner à la suite. Les mimosas de février, et puis les camélias, les narcisses, les roses. Les valérianes, les cosmos, les ravenelles, les phlox. Aujourd’hui les hortensias virent au vieux rose avant de se dessécher, la couronne des dahlias se flétrit, les pommes tombent au pied des pommiers. Le soleil se couche tôt et la pluie est glacée. Il faut que je m’arrache de cette gangue triste. Norbert a vendu sa maison de la route de la Croix-Paquerey. Ca l’a pris d’un coup, comme si, du jour au lendemain, il lui était impossible de continuer à y habiter. Il n’en a parlé à personne. Annick suit. Sans qu’on sache vraiment ce qu’elle en pense. Tous les deux n’ont pas très envie d’en parler. Ils vont s’installer à Coudeville, loin de la mer, dans une petite zone pavillonnaire, proche d'une entreprise de tôlerie et d'une autre de matériel électronique. J’avoue que je ne comprends pas bien. Ils sont venus à la maison déposer un gros panier de pommes, les dernières de leur verger. Ils prenaient la route pour Sanary le lendemain où ils resteront jusqu’à leur déménagement, en octobre. Nous nous étions vus dans l’été à l’enterrement de Charles à Quettreville. Charles avait tenu avec Nelly la maison de la presse ici jusqu’en 2013. Un vrai gentil. Il est mort à cinquante-trois ans d’un foutu cancer. Il y a eu aussi les obsèques début août de la mère de Sixtine à Moutiers-au-Perche. Je ne la connaissais pas. Amélie l’aimait beaucoup. Cela faisait des années qu’elle me parlait d’elle et d’Eric son mari. Elle voulait me présenter là-bas. Tu verras, ils sont adorables. Mais trois heures de voiture. Cela nous paraissait bien loin. Nous l’aurons pourtant fait ce voyage. Nous avons eu la visite de Pierre Adrian et de son amie Lou. Marie est restée quelques jours à Carolles de retour de Mongolie. Elle y a été une semaine, à marcher dans la steppe. Un séjour qu’elle avait préparé de longue date et dont elle est rentrée ravie. Elle m’en a ramené des cornes de chèvre, une grande plume de vautour (lequel ?) et des fleurs séchées : asters, edelweiss, potentilles, pavots jaunes, pieds de perdrix… Elle est repartie juste avant son anniversaire. Trente-trois ans le 28 août. J’ai confié la chienne deux jours au chenil de Saint-Pierre-Langers. J’avais un rendez-vous cent fois repoussé à Paris avec un spécialiste. Compris dans ce qu'il m'a dit que ce n’était pas très brillant, mais pas encore catastrophique. J’ai repensé à cette blague du type qui se jette du haut d’un gratte-ciel et qui répète dans sa chute : Pour l’instant ça va, pour l’instant ça va. Nous avons recommencé une nouvelle saison des Rencontres littéraires avec Richard Morgiève. Dîner joyeux avec lui et Joëlle qui l’avait accompagné. Je l’aime bien, mais on ne se voit jamais. J’ai rendu un papier à Raphaëlle sur son roman Les hommes. Un très beau texte encore. Sur l’amitié, les femmes, la parole donnée. L’enfance. Morgiève, j’en suis persuadé, est un grand écrivain. J’ai fait ma liste de rentrée pour Le Monde. Rien osé proposer à Elle. Mes deux dernières chroniques ne sont jamais parues. Je crains qu’Olivia n’ait vraiment pas besoin de moi. Je vais quand même faire le représentant en aspirateurs. Mettre le pied dans la porte. Et soumettre des titres pour octobre et novembre. J’ai cueilli sur la treille les quelques grappes de raisin épargnées par les oiseaux. Maigre récolte, mais nous sommes parvenus quand même à en faire quatre pots de confitures. M. Mitaillé est venu tailler les haies. Le jardin est prêt pour son automne.

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jeudi 6 juillet 2017

Jeudi 6 juillet 2017. 21h30.

