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jeudi 25 mai 2017

Mercredi 24 mai 2017. 11h20.

Amélie est partie à Cannes de bonne heure ce matin. C’est sa dernière matinée au festival. Je suis resté à rêvasser à la fenêtre de la chambre. Les grands cyprès, les oliviers des restanques descendant jusqu’au chemin, les maisons accrochées au vert des collines et la mer qu’on devine, juste un trait bleu, très loin. Paysage virgilien.

Mardi 23 mai 2017. 23h20.

J’ai posté à Nicole deux petits mots d’accompagnement à Delphine Chaume et à Jérôme Garcin pour l’envoi presse de l’Œuvre complète de Bruno Durocher. Car ça y est, le dernier tome est enfin sorti de l’imprimerie. Après le volume de poésie À l’image de l’homme paru au printemps 2012, celui de prose Les mille bouches de l’homme en 2013, Métamorphoses de l’homme rassemblant son théâtre et ses essais en 2015, Les visages de l’homme est l'album chronologique de sa vie et de sa carrière littéraire. Illustré de photos, de lettres, de documents officiel : fragiles et émouvants témoins de papier. On y suit son douloureux périple, sa jeunesse dans les camps, son existence ensorcelée de mauvais rêves, franchie au gué de ses révoltes, ses insensés espoirs. Cela fera presque dix ans que Nicole m’a demandé d’assurer avec elle la direction de cette publication. Je m’en étais fait un devoir heureux. Manière d’être quitte, un peu, de cette main tendue de Durocher à mes poèmes de jeune homme de dix-sept ans. Pour Nicole c’est un soulagement et en même temps la fin d’un long deuil et le commencement d’une vraie séparation. J’ai pris le train de Nice gare de Lyon. Pas beaucoup travaillé pendant le voyage. Comme souvent, je me suis laissé happer par le paysage. Traversée de la France. Le blé est en herbe dans les champs. J’ai pensé aux Rogations. Mais bénit-on encore la terre ? Amélie m’attendait en gare d’Antibes. Retrouvé Claire et Emmanuel aux Margouillats pour trois jours.

Lundi 22 mai 2017. 22h50.

Marie a téléphoné ce matin. Sa grand-mère est morte à la maison médicale où elle finissait sa vie, l’esprit absent depuis de nombreuses années déjà. Elle ne m’aimait guère, cette dame. Je ne sais pas ce que ressent Marie de cette disparition. Elle ne se livre jamais. Je dirais volontiers « jamais plus », mais je ne saurais dater ce silence, cette discrétion infinie d’elle-même. Petite, elle se gardait, je crois, bien des choses au fond du cœur. Nous avons passé un week-end doux et joyeux avec elle. Elle n’était pas venue à Carolles depuis août dernier. Cet été, elle sera en Mongolie pour tout un périple à pied dans la steppe. La Mongolie, après le Groënland en 2012. Je suis content qu’elle aille dans ces pays dont j’ai rêvé et où je n’irai pas. J’ai emmené la chienne à l’Arche de Léo, son chenil « à la ferme » de Saint-Pierre-Langers. Je la récupèrerai dans une semaine. Je rejoins à Magagnosc, Amélie qui est descendue à Cannes pour le festival. Pris le train pour Paris en début d’après-midi et dîné avec Jérôme à la Cantine du troquet. Parlé des enfants, de son toujours vacillant ménage. Et de mon roman au point mort. Mais pourquoi, m’a-t-il dit, n’écris-tu pas pour le jeunesse ?

mercredi 24 mai 2017

Dimanche 21 mai 2017. 22h00.

