SWFObject embed by Geoff Stearns (basic) @ deconcept

dimanche 4 juin 2017

Mardi 30 mai 2017. 20h00.

J’ai envoyé un mot à Floryse pour lui dire que je ne viendrai pas à la remise du prix Pagnol le 19 juin. Je dois être à Paris la semaine suivante pour des rendez-vous de médecins. Je ne veux pas, je ne peux pas, multiplier les allers-retours. Pour des raisons de sous bien sûr (à la longue tout cela me coûte très cher). Mais aussi parce que j'y gaspille encore un peu plus de temps que d’habitude. Dieu sait qu’il m’est rare et précieux. Je suis si lent. Lorsque je rentre du moindre déplacement, je passe deux jours à végéter, à ne rien faire ou presque rien. Et je m'en sens envahi de culpabilité, d’angoisse. J’espère qu’elle comprendra. Déjà, je n’étais pas là pour la délibération du jury, la dernière dans la maison de l’écrivain, square de l’avenue Foch. C’est Laura Alcoba qui l’a remporté dès le premier tour pour La danse de l’araignée, le récit tout en lisière sur son adolescence, l’exil en France et son père en prison, au loin, en Argentine. J’avais essayé de pousser A cause de la vie, le roman (« graphique » peut-être, puisqu’il est publié avec des dessins de Sfar) de Véronique Ovaldé, mais je me suis retrouvé, semble-t-il, assez seul dans ce choix.

Lundi 29 mai 2017. 21h50.

Mal dormi. Amélie aussi. La faute à la touffeur, au bruit de la rue entré par les fenêtres ouvertes. J’ai pris le premier train pour Granville. Arrivé sous l’orage. Je suis allé chercher directement La Harpe dans son chenil de vacances. A la maison, le jardin avait sombré sous la pluie. Les rosiers étaient à terre, les tiges couchées, les pétales amollis et fanés du trop d’eau. En faisant le tour des dégâts, j’ai découvert quelques fleurs juste écloses à « celui de Germaine » (que j’ai connu vieille dame et à qui mon père, gamin, tirait les nattes). Ma mère lui en avait demandé une bouture au milieu des années 1980. C’est Georgette qui avait retrouvé le nom à l’époque : Rosa Caura (ou Cora). Il s’agit d’un rosier gallique aux petites fleurs froncées, couleur violet d’évêque.Le pied qui était assez prospère avait progressivement disparu, étouffé par le buis et les bambous. Je vais le guider vers la lumière pour que ses branches se mêlent à celles du cotoneaster

lundi 29 mai 2017

Dimanche 28 mai 2017. 23h00.

Marché rue Daguerre. Un verre au Repaire de Bacchus à regarder, sans se lasser, le lent spectacle des gens qui passent. J’ai écrit mon papier sur La compagnie d’Ulysse de Jean-Marie Chevrier, une histoire de jeunesse lointaine et de rêves qu’on ne veut pas oublier. Il a fait chaud encore. Nous sommes sortis de la journée fatigués et un peu tristes. Il y avait longtemps que nous n’avions pas passé ensemble un dimanche à Paris.

Samedi 27 mai 2017. 22h40.

Nous avons bouclé les valises de ce court séjour. Au-delà de leur gentillesse et de leurs attentions, j’ai trouvé Emmanuel fatigué et Claire inquiète. Emmanuel se remet mal de sa chute sur l’épaule d’octobre 2016. Ses ligaments sont très abîmés, il continue de souffrir et n’a pas récupéré tous ses mouvements. Le (grand) spécialiste (international) qu’il consulte à Nice pense qu’il n’est pas nécessaire de l’opérer, en tout cas pas pour l’instant, et l’astreint à de douloureuses séances de rééducation dont il ne voit pas bien le bout. Et puis voilà qu’au début du mois on lui a découvert un problème à l’œil droit nécessitant une intervention urgente. Elle a lieu mardi prochain. Se plaindre n’est vraiment pas son genre à ce cher Emmanuel. Alors il relativise, il minimise, il fait le faraud, il fait semblant, il fait comme si. Et je l’admire de sa conviction à donner le change. Claire se débrouille comme elle peut avec tout ça. D’autant qu’elle porte aussi la fin sans cesse remise de sa vieille mère, tantôt à l’agonie, tantôt durablement revigorée. Et qu’il faut bien composer avec les sentiments contradictoires et culpabilisants que ce genre de circonstances réveille. Voyage en train sans histoires. A côté de nous, une petite Camille de deux ans ne cessait de babiller et j’ai pensé (c’était couru) à ma jolie nièce de Mexico. Elle n’était pas bien vieille cette maintenant jeune fille lorsque je l’ai connue. A Paris, la chaleur était étouffante. Nous sommes allés dîner en terrasse à la Forchetta. Carpaccio de thon et rosé d’Ombrie.

samedi 27 mai 2017

Vendredi 26 mai 2017. 20h15.

