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mardi 4 juillet 2017

Lundi 19 juin 2017. 22h50.

J'ai été touché par le livre d’Anne Vallaeys, moins par le récit en lui-même de sa longue marche le long de l’ancienne carraire des Arlésiens, la routo, que suivaient autrefois les bergers et leurs troupeaux pour rejoindre les alpages (quelques 380 kilomètres de périple entre Arles et le vallon du Laverq dans les Alpes de Haute-Provence) que par la manière dont elle l’éclaire, pas à pas, par la présence quotidienne de Michel Darluc, le naturaliste du XVIIIe, dont elle a glissé dans son sac l’Histoire naturelle de la Provence. Je connaissais le nom de Darluc pour l’avoir pioché au hasard dans Jean-Henri Fabre et avoir lu, en marge de Bernardin de Saint-Pierre quelques lignes sur le jardin botanique d’Aix-en-Provence qu’il avait créé. Fascinant personnage, érudit, touche-à-tout, et poète à ses heures, qui composa, aveugle à la fin de sa vie, ce grand ouvrage de ses pérégrinations attentives à travers la Provence. Encore un doux fantôme littéraire. Le Sander’s white au-dessus du portique est somptueux. Il est le dernier à fleurir au jardin. Après il n’y aura plus, presque au hasard, que quelques éclosions timides. Je l’avais planté tout au début des années 2000 avec une clématite à petites fleurs rouges dont j’ai oublié le nom et qui a disparu. Il est allé au-delà de toutes mes espérances. Pendant trois (courtes) semaines, ce rosier est une merveille. Jean-Pascal est venu dîner avec Agathe. Il a hâte de s’installer ici pour l’été. Début juillet peut-être.

lundi 3 juillet 2017

Dimanche 18 juin 2017. 23h00.

Petit drame au réveil. Je sortais de la chambre lorsque j’ai aperçu, dans le couloir, La Harpe, tranquillement couchée devant la porte entrouverte des enfants. Dans le couloir ! Je n’ai pas la prétention d’affirmer que j’ai correctement dressé cette chienne. En promenade, elle tire sur la laisse à vous faire des tendinites, si on la lâche, elle disparaît sous le grillage des propriétes privées, sinon elle s’évanouit dans le bocage et ne daigne revenir que longtemps après. Elle ne répond à son nom quand ça l’arrange et ne veut absolument pas comprendre les ordres, pourtant serinés depuis qu’elle est chiot : Doucement ! et Ne saute pas !. Sauf que je lui enseigné très tôt d’être propre, qu’elle a vite su qu’il ne fallait jamais abîmer un livre, voire le moindre papier qui traîne, et qu’elle a interdiction absolue de pénétrer dans la couloir où est ma petite collection d’histoire naturelle avec tout un encombrement de fragiles flacons, de boîtes d’insectes et d’animaux empaillés. Ce d’autant plus que nous y avons fait poser du sisal, revêtement fragile s’il en est. Elle l’a toujours respectée (au début avec une incompréhension triste…), et pour moi la chose était réglée. Je n’ai pas eu à élever la voix ce matin. Dès qu’elle m’a vu, elle a filé, toute pénétrée de l’effroi de sa transgression. Sauf que dans son saisissement,elle s’est oubliée… sur le sisal. La tache (filante) ne partira jamais. Indélébile souvenir. Mais que faisait-elle là ? Et comment a-t-elle ouvert la porte du couloir. Voire, qui lui a ouverte ? J’ai commencé à travailler sur mon papier pour Le Monde sur Hautes solitudes d’Anne Vallaeys, son long périple à pied d’Arles aux Alpes de Provence sur la route des troupeaux. Amélie a emmené les enfants à la plage. Je les ai rejoints à Jullouville, au Casino. Nous avons pris un verre en terrasse face à la mer. Il aura fait très beau ces trois jours. On revient quand ? a dit Gabrielle. Tu as oublié de faire le spectacle de marionettes… Je les ai accompagnés à la gare à 17h00. Repris mon papier.

Samedi 17 juin 2017. 19h00.