Plus d’un mois que je n’ai rien écrit dans ce journal. J’émerge à peine d’une grande lassitude. D’un insidieux désintérêt pour les jours. Enfin pas tous. Mais la drôle d’atmosphère qui a pesé sur le village après la mi-mars n’est sans doute pas tout à fait étrangère à cet éreintement. C’est qu’une partie de la municipalité a très mal pris en effet la pétition des riverains de la Croix Paquerey et ma lettre d’alerte au sujet de cette histoire de parking sur la falaise. Du jour au lendemain, certains des édiles se sont mis à « bouder ». Ils ne disaient plus bonjour à ceux qui avaient signé ces documents contestataires. Les uns, les autres, me racontaient la soupe à la grimace devant les étals du marché le jeudi matin. Pour un peu, on se serait cru dans cet album d’Astérix (lequel déjà ?) où tout le monde se fait ostensiblement la gueule. A bove ante… Je suis resté prudemment dans mon terrier. Mais tout cela a fini par se calmer. Jean-Marie a organisé une réunion à la mairie. Nous avons déjeuné ensemble… Ca aurait été dommage d’en rester là. Et le parking ? Bah. On n’en parle plus… Comme si le projet n’avait jamais existé. Jeanne et Claire sont venues passer le week-end de Pâques à la maison. Ca a été de belles journées. Je ne connaissais pas Claire qui fait partie, avec Jeanne, si j’ai bien compris, du petit groupe de Pilates où va Amélie le mardi soir. Une jeune femme douce, avec ce joli courage de ceux qui sont un peu seuls, un peu tristes et qui s’efforcent de n’en rien laisser paraître. Grandes balades, longues soirées. Une bouteille de pouilly à la terrasse du casino de Jullouville. Il a fait beau soleil. Le lundi nous étions invités à partager l’agneau de Pauillac chez Martine et Jean Pascal. Et puis nous avons eu d’autres visites aussi. Christine et Dominique passés le temps d’un verre un soir sur le chemin de leur retour à Paris. Nathacha et Bernard venus déjeuner avec Neela (qui grandit, comme disait ma mère, « en grâce et en sagesse »…). Pauvre Neela, si brillante, si légère, qui se remet juste d’une histoire de harcèlement à son école. Elle n’en avait rien dit à ses parents qui ont découvert assez tard le problème. Les enfants peuvent être affreux, cruels. Et la force est rarement du côté de l’intelligence et de la sensibilité. Nous sommes allés à Vienne quatre jours fin avril. J’y avais emmené Marie à l’autome 2014 pour ses trente ans et je m’étais juré d’y retourner avec Amélie. La météo s’annonçait épouvantable, mais c’est à peine si nous avons eu quelques gouttes de pluie à l'arrivée. Nous nous sommes sentis bien à Vienne, comme je l’espérais. Nous avons arpenté la ville en tous sens, incroyablement contents, heureux. C’est qu’il y a là-bas une douceur toute particulière, à la fois joyeuse et mélancolique, et qui nous a emportés. Nous avons visité l’exposition des dessins, gouaches et aquarelles de Schiele à l’Albertina, et nous avons vu aussi, au musée Léopold, toute une rétrospective Carl Spitzweg dont je ne connaissais que le Bücherwurm (textuellement « le ver des livres »), cette toile représentant un vieux bibliophile juché sur un escabeau au milieu de ses rayonnages. J’ai découvert un univers tendre et ironique. Désenchanté. Des toiles qu’on croirait faites pour illustrer des Bouvard et Pécuchet comme ces Amis de jeunesse (Die Jugendfreunde) représentant les retrouvailles de deux enfants vieillis (oh, ils ont bien la soixantaine). L’un, en tenue de voyage, et encore tout encombré de sa valise et de son parapluie, descend d’une patache. Le cocher suit, portant sa malle. L’autre, vêtu d’une robe de chambre rouge, au perron de sa maison, une pipe bavaroise à long tuyau à la main, ouvre les bras à son camarade. Chaque détail est fascinant d’importance. On trouve comme cela un Chasseur de papillons (Der Schmetterlingsjäger) ou une Promenade du dimanche (Sonntagsspaziergang). Et des œuvres dont la gravité transparait plus clairement sous la « scène de genre » comme ce Veuf (Der Witwer) où un homme entre deux âges, vêtu de noir, assis sur un banc dans un parc, regarde passer deux jeunes filles. J’ai été content de montrer à Amélie l’extraordinaire museum d’histoire naturelle dont je lui avais tellement parlé. Reviendrons-nous à Vienne ? Nous avons organisé les deux dernières rencontres littéraires de la saison avec Sylvie Aymard en avril et Pierre Adrian en mai. J’oubliais les élections quoi qu’il n’y ait rien à en dire. Et enfin Marie a passé ce dernier week-end avec nous. Le jardin est couvert de roses. Elles ont éclot partout. Les deux Cecile Bruner font une vraie cascade aux branches des sapins. Les Adélaïde d’Orléans courent en guirlandes derrière la maison. Le Generous gardener couvre d’une arche la porte de la resserre. Tous les rosiers croulent. Il faut que j’en profite. Cette année encore, je n’ai rien vu du printemps ou à peine. Les mimosas, les magnolias, les narcisses. A peine on s’émerveille un matin que tout a disparu. Les Halopeanum ont été superbes. Ils sont déjà fanés. Et j’ai laissé filer les marronniers en fleurs. Je voulais aller les voir à Senlis. Cette envie que j’ai depuis si longtemps. Le temps passe. Nous irons l’an prochain, c’est promis, m’a dit Amélie.