J’ai posté une lettre pour Alain Galan. Pascale m’a appris qu’il avait de serieux problèmes de santé et qu’il était à l’hôpital. Je m’en veux de l’avoir laissé longtemps sans nouvelles. Mais je savais qu’il était à l’affut des progrès de mon livre. Et je n’osais pas me plaindre à lui qu’il ne se passe rien. Je n’aurai vu personne cette semaine. Sans doute les uns, les autres, pensent-ils que j’écris. Que je travaille.

Mercredi 5 juillet 2017. 22h10.

Amélie m’a appris les notes de Camille au bac de français. 19 à l’écrit, 20 à l’oral (à moins que ce ne soit le contraire). Je me sens gonflé d’une vraie joie. Fier d’elle. Fier pour elle. Je la connais depuis qu’elle est si petite, ma jolie nièce. Je lui ai envoyé un message tout de suite. Elle est au Vietnam, en stage dans une association humanitaire américaine. Je lui avais demandé, de là-bas, d’avoir une pensée pour mes parents et leur rencontre à Saïgon. Ce qu’elle a fait. You just think lovely wonderful thoughts, and they lift you up in the air, écrivait James Matthew Barrie dans Peter & Wendy.

Mardi 4 juillet 2017. 20h00.

Ah, pour le coup, c’est un jour à marquer d’une pierre blanche. Il y 155 ans, le 4 juillet 1862, le révérend Dodgson, Lewis Carroll, au cours d’une promenade en barque sur la Tamise d’Oxford remontant vers Godstow, avec à bord les trois filles du doyen Liddell, Lorina, Alice et Edith, inventait pour sa petite muse Les aventures d’Alice au Pays des merveilles (au pays souterrain, en fait). En 1998, pour le centenaire de sa mort, j’étais parti en Angleterre pour tout un reportage, sur ses traces, sa vie, ses livres. A Oxford, je m’étais égaré, cherchant mon hôtel que l’on m’avait réservé très loin du centre. Et voilà que tournant, retournant, à gauche, à droite, je m’étais retrouvé par hasard à Godstow, devant, je me souviens, The trout inn (l’auberge de la truite). J’étais entré prendre un verre, tout étonné et étrangement ému du hasard qui m’avait conduit précisément jusque là, à deux pas des haltes de pique-nique des balades à la rame du révérend Dodgson. Il y a eu bien d’autres coïncidences dans ce voyage. Comme j’aimerais refaire ce périple. Retourner sur la tombe de Carroll à Guildford.

Lundi 3 juillet 2017. 23h30.

Le vrai beau temps est revenu après une semaine molle et grise. J’ai coupé les roses fanées. Il restera celles du Sander’s white, mais j’attends que la toute dernière fleur s'étiole pour commencer. Amélie dînait chez Marion et Jérôme à Saint-Cloud (le bout du monde : une heure et demie pour y aller, autant pour en revenir). Où est la Harpe ?, a demandé Antoine.

Dimanche 2 juillet 2017. 20H50.

Grande balade sans croiser personne ou presque. A croire que nous ne sommes pas début juillet. Je crains que le calme ne dure pas très longtemps. Nous avons profité de l’embellie. La descente vers le port du Lude, le sentier des douaniers passé la cabane Vauban, les sous-bois des Châteliers, le pont Harel. Nous remontions vers la maison quand nous avons vu le train des caravanes qui quittait Carolles. Longue semaine d’occupation. L’après-midi, nous sommes allés sur la falaise pour constater les dégats. Des haies ont été tronçonnées, la végétation a été entièrement arasée par les piétinements et la circulation des véhicules. Lesquels ont creusé de véritables pistes. Il y a des monceaux d’ordures entassés et il traîne, portées par le vent, de nauséabondes odeurs de feuillées. Enfin, l’épisode est passé. N’empêche qu’il va falloir très sérieusement s’occuper ici de prévenir leur éventuel retour.