J’ai écrit mon papier pour Elle sur L’enfant qui, le dernier texte de Jeanne Benameur. Amélie était au marché avec les enfants. Ils sont revenus triomphalement avec des homards. Gabrielle les adore. Je la revois il y a déjà longtemps, sur sa chaise haute, en boulotter un avec de petits grognements de satisfaction. C’est bon… Elle n’avait pas trois ans. Seulement voilà. Elle a grandi et j’ai bien senti, à table, qu’elle n’éprouvait plus la même passion gourmande. Elle mangeait à longues dents. Déçue. Oui, j’aime bien, mais… En fait, elle se bagarre avec ce qui lui reste d’images de sa « première enfance ». Elle cherche à revivre les sensations, les petits et grands bonheurs dont elle sent bien qu’ils s’enfuient. Ca la rend désemparée et inquiète. Elle hésite, elle évite, elle regrette. Ca la rend, oh, à peine, malheureuse. Mais quand même. Mais déjà. Antoine, lui n’a pas ce genre de soucis. Ce qu’il cherche à faire, c’est voir jusqu’où il peut aller trop loin. Il teste la patience (ou la résistance) des autres. Va jusqu’au bout de l’odieux et s’efforce de balayer l’orage qui vient avec un regard doux et charmeur, avec un beau sourire. Ce midi, je ne sais plus quelle remarque l’a contrarié. Il s’est mis à faire la tête. Puis s’apercevant que son attitude laissait tout le monde indifférent, il a fixé Amélie droit dans les yeux, a pris sa canette d’Orangina et consciencieusement, toujours en la regardant, en a versé tout le contenu sur son homard. Au chapitre des souvenirs, je crois qu’il n’oubliera pas de sitôt la retentissante paire de claques qu’il a reçue.

Vendredi 16 juin 2017. 20h30.

A dix heures, les petits dormaient encore. Tant mieux. Hier, nous avons dîné tard, et je leur ai lu tous les albums de Caroline qu’ils voulaient. Aux Indes, au ranch, au pôle Nord, aux sports d’hiver, à la mer, sur la lune, à travers les âges. Bon, là c’est vraiment la dernière… J’ai reçu un nouveau colis de l’horticulteur. Le même que la dernière fois. Le bon en fait. Celui de mardi dernier aurait dû lui être retourné. J’ai téléphoné par précaution. Gardez-les deux ! Nouvelles plantations d’anémones donc. September charm à l’arrière de la maison et Pamina dans la plate-bande près des rosiers. Si tout cela prend, le résultat risque d’être beau. Gabrielle voulait m’aider. Elle s’est vite lassée. Amélie l'a emmenée avec Antoine à la plage. Je finissais d’arroser juste comme ils rentraient.

Jeudi 15 juin 2017. 21h50.

Amélie est arrivée par le train du début de soirée. Avec elle, Gabrielle et Antoine que leurs parents nous ont confiés pour le week-end. Grosse valise, sacs à dos, casques de vélo. J’ai entassé tout le monde dans la 4L. Et La Harpe ? ont demandé les enfants tout de suite en montant. – Tu vois bien comme la voiture est pleine avec vous et tous vos bagages. Elle vous attend à la maison.

Mercredi 14 juin 2017. 21h15.

Richard Morgiève est d’accord pour venir à Carolles fin août pour nos Rencontres littéraires. Je suis ravi. Mieux, ça me fait un immense plaisir. Parce qu’il est un grand écrivain. Et aussi parce qu’il est quelqu’un de bien. Nous nous sommes croisés et recroisés. Je l’avais rencontré la première fois, en 2004 ou 2005. Il venait de publier Vertig chez Denoël, le roman de la disparition de soi-même dans soi-même, comme il m’avait dit. Un gigantesque foutoir intime en fait. Son personnage lutte pour ne pas se laisser détruire par un virus informatique appelé Moby Dick. Un grand coup de mâchoires et tout peut être englouti. À commencer par la conscience. Le voilà qui lutte fouillant chaque recoin de son passé connu. Et comme cela ne suffit pas, allant chercher plus loin dans les profondeurs du non-dit, du non-su, du non-compris. Une quête abyssale menée avec l’énergie du désespoir. Depuis une trentaine de livres, il s’agite Morgiève. Il se débat. Il a fait avec sa déchirure d’orphelin. Sa mère morte quand il avait sept ans. Le suicide de son père à treize. Lui qui a voulu contenir, retenir, le flux de son œuvre, en ordonnant ses textes dans des séries de diptyques, de triptyques, de trilogies, le laisse échapper sans réserve dans Les hommes qui paraît à la rentrée. Une histoire de mauvais garçons et de bonnes étoiles où tout se rejoint, où tout se rassemble. Où tout est emporté. Raphaëlle devrait me confier le papier pour Le Monde. Mais je suis surtout content de le revoir après ces années. J’ai emmené la chienne chez le vétérinaire. Cela faisait un moment que son œil droit coulait. En fait, son canal lacrymal est bouché. C’est la race, m’a dit la jeune femme qui nous a reçus (ce qui veut dire que ses yeux tombants et rouges qui lui donnent en permanence l’air mélancolique, ramassent toutes les cochonneries possibles). Rien de grave. Elle a subi une minuscule intervention qu’elle a bravement supporté. Et je dois lui administrer un collyre pendant une semaine.

