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mercredi 5 juillet 2017

Samedi 24 juin 2017. 18h50.

Vraie surprise. Séverine et Gérald qui emmenaient Thomas visiter le Mont-Saint-Michel pour ses dix ans (il est du 5/6/7, c’est pourtant simple mais cette année encore j’ai réagi en retard) ont réalisé que Carolles était sur leur chemin. Ils sont venus déjeuner. J’avais justement acheté un énorme grondin la veille qu’Amélie a fait au four avec une sauce fraîche aux herbes. J’ai embarqué Thomas voir mon minuscule musée du couloir. Je savais que ça lui plairait. Depuis tout petit, il s’intéresse en effet à l’histoire naturelle. Il est passionné d’insectes, et pas seulement. Ramasse tout ce qu’il trouve, élève des chenilles et des escargots. J’ai encouragé comme j’ai pu (on se voit peu, malheureusement) ce qui ressemble fort à une vocation. Lui offrant des guides, des boîtes de papillons et de coléoptères (ici, il est reparti avec une mue de mygale). Je me sens très proche de ce gamin rêveur et doux. Amélie, Clémence et Louise ont passé l’après-midi à la plage. J’ai travaillé un peu à mon papier sur le livre de Paviot.

Vendredi 23 juin 2017. 23h50.

J'ai été rendre visite à Mme Bassard à l'hôpital. Colette, une de ses filles était là. Il fallait pas venir ! - Mais je passais juste à côté... Nous avons échangé quelques mots. Elle est lasse, dolente. Elle attend. J'ai promis de revenir la voir. Ne vous dérangez pas pour moi ! Nous sommes allés chercher Clémence à la gare. Elle est la marraine de Louise (et la filleule d’Amélie !). Dîner au Comptoir chez Patricia et Michael Fontaine pour fêter conjointement l’anniversaire de Louise, le poste d’attachée parlementaire de Clémence et mon prix de l’Académie. Champagne !

Vendredi 23 juin 2017. 18h40.

Marché à Jullouville, balades sur la falaise avec la Harpe. Courses à Granville pour dénicher le Levi’s (d’anniversaire) de ses rêves. Louise est contente. Elle rit aux éclats. Et moi je me sens tout remué de son évident et fugitif bonheur.

Jeudi 22 juin 2017. 23h00.

Dans le chemin, j’ai croisé Claude, le fils de Mme Bassard, avec Véronique, sa femme. Ils revenaient de l’hôpital de Granville. Ma vieille voisine a été transférée de celui d’Avranches hier. Le chirurgien a attendu là-bas plusieurs jours avant de se décider à l’opérer. Et depuis l’intervention, il ne s’est rien passé. On l’a abandonnée un peu à son sort. Comme elle ne peut plus lire ni regarder la télévision (elle souffre de dégénérescence maculaire), les journées ont été pour elles interminables.Sans parler de l'ankylose et de la douleur. A Granville, elle est censée commencer une rééducation progressive. On verra. Je suis allé chercher Amélie à la gare. Elle était avec Louise, treize ans début juillet, qui passe le week-end avec nous. C’était prévu de longue date. Je suis content. J’aime beaucoup cette gamine, si prompte à s’enthousiasmer, si curieuse de tout. Elle doit lire Les trois mousquetaires pendant l’été. C’est vrai que c’est ton livre préféré ? Pas faux. J’y remets le nez souvent. Plusieurs fois par an. Par bribes. Souvent les mêmes chapitres de cette longue histoire, des Mousquetaires au Vicomte. La thèse et le Carême d’Aramis, la conversation de Richelieu et de Milady surprise grâce aux tuyaux de poêle de l’auberge du Colombier-Rouge. Les retrouvailles (vingt ans après) de d’Artagnan et d’Athos au château de la Fère, l’évasion du duc de Beaufort. Raoul dans l’abbaye de Saint-Denis, la mort et le testament de Porthos. Ce serait bien si tu me le lisais. Pourquoi pas… Et me voilà, après dîner, commençant : Le premier lundi du mois d'avril 1625, le bourg de Meung, où naquit l'auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle. Plusieurs bourgeois, voyant s'enfuir les femmes du côté de la Grand-Rue, entendant les enfants crier sur le seuil des portes, se hâtaient d'endosser la cuirasse, et, appuyant leur contenance quelque peu incertaine d'un mousquet ou d'une pertuisane, se dirigeaient vers l'Hôtellerie du Franc-Meunier, devant laquelle s'empressait, en grossissant de minute en minute, un groupe compact, bruyant et plein de curiosité. - Attends, attends, je ne comprends pas tout. D’expliquer alors cuirasse, mousquet et pertuisane. De confirmer que les huguenots sont bien des protestants. Et d’assurer qu’on reparlerait bientôt de La Rochelle. Nous avons mis ainsi un bon moment à démarrer l’histoire, débarrassant le texte de ses embûches. Louise s’accrochait, s'accrochait. Et puis d’un coup, elle était accrochée.

mardi 4 juillet 2017

Jeudi 22 juin 2017. 16h40.

