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lundi 14 février 2011

Dimanche 13 février 2011. 23h15.

Il pleuvait. J’ai terminé mon papier.

Samedi 12 février 2011. 23h45.

Les perce-neige ont ouvert au jardin. Les aillots et les muscaris commencent à sortir de terre. Les narcisses blancs de notre mariage aussi. Chatons sur le saule et le noisetier, premières pousses rouges aux pivoines et aux rosiers. Si le temps reste au beau, les mimosas et les camélias seront en fleurs la semaine prochaine. J’ai garni les mangeoires des oiseaux. Pas du tout envie de m’enfermer travailler. Amélie est pourtant partie seule au marché à Granville. Je me suis fait une raison. Rassemblé mes notes pour mon portrait de Jordi Soler. Commencé à le rédiger. Le ciel est resté bleu toute la journée. Poussé quand même une promenade jusqu’à la Croix-Paquerey. Nous étions invités pour un verre chez Cécile et Jean-Claude. Entre les histoires du village et celles de la municipalité, nous sommes restés jusque tard dans la soirée.

Vendredi 11 février 2011. 22h20.

Nous sommes allés déjeuner à Rennes, chez Frédérique. Son restaurant est ouvert depuis une semaine. Fondues, raclettes et pierrades. Une vie toute neuve pour elle après les longues années chez Denoël. Et l’établissement sent le neuf aussi. Le bois fraîchement poncé et encore la peinture. Je l’ai trouvée fatiguée, mais visiblement heureuse. Pleine de courage, d’énergie. Elle est en cuisine. Bruno, son compagnon s’occupe de la salle. Service oblige, nous n’avons pas beaucoup eu le temps de bavarder. On s’est embrassés sur le pas de la porte. Donnez-nous des nouvelles ! Retour par le magasin Ikea pour nous apercevoir que le petit canapé que nous voulions y acheter ne rentrait pas dans la voiture. Nous étions à Carolles en fin d’après-midi. Juste pour aller chercher Georgette à qui nous avions promis de montrer, à la maison, les derniers travaux du menuisier.

Jeudi 10 février 2011. 22h00.

Je devrais tenir la cartographie de mes rêves. J’y ai pensé au réveil d’une nuit toute en images. J’y avais traversé à vélo (et sans aucun effort malgré une succession infinie de montées) une campagne verdoyante. A un moment donné, la route longeait le mur d’enceinte d’une propriété. Je m’étais dit, tout en dormant, je connais cet endroit... Il en est ainsi beaucoup qui me sont familiers, mais réservés seulement aux longues virées de mon sommeil. Je me souviens ainsi de sentiers dans les dunes, de rues et d’immeubles. De jardins, de cours d’eau. Il me semble bien, pourtant, qu’aucun de ces lieux n’existe dans la réalité. Où sont ces paysages ? Il y a une dizaine d’années les éditions Autrement avaient fait paraître L’atlas imaginaire de notre continent intérieur. On y découvrait une succession de cartes où nos sentiments et nos émotions s’affichaient en territoires. C’est exactement ce qu’il me faudrait. J’ai reçu un coup de fil de la fac. Mes horaires changent ce semestre. Je ne pourrai plus grouper mes cours sur un seul jour. J’espère juste que je conserverai les mêmes étudiants. Car, au delà du travail que nous avons commencé ensemble, j’y suis attaché. Amélie avait pu quitter plus tôt aujourd’hui. Nous avons pris un train dans l’après-midi. Il faisait presque encore jour quand nous sommes arrivés. Regarde ! Au-dessus du portail, Thierry Giffard avait installé le portique pour le rosier. Il avait posé aussi, dans la chambre, les deux petits placards avec les portes en vitrail du vieux buffet de la rue d’Avelghem.

vendredi 11 février 2011

Mercredi 9 février 2011. 23h50.