mercredi 21 juin 2017

Mardi 13 juin 2017. 19h20.

Livraison de mes anémones du Japon. Je ne les attendais plus. J’avais téléphoné la semaine dernière à la pépinière pour me plaindre du retard. On m’avait répondu que le colis avait été mal adressé et qu’on m’en renverrait un autre. Je crois que c’est le premier envoi qui est arrivé aujourd’hui. Les végétaux étaient pour le coup vraiment fatigués. J’ai planté. Arrosé très longuement. Il commence à faire vraiment chaud.

Lundi 12 juin 2017. 22h10.

M. Mitaillé est venu couper l’herbe, me débarrasser du gros tas des branchages que j’avais accumulés devant la barrière au fur et à mesure de mes « nettoyages » au jardin. M’agrandir aussi une plate-bande. J’ai fichu en l’air le nouveau plan de mon livre. Les enchaînements, ça ne va pas, ça ne va pas. Je suis resté cinq heures à mon bureau sans pouvoir écrire un mot. Je crois que je n’y arrive plus du tout.

Dimanche 11 juin 2017. 20h50.

1er tour des élections législatives. Nous nous sommes levés tard. Amélie tenait le bureau de vote pendant une partie de l’après-midi. Du coup nous avons déjeuné à l’heure du goûter. Drôle de journée.

Samedi 10 juin 2017. 17h00.

Cela fait des mois que Pôle emploi me harcèle pour que je mette mon CV « en ligne » sur le site. Là, j’étais menacé, si je ne le faisais pas, de devoir répondre à une convocation obligatoire dans le cadre d'un accompagnement à la recherche d'emploi en intégrant les outils digitaux. Quel alléchant programme. J’ai cédé. J’ai rempli les cases de leur espèce de CV basique. Ca ne veut rien dire et ça ne sert à rien, mais ils me ficheront la paix. Enfin, je l’espère. Le seul souci de cette administration est de faire rentrer les gens dans des cases. Ils ne se cachent pas de leur inutilité d’ailleurs quand on les rencontre. Cela m’a rappelé ce que m’avait raconté un jour Mathias Enard. Comme il avait dû s’inscrire au chômage pour une courte période, il lui avait fallu subir tout un questionnaire de la part d’une dame. Et quelle est votre spécialité ? , lui avait-elle demandé. - Bah, je suis traducteur du persan et de l’arabe… Bien évidemment, l’option n’existait pas sur le formulaire. C’est comme cela que sur sa fiche de profil d’emploi, à la rubrique « spécialité », il était noté : « autres spécialités ». Je ne sais pas pourquoi je m’astreins chaque mois à maintenir mon inscription comme demandeur d’emploi, sachant que je ne touche plus un centime depuis des années et que je ne tire aucun autre bénéfice de cette assiduité. Sauf peut-être pour affirmer (mais face à qui ?) mon statut de précaire.

Vendredi 9 juin 2017. 18h30.

