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lundi 11 juin 2018

Jeudi 7 juin 2018. 18h00.

J’ai reçu un message des pépinières de Claireau, qui se trouvent quelque part du côté d’Orléans. Je leur avais commandé à l’automne dernier trois symphorines à baies blanches et deux lavatères. Les symphorines, je me souviens, étaient arrivées pas très en forme. J’avais planté tout cela avec beaucoup de soin, paillé pour l’hiver. Mais au printemps, une des symphorines n’a pas repris. J’ai alors téléphoné pour leur faire part de ma mésaventure. Adressez-nous une photo, m’a-t-on dit. Ce que j’ai fait. Puis après presque un mois de silence, voilà qu’on m’envoie promener en quelques lignes : Comme indiqué dans nos conditions générales de vente, de nombreux facteurs extérieurs peuvent rentrer en ligne de compte et nous ne pouvons garantir la reprise de l'ensemble des végétaux que nous commercialisons. De plus, nous n'avons à ce jour eu aucun autre retour négatif de la part de nos clients ayant acheté le même produit. De ce fait, nous sommes au regret de vous informer que nous ne pourrons donner suite à votre demande de remplacement. Blabla, blabla… Je sais, ce n’est pas grand chose. Mais cette petite gredinerie de grainetier, cet affiché mépris d’autrui, m’ont désagréablement poursuivi toute la journée. D’autant que je me souvenais qu’on m’avait changé sans souci qui, des basilics arrivés flétris d’un colis de chez Eric Deloulay ou encore un rosier de chez David Austin qui avait perdu toutes ses feuilles. Enfin, je vais m’en remettre…

Mercredi 6 juin 2018. 23h00.

Mon papier sur Paule du Bouchet est repoussé à une quinzaine. Dans un sens ça m’arrange. Cela faisait deux jours que je n’arrivais pas à le démarrer et que j’accumulais l’inquiétude. Raphaëlle me propose de parler, avant, de Matières fermées de William Cliff, long poème scandé. De sa vie, encore, mise en sonnets, en liasses. Je suis vraiment content qu’elle me confie ce texte. J’avais été voir Cliff chez lui à Gembloux, il y a dix ans, comme il venait de publier Immense existence. C’était en juin aussi, je crois. Il faisait un drôle de temps, il m’avait entraîné dans une balade de bout de champ voir un cheval brabançon dans sa pâture. J’avais retrouvé Amélie le soir à Bruxelles. Aujourd’hui, je suis allé l’attendre au dernier train. Elle vient une journée en avance à cause de la grève à la SNCF. Rien ne circule demain, ni après-demain

Mardi 5 juin 2018. 20h50.

J’ai finalement envoyé mes pages à Isabelle. Elle les a lues très vite. Moins d’une heure après, j’avais un message d’encouragement. Ne te torture plus car le livre est au bout de tes doigts, ta musique, ton rythme, la contruction, tout y est... Vraiment. Il suffit de te laisser aller. Merci. Je me sens conforté. Alors je continue.

mardi 5 juin 2018

Lundi 4 juin 2018. 18h50.

Il y a un mois environ, j’ai rêvé de Mr. Latham, le mari de Mrs. Latham. Reginald et Violet Latham. J’avais fait un séjour d’un mois chez eux, tout seul, à Woodford, en 1967 ou 1968. Ils étaient le beau-frère et la belle-sœur de Mr. et de Mrs. Palmer chez qui nous passions tous les étés, à Chigwell. J’y allais pour perfectionner mon anglais bien sûr. Mais je n’avais guère fait de progrès. Ils avaient une soixantaine d’années à l’époque. C’était un couple de lettrés (ils avaient publié de la poésie, il avait traduit des auteurs français, dont Gide). Ils étaient patients. Avec moi, en tout cas. Dans mon rêve il n’y avait que lui, il remontait du jardin, les genoux du pantalon terreux. S’essuyait les pieds avec application sur le paillasson et se calait dans une grande bergère recouverte d’un imprimé fleuri. Il toussait pour s’éclaircir la voix et se mettait à déclamer des vers en anglais. Je ne comprenais rien, mais j’étais captivé. Et cela durait longtemps, longtemps. Au réveil, je me suis souvenu que Mrs Latham m’avait envoyé, après sa mort en 1988, un recueil de poèmes inédits qu’elle avait rassemblés. Je l’avais à peine ouvert, mais je l’ai retrouvé sans peine dans la bibliothèque. Dans la petite préface, elle écrivait : At the age of 86, Reg was fortunate enough to die suddenly and peacefully in our garden after planting daffodils… J’en ai frissonné de trouble. J’ai lu ces textes, comme j’ai pu, certains que je parvenais à traduire, étaient particulièrement beaux. Doux. Apaisants. J’ai cherché, du coup, ce qu’il avait publié. Je n’ai trouvé que deux titres que j’ai heureusement pu commander à des librairies d’occasion anglais. Verses and cuts, le premier, date de 1934, le second, que j’ai reçu au courrier ce matin, Latham’s nonsense verses, de 1948. Je vais m’y atteler. Je sens bien que tout cela n’advient pas par hasard.