J’avais ramené de Carolles la grosse liane torsadée récupérée il y a bien des années maintenant de la glycine tentaculaire de la maison d’Anne-Christine et de Francis à Boursonne. Depuis le temps que je voulais en faire un vrai bâton de marche. Emmanuel m'a poncé les aspérités à la cassure pour en faire un pommeau doux au creux de la main. Il l’a teintée, cirée. Ferrée au bout d’une pièce d’un dollar libérien de 1966. Me voilà maintenant propriétaire d’un magnifique gourdin rudenté que j’ai hâte de promener avec moi dans les chemins.

jeudi 25 mai 2017

Jeudi 25 mai 2017. 19h10.

Le clocher de l’église de Magagnosc sonne les heures et un Ave Maria aigrelet. Ici je me laisse porter. Demain, il le faut, je me mets au travail. Je dois un papier à Raphaëlle pour lundi sur La compagnie d’Ulysse de Jean-Marie Chevrier.

Mercredi 24 mai 2017. 11h20.

Amélie est partie à Cannes de bonne heure ce matin. C’est sa dernière matinée au festival. Je suis resté à rêvasser à la fenêtre de la chambre. Les grands cyprès, les oliviers des restanques descendant jusqu’au chemin, les maisons accrochées au vert des collines et la mer qu’on devine, juste un trait bleu, très loin. Paysage virgilien.

Mardi 23 mai 2017. 23h20.

J’ai posté à Nicole deux petits mots d’accompagnement à Delphine Chaume et à Jérôme Garcin pour l’envoi presse de l’Œuvre complète de Bruno Durocher. Car ça y est, le dernier tome est enfin sorti de l’imprimerie. Après le volume de poésie À l’image de l’homme paru au printemps 2012, celui de prose Les mille bouches de l’homme en 2013, Métamorphoses de l’homme rassemblant son théâtre et ses essais en 2015, Les visages de l’homme est l'album chronologique de sa vie et de sa carrière littéraire. Illustré de photos, de lettres, de documents officiel : fragiles et émouvants témoins de papier. On y suit son douloureux périple, sa jeunesse dans les camps, son existence ensorcelée de mauvais rêves, franchie au gué de ses révoltes, ses insensés espoirs. Cela fera presque dix ans que Nicole m’a demandé d’assurer avec elle la direction de cette publication. Je m’en étais fait un devoir heureux. Manière d’être quitte, un peu, de cette main tendue de Durocher à mes poèmes de jeune homme de dix-sept ans. Pour Nicole c’est un soulagement et en même temps la fin d’un long deuil et le commencement d’une vraie séparation. J’ai pris le train de Nice gare de Lyon. Pas beaucoup travaillé pendant le voyage. Comme souvent, je me suis laissé happer par le paysage. Traversée de la France. Le blé est en herbe dans les champs. J’ai pensé aux Rogations. Mais bénit-on encore la terre ? Amélie m’attendait en gare d’Antibes. Retrouvé Claire et Emmanuel aux Margouillats pour trois jours.

Lundi 22 mai 2017. 22h50.

Marie a téléphoné ce matin. Sa grand-mère est morte à la maison médicale où elle finissait sa vie, l’esprit absent depuis de nombreuses années déjà. Elle ne m’aimait guère, cette dame. Je ne sais pas ce que ressent Marie de cette disparition. Elle ne se livre jamais. Je dirais volontiers « jamais plus », mais je ne saurais dater ce silence, cette discrétion infinie d’elle-même. Petite, elle se gardait, je crois, bien des choses au fond du cœur. Nous avons passé un week-end doux et joyeux avec elle. Elle n’était pas venue à Carolles depuis août dernier. Cet été, elle sera en Mongolie pour tout un périple à pied dans la steppe. La Mongolie, après le Groënland en 2012. Je suis content qu’elle aille dans ces pays dont j’ai rêvé et où je n’irai pas. J’ai emmené la chienne à l’Arche de Léo, son chenil « à la ferme » de Saint-Pierre-Langers. Je la récupèrerai dans une semaine. Je rejoins à Magagnosc, Amélie qui est descendue à Cannes pour le festival. Pris le train pour Paris en début d’après-midi et dîné avec Jérôme à la Cantine du troquet. Parlé des enfants, de son toujours vacillant ménage. Et de mon roman au point mort. Mais pourquoi, m’a-t-il dit, n’écris-tu pas pour le jeunesse ?

mercredi 24 mai 2017

Dimanche 21 mai 2017. 22h00.

