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mercredi 25 mars 2026

Jeudi 19 mars 2026. 17h40.

Ma grand-mère Mamoÿ aurait eu aujourd’hui 137 ans. Ma mère 108. Et leur anniversaire commun est le jour de la saint Joseph. Joseph, mon grand-père. Je suis allé au cimetière. J’y suis entré avec la chienne que je ne me voyais pas l'accrocher à la grille d’entrée. De toute façon, il n’y avait personne. Je n’ai plus honte de la tombe depuis que je suis enfin parvenu à la décaper l’été dernier avec le nettoyeur sous pression et à grand renfort de produits anti-lichens. Je suis resté un long moment assis sur la dalle. La Harpe est venue se coucher contre moi. Rentré tout doucement par les petits chemins. Brigitte me prête sa voiture pour le week-end. Amélie arrive demain en fin de matinée.

Mercredi 18 mars 2026. 19h20.

Marie-France est venue me chercher à la gare. Elle m’a emmené jusqu’à Coudeville récupérer La Harpe. La chienne s’est blessée contre un grillage pendant le séjour. Rien de grave mais il ne faudrait pas qu’elle se gratte. Déballé les affaires. Je suis passé chez Yann et Brigitte. Ils m’ont raconté les élections. Patricia Allain a été élue au premier tour avec 35 voix d’avance. Nous changeons donc de municipalité. L’ambiance était, paraît-il, tendue lors du dépouillement. Je n’ai pas bien écouté les détails. J’ai du mal à m’intéresser vraiment à tout cela. J’avais été pourtant enthousiaste, et même engagé, lorsqu’Amélie s’était présentée sur la liste de Jean-Marie Sévin en 2014. Mais après la période de grâce du début du mandat, il avait fallu déchanter. Je ne comprends pas ce qui agite à ce point les gens dès qu’ils croient posséder une once de pouvoir. Un si petit village. Ça a été d’abord l’abominable idée (heureusement stoppée) de construire un grand parking pour autocars sur les terrains descendant vers la mer au bout de la Croix-Paquerey. Puis la triste rénovation de la rue principale. Enfin, en prime, des lotissements, l’abandon de la vieille poste au profit d’une casemate en bois près de camping, et la construction d’une salle des fêtes surdimensionnée aux allures de hangar. J’oubliais l’ambition de bâtir une maison d’accueil pour personnes âgées. J’ai accueilli avec soulagement l’arrivée du maire suivant dont l’ambition était « Cultivons notre jardin ». De fait, il m’a semblé qu’il ne s’est occupé longtemps que de potagers partagés et de garages à vélos. Enfin tranquilles ? Hélas, le démon du bâtir et des projets somptuaires s’est là aussi réveillé. N’empêche, je lui dois de m’avoir proposé de donner le nom de ma mère à une petite chaussée proche de la vallée du Lude. Et ça, comment dire ?, me laisse juste reconnaissant.

Mardi 17 mars 2026. 23h20.

Foutue angoisse. Je n’ai pas envie de quitter Paris, de quitter l’appartement où nous venons à peine de vraiment prendre nos marques, de poser nos meubles, de ranger nos livres, d’accrocher nos tableaux. Pas envie de quitter ce quartier de Port-Royal où les marronniers du petit Luxembourg, ceux de l’observatoire, commencent juste à feuiller. Pas envie. Amélie me dit que le printemps doit être beau à Carolles. Que les prunelliers des chemins, les genêts de la falaise, sont en fleurs. En fait, je rechigne à la solitude de la remise au travail. Tout début mars j’ai vu Juliette au café Bonaparte. Comment vas-tu ? Que deviens-tu ? Elle a une sacré patience mon éditrice. Je me suis entendu lui dire que je rendrai « quelque chose » à l’automne. Il est plus que temps, non ? J’ai traîné ces derniers mois avec des pieds de plomb. Juste écrit un papier ou deux. Sinon pas un mot, pas de courrier. Même pas répondu aux lettres. A Carolles, je n’ai plus de voiture. La vieille Punto a rendu l’âme fin février. La boîte de vitesses. Fabien est venu avec son plateau pour l’emmener au garage à Sartilly. Le chef d’atelier que j’ai eu hier encore une fois au téléphone m’a confirmé que la réparation serait très chère. Pas la peine donc. Séverine était venue chercher La Harpe. Nous voilà à la merci de la gentillesse de nos voisins

Mardi 17 mars 2026. 18h10.