Mon carnet de commandes pour les papiers est rempli. Maintenant, il faut vraiment écrire… J’ai reçu un coup de fil de Martine qui m’a proposé d’animer un débat au salon du livre, dédié cette année aux pays nordiques. Il y aurait trois auteurs. La Suédoise Anna Swärd, la Norvégienne Hanne Ørstavik, et la Danoise Helle Helle. Il se trouve que j’ai déjà lu deux de leurs romans. Amour d’Hanne Ørstavik et Chienne de vie de Helle Helle. Quant à celui d’Anna Swärd, A bout de souffle, la publication étant prévue pour fin août, il me reste à prier pour obtenir un jeu de traduction à temps. Déjeuner chez Péret avec Brigitte. Nous avons reparlé de Jordi Soler. En plus du portrait pour Le Monde, je défendrai La fête de l’ours à Jeux d’Epreuves. J’ai fait du courrier à la maison avant d’aller chez Noëlle dans le XVe récupérer un jeu de clés. Elle sera dimanche à Carolles. Elle nous a demandé si nous pouvions allumer son poêle avant son arrivée. Je suis remonté à pied jusqu’à la nouvelle adresse de Marion et Jérôme, rue Marmontel, près de la Convention. Nous étions invités à dîner. Amélie est arrivée quelques minutes après moi. Ils nous ont fait la visite au milieu des cartons. Un bel appartement au cinquième étage d’un immeuble des années trente. Les pièces vastes, claires. Le salon, la salle à manger, la chambre. La chambre du bébé... Jérôme nous glissé, mine de rien, la nouvelle. C’est une petite fille.

mercredi 9 février 2011

Mardi 8 février 2011. 22h50.

Journée de lecture et de courrier. Sur le chemin de mon déjeuner avec Diane, dans le XIIIe, j’ai assisté un accrochage à l’angle du boulevard Blanqui et de la rue de la Glacière. Une grosse auto a grillé le feu rouge et a percuté un camion de livraison. C’est le coup de frein qui m’a fait tourner la tête. Les deux véhicules se sont écharpés côte-côte, les flancs défoncés. Tôle arrachée. Les conducteurs n’avaient rien. J’ai repensé à ce qui était arrivé à Marcus, l’autre jour, sur le trajet de retour d’Ixtapan vers Mexico. Valentine dormait, sanglée dans le siège bébé. Au moment de doubler, il s’est retrouvé en face d’une autre voiture. Là encore, juste de la carrosserie abîmée. Mais il s’en est fallu de peu. Quelques secondes, quelques mètres. Quand nous nous sommes parlés au téléphone, le surlendemain, il en était encore bouleversé. La confiance qu'on a en son destin vacille. Comme nous sommes fragiles. C’est fou qu’ils sont nombreux ces moments où l’on ne passe pas loin. Le miracle de réchapper et en avoir conscience est une double chance. Une double grâce. Deux fois merci à dire. J’avais rendez-vous avec un médecin, encore, à la clinique. Une saloperie de piqûre à faire. J’ai été toute la soirée recroquevillé à attendre que ça se calme. A un moment ça se calme... Il est tard. Pardon.

Lundi 7 février 2011. 22h10.

J’ai été bête. Cette habitude du temps gris. J’ai ouvert les rideaux tard dans la matinée. Ranciné des notes dans la pénombre avant de m’apercevoir qu’il faisait grand soleil. J’avais rendez-vous rue Vital, chez Géraud, pour déjeuner avec Claudine. Je suis gâté là-bas. Géraud avait rajouté deux bécassines rôties au menu qu’il avait préparé pour nous. Ca faisait longtemps que je ne t’avais pas vu. – Un moment, oui. Je suis rentré très doucement, en flânant par la rue de l’Assomption, la rue Raynouard, la petite rue Berton entre ses deux vieux murs. Regardé au ciment d’une pierre, haut perchée, une grosse touffe de linaire cymbalaire (Linaria cymbalaria). Mon oncle Georges m’avait appris un autre nom pour cette plante : « Ruine de Rome »…

Dimanche 6 février 2011. 23h30.

