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lundi 19 mai 2025

Mardi 8 avril 2025. 16h20.

Cela fait 104 ans que mon grand-père François est mort. Je ne vais plus au cimetière. J’ai trop honte. La tombe est envahie de lichens qui ont recouvert les inscriptions. J’ai acheté l’autre jour un produit à vaporiser sur la pierre. Seulement, si j’en crois le mode d’emploi, il faut qu’il fasse sec pendant plusieurs jours pour qu’il soit efficace. Il n’est pas très prudent de commencer maintenant. Après il faudra gratter et rechampir. Je suis à Paris depuis hier. J’avais rendez-vous tout à l’heure chez l’ophtalmo. Ce n’est pas brillant. Je dois revenir début juin pour faire je ne sais quoi avec du laser. Ça ne fait pas mal, m’a assuré la dame. J’ai déjeuné au Varenne. Amélie m’y a rejoint pour un café. Les éditions Bourgois sont à deux pas

Samedi 5 avril 2025. 23h50.

Le rosier Étoile de Hollande a fait sa première fleur. J’en ai quatre pieds à l’arrière de la maison. Le plus ancien date de l’automne après la mort de ma mère. Il court maintenant sur l’arceau, avec la vigne, comme dans le poème de Nerval (Rends-moi (…) la fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé/ Et la treille ou le pampre à la rose s’allie). Ma mère avait planté ce rosier quand nous nous sommes arrivés dans la maison de Senlis. La maison, la toute petite maison, était bordée d’une cour sèche recouverte de calcaire concassé. Un désert miniature. Mais elle rêvait d’y faire pousser un jardin. Elle a commencé par le rosier. Elle l’avait trouvé un après-midi d’été où elle baladait ma poussette du côté des remparts. Elle m’a raconté que c’était le parfum l’avait saisie. Une odeur douce, profonde, un peu sucrée, un peu musquée, et si présente, si enveloppante, si enivrante, qu’elle s’était arrêtée. Le rosier couvrait la façade entière d’une vieille maison. Des fleurs rouges, rouges, rouges. Rouge sang, ourlées de pourpre. Une splendeur. Elle l’avait regardé longuement puis s’était enhardie à frapper à la porte. Là, elle avait appris que cette merveille s’appelait Étoile de Hollande. M. Kowalczyk, l’horticulteur de la rue de la Fontaine-aux-Reinettes, lui en avait commandé un pied. En Hollande, justement. Quand elle l’a installé, je n’avais pas deux ans. Nous avons grandi ensemble, le rosier et moi. Je n’ai pas été plus haut que lui bien longtemps. Il m’a dépassé, et de loin. Débordant le treillage et le toit. Du mois de juin jusqu’à la fin octobre, il se couvrait de rouge, répandait son parfum. Il est à tout jamais mon enfance. Lorsque j’ai planté, moi aussi, mon Étoile de Hollande, j’ai appris que cette variété avait été créée en 1918, par un certain Hens Verschuren, rosiériste dans le Brabant hollandais. Ma mère est née en 1918. A Senlis, à l’école de la rue Saint-Péravi, mon institutrice s'appelait Mme Verschuren. C’est elle qui m’a appris à lire et à écrire. Chaque année, le rosier est le premier à fleurir. Dîner chez Brigitte et Yann avec leur amie Muriel et sa fille Juliette. Rentrés dans le temps doux.

lundi 12 mai 2025

Vendredi 4 avril 2025. 23h10.

Julien Demoecq m’a adressé des photos de la tombe de mes grands-parents, Angèle et Joseph, au cimetière de Roubaix. C’est lui qui s’occupe de l’entretenir. Au printemps 2022, Amélie et moi y étions allés au retour de notre voyage à Houplines et j’avais compris que plus personne ne s’y rendait. Maintenant ce monsieur, trouvé un peu par hasard, très délicat, attentionné, vient la nettoyer et la fleurir trois fois par an. À la Toussaint, le 19 mars, pour la naissance de ma grand-mère Angèle (de ma mère aussi) et pour la saint Joseph, et le 15 août à l’Assomption. La concession sera à renouveler en 2028. Pour quinze ans. Après moi, qui le fera ?

Jeudi 3 avril 2025. 22h30.

Amélie est arrivée à la gare avec le coucher du soleil.

Mercredi 2 avril 2025. 20h15.

J’ai rédigé le communiqué de presse du festival du Livre de Nice. Parlé d’oiseaux à cause d’Allain Bougrain-Dubourg.

Mardi 1er avril 2025. 16h40.

Je n’étais pas certain de m’être bien fait comprendre en italien, mais j’ai finalement reçu la confirmation de la réservation de notre chambre pour les premiers jours de mai en Émilie-Romagne. Nous allons à Grasse à la fin du mois et de là, nous partons pour un bref périple en Italie. Cela faisait longtemps que je voulais aller à Roncole-Verdi. Non pas parce que Verdi y est né (d’où son nom actuel), mais parce que ce village est celui de Giovanni Guareschi, l’auteur des Don Camillo. La série s’étend sur une petite dizaine de livres écrits entre 1948 et sa mort en 1968. J’ai découvert ces histoires, comme il dit, au début des années 1980 et j’ai été incroyablement touché par leur justesse d’âme. Il ne se passe guère de mois sans que je relise un titre ou l’autre. J’avais envie d’aller là-bas pour dire merci (il y est enterré) et aussi pour voir les paysages du Petit monde, de la Bassa, ce morceau de plaine qui se trouve entre le Pô et les Apennins. Ce sera dans un mois.

mardi 6 mai 2025

Lundi 31 mars 2025. 19h00.

