Ce matin avaient lieu les funérailles de François Taillandier dans l’église du Saint-Esprit, avenue Daumesnil. Un lourd bâtiment des années 1930 dans le genre néobyzantin. Béton brut sur les murs. Il est mort chez lui le 23 juin, épuisé, suffoqué par la canicule. Il était seulement de deux mois mon aîné. Nous étions proches par l’enfance ou plutôt par le grandir, par un trois fois rien de désabusement et par ce qui nous avait amenés, l’un l’autre, tirant des bords, vers l’écriture. Il était venu aux Rencontres de Carolles en mars 2019 pour parler de son François, roman. Nous ne nous voyions plus que de loin en loin. Je garde en mémoire un déjeuner que nous avions fait traîner très longtemps chez un caviste du boulevard Saint-Jacques. Pas envie de se quitter. À la messe, il y avait la famille, ses trois enfants, sa compagne Isabelle, des amis. Bien peu de gens de l’édition. Que d’absents. J’ai embrassé Solveig, Diane. Pris un verre avec quelques attristés que je ne connaissais pas et suis allé déjeuner avec Sébastien vers Montparnasse. Je crois qu’il prenait un train. Dans sa nécro du Figaro, Sébastien se demandait : Est-il mort de chagrin ? Je n’ai pas voulu, ni pu, écrire sur sa disparition dans Le Monde. J’avais rendez-vous au Train Bleu avec ma cousine Cécile arrivée lundi du Cambodge. Elle sera demain à Nîmes. Nous ne nous étions pas vus depuis la mort de ma mère. Nous sommes allés droit aux nouvelles de mon oncle. Le médecin avec qui elle a pu s’entretenir a cherché à la rassurer. Il est arrivé à l’hôpital anémié, avec de gros hématomes et un début d’infection pulmonaire mais tout cela est en train de se résorber. Le seul vrai problème est son moral. Il serait convaincu que c’est la fin. Il aura quatre-vingt-dix-sept ans en décembre.