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mardi 4 avril 2017

Lundi 27 mars 2017. 16h50.

J’ai déjeuné avec Marie ce midi. Je l’ai attendue à sa galerie et nous sommes allés à l’Un des sens, un très bon bistrot du boulevard Hausmann (il ne faut pas s’arrêter au prétentieux jeu de mots de son nom). Bavardé de tout, de rien, très agréablement. De son boulot, de sa passion pour les jeux de rôle. De Julie, sa copine de crêche (elles ne se sont jamais perdues de vue) qui a le même âge, à deux semaines près, et qui part s’installer à Saint-Malo. Je ne sais pas qui sont aujourd’hui les amis de ma fille, c’est pourquoi je me raccroche à ceux de son enfance. Ceux que je connais. Julie, bien sûr, qui était de bien des mercredis, et des week-ends et des vacances, mais aussi Fabienne, Sarah. Toutes des jeunes femmes maintenant. Le temps a filé à toute vitesse et nous nous sommes rendus compte que nous avions passé près de deux heures ensemble. Je me sauve ! Je vais être en retard à la galerie. J'ai marché un peu dans le quartier, dans ce VIIe arrondissement de Saint-Augustin où j'ai travaillé si longtemps. Au service de santé mentale, rue de Lisbonne, d'abord. A Point de Vue, une dizaine d'années plus tard, rue Chauveau-Lagarde. Je rêvassais quand j'ai senti quelque chose de bizarre dans ma bouche, comme un petit caillou. C'était un bout de dent qui s'était détaché, laissant un vilain creux dans une molaire. Quelle horreur. Je m'en vais en morceaux. La même mésaventure m'était arrivée il y a longtemps (j'avais une trentaine d'années). Je me souviens juste de la panique qui s'était emparée de moi à l'époque. J'avais compris que je vieillissais. Aujourd'hui, j'ai simplement téléphoné au dentiste. Mais bien évidemment il ne pouvait pas me recevoir. Ni aujourd'hui, ni demain. Ni aucun jour de la semaine d'ailleurs. Il va falloir que je trouve une solution.

Dimanche 26 mars 2017. 22h20.

Nous avons attrapé une messe à Saint-Jacques-du-Haut pas. Ambiance guitare et renouveau charismatique. Pas tout à fait mon genre. Mais nous voulions assister à un office. Prier pour la maman de Sixtine qui se trouve à l’hôpital Saint-Antoine. Les chirugiens se sont contentés d’ouvrir et de refermer. Elle va quand même démarrer une chimiothérapie. Un verre au Rostand. En sortant, j’ai croisé Mme Lefrère. J’ai été en analyse avec elle pendant plus de dix ans (je me perds dans les dates). On s’est souri. Je lui dois beaucoup. Vraiment beaucoup. Il faudrait que je lui dise à quel point. Un jour... Dîner au Saïgon d’antan rue Monsieur-le-Prince (les meilleurs rouleaux de printemps que j’ai jamais mangés). Amélie y a ses habitudes. Nous sommes rentrés doucement à pied.

Dimanche 26 mars 2017. 19h40.

Nous avons déjeuné avec Louise. On s’écrit depuis des semaines. De longues lettres. Elle me raconte sa vie, ses envies, ses histoires de classe. Je ne sais pas combien de temps durera cette correspondance, mais j’en savoure le bonheur. Nous sommes allés la chercher chez elle à deux pas du marché aux livres (j’ai fait un tour mais je n’ai rien trouvé d’intéressant) et nous l’avons emmenée au Coffee Parisien, rue Princesse. Vrais hamburgers, galettes de pommes de terre, coleslaw, cocktails de jus de fruits : l’idée que je me fais d’un restaurant qui peut séduire une jeune personne de douze ans qui doit bientôt partir en voyage linguistique aux Etats-Unis. Elle a embarqué un sous-verre, le set de table avec les portraits des présidents américains. Je crois qu’elle était contente. Il faisait très beau. Promenade place des Vosges, visite rapide de la maison de Hugo. Parlé avec elle de Léopoldine et de l’exil à Jersey et Guernesey. Nous l’avions embarqué par là parce que tous les magasins sont ouverts rue des Francs-Bourgeois et que j’avais dans l’idée de lui offrir une montre (elle avait fait sa profession de foi la veille). Mais une fois chez Swatch, je ne la sentais pas vraiment emballée. Sauvageonne. Mais bien sûr, c’était ça. Je me suis souvenu qu’il y avait une coutellerie rue du Pas-de-la-Mule. Un couteau suisse avec plein de lames, ça te ferait plaisir ? Drôle de cadeau pour une communiante, mais là, j’avais tapé juste.