Un premier message. Puis un autre. Et puis une dizaine d’autres. Je suis allé m’asseoir au jardin. La liste des prix de l’Académie française vient d’être publiée : j’ai le prix de poésie Paul-Verlaine pour L’herbier des rayons.

Mercredi 21 juin 2017. 18h30.

Grâce à Anne-Marie, mes interrogations de traduction à propos des géraniums noueux (knotted cranesbill) ont été levées. Le bill qui me posait problème se trouve en fait synonyme de beak. Bill s’emploierait pour désigner des becs allongés. Et donc cranesbill se rapporte bien à la forme du fruit des géraniums : des becs de grue. Ouf ! Cela doit faire une bonne semaine que je les ai plantés. Ils souffrent de la chaleur. J’arrose.

Mardi 20 juin 2017. 16h20.

J’ai reçu un message d’Eléonore Pétillot, la jeune femme qui a créé le chenil « libre » où j’ai déjà confié La Harpe trois ou quatre fois. Il règne là-bas une joyeuse atmosphère de colonie de vacances. Mais l’Arche de Léo est bien plus qu’une pension animale hors du commun. C’est une ferme-refuge pour les bêtes abandonnées, maltraitées, en attente d’adoption. Et il se trouve de tout là-bas : des chiens et des chats bien sûr, mais aussi des chevaux, des moutons, des chèvres, des poules et des canards. J’en passe. Un petit miracle de coexistence. L’endroit est en péril. Un enquêteur de la Direction départementale des services vétérinaires, nouvellement nommé et obsessionnel de la réglementation, menace de le faire fermer dans moins d’un mois (il y a aussi une amende conséquente à la clé) si les clôtures tout autour ne sont pas dressées à deux mètres, et si n’est pas aménagé, dans le même délai, un espace exclusivement dédié aux chiens, avec un sol bétonné en pente, des murs isolés, lavables et désinfectables, une évacuation, une ventilation... Plus des pinailleries diverses. Et Eléonore Pétillot d’appeler au secours, car le montant des travaux (sans avoir recours à une entreprise) avoisine les 10 000 €. Elle a lancé une cagnotte à laquelle j’ai participé du mieux que j’ai pu. Son Arche ne mérite pas ce cauchemar bureaucratique. J’espère qu’elle va s’en sortir vite, et au mieux. Raphaëlle m’a commandé un papier sur le livre de Christophe Paviot, Traversée dans la région du cœur. Ca parle de cette peur de tout perdre qui saisit à la naissance d’un enfant et dont ne se défait jamais. Je m’en souviens. J’avais tenté de l’exorciser dans La ballade de Lola. Je ne l’ai pas perdue.

Lundi 19 juin 2017. 22h50.

J'ai été touché par le livre d’Anne Vallaeys, moins par le récit en lui-même de sa longue marche le long de l’ancienne carraire des Arlésiens, la routo, que suivaient autrefois les bergers et leurs troupeaux pour rejoindre les alpages (quelques 380 kilomètres de périple entre Arles et le vallon du Laverq dans les Alpes de Haute-Provence) que par la manière dont elle l’éclaire, pas à pas, par la présence quotidienne de Michel Darluc, le naturaliste du XVIIIe, dont elle a glissé dans son sac l’Histoire naturelle de la Provence. Je connaissais le nom de Darluc pour l’avoir pioché au hasard dans Jean-Henri Fabre et avoir lu, en marge de Bernardin de Saint-Pierre quelques lignes sur le jardin botanique d’Aix-en-Provence qu’il avait créé. Fascinant personnage, érudit, touche-à-tout, et poète à ses heures, qui composa, aveugle à la fin de sa vie, ce grand ouvrage de ses pérégrinations attentives à travers la Provence. Encore un doux fantôme littéraire. Le Sander’s white au-dessus du portique est somptueux. Il est le dernier à fleurir au jardin. Après il n’y aura plus, presque au hasard, que quelques éclosions timides. Je l’avais planté tout au début des années 2000 avec une clématite à petites fleurs rouges dont j’ai oublié le nom et qui a disparu. Il est allé au-delà de toutes mes espérances. Pendant trois (courtes) semaines, ce rosier est une merveille. Jean-Pascal est venu dîner avec Agathe. Il a hâte de s’installer ici pour l’été. Début juillet peut-être.

lundi 3 juillet 2017

Dimanche 18 juin 2017. 23h00.