Plus d’un mois que je n’ai rien écrit dans ce journal. J’émerge à peine d’une grande lassitude. D’un insidieux désintérêt pour les jours. Enfin pas tous. Mais la drôle d’atmosphère qui a pesé sur le village après la mi-mars n’est sans doute pas tout à fait étrangère à cet éreintement. C’est qu’une partie de la municipalité a très mal pris en effet la pétition des riverains de la Croix Paquerey et ma lettre d’alerte au sujet de cette histoire de parking sur la falaise. Du jour au lendemain, certains des édiles se sont mis à « bouder ». Ils ne disaient plus bonjour à ceux qui avaient signé ces documents contestataires. Les uns, les autres, me racontaient la soupe à la grimace devant les étals du marché le jeudi matin. Pour un peu, on se serait cru dans cet album d’Astérix (lequel déjà ?) où tout le monde se fait ostensiblement la gueule. A bove ante… Je suis resté prudemment dans mon terrier. Mais tout cela a fini par se calmer. Jean-Marie a organisé une réunion à la mairie. Nous avons déjeuné ensemble… Ca aurait été dommage d’en rester là. Et le parking ? Bah. On n’en parle plus… Comme si le projet n’avait jamais existé. Jeanne et Claire sont venues passer le week-end de Pâques à la maison. Ca a été de belles journées. Je ne connaissais pas Claire qui fait partie, avec Jeanne, si j’ai bien compris, du petit groupe de Pilates où va Amélie le mardi soir. Une jeune femme douce, avec ce joli courage de ceux qui sont un peu seuls, un peu tristes et qui s’efforcent de n’en rien laisser paraître. Grandes balades, longues soirées. Une bouteille de pouilly à la terrasse du casino de Jullouville. Il a fait beau soleil. Le lundi nous étions invités à partager l’agneau de Pauillac chez Martine et Jean Pascal. Et puis nous avons eu d’autres visites aussi. Christine et Dominique passés le temps d’un verre un soir sur le chemin de leur retour à Paris. Nathacha et Bernard venus déjeuner avec Neela (qui grandit, comme disait ma mère, « en grâce et en sagesse »…). Pauvre Neela, si brillante, si légère, qui se remet juste d’une histoire de harcèlement à son école. Elle n’en avait rien dit à ses parents qui ont découvert assez tard le problème. Les enfants peuvent être affreux, cruels. Et la force est rarement du côté de l’intelligence et de la sensibilité. Nous sommes allés à Vienne quatre jours fin avril. J’y avais emmené Marie à l’autome 2014 pour ses trente ans et je m’étais juré d’y retourner avec Amélie. La météo s’annonçait épouvantable, mais c’est à peine si nous avons eu quelques gouttes de pluie à l'arrivée. Nous nous sommes sentis bien à Vienne, comme je l’espérais. Nous avons arpenté la ville en tous sens, incroyablement contents, heureux. C’est qu’il y a là-bas une douceur toute particulière, à la fois joyeuse et mélancolique, et qui nous a emportés. Nous avons visité l’exposition des dessins, gouaches et aquarelles de Schiele à l’Albertina, et nous avons vu aussi, au musée Léopold, toute une rétrospective Carl Spitzweg dont je ne connaissais que le Bücherwurm (textuellement « le ver des livres »), cette toile représentant un vieux bibliophile juché sur un escabeau au milieu de ses rayonnages. J’ai découvert un univers tendre et ironique. Désenchanté. Des toiles qu’on croirait faites pour illustrer des Bouvard et Pécuchet comme ces Amis de jeunesse (Die Jugendfreunde) représentant les retrouvailles de deux enfants vieillis (oh, ils ont bien la soixantaine). L’un, en tenue de voyage, et encore tout encombré de sa valise et de son parapluie, descend d’une patache. Le cocher suit, portant sa malle. L’autre, vêtu d’une robe de chambre rouge, au perron de sa maison, une pipe bavaroise à long tuyau à la main, ouvre les bras à son camarade. Chaque détail est fascinant d’importance. On trouve comme cela un Chasseur de papillons (Der Schmetterlingsjäger) ou une Promenade du dimanche (Sonntagsspaziergang). Et des œuvres dont la gravité transparait plus clairement sous la « scène de genre » comme ce Veuf (Der Witwer) où un homme entre deux âges, vêtu de noir, assis sur un banc dans un parc, regarde passer deux jeunes filles. J’ai été content de montrer à Amélie l’extraordinaire museum d’histoire naturelle dont je lui avais tellement parlé. Reviendrons-nous à Vienne ? Nous avons organisé les deux dernières rencontres littéraires de la saison avec Sylvie Aymard en avril et Pierre Adrian en mai. J’oubliais les élections quoi qu’il n’y ait rien à en dire. Et enfin Marie a passé ce dernier week-end avec nous. Le jardin est couvert de roses. Elles ont éclot partout. Les deux Cecile Bruner font une vraie cascade aux branches des sapins. Les Adélaïde d’Orléans courent en guirlandes derrière la maison. Le Generous gardener couvre d’une arche la porte de la resserre. Tous les rosiers croulent. Il faut que j’en profite. Cette année encore, je n’ai rien vu du printemps ou à peine. Les mimosas, les magnolias, les narcisses. A peine on s’émerveille un matin que tout a disparu. Les Halopeanum ont été superbes. Ils sont déjà fanés. Et j’ai laissé filer les marronniers en fleurs. Je voulais aller les voir à Senlis. Cette envie que j’ai depuis si longtemps. Le temps passe. Nous irons l’an prochain, c’est promis, m’a dit Amélie.