Samedi 25 mars 2017. 21h45.

Je suis arrivé très en avance à Saint-Denis. Il fallait prendre un bus là-bas, je ne savais pas combien de temps durait le trajet, j’avais peur de me perdre, enfin mes habituelles angoisses de Lapin blanc accroché à sa montre. J’ai traîné dans le seul café ouvert (vraiment pas terrible) avant de me retrouver, toujours bien avant l’heure, dans les parages de la bibliothèque. Il faisait beau, j’ai marché au hasard cherchant, sans succès, un autre bistrot au milieu des barres d’immeubles et des pavillons de banlieue. Même avec le soleil, c’était assez déprimant. Mais à la bibliothèque, il y avait tout un petit groupe de dames joyeuses, énergiques, qui s’intéressaient depuis un moment à la littérature antillaise et pour qui la venue d’un auteur haïtien était un événement. J’espère qu’elles en ont eu pour leur attente. Le débat avec Néhémy Pierre-Dahomey a, en tout cas, été chaleureux. Son roman, Rapatriés, déroule la vie difficile de Belliqueuse Louissaint, une femme haïtienne qui se laisse convaincre de faire adopter ses deux derniers enfants, après que la mort et la délinquance lui aient arrachés les aînés. Pierre-Dahomey fait le portrait de tout un peuple à travers son héroïne tragique. J’ai dû rentrer à Paris pour pouvoir repartir à Aulnay-sous-bois l’après-midi (un vrai casse-tête de le tenter au départ de Saint-Denis). Déjeuner sans intérêt au Terminus Nord qui est devenu une brasserie vraiment très médiocre. J’étais à Aulnay, cette fois pile à l’heure. Content de retrouver Véronique Ovaldé et de parler avec elle de son dernier livre, A cause de la vie. Un « roman graphique » si l’on veut, grand format avec des dessins de Sfar. L’histoire d’une fillette de douze ans qui vit seule avec sa mère dans un immeuble parisien et qui attend le prince charmant (le chevalier, le super-héros, le gentleman) qui va l’emporter loin d’un quotidien qui l’ennuie et qui l’attriste. Son libérateur sera en fait le petit garçon du sixième, venu demander à travers la porte si on ne peut pas lui prêter une pompe à vélo. Histoire d’amour de deux enfants qui ne veulent pas encore grandir. Pour Nathalie, Eugène va accomplir toute une série d’étranges épreuves. Il y a du Marcel et Isabelle du Temps des secrets de Pagnol dans cette jolie aventure. Pas grand monde malheureusement pour la rencontre. RER bondé par contre pour le retour. Le wagon ne s’est vidé qu’après Châtelet. Amélie m’attendait à la gare de Denfert. Elle revenait du Salon du livre. Je suis épuisée. - Moi aussi.

dimanche 2 avril 2017

Vendredi 24 mars 2017. 22h05.

J’ai préparé mes rencontres de demain pour le festival Hors limites. J’en anime une le matin à Saint-Denis avec Néhémy Pierre-Dahomey pour son premier roman, Rapatriés, au Seuil et l’après-midi, je suis à Aulnay-sous-bois avec Véronique Ovaldé. Amélie a passé la journée au Salon à rencontrer des producteurs de cinéma pour les livres de ses auteurs. Je l’ai récupérée fatiguée. Triste aussi, car elle avait appris que la mère de son amie Sixtine venait d’être diagnostiquée, à quatre-vingt ans, d’un très vilain cancer, et tout de suite hospitalisée. Dîner à la Forchetta à parler de cette dame que je ne connais pas et qu’Amélie aime beaucoup. Et de son mari Eric, qui ne sait plus rien faire d’autre que pleurer.

Jeudi 23 mars 2017. 23h10.