J’ai reçu les géraniums noueux que j’avais commandés. Je les ai installés derrière la maison à la mi-ombre de la vigne. J’espère qu’ils vont se plaire et proliférer. Couvrir tout le côté de l’allée. Petites fleurs roses tirant sur le violet aux pétales en forme de cœur. Il y en avait des quantités au pied des arbres à Chigwell, chez Mr. et Mrs Palmer. Je me souviens bien nom anglais : knotted cranesbill. J’avais dû être frappé par l’idée d’un « crâne ». Ce qui n’a rien à voir. Evidemment. Crane en anglais, c’est une grue ou un héron. Cela fait peut-être allusion à la forme allongée et pointue des fruits. Comme un bec d’échassier. Sauf que bec se traduit par beak… Je crois que vais en rester à l’improbable « bille de crâne » ou « crâne de Bill » de mes sept ou huit ans.

Jeudi 8 juin 2017. 23h50.

Le train d’Amélie est tombé en panne en rase campagne, dans l’Orne. Avant qu’on rapatrie les voyageurs jusqu’à Flers, j’ai eu largement le temps de faire le trajet en voiture jusque là-bas. Presque une heure et demie pour faire les quatre-vingt kilomètres et quelques quand même... Nous avons pu être à Carolles pas trop tard. Pas comme les autres malheureux naufragés de ce Paris-Granville qui ne sont arrivés qu’au petit matin. Quelle épouvantable ligne. Il ne se passe pas un mois sans un retard conséquent. J’ai coupé une belle tranche de thon rouge en tartare, mélangé avec des herbes du jardin, fenouil, pimprenelle, basilic et quelques petites têtes d’ail frais. Remué une salade. Nous avons soupé à la tombée de la nuit.

Mercredi 7 juin 2017. 19h20.

Mme Bassard a eu un accident. A vélo, elle n’a pas vu une voiture arrêtée près de la salle des fêtes et l’a percutée de plein fouet. En tombant, elle s’est cassé la jambe. Ce qui est arrivé était hélas à prévoir. Au guidon de sa bicyclette, elle fonce à l’aveugle (ce qu’elle est ou presque). Une fois d’ailleurs, dans un chemin, elle avait failli me renverser. Tout droit ! Et à toute vitesse ! Sa vieille bécane connaît la route par cœur. Peur de rien puisqu’elle est dans la main de Dieu. A noter que tous les soirs (elle me l'a confié) elle prie pour ne pas se réveiller. A quatre-vingt-onze ans, elle en a assez, elle en a marre. Ce n'est plus une vie ! C’est ce qu’elle a dit en substance à la conductrice de la voiture qu’elle avait embouti : Si j’avais su, j’aurais roulé plus vite et tout aurait été terminé. A l’hôpital d’Avranches, où les pompiers l’ont emmenée, on lui a diagnostiqué une fracture du tibia, juste sous le genou. Il faudrait opérer si l’on veut espérer qu’elle remarche vite. Faute de quoi…

Mardi 6 juin 2017. 22h40.

C’est une drôle de tempête qui a soufflé aujourd’hui. Il avait déjà venté toute la nuit, ça n’a pas cessé un seul instant de la journée. D’habitude on voit ployer la cime des arbres, s’agiter les haies, mais là un véritable tourbillon s’est engouffré au ras du jardin. Renversant les pots de fleurs, arrachant les branches du rhododendron, ployant les rosiers à terre, dispersant ce qui restait des pétales trempés de pluie. Un petit désastre.

mardi 6 juin 2017

Lundi 5 juin 2017. 23h20.

J’ai été promener la chienne sur la falaise. Descendu par le Port du Lude, remonté par les Châteliers. Personne sur les chemins. Un luxe. Bientôt ce sera « la saison » et il faudra partir de très bonne heure pour ne pas croiser des hordes de randonneurs en short avançant à grandes enjambées avec leurs bâtons nordiques. Vous pouvez tenir votre chien ! – Oui, d’accord… L’été, je ne sors plus, je m’enferme. Ca tombe bien, il faut que j’écrive. J’ai été déjeuner à Coquelonde. Jean–Pascal avait préparé un gros bar au four. Beurre maître d’hôtel. Le temps s’est couvert comme je revenais à la maison. Le vent s’est levé en soirée, la pluie est tombée en rafales. Amélie est enfin rentrée, fatiguée, de ses trois jours au festival Etonnants voyageurs de Saint-Malo. Ca faisait drôle de la savoir juste derrière Cancale, à peine plus loin que l’autre côté de la baie. C’est la même eau qui coule de la plage du Sillon où elle avait son hôtel jusqu’à la grève d’ici. On se retrouve jeudi.