Levés tard. Comme j’allais chercher le pain et les journaux au bourg, j’ai vu la camionnette des pompiers stationnée, gyrophare allumé, devant chez Charles. Monique qui venait chez lui a fait un malaise dans la rue. Impossible de prévenir Jean-Marie, personne n’avait son téléphone portable. Jean-Claude a fini par réussir à le joindre. Il était à Rennes. Monique a été emmenée à l’hôpital de Granville. Pourvu que ce ne soit pas grave. Après-déjeuner de dimanche. Rangements, ménage. Amélie et Marianne sont descendues à la plage. J’ai fait du courrier. Une lettre surtout à Josepha, la cadette de Laurence, qui doit avoir six ou sept ans. J’ai un projet à lui proposer autour du Alice racontée aux petits enfants. Première étape. Il faut qu’elle en ait envie. Que ça l’intéresse. Nous avons fait un pique nique dans le train du retour. Ouvert des huîtres et du mâcon. Quitté Marianne sur le quai de Montparnasse. A bientôt ! C’était bien de l’avoir cette fin de semaine, à Carolles, avec nous.

Samedi 5 février 2011. 23h45.

Marché à Granville. Retour par chez Georgette avec le rituel retrouvé des huîtres et du muscadet. L’après-midi s’est passée en travaux. J’ai étoffé le paillage des rosiers, rangé le tas de bois, passé le râteau dans les allées. Amélie et Marianne ont mis une dernière couche au portique, commencé à peindre aussi les panneaux de bois qui cacheront « nos misères » dans un coin du jardin. Charlotte et Eric nous avaient invités à boire un verre à Ronthon. Comme vraisemblable, le verre s’est continué en dîner. Il y avait Françoise et Thierry que nous avions déjà rencontré chez eux en août. Nous avons parlé de grande cuisine et de petits plats, de voile et de polars, de littérature, de la vie de nos villages, des élections et de la politique, de l’avenir comme on le pressent. De la foi, du catholicisme. Hélas, a juste dit Thierry, à mesure qu’on boit, voilà qu’on aborde des sujets de conversations pour lesquels il faudrait être sobres…

Vendredi 4 février 2011. 22h40.

Visite à Georgette. Contente de revoir Marianne. Elle nous a donné des nouvelles de la famille. Mon oncle Georges s’est fracturé le col du fémur en tombant de vélo. Il loge, après l’opération chez les bernardines, à deux pas de chez lui, à Saint-André-lez-Lille. Il aura quatre-vingt ans ce mois-ci… Geoffrey et sa compagne Emilie ont eu un petit garçon : Nathanaël. J’ai pensé à l’Evangile de Jean et à ce livre de Daniel-Rops, un recueil d’entretiens, je crois, Toi aussi Nathanaël. Bah. La famille. Plus personne du côté de mon père. Autrement, je ne vois plus grand monde si tant est que j’ai jamais fréquenté beaucoup de gens. Des enfants d’Angèle et de Joseph, il me reste un éparpillement de cousins, de petits-cousins et davantage dont j'ai des nouvelles peu ou pas. Qui me connaissent peu ou pas et n’ont guère envie de nouer des liens avec moi. Quelle importance… Ma mère souffrait de ce lointain, de cette indifférence. Elle y mettait pourtant du sien. N’oubliait pas les anniversaires, glissait un cadeau, mettait un petit mot. Jamais de retour. J’ai fini mon papier sur Bruno Krebs. Cela faisait un moment que nous n’avions pas bavardé longtemps avec Marianne. Nous nous sommes mis à l’aune des derniers événements. Son souci du moment, au milieu de sa vie précaire de lectures de manuscrits et de traduction, est qu’elle doit quitter prochainement son appartement du XXe. Pour où ? Sans feuilles de paie régulières, trouver une location aujourd’hui s’apparente à une mission impossible. Elle vient de faire une demande de logement social et a une piste aussi pour un deux-pièces vers la Goutte-d’Or. On croise les doigts.

mardi 8 février 2011

Jeudi 3 février 2011. 23h55.