Samedi 1er juillet 2017. 23h50.

Dans la plate-bande du long de la maison, le feuillage des narcisses avait enfin jauni. J’ai donc pu l’arracher et désherber par la même occasion. Découvert que les dahlias que j’ai plantés en début de mois avaient commencé à sortir de terre. Seulement des bataillons de limaces ont commencé à attaquer sérieusement les jeunes feuillages. Quelques pieds sont presque entièrement dévorés. J’ai répandu des granules. Pourvu cela reprenne. Annick et Norbert sont venus dîner. Ils sont rentrés précipitamment de Sanary où ils étaient en vacances dès qu’ils ont appris l’arrivée des romanichels sur la falaise. Leur maison est en effet aux toutes premières loges. Bon, mais on va parler d’autre chose, non ?

Vendredi 30 juin 2017. 22h45.

Pour masquer les taches sur le sisal (irrécupérables), j’avais cherché un tapis de couloir ancien, genre « oriental ». J’ai fini par en dégotter un, à un prix raisonnable, d’un peu plus de quatre mètres, à motifs gül, bordé d’ocre dans les tons rouge et bleu. Il fallait aller le chercher à Saint-Nazaire. 200 km au bas mot. Nous avons fait l’aller-retour dans la journée. Le ciel couvert et la pluie n’y étaient sans doute pas étrangers, mais j’ai trouvé la ville sinistre. Sans âme. Pas de passé, plus de passé. Les bombardements anglo-américains pendant la guerre l’ont détruite à plus de 85%. Amélie avait un conseil municipal. Nous sommes rentrés juste à l’heure. A l’issue de la réunion, la mairie avait organisé un petit buffet de « mi-mandat ». La conversation a vite roulé sur la Croix-Paquerey et le campement des nomades. Depuis bientôt une semaine, les riverains sont confrontés au bruit incessant, à la saleté, et à toutes sortes de friponneries. Plusieurs cabines à la plage auraient été vandalisées, une meule de foin brûlée. Ils partiront dimanche, m’a assuré Jean-Marie. C’est possible. Mais, sans même parler du coût que vont occasionner le nettoyage et la « cicatrisation » du lieu, comment faire en sorte qu’ils ne reviennent pas ?

Jeudi 29 juin 2017. 22h30.

Pour le dîner d’Amélie, j’avais préparé un tartare de bulots au fenouil, au basilic et à l’ail nouveau, des filets de sardine grillés avec des tomates à la provençale. Depuis le matin, le temps était resté au gris. Plutôt humide. Courte promenade avec la chienne. Du campement, sur la falaise, on entendait le vociférant tintamarre d’une fête nocturne.

Mercredi 28 juin 2017. 21h00.

Au moment de prendre le train à Montparnasse, je me suis aperçu que j’avais oublié mon sac à l’appartement. Trop tard pour retourner le chercher. Et mes clés étaient dedans. Heureusement, Amélie, qui m’avait accompagné à la gare, avait sur elle un double de celles de la voiture. Heureusement, j’avais confié un jeu du trousseau de la maison à Yann et Brigitte. J’ai filé chez eux à peine arrivé. Ils m’ont gardé à déjeuner. Tout s’est bien passé avec La Harpe ? Je ne sais même pas pourquoi je pose la question. Et au village ? Là, c’est plus compliqué. Ils m’ont raconté par le détail l’installation des « gens du voyage » à la Croix Paquerey. Plus de cent-cinquante caravanes, soit au bas mot, un demi-millier de personnes. Ils se sont branchés à l’eau municipale, aux poteaux EDF. Organisent des fêtes bruyantes, roulent à toute allure sur les chemins et constellent d’ordures leur bivouac sauvage. A la préfecture, on aurait, semble-t-il, jugé urgent de ne rien faire, car les envahisseurs auraient « promis » de partir dimanche.

Mardi 27 juin 2017. 22h40.