Petit drame au réveil. Je sortais de la chambre lorsque j’ai aperçu, dans le couloir, La Harpe, tranquillement couchée devant la porte entrouverte des enfants. Dans le couloir ! Je n’ai pas la prétention d’affirmer que j’ai correctement dressé cette chienne. En promenade, elle tire sur la laisse à vous faire des tendinites, si on la lâche, elle disparaît sous le grillage des propriétes privées, sinon elle s’évanouit dans le bocage et ne daigne revenir que longtemps après. Elle ne répond à son nom quand ça l’arrange et ne veut absolument pas comprendre les ordres, pourtant serinés depuis qu’elle est chiot : Doucement ! et Ne saute pas !. Sauf que je lui enseigné très tôt d’être propre, qu’elle a vite su qu’il ne fallait jamais abîmer un livre, voire le moindre papier qui traîne, et qu’elle a interdiction absolue de pénétrer dans la couloir où est ma petite collection d’histoire naturelle avec tout un encombrement de fragiles flacons, de boîtes d’insectes et d’animaux empaillés. Ce d’autant plus que nous y avons fait poser du sisal, revêtement fragile s’il en est. Elle l’a toujours respectée (au début avec une incompréhension triste…), et pour moi la chose était réglée. Je n’ai pas eu à élever la voix ce matin. Dès qu’elle m’a vu, elle a filé, toute pénétrée de l’effroi de sa transgression. Sauf que dans son saisissement,elle s’est oubliée… sur le sisal. La tache (filante) ne partira jamais. Indélébile souvenir. Mais que faisait-elle là ? Et comment a-t-elle ouvert la porte du couloir. Voire, qui lui a ouverte ? J’ai commencé à travailler sur mon papier pour Le Monde sur Hautes solitudes d’Anne Vallaeys, son long périple à pied d’Arles aux Alpes de Provence sur la route des troupeaux. Amélie a emmené les enfants à la plage. Je les ai rejoints à Jullouville, au Casino. Nous avons pris un verre en terrasse face à la mer. Il aura fait très beau ces trois jours. On revient quand ? a dit Gabrielle. Tu as oublié de faire le spectacle de marionettes… Je les ai accompagnés à la gare à 17h00. Repris mon papier.

Samedi 17 juin 2017. 19h00.

J’ai écrit mon papier pour Elle sur L’enfant qui, le dernier texte de Jeanne Benameur. Amélie était au marché avec les enfants. Ils sont revenus triomphalement avec des homards. Gabrielle les adore. Je la revois il y a déjà longtemps, sur sa chaise haute, en boulotter un avec de petits grognements de satisfaction. C’est bon… Elle n’avait pas trois ans. Seulement voilà. Elle a grandi et j’ai bien senti, à table, qu’elle n’éprouvait plus la même passion gourmande. Elle mangeait à longues dents. Déçue. Oui, j’aime bien, mais… En fait, elle se bagarre avec ce qui lui reste d’images de sa « première enfance ». Elle cherche à revivre les sensations, les petits et grands bonheurs dont elle sent bien qu’ils s’enfuient. Ca la rend désemparée et inquiète. Elle hésite, elle évite, elle regrette. Ca la rend, oh, à peine, malheureuse. Mais quand même. Mais déjà. Antoine, lui n’a pas ce genre de soucis. Ce qu’il cherche à faire, c’est voir jusqu’où il peut aller trop loin. Il teste la patience (ou la résistance) des autres. Va jusqu’au bout de l’odieux et s’efforce de balayer l’orage qui vient avec un regard doux et charmeur, avec un beau sourire. Ce midi, je ne sais plus quelle remarque l’a contrarié. Il s’est mis à faire la tête. Puis s’apercevant que son attitude laissait tout le monde indifférent, il a fixé Amélie droit dans les yeux, a pris sa canette d’Orangina et consciencieusement, toujours en la regardant, en a versé tout le contenu sur son homard. Au chapitre des souvenirs, je crois qu’il n’oubliera pas de sitôt la retentissante paire de claques qu’il a reçue.

Vendredi 16 juin 2017. 20h30.