Ce sont mes jeudis de Jeux d’Epreuves. Relire les livres. Mettre au clair les notes. Je pars en début d’après-midi pour avoir le temps de déjeuner aux Ondes. Presque toujours, tartare italien (ail, oignon, capres, basilic, pesto, parmesan…) et rosé des côtes de provence. Alexis est venu s’asseoir avec moi au moment du café. Nous avons parlé de Roger Grenier dont je présentais à l’émission Le palais des livres paru chez Gallimard. Il s’agit d’un recueil de neuf textes qui font comme une promenade à thème, une visite à peine guidée dans l’écriture, la littérature. C’est le comment, le pourquoi on écrit et le à quoi ça sert… Grenier qui a quatre-vingt-onze ans maintenant y réfléchit à partir de sa vie, sa vie intime, sa vie d’auteur. De son expérience de journaliste aussi. Surtout, il amène ses témoins : les livres, les écrivains. Les lectures de Roger Grenier sont innombrables, merveilleusement diverses et complémentaires. Et puis, il parle aussi de Pascal Pia, cet hallucinant messager de la littérature qui ne cessait de se tenir dans l’ombre au point qu’il refusait que l’on parle de lui, que l’on écrive sur lui après sa mort. Ah, se fondre dans les mots… Le palais des livres raconte l’attente, le désir, le besoin d’être aimé qui fait les écrivains, le droit de s’en aller et de se contredire, l’inachevé et le posthume, les premiers mots et les derniers… Je n’ai pas eu de mal à convaincre. Alexis défendait Chansons pour la fille du boucher, un (premier ?) roman de Peter Manseau. Il avait fallu que je me batte avec les cinq cents et quelques pages d’épreuves des éditions Bourgois, en A4, non reliées, aux feuillets mélangés, mais ça en valait la peine. Des tessons de mémoire tombaient au sol comme de la grèle, martelant le dessus de mes chaussures avant de disparaître dans l’abîme qui s’ouvrait en contrebas. Tout est de cette langue, dans cette longue fresque de la vie imaginée, dans le XXe siècle, de Russie en Amérique, d’un Juif qui se veut poète et qui cherche sa muse. Baptiste Liger avait amené La vie sexuelle des super-héros de Marco Mancassola. Minh Tran Huy apportait le dernier Jonathan Safran Foer, Faut-il manger les animaux ?. J’ai été, à peu dire, le seul à ne trouver qu’un intérêt vraiment relatif à ce plaidoyer hybride. Jonathan Safran Foer, en bon Américain qui a longtemps cru que la dinde de Thanksgiving n’existe que pré-découpée en barquette, découvre les abattoirs industriels, leurs absolues horreurs et leurs conséquences. Il s’insurge, prône le végétarisme et, du bout des dents, admet qu’on pourrait envisager, peut-être, un élevage raisonné. Ca pue la bonne conscience naïve et aussi le procédé… Prise de conscience ? Tiens relisons donc Le monde selon Monsanto d’Anne-Monique Robin à La Découverte. Et pour qui s’intéresse aux relations des hommes avec le bétail ou le gibier qu’on aille plutôt voir Les animaux sont-ils bêtes ? de Alain Leygonie chez Klincksiek… Ca m’a énervé un rien et je m’en suis senti un rien ridicule de l’être. J’ai rejoint Amélie à l’appartement. Nous avons retrouvé Marianne à la gare Montparnasse. Elle vient passer la fin de semaine avec nous à Carolles. Dans le train nous avons saucissonné. Mortadelle, jambon de Parme, salami piquant et muscadet.

jeudi 3 février 2011

Mercredi 2 février 2011. 21H45.