Retour à Carolles. J’avais oublié que j’avais entassé en cartons une bonne partie de la maison pour permettre au peintre de reprendre les murs abîmés par l’humidité. Passé un très long moment à m’efforcer de remettre le plus gros en place. J’ai du travail de tri et de rangement pour toute la semaine.

Dimanche 30 mars 2025. 15h10.

Amélie a rencontré les mêmes problèmes que moi avec son nouvel ordinateur. Longs appels au service client d’Apple. Non sans mal, elle est parvenue finalement à récupérer toutes ses données. Que de temps inutilement perdu avec ces engins.

Samedi 29 mars 2025. 23h20.

Nous sommes allés prendre un verre à La vie devant soi, un bar de la rue de Tourtille dans le XXe où Benjamin fêtait ses 30 ans. Benjamin est un des rescapés de la vilaine aventure du Bruit du monde dont Amélie a eu tant de mal à se remettre. (...) Bah. Il y a une chance pour les mauvais souvenirs disait Ferré. Et Basta !

Samedi 29 mars 2025. 18h45.

C’est loin Saint-Cloud. Une heure et demie du centre de Paris. À pied jusqu’au tram, puis un bus, puis le métro. Amélie partait travailler. Moi aussi, tous les jours, je fichais le camp. Je ne me souvenais plus à quel point j’avais la banlieue en détestation. J’y étouffe d’ennui, envahi d’une nauséeuse angoisse. Tout s’est passé gentiment, affectueusement avec les enfants. Oui, vraiment affectueusement. N’empêche, je les ai trouvés, comment dire ?, un peu absents d’eux-mêmes. Comme embarrassés, empêchés, de confuse tristesse. Gabrielle aura bientôt 14 ans. Antoine entre en sixième l’année prochaine. Je ne sais pas bien comment les accompagner. Il faudrait les aider à apprendre, à se cultiver, à être curieux. Nous emmenons quelquefois Gabrielle au théâtre. Mais il lui manque des bases, du fond. Nous ne sommes pas assez présents. Je ne suis pas assez présent avec elle. Il reste si peu de temps. Ces quelques jours me l’ont particulièrement fait ressentir. Au quotidien, nous avons fait des efforts. Ils en ont fait beaucoup aussi je crois. Sinon, j’ai enchaîné les rendez-vous, les déjeuners. Avec Anne Bourguignon et Marie Clerc au Rostand, avec Fabienne au Bouquet d’Alésia. J’ai fait l’intermédiaire pour le dernier manuscrit de François Marchand auprès de Pascale. Je suis passé rendre visite à Nicole chez elle dans le XIXe pour l’organisation du soixante-quinzième anniversaire de Caractères. Et Amélie m’a invité à Oui, mon général la belle brasserie de la rue du Général-Bertrand. Premières asperges !

Dimanche 23 mars 2025. 23h10.

Nous avons emmené les enfants dîner à la pizzeria du quartier. Au retour, nous avons découvert que Gabrielle avait encore une foule d’exercices à faire, de contrôles à réviser. J’ai l’habitude de me coucher tard. Outch…

Dimanche 23 mars 2025. 19h00.

Toute cette semaine, nous sommes à Saint-Cloud pour garder Gabrielle et Antoine. Leur mère est en voyage d’affaire au Nigéria. Bref passage des clés, des consignes, des horaires avant qu’elle prenne son taxi pour l’aéroport. Nous avons déposé Gabrielle chez une copine (elle prépare un exposé…) et embarqué Antoine dans une jardinerie pour tenter d’égayer un peu le petit balcon de l’appartement où achèvent d’agoniser quelques tristes potées et un malheureux eucalyptus desséché. Planté un polygale à feuilles de myrte, de la mélisse, du thym, sauvé un aloe vera moribond. Antoine avait l’air content. S’en occupera-t-il ?

Samedi 22 mars 2025. 17h20.

Prise de sang au laboratoire d’analyses de la rue Boulard. J’ai des rendez-vous de médecin en avril. Amélie est venue me chercher. Je l’ai accompagnée jusqu’à la piscine à Montparnasse. Là où elle se rend le plus souvent possible en semaine, tôt le matin. Traîné un peu dans le quartier. Nous nous sommes retrouvés pour faire le marché boulevard Edgar-Quinet. Marché des premiers vrais beaux jours. Acheté de l’ail des ours, des morilles, des salades croquantes. Retour à l’appartement par le « petit » cimetière Montparnasse, celui qui se trouve entre la rue Émile-Richard et la rue Victor-Schoelcher. Je n’ai pas retrouvé la tombe de Pierre Louÿs. Dans sa rangée toutes les dalles sont recouvertes de mousse. Inscriptions illisibles. Je crois que c’est celle-ci, mais…

Vendredi 21 mars 2025. 23h00.