J’avais rendez-vous avec Raphaëlle dans un café près du Monde. J’en suis parti avec une vraie liste de commandes à égrainer jusqu’à l’été. Bonheur. Clotilde Escale et son si beau Mangés par la terre au Sonneur, Mal parti de Monique Jouvancy chez Buchet, Hautes solitudes de Anne Valleys à la Table Ronde, et Desbiolles, Costermans, Airodi, Leroy. A cause de la vie, aussi, ce texte si touchant d’Ovaldé sur la fin de l’enfance et le tout petit inédit de Pierre Sansot, Marginalité urbaine. Je suis très attaché à Sansot, disparu il y aura douze ans bientôt. Philosophe, mais aussi anthropologue, sociologue, écrivain, il était un observateur délicat de la vie sociale, laissant libre cours à son imagination, maître d’un véritable « réalisme » poétique, touchant et troublant. Je l’avais découvert avec Cahiers d’enfrance en 1989. Il a écrit une quinzaine de livres que j’ai tous lu, presque en connivence. Je voulais passer à Caractères. J’ai téléphoné avant. Bien m’en a pris. Nicole était restée chez elle. Epuisée. Minée de soucis. L’argent, le bail, la diffusion. Je prends des forces pour le Salon du livre ce soir. On s’y retrouve ? Peut-être. Je suis venu un peu à Paris pour cette soirée d’inauguration, mais je ne suis plus très sûr de vouloir m’y rendre. Trop de monde et de politesses. De Tu vas bien ?, de A bientôt ? sans lendemain. Pas envie de juste croiser dans la foule les gens que j’aime bien. Pas envie de parler de mes projets qui piétinent. Peur de me sentir triste. Ou aigre. Je le suis déjà assez. J’ai déjeuné avec Floryse pour ébaucher avec elle une toute première liste pour le prix Pagnol. Drôle d’année pour ce prix. Jacqueline décédée, la délibération ne se tiendra dans la maison du square de l’avenue Foch. Qui va être vendue, je pense. Et la remise ne pourra pas avoir lieu au Fouquet’s de l’avenue des Champs-Elysées, dans cette salle du premier étage où l’écrivain avait pris ses habitudes, il est en travaux. Il va falloir aller au Fouquet’s Enghien. J’ai fait la grimace. Un endroit magnifique, entièrement refait, au bord du lac, a tenté Floryse pour me dérider. N’empêche, c’est à plus de dix kilomètres de Paris. Le bout du monde, quoi. J’ai pris un taxi pour aller chez Pascale. Je m’inquiétais de son silence. Elle avait fini par appeler. Elle a trébuché dans la rue l’autre jour. Fait une mauvaise chute. Et s’est fracturé le poignet. Elle ne peut plus écrire et va être handicapée un bon moment. Nous avons bavardé une heure. Elle plaisante mais le cœur n’y est pas. Tu sais, le côté positif de cette histoire, c’est que, du coup, je ne vais pas aller à la soirée du Salon du livre. Nous avons ri. Ca a forcé ma décision : je n’irai pas non plus. J’ai retrouvé Amélie rue Daguerre pour prendre un verre et puis, nous sommes allés dîner à la Cantine du troquet. Œuf mayonnaise et onglet marchand de vin. Avec du « Rouge cerise » du domaine de la Croix-Gratiot. Le vin de chez Elisabeth et Yves, chez qui nous nous étions arrêtés, l’été 2015, près de Pézenas. Du coup nous leur avons envoyé un petit message.

mardi 28 mars 2017

Mercredi 22 mars 2017. 20h00.

J’ai prévenu Mme Bassard de mon départ, déposé La Harpe chez Brigitte et Yann. La chienne a compris que je partais pour un moment quand elle m’a vu embarquer dans la voiture son panier et son sac de croquettes. Un rien inquiète. Mais sa réserve interrogative a fait place à une joyeuse excitation dès qu’elle s’est rendu compte de la destination. Il faut dire que là-bas, pour elle, c’est le paradis domestique. Toute la maison lui appartient. Pas une pièce où elle ne puisse aller fourrer son museau. Elle n’essuie jamais la moindre remontrance. Yann la balade deux fois par jour, lui refile des tartines beurrées sous la table. Bref, il la caresse dans le sens du poil. A côté, je suis un tortionnaire. Déjeuné (mal, mais c’était sans surprise) au café de la gare à Granville. J’ai lu dans le train Outre-Terre de Jean-Paul Kauffman, son voyage en Russie, en 2007, sur le site de la bataille d’Eylau. Il aime, dit-il, aller voir quand il n’y a rien à voir. Comment mieux exprimer qu’il s’agit de la meilleure manière pour tout découvrir… Trajet à pied jusqu’à l’appartement. Les tilleuls de la rue Froidevaux étaient verts d’une multitude de bourgeons.