J’ai repris Sans rive de Bruno Krebs. Je cherche mes mots pour commencer le papier. Pas simple. C’est souvent ainsi lorsque je me sens trop proche. Le livre me fait l’effet d’une mise sans dessus dessous des souvenirs. Quand on s’acharne à retrouver une image, une phrase. Un visage ou un sentiment d’enfance. La mémoire s’exaspère. Ce n’est jamais le bon instant… Déjeuner avec Blandine à la Casa Bini. Les nouveautés, les programmes. Elle m’a donné des nouvelles de Phébus. J’ai repensé à cette maison, ce groupe. Cela m’est bien loin. J’y ai, de mon passage, des souvenirs aigres-gris. Après les premiers volumes de « Domaine public » chez Buchet à l’automne 2006, j’avais démarré pas mal de projets là-bas. On m’avait proposé de m’occuper du fonds. J’étais enthousiaste. Entre l’été 2008 et l’été 2009, j’ai même eu un bureau. Pas de salaire toutefois. C’était toujours : On verra, on verra. Et puis le directeur général d’alors a pris la décision de mettre fin à ma collection. Trop cher. Pas rentable. J’ai appris par la suite que personne n’avait réclamé au CNL les subventions que j’avais obtenues pour chacun des volumes. A cette même époque j’avais rédigé pour Phébus la préface des Mystères de l’île Saint-Louis de Roger de Beauvoir, un roman de cape et d’épée XIXe. Je me souviens que le suivi éditorial de cet ouvrage avait été une catastrophe. Au point que des deux récits, des deux tableaux qui formaient l’histoire, un seul avait été imprimé. Où était passé l’autre ? J’avais été voir ce même directeur général. On ne peut pas publier le livre comme ça ! Sa réponse avait été claire : Mais tout le monde s’en fiche… Je suis rentré à l’appartement en marchant jusqu’au Luxembourg. Pris un bus. J’ai commencé à rédiger mon papier. Amélie avait un rendez-vous le soir avec Nathalie au J’Go. Trop nuit. Trop froid. Je n’ai pas eu le courage de les rejoindre.

mercredi 2 février 2011

Mardi 1er février 2011. 22h20.

J’ai eu l’impression de passer ma journée dans une salle d’attente. J’ai tourné en rond avant d’aller à un autre rendez-vous médical dans l’après-midi. Impossible de me concentrer sur quoi que ce soit. Il faut pourtant que j’apprenne à faire avec. Il y aura encore une consultation la semaine prochaine. Et après encore, et encore… Je dois trouver la méthode pour ne pas y penser. J’ai pas mal marché dans Paris, malgré le froid. Les Invalides, le boulevard Saint-Germain, les bords de Seine. Pris un verre au Bar Bac avec Jean-Pierre. J’ai rejoint Amélie chez Libralire, rue Saint-Maur dans le XIe. Fabio Geda et Enaiat, en France cette semaine, y avaient un débat. Nous sommes rentrés vite. J’avais laissé l’appartement dans un désordre incroyable. Partout des livres et des papiers.

lundi 31 janvier 2011

Lundi 31 janvier 2011. 21h35.

J’ai préparé mes notes pour les papiers à écrire cette semaine. Le portrait de Jordi Soler, Sans rive de Bruno Krebs et Charles Jessold de Wesley Stace. Rendez-vous avec un de mes médecins en …ogue, une dame gentille, rue du Cherche-Midi. Renouvellement d’ordonnance. Tout ne se passe pas si mal. J’ai compris que pour ces gens, l’idée est d’essayer de vous faire mourir en bonne santé. Je suis allé me venger de la consultation au Nemrod. Tartare avec des frites et pot de chénas. Rédigé un peu de courrier sur un coin de table. Regardé mon agenda. A nouveau, le retard approche. C’est signe que ça va bien.

Dimanche 30 janvier 2011. 23h45.

J’ai eu Emmanuelle au téléphone. Nous devrions nous voir la semaine prochaine avec Dominique et les enfants. Elle a maintenant signé son contrat avec Flammarion pour son livre sur Jean Patou. Le temps de l’écriture approche, mais elle tente encore quelques pistes, pousse quelques dernières recherches. Nous avons parlé de Dunoyer de Segonzac dont elle doit bientôt rencontrer la nièce. Il existe peut-être des lettres entre le peintre et le couturier. Je connaissais Dunoyer de Segonzac du côté de René Blum, de Roland Dorgelès... Dans les documents que m’avait laissés Josette France, la veuve de Blum, ou dans ceux qui ont fait la base du fonds que j’avais constitué pour la bibliothèque de l’Arsenal, il est possible qu’on retrouve du Jean Patou. Qui sait ? Les traces des uns, des autres, se croisent, se mêlent dans ces époques. Et puis je crois aux correspondances hasardeuses. Continué un peu les rangements. J’ai mon bureau aussi à mettre en ordre. Et, un jour, il faudra bien classer les livres. Nous sommes allés nous promener le long de la plage. J’ai regardé Amélie qui regardait la mer. Comme je lui suis reconnaissant d’aimer ces paysages. Nous avons été dire au revoir à Georgette. Et les mêmes valises, et le même train. Jérôme a appelé quand nous étions à la gare. Ils n’ont pas terminé de défaire leurs cartons dans leur nouvel appartement, rue Marmontel. Mais ils y sont bien. C’est plus grand. Et plus près de chez nous. J’y pense assez égoïstement à l’approche de la naissance de leur bébé. Il faudra bien qu’ils le confient de temps en temps. A des gens...