(…)

.

Lundi 10 avril 2017. 14h20.

Amélie passe toute la semaine à Carolles. De vraies vacances de Pâques. Depuis peu les pommiers sont en fleurs. La charmille déjà feuillue. Et il fait toujours grand beau temps. Nous avons déjeuné au jardin avec Norbert et Annick. Dîné avec Jean-Pascal et Agathe qui sont là pour la semaine (Martine est repartie à Caen). C’est son anniversaire. A nouveau, nous avons le même âge.

Dimanche 9 avril 2017. 23h45.

Messe des Rameaux à la Lucerne. Procession, office en grégorien. J’ai senti s’entrouvrir mon âme racornie. Pauvre petite âme sèche. La journée a été magnifique. Nous avons fait une longue promenade sur la grève avec la chienne. Dîner à la maison avec Brigitte et Yann, Martine, Agathe et Jean-Pascal. Amélie avait préparé une tagine de poulet. Coriandre, olives, gingembre, citrons confits.

Samedi 8 avril 2017. 17h40.

Antonie et ses filles ont pris le train de la fin de matinée à Granville. Je croyais qu’elles restaient jusqu’à dimanche soir. Louise reviendra seule au mois de juin. J’ai hâte. J’aime beaucoup cette encore petite fille, qui grandit, qui vacille, fragile, courageuse, têtue. Qu’un rien comble et qui attend tellement.

Vendredi 7 avril 2017. 20h30.

J’écoute Amélie et Antonie se raconter des histoires de famille. C’est comme ces romans où je me perds, tant il y a de personnages dont les destins s’enchevêtrent. Je passe ma lecture à remonter les pages pour comprendre quel lien peut bien unir celui-ci, celle-là. Je ne sais plus. A peine j’avance que j’ai déjà oublié. Ici, je les entends parler de tel oncle, de telle tante, d’un cousin ou d’un autre. Je fais semblant de suivre, mais je suis comme Louise, je ne comprends rien. Elle, au moins a la franchise de demander. Moi, les explications m’embrouillent. Tu vois ? – Très bien… Suzanne à présent file le parfait amour avec La Harpe. Elle passe ses bras autour de son cou, lui embrasse le nez. J’adore La Rape. Je voudrais l’emmener à la maison.

mercredi 19 avril 2017

Jeudi 6 avril 2017. 22h20.