Dimanche 3 juin 2018. 21h40.

Je me suis remis au livre. J’écris une ligne, puis une ligne. Je réapprends à travailler.

Samedi 2 juin 2018. 18h00.

Nous avons profité que la chienne était chez la toiletteuse (après son séjour « à la ferme », elle en avait vraiment besoin), pour déjeuner au Comptoir. Les restaurants où l’on se sent bien sont rares par ici. L’adresse a ouvert en 2013. Avant, les propriétaires, Patricia et Michaël, étaient les gérants de Chez Plumeau, rue du Calvaire, je crois, tout près de la place du Tertre. J’ai dû y aller une fois, il y a longtemps, avec Alain. Il venait de prendre un poste de fabriquant dans le XVIIIème. Ce devait être en 2002 ou 2003. Peut-être y étaient-ils déjà ? Amélie a réservé pour un midi de juillet, lorsque les petites seront à Carolles. Enfin, les petites… Victoria va avoir quatorze ans, Valentine en a onze, Apolline ma filleule bientôt sept. Leur cousin Thomas sera là aussi. Avec ses onze ans tout frais (il est du 5/6/7…). Cela fera une belle tablée. Ne manquera que Camille. Mais, pour le coup, celle-là est bien grande. Elle a dix-sept ans. Et son Roméo d’aujourd’hui s’appelle Rodrigo. A la rentrée prochaine, après son bac, elle partira au Canada faire ses études. Mon Dieu.

lundi 4 juin 2018

Vendredi 1er juin 2018. 22h20.

Déclaration de revenus « en ligne ». Le moyen de faire autrement... ? Nous nous sommes emberlificotés dans les numéros d’identification à entrer pour ouvrir le dossier. Passé un temps infini. Enfin, c’est fait. Sans commentaires. J'ai nettoyé les rosiers, à nouveau courbés sous les pluies d'orage. Enlevé les fleurs fanées des rhododendrons. Le ponticum était magnifique lorsque je suis parti à Paris. Tout a été flétri en deux jours. Nous avons invité Brigitte et Yann à dîner. Poulet à l'estragon. Pointes d'asperges. Bourgogne-passetoutgrain.

Jeudi 31 mai 2018. 23h55.

Un cauchemar pour se garer dans le IIème arrondissement. Pas une seule place de stationnement. J’avais rendez-vous, pour un portrait, avec Paule du Bouchet, chez elle, du côté de la rue du Sentier. Au bout de trois quarts d’heure de maraude, j’ai fini par trouver un (presque clandestin) parking souterrain. De justesse. Je n'avais que quelque minutes de retard. Rejoint ensuite Amélie place Paul-Painlevé. Bouchons au sortir de Paris, autoroute de l’Ouest coupée vers Lisieux. Nous sommes arrivés bien tard à Carolles.

Mercredi 30 mai 2018. 23h20.