Samedi 29 janvier 2011. 22h30.

J’ai rangé des papiers toute la journée. Presque dix ans de bulletins de paie, de contrats, de relevés bancaires, d’avis d’imposition, de documents de sécurité sociale. Le tout entassé en vrac dans des cartons. En piles sous mon bureau. Cela faisait une éternité que je devais me mettre à ce fichu classement. J’en suis presque venu à bout. J’ai rempli trois grands sacs poubelle de « documents confidentiels » désormais inutiles. Je ne sais pas bien comment m’en débarasser. Je n’envisage pas un seul instant d’y mettre le feu dans la cheminée… Amélie a continué de peindre. Elle a lu. Nous sommes passés voir Georgette. Il y a du vin blanc au frigidaire. Servez-vous. Elle, s’est contentée d’un bol du bouillon que nous lui avions apporté. N’empêche. La forme revient.

Vendredi 28 janvier 2011. 20h50.

Ciel bleu et froid coupant. Amélie, toute emmitouflée, a continué la peinture du portique. J’ai nettoyé les traces du désastre de la veille. Rallumé un feu. Doucement. Tout doucement. Nous avions rendez-vous avec un des responsables de l’Etablissement de travail protégé de Saint-James pour un devis de remise en état du potager. Nous ne nous en sommes pas occupés depuis bien six mois. Il faut retracer les carrés, tout désherber, fumer… Je n’ai ni le temps, ni la force. Thierry Giffard est passé prendre un verre en début de soirée. Il va nous changer la baguette en bois du tour de la cheminée. Elle avait commencé à brûler hier soir.

Jeudi 27 janvier 2011. 22h00.

Georgette va mieux. Elle s’est extirpée de son épuisement. Jusqu’à la prochaine fois. Elle sourit. Mme Chevalier est passée la voir. Changé quelques prescriptions dont les effets secondaires l’embêtaient vraiment. Elle écoute ce que je dis, elle… Oui, Georgette va vraiment mieux. Même si, à chaque fois, elle nous fait peur. Même si, un peu plus, à chaque fois, elle apprivoise sa peur. Nous avons été faire les courses à Granville. Elle nous avait laissé une grande liste d’épicerie. Je n’ai plus rien. Thierry Giffard a terminé le portique (la pergola ?) qui remplacera l’arceau dévoré de rouille de l’entrée de la maison. Il l’avait déposé, en trois morceaux, contre le tas de bois. Amélie en a commencé la peinture. Il faudra bien deux couches. J’ai taillé le rosier grimpant de manière à ce qu’on puisse le glisser sans souci d’un support à l’autre. Nous sommes rentrés au jour baissant. Nous avons allumé du feu. Et toute l’histoire de la maison aurait pu s’arrêter là. J’avais démonté les chaises vermoulues de la salle à manger pour faire du petit bois. Découpé les pieds, les assises. Notre cheminée est en fait un gros Godin colonial dont la façade s’ouvre largement. Lorsque j’ai alimenté le feu avec toutes ces vieilleries, elles se sont mises à flamber de manière impressionnante. J’ai fermé le foyer, mais la chaleur était telle que les portes sont devenues incandescentes. Il a fallu vider deux extincteurs (grâces soient rendues à ma mère qui avait une telle peur de l’incendie qu’elle en avait acheté une collection…) pour arrêter les flammes. Le mur du conduit était brûlant. Je crois que si nous n’avions pas fait ramoner l’été dernier, nous étions bons pour le feu de cheminée. Etrange fin de soirée à nettoyer les cendres et la poudre, les fenêtres grandes ouvertes. Tout va bien ? - Oui, mais je crois qu’on l’a échappé belle.