Mardi 21 mars 2017. 19h45

.J’ai repris le fichier du livre de souvenirs de Yann. Je crois avoir compris la raison de cette anarchique succession d’espaces dans ses pages. Le plus simple est sans doute que je m’occupe seul des corrections et que nous relisions le tout ensuite. Mais je ne peux pas m'en charger avant le semaine prochaine. Je pars à Paris demain.

Lundi 20 mars 2017. 20h50.

J’ai reçu un coup de fil de quelqu’un de Manche nature, l’association qui défend (très fermement) l’environnement dans le département. Ils remettaient aujourd’hui leurs conclusions au dernier jour de l’enquête publique ouverte au sujet du plan local d’urbanisme de Carolles. Sur les constructions, les parkings, la protection de la biodiversité et les paysages, je les rejoins totalement. Je crois que je vais adhérer. D’une manière ou d’une autre, il faut bien s’engager. La pétition initiée par les riverains de la route de la Croix-Paquerey a recueilli plus de cent-cinquante signatures et mon courrier d’alerte a beaucoup circulé. J’espère que cela permettra de mettre un peu en sourdine les malheureux projets. Tout est si fragile.

lundi 27 mars 2017

Dimanche 19 mars 2017. 23h20.

J’ai raccompagné Amélie à la gare. Il tombait une toute petite pluie. Je me suis dit que cela ferait du bien aux hortensias. Je n’aime pas quand on se quitte. A chaque fois. Je me suis mis à mon papier sur Pierre Adrian. Une phrase après l’autre. Ca va être long. Je vais me coucher tard.

Dimanche 19 mars 2017. 11h10.

Maman aurait eu quatre-vingt-dix-neuf ans aujourd’hui. Le jour de la saint Joseph, le prénom de son père. J’ai pensé à elle. J’ai pensé à eux. Au-delà du souvenir, j’ai tenté une prière. Mais c’est si difficile. Je ne sais plus prier. Mon Carême s’effiloche, je ne suis pas attentif, je ne suis pas à l’écoute. Je suis tout dissipé.

Samedi 18 mars 2017. 19h50.

C’est le printemps. Enfin presque. Dans deux jours. Mais ici il est arrivé. Les mimosas sont encore couverts de lourdes grappes jaunes. Les marronniers, les tilleuls sont en bourgeons. Dans le jardin, tous les bulbes ont fleuri. Les narcisses blancs, les jonquilles, les muscaris, les chionodoxas dans l’herbe. Les camélias ont largement éclot. Les magnolias chez Jean-Pascal aussi. Je suis allé les admirer avec lui l’autre jour. Des fleurs blanches, d’autres mauves, d’autres encore de toutes les nuances de rose. Il me décline en chemin le nom des variétés. Je les oublie au fur et à mesure. Comme depuis des années. Hélas.

Vendredi 17 mars 2017. 21h20.

Marie et Jacques Chauvet, les amis d’Abidjan de Claire et Emmanuel, sont venus déjeuner à la maison. Il arrivaient de tout un périple qui les avait conduits du Cannet jusque dans le Sud-Ouest, puis en Bretagne. Le soir, ils étaient attendus à Fécamp. Ils sont arrivés comme des rois mages, les bras chargés de cadeaux. Du bourgogne, du champagne, des calissons, des olives. Le repas a été très joyeux. Amélie les aime beaucoup. Et son affection est contagieuse. Sans réserve.

Jeudi 16 mars 2017. 22h00.

La journée de jeudi est longue comme un dernier jour de classe avant les vacances quand j’attends Amélie. Je m’occupe. Je ne fais pas grand chose. Et je pars à la gare de bonne heure. En avance. Pour pouvoir compter les minutes à rebours à la pendule du quai.

Mercredi 15 mars 2017. 23h50.