Je devais rentrer à Carolles la semaine dernière après quelques jours à Magagnosc pour les 80 ans de Claire. Mais le matin du départ, je me suis retrouvé en panique avec le même problème qu’il y a un an et pour lequel j’avais dû faire une échographie des reins. A l’époque tout était apparu normal et j’avais été rassuré. Cette fois-ci, Bruno Genevray à qui j’ai envoyé tout de suite un message m’a demandé de passer un scanner. Je sors de son cabinet. Au vu des résultats, tout va bien, sauf qu’il y m’est quand même arrivé quelque chose. Cela a peut-être à voir avec une cicatrice de mon opération de 2010. Il va faire un courrier au chirurgien de l’époque. Oh non, ça ne va pas recommencer…

Lundi 16 mars 2026. 16h00.

Passé l’automne, passée l’année. L’hiver aussi aura passé dans quelques jours. Quatre mois sans une ligne, à ne rien retenir, à laisser le temps ruisseler. Tout va à l’eau. Je me suis noyé. Nous avons déménagé le 15 décembre. Rendu les clés de la rue Danville le 31 janvier. Ce jour-là, je suis resté la matinée entière dans l’appartement vide. J’attendais les employés du service des encombrants de la Ville de Paris qui devaient nous débarrasser de notre vieille cuisinière électrique. Je me suis demandé si le minuscule lutin domestique qui avait vécu avec nous ces quinze dernières années était parvenu à se glisser dans un carton pour nous suivre boulevard du Montparnasse. Les lutins, j’y crois dur comme fer depuis l’enfance. D’après ma mère, il s’en trouvait une petite troupe dans notre maison de Senlis. Une joyeuse bande de farceurs qui prenaient un malin plaisir à cacher les objets dans des endroits impossibles. En grandissant, je les ai un peu oubliés. Et puis, je les ai retrouvés. J’aime à imaginer qu’ils m’ont suivi d’un domicile à l’autre. Celui de la rue Danville, j’en suis sûr m’a accompagné.

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mercredi 26 novembre 2025

Jeudi 16 octobre 2025. 23h15.

Je suis rentré à Carolles tôt dans l’après-midi, histoire de préparer la maison pour l’arrivée d’Amélie. Fait des courses, chargé le feu. C’est la saison des saint-jacques. Je les ai coupées fin pour un grand cevice. Coriandre, gingembre, piment mexicain et citron vert. Saler à peine. Juste un trait d’huile d’olive.

Mercredi 15 octobre 2025. 23h30.

Pascale est venue prendre un verre rue Danville. Manière d’y dépendre la crémaillère. Notre déménagement se précise. Nous serons bientôt dans les cartons.

Mardi 14 octobre 2025. 20h45.

La consultation avec Bruno Genevray m’a rassuré un peu. Il dédramatise. Il apaise. L’après-midi était beau. Je me suis offert une grande balade. De Saint-Germain au Pont-Neuf, au Palais-Royal. Traversé les Tuileries, rejoint les Invalides. J’ai retrouvé Amélie au Primerose, avenue de la Motte-Picquet, avant son cours de Pilates. J’ai pris le métro pour rentrer.

Lundi 13 octobre 2025. 18h00.

Mon père est né aujourd’hui. Il aurait cent-vingt-deux ans. Je me souviens que Jeanne Calment, la supercentenaire, était morte à cet âge-là à la fin des années 1990. Lui est parti à quatre-vingt-trois ans, devenu impotent après une attaque en 1980. J’ai oublié ses années de déchéance. Elles ont pourtant été terribles. À son enterrement, ma mère avait choisi une lecture du Livre de Job (2.6 à 8). L’Éternel dit à Satan : Voici je te le livre, seulement épargne sa vie./ Satan se retira de devant la face de l’Éternel. Puis il frappa Job d’un ulcère malin, depuis la pointe du pied jusqu’au sommet de la tête./ Et Job prit un tesson pour se gratter et s’assit sur son fumier. Je voyais Mme Rosales en fin de matinée pour la lecture commentée de mes analyses. D’un côté, ça irait plutôt bien. Ça l’a d’ailleurs laissée un instant perplexe. Vous prenez quelque chose ? – Ben non, rien, à part ces fichus cachets. De l’autre, mes reins ont l’air de ne pas fonctionner très bien. D’où de nouvelles analyses à faire en novembre, un rendez-vous à prendre pour un doppler avant de consulter un nephrologue. Tiens, une spécialité qui manquait à ma panoplie d’égrotant. Claire et Emmanuel étaient à Paris pour deux jours. Ils logeaient chez Agnès et François, rue de la Tour. J’ai rejoint pour le déjeuner toute une tablée familiale puisqu’il y avait aussi Jérôme et les enfants, Marie, la sœur d’Agnès, sa fille Aurélie et ses petites-filles.

mardi 25 novembre 2025

Vendredi 10 octobre 2025. 23h55.