A dix heures, les petits dormaient encore. Tant mieux. Hier, nous avons dîné tard, et je leur ai lu tous les albums de Caroline qu’ils voulaient. Aux Indes, au ranch, au pôle Nord, aux sports d’hiver, à la mer, sur la lune, à travers les âges. Bon, là c’est vraiment la dernière… J’ai reçu un nouveau colis de l’horticulteur. Le même que la dernière fois. Le bon en fait. Celui de mardi dernier aurait dû lui être retourné. J’ai téléphoné par précaution. Gardez-les deux ! Nouvelles plantations d’anémones donc. September charm à l’arrière de la maison et Pamina dans la plate-bande près des rosiers. Si tout cela prend, le résultat risque d’être beau. Gabrielle voulait m’aider. Elle s’est vite lassée. Amélie l'a emmenée avec Antoine à la plage. Je finissais d’arroser juste comme ils rentraient.

Jeudi 15 juin 2017. 21h50.

Amélie est arrivée par le train du début de soirée. Avec elle, Gabrielle et Antoine que leurs parents nous ont confiés pour le week-end. Grosse valise, sacs à dos, casques de vélo. J’ai entassé tout le monde dans la 4L. Et La Harpe ? ont demandé les enfants tout de suite en montant. – Tu vois bien comme la voiture est pleine avec vous et tous vos bagages. Elle vous attend à la maison.

Mercredi 14 juin 2017. 21h15.

Richard Morgiève est d’accord pour venir à Carolles fin août pour nos Rencontres littéraires. Je suis ravi. Mieux, ça me fait un immense plaisir. Parce qu’il est un grand écrivain. Et aussi parce qu’il est quelqu’un de bien. Nous nous sommes croisés et recroisés. Je l’avais rencontré la première fois, en 2004 ou 2005. Il venait de publier Vertig chez Denoël, le roman de la disparition de soi-même dans soi-même, comme il m’avait dit. Un gigantesque foutoir intime en fait. Son personnage lutte pour ne pas se laisser détruire par un virus informatique appelé Moby Dick. Un grand coup de mâchoires et tout peut être englouti. À commencer par la conscience. Le voilà qui lutte fouillant chaque recoin de son passé connu. Et comme cela ne suffit pas, allant chercher plus loin dans les profondeurs du non-dit, du non-su, du non-compris. Une quête abyssale menée avec l’énergie du désespoir. Depuis une trentaine de livres, il s’agite Morgiève. Il se débat. Il a fait avec sa déchirure d’orphelin. Sa mère morte quand il avait sept ans. Le suicide de son père à treize. Lui qui a voulu contenir, retenir, le flux de son œuvre, en ordonnant ses textes dans des séries de diptyques, de triptyques, de trilogies, le laisse échapper sans réserve dans Les hommes qui paraît à la rentrée. Une histoire de mauvais garçons et de bonnes étoiles où tout se rejoint, où tout se rassemble. Où tout est emporté. Raphaëlle devrait me confier le papier pour Le Monde. Mais je suis surtout content de le revoir après ces années. J’ai emmené la chienne chez le vétérinaire. Cela faisait un moment que son œil droit coulait. En fait, son canal lacrymal est bouché. C’est la race, m’a dit la jeune femme qui nous a reçus (ce qui veut dire que ses yeux tombants et rouges qui lui donnent en permanence l’air mélancolique, ramassent toutes les cochonneries possibles). Rien de grave. Elle a subi une minuscule intervention qu’elle a bravement supporté. Et je dois lui administrer un collyre pendant une semaine.

mercredi 21 juin 2017

Mardi 13 juin 2017. 19h20.

Livraison de mes anémones du Japon. Je ne les attendais plus. J’avais téléphoné la semaine dernière à la pépinière pour me plaindre du retard. On m’avait répondu que le colis avait été mal adressé et qu’on m’en renverrait un autre. Je crois que c’est le premier envoi qui est arrivé aujourd’hui. Les végétaux étaient pour le coup vraiment fatigués. J’ai planté. Arrosé très longuement. Il commence à faire vraiment chaud.

Lundi 12 juin 2017. 22h10.

M. Mitaillé est venu couper l’herbe, me débarrasser du gros tas des branchages que j’avais accumulés devant la barrière au fur et à mesure de mes « nettoyages » au jardin. M’agrandir aussi une plate-bande. J’ai fichu en l’air le nouveau plan de mon livre. Les enchaînements, ça ne va pas, ça ne va pas. Je suis resté cinq heures à mon bureau sans pouvoir écrire un mot. Je crois que je n’y arrive plus du tout.

Dimanche 11 juin 2017. 20h50.

1er tour des élections législatives. Nous nous sommes levés tard. Amélie tenait le bureau de vote pendant une partie de l’après-midi. Du coup nous avons déjeuné à l’heure du goûter. Drôle de journée.