(…)

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Lundi 10 avril 2017. 14h20.

Amélie passe toute la semaine à Carolles. De vraies vacances de Pâques. Depuis peu les pommiers sont en fleurs. La charmille déjà feuillue. Et il fait toujours grand beau temps. Nous avons déjeuné au jardin avec Norbert et Annick. Dîné avec Jean-Pascal et Agathe qui sont là pour la semaine (Martine est repartie à Caen). C’est son anniversaire. A nouveau, nous avons le même âge.

Dimanche 9 avril 2017. 23h45.

Messe des Rameaux à la Lucerne. Procession, office en grégorien. J’ai senti s’entrouvrir mon âme racornie. Pauvre petite âme sèche. La journée a été magnifique. Nous avons fait une longue promenade sur la grève avec la chienne. Dîner à la maison avec Brigitte et Yann, Martine, Agathe et Jean-Pascal. Amélie avait préparé une tagine de poulet. Coriandre, olives, gingembre, citrons confits.

Samedi 8 avril 2017. 17h40.

Antonie et ses filles ont pris le train de la fin de matinée à Granville. Je croyais qu’elles restaient jusqu’à dimanche soir. Louise reviendra seule au mois de juin. J’ai hâte. J’aime beaucoup cette encore petite fille, qui grandit, qui vacille, fragile, courageuse, têtue. Qu’un rien comble et qui attend tellement.

Vendredi 7 avril 2017. 20h30.

J’écoute Amélie et Antonie se raconter des histoires de famille. C’est comme ces romans où je me perds, tant il y a de personnages dont les destins s’enchevêtrent. Je passe ma lecture à remonter les pages pour comprendre quel lien peut bien unir celui-ci, celle-là. Je ne sais plus. A peine j’avance que j’ai déjà oublié. Ici, je les entends parler de tel oncle, de telle tante, d’un cousin ou d’un autre. Je fais semblant de suivre, mais je suis comme Louise, je ne comprends rien. Elle, au moins a la franchise de demander. Moi, les explications m’embrouillent. Tu vois ? – Très bien… Suzanne à présent file le parfait amour avec La Harpe. Elle passe ses bras autour de son cou, lui embrasse le nez. J’adore La Rape. Je voudrais l’emmener à la maison.

mercredi 19 avril 2017

Jeudi 6 avril 2017. 22h20.

Antonie est venue, de retour de Bretagne, passer quelques jours à la maison avec Louise et Suzanne (qui vient juste d’avoir quatre ans). Un « spécial filles », puisque leur frère Basile était invité chez un copain et que Vincent repartait pour Paris tout de suite après avoir déposé sa petite famille. La météo s’annonçait optimiste. Déjeuners dans le jardin, balades, jeux de plage. La seule ombre qui se dessinait au tableau était que Suzanne avait décidé qu’elle avait peur des chiens. Dès qu’elle voyait La Harpe, elle cherchait désespérément à se hisser dans les bras de sa mère en poussant de petits cris ou s’enfuyait en courant. La chienne qui imaginait que tout cela était un jeu, s’approchait d’autant plus, frétillante. Nous sommes partis faire un tour sur la falaise. Sur les sentiers, la situation a presque viré au drame (burlesque), car Suzanne tout en galopant pour se mettre à l’abri, au point que j’ai cru qu’elle allait se flanquer dans les ajoncs, hurlait des J’ai très peur ! qui se terminaient par grands éclats de rire. N’empêche, ça s’annonçait compliqué… Louise m’a accompagné chercher Amélie à la gare et nous avons embarqué la chienne avec nous, histoire de laisser souffler tout le monde. A notre retour, de fait, l’affaire a commencé à mieux se présenter. Amélie ayant pris les choses en main (elle sait bien allier fermeté et douceur), Suzanne a largement abandonné sa frousse. Tout juste, pendant le repas, jetait-elle de temps en temps un regard inquiet sous la table pour s’assurer que La Harpe restait tranquille. Son grand soulagement a été d’apprendre que celle-ci était interdite de séjour dans le couloir et dans les chambres. Tu vois, lui a-t-elle dit au moment d’aller se coucher, tu n’as pas le droit de venir. Et d’ajouter : Mais bonne nuit quand même !