Marie est venue dîner rue Danville. Elle a apporté du champagne et un petit rosier en pot. Elle semble en forme. Du moins je crois. Je l’espère de tout coeur. Salade de fruits de mer, raviolis au basilic, barbera d’Alba. Un menu retour de Turin en quelque sorte.

Jeudi 9 octobre 2025. 18h05.

J’ai déjeuné avec Fabienne chez Marty, cette brasserie Belle Époque des Gobelins désastreusement rénovée (comme le Zeyer, et tant d’autres) dans les années 1980, mais qui reste cependant une bonne adresse. Nous y fêtions, si tant est que cela se fête, notre anniversaire de jeunes septuagénaires : tous deux nés le même jour de la même année. Nous nous étions perdus de vue pendant près de trente ans après avoir partagé les années d’études en service social, le travail en psychiatrie adulte, les premiers écrits dans les revues. Une vraie amitié de jeunesse pour moi qui n’en ai conservé aucune. Je me demande bien pourquoi je n’ai pas fait l’effort de les retenir un peu. J’avais rendez-vous juste après avec Caroline Hoctan. Elle m’avait contacté en février au moment de la parution de son troisième roman, La fabrication du réel. Elle se souvenait que j’avais rédigé en 2004 un petit papier sur le premier, Le dernier degré de l’attachement. J’en avais gardé le souvenir à la fois persistant et ténu d’une histoire ressassée, renouvelée, reprise, d’île et de père perdus. Ça m’avait assez remué à l’époque. J’avais même noté ce court passage dans mon carnet : Mon père nage toujours. Je vois apparaître et disparaître à la surface de l’eau, pareil à tous ces détails insignifiants qui retiennent mon attention. Plusieurs fois, je le perds de vue. Lorsque je le distingue à nouveau, il semble infiniment loin. Je suis revenu sur cette image dans le dernier petit chapitre de mon Officier de fortune. Elle avait fait doucement son chemin. Le Monde m’a commandé une brève sur La fabrication du réel. Je me suis contenté d’essayer de donner envie de s’abandonner à cette étrange machine d’identité, d’origine, de faux pactes et de faux semblants. Une sacrée Tangle tale. Nous nous sommes retrouvés au Canon de Gobelins. Très vite dans une sorte de proximité confiante. A suivre, vraiment. Elle est entre la Gironde et Paris. Ce serait bien le diable si nous n’arrivions pas à faire coïncider nos agendas de temps en temps.

lundi 24 novembre 2025

Mercredi 8 octobre 2025. 20h50.

Analyses au laboratoire avant mes rendez-vous de la semaine prochaine. Aujourd’hui Laurence, la cousine d’Amélie, était opérée à Rouen pour un cancer du rein. J’ai repensé à Un jour, on entre en étrange pays de Colette Mazabrard paru chez Verdier en 2019 où elle tient la chronique compliquée, douloureuse, inquiète de l’intervention qu’elle a dû subir, elle aussi, pour un rein malade et du temps brouillé qui s’en est suivi. Elle parle de la peur qui avec les semaines étrangement s’apprivoise J’avais écrit un papier pour Le Monde. Avec peine. Tant cela était et reste au cœur de mes propres angoisses. Rendez-vous pour un café au Naguerre avec Jean-Pierre, notre propriétaire. Depuis qu’il a décidé de mettre en vente l’immeuble en mai, il était préoccupé de savoir ce que nous avions arrêté. D’autant que comme il nous avait signifié notre congé après le renouvellement du bail, nous pouvions rester jusqu’en 2028. Passer trois années ainsi risquait toutefois de devenir vite bien peu « confortable ». Il était peut-être temps, au fond, de quitter cet appartement devenu vétuste et qui réclamait des travaux, d’électricité, de plomberie, etc. Nous avons cherché un moment à louer dans le quartier avant qu’Amélie réalise qu’avec l’argent qu’elle avait de côté, il y avait peut-être un montage à faire pour acheter. Nous nous sommes mis en quête. L’impératif : moins de vingt minutes à pied de la gare et du train pour Granville. Et après avoir regardé les annonces, beaucoup beaucoup visité (essentiellement Amélie), nous avons trouvé un trois-pièces boulevard du Montparnasse où je crois que nous serons bien. J’ai annoncé à Jean-Pierre que nous avions donc un projet et je l’ai senti, d’un coup, vraiment soulagé. Certes, nous aurions pu jouer la montre et gratter un peu d’argent, mais ce n’est pas notre genre. Ça va faire étrange quand même de quitter le quartier. Pris un verre à la Perle avec Pascale et retrouvé Amélie rue Danville. J’ai acheté chez Constance des mirabelles, son fruit préféré. Mais ce sont les toutes dernières. Pour de bon, la saison est finie.

