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lundi 9 avril 2018

Lundi 9 avril 2018. 18h30.

Je m’étais imperceptiblement blessé à l’annulaire de la main droite la semaine dernière. Sans doute en nettoyant ces fichues gouttières bouchées. Pas de plaie apparente, mais mercredi, le doigt commençait à me faire mal et samedi il était tout gonflé. Je suis allé chez la généraliste de Jullouville. Elle m’a tiré d’affaire. Désinfection, antibiotiques. Je pars à Paris un peu plus tranquille.

Dimanche 8 avril 2018. 19h40.

Le marronnier d’Oudon a ouvert ses bourgeons, défripé ses feuilles. Il est encore tout délicat. Je l’avais replanté le mois dernier dans un très grand pot. J’ai l’impression qu’il s’y trouve bien. Nous l’avions ramené, l’été 2015, de ce village de Loire-Atlantique où Amélie a passé ses premières années avant le départ en Afrique. Une pousse fragile venue d’un marron tombé du vieil arbre dressé dans la cour de récréation de son l’école Saint-Joseph. Minuscules agrafes du temps. J’ai l’impression que nos enfances se rejoignent. J’avais juste un an lorsque je suis arrivé à Senlis avec ma mère. Elle avait trouvé un poste de professeur de mathématiques à l’institution Saint-Joseph-de-Cluny. C’est là que nous avons vécu un moment dans une chambre avant d’emménager dans une petite maison de l’autre du Cours. Tout planté de marronniers blancs et roses.

Samedi 7 avril 2018. 21h00.

A peine quelques lignes.

Vendredi 6 avril 2018. 22h15.

J’ai passé un moment au téléphone avec Eric-Emmanuel Schmitt. Une courte interview très formelle pour le dossier de presse du Festival du livre de Nice dont il est cette année le président. Les réponses ont été sans surprise. Mais honnêtement, je ne vois pas ce qu’il aurait pu raconter de surprenant. Oui, bien sûr il adore la ville, il aime s’y promener, flâner sur les marchés. Et pour le reste, il a dit quelques mots sur son dernier livre et répété les mêmes anecdotes qu’il distille à longueur de reportages. Je n’ai plus qu’a mettre en forme tout cela. Le rendre simplement lisible. C’est l’anniversaire de Virginie aujourd’hui. Elle a quarante-cinq ans. Je lui ai envoyé un message par le téléphone, avec la photo d’une tulipe frangée rose pâle. Je lui aurais bien écrit, mais envoyer une lettre au Mexique est presque aussi hasardeux que de jeter une bouteille à la mer. Et j’ai trop de courrier perdu au milieu de l’Atlantique. Mais la semaine dernière, j’ai quand même tenté à nouveau l’aventure pour répondre à une petite carte (postée en France par une bonne âme) que j’avais reçue d’Apolline. La première qu’elle m’ait écrit maintenant qu’elle a appris. En recommandé s’il vous plaît, ai-je demandé à la postière. Je croise les doigts. Promenade sur la falaise avec le chienne. Comme nous rentrions par la Doublière, Brigitte et Yann qui étaient dans leur jardin m’ont fait signe. Je suis resté dîner chez eux.

jeudi 5 avril 2018

Jeudi 5 avril 2018. 20H10.

M. Broust est venu me rapporter la Twingo. Je lui avais laissé pour la révision et le contrôle technique. Pour le radiateur qui fuyait aussi. En échange, il a embarqué la 4L. Après tout l’hiver passé sous l’auvent chez Fabien, elle ne démarre qu’une fois sur deux. Vous avez entendu dire qu’il y avait une pétition contre la nouvelle salle des fêtes ?, m’a-t-il demandé en partant. Depuis celle que j’avais lancée au printemps dernier au sujet du projet absurde de parking prévu sur la falaise, à la Croix-Paquerey, il doit penser que je suis une espèce d’activiste villageois. Après cette histoire, j’ai fait comme Achille, je suis rentré dans ma tente et je n’en ai pas bougé. Ce n’est pourtant pas l’envie qui, jour après jour m’en a manqué.Carolles s’enlaidit. Trois fois rien, plus un peu, plus un peu plus encore. Les deux précédents mandats municipaux avaient déjà ravagé le village. Ca continue à bas bruit. L’aménagement de la petite rue principale avec ses panneaux de signalisation indiquant en quatre couleurs qu’il faut partager la route, son mobilier urbain, ses barrières de protection, ses chétifs buis sur tige plantés dans des galets polis, lui donnent un air de déjà vu (hélas) partout. Il paraît qu’il est question, histoire de parachever l’affaire, de peindre aussi une fresque murale, à la manière, sans doute, de celles qui décorent les chateaux d’eau. Et je ne parle pas des constructions sans goût ni grâce, des lotissements à venir et de ce désir tenace d'avoir (comme tout le monde) sa zone artisanale. Alors, la salle des fêtes ? L’ancienne à laquelle tout le monde s’était habitué depuis une bonne cinquantaine d’années, n’est plus aux normes disent-ils. D’où l’idée, plutôt que de la restaurer, bien évidemment, d’en construire une nouvelle, plus grande, plus « moderne ». Une sorte de « Zénith carollais » qui s’annonce particulièrement hideux (j’ai vu la projection du bureau d’études dans Ouest France). Mais je reste sous ma tente. Tout cela m’emplit bien plus de tristesse et de dégoût, que de révolte.

