Foutue angoisse. Je n’ai pas envie de quitter Paris, de quitter l’appartement où nous venons à peine de vraiment prendre nos marques, de poser nos meubles, de ranger nos livres, d’accrocher nos tableaux. Pas envie de quitter ce quartier de Port-Royal où les marronniers du petit Luxembourg, ceux de l’observatoire, commencent juste à feuiller. Pas envie. Amélie me dit que le printemps doit être beau à Carolles. Que les prunelliers des chemins, les genêts de la falaise, sont en fleurs. En fait, je rechigne à la solitude de la remise au travail. Tout début mars j’ai vu Juliette au café Bonaparte. Comment vas-tu ? Que deviens-tu ? Elle a une sacré patience mon éditrice. Je me suis entendu lui dire que je rendrai « quelque chose » à l’automne. Il est plus que temps, non ? J’ai traîné ces derniers mois avec des pieds de plomb. Juste écrit un papier ou deux. Sinon pas un mot, pas de courrier. Même pas répondu aux lettres. A Carolles, je n’ai plus de voiture. La vieille Punto a rendu l’âme fin février. La boîte de vitesses. Fabien est venu avec son plateau pour l’emmener au garage à Sartilly. Le chef d’atelier que j’ai eu hier encore une fois au téléphone m’a confirmé que la réparation serait très chère. Pas la peine donc. Séverine était venue chercher La Harpe. Nous voilà à la merci de la gentillesse de nos voisins