Mercredi 5 avril 2017. 18h45.

J’ai « récupéré » pour Le Monde mon papier sur Mon étrange sœur de Marie Le Gall qui n’était pas passé dans Elle. J’avais lu le livre pendant notre séjour au Mexique à la fin de l’année. C’est, je crois, un grand texte, douloureux, beau, et presque suffocant, par moments, tant il exprime une émotion inouïe. Il raconte l’histoire au long cours d’une petite fille avec son unique très grande soeur (elle ont dix-neuf ans d’écart). Mais il n’y a pas que l’âge qui sépare les deux filles. L’aînée est différente, restée depuis sa naissance dans son monde, celui d’une innocence sauvage. D’où la relation toute particulière qui les unit, ambivalente, dévorée, dévorante, aimante, difficile, tragique. Impossible de ne pas être secoué, remué tout à l’intérieur, par ce récit qui parle d’enfance, de folie, d’enfermement et de regard des autres. J’aurais dû le mettre sur ma liste du prix de printemps de Saint-Louis.

mercredi 5 avril 2017

Mardi 4 avril 2017. 20h30.

J’ai rédigé un (long) communiqué de presse pour la sortie de l’album, dernier volume de l’Oeuvre complète de Bruno Durocher. Appelé la responsable de la bibliothèque de Saint-Louis pour avoir des détails sur l’organisation du festival où je dois y animer des débats mi-mai. J’avais espéré un moment avoir le temps, là-bas, de me rendre à nouveau sur la tombe de mon grand-oncle Henri au cimetière militaire de Morvillars, mais mon emploi du temps risque d’être trop serré. Je n’ai toujours rien pu faire au jardin. Il a plu sans arrêt. Il fait froid.

Lundi 3 avril 2017. 23h40.

J’ai essayé de travailler un peu au jardin, mais à peine je m’y mets qu’une averse me chasse. Au bout d’un moment, c’est impossible de continuer tant les feuillages sont trempés. Je me suis vengé en commandant quatre rosiers à planter derrière la maison. Queen of Denmark, Ispahan et deux Mary rose. Yann est venu prendre un verre à la maison en fin de journée. Il était seul (c’est le soir où Brigitte va à son club de bridge). Je n’avais rien pour le garder à dîner. Nous nous sommes mis en quête d’un restaurant, mais tous étaient fermés. Nous avons échoué au Pont Bleu à Kairon. Pris le menu du jour « tout poisson » : maquereau grillé en entrée et filet de merlan à la crème. C’était plus que correct. Une adresse à noter d’autant qu’ils servent le lundi. Je l’ai déposé chez lui après notre soirée de vieux garçons. Brigitte venait juste de rentrer.

mardi 4 avril 2017

Dimanche 2 avril 2017. 21h50.

J’étais persuadé que c’était les Rameaux. Je suis allé jusqu’à l’abbaye de la Lucerne pour la messe de 11h00 et je me suis cassé le nez. Drôle d’acte manqué. Je dois être bien pressé de finir ce Carême dans lequel je trébuche sans arrêt. J’ai fait du courrier toute la journée. Attendu l’heure de l’arrivée du train d’Amélie gare de Lyon. Tu dois être épuisée. Allez, on se couche. Chacun de notre côté.

Samedi 1er avril 2017. 19H00.

Les rosiers commencent à être malades. C’est cette alternance de pluie et de soleil qui favorise l’apparition de champignons sur les feuilles. Pas moyen de traiter avant que le temps soit un peu fixé au beau. J’ai coupé les branches désordonnées du figuier, arraché les ronces et les mauvaises herbes. Mais je m’y suis pris un peu tard : il en a poussé partout dans les plates-bandes. J’ai été promener la chienne sur la plage. Marée basse. Elle galope sur l’estran et je finis par la perdre de vue. Et puis, elle réapparaît d’un coup, traversant le paysage comme par magie.

Vendredi 31 mars 2017. 20h45.