Rien à faire pour transférer les données de mon ancienne machine à la nouvelle. La sauvegarde patine. Le service d’assistance d’Apple conseille de laisser faire toute la nuit. Ça énerve. Ça ne devrait pas.

Vendredi 21 mars 2025. 19h20.

Voyage sans histoires. J’ai juste changé de wagon. Le hasard des réservations m’avait placé au plein milieu de la troupe gentiment bruyante d’une bonne cinquantaine de collégiens de retour de classe de mer. J’ai retrouvé Amélie au magasin Apple du marché Saint-Germain. Elle nous offre deux nouveaux ordinateurs (le mien est disponible aujourd’hui, le sien à la fin de la semaine). Les précédents ont rendu l’âme à peu d’intervalle. Je sais qu’elle espère bien que ce matériel tout neuf accueillera mon nouveau texte.

Jeudi 20 mars 2025. 18h10.

C’est aujourd’hui le printemps. Il fait beau. Le prunier est en fleurs. Les thyrses du lilas commencent à se développer. J’ai emmené La Harpe chez Séverine. Demain, je pars à Paris.

mercredi 2 avril 2025

Mercredi 19 mars 2025. 20h45

J’étais lent lorsque j’étais enfant. Je le suis toujours. J’hésite, j’attends. Je ne sais pas bien me mettre en route. Ma mère faisait ce qu’elle pouvait pour me presser, et parfois elle s’exaspérait. Mais enfin ! Ça ne va pas durer 107 ans ! Je ne sais pas bien d’où vient l’expression, mais cette fois nous y sommes. Cela fait 107 ans que Maman est née à Chassignolles le 19 mars 1918. Le même jour que ma grand-mère Angèle qui aurait aujourd’hui 136 ans. Je leur dois, à l’une, à l’autre, le livre de cet exil dans l’Indre pendant la guerre. J’ai signé il y a cinq ans chez Grasset. Juliette, en partant à L’Iconoclaste a emmené mon contrat. Oh, il faut vraiment que je m’y mette. Ça ne va quand même pas durer 107 ans. J’ai téléphoné à Alain Galan. Je ne l’appelle jamais mais il venait de m’adresser son dernier texte paru au Temps qu’il fait. Battue à l’abîme est une douce divagation, d’un mot à l’autre, chemin faisant, dans l’égarement de la mémoire. Je m’y retrouve avec lui. Nous avons bavardé un moment. Des oiseaux et du froid. De Jean Cayrol. De René Guy Cadou. De la lassitude. En raccrochant j’ai repensé à ce poème d’Emily Dickinson : We brethren are, he said./ And so, as kinsmen met a night,/ We talked between the rooms,/ Until the moss had reached our lips,/ And covered up our names.

mardi 18 mars 2025

Mardi 18 mars 2025. 19h00.

Travaillé un peu pour le festival du Livre de Nice. J’ai installé des nichoirs dans les coins discrets du jardin.

Lundi 17 mars 2025. 20h50.

M. Deminguet revient la semaine prochaine. Sa peinture de cet été s’effrite dans l’entrée et la cuisine. C’est humide, dit-il. Sauf que ça l’était avant et que ça avait tenu des années. Bon. Il va donc refaire les murs abîmés. Mais il a fallu, une fois de plus, vider les armoires, décrocher tous les cadres. Et comme il en profitera pour installer le long tapis dans le couloir, j’ai dû aussi, pour lui laisser le champ libre, déloger une bonne partie des habitants de mon petit cabinet de curiosités. Je déteste bousculer l’ordinaire des choses, bouger ce qui me semble avoir enfin trouvé sa place. Cela fait des clapots dans la boue de mes vieilles angoisses. Amélie est repartie. Avant de l’accompagner au train, nous avons été cueillir de la mélisse.

Dimanche 16 mars 2025. 21h20.

Je m’étais promis de bien me couvrir pour la messe à la Lucerne. Cette fois encore, je ne l’ai pas fait assez. Dehors le ciel était couvert et il faisait à peine plus de 7°. Je ne sais pas de combien la température descend dans l’abbatiale, mais c’est véritablement une glacière. L’homélie portait sur le recours nécessaire à la prière. La mienne s'engourdissait dans le froid. Au retour du soleil, nous avons travaillé au jardin. Taillé, désherbé, planté les trois nouveaux halopeanum dans la plate-bande des anémones du Japon, arrosé. Les oiseaux sont revenus en nombre au jardin. Ça chante, ça pépie, ça siffle. Il y a ceux qu’on entend sans les voir : les chardonnerets, les verdiers, les pouillots. Ceux qu’on aperçoit : les troglodytes, les pinsons. Et puis les familiers : les mésanges, les merles, les rouges-gorges. Ces derniers, à une main de distance, guettant ce qu’ils pourraient bien picorer dans la terre fraîchement remuée. Amélie ne rentre que demain soir à Paris. Cette soirée du dimanche qui dure m’apaise. Me rend heureux.

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