Antonie est venue, de retour de Bretagne, passer quelques jours à la maison avec Louise et Suzanne (qui vient juste d’avoir quatre ans). Un « spécial filles », puisque leur frère Basile était invité chez un copain et que Vincent repartait pour Paris tout de suite après avoir déposé sa petite famille. La météo s’annonçait optimiste. Déjeuners dans le jardin, balades, jeux de plage. La seule ombre qui se dessinait au tableau était que Suzanne avait décidé qu’elle avait peur des chiens. Dès qu’elle voyait La Harpe, elle cherchait désespérément à se hisser dans les bras de sa mère en poussant de petits cris ou s’enfuyait en courant. La chienne qui imaginait que tout cela était un jeu, s’approchait d’autant plus, frétillante. Nous sommes partis faire un tour sur la falaise. Sur les sentiers, la situation a presque viré au drame (burlesque), car Suzanne tout en galopant pour se mettre à l’abri, au point que j’ai cru qu’elle allait se flanquer dans les ajoncs, hurlait des J’ai très peur ! qui se terminaient par grands éclats de rire. N’empêche, ça s’annonçait compliqué… Louise m’a accompagné chercher Amélie à la gare et nous avons embarqué la chienne avec nous, histoire de laisser souffler tout le monde. A notre retour, de fait, l’affaire a commencé à mieux se présenter. Amélie ayant pris les choses en main (elle sait bien allier fermeté et douceur), Suzanne a largement abandonné sa frousse. Tout juste, pendant le repas, jetait-elle de temps en temps un regard inquiet sous la table pour s’assurer que La Harpe restait tranquille. Son grand soulagement a été d’apprendre que celle-ci était interdite de séjour dans le couloir et dans les chambres. Tu vois, lui a-t-elle dit au moment d’aller se coucher, tu n’as pas le droit de venir. Et d’ajouter : Mais bonne nuit quand même !

Mercredi 5 avril 2017. 18h45.

J’ai « récupéré » pour Le Monde mon papier sur Mon étrange sœur de Marie Le Gall qui n’était pas passé dans Elle. J’avais lu le livre pendant notre séjour au Mexique à la fin de l’année. C’est, je crois, un grand texte, douloureux, beau, et presque suffocant, par moments, tant il exprime une émotion inouïe. Il raconte l’histoire au long cours d’une petite fille avec son unique très grande soeur (elle ont dix-neuf ans d’écart). Mais il n’y a pas que l’âge qui sépare les deux filles. L’aînée est différente, restée depuis sa naissance dans son monde, celui d’une innocence sauvage. D’où la relation toute particulière qui les unit, ambivalente, dévorée, dévorante, aimante, difficile, tragique. Impossible de ne pas être secoué, remué tout à l’intérieur, par ce récit qui parle d’enfance, de folie, d’enfermement et de regard des autres. J’aurais dû le mettre sur ma liste du prix de printemps de Saint-Louis.

mercredi 5 avril 2017

Mardi 4 avril 2017. 20h30.

J’ai rédigé un (long) communiqué de presse pour la sortie de l’album, dernier volume de l’Oeuvre complète de Bruno Durocher. Appelé la responsable de la bibliothèque de Saint-Louis pour avoir des détails sur l’organisation du festival où je dois y animer des débats mi-mai. J’avais espéré un moment avoir le temps, là-bas, de me rendre à nouveau sur la tombe de mon grand-oncle Henri au cimetière militaire de Morvillars, mais mon emploi du temps risque d’être trop serré. Je n’ai toujours rien pu faire au jardin. Il a plu sans arrêt. Il fait froid.

Lundi 3 avril 2017. 23h40.

J’ai essayé de travailler un peu au jardin, mais à peine je m’y mets qu’une averse me chasse. Au bout d’un moment, c’est impossible de continuer tant les feuillages sont trempés. Je me suis vengé en commandant quatre rosiers à planter derrière la maison. Queen of Denmark, Ispahan et deux Mary rose. Yann est venu prendre un verre à la maison en fin de journée. Il était seul (c’est le soir où Brigitte va à son club de bridge). Je n’avais rien pour le garder à dîner. Nous nous sommes mis en quête d’un restaurant, mais tous étaient fermés. Nous avons échoué au Pont Bleu à Kairon. Pris le menu du jour « tout poisson » : maquereau grillé en entrée et filet de merlan à la crème. C’était plus que correct. Une adresse à noter d’autant qu’ils servent le lundi. Je l’ai déposé chez lui après notre soirée de vieux garçons. Brigitte venait juste de rentrer.

mardi 4 avril 2017

Dimanche 2 avril 2017. 21h50.

J’étais persuadé que c’était les Rameaux. Je suis allé jusqu’à l’abbaye de la Lucerne pour la messe de 11h00 et je me suis cassé le nez. Drôle d’acte manqué. Je dois être bien pressé de finir ce Carême dans lequel je trébuche sans arrêt. J’ai fait du courrier toute la journée. Attendu l’heure de l’arrivée du train d’Amélie gare de Lyon. Tu dois être épuisée. Allez, on se couche. Chacun de notre côté.

- page 3 de 104 -