J’avais dix jours devant moi. Amélie était rentrée à Paris après le week-end de l’Ascension et elle passait le suivant au Festival de Saint-Malo. Je me suis donc décidé à faire du rangement. J’ai commencé par les papiers administratifs. J’avais acheté une broyeuse à documents et j’ai détruit une incroyable quantité de paperasse. Alors, dans la foulée, j’ai voulu m’attaquer aux photographies et à la correspondance. Si les premières, tirages et négatifs, pêle-mêle, occupaient une seule grande caisse, un demi-siècle de courrier, sinon davantage, s’entassait dans sept autres. Je me suis assez bien sorti des photos, me débarrassant sans état d’âme, juste un peu ému, des centaines de doublons, de ratés, de portraits d’inconnus, d’interminables séries de souvenirs de vacances, de voyages. Et j’ai trié, classé, et enfermé les clichés rescapés dans des enveloppes en kraft en attendant la date improbable de leur mise en album. Mais pour les lettres, cela a été une autre aventure. J’ai terminé tout à l’heure. Je m’en remets juste. Assez malaisément. Tout était enfoui profond. Je n’avais peut-être pas oublié mais je ne me souvenais plus. Pourquoi diable avais-je aussi si consciencieusement gardé cela ? Et quelle idée d’y aller voir… J’ai réveillé des fantômes. Sont revenus avec eux des chagrins, des douleurs, des deuils, des humiliations, des colères, des hontes, des remords. Des joies devenues tristes, des tendresses enfuies. Des baisers perdus. J’ai cru me noyer. Je me suis débattu. Vive la broyeuse. J’ai empli des sacs et des sacs. Mais tout n’était pas à jeter. Et je suis parvenu à mettre de côté ce qui n’encombrait mon cœur que de mélancolie douce. Bon, il va falloir devoir ranger maintenant.