mercredi 19 novembre 2025

Mardi 7 octobre 2025. 23h10.

Je pensais faire quelques courses pour le dîner en arrivant, mais moi aussi mon train a eu des problèmes. Et vraiment près de l’arrivée. Tous les convois ont été stoppés après que quelqu’un s’est jeté sur les voies à Malakoff. Accident grave de personne comme ils disent. Nous étions à quai en gare de Meudon. Plutôt que d’attendre au moins deux heures que le trafic soit rétabli, je suis descendu (comme la plupart des voyageurs) pour récupérer le RER C à l'autre bout de la ville. Ressassé en chemin le souvenir d’histoires de morts violentes quand je travaillais au Service de santé mentale du VIIIe. Pauvre bougre.

Lundi 6 octobre 2025. 18h00.

Demain je pars à Paris pour une grosse semaine. J’ai déposé La Harpe à Coudeville. À peine la portière ouverte, elle file retrouver Nours et Terracotta, les deux bergers australiens de Séverine. Là-bas, c’est vraiment sa deuxième maison.

Dimanche 5 octobre 2025. 23h55.

J’ai terminé mon papier pour Le Monde sur Du côté des vivants, le dernier texte de Violaine Bérot. Une tragi-comédie à sa manière sur la fin de vie dans le huis-clos d’un hôpital de province. Cela fait bien longtemps que je suis ses livres. J’avais écrit tout de suite sur Jehanne, son premier roman en 1995. Et quand après presque quinze ans de silence, elle avait refait surface chez Lunatique, un éditeur de Mayenne, je lui ai fait rencontrer Pascale. Du côté des vivants est le sixième qu’elle publie chez Buchet. Comme quoi… Le train d’Amélie a heurté une famille de sangliers en balade nocturne entre Vire et Flers. Elle est arrivée très tard rue Danville.

Samedi 4 octobre 2025. 20h45.

M. Hervieux nous a livré le bois de l’hiver. Deux cordes. Comme son nouveau camion ne passe plus sous la pergola, il a dû déverser les bûches à l’entrée du portail. Il a fallu escalader. Nous avons fini de ranger sous l’auvent à la nuit tombée. Marie-France, notre voisine d’en-face avait aussi refait sa réserve. Elle est venue partager avec nous le verre du travail accompli.

Jeudi 2 octobre 2025. 22h15.

Amélie est arrivée au train du soir. Enfin.

Mercredi 1er octobre 2025. 19h45.

C’est la fête de sainte Thérèse de Lisieux, sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus. Et justement hier, en essayant de mettre un peu d’ordre dans les rayonnages de mon bureau, je suis tombé sur Histoire d’une âme. Passé un moment à lire au milieu du foutoir des piles de livres. Dans le premier chapitre, elle raconte un rêve qu’elle a fait fillette, où seule au jardin, elle aperçoit deux diables qui font mine de se jeter sur elle mais qui vite s’enfuient, comme terrorisés. Elle écrit : Sans doute, ce rêve n’a rien d’extraordinaire ; je crois, cependant, que le bon Dieu s’en est servi, afin de me prouver qu’une âme en état de grâce n’a rien à craindre des démons qui sont des lâches, capables de fuir devant le regard d’un enfant. Ce passage m’a étrangement remué. Mes pensées bourdonnaient en essaim désordonné. Je crois que j’ai perdu confiance. Je reste toujours inexplicablement entravé.

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