J’ai été donner un coup de main à Yann qui se débat avec le fichier du livre de souvenirs (ses souvenirs) qu’il a écrit pour ses enfants, sa famille, ses amis. Il l’a fait imprimer à une centaine d’exemplaires, mais le résultat s’est avéré catastrophique. Presque toutes les lignes sont hachées par de grandes espaces. C’est illisible. Le fabriquant accepte de lui faire un nouveau tirage. Du coup je lui ai proposé d’en profiter pour relire l’ensemble et de faire les corrections typographiques et de frappe. Il y en a beaucoup. Nous avons travaillé une partie de l’après-midi. Il m’a gardé à dîner. Brigitte était partie à son club de bridge. Je suis resté un peu tard, à bavarder. J’en avais besoin, je crois. Je vis comme un ours toute la semaine.

Mardi 14 mars 2017. 18h40.

Raphaëlle m’a commandé un papier sur Des âmes simples, le livre de Pierre Adrian, paru aux Equateurs. Cela faisait un moment que je l’avais proposé. Je suis vraiment content de pouvoir écrire sur ce texte et en même temps un peu inquiet de ne pas bien réussir à faire partager l’émotion que j’ai ressenti à sa lecture. C’est le deuxième livre d’Adrian qui est un tout jeune écrivain (il a vingt-cinq ans). Il a posé son sac, un mois de décembre, au monastère de Sarrance, en vallée d’Aspe, dans les Pyrénées. Et y a partagé le quotidien du frère Pierre, curé de campagne des douze communes et des dix-sept églises de la vallée, et moine prémontré, seul de sa communauté, dans son prieuré de montagne. Son récit est la chronique ordinaire des jours de ce prêtre de soixante-quinze ans qui se démène depuis un demi-siècle, là-bas, pour apporter la Bonne Parole et la consolation. Un quotidien fait de douleur et de doute, de prière, de partage, de sacrements. Apostolat et office divin. Des âmes simples bouscule doucement nos lassitudes et notre indifférence. Parce qu’il parle d’espérance et de vocation, de parole, de vérité. De l’engagement et des temps incertains. Magnifique.

Lundi 13 mars 2017. 22h00.

Je me suis résolu à écrire un genre de pétition à propos de cette histoire de nouveau parking sur la route de la Croix-Paquerey. Il y a un peu urgence, l’enquête publique est close à la fin de la semaine. C’est Norbert qui m’en avait parlé, il y a déjà un moment. 110 places ! 6000 m² ! Tu te rends compte ! Depuis les riverains s’étaient mobilisés. J’ai signé leur lettre de protestation. Bien sûr. Mais j’ai pensé aussi que, s’il fallait tenter d’étouffer ce délirant dessein dans l’oeuf, il existait, à-côté, une foule d’autres raisons d’être inquiets. Il serait question, dit-on, de développer le stationnement à la cabane Vauban, de « l’aménager » aux accès du port du Lude. Et il existe toujours le pharaonique projet de la plage, où l’on mettrait à bas les rangées de cabines pour qu’elles s’ouvrent dans un autre sens, et où l’on créérait une promenade avec (sic) des espaces de contemplation sur la mer, le tout devant ressembler à une sorte de Disneyland paysager pour bureaux d’études… Mais au-delà, et c’est plus préoccupant encore, la révision du plan local d’urbanisme qui est en cours tendrait à faciliter de nouvelles constructions, à densifier l’habitat et à étendre la commune. Une fois qu’on a bâti, qu’on a bouleversé les lieux, il n’est plus possible de revenir en arrière. Je trouve que notre pauvre village a été suffisamment saccagé pour qu’on ne poursuive pas cette folie. Voilà pourquoi j’ai tenu à diffuser un message ferme de mise en garde. Adressé à tous ceux qui aiment Carolles, où qu’ils habitent. Je cherche à alerter simplement, ce n’est pas grand chose. J’ai pensé à ma mère et à ses années de présidence de l’Association de défense de la vallée du Lude. Aux combats qu’elle avait menés pour préserver le littoral, pied à pied. Impossible de se taire.

mardi 21 mars 2017

Dimanche 12 mars 2017. 21h30.