Dimanche 4 juin 2017. 22h50.

Juan Goytisolo est mort ce matin à Marrakech où il vivait depuis une vingtaine d’années. Florence m’avait commandé sa nécro (en avance !) au printemps 2014. Je ne suis jamais parvenu à en écrire une ligne et je ne m’explique pas bien pourquoi. J’avais pourtant été à l’époque rencontrer Aline Schulman, sa traductrice, chez elle, rue d’Auteuil. J’avais consciencieusement lu ses deux textes autobiographiques, Chasse gardée et Les royaumes déchirés. J’avais épluché la presse espagnole. Et puis, rien, ou rien à faire. Je n’arrivais pas à m’y mettre. Florence m’avait relancé plusieurs fois avant d’abandonner, de guerre lasse. J’aurai porté cette impuissance pendant trois ans, essayant plusieurs fois de la surmonter, sans résultat. Dire que l’œuvre de Goytisolo ne me touche pas, que son parcours d’existence me laisse indifférent ne suffit pas à expliquer cette étrange inhibition. Il ne me reste qu’a ranger l’histoire dans le volumineux classeur de mes échecs. Petits et grands.

lundi 5 juin 2017

Samedi 3 juin 2017. 20h20.

Les rosiers étaient en avance cette année. Ils fanent en avance aussi. Le Cecile Brunner, l’Adélaïde d’Orléans sont mouchetés du roux des fleurs flétries. Je les enlève comme je peux, mais il y en a tellement... Sécateur en main, je continue des heures ces petits exercices du temps qui passe.

Vendredi 2 juin 2017. 18h50.

J’ai fini de désherber toutes les plates-bandes. Celle qui longe la maison est encore encombrée du feuillage des narcisses qui n’a pas encore jauni et je dois attendre pour faire place nette. J'ai arraché quand même des quantités de gaillet et d'orties, de ronces, de lierre, d'herbe à Robert. Cela fait un tas impressionnant devant la maison. Et puis, comme il n’y avait rien à fleurir pour l'automne, j’ai commandé des anémones du Japon et des dahlias blancs et mauves.

dimanche 4 juin 2017

Jeudi 1er juin 2017. 22h30.

La mairie va faire couper les cinq marronniers du centre du bourg. Les trois premiers parce que leurs racines mettraient en péril les fondations de la maison voisine, les deux autres parce qu’ils seraient malades. On en profitera d’ailleurs pour élargir les trottoirs. Hum. Qui veut noyer son chien… J’ai eu Jean-Marie au téléphone. Il m’a détaillé tout cela A vrai dire, je n’avais pas beaucoup d’arguments à opposer à cet abattage. Sauf que c’est dommage. Et que ça me rend triste. De toute façon la cause est entendue. Qui se soucie de cinq vieux marronniers ?

Mercredi 31 mai 2017. 21h40.

Emmanuel a été opéré hier à la clinique de Mougins, et c’est miracle : il voit. Ou plutôt, il s’aperçoit qu’avant il ne voyait plus. Maintenant, il faut juste (et ce n’est pas gagné) qu’il soit raisonnable et se protège les yeux. Longue conversation au téléphone avec Noëlle. On s’était vus à Carolles la semaine dernière. Nous avions juste échangé quelques mots, chemin ombragé, chacun d’un côté de la barrière. Elle n’avait pas voulu entrer à la maison à cause d’Isidore, le petit Jack Russel de sa fille. Elle en avait la garde, Caroline étant, une fois de plus, hospitalisée, épuisée de cauchemars, ravagée de détresse. Quel noir chemin. De toute façon, m’a-t-elle expliqué, je suis restée sans voir personne. J’ai eu honte. J’aurais dû forcer un peu sa porte. J’ai fait mon jardin. Ou plutôt, je l’ai défait. Ses rosiers étaient envahis de pucerons, alors elle a traité. Seulement elle s’est trompée de pulvérisateur et a les a consciencieusement arrosés de Roundup. En deux jours, toutes les feuilles sont tombées et le bois a commencé à brunir.

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