Mercredi 4 avril 2018. 22h05.

Premiers textes à écrire pour le Festival du livre de Nice. Il a lieu début juin, tout devra être bouclé pour la fin du mois. Je vais faire des propositions de sujets à Sylvie. Je dois aussi compléter ma liste de printemps pour Raphaëlle. Il va falloir que je m’organise. Ce que je ne sais pas faire. Mais alors vraiment pas.

Mardi 3 avril 2018. 17h00.

M. Painblanc, le couvreur est passé. Et ça s’écoule !

Lundi 2 avril 2018. 23h00.

Nous avons fait de la paperasse. Du courrier aussi. Tous les deux. Il me reste beaucoup de lettres encore à écrire. Ne serait-ce déjà qu’à Louise, à Apolline (qui sait lire maintenant). Promenade jusqu’à la cale. Je suis rentré bizarrement épuisé. La SNCF commence une grève hachée à partir de ce soir. Amélie était inquiète pour son train. Il est parti comme prévu, mais dès Flers, les wagons étaient bondés, les gens debout ou assis par terre. Déjà que notre pauvre ligne ne fonctionne pas bien en temps normal. J’imagine que tu es contente d’être enfin arrivée à l’appartement...

Dimanche 1er avril 2018. 22h20.

Messe de Pâques à l’abbaye de la Lucerne, toujours avec le chœur grégorien. Oh, comme mon âme a besoin de s’accrocher au rite pour pouvoir un peu prier. L’an dernier nous étions ici avec Jeanne, et Claire une de ses amies, venues passer le week-end à Carolles. Jeanne vient de perdre son père, mercredi dernier. Il avait soixante-douze ans. Martine et Jean-Pascal nous attendaient pour le déjeuner à Coquelonde. Agneau et vins de Pauillac. J’ai pensé à la poésie de Gautier : Printemps, tu peux venir !

Samedi 31 mars 2018. 21h00.

A chaque nuit de pluie (et Dieu sait s’il y en a) j’entends déborder les gouttières. Presque toutes les descentes sont bouchées par les feuilles et les aiguilles de sapin. J’ai profité d’une très relative éclaircie pour m’attaquer au problème. Juché sur mon échelle, aux quatre coins de la maison, j’ai nettoyé, enlevé des seaux de boue végétale. Passé le jet dans les conduits. L’eau ne s’écoulait pas pour autant. Je me suis décidé finalement à aller acheter un ustensile spécial pour le Kärsher et je suis revenu sûr que rien ne résisterait à ce nouvel équipement. Peine perdue. Je vais devoir appeler le couvreur. J’ai décidemment l’art de saborder les journées. Au moins, tu as pris l’air, m’a dit Amélie.

Vendredi 30 mars 2018. 18h30.

Le train d’Amélie arrivait à Granville à 11h30. J’avais réservé au Comptoir, chez Patricia et Michael, à midi pile. Nous avons traîné à table un bon moment. Cette impression quelquefois que nous ne nous sommes pas vus depuis longtemps.

Jeudi 29 mars 2018. 21h50.