Pierre Péju reprenait le premier train du matin. Très content de son court séjour. Il a même pris la carte de l’auberge. Je reviendrai ! J’ai acheté du pain frais pour notre petit-déjeuner. Messe à l’abbaye de la Lucerne. Sur le chemin du retour, nous avions un message d’Odile : Mme Bassard a fait une chute ce matin dans le village. Elle est rentrée chez elle. Pouvez-vous vous assurer qu’elle va bien ? Ce que j’ai fait à peine la voiture garée. J’ai trouvé une Mme Bassard hilare de sa mésaventure. Vous vous rendez compte ? Tout le monde me téléphone, tout le monde vient me voir. Je suis une vedette. Elle est tombée à l’entrée de la boulangerie, rendue difficile d’accès par les travaux qui occupent en ce moment toute la rue. Elle ne s’est fait aucun mal tant elle était emmitouflée. Juste une égratignure au genou. Quand je pense qu’il y avait un monsieur qui voulait appeler les pompiers ! La brume ne s’est pas levée de la journée. La gare de Granville était fantômatique lorsque j’ai accompagné Amélie au train du retour.

samedi 18 mars 2017

Samedi 11 mars 2017. 23h20.

Déjeuner « à l’espagnole » avec Pierre Péju (son train comme celui de la plupart des auteurs que nous accueillons arrive à Granville à 14h00). Temps un peu gris. Je l’ai emmené ensuite faire un tour à Saint-Léonard voir le Mont depuis l’herbu. Ca devient la promenade rituelle de ces samedis-là. Au débouché de Carolles, en haut des Châtelliers, on découvre vite la vue sur la Baie depuis les falaises de Champeaux, puis descente à Saint-Jean-le-Thomas par la route des Murettes, Genêts, en suivant la route du Bec-d’Andaine et enfin Saint-Léonard. L’endroit est surprenant de calme, de silence. Nous avons à peine échangé deux phrases tant tout ce paysage appelle au recueillement. Le soleil tombait doucement. Nous sommes arrivés juste à l’heure pour la rencontre. Vagabondages dans son œuvre. J’ai essayé de rapprocher ses livres bord à bord, histoires de mémoire et d’enfance, petites boucles des hasards et des coïncidences, réécritures du temps. Je lui ai fait parler un peu (pas assez) de E.T.A. Hoffmann et de cette unheimliche qu’il a tellement fait sienne, de sa vocation d’écrivain, de ses nombreux voyages. Comme il nous avait confié à midi qu’il préparait avec sa femme un grand voyage au Japon, Amélie a eu l’idée de d’inviter pour le dîner, Marie-Claire et Teiji, son mari. Teiji est japonais, traducteur auprès des tribunaux, spécialiste aussi des contrats d’affaire. Un expert en la matière. Et infiniment gentil, chaleureux. La conversation a roulé principalement, c’était prévu, sur le Japon. Marie-Claire et Teiji ont lui donné une foule d’explications, de renseignements pratiques. Pierre Péju était ravi. Nous sommes revenus aussi un bon moment sur Carolles, sur le bourg d’origine, et la mer, et la campagne alentour. Marie-Claire est la fille de Jean Rebel qui tenait, des années 1930 au début des années 1970, une boutique de photographe dans la rue principale du village. Il éditait ses cartes postales. Précieuses images. Après sa disparition, tout a été malheureusement dispersé.

vendredi 17 mars 2017

Vendredi 10 mars 2017. 22h10.

Jean-Pascal est venu m’apporter mes seize volumes du Cours de littérature de La Harpe. Une merveille. Je les ai empilés sur le guéridon. Je ne sais pas encore où les ranger. Il faut que je bouleverse ma bibliothèque. Préparé la rencontre de demain avec Pierre Péju. Dans La vie courante, qu’il a publié chez Nadeau en 1996, il y ce petit paragraphe, dans le dernier des trois courts textes d’un chapitre qui s’appelle « Le cristal des instants » (comment ne pas penser à son cristal du temps de Reconnaissance ?) : Mais comme tant d’autres lieux de la carte mentale, ce lac n’a jamais existé que dans un texte : ce texte. Pourtant je sais bien que ma mésaventure n’est pas un rêve et que des personnes réelles, des personnes vivantes peuvent en témoigner. Mais qu’importe ? Quelle différence ? « Car notre passé, qu’est-il d’autre qu’une suite de rêves ? Quelle différence y a-t-il entre se rappeler les rêves et se rappeler le passé ? Et c’est la fonction que remplit le livre. ». La dernière phrase, posée comme une citation, si elle n’est pas de lui, pourrait être de Borges...

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