Amélie a pris un train tôt pour Lyon. Elle y reste trois jours pour le festival Quai du polar où elle accompagne Qiu Xiaolong, son auteur chinois, à qui l’on doit la série de L’inspecteur Chen, une dizaine de romans mettant en scène un policier de Shanghai, cadre du parti communiste, et poète. Je ne la verrai pas avant la fin de la semaine prochaine. Patrick m'avait décroché un rendez-vous avec lui à son cabinet à Petit-Quevilly. J'ai embarqué la chienne sur la banquette arrière. Deux bonnes heures de voiture. Je voulais profiter d'être là-bas pour voir la maison natale de mon père. La famille de ma grand-mère Marie y était installée depuis des générations. J'avais noté l'adresse sur un document d'Etat-civil : 183, route de Caen. Mais il y a longtemps que Petit-Quevilly ne ressemble plus à une bourgade normande. Il y a eu les bombardements de 1944 et les reconstructions anarchiques. Aujourd'hui, la ville est traversée de routes à quatre voies débouchant sur d'immenses ronds-points. Supermarchés, fast-food, boucheries hallal, magasins d'accessoires automobiles, solderies. Tout est laid et triste. La route de Caen n'existe plus. Est-elle devenue l'avenue Jean-Jaurès ? Je ne le saurai jamais et je n'ai pas envie de le savoir. Je me suis un peu égaré et j'ai fini par me retrouver sur une petite place « de campagne », un îlot posé dans la zone industrielle. Au centre une église (du XVIe ?) de style gothique avec sa flèche polygonale typique de la région. Je suis entré. Je me suis plu à penser que mon père avait peut-être été baptisé là. Côté dentiste (j'étais venu pour ça), Patrick m'a réparé ma molaire et remonté le moral. Mais non, tes dents ne sont pas pourries, elles ont juste ton âge, et pour ton âge, elles sont parfaites ! Il prend sa retraite à la fin de l'année. Ils réfléchissent avec Laurence à s'installer au Portugal. Il faut dire que ce que j'ai vu de la banlieue de Rouen ne donne pas envie d'y passer ses vieux jours. On vous attend à Carolles ! Dans la soirée, j’ai terminé les corrections du manuscrit de Yann. La balle est dans son camp. Nous ferons une dernière relecture quand il aura pris le temps de regarder tout ça. Je vais pouvoir me remettre à mon livre. J’ai toujours des problèmes de plan que je ne parviens pas à dépasser…

Jeudi 30 mars 2017. 16h20.

Jean-Pascal est venu passer la journée à Carolles, pour travailler dans son jardin. Ce week-end, il reste à Caen. Martine est retenue là-bas pour des histoires de boulot. Nous sommes allés déjeuner à l’auberge. Menu simple, très bon. Des asperges sauce crème, du magret de canard, parfaitement cuit. La salle était pour nous (il y avait juste deux autres clients qui sont partis assez vite). Nous nous sommes un peu attardés.

Mercredi 29 mars 2017. 19h40.

Long appel téléphonique de Sylvie. L’homme de sa vie est mort il y a une semaine. Ils étaient ensemble depuis trente-et-un ans. Mais elle était l’illégitime, la femme d’à-côté. La famille a été très désagréable. Elle me raconte son chagrin, le vide. Le froid qui la saisit. J’ai peur d’être maladroit. Nous parlons d’oiseaux, de rêves. Je ne sais pas comment la consoler.

Mardi 28 mars 2017. 22h50.

Pourquoi n'appelles-tu pas Patrick ?, m'a dit Amélie. Patrick, c'est le mari de Laurence, sa cousine. Je les aime bien. Ils habitent près de Rouen. Il est dentiste et a son cabinet à Petit-Quevilly. En attendant, j'ai été chez le coiffeur. Il était temps d'ailleurs. J’ai bouclé ma valise en rentrant à l'appartement. Embarqué pas mal de livres. Déjeuner à la Petite Bretagne avant de prendre le train. Temps gris à l’arrivée à Granville. A la maison, Mme Bassard avait posé le courrier sur la table. J’avais six cartes de Mexico. Victoria me raconte qu’elle vient de finir d’apprendre les verbes irréguliers anglais. Un vrai cauchemar !!!, écrit-elle. Et elle se lance aussi dans toute une déclaration de tendresse qui me fait venir une minuscule brume de larmes douces : Je n’arrête pas de penser à toi. Je pense hyper méga FORT à toi. Je t’aime très fort. Apolline m’a dessiné des bonshommes rigolards avec des fleurs et des soleils. Je suis gâté. Chez Brigitte et Yann, la chienne m’a fait la fête. Ils m’ont gardé à dîner.

Lundi 27 mars 2017. 22h00.

Dernière soirée avec Amélie. Je rentre demain à Carolles. Nous sommes retournés à la Cantine du troquet, histoire de boucler ce court séjour comme nous l’avions commencé. Pas envie de la quitter. Du tout. Du tout.

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