Les journées s’effacent au fur et à mesure. Je ne les vois pas passer, je les oublie. Je m’oublie. Je n’arrive pas à écrire une seule ligne. J’ai beau m’astreindre au travail, rien ne se passe. Sauf le temps. Le poids de ce livre m’étouffe. Je suis accablé d’angoisse. Je n’y arriverai jamais. Amélie est rentrée à Paris dimanche dernier avec les enfants et Jérôme. Leur séjour s’est bien passé. Je crois qu’ils étaient contents. Brigitte et Yann sont venus dîner et Gabrielle a pu faire son spectacle de marionettes devant un vrai public. Nous avions passé la matinée à écrire le texte pendant que les autres étaient au marché à Granville. L’histoire ? Justement Brigitte et Yann sont invités à dîner. Mais voilà qu’ils arrivent à l’heure du déjeuner. Ils n’ont rien compris et on les renvoie sans ménagement. Du balai ! Revenez ce soir. Au fait, quel plat leur préparer ? De la bave de crapaud avec des vers de terre. Berk ! Dans la distribution, il y avait Amélie en sorcière, Jérôme en grand diable, Antoine en petit diable. Le lendemain nous avons été tous ensemble à la messe des Rameaux à la Lucerne. Latin et chœur grégorien. Ca a paru bien long à Jérôme (de fait, c’est l’office le plus long de l’année) qui a fini par sortir au prétexte qu’Antoine devenait turbulent. Difficile après de refuser à Gabrielle de les rejoindre. Pauvre Jérôme. Pour un peu je m’en voudrais presque de lui avoir infligé cela.

(…)

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Jeudi 22 mars 2018. 22h20.

Amélie est arrivée au train de 20h00 avec Gabrielle et Antoine. Il viennent passer le week-end. Jérôme les rejoint demain. J’ai peur qu’ils ne voient même pas la mer. Si l’on en croit les prévisions, il va pleuvoir sans arrêt. Quelle importance ? Gabrielle est pleine de ressources. Elle veut écrire des poèmes, faire des gâteaux, monter un spectacle de marionnettes. Je leur ai lu Le club des cinq. Un chapitre seulement, il est très tard.

Mercredi 21 mars 2018. 15h10.

Mon papier sur Tombée des nues de Violaine Bérot qui devait sortir demain est repoussé d’une semaine. Je dois me dépêcher de faire une liste de printemps à Raphaëlle.

Mardi 20 mars 2018. 21h50.