J’ai déjeuné avec Géraldine aux Petits plats, rue des Plantes. De quand datait notre dernière rencontre ? J’essayais de compter. Trois ans ? Cinq ans ? Trop en tout cas. Je ne fréquente plus grand monde. Je me suis progressivement éloigné de Paris, n’y revenant que très épisodiquement. Ainsi, je ne vois plus guère les attachées de presse des maisons d’édition. Mal à l’aise aussi de plus pouvoir leur dire grand chose sur l’éventuelle parution d’un papier. Oui, j’ai aimé tel livre. Oui, je l’ai proposé. Mais après, cela reste bien aléatoire, et dans le temps, et dans la réalité. Cela m’attriste ces relations distendues. Je connais nombre d’entre elles depuis que j’ai commencé à faire ce métier. Au-delà de la littérature et de l’édition, nous avons partagé pas mal des « choses de la vie ». Et il en est que j’aime vraiment bien. A qui je dois beaucoup. Nous avons fait un peu traîner le déjeuner avec Géraldine, entre les bonnes et moins bonnes nouvelles. Le temps passe, simplement. Alexandre, son fils va avoir quatorze ans. Elle vient de se séparer d’avec Vincent. Je leur avais prêté la maison l’été 2006. Ils étaient revenus tous les trois un week-end, quatre ou cinq ans plus tard. Au jardin, contre le mur de derrière, le rosier Pierre de Ronsard qu’ils avaient apporté alors fait de grosses fleurs tombantes dans le fouillis de la vigne, des ampelopsis, des passiflores et des gesses. Il pleuvait comme nous nous quittions. J’ai pris un taxi pour aller embrasser Nicole chez Caractères. Je suis reparti avec plusieurs exemplaires de mon Herbier, barrés du bandeau rouge « Prix Paul Verlaine 2017 ».

mercredi 5 juillet 2017

Lundi 26 juin 2017. 21h45.

Je vieillis vraiment. Et même un peu en avance. J’ai de la cataracte à l’œil droit. Celui qui m’avait déjà lâché, il y a quelques années. Je m’étais aperçu qu’il y avait un problème un soir que j’avais du mal à déchiffrer les très petits caractères (je relisais Le chevalier des Touches dans l’édition de Lemerre de 1893). J’ai pensé qu’il allait falloir que je change de lunettes. Et bien non, ce n’est pas une histoire de lunettes. Mais ne vous inquiétez pas, m’a dit l’ophtalmo, on verra ça tranquillement l’an prochain. Tu as raison... Tranquillement.

Dimanche 25 juin 2017. 23h15.

Il faut vite que je revienne ! Je n’ai rien fait. Mais Louise, si elle trouve que le temps a passé trop vite à Carolles, a déjà d’autres projets en tête. Demain, elle démarre un stage de couture (pardon, de « stylisme »…), et après s’ouvre pour elle la grande avenue de ses vacances. - Tu viens ici quand tu veux, tu sais. Elle m’a accompagné déposer La Harpe chez Brigitte et Yann. Chez eux, la chienne est… chez elle. Ca se voit tout de suite. Elle prend possession de la maison, du jardin et savoure d’avance une villégiature où pas grand chose ne lui sera refusé. Comme nous rentrions, nous avons été bloqués, en voiture, par une impressionnante noria de caravanes et de camping-cars qui se dirigeait vers la mer. Deux ou trois coups de téléphone et j’ai compris vite : tout un campement de romanichels s’installait sur la falaise. Sur les terrains protégés de la Croix-Paquerey, où il n’est même pas permis de planter une (très occasionnelle et très isolée) tente. Ce n’est pas le meilleur moment pour rentrer à Paris, mais j’ai des rendez-vous que je ne peux pas remettre.

Samedi 24 juin 2017. 20h00.

Amélie est rentrée de la plage plutôt déconfite. Elle a fait tomber son portable dans l’eau. On l’a mis dans un sachet plastique, avec du riz pour absorber l’humidité. J’ai bien peur qu’il soit fichu.

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