Samedi 10 juin 2017. 17h00.

Cela fait des mois que Pôle emploi me harcèle pour que je mette mon CV « en ligne » sur le site. Là, j’étais menacé, si je ne le faisais pas, de devoir répondre à une convocation obligatoire dans le cadre d'un accompagnement à la recherche d'emploi en intégrant les outils digitaux. Quel alléchant programme. J’ai cédé. J’ai rempli les cases de leur espèce de CV basique. Ca ne veut rien dire et ça ne sert à rien, mais ils me ficheront la paix. Enfin, je l’espère. Le seul souci de cette administration est de faire rentrer les gens dans des cases. Ils ne se cachent pas de leur inutilité d’ailleurs quand on les rencontre. Cela m’a rappelé ce que m’avait raconté un jour Mathias Enard. Comme il avait dû s’inscrire au chômage pour une courte période, il lui avait fallu subir tout un questionnaire de la part d’une dame. Et quelle est votre spécialité ? , lui avait-elle demandé. - Bah, je suis traducteur du persan et de l’arabe… Bien évidemment, l’option n’existait pas sur le formulaire. C’est comme cela que sur sa fiche de profil d’emploi, à la rubrique « spécialité », il était noté : « autres spécialités ». Je ne sais pas pourquoi je m’astreins chaque mois à maintenir mon inscription comme demandeur d’emploi, sachant que je ne touche plus un centime depuis des années et que je ne tire aucun autre bénéfice de cette assiduité. Sauf peut-être pour affirmer (mais face à qui ?) mon statut de précaire.

Vendredi 9 juin 2017. 18h30.

J’ai reçu les géraniums noueux que j’avais commandés. Je les ai installés derrière la maison à la mi-ombre de la vigne. J’espère qu’ils vont se plaire et proliférer. Couvrir tout le côté de l’allée. Petites fleurs roses tirant sur le violet aux pétales en forme de cœur. Il y en avait des quantités au pied des arbres à Chigwell, chez Mr. et Mrs Palmer. Je me souviens bien nom anglais : knotted cranesbill. J’avais dû être frappé par l’idée d’un « crâne ». Ce qui n’a rien à voir. Evidemment. Crane en anglais, c’est une grue ou un héron. Cela fait peut-être allusion à la forme allongée et pointue des fruits. Comme un bec d’échassier. Sauf que bec se traduit par beak… Je crois que vais en rester à l’improbable « bille de crâne » ou « crâne de Bill » de mes sept ou huit ans.

Jeudi 8 juin 2017. 23h50.

Le train d’Amélie est tombé en panne en rase campagne, dans l’Orne. Avant qu’on rapatrie les voyageurs jusqu’à Flers, j’ai eu largement le temps de faire le trajet en voiture jusque là-bas. Presque une heure et demie pour faire les quatre-vingt kilomètres et quelques quand même... Nous avons pu être à Carolles pas trop tard. Pas comme les autres malheureux naufragés de ce Paris-Granville qui ne sont arrivés qu’au petit matin. Quelle épouvantable ligne. Il ne se passe pas un mois sans un retard conséquent. J’ai coupé une belle tranche de thon rouge en tartare, mélangé avec des herbes du jardin, fenouil, pimprenelle, basilic et quelques petites têtes d’ail frais. Remué une salade. Nous avons soupé à la tombée de la nuit.

Mercredi 7 juin 2017. 19h20.

Mme Bassard a eu un accident. A vélo, elle n’a pas vu une voiture arrêtée près de la salle des fêtes et l’a percutée de plein fouet. En tombant, elle s’est cassé la jambe. Ce qui est arrivé était hélas à prévoir. Au guidon de sa bicyclette, elle fonce à l’aveugle (ce qu’elle est ou presque). Une fois d’ailleurs, dans un chemin, elle avait failli me renverser. Tout droit ! Et à toute vitesse ! Sa vieille bécane connaît la route par cœur. Peur de rien puisqu’elle est dans la main de Dieu. A noter que tous les soirs (elle me l'a confié) elle prie pour ne pas se réveiller. A quatre-vingt-onze ans, elle en a assez, elle en a marre. Ce n'est plus une vie ! C’est ce qu’elle a dit en substance à la conductrice de la voiture qu’elle avait embouti : Si j’avais su, j’aurais roulé plus vite et tout aurait été terminé. A l’hôpital d’Avranches, où les pompiers l’ont emmenée, on lui a diagnostiqué une fracture du tibia, juste sous le genou. Il faudrait opérer si l’on veut espérer qu’elle remarche vite. Faute de quoi…

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