J’ai été toute la matinée dans Bruno Durocher. Les quatre volumes de l'Oeuvre complète. On peut écrire un poème comme de la dentelle/ l’été les parfums les jasmins/ la douceur de l’existence/les lèvres tremblantes/ comme un dieu qui voyage sur une sauterelle/ comme les larmes/ de la virginité/ mais voici que le crépuscule couvre la lumière/ et je vois ton visage qui me prend la joie/ dans l’angoisse des dernières promenades/ je sculpte les instants. C’est cette mélancolie-là qui m’attrape, qui m’accroche. J’ai repensé à mes seize, dix-sept ans, à cette rencontre avec lui rue sainte-Marthe, et à ce recueil qu’il m’avait publié. A ce sentiment, cœur gonflé, que j’allais devenir moi-même. Oui, je lui dois d’écrire (mal, peu), mais d’écrire, aujourd’hui. Toujours. Je suis arrivé chez Caractères tout entortillé de souvenirs. J’avais rendez-vous avec Françoise Estèbe qui voulait mon témoignage pour le numéro d’Une vie, une œuvre qu’elle lui consacre sur France Culture. Elle a enregistré pendant plus d’une heure. Je ne sais plus ce que j’ai dit. Embrassé Nicole. Tu m’appelles ? Je suis rentré à l’appartement. Amélie était au prix des lectrices de Elle. Eva Dolan, son auteur chez Liana Levi, l’avait obtenu, dans la catégorie polars, pour Les chemins de la haine. Aucune envie de m’y rendre. Je ne voulais pas y croiser Olivia de Lamberterie qui avait du jour au lendemain décidé de se passer de mes services, et qui, depuis presque un an, ne répondait à aucun courrier. Vraiment pas envie d’être un peu plus humilié. J’ai téléphoné à Pascale : Tu es libre pour dîner ?

Mardi 29 mai 2018. 22h00.

J’ai envoyé trois lignes aux gens avec qui j’ai dîné vendredi à Granville. Déblayé un peu de courrier en retard. Rangé la maison. Déjeuné de restes. L’après-midi était déjà bien avancée quand j’ai déposé la chienne à Saint-Pierre-Langers. Route sans histoire jusqu’à Paris. Je suis même arrivé en avance pour récupérer Amélie à sortie de son cours de Pilates dans le XVème. Mais cinq minutes avant qu’elle ne sorte un orage épouvantable a éclaté. Ciel noir, éclairs, pluie débordant en flaques, dévalant les caniveaux. J’étais heureusement garé juste en bas de l’immeuble.

mardi 29 mai 2018

Lundi 28 mai 2018. 23h00.

Brigitte et Yann sont rentrés d’Espagne hier soir. Je suis passé chez eux prendre un verre. Ils sont ravis de leur séjour. Ont écumé là-bas les agences immobilières pour y louer une maison à l’année. Je suis reparti avec un jambon sous le bras et des brassées d’à-bientôt.

Lundi 28 mai 2018. 16h00.

J’ai mal attaché les rosiers. La pluie d’orage les a couchés presque tous. Le gravier de la cour et des allées est jonché de pétales. Continué à lire André du Bouchet. Il y a ce poème, L'avril. Toutes les choses ont un air d’attente, aussitôt qu’on les voit. est-ce à quelque ressemblance avérée que nous devons de les savoir, en même temps que nous, ici./ elle-même, c’est la réalité - éternellement autre, et qui ne ressemble à rien, que nous désirons. déjà, dans l’embrasure, elle fleurit. dans le halo d’une floraison au ras, qui perce à travers toute apparence. presque sans émoi./ le carreau les pampres de la façade dans les branchages, le bris du ciel. ainsi se fêle, et fleurit, la fatigue, la fraîcheur du monde reçu./ il arrive que, parvenus à cette chose même que nous avons désirée, elle se perde dans une différence infinie. nulle illusion si la croisée renvoyant la couleur de sa lumière au ciel bleu qu’on ne voit pas, est pour jamais confondue avec lui qui, alors, dira le nom des choses reconnues ? déjà dans cette attente, elles ont fleuri.

Dimanche 27 mai 2018. 22h40.

J’ai écrit mes deux papiers pour Le Monde. Le Pelletier (quel livre remarquable sur l’enfance) et le Da Silva.

Samedi 26 mai 2018. 17h20.

Amélie est à Paris tout le week-end. Du travail et un stage (intensif) de Pilates. J’ai trainé. Attaché les rosiers. Coupé les premières fleurs fanées. Comme ça va vite. Les bouquets de l’halopeanum sont tous tombés. Au pied des sapins, les bractées des orchis ont roussi. Il ne reste plus beaucoup de printemps. Comme chaque année, j’ai l’impression de ne pas avoir su en profiter.

Samedi 26 mai 2018. 1h55.

Ce matin, j’ai préparé mes fiches pour la rencontre avec Jacques Weber. L’avantage de cette histoire, c’est que, depuis quelques jours, j’ai remis mon nez dans Flaubert. La Correspondance, bien sûr, mais aussi les romans. J’ai rouvert les biographies de Lottman et de Winock. Du coup, j’étais plutôt à l’aise, si on peut dire cela. J’étais vers 18h00 au théâtre de l’Archipel où avait lieu la soirée. Garé la voiture sur le parking privé du casino. Laissé un bol d’eau et quelques croquettes à La Harpe. Ouvert la vitre au tiers pour lui donner de l’air. J’ai trouvé Weber sympathique, sans feinte, sans grimaces. Gentil. Une belle personne en fait. Nous avons bavardé. Parlé de Jean-Marc (il a publié deux titres chez Stock) et de littérature. Compris vite que nous étions sur la même longueur d’onde. Pas mal de monde dans la salle. Entre les questions, ses lectures, tout s’est bien passé. Presque comme si nous étions rodés à l’exercice. Vraiment, vous ne vous connaissiez pas ?, m’a demandé une jeune femme. – Non, pas du tout. Après ses signatures, nous sommes allés dîner. Les organisateurs avaient réservé à l’Edulis, ce restaurant un peu prétentieux de la rue de l’Abrevoir. Mais foin des ravioles potagères et coquillages, consommé de crevette grise ou du duo de porcelet aux épices, feuille à feuille de pommes de terre, mousseline de petit pois frais, réduction d’orange et son jus court (pas mauvais, mais, mon Dieu…), le repas a été gai, sans façons. Agréable. Il y avait là la libraire du magasin Leclerc et son adjointe, le responsable des relations publiques, Raphaëlle, de l’agence Faits et Gestes, l’adjointe à la culture et la directrice de la communication de la mairie de Granville. Plus le factotum de Jacques Weber, complice de longue date semble-t-il, qui lui servait de chauffeur ce soir-là. Je me suis écharpé gentiment avec la libraire à propos d’Emmanuel Carrère que je m’obstine à ne pas trouver sincère. Avec l’adjointe à la culture au sujet des manèges forains du carnaval. Bref, l’ordinaire de mes irritations. Mais nous avons aussi parlé de Hugo et de John Berger, de Céline et de Jean-Michel Delacomptée. Du Gulf stream et des mimosas en fleurs. En buvant du pomerol. La chienne, restée dans la voiture tout ce temps, a été exemplaire de sagesse (j’ai quand même compris que c’était davantage de la résignation inquiète). Nous sommes allés faire tous les deux une longue balade dans la nuit, en rentrant.

Jeudi 24 mai 2018. 20h20.

Journée perdue en démarches à courir à la boutique de l’opérateur téléphonique puis chez le réparateur. Attendre. Laisser filer le temps. J’ai baladé la chienne sur la grande jetée du port à Granville. Pris un café à une terrasse avec Monique, croisée par hasard. Bon. J’ai maintenant un nouvel appareil. Et qui fonctionne. Le même d’ailleurs, sauf qu’il est blanc et que l’autre était noir.

mercredi 23 mai 2018

Mercredi 23 mai 2018. 20h10.

Mon portable ne fonctionne plus. Je ne peux plus appeler personne. Personne ne peut plus m’appeler. Après l’avoir examiné, testé, le réparateur de la rue Clément-Desmaisons à Granville a secoué la tête. Il y a un vrai problème. En clair : votre téléphone est fichu. Je vais donc devoir m’en acheter un autre. Encore une dépense. Je n’avais pas besoin de ça… Raphaëlle m’a commandé deux papiers pour la semaine prochaine. Sur Les années dicrètes de Benjamin Pelletier et sur Et filii de Patrick Da Silva. Un portrait aussi pour juin de Paule du Bouchet qui a publié Debout sur le ciel un très beau texte sur sa relation à son père, le poète André du Bouchet. Rendez-vous pris avec elle le 31 mai. J’ai relu des poèmes. Je n’ai rien su avant de m’immobiliser. Phrase en suspens. Et ton livre ?, m’a demandé Amélie au téléphone (fixe).