Je reviens de loin. Je ne sais pas comment l’exprimer autrement. De ces trois jours dans l’Indre, à Chassignolles, là où est née ma mère, il y a eu cent ans hier. J’ai pris la route samedi dernier de bonne heure pour récupérer en fin de matinée Amélie à la gare de Saint-Pierre-des-Corps. Elle n’avait pas pu se libérer la veille et nous avions calculé que c’était plus simple de se retrouver à Tours. Ca l’était. J’avais confié la chienne à Yann et Brigitte. J’ai fait la première partie du trajet dans un brouillard presque solide, une brume blanche, épaisse, qui engloutissait la route, le paysage. Ce drôle de voile ne s’est levé qu’en approchant de la Loire. Nous n’étions attendus que vers 18h00 à Chassignolles. Et comme il s’était mis à faire étrangement beau (le reste de la France était paraît-il sous la pluie et la neige), nous avons musardé. Un déjeuner à Amboise, une promenade dans le parc du château de Chenonceau. En passant à La Croix-en-Touraine, j’ai fait un détour par la maison de Christian. Je ne me suis pas arrêté. Les gens qui l’habitent aujourd’hui ont mis un haut portail de fer qui interdit toute vue sur la petite façade. Ca vaut mieux sans doute. Il restait deux heures de route. Nous avions rendez-vous à la Grange, le café de Chassignolles (il fait aussi restaurant et chambres d’hôtes), avec une Mme Villatte qui, après mon coup de fil du mois dernier au presbytère de La Châtre, devait me confier les clés de l’église. Elle était venue accompagnée par une « vraie » Chassignollaise, Mme Rivière, née Châtelain (Mme Villatte n’habite en effet le village que depuis son mariage, il y a seulement 60 ans). Je pensais, assez naïvement, qu’elle allait me confier les clés jusqu’au 19, mais elle en avait décidé autrement. Elle nous a ouvert, un rien méfiante, ne nous quittant pas d’une semellle, de peur sans doute que nous ne dérobions quelque chose. L’église, consacrée à saint Etienne date du XIIe ou du XIIIe siècle. Sobrement belle. Dans l’après-midi, il s’y était déroulé l’enterrement d’un très vieil homme dont la famille possédait encore ici une grosse maison bourgeoise (Un genre de château, vous voyez, m’a dit Mme Villatte). L'endroit, du coup, était encore un peu « animé » par l’événement. Il restait quelques livrets de messe. Et une croix de branchages était dressée près du maître-autel. Les bancs de chêne, les statues, les bannières de procession, rien n’avait dû beaucoup changer depuis 1918. Dans le bourg non plus d’ailleurs. Sauf que, malgré la guerre et les jeunes hommes partis, il devait être bien plus animé à l’époque. J’avais fait réaliser une petite couronne de feuillages et de roses chez Anne Fréret, la fleuriste de Saint-Pair. Je l’ai déposée sur l’autel de saint Joseph. La chapelle de gauche dans le transept, est dédiée à la Vierge (C’est celle des filles, m’a expliqué Mme Villatte). Celle de droite à saint Joseph (du coup, c’est celle des garçons). Maman est née le 19 mars. C’était le jour de la naissance d’Angèle, sa mère (qui avait 29 ans ce 19 mars 1918) et aussi le jour de la Saint-Joseph, la fête de son père… Comment dire combien tout le monde était là, avec moi, dans cette église. J’étais très ému, mais les deux pimprenelles, ne nous lâchaient pas d’un pouce. Et je n’ai guère pu me recueillir, si ce n’est dans mon coeur. Le lendemain, nous avons assisté à la messe à La Châtre. J’avais averti le prêtre, l’abbé Vincent Béguin, de notre venue. La prochaine célébration à Chassignolles ne devant avoir lieu qu’en avril, voire en mai, il m’avait proposé d’associer la mémoire de ma mère à celle de ce dimanche. L’après-midi, j’ai rencontré un journaliste de La Nouvelle République, le journal local, à qui j’ai raconté (un peu) cette histoire d’autrefois. Et le 19, au matin du jour anniversaire, Mme Bordet, la bibliothécaire de la Châtre, a eu la gentillesse de m’ouvrir la porte de la minuscule bibliothèque de Chassignolles. Elle est installée dans l’ancien atelier du charron, M. Pagnard, dont le nom est resté dans la mémoire familiale. Trente mètre carrés, pas plus, où vivaient Angèle et ses enfants, Albert, André et Agnès. Dire que Maman y est née. Difficile d’imaginer ce à quoi le lieu pouvait ressembler. Au moment de partir, j’ai aperçu, sur une poutre du plafond, la petite étoile à cinq branches d’un nœud du bois. Tous l'ont vue autrefois. Pendant ce court séjour, le temps est resté bleu-gris. A peine froid. Nous logions dans une ferme à quelques kilomètres du bourg. L’après-midi du dimanche, nous étions allés jusqu’à Neuvy-Saint-Sépulchre voir la basilique. Et nous avions fait le tour, à pied, de l’étang de Rongères. Les heures passaient, dépouillées, envahies d’un calme étrangement doux. J’étais si heureux de tenir la main d’Amélie là-bas. Nous sommes rentrés à Paris d’une traite. Courte nuit. Nous devions tous les deux nous lever de bonne heure.

(…)

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lundi 12 mars 2018

Lundi 12 mars 2018. 18h00.

Premières moussettes. J’ai taillé les hortensias. On dirait que c’est le printemps.

Dimanche 11 mars 2018. 19h50.

Il a fait beau aujourd‘hui. Amélie est sortie, loin, avec la chienne. Une longue promenade. Je suis resté au jardin. La semaine dernière j’avais acheté des bacs en bois pour les plantes aromatiques pour remplacer le désastre des jardinières en osier qui avaient fini par se répandre et s’effondrer au bout des années. J’avais trouvé aussi (enfin !) de très grands pots en terre cuite pour installer confortablement les surgeons qui commençaient à souffrir dans le trop peu de terre. J’ai planté tout l’après-midi.

Samedi 10 mars 2018. 19h40.

Je suis allé chercher Amélie au train à Rennes. Cette semaine est un peu en décalage à cause de la venue en France de Milena Agus, son auteur sarde. Elle lui a préparé une foule de rendez-vous avec les journalistes. Elle l’accompagne partout. Je l’admire vraiment dans cette tension professionnelle dont je ne suis plus aujourd’hui guère capable. Avec la chienne, nous la guettions dans le hall, mais sans savoir vraiment où la trouver. La gare de Rennes est en travaux depuis une éternité. Les accès sont sans arrêt chamboulés. Ascenseurs, escaliers, escalators, couloirs, rien ne ressemble à ceux qui semblaient être en place la fois précédente. Un dédale. Le personnel de la SNCF n’a pas l’air très au courant des flux d’arrivée et de départ. Ca doit être par là. Regardez les panneaux. D’accord. Je me débrouille. Nous nous sommes retrouvés finalement. Et j’aime aussi comme Amélie se retrouve à Carolles. Chez elle. Chez nous.

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