Mercredi 26 janvier 2011. 23h50.

J’avais relu encore, tôt ce matin, La fête de l’ours, avant notre rencontre. Je suis resté une bonne heure avec Jordi Soler. A évoquer, comme nous pouvions, les souvenirs de famille, et comment on les arrange, comment on les invente. Il comprend le français, mais ne le parle pas. Quant à mon espagnol, il se résume à quelques mots. Nous étions installés dans un coin de la salle à manger de l’hôtel Lennox, rue Delambre, au milieu des petits déjeuneurs qui faisaient trempette dans leur café. Les hauts-parleurs du plafond diffusaient de la musique de soupe. Comme d’habitude. Il y en a partout de ce crin-crin inutile. Dans les magasins, les restaurants, les gares, les parkings. C’est juste insupportable. La traductrice n’en pouvait plus. J’ai du mal à me concentrer. Nous aussi, c'était difficile. Vous pouvez baisser un peu ? Bah. Envers et contre tout, nous avons achevé notre entretien. Seuls les livres qui forment maintenant sa « trilogie », enroulée autour de l’histoire de son grand-père, combattant républicain espagnol exilé au Mexique, sont traduits en français. Restent d’autres romans, des nouvelles et surtout ses recueils de poèmes : La novia del soldado japonés (La fiancée du soldat japonais) et El corazón es un perro que se tira por la ventana (Le coeur est un chien qui se jette par la fenêtre). Sentado en la bañera/ enjuago las flores muertas que me dejó la noche./ Oigo un tic tac metálico contra mis costillas :/ en donde estaba el corazón/ he puesto un revólver. (Assis dans la baignoire/ je rince les fleurs mortes que m'a laissé la nuit./ J'entends un tic tac métallique à l’aplomb de mes côtes :/ là où était le cœur/ j’ai mis un revolver.) Une pluie glacée tombait sur le boulevard Montparnasse. Je suis allé prendre un café au bar du Select. Le patron était au blanc. Vous ne voulez pas vous y mettre ? Je vous offre le saucisson. Je ne sais pas bien pourquoi j’ai résisté. J’ai appelé Marguerite. Nous avons déjeuné au J’Go. Qu’est-ce qu’il fait froid… Tu prends quoi ? Nous n’avons pas été au bout de nos cassoulets. J’ai demandé à emporter les restes. Et oui, maintenant, j’ose. Valises à l’appartement. Toujours cette navette des livres pour se rendre compte qu’on n’a jamais les bons au bon endroit. Amélie m’a rejoint. Nous avons pris le train du soir. Arrivés fatigués dans la maison fraîche. On fera du feu demain.

Mardi 25 janvier 2011. 23h20.

J’avais rendez-vous avec Capucine. C’est elle qui s’occupe de mon manuscrit chez Stock. A partir des retours du correcteur, elle a fait patiemment avec moi du travail de dentellière. Les choix typographiques, la ponctuation, les répétitions. J’en ai la hantise de ces répétitions. Je les traque sans cesse, au fur et à mesure, mais elles se cachent à la tourne d’une page, d’un chapitre. Insidieuses. J’avais noté quelques petits changements à faire. Des aménagements. Nous sommes restés ensemble une bonne heure. Je suis reparti avec l’impression que mon texte était plus propre. Plus proche aussi. Là-bas, j’ai vu Jean-Marc, et Karine et Solveig et Vanessa. Je suis resté bavarder un peu avec Marie-Pierre du dernier roman de Lucia Puenzo, La malédiction de Jacinta. Je me sens bien dans cette maison. Nous étions invités à dîner chez Antonie et Vincent. J’étais passé chez Chantelivre pour leurs enfants, Louise et Basile. Déception pour Louise… J’avais choisi un titre qu’elle avait déjà : Loulou de Grégoire Solotareff. J’aurais dû me douter qu’on y avait pensé avant moi. Ce n’était pas très malin.

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