Mardi 23 mai 2018. 22h40.

J’ai lu le Vivre en bourgeois, penser en demi-dieu de Jacques Weber sur Flaubert. Ca parle de vies mêlées. Un « L’un et l’autre » comme dans la collection de J.B. Pontalis. Comme dans L’express de Bénarès où Vitoux évoquait avec tant de proximité Henry Jean-Marie Levet. Petits pas dans les siens. Avec Flaubert, Weber n’est pas dans le reflet. Il triture plutôt les existences, les mots, les corps. En fait une pâte à modeler où les couleurs s’étirent, s’irisent. Il la sépare, la malaxe à nouveau. Moi et lui. Ou l’inverse. J’ai retrouvé d’où vient le titre. C’est d’un lettre à Louise Colet de l’été 1853. Flaubert a la petite trentaine. Il écrit : Oui je soutiens – (& ceci pour moi est, doit être, un dogme pratique dans la vie d’artiste) qu’il faut faire dans sa vie, son existence, deux parts. Vivre en bourgeois & penser en demi-dieu. Les satisfactions du corps & de la tête n’ont rien de commun. S’ils se rencontrent mêlés, prenez-les et gardez-les. Mais ne les cherchez pas réunis, car ce serait factice et cette idée du bonheur, du reste, est la cause presque exclusive de toutes les infortunes humaines : réservons la moelle de notre cœur pour la doser en tartines, le jus intime des passions pour le mettre en bouteilles. Faisons de tout notre nous-mêmes un résidu sublime pour nourrir les postérités. – & sait-on ce qui se perd chaque jour par les écoulements du sentiment ? J’aime aller piochant dans la Correspondance. Parlerons-nous de Louise Colet vendredi à Granville ? J’en doute. La rencontre dure juste une heure et les gens viennent surtout pour l’écouter lire du Flaubert. J’ai repensé à elle, la « muse ». A ses élans, à ses colères, ses tristesses noires. A sa poésie, à son dernier voyage à Venise. A sa mort chez sa fille à Paris. Et à sa tombe au cimetière de Verneuil-sur-Avre où je ne suis jamais allé.

lundi 21 mai 2018

Lundi 22 mai 2018. 18h00.

Terminé mon papier Mauriac de bonne heure. J’ai accompagné Amélie faire son longe-côte. Il commence à y avoir du monde. J’ai gardé la chienne en laisse sur la plage. C’est le début de la saison. Celle que je n’aime pas. Des gens. De l’envahissante foule.

Dimanche 21 mai 2018. 23h00.

J’ai relu en prenant des notes, pour Le Monde, Raymond Mauriac, frère de l’autre de Patrick Rödel aux éditions Le Festin, le journal intime « inventé » du grand aîné de François Mauriac, à la vocation littéraire contrariée. Raymond reste l’oublié de la famille. Un effacé à la vie terne (il fit une carrière d’avoué à Bordeaux). Les recherches de Rödel dans les archives familiales montrent qu’il fut contraint par la volonté maternelle à « faire son droit » et à se détacher de son profond désir d’écrire. Il attendra l’âge de 54 ans pour publier. Individu, paru en 1934 chez Grasset recevra le prix du premier roman. Mais il ne le signera pas sous son propre nom. On l’a convaincu de prendre sagement un pseudonyme. Amour de l’amour sortira deux ans plus tard toujours chez Grasset. Et l’aventure s’arrête là. L’histoire est amèrement tragique. Elle mêle les grandes espérances aux contraintes, aux renoncements. Raymond Mauriac est un sacrifié. Et c’est d’autant plus triste qu’Individu (que Le Festin republie) est un roman remarquable. Noir, sans espoir, mais à la puissance d’évocation foudroyante. J’ai commencé à écrire le papier. Nous sommes allés voir le soleil couchant sur la falaise. Dîné au jardin malgré le frais qui tombe